L’homme gribouillé – Serge Lehman / Frederik Peeters

Chers lecteurs, méfiez-vous…. Il y a fort à parier que vous ne pourrez pas lâcher L’homme gribouillé une fois que vous aurez fait sa rencontre. Ou que ce soit lui, finalement, qui ne souhaite pas vous relâcher… Possible aussi que vous vous demandiez longtemps quel genre d’histoire vous êtes en train de lire. Enquête ou voyage initiatique ? Thriller horrifique ou saga familiale subtilement teintée de fantastique ? Une seule chose est certaine. Vous risquez bien de rester vissé à votre fauteuil jusqu’à la fin de cet épais roman graphique en hésitant sans cesse entre explications rationnelles et d’autres qui le sont beaucoup moins… mais qui bizarrement sont tout aussi plausibles…

 

Qui est donc cet étrange personnage qui se fait appeler Max Corbeau et s’invite avec fracas dans les vies jusque là plutôt tranquilles des femmes Couvreur ? Que veut ce maître-chanteur qui cultive son apparence d’oiseau de mauvais augure avec son masque au nez crochu, son chapeau à larges bords et son manteau à plumes ? Quel sombre dessein poursuit cette créature qui semble issue d’un mauvais rêve..?

 

Alors que des trombes d’eau détrempent le bitume de la capitale, Betty et sa fille Clara vont se lancer à corps perdu dans une chasse effrénée dont elles sont loin de deviner les véritables enjeux. Une course poursuite qui va les emmener à faire des découvertes fracassantes sur le passé de cette famille où les hommes ont toujours été aux abonnés absents : Maud, la grand-mère, auteure reconnue de livres horrifiques pour enfants. Betty, sa fille, éditrice célibataire frappée de crises d’aphasie quand elle traverse une période de stress. Clara, le fille de Betty, adolescente vive et bavarde qui semble avoir hérité de sa grand-mère un certain don pour raconter et inventer les histoires. Trois femmes et une mystérieuse dette à payer. Trois femmes contre un personnage étrange qui semble n’avoir rien d’humain…

 

Le duo Lehman / Peeters a sorti l’artillerie lourde. Dès les premières planches, le lecteur est pris dans les filets d’un scénario d’une grande richesse qui se nourrit du thriller tout en allant subtilement déloger quelques légendes ancestrales, superstitions et autres créatures fantastiques jusque là paisiblement endormies. Baignée dans une aura d’étrangeté, l’histoire se déploie sur plus de 300 pages dans un noir et blanc intense et hypnotique. Entre chausse-trappes et fausses pistes, le récit se fait labyrinthe et réveille l’imaginaire. En convoquant les forces telluriques et les figures mythologiques des histoires qui traversent les siècles, Serge Lehman et Frederik Peeters réaffirment le pouvoir de la fiction pure. Et vous racontent une histoire…. Brillant ♥

 

Un coup de coeur XXL que je partage avec Jérôme et Mo’ !

 

L’avis de Jacques

 

Éditions Delcourt (Janvier 2018)

327 p.

 

Prix : 30,00 €

ISBN : 978-2-7560-9625-4

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

 

           

           Stephie                            Audrey                           Natiora                             Moka

 

 

           

               Mo’                            Jérôme                              Blondin                        Blandine

 

 

           

             Enna                            Karine                            Mylène                        Amandine

 

 

              

                  Sabine                                         Marion                                          Iluze

 

 

           

         Sandrine                          Aurore                           Saxaoul                              Fanny

 

 

           

             Caro                       Un amour de BD                    Khadie                          Hélène

 

 

  

                                                Azi Lis                                                                       Hilde

 

 

           

           Nath                           Bouma                              Alice                            PatiVore

 

 

           Soukee

Mon grand soir – Audrey Demaury

« Dans ma vie, parfois, on se croirait dans un film qui fait un peu pleurer. »

 

Seule à la maison pour la soirée, Lola a du mal à profiter de l’aubaine. Dehors, une tempête de neige fait rage. Et dans sa tête, ça se bouscule aussi… Des mois que leur vie de famille est entre parenthèses. Qu’ils marchent sur des œufs et qu’ils croisent les doigts très fort. Qu’ils espèrent cet appel de l’hôpital pour leur annoncer que Mano a enfin un nouveau cœur qui l’attend…

