Y a pas de héros dans ma famille ! – Jo Witek

y-a-pas-de-heros-dans-ma-familleSi vous cherchez Maurice Dambek, il est sûrement installé dans la baignoire un livre à la main. Il faut dire que c’est à peu près le seul endroit de la maison où il est au calme. C’est que sa famille est plutôt du genre bruyante. Chez Maurice, on ne parle pas on hurle. Chez Maurice la télévision est toujours allumée, on tue des aliens et des méchants sur écran et on dit beaucoup de gros mots. Chez Maurice, la porte est toujours ouverte. Chez Maurice, Maurice s’appelle Mo. Ou Tit’tête. Ou bouffon à lunettes. Et ma foi, Maurice s’accommode de ce joyeux bordel permanent…

 

La vie de Maurice est bien différente à l’école. Les règles aussi. Et là encore, Maurice s’adapte, passant d’un monde à l’autre comme un caméléon, à l’aise, étant chaque fois ce qu’on attend de lui. Jusqu’à ce jour fatal d’exposé sur les calamars avec Hippolyte Castant. Hippolyte et sa maison blanche immaculée où rien ne dépasse. Hippolyte et son mur de photos de famille truffée de héros. Hippolyte qui découvre d’un œil sidéré et un brin effrayé la famille loufoque de son ami Maurice…

 

Pour Maurice, c’est un coup de massue. Un cataclysme. Dans sa famille, il n’y a que des zéros… Personne dont on puisse être fier. Personne… A mille lieux de la famille parfaite d’Hippolyte…

 

Un roman réjouissant où le personnage principal est une famille entière. Une famille bourrée d’imperfections, généreuse et tonitruante, qui ne passe pas inaperçue. Une tribu atypique dont Maurice finit par avoir honte. Un père qui travaille au noir et retape les vieilleries des autres, une mère au foyer qui passe son temps à faire des crêpes, une sœur qui chante faux et s’imagine être la star de demain, deux frères tendance branleurs et tout un tas de cousins, de tantes et d’amis qui semblent avoir élu domicile chez eux. Sans compter les deux chiens, Grabuge et Assassin… Pas parmi eux que se cache le moindre héros ! Du moins en apparence.

 

Du rire, une réflexion tendre et juste sur les stéréotypes sociaux, une vision très réaliste de l’enfance… Jo Witek (qui a décidément plusieurs cordes à son arc) a tout bon ! On se régale de ce roman plein de pep’s où l’on découvre que les vrais héros ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Les petits (et grands) lecteurs vont adorer !

 

Une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

L’avis de Pépita

 

« Avant, je pensais que les enfants du monde entier étaient comme moi. Des mini-humains qui deux fois par jour et cinq jours par semaine passent la frontière d’un pays à l’autre, le cartable sur le dos et le sourire en bandoulière. Avant, ma vie gambadait légèrement entre le monde de l’école et celui de la maison. J’étais heureux dans mes deux pays bien distincts avec des gens différents, des styles différents, une cuisine et une langue particulières. A l’école : on se tient bien, on parle comme dans les livres, on entend une mouche voler et il ne faut jamais oublier les « Mercis » et les « S’il vous plaît ». A la maison : ça parle fort, ça hurle du dedans et du dehors, ça dit des gros mots. La télé aussi parle fort comme les jeux vidéo. Chez moi, ça mitraille sec, ça tue des gens, des monstres, des fruits et des bonbons et les écrans ne s’éteignent jamais. On parle une autre langue. Un mélange de mots d’école et puis d’autres, des gros, des interdits et même des inventés. »

 

Éditions Actes Sud junior (Janvier 2017)

133 p.

