Sauveur & fils (saison 3) – Marie-Aude Murail

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« Je suis un psy, pas forcément à la con mais un psy. C’est comme ça que je me défends. Je généralise, je théorise, j’essaie de comprendre. J’ai besoin que les choses aient un sens. »

 

♥ Bonheur ♥

 

Sauveur & fils ou la série doudou par excellence… Celle qui vous réconcilie avec le genre humain, oui, rien que ça. Celle qui fait tellement de bien qu’elle devrait être remboursée par la sécurité sociale. Celle qu’on a déjà hâte de retrouver pour une nouvelle saison parce que oui, ouf, il y en aura bien une !

 

Sauveur, je l’aime d’amour. Voilà, c’est dit. J’aime sa vraie-fausse assurance, sa belle humanité, son envie folle de réconcilier l’inconciliable, sa façon de mettre des mots sur les maux, ou de ne pas les mettre d’ailleurs. J’aime sa façon de se prendre les pieds dans le tapis, de tâtonner, de prendre parfois les mauvaises décisions quand il s’agit de sa vie personnelle. J’aime son inconscience et son manque flagrant de professionnalisme quand il décide de laisser parler son cœur plutôt que sa raison de praticien. J’aime sa façon de croire profondément en l’être humain. Et par dessus tout, j’aime sa famille foutraque et rapiécée parce qu’elle ressemble à la vie, la vraie…

 

« Regardant la tablée où se promenait Bidule et autour de laquelle s’entassaient, outre Louise, Alice, Paul et Lazare, un légionnaire plus ou moins gangster, un pianiste déséquilibré et un Elfe de la nuit déscolarisé, Sauveur eut le sentiment que le 12 rue des Murlins prenait bel et bien ces derniers temps l’allure d’un établissement pour dingos. »

 

Trois saisons et une galerie de portraits qui s’étoffe. Autant de patients qui défilent dans le cabinet de Sauveur, les véritables patients n’étant pas toujours ceux que l’on croit d’ailleurs… Des êtres cabossés, abîmés, incompris, inadaptés ou à côté de la plaque qui trouvent en Sauveur une oreille attentive. Et des adolescents auxquels on s’attache sensiblement, inévitablement…

 

Trois saisons et une famille qui se construit sous nos yeux. Une maison de mecs… et Louise. Beaucoup d’amour, de chassés-croisés, d’incompréhension aussi parfois quand la vie professionnelle de Sauveur envahit un peu trop la sphère privée. Ouf, Sauveur est faillible, nous voilà presque rassurés…! Marie-Aude Murail, toujours aussi perspicace et juste, nous régale et on en redemande ! (Vite, vite, la suite !!! )

 

Une série chouchou-doudou-qui-fait-du-bien… franchement, vous auriez tort de vous en priver ! Et une délicieuse pépite jeunesse que j’ai pris un plaisir fou, encore, à partager avec mon complice Jérôme.

 

« Mon Dieu, (…) est-ce que les parents ont idée du fatras qu’il y a

dans la tête de leurs enfants ? »

 

Les avis de Cuné, Pépita, Thalie

 

Mon avis sur la saison 1 et la saison 2

 

Éditions École des Loisirs (Mars 2017)

320 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-211-23239-5

 

pepites_jeunesse

Aquarium – David Vann

Je ne suis pas une inconditionnelle de l’auteur au point d’avoir lu toute sa bibliographie mais j’ai reçu une grande claque à la lecture de Sukkwan Island, magistral de tension psychologique. Desolations m’avait laissée beaucoup plus mitigée mais là encore impossible de ne pas lui reconnaitre un don pour mettre en scène l’angoisse. Inconcevable donc de ne pas craquer pour ce nouveau roman au titre si énigmatique…

 

Aquarium m’a prise dans ses filets dès les premières lignes. Là encore, David Vann se plait à radiographier de l’intérieur les fêlures d’une famille en disséquant au scalpel les émotions, les petites bassesses, les grandes blessures, les folies et les frêles espoirs de personnages qui tous se débattent principalement contre eux-mêmes. Rien de très glorieux non, du sombre, du noir, tout semble encore et toujours sans issue. Le couteau s’enfonce dans la plaie encore suintante, les fissures s’agrandissent… et le lecteur, totalement hypnotisé, regarde leur petit monde vaciller.