 

Jour J. Sa mère tourne en rond comme un lion en cage en attendant l’ambulance qui va venir chercher Mano. Son père les rejoindra directement à l’hôpital. Ce soir, Lola a le champ libre. Libre d’écouter Mickael Jackson à tue-tête. Libre de se déchaîner sur sa batterie. Libre de ne penser qu’à elle puisque personne n’a le temps pour ça. Libre d’oublier pour une fois le cœur de son frère qui fait la loi dans la maison. Libre de mettre de côté cette angoisse sourde qui pèse sur sa poitrine pour profiter de cette solitude providentielle…

 

« Je peux vous dire que ce n’est pas si facile que ça de s’en sortir seule avec ce compte à rebours qui fait Tic-Tac dans la tête. (…) La maison entre en hibernation avec moi. Je me laisse tomber sur le lit de mon frère. J’ai beau avoir une dizaine à mon âge, je n’ai pas encore tiré un trait sur tous les monstres du monde, il y en a un paquet qui viennent de prendre possession des lieux et la froussarde qui sommeille en moi scrute sous le lit pour essayer de les déloger. »

 

Le premier roman de Audrey Demaury se lit d’une traite. La voix de Lola sonne juste. Sur un sujet anxiogène, l’auteure dose à la perfection l’humour et la légèreté. Le jeune lecteur ne peut que s’identifier à cette adolescente livrée à elle même pendant ce fameux grand soir qui a tout du saut dans le vide. D’un côté, l’ivresse de la liberté, de l’autre, l’épée de Damoclès qui pèse de tout son poids…

 

On imagine la lourdeur de la vie de famille. Ces respirations qu’on retient, ces joies qu’on s’interdit, ces pensées et ces attentions logiquement tournées vers Mano et son combat pour la vie. On ressent tout l’amour de Lola pour son petit frère tout comme on comprend son besoin viscéral d’air, de liberté et de lâcher prise. Constamment sur le fil, Lola s’autorise à être pour une fois un peu égoïste… Mais c’est le grand soir, celui de tous les dangers, de tous les espoirs aussi. Alors que la tempête rugit dehors et paralyse le pays tout entier, Lola guette la sonnerie du téléphone. Une nouvelle vie peut commencer. Ou s’arrêter…

 

Une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Éditions Thierry Magnier (Janvier 2018)

Collection Grands romans

128 p.

 

Prix : 9,90 €

ISBN : 979-10-352-0133-3

 

pepites_jeunesse

La tristesse de l’éléphant – Nicolas Antona / Nina Jacqmin

Il y a parfois des petits miracles dans la vie. Des instants comme suspendus. Des purs moments de grâce…

Des belles rencontres…

 

Et il y a La tristesse de l’éléphant

 

« La vie, c’est des étapes…

La plus douce, c’est l’amour.

La plus dure, c’est la séparation.

La plus pénible, c’est les adieux.

La plus belle, c’est les retrouvailles. »

 

Il a le visage rond des rêveurs et le regard un peu perdu de ceux qui ne se pensent pas à leur place. Le corps lourd et malhabile, les gestes empêchés, il avance la tête courbée pour ne pas affronter les quolibets et les insultes de ses compagnons de chambrée. Parfois, des parents en mal d’amour franchissent les grilles de l’orphelinat en espérant y faire la rencontre de leur vie. Las, il a pris l’habitude de voir partir ceux qu’on a envie de chérir. Il grandira ici, seul, c’est écrit…

 

Elle a le corps gracile et la grâce des ballerines. Élevée dans un cirque itinérant au milieu d’une faune colorée et de joyeux saltimbanques, elle irradie d’une joie naturelle que rien ne semble pouvoir altérer. Fluette et légère comme une plume, elle virevolte auprès des éléphants qu’elle dresse avec sa mère. Bercée par les applaudissements qui résonnent sous le chapiteau, sa vie sera faite de lumière et de belles rencontres, c’est écrit…

 

Il s’appelle Louis. Elle s’appelle Clara. Leur rencontre improbable va bousculer les barrières et s’imposer comme une belle évidence. Des regards d’abord. Puis les mots, les rires et les secrets partagés. L’amitié vraie et forte de l’enfance. L’attente, les lettres et les promesses échangées quand le cirque s’éloigne pendant quelques mois. Et la certitude, viscérale, d’avoir trouvé son essentiel…