Illustration de couverture de Olivier Tallec

 

Prix : 13,50 €

ISBN : 978-2-330-07247-6

 

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Une activité respectable – Julia Kerninon

activité respectable

« Comme des repères, les livres nous mènent à d’autres livres, ils nous font ricocher – nous lisons comme Dante se laissant guider par Virgile dans la forêt sauvage du péché. Dans les bibliothèques, dans les librairies, les voir tous côte-à-côte, si nets, comme des compartiments dans un columbarium, chacun refermant une voix, une aria, je ne connais rien de mieux. Je reviens toujours là. C’est tout. »

 

Je suis faible. Dès qu’un livre parle de livres, d’écriture, du métier d’écrire… je ne peux m’empêcher de craquer. Toujours cette impression que d’autres ont pu mettre en mots cette étrange addiction qu’ils sont nombreux à ne pas comprendre. Ce sentiment de faire partie d’une grande communauté de fous furieux qui ne vivent que dans les mots des autres à défaut de pouvoir les écrire…

 

Je n’ai jamais lu Julia Kerninon. Lire cette « autobiographie » n’avait donc pas vraiment de sens si ce n’est que dans ce court récit l’auteure met le doigt sur ce qui a fait d’elle un écrivain. Les semences plantées dès son enfance, le rôle de terreau de ses parents, la bienveillance de son entourage, la machine à écrire de ses 5 ans, cette librairie-monde qui ouvre déjà tant de portes…

 

« Ma vie je la passe à lire des livres pour remettre les choses en place, pour me déplier, et c’est comme chanter tout bas à ma propre oreille pour me réveiller. »

 

Ces quelques pages font un bien fou. Oui, la littérature est une « activité respectable ». Naître à l’écrit et aux mots, se repaître de ceux des autres avant de se lancer à corps perdu dans une écriture personnelle qui se nourrit et s’enrichit de tout ce qu’on a pu ingurgiter avec bonheur dans son enfance. La naissance d’un écrivain, c’est beau non…? Surtout quand c’est fait avec autant de finesse, d’élégance et d’énergie.

 

Si je m’en réfère au nombre de marque pages qui parsèment ces quelques soixante pages, je ne m’avance pas trop en disant que ce récit risque de parler à tous les amoureux des mots, ceux qui lisent « partout, tout le temps, dans le bruit, dans le noir, de façon organisée, excessive, trépidante », qui sautent « de livre en livre comme sur des nénuphars »…! Miss Kerninon, vous m’avez charmée… et je vais m’empresser de lire vos romans…! ♥

 

Les avis de Caroline, Cathulu, Cuné, Electra, Livres & bonheurs, Lucie, Nadège

 

Éditions du Rouergue (Janvier 2017)

Collection La brune

60 p.

 

Prix : 9,80 €

ISBN : 978-2-8126-1203-9

 

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Millésime 2017, chez Laure !

Arrêt non demandé – Arnaud Modat

arrêt non demandéDès sa couverture, ce roman qui n’en est pas un a eu toute ma sympathie. Bonne impression très subjective et sans aucun fondement si ce n’est son titre et son bandeau de couverture… qui s’est pourtant confirmée dès les premiers mots de l’auteur. J’aime. Ça pince, c’est drôle, ça ne ressemble pas à ce que j’ai pu lire avant, ça part dans tous les sens (en apparence) et je fais plus qu’esquisser un sourire. Bonne pioche en cette rentrée d’hiver un peu morose…!

 

Oui mais ça parle de quoi ? Ne comptez pas sur moi pour vous le dire, le lecteur oscille d’ailleurs sans cesse. Est-ce un roman à tiroirs ? Des nouvelles qui se répondent ? A vrai dire cela n’a aucune importance. Mais si vous voulez un seul petit indice sur le côté un peu frappadingue de l’auteur, filez à la fin du roman lire ses remerciements. Et son autoportrait. Un must.

 

En résumé, Arnaud Modat a un grain et ça me ravit. Un petit grain de folie qui laisse supposer un univers et un imaginaire qui me plaisent beaucoup. Une singularité qui donne à voir sous un autre jour l’enfance, la paternité, le couple, la famille, les surprises du destin et l’art de se fondre dans la masse avec plus ou moins de bonheur. Je me suis régalée de cette parenthèse de lecture savoureuse bourrée d’humour noir et de cynisme, chapeau monsieur Modat !