 

Les relations perverses qui peuvent s’installer dans une famille, les affres du passé, l’impossibilité du pardon, la question de la résilience. David Vann a ses marottes et bon sang ça bouscule…

 

« Tout est possible avec un parent. Les parents sont des dieux. Ils nous font et nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière, et c’est ce monde-là qu’on connaît ensuite, pour toujours. C’est le seul monde. On est incapable de voir à quoi d’autre il pourrait ressembler. »

 

Caitlin a douze ans. Elle habite Seattle avec sa mère Sheri dans un appartement de banlieue tout ce qu’il y a de plus modeste. Pas de père à l’horizon. Tous les jours, sa mère s’échine dans un boulot d’homme sur les quais. Elle rentre épuisée et peine à joindre les deux bouts. Mais elles se tiennent les coudes, soudées comme peuvent l’être une mère et sa fille, chacune étant la béquille de l’autre. Chaque jour après l’école, Caitlin se rend à l’aquarium où elle a un pass annuel. Sa soupape quotidienne, sa bouffée d’air frais… En attendant que sa mère vienne la récupérer à la fin de sa journée de travail, elle plonge ses yeux dans les bassins, observe ce monde marin qui la fascine et rêve d’autres horizons. C’est là qu’elle fera la rencontre qui fera tout basculer. Un vieil homme, passionné comme elle, qui deviendra un ami, un confident. Une amitié aussi inattendue qu’improbable qui plongera sa mère dans une colère noire et fera remonter à la surface des secrets bien enfouis…

 

Le grain de sable dans l’engrenage déjà bien fatigué… On a beau savoir que le vernis va vite se ternir, on est loin de s’imaginer ce que l’auteur réserve à ses personnages. Il y a quelque chose de brut dans ce roman, de sauvage. Les émotions sont sans filtre, on s’embourbe, on sort la tête de l’eau, on replonge encore. Tragédie banale d’une famille qui s’enlise, Aquarium asphyxie le lecteur même si cette fois, ouf, l’espoir est tout de même permis. Une timide rédemption que permettra peut-être l’innocence et la persévérance de Caitlin, incroyable de résistance et d’amour…

 

Fascinant, dérangeant… en un mot, brillant !

 

Les avis de Cajou, Fanny, La fée lit, Laure, Léa Touch Book, Luocine

 

Éditions Gallmeister (Octobre 2016)

Collection Nature Writing

280 p.

Traduit par Laura Derajinski

 

Prix : 23,00 €

ISBN : 978-2-35178-117-3

 

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41/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

Chaussette – Loïc Clément / Anne Montel

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« Chaussette est une vieille dame qui vit à côté de chez moi. C’est pas son vrai nom, mais quand j’étais petit, je savais pas bien prononcer « Josette »… et finalement, c’est resté. »

 

Un joli potager, une cuisine qui sent bon la soupe de légumes, un vieux gramophone, des plantes vertes, un plaid bien douillet jeté sur le fauteuil, un transistor sans âge, quelques tableaux au mur… la petite maison de Josette lui ressemble et elle s’y sent bien. A ses pieds ou à ses côtés, fidèle comme une ombre, le bon vieux Dagobert dégage une énergie et une bonne humeur sans failles. Et elle est belle la vie auprès de Josette, chaque jour ressemble au suivant et c’est très bien comme ça…

 

Et tous les jours, Merlin, leur petit voisin, observe le petit couple au rituel bien huilé. Chaque jour, Josette dite Chaussette et son chien Dagobert suivent un parcours bien rodé sans jamais sans écarter. Armée de son cabas à roulettes, la vieille dame se rend au parc où elle « lit et relit des vieux bouquins qui craquent quand elle les ouvre plus fort » pendant que son chien s’amuse à courser les canards. Ensuite, direction la boucherie pour y acheter des saucisses, la librairie-papeterie-tabac-presse où elle n’achète jamais rien, la mairie pour y détailler consciencieusement les petites annonces, la boulangerie où elle achète invariablement la moitié d’un pain de mie tranché et ressort avec du pain de la veille qu’elle file distribuer aux moineaux dans le terrain vague près de chez elle. Quand Chaussette rentre chez elle, la matinée s’est écoulée tranquillement. La journée continue, faite de rituels et d’habitudes rassurants. Et la vie va…

 

Mais ce matin-là, quelque chose semble perturber la routine de la vieille dame. Dagobert n’est pas à ses côtés et Chaussette a un comportement plus qu’étrange. Bien décidé à comprendre ce qu’il se passe, Merlin se met à la suivre discrètement…

 

Une merveille de douceur que cet album là ! Impossible de ne pas tomber sous le charme de Chaussette et de son chien Dagobert. Il y a beaucoup de tendresse dans cet album, beaucoup d’amour aussi.