 

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

 

La tristesse de l’éléphant fait partie de ces petits bijoux qu’on voudrait égoïstement garder pour soi. A tel point qu’il est difficile de trouver les mots qui évoqueraient au mieux les montagnes russes d’émotions qu’il provoque… On entre à pas feutrés dans cette bulle de douceur et de finesse. On s’attendrit des balbutiements timides de l’idylle naissante. On admire leur amour solide qui semble pouvoir s’affranchir de tous les obstacles. Oui, c’est ça La tristesse de l’éléphant. Une histoire d’amour belle et simple qui vous attrape et ne vous lâche pas. Vous fait sourire, vous émeut et vous bouleverse pour finir par vous tirer ces larmes que vous seriez bien en peine de retenir… Vous essore le cœur tout en le faisant battre plus fort…

 

Sur ce scénario profondément touchant et d’une magnifique simplicité de Nicolas Antona, le crayonné sensible et élégant de Nina Jacqmin touche au sublime. Une évidence. La palette de gris est impressionnante de contrastes, rehaussée de ci de là par ces touches de couleur qui illuminent les planches. Le plus beau des écrins pour un premier album remarqué et remarquable qui entre directement dans mon petit panthéon personnel…

 

Un beau et grand coup de cœur que j’ai un plaisir fou à partager avec Saxaoul

 

Les avis de Fanny, Géraldine, Laure, Mo’, Moka, le petit carré jaune, Stephie, Yvan

 

Éditions Les Enfants Rouges (Janvier 2016)

80 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-35419-082-8

BD de la semaine saumon

… chez Moka

Sauveur & fils (saison 4) – Marie-Aude Murail

« La cuisine, le petit déjeuner sur la grande table, Sauveur mal rasé, les deux garçons jacassant, les hamsters et les cochons d’Inde, l’odeur du pain grillé, Gabin qui débarque, des épis plein les cheveux, Jovo qui sent la cigarette… »

 

 

Cher Sauveur,

 

Je crois bien avoir pris une des meilleures décisions de ma vie quand j’ai poussé la porte de votre cabinet de psychologue pour la première fois. Je ne pouvais évidemment pas deviner que nous ferions tout ce chemin ensemble. Presque deux ans depuis notre première rencontre, je m’en souviens comme si c’était hier…

 

Il y en avait du monde dans votre salle d’attente ce jour là. Un ballet incessant d’adolescents et de parents cabossés qui espéraient trouver une oreille attentive, parfois même des réponses aux questions qui ne se posaient même pas. Peut-être que vous avez un don…  Celui de tourner vers nous un miroir, celui de nous révéler à nous mêmes. Plusieurs fois j’ai rêvé de pouvoir espionner ce qui se passait dans l’intimité de votre cabinet. D’entendre les confidences de vos patients et votre façon si particulière de percer à jour leurs moindres failles, leurs forces qu’ils ignorent aussi. Peut-être que j’étais un peu jalouse, oui, de tout ce temps passé avec d’autres. Pas facile de vous partager… C’est sûrement ce que doit se dire votre compagne d’ailleurs, et je la comprends. Si par hasard elle en vient à se lasser de cette situation…. enfin non, oubliez…

 

Sauveur, on peut se dire Tu…? Je voulais juste te dire merci. Ces moments passés avec toi ont été inoubliables. De vraies parenthèses, du bonheur à l’état brut. Et surtout, ils m’ont fait du bien. Ça me fait drôle de te quitter tu sais. De me dire que je ne pousserai plus la porte de ce cabinet. Elles vont me manquer tes petites piques d’humour. Il va me manquer le son de ta voix. Ton regard, ta bienveillance, et cette façon si particulière de dénouer les fils… Il parait que les bonnes choses ont une fin. Tu sais, je n’en suis pas si sûre. Je crois que j’ai encore besoin de quelques consultations. Histoire de me sentir moins orpheline…

 

Bon. Rassure toi, tout va bien, je ne suis pas triste. Au contraire, je suis plus qu’heureuse d’avoir pu croiser ta route. Je vais te laisser à Louise, à ta tribu de p’tits gars, à ta jolie famille rapiécée et à tes bestioles en tous genres. Ils ont besoin de toi. Par contre, attends toi de temps en temps à me voir roder autour du 12 rue des Murlins pour feuilleter les albums souvenirs… ♥