 

« Avant qu’elle ne tombe gravement enceinte, Aurore et moi faisions l’amour chaque lundi soir. Le reste de la semaine, nous nous aimions sans les mains. Ce n’était pas toujours simple. Il m’arrivait de songer à la culbuter en dehors de la fenêtre de tir. Parfois j’avais envie d’une tendresse buccale au beau milieu d’un week-end, par exemple. J’étais même susceptible de bander un mercredi, journée consacrée traditionnellement à la course à pied et à la restitution des documents à la médiathèque. Ma résolution était pourtant inébranlable : nos corps ne devaient jouir que le lundi, selon une grille des programmes bien établie, permettant à notre couple de ne pas sombrer dans la névrose d’une sexualité confuse, apanage des libertins, mécréants de tous poils et autres musiciens de jazz. »

 

Les avis de Alex, Caroline, Virginie, Yv

Éditions Alma (Janvier 2017)

143 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-36279-211-3

 

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Millésime 2017, chez Laure !

Prudence Rock – Anne-Véronique Herter

Prudence Rock

« J’oscille entre l’euphorie la plus totale, le désespoir le plus complet, le doute, la tourmente, l’amour et la haine. Je ris en même temps que je pleure. Je suis un moteur en surpuissance. Mais rien ne se voit. Je garde mon sourire jusqu’aux oreilles, pas un mot plus haut que l’autre. J’essaie de fuir les regards appuyés, et pourtant je me noie dedans. Une petite voix douce me jette dans ses bras, une voix diabolique me dit de me méfier, que je vais encore souffrir. Les deux hurlent dans ma tête, et moi, entre les deux, je vais crever. »

 

Lire un « second » roman est aussi grisant qu’angoissant… Retrouver la plume de Anne-Véronique Herter s’est pourtant fait tout naturellement. Et faire connaissance avec Prudence a été une sacrée expérience de lecture…

 

Même si elles se ressemblent peu, j’ai retrouvé chez Prudence cette même difficulté d’être soi au milieu des autres qui empêchait Chance d’avancer. Ce même entêtement à aller de l’avant, cette obstination à vaincre tous les obstacles pour parvenir à exister. Les héroïnes de Anne-Véronique Herter sont fortes et fragiles, inadaptées et rêveuses, émouvantes, vibrantes, vivantes… Et de fait, Prudence Rock fait partie de ces héroïnes qui ne s’oublient pas. De celles que l’on a envie d’accompagner, de sauver, de tenir par la main. Car là encore, son histoire sonne comme une urgence, un mal nécessaire, presque comme une thérapie…

 

« Je vais bien. Je crois. Pourtant, il y a toujours quelque chose qui n’est pas comblé. Un petit vide, un petit rien, qui reste béant. Je n’ai pas encore trouvé quoi. »

 

J’ai longtemps observé la couverture du roman avant de me lancer dans cette lecture dont je n’avais rien voulu savoir avant. Une jeune fille le regard perdu au loin… son reflet en miroir… Prudence n’est pas seule. Dans ces pas, jamais bien loin, comme une ombre, sa grande sœur semble veiller sans arrêt sur elle. Enfant, adolescente, femme, Prudence grandit. Adolescente en marge, femme bancale, épouse enfermée dans son rôle, elle se perd en voulant être aimée. Une soeur-béquille, la musique comme pansement à ses blessures encore suintantes, elle avance droit devant en se prenant de plein fouet le monde… On voudrait lui éviter les embûches et les désillusions, lui dégager le chemin, lui dire qu’un peu plus loin, là-bas, il y a de la lumière. Lui dire que oui, le monde est beau…

 

On referme Prudence Rock le cœur serré. J’aurais aimé un peu plus de lumière oui, un soupçon d’espoir. J’aurais voulu la voir grandir et s’affirmer, la voir affronter le monde la tête haute. Prudence est à l’image de son auteure, attachante et insaisissable, rêveuse et idéaliste, troublante et magnétique. Pour elle, la plume de Anne-Véronique Herter se fait rageuse, parfois déroutante et fragile, toujours vraie…  Charnelle et sensible, elle sait aussi se faire caresse. Elle ne vous laissera en tous cas pas indifférents…

 

Une lecture particulière qui résonne longtemps que j’ai le plaisir de partager avec ma douce Framboise

 

Les avis de Caroline, Fanny, Leiloona

 

Le blog de l’auteure

 

Éditions Félicia-France Doumayrenc (Janvier 2017)

164 p.

 

Prix : 15 €

ISBN : 978-2-37267-024-1

 

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Millésime 2017, chez Laure !