Léger et doux comme une caresse, délicat et mélancolique comme une mélodie qui ravive les souvenirs, cet album est un bijou qui aborde avec tendresse le temps qui passe, la solitude, la vieillesse et l’absence de ceux qui nous sont chers. On a un peu les yeux qui picotent à la fin de l’album oui, elle est tellement belle et touchante cette fin. Et que dire du dessin de Anne Montel… j’adore ! Une mise en couleurs d’une grande douceur, des bouilles à croquer, des scènes du quotidien plus vraies que nature, un trait d’une grande délicatesse… tout de suite, le lecteur se retrouve enveloppé dans un cocon… Un vrai bonheur et un régal pour les yeux ! Coup de cœur ! ♥

 

Un petit bijou dont je suis ravie de partager la lecture avec Mo’, conquise elle aussi !

 

Le blog d’Anne Montel

Le blog de Loïc Clément

 

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Éditions Delcourt Jeunesse (Avril 2017)

32 p.

 

Prix : 10,95 €

ISBN : 978-2-7560-7526-6

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

Rage – Orianne Charpentier

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« Si « Rage » est un nom, alors elle le veut bien. Elle veut bien s’en vêtir, pour un temps peut-être, comme un nouvel habit, comme une seconde peau – en attendant une autre mue. »

 

Elle a tout laissé derrière elle. Son pays, sa famille, sa vie d’avant… son prénom. Ici, elle est Rage. Un prénom qui claque et lui colle à la peau, un mot-colère, un mot-blessure qui dit l’horreur qu’elle a vécue, la violence des hommes et tout le chemin parcouru. 

 

Elle a tout laissé derrière elle et fait tout pour oublier. La fuite éperdue vers l’ailleurs, la course à la survie, la lente et douloureuse adaptation à la vie d’ici. A présent elle avance à tâtons. Tente de se recréer une bulle. Réfugiée en France, son amie Artémis est son seul repère, sa seule béquille, son seul lien avec sa vie d’avant l’exil.

 

Rage est une boule de solitude et de souffrance, autour d’elle, des barrières infranchissables. Rien ne semble pouvoir fendiller l’armure. Jusqu’à ce qu’une nuit, sa route croise celle d’une chienne. Une chienne pitbull aux abois, traquée, blessée, maltraitée. Pour Rage, la sauver revient peut-être à se réparer elle-même…

 

« Elle avance d’un pas.

Elle se met à chuchoter comme elle l’a fait la première fois, il n’y a que quelques heures, lorsqu’elle a vu ce fauve surgir de la nuit. A ce moment-là, elle n’a pas vu un monstre, elle a vu une survivante. Elle n’a pas vu une bête, elle a vu son reflet. Elle s’est vue elle-même. »

 

Un court récit qu’on lit en retenant son souffle. Avec Rage, l’auteure réussit un périlleux exercice d’équilibriste sans filets. Tendu à l’extrême, son texte à vif dit l’urgence, le désespoir et la rage de vivre. Au plus près de l’émotion, au plus près de l’essentiel, la plume d’Orianne Charpentier est d’une justesse et d’une puissance qui laissent sans voix. Un texte dense, brut et resserré où chaque mot compte. Un texte comme une déflagration où la maltraitance animale fait écho à la condition d’exilée de la jeune fille. Un texte qui malgré tout laisse la porte ouverte à la résilience et à une timide mais possible reconstruction.

 

Une seule nuit pour tout changer… Un texte coup de poing qui résonne longtemps… et une pépite jeunesse percutante comme on aime les partager avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

Éditions Gallimard jeunesse (Mars 2017)

Collection Scripto

103 p.