 

Ta dévouée Noukette, fan number one et admiratrice inconditionnelle

 

Une fin de saga culte que je ne pouvais que partager avec Jérôme

 

♦ Et lire, relire et offrir… les saisons 1, 2, et 3

 

♦ Elles t’adorent aussi (mais moins que moi…!) Canel, Cuné, Moka et Pépita

 

Éditions École des Loisirs (Janvier 2018)

Collection Medium

320 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-211-23560-0

 

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Le jardin du dedans-dehors – Chiara Mezzalama / Régis Lejonc

Dedans

 

Un jardin luxuriant. Des fontaines et un étang. Des arbres immenses, des herbes folles. Des fleurs, des fruits, des oiseaux de paradis. Des tas de recoins secrets, les fantômes des princes et des princesses des temps d’avant, la liberté… de courir, de jouer, de grandir…

 

Dehors

 

Des coups de feu, des explosions, des cris. Des fumées noires et des gens tristes. Des soldats qui font peur. Du rouge, du noir, du sang, des larmes. Et la ville-monstre qui s’étend, tentaculaire, emprisonnant ses habitants dans ses filets…

 

 

Dedans, Chiara et son petit frère sont à l’abri. Derrière les hauts murs du palais, la vie s’étire dans un silence ouaté. Des jeux d’enfants loin de la fureur du monde, des rêves de mômes loin du fracas de la guerre que se font les grands. De ce pays lointain où la famille est venue s’installer, les enfants ne savent pas grand chose. Du dehors, ils n’entendent que les bruits lointains, et parfois, les sirènes assourdissantes qui s’invitent dans les cauchemars…

 

Jusqu’au jour où le dehors s’invite dans le dedans… Un petit garçon qui escalade le mur du jardin. Une main tendue. Une langue que Chiara ne comprend pas. Des cheveux ébouriffés, des yeux foncés, et un grand sourire qui inonde. Le petit garçon du dehors sera le secret de Chiara. Dans le royaume du Dehors-Dedans, tout devient possible…

 

En 1979, le père de Chiara Mezzalama est nommé ambassadeur d’Italie à Téhéran. Devenue adulte, Chiara n’a rien oublié. Et elle raconte. Les sons et les odeurs, les rêves et les contes, son amitié improbable avec son prince persan venu du dehors…

 

Ici ou ailleurs, maintenant, avant… peu importe. Le jardin du dedans-dehors est une bulle de douceur préservée de la furie des hommes. A l’extérieur, tout se brise, tout explose, rien ne fait sens. A l’intérieur, les amitiés se tissent, les liens se nouent, les souvenirs se construisent. L’album bijou de Chiara Mezzalama et Régis Lejonc dit l’essentiel. L’enfance rêvée, les oasis de paix, les rencontres d’une vie, les murs qu’il faut franchir, les frontières qui s’effacent… Le texte poétique et nostalgique de l’auteure italienne trouve dans le dessin de Régis Lejonc un écrin à sa mesure. Grandiose. Virtuose. Furieusement beau ♥

 

PRIX SORCIÈRES 2018 – catégorie « Carrément Beau Maxi »

 

L’avis de Nadael

 

Les éditions des Éléphants (Septembre 2017)

28 p.

 

Prix : 15,00 €

ISBN : 978-2-37273-033-4

 

Un funambule – Alexandre Seurat

On referme les pages de ce court roman dans un état assez indéfinissable. A mi chemin entre une gueule de bois carabinée, une longue nuit d’insomnie et une plongée en apnée. Un peu groggy, un brin nauséeux. Mal à l’aise. Perdu…

 

On le referme et on observe la couverture autrement. Un homme seul dans un genre de labyrinthe dont il ne semble pas trouver l’issue. Des allées sombres où peine à percer la lumière. Il s’en dégage une étrange sensation d’égarement, de solitude et de tristesse. De fait, le personnage de ce roman est un errant. Errant dans son propre esprit, étranger à son propre corps, il avance sans repères dans un monde apparemment devenu hostile. Un funambule. En équilibre instable entre cette vie qui n’est pas la sienne, ce monde qui n’est pas le sien, ses proches qui se tiennent à distance et ceux qui l’ont abandonné.