Ecumes – Ingrid Chabbert / Carole Maurel

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« Parfois, on se noie dans une mer à boire.

Aussi rouge qu’un cœur qui cesse de battre.

On regarde vers la surface, à la croisée de chemins sous-marins : remonter ou se laisser aller. »

 

Des cauchemars, chaque nuit. Une mer sang où l’on se débat. Cette tentation du vide et de l’oubli. Ce besoin irrépressible d’écrire pour faire sortir la douleur, tenter de trouver l’apaisement, renaître à soi et aux autres…

 

Elles l’avaient tant attendu. Des années. Et ce ventre toujours vide. Jusqu’à cette nouvelle inespérée. Elles vont devenir mères… Doucement, le petit garçon grandit, prend sa place malgré les alertes et le corps qui vacille. Un corps qui finira par se dérober en emportant l’enfant avec lui…

 

Comment survivre à la mort d’un enfant ? Comment surmonter cet état de sidération et cette incommensurable douleur ? J’ai refermé cet album dans un profond silence et le ventre noué. Et j’ai à nouveau admiré sa sublime couverture… Tout y est. Un regard vers l’avenir, une frêle embarcation qui a tout moment pourrait chavirer, une brise légère qui emporte au loin, cet amoncellement de carnets où s’écrit l’histoire, ces flots qui peu à peu s’apaisent… Et ces tons pastels et doux qui sont tant de promesses d’un renouveau.  Cette vie, tenace, qui bat encore. Carole Maurel s’est emparée de l’histoire personnelle d’Ingrid Chabbert avec une immense tendresse. Et c’est bouleversant…

 

Recevoir cet album comme un cadeau. Se faire tout petit et se taire. Ressentir cet amour qui déborde, réveille et sauve… Se dire qu’il en faut du courage pour arriver à mettre en mots l’indicible, verbaliser l’absence et la souffrance qui hurle, passer de la douleur à l’écriture qui reconstruit…

Difficile de parler de ce bel album tant il est personnel et si profondément intime. Ingrid Chabbert aura mis plus de quatre ans à se décider à mettre son histoire en mots. Le temps, s’il finit par atténuer les larmes, ne peut faire que le drame n’ait jamais eu lieu…

 

On entre sur la pointe des pieds dans cet album. Pourtant, l’auteure a réussi le pari difficile de faire oublier l’histoire personnelle, allant au-delà de l’émotion pure pour dire l’universalité de la douleur de la perte d’un enfant. Le dessin de Carole Maurel, sensible et pudique, en fait un récit poignant, une vraie réussite pour cet album que l’on referme le cœur serré…

 

Un album déniché en avant-première au festival d’Angoulême, une belle rencontre… et une lecture que je prends un immense plaisir à partager avec Moka

 

Ecumes dédicace

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Éditions Steinkis (Février 2017)

88 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-36846-003-0

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

     STEINKIS_ECUMES_COUV.indd   proies faciles   proies faciles   le passeur

                 Moka                            Jérôme                              Mo’                           Nathalie

 

 

     la fugue   les ménines   l'orme du caucase   un bruit étrange et beau

        Petit carré jaune               Blandine                         Amandine                        Maël

 

 

     le jour où le bus   comment je ne suis pas devenu moine   les gardiens du louvre   ma maman est en amérique

               Mylène                            Mélo                               Hilde                            Saxaoul

 

 

     dieu n'aime pas papa   kerstern   anniversaire Kim Jong Li   Emmett-Till

               Caroline                           Fanny                            Sabine                           Stephie

 

 

     musnet   lydie   Le-journal-de-mon-père   culottées2

                Bouma                             Fleur                             Karine                         Sandrine

 

 

     role_de_composition   quitter saïgon   chiens de pripyat

             Marguerite                       Keisha                    Un amour de BD

S’aimer – Cécile Roumiguière et …

© Illustration de couverture Gwen Le Gac

© Illustration de couverture Gwen Le Gac

 

Une invitation à s’aimer, envers et contre tout…

 

Une ode à l’amour… Une valse lente qui se dessine au fil du temps. Un pas de deux. L’histoire d’un couple. Une vie…

 

Les premiers regards, la pudeur et l’émotion des débuts, la naissance d’un sentiment qui devient incontrôlable, les doutes et les incertitudes… Elle et lui. Ils racontent leur histoire, reviennent sur ces instants où tout bascule, ces petits moments suspendus, ses parenthèses où l’on se sent seuls au monde. L’amour qui se tisse, qui s’assagit, qui parfois s’endort. Le temps qui passe et l’amour qui balbutie, s’enflamme, s’effrite, se fortifie, s’installe. Et la vie qui va… 

 

« Nous nous sommes tant aimés… Pourquoi, comment ?