 

Prix : 7,00 €

ISBN : 978-2-07-508255-6

 

pepites_jeunesse

Natures mortes – Oriol / Zidrou

NATURESMORTESOù Zidrou arrive encore à me surprendre…

 

Par son talent certain pour raconter des histoires. Par son audace et sa liberté qui n’ont rien de feintes. Par son choix de parler d’un artiste totalement méconnu. Par son don, encore et toujours, de s’entourer des meilleurs…

 

Natures mortes raconte la vie mystérieuse du non moins mystérieux Vidal Balaguer, considéré comme l’un des prodiges du modernisme catalan, disparu à l’aube du XXe siècle. Un artiste de l’ombre qui ne connaîtra jamais le succès de son vivant et peine encore aujourd’hui à obtenir la reconnaissance qu’il mérite.  Un homme insaisissable et troublant dont on ne sait que peu de choses aujourd’hui et à qui Zidrou et Oriol ont choisi de redonner vie.

 

Barcelone, 1899. Joaquin Mir et Vidal Balaguer sont amis et peintres. Ils fréquentent tous les deux le fameux cabaret-galerie Els Quatre Gats. Balaguer vivote. Criblé de dettes, il fait de la peinture « alimentaire » en vendant quelques natures mortes ou en répondant à de rares commandes qui laissent son talent en sommeil. Il pourrait, pourtant, voire sa carrière s’envoler. Il suffirait pour cela qu’il accepte de vendre le portrait qu’il a fait de Mar, son amour, disparue quelques mois plus tôt sans laisser la moindre trace… Le tableau est le seul souvenir qu’il lui reste d’elle, et qu’importe si son comportement éveille les soupçons d’un inspecteur de police persuadé qu’il est pour quelque chose dans son étrange disparition. Possible même qu’il soit aussi responsable d’autres disparitions elles aussi fort troublantes…

 

Quarante ans plus tard, Joaquin Mir se souvient…

 

« Les fantômes n’ont un nom que pour ceux qui les ont pleurés. »

 

Chaque vignette de cet album est un tableau. Graphisme virtuose, couleurs éclatantes, personnages énigmatiques aux contours parfois aussi flous que leur âme, courbes sensuelles, Oriol est à son meilleur. Il nous plonge avec grâce dans une atmosphère de fin de siècle arrivant même à rendre vivants les tableaux de ces artistes bohèmes. Tout est absolument somptueux, à commencer par cette couverture effet toile de maitre dont l’aspect tissu glisse avec délice sous les doigts… Merveille…

 

C’est peu dire que le dessin sublime l’histoire imaginée par Zidrou. L’auteur aux multiples talents brode sur la biographie de cet artiste maudit, y ajoutant une histoire d’amour sensuelle et tragique et un soupçon de mystère qui rendent le tout aussi fascinant qu’envoutant.

 

Magnifique album et magnifique coup de cœur… Chapeau messieurs !

 

Les avis de Jacques et Yvan

 

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Éditions Dargaud (Mars 2017)

64 p.

 

Prix : 14,99 €

ISBN : 978-2-505-06801-3

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

          cartes postales     jamais je n'aurai 20 ans    FOURREAU-BRODECK-02.indd    les jours sucrés

                     Sabine                              Saxaoul                          Amandine                             Sita

 

 

          lulus1     Macaroni     Juliette     piano oriental

                      Mylène                            Fanny                              Antigone                             Laeti

 

 

          Pierre papier Chicon     le maitre d'armes     pepper carrot     anuki4

                        Mo’                               Jérôme                              Bouma                           Sophie

 

 

 myrmidon dragon      Martha et alan      ms marvel     chroniques de jerusalem

                  Sophie                                  Sylire                            Caro                             Soukee

 

 

          geisha    s'enfuir    Pereira-prétend    Ce-quil-faut-de-terre-à-lhomme

              Un amour de BD                  Sandrine                          Natiora                           Karine

 

 

                black-clover-1-kaze     idéal-standard    voyage des pères

                           Syl                             Stephie                              Alex

Le groupe – Jean-Philippe Blondel

le groupeJ’ai refermé ce dernier roman de Jean-Philippe Blondel avec une irrépressible envie d’écrire. Pas juste écrire comme je le fais ici régulièrement non, mais écrire pour moi. Pour me connaître un peu mieux peut-être. Écrire pour faire ressurgir ces choses enfouies, écrire pour se faire du bien, pour se révéler, qui sait…

 

Jean-Philippe Blondel offre à ses lecteurs un formidable roman sur l’acte d’écrire. Un roman qui dit la puissance de l’écriture, ce saut dans l’inconnu qui s’apparente à un saut dans le vide, ce lâcher prise qu’il faut réussir à accepter pour mettre en mots ce qui nous habite.