 

Dans la maison de vacances de ses parents où il s’est réfugié, le temps s’arrête. Mais dehors, tout se délite, tout se brise, rien ne fait sens… Hors-cadre. Étouffé par des codes qu’il ne comprend pas, assommé par des rêves dont il ne décode pas les signes, troublé par l’invasion des souvenirs et la violence du monde qui l’entoure, il avance à l’aveugle dans un tunnel sans fin.

 

« Un funambule, s’il s’apprête à marcher sur son fil, doit basculer le poids de son corps du pied qui est sur le rebord au-dessus du vide, et il ne peut le faire qu’en ayant une confiance absolue dans le vide. Il ferme les yeux, il se concentre, prend sa respiration, et tout à coup peut-être, il sent l’appel du fil, et il avance : il marche, et tout est simple, peut-être, tout est lumineux. Peut-être. »

 

L’écriture d’Alexandre Seurat est troublante. Elle tranche à vif, va à l’essentiel, révèle les fêlures en épousant les angoisses, les pensées intimes et les sentiments de son personnage principal. Elle s’étire, s’élance, se resserre, dérive, déroute. Impossible de lâcher ce roman une fois commencé. On y ressent l’urgence. On y perçoit la violence sourde et lancinante. On touche du doigt la folie qui s’installe, insaisissable et perverse…

 

La maladroite m’avait bluffée par sa narration et sa construction imparable. J’avais retrouvé avec bonheur cette plume froide et distanciée, ce regard impitoyable sur les évènements, cette capacité à dire l’indicible dans L’administrateur provisoire. Tendu, intense, troublant, Un funambule confirme tout le talent de l’auteur pour créer une atmosphère et faire naître l’émotion.

 

L’avis de Jostein

 

Éditions du Rouergue (Janvier 2018)

Collection La Brune

96 p.

 

Prix : 12,00 €

ISBN : 978-2-8126-1508-5

La guerre de Catherine – Julia Billet / Claire Fauvel

C’est à travers l’objectif de son appareil photo que Rachel aime voir le monde qui l’entoure. Capturer l’instant parfait, jouer sur les ombres et les contrastes, capter la lumière, attendre que les clichés s’imposent d’eux-mêmes… Des parenthèses enchantées où elle se réfugie pour oublier qu’elle est loin des siens dont elle n’a plus aucune nouvelle.

 

Nous sommes en 1941 et c’est à l’internat de la Maison des Enfants de Sèvres que Rachel vit et étudie. Un lieu un peu hors du temps, comme épargné du fracas du monde, où le personnel avant-gardiste se donne sans compter pour éveiller et éduquer ses pensionnaires. Nombreux sont ceux qui, comme Rachel, leur ont été confiés par sécurité. A l’heure où les lois anti Juifs se durcissent et font de plus en plus de victimes, la maison de Sèvres est un refuge providentiel…

 

« D’un clic, arrêter le temps. »

 

Mais la guerre ne s’arrête pas au portail de l’internat. Très vite, il devient urgent de mettre en sécurité les pensionnaires qui ailleurs devraient porter l’étoile jaune. En lien avec un réseau de résistants, la direction de l’école organise leur fuite. Un autre prénom, un autre nom, une autre identité… Devenue Catherine Colin, Rachel Cohen va vivre sa guerre la bandoulière de son appareil photo autour du cou. Fixer le moindre moment. Capturer tous les visages rencontrés sur sa route. Capter les changements du monde. Plus tard, Rachel pourra tout raconter…

 

« Tu pars ? Prends des photos, collecte des images, et rapporte-nous tout ça à la fin de la guerre. Va, regarde le monde avec des yeux d’artiste, de citoyenne de la République des Enfants. Ne perds rien. Nous aurons besoin de ces témoignages quand la guerre sera finie. »

 

La guerre de Catherine est l’adaptation du roman éponyme de Julia Billet qui s’inspire de l’histoire de sa propre mère, pensionnaire à la Maison de Sèvres sous l’occupation. L’œil de Rachel. C’est à travers lui que le lecteur va vivre cette période sombre de l’Histoire. Sur son parcours, des obstacles, des dangers… mais aussi de belles rencontres, certaines déterminantes. Fixés sur pellicule, des visages, des instants et des lieux impossibles à oublier. La guerre de Catherine. Sa façon de résister. Un témoignage à hauteur d’enfant qui restitue avec précision le contexte de la France occupée en se concentrant sur la vie quotidienne de tous ces hommes et ces femmes pris dans la tourmente.