Qui sait au juste comment se conjugue le verbe s’aimer ? »

 

Il y a toute une vie d’amour dans les mots précieux de Cécile Roumiguière. Quelques mots qui résument l’essentiel, les années qui défilent et le couple qui reste, là, toujours… Des mots qui ont été inspirés par le talent de 39 illustrateurs qui ont donné leur vision de l’amour, un amour tantôt flamboyant, fragile, fiévreux ou enivrant. Sous leurs crayons, les visages multiples du plus beau des sentiments, celui qui fait battre le cœur un peu plus fort…

 

Un bijou. Dans le plus beau des écrins, le texte magnifique de Cécile Roumiguière épouse la vision personnelle de l’un des illustrateurs du collectif. Dans chaque illustration, un fil servant de lien entre chaque page. Et le résultat est une merveille… S’aimer déroule l’histoire d’un amour, tisse le dialogue d’une vie et tutoie l’universel. Une telle évidence… et de si nombreux échos.

 

Et la plus jolie des pépites pour ce rendez-vous jeunesse un peu spécial que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

« On s’est aimé dans les jours bleus, on s’est aimé dans la nuit profonde, dans les rires et dans l’angoisse, dans les mélodies des matins soleil et dans la souffrance des enfants perdus, celle des femmes et des hommes humiliés, dans la colère face aux océans souillés et aux avenirs saccagés. »

 

Avec les illustrations de… Joanna Concejo, Chiara Carrer, Bobi Bobi,Gaia Guarino, Cecile Gambini, Albertine, Xavière Broncard, Aurélia Fronty, Martine Perrin, Philippe de Kemmeter, André Prigent, Emmanuelle Eeckhout, Géraldine Alibeu, Natali Fortier, Elis Wilk, Dominique Descamps, Corinne Zanette,Marc Daniau,Hubert Poirot-Bourdain, Sophie Daxhelet, Audrey Calleja, Csil, Sabibe de Greef, Marielle Durand, Kris di Giacomo, Herbéra, Régis Lejonc, Gwen le Gac, Catherine Pineur, Nathalie Paulhiac, Rascal, Astrid de l’Aulnoit, Barroux, Françoise Rogier, Eva Offredo, Laurent Corvaisier, Nathalie Novi, Carole Chaix

 

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Éditions A pas de loups (Novembre 2016)

90 p.

 

Prix : 20,00 €

ISBN : 978-2-930787-25-1

 

pepites_jeunesse

 

challenge12016br

38/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

Défaite des maîtres et possesseurs – Vincent Message

defaiteUn conseil… Plongez dans ce roman et attendez vous à une expérience de lecture aussi déroutante que passionnante. Évitez la quatrième de couverture, oubliez tout ce que vous avez pu lire à son sujet et préparez vous à prendre une claque, une grande claque… Et encore vous serez loin du compte.

 

Le monde de Défaite des maîtres et possesseurs ressemble au nôtre, ou presque… Si vous êtes curieux, vous pourrez aisément savoir de quoi il retourne en farfouillant sur le net. Mais peut-être n’est-il pas nécessaire d’en dire plus. Peut-être est-il préférable de suivre le personnage principal et de découvrir ce monde par petites touches, comme l’a voulu l’auteur. C’est à mon sens une des grandes forces de ce roman, l’intelligence avec laquelle sont distillées les informations, la façon dont nous est donné à voir ce monde nouveau, avec ses nouveaux codes, ses interdits et ses dérives. Les révélations, subtiles ou soudaines, nous donnent certaines clés sans pour autant nous dévoiler l’essentiel. Parfois, elle nous explosent au visage et nous glacent les sangs…

 