 

Qu’importe si le personnage de François Roussel, lui aussi professeur d’anglais et écrivain, est ou non un double ou un alter-ego de l’auteur. Qu’importe si ce roman raconte une expérience vécue ou non. Le fait est que l’on a tout de suite l’impression de faire partie de ce groupe. Léo, Émeline, Nina, Boris, Maxime, Valentine… et les autres. Ils sont dix élèves de Terminale à s’être inscrits à l’atelier d’écriture organisé par deux professeurs du lycée. Ils seront donc douze à se réunir une heure par semaine durant cinq mois dans une bulle où personne ne les jugera. Cinq mois où petit à petit les carapaces vont se fissurer, révélant les faiblesses, les secrets et les désirs de chacun. Cinq mois où l’écriture jouera son rôle de révélateur, dévoilant à chaque participant beaucoup plus qu’il n’aurait pu imaginer sur lui-même…

 

« On a tous été très secoués. Par toutes les histoires. Les fausses. Les vraies. C’est comme si nous avions été projetés à l’intérieur d’un film très réaliste. Comme quand on lit un roman et que, d’un seul coup, le monde extérieur cesse d’exister. [...] Dehors, il faisait presque nuit. Il fallait aller dans le froid à l’arrêt de bus, retourner chez nous, reprendre le cours de nos existences, tout en gardant au chaud toutes ces vies croisées l’espace d’un atelier, toutes ces intimités dévoilées – c’était plus que nous en étions capables. Nous voulions rester là, dans le lycée, à réfléchir et à nous parler. »

 

Ils sont hésitants, tâtonnent ou se lancent à corps perdu dans l’acte d’écrire. Ils se réveillent, doucement. S’affirment. N’ont rien à perdre. Ils sont beaux et émouvants, sincères et vrais. Ils s’observent, s’écoutent, se respectent. Ils se rassemblent dans un même élan et finissent par se ressembler.

Le roman de Jean-Philippe Blondel est une vraie pépite. De celles qu’on lit le sourire aux lèvres parce qu’on s’y retrouve, un peu, beaucoup. De celles qui se rapprochent au plus près de l’émotion que peut provoquer l’écriture,  et de ce qui se joue là, dans l’intimité des mots. De celles qui touchent à l’essentiel et offrent une vraie parenthèse de bonheur. J’ai adoré ♥

 

Une vraie pépite jeunesse pur jus que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

Les avis de Cuné, Faelys, Laure, Livresse des mots, Pépita et Saxaoul

 

Du même auteur sur le blog : 06h41Un endroit pour vivreLa coloc 

 

Éditions Actes Sud junior (Mars 2017)

Collection Roman ado

125 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 978-2-330-07552-1

 

pepites_jeunesse

Kadogo – Ingrid Chabbert / Joël Alessandra

PRINT COUV KADOGO.inddLes chants et les cris de joie résonnent dans le village. C’est un grand jour. Aujourd’hui, Gabriel a 11 ans. Et à 11 ans, on devient un homme à ce qu’il paraît. Gabriel ne décèle pourtant aucun changement en lui. Il aime toujours autant jouer au football avec ses frères et il n’a même pas encore la voix grave…

 

Les chants et les cris de joie se taisent. L’heure devient solennelle. L’oncle de Gabriel a un cadeau pour lui, bien ficelé dans du papier. Avec un peu de chance ce sera un nouveau ballon, celui reçu l’année dernière est déjà en lambeaux. Mais ce n’est pas un ballon. Sous le papier déchiré avec empressement, une kalachnikov…

 

Il est fier Gabriel, elle est belle sa kalachnikov. Il pavane un peu devant ses frères, jaloux de ce si beau cadeau. Bientôt, ce sera leur tour. Gabriel va se coucher, heureux. Mais la nuit sera courte. Son oncle le réveille et le pousse avec empressement vers une jeep qui semble l’attendre. Au bout du voyage éprouvant sur des pistes chaotiques, un camp d’entraînement plein d’autres enfants pas encore des hommes qui, comme lui, ont reçu une kalachnikov pour leur anniversaire… 

 