 

Sur un scénario sans fausse note, le dessin sensible de Claire Fauvel fait merveille. Le trait est doux, rond, les aquarelles lumineuses, les visages expressifs. Un régal pour les yeux tant l’illustratrice arrive à capter les ambiances. Petit à petit, au travers des photographies de Rachel qui parsèment le récit et grâce aux mots de son journal, une époque se révèle.

 

La guerre de Catherine a logiquement obtenu le Fauve Jeunesse à Angoulême cette année, une réussite !

 

Les avis de Antigone, Bouma, Clarabel, Gambadou, Saxaoul, Stephie

Éditions Rue de Sèvres (Mai 2017)

160 p.

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-36981-362-0

 

BD de la semaine saumon

… chez Moka

Quart de frère, quart de sœur 3. Mission spectacle – Sophie Adriansen

Troisième opus de cette série pétillante et on en redemande !

 

Arthur et Viviane ont fini par accepter la situation. Finie la jalousie ! Après avoir vu d’un mauvais œil l’arrivée d’un rival dans leur petit univers, les deux enfants ont appris à se connaître… et à s’apprécier. Un papa et une maman qui s’aiment, une maison pour tous, des frères et des sœurs en pagaille, une toute nouvelle complicité…. et bientôt, l’arrivée d’un bébé qui va encore agrandir cette jolie famille recomposée. Il n’y a pas à dire, cette nouvelle année qui marque aussi leur entrée au collège va être mouvementée… et pleine de surprises !

 

Une élection des délégués, une campagne électorale haute en couleurs, une tentative de persuasion pour s’installer dans la même chambre à l’arrivée du bébé, une disparition inquiétante, une enquête éclair, la préparation du spectacle de la fête de Noël au collège, une sombre histoire de costumes de végétaux… Arthur et Viviane vont devoir mettre leurs idées en commun et prendre la situation en mains pour arriver à leurs fins. Et si leurs caractères sont diamétralement opposés, ils se complètent à merveille et s’y entendent pour sortir leur épingle du jeu…! Malins, têtus, inventifs, curieux… leur duo espiègle est bourré d’énergie positive ! Conciliabules secrets, petites ou grosses bêtises, on s’attache à ces pré-ados et on a hâte de les voir évoluer encore…!

 

Toujours aussi moderne et rythmé que les deux tomes précédents, ce nouvel opus se lit d’une traite ! On se plait à entendre alternativement les voix de nos deux héros et on se régale des illustrations pleines de pep’s de Maurèen Poignonec. Avec la douceur, l’humour et le talent qu’on lui connait, Sophie Adriansen offre à nos jeunes lecteurs des personnages qui leur ressemblent et aborde avec finesse la vie dans une famille recomposée, vivement la suite !

 

Une jolie pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

D’autres romans de Sophie Adriansen sur le blog : Max et les poissons –  Les grandes jambes – Quart de frère, quart de sœur (tomes 1 et 2)

 

L’avis de Mylène

 

Le blog de Sophie Adriansen

 

Éditions Slalom (Novembre 2017)

103 p.

Illustration de Maurèen Poignonec 

 

Prix : 9,90 €

ISBN : 978-2-37554-062-6

 

pepites_jeunesse

Les reflets changeants – Aude Mermilliod

Elsa a la vingtaine et les rêves qui vont avec. En chemin vers la réconciliation avec elle-même, elle tente sans succès de rompre les liens avec cet homme toxique qui l’aime en pointillés. Un homme charismatique qui se débat avec ses propres démons et ne parvient pas à la rendre heureuse. Il faudrait lâcher prise, vivre large et s’oublier peut-être, pour aller enfin à la rencontre de l’amour…

 