Il en faut du talent pour souffler à ce point le chaud et le froid, amener tout doucement le lecteur à comprendre dans quel monde il est plongé, rendre les choses doucement insupportables voire même insoutenables. L’effet et le ressenti n’en sont que plus saisissants… Que ceux qui ne lisent que très peu de science-fiction ou n’apprécient pas ce genre en temps normal se rassurent. Que ce soit dans l’écriture, la tension dramatique qu’il dégage ou les questions qu’il soulève, ce roman est absolument brillant. Subtil, cruel, dérangeant, éminemment politique mais aussi profondément romanesque, il relève le pari fou de captiver tout en éveillant les consciences. Remarquable !

 

Vous l’aurez compris, ce roman est bien plus qu’un coup de cœur… A tel point que j’ai mis plus d’un mois à essayer de vous en parler. Mais croyez moi, laissez vous surprendre, acceptez d’être malmené… vous ne serez pas déçus du voyage (vous n’avez d’ailleurs plus aucune excuse, cet excellent roman vient tout juste de sortir en poche…!) (Et quant à moi, je viens de me procurer le premier roman de l’auteur, Les veilleurs, un pavé dans lequel je vais foncer les yeux fermés, Keisha en parle ici…)

 

Les avis de Cachou, Keisha, Krol, Nicole, Papillon, Pr Platypus, Sandrine, Virginie

 

Éditions Seuil (Janvier 2016)

Collection Cadre rouge

297 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-02-130014-7

La femme brouillon – Amandine Dhée

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« Le meilleur moyen d’éradiquer la mère parfaite, c’est de glandouiller. Le terme est important car il n’appelle à aucune espèce de réalisation, il est l’ennemi du mot concilier. Car si faire vœu d’inutilité est déjà courageux dans notre société, c’est la subversion absolue.

Le jour où je refuse d’accompagner père et bébé à un déjeuner dominical pour traîner en pyjama toute la journée, je sens que je tiens quelque chose. »

 

Une rencontre inattendue qui résonne longtemps. Un texte très court, une expérience intime et personnelle qui réussit le pari fou de résumer le parcours chaotique de toutes ces femmes brouillons qui tâtonnent, se cherchent et parfois ne se trouvent jamais…

 

Une petite centaine de pages constellées de marque pages. Des phrases d’une telle justesse, si déculpabilisantes, tellement réconfortantes aussi. Le tout mâtiné d’un humour et d’un recul réjouissants qui ne masquent pas malgré tout cette somme de doutes et ce gouffre d’incertitudes dans lequel nous plonge la maternité.

 

« Le monde bascule, et rien ne se voit. »

 

 

Amandine Dhée, « fruit de trois générations de mères lamentables », raconte son parcours de femme bancale et de mère en devenir et ça fait un bien fou. Empêtrée dans ses contradictions, désireuse de s’éloigner des clichés de la mère parfaite tout en collant malgré tout et malgré elle aux normes si ancrées dans notre société, l’auteure lève le voile sur ce qui ne se dit pas et met les pieds dans le plat avec une belle intelligence. 

 

Un texte féminin, féministe qui dit à merveille l’avant et l’après bébé tout en interrogeant sa propre vision de la maternité et de la féminité. Un récit abouti et sans compromis qui lui n’a rien de brouillon. Brillant et essentiel !

 

Les avis de Cathulu et Sophie

 

Éditions La Contre Allée (Janvier 2017)

Collection La Sentinelle

86 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 978-2-917817-90-2

 

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Millésime 2017, chez Laure !

Je dansais – Carole Zalberg

je dansais

« Nous n’avons pas été sauvées. Une poignée d’entre nous s’est enfuie mais nous n’avons pas été sauvées. Nous sommes pour la plupart encore entre leurs mains. »

 

Savoir dès les premières lignes que l’on va au devant d’une lecture douloureuse et nécessaire…

 

Ne pas reprendre son souffle, s’immerger totalement dans ces mots qui disent l’indicible, tenter de reprendre un peu d’air, en vain…

 

Se dire que ce roman sera de ceux qui marquent au fer rouge, qu’il laissera son empreinte, au corps et au cœur…

 

Je dansais ou la valse lancinante des captives. Ces corps malmenés, ces chairs bafouées, ces esprits colonisés par une violence sourde qui ne se cache même plus. Ces voix qui s’élèvent, entêtantes et douloureuses, qui se font silence et force, brisent les murs et éclatent au grand jour…

 

« Et nous sommes les femmes prises sans répit tout au long de l’histoire humaine.