Un album à hauteur d’enfant pour dire l’inconcevable. Un album engagé pour dire que pas si loin d’ici des enfants sont privés de l’insouciance de leurs plus belles années. Un album qui cogne dure, qui frappe fort mais qui le fait avec intelligence. Les mots d’Ingrid Chabbert épousent à merveille les pensées de Gabriel. Ils disent la joie et l’insouciance d’abord, l’étonnement, l’incompréhension et la révélation, cruelle. Au diapason, les dessins de Joël Alessandra capturent l’effroyable banalité, les cris en sourdine, la révolte qui couve. Un album nécessaire sur l’enrôlement des enfants soldats – Kadogo en swahili – soutenu par Amnesty International. Un album qui, à n’en pas douter, fera date dans le catalogue des si indispensables éditions Des ronds dans l’O. A lire en résonance avec le bouleversant Une guerre pour moi de Thomas Scotto et Barroux…

 

A ce jour, près de 250 000 enfants sont engagés dans des conflits armés…

 

Un album rare et indispensable que je partage avec Jérôme.

 

L’avis de Nadège

 

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Éditions Des ronds dans l’O (Mars 2017)

34 p.

 

Prix : 13,50 €

ISBN : 978-2-37418-029-8

 

logoalbums2016

Un grand jour de rien – Béatrice Alemagna

un grand jour de rienLa maison apparait sous un rideau de pluie au cœur de la forêt. Un jeune garçon et sa mère s’y installent pour les vacances, comme l’année dernière. Et les jours se suivent et se ressemblent… Maman écrit et tape sur les touches de son clavier du matin au soir. Lui zigouille des martiens sur son jeu vidéo. On ne parle pas beaucoup et papa n’est plus là pour l’emmener découvrir le monde au dehors…

 

Quand maman lève le nez de son écran c’est pour lui dire de lâcher sa console. Imperméable orange sur la tête, l’enfant sort s’ennuyer sous la pluie, console bien planquée dans la poche. Une colline, un étang pavé de rochers… et les pas incertains font s’échapper le jeu dans l’eau. Le drame. La forêt qui bruisse alentours n’a pourtant pas dit son dernier mot et sort ses armes…

 

Peu à peu, l’enfant découvre la nature autour de lui, étonnante, fourmillante, secrète, un peu magique. Ça grouille, ça aimante, ça réveille les souvenirs enfouis… et ça change tout.

Et le soleil brille à nouveau. C’est un grand jour de rien, un jour où perdre son temps, un jour à contempler le monde, un jour plein de cette vie qui va, un jour à partager avec ceux qu’on aime pour écouter le même silence…  

 

« Alors, je décidai de grimper sur un arbre et de regarder au loin

de renifler l’air en gonflant mes poumons,

de boire la pluie comme un animal,

d’observer des insectes bizarres,

de parler à un oiseau,

de sauter dans une flaque en éclaboussant partout,

de ramasser des cailloux lisses et transparents, et d’y voir à travers le monde qui brillait.

Pourquoi n’avais-je jamais fait ça auparavant ? »

 

Un grand jour de rien est un album bijou à la vraie beauté graphique. Beatrice Alemagna y donne toute la mesure de son talent en déployant une palette automnale où la lumière prend progressivement sa place. Seul repère, la capuche de l’enfant qui nous emmène dans ses découvertes de ces petites choses qui font un grand tout. Rien ne se passe vraiment dans cet album et pourtant tout est là. L’essentiel. Loin du brouhaha du monde qui court et de ces vies virtuelles qui nous accaparent… Et ça fait un bien fou ♥

 

Une petite merveille qui vient logiquement de remporter le Prix Landerneau 2017 de l’album jeunesse dont le jury était cette année présidé par Véronique Ovaldé.

 

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Le site de l’auteure

 

Éditions Albin Michel jeunesse (Novembre 2016)

Collection Trapèze

40 p.

 

Prix : 15,90 €

ISBN : 978-2-226-32937-0

 

logoalbums2016

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40/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

Coquelicots d’Irak – Brigitte Findakly / Lewis Trondheim

coquelicots

 

Beaucoup de tendresse et d’humour dans cette évocation très personnelle de l’Irak avant l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein. Sans occulter une description très précise de ce que peut être une enfance sous une dictature, les auteurs déroulent une histoire très sensible, pleine de questionnements mais aussi de jolies respirations et de petites bulles de douceur. 

 

Brigitte Findakly est née en 1959 à Mossoul où elle y a grandi jusqu’en 1973. Coloriste de métier, c’est avec son époux Lewis Trondheim qu’elle s’associe pour raconter son histoire : celle d’une enfant née en Irak d’un père irakien, chrétien orthodoxe et d’une mère française catholique. Celle de son enfance à une époque où les coups d’État et la dictature militaire font loi.