Jean a la cinquantaine et une partie de sa vie qui lui échappe. Pieds et poings liés dans un quotidien routinier que sa fille, Alda, piétine de sa belle insouciance. Un feu follet qui illumine sa vie de célibataire mais lui rappelle constamment ses erreurs du passé. Pour elle, il a troqué l’océan pour la terre ferme. Il faudrait prendre l’air, respirer fort et ouvrir grand les bras peut-être, pour vivre enfin ses rêves de liberté vraie…

 

Émile a presque 80 ans et sa vie belle et pleine est derrière lui. Dans sa tête, une multitude de souvenirs qui se télescopent avec fracas. Près de lui, une femme qui l’aime comme au premier jour et une famille qui tente de l’extraire du monde dans lequel il est enfermé bien malgré lui. Devenu sourd pendant la guerre d’Algérie, Émile navigue en eaux troubles en rêvant de faire taire définitivement le brouhaha assourdissant qui vrombit sous son crâne…

 

Elsa, Jean, Émile. Trois routes, trois chemins de vies. Trois êtres un peu de traviole qui vont se croiser parfois sans se voir, trois solitudes qui vont s’entrechoquer et peut-être enfin réaliser leurs rêves…

 

Bien belle découverte que ce premier album d’Aude Mermilliod qui lui avait logiquement permis de décrocher le prix Raymond Leblanc de la jeune création en 2015 et lui a permis cette année de figurer parmi les 6 finalistes du prix de la BD Fnac. Il y a quelque chose dans cet album. Un petit supplément d’âme. Quelque chose qui touche à l’atmosphère et aux bonnes ondes. Quelque chose qui sent bon l’été et ce besoin viscéral de larguer les amarres. Quelque chose de doux et rugueux à la fois, un peu comme cette vieille couverture rapeuse dont on n’arrive pas à se défaire tant elle rappelle de souvenirs…

 

Et ce titre est si bien choisi… On y lit les choix qu’on fait, les petits pas de côté, les renoncements, les regrets d’une vie. On y lit les envies d’ailleurs, les petites parenthèses de bonheur, les rencontres providentielles et ces petits signes du destin qui viennent enfin mettre un coup de pied dans la fourmilière. On y voit les faiblesses des uns, les fêlures des autres, on les aime, on les comprend… ou pas. Pas des super-héros non, juste des gens normaux pétris de défauts qui rendent cette histoire attachante en diable. Aude Mermilliod vise juste et touche en plein cœur, ses reflets changeants sont ceux d’une jeune auteure de talent qui s’y entend pour dessiner notre monde. Bravo !

 

Les avis de Kathel, Leiloona, Mo’, Sabine, Un amour de BD

 

Éditions Le Lombard (Août 2017)

198 p.

 

Prix : 22,50 €

ISBN : 978-2-8036-7020-8

 

 

CONCOURS FLASH : Si Les reflets changeants faisait un bien beau finaliste, c’est le sublime Betty Boob de Véronique Cazot et Julie Rocheleau aux éditions Casterman qui a cette année récolté le Prix de la BD Fnac ! ♥

La Fnac me permet d’ailleurs de vous faire gagner 2 exemplaires de cet album coup de cœur, ça vous dit ? Un simple commentaire en fin de billet indiquant votre participation suffira ! Fin du concours vendredi 2 février à minuit. Bonne chance !

 

 

BD de la semaine saumon

Chez Mo’

Trouver les mots – Gilles Abier

« Trouver les mots. Les mots justes. Ceux qui rassurent, ceux qui confortent, ceux qui sauvent. Je ne sais pas.

 

Je n’ai jamais su. »

 

Le format court sied décidément à merveille à Gilles Abier. Une petite soixantaine de pages, une narration incroyablement maîtrisée et un condensé d’émotions… Attendez-vous à une mini déferlante. Préparez-vous à une lecture qui « claque », de celles qui bousculent, de celles qui grattent, de celles qui résonnent longtemps…

 

Douze minutes et vingt-trois secondes… C’est à la fois si court et si long. Si anodin et peut-être si déterminant… Et aujourd’hui, ils veulent tous savoir. Ses mots à lui. Et ceux de Julien. Ce qu’ils ont bien pu se dire hier tous les deux pendant ce coup de fil… Mais les mots, ça n’a jamais été le fort de Gabriel. Exprimer ses sentiments, encore moins. Alors expliquer à sa famille et à la police ce que lui et son cousin ont pu se confier pendant ce tout petit quart d’heure, c’est au-dessus