Nous petites encore fraîches, données en pâture au sexe violent des soldats, à l’éboulis que sont leurs corps de pierre sur nos corps duveteux, puis, quand tout en nous s’est éteint, quand nul ne voudra plus nous reconnaître, quand nous serons l’abîme sous les pieds des vivants, jetées, livrées aux crachats ou finies à la machette, à la kalach, à mains nues. »

 

Je dansais m’a mise KO. Brillant dans sa narration, impeccable dans sa construction soutenue par cette plume rageuse qui lacère et n’épargne pas, par ces mots qui oublient de caresser et dévoilent l’insoutenable. Une écriture de l’urgence qui explore les zones d’ombres de l’humanité dans ce qu’elle peut avoir de plus monstrueux…

 

Quatre murs. Marie y vit depuis trois ans, séquestrée par un homme qui a vu dans son regard la possibilité d’un amour fou qui lui redonnerait enfin l’impression d’exister. Trois ans claquemurée dans un silence assourdissant pour tenter de rester soi, un peu, au dedans. Trois ans pendant lesquels les souvenirs s’estompent et l’espoir s’étiole. Avant, Marie dansait…

 

« Son exaltation, ma tragédie, nos réalités sont aussi liées qu’irréconciliables. »

 

En résonance, comme un écho à l’enfermement de Marie, ces voix du monde qui disent les violences faites aux femmes devenues proies, esclaves et trophées. Ce « nous », universel, qui vous glace… Ces voix qui hurlent en silence et disent les chairs à vif, le vide de l’âme… et malgré tout, ce désir puissant de survie qui bat dans les veines, cette résistance essentielle qui donne corps à l’espoir…

 

Un roman d’une rare puissance, tragique et poétique, dans lequel on sombre corps et âme… Coup de cœur !

 

Les avis d’Antigone, Joëlle, Jostein, L’or des livres

 

Le blog de l’auteure

 

Éditions Grasset (Février 2017)

160 p.

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-246-86255-0

 

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Millésime 2017, chez Laure !

Les rêves en noir et blanc – Hanna Vernet

les-reves-en-noir-et-blancLes premiers romans, c’est quelque chose, vous savez. Pour ceux qui s’élancent dans l’écriture comme pour nous, simples-lecteurs-ébahis-devant-tant-d’audace !

 

Découvrir une nouvelle plume, c’est magique. Un peu comme découvrir un trésor, un secret enfoui et qui promettrait le meilleur…

 

Découvrir des nouveaux mots, c’est une émotion un peu folle. Rare. Quelque chose de précieux. La saveur d’un présent inattendu …

 

Et quand c’est une amie qui écrit, soudain, ça devient autre. Ou du moins, plus fort encore, plus épatant, plus savoureux sans aucun doute !

 

Hanna est ma copine de fac. Celle qui me tient la main depuis 3 ans déjà, sur les bancs de l’Université. Avec elle, j’ai grandi, me suis lancée dans un doctorat et dans l’enseignement. Si ! Avec elle, tout contre elle plus justement, j’ai affronté les premiers cours, les premiers colloques, les premiers errements, les premières grandes joies, les premiers déboires aussi…. Avec elle, j’ai débuté ce changement de vie un peu fou, un peu incertain, qui me laisse parfois sans voix, sans force…. Elle, toujours, envers et contre tout, sans jugement, sans pression, est là…

Alors, pour toutes ses choses (et pour ce qu’on ne peut pas raconter ici ou là) et pour cette nouvelle écriture qui se dessine dans ce premier roman, je vais vous raconter, un peu maladroitement (l’émotion sans aucun doute) cette belle histoire d’amour et d’absolu. L’histoire de Philéa… Et de Théo…

 