 

Si les dessins de Lewis Trondheim ne sont franchement pas ma tasse de thé, je dois reconnaître que ce trait naïf, frais et ce style « gros nez » se prête à merveille à ce récit d’enfance teinté de nostalgie. Le graphisme est même ici une vraie bouffée d’oxygène qui laisse le champ libre à l’essentiel. Entre vie quotidienne, souvenirs personnels et évènements politiques qui font lentement dériver le pays, le récit sans réelle chronologie se déroule en petites saynètes évoquant une vie de famille heureuse et ces petits riens qui marquent un enfant. Jusqu’à l’exil, douloureux mais nécessaire, vers la France au début des années 1970. Le cœur, lui, quoiqu’il arrive, restera toujours à Mossoul…

 

Alors qu’elle sait qu’elle ne remettra jamais les pieds dans cet Irak détruit qui n’est plus le sien et qu’elle ne reconnait plus, choquée par l’entrée de Daesh dans Mossoul, il était temps pour Brigitte Findakly de mettre en mots son histoire personnelle, ces racines profondes qui auront profondément façonné sa personnalité. Elle le fait avec le recul de l’adulte et les yeux innocents de l’enfant, posant un regard critique très subtil sur l’évolution du pays. Le témoignage, touchant et juste, n’en est que plus précieux.

 

Une bonne surprise que je partage avec ma chère Mo’ et une découverte que je dois à l’opération « La BD fait son festival » organisée cette année encore par Priceminister. Merci à eux !

 

le BD fait son festival 2017

#1Blog1BD

 

Les avis de A propos de livres, Canel, Charlotte, Fanny, Saxaoul

 

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Éditions L’Association (Août 2016)

115 p.

 

Prix : 19,00 €

ISBN : 978-2-84414-628-1

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Moka

 

 

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39/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

Sex story. La première histoire de la sexualité en BD – Philippe Brenot / Laetitia Coryn

sex storyPhilippe Brenot est psychiatre et anthropologue, directeur des enseignements de sexologie à l’université Paris-Descartes. Son projet est un peu fou et il mettra deux ans à le réaliser : écrire l’histoire de la sexualité humaine à travers les âges et les cultures, de la préhistoire à nos jours, évoquant même, dans un dernier chapitre, la sexualité du futur.

 

Et le résultat est plus qu’à la hauteur : plus de 200 pages mises en bulles par Laetitia Coryn, très inspirée en plus d’être drôle, et une bande dessinée aussi passionnante qu’instructive émaillée d’anecdotes absolument réjouissantes. On prend le temps, on se délecte de ce que l’on peut découvrir sur l’évolution des mœurs sexuelles, sur la vision du sexe et de l’amour chez nos ancêtres. On s’étonne aussi que chaque période de libération sexuelle soit toujours suivie d’une grande répression…

 

Riche, instructif, extrêmement documenté, Sex story est passionnant de bout en bout ! On y apprend pêle-mêle que Ramses II se masturbait dans le Nil pour donner puissance et fertilité à l’Égypte, que le vibromasseur inventé par Cléopâtre était un cornet de papyrus rempli d’abeilles, que la chapelle Sixtine a été en partie construite grâce à l’argent de la prostitution – le pape Sixte IV ayant acquis une maison close pour renflouer les caisses du Vatican – que Léonard de Vinci fut probablement le premier anatomiste et qu’il fut même le premier à représenter le fœtus et la femme enceinte et à découvrir le mécanisme de l’érection, que la reine Victoria était loin d’être aussi pudibonde qu’on veut bien le croire… et que le prince Albert arborait même un piercing au gland…!

 

Sans tabou ni aucune vulgarité, Sex story est un ouvrage imposant qui allie rigueur scientifique et humour tout en proposant une réflexion sur nos comportements, notre rapport au sexe, au plaisir, à l’amour, au mariage, au couple, à l’homosexualité, à la pudeur, à la masturbation… et bien plus encore. Absolument indispensable !

 

L’avis de Canel

 

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Éditions Les arènes (Avril 2016)

204 p.

 

Prix : 24,90 €

ISBN : 978-2-35204-503-8

 

mardi c'est parmis

By Stephie