« L’histoire en elle-même est tout aussi banale que la fille qui l’a écrite. Pourtant, elle mérite d’être racontée ici pour rendre hommage au courage de cet homme et de cette femme qui ont essayé de s’aimer, sans attache, tout en sachant que c’était perdu d’avance, tout en sachant qu’ils ne pourraient pas se sauver l’un l’autre, ni se soulager, et qu’ils mouraient un jour sans laisser aucune trace de cet amour. Voici l’histoire d’un homme et d’une femme qui ont fait l’expérience de la solitude à deux, sans jamais fléchir sous le poids de l’espoir, pour sauver la seule idée en laquelle ils croyaient : tout est perdu d’avance. Rien ne dure jamais. »

 

Philea, quel drôle de nom ! Elle est libraire, dotée d’une « petite boutique de livres anciens et d’occasions cachée au fond d’une ruelle. ». Philea a 25 ans. Jeune femme fragile, sensible, mélancolique, forte, lourde, intelligente, torturée sans doute, abimée déjà… qui se réfugie dans la littérature pour oublier un peu la pesanteur de l’être.

Et puis Théo. Rencontré à une soirée. Malsain et détestable. Un poseur. Un loup, qui « ne prend même pas la peine de se faire passer pour la Mère-grand. » Un taré ? Elle ne sait, elle joue. « Quelque chose l’attire et la repousse à la fois. »

Théo. Et Philea…

 

Une romance me direz-vous ? Pensez-vous ! C’est tellement plus que ça ! Une histoire sublime, passionnée, enchantée, sombre et tragique à la fois. Une histoire qui cause de la vie, qui dit l’intérieur, met en mots le vertige de l’amour.  Qui raconte cet élan qui nous pousse vers l’autre, vers toi peut être ?!

Les rêves en noir et blanc est un premier roman superbement écrit, finement ciselé, plein de vie et de noirceur. Avec de l’amour aussi dedans évidemment !

Hanna-ma-copine-qu’elle-est-tellement-pfiouuu-talentueuse dit les méandres du cœur. A travers Philea, à travers ses pensées, ses doutes, ses désirs, ses baisers, ses envies, ses abîmes, ses débordements…. Elle nous raconte un peu. Met des mots sur ce qui parfois nous dévore toutafé l’intérieur. Comme c’est beau, comme c’est bon de revivre les élans du cœur, moi, qui avec mon grand âge et ma petite vie si bien rangée/installée (pavillon-époux-minots-boulot-tisane-et-dodo-à10h-du-soir !) redécouvre, le temps d’une centaine de pages les frissons de la passion !

 

Évidemment, c’est un premier roman, évidemment son écriture doit prendre de l’ampleur, de la densité peut-être. S’étoffer. Grandir. Se patiner. Et en même temps, c’est déjà tellement beau, tellement bon, même dans les (rares) imprécisions. C’est d’ailleurs ce que j’aime par-dessus tout dans les premières publications : les imprécisions, les maladresses, les fragilités, les emportements… Les tournures peu convenues, peu formatées encore, pas calibrées ni bien-comme-il-faut. Et cette énergie folle qui s’en dégage. Comme si l’écriture venait de l’intérieur, presque sans filtre, presque sans protection. Nue. Un truc du ventre et du cœur. Un truc qui dit soi, qui dit l’autre et qui, comme dirait Sabine, fait BOUM !

 

Merci ma copine, je suis tellement, tellement fière de toi ♥

 

«  Elle voudrait pouvoir se dire que vivre n’est pas une urgence. Qu’elle a le temps. Mais elle ne peut pas. Elle est comme possédée par l’idée de TOUT faire, TOUT voir, TOUT ressentir avant qu’il ne soit trop tard. Pourtant, de l’extérieur, elle semble toujours très calme. Jamais un cri. Jamais un emportement. Ses colères sont profondes et silencieuses. Enfouies avec soin, sous une froideur impassible. Ses colères n’ont pas de raison. Elles sont sans origine. Sa tristesse aussi. Mais si quelqu’un prenait le temps de la regarder vraiment, il verrait les marques imperceptibles d’une violence à peine voilée. Là, à fleur de peau, ses veines, rigoles tourmentées de ses passions, de ses angoisses… »

 

A lire les copains, je crois vraiment….

 

Les rêves en noir et blanc, Hanna Vernet, IS Edition, 2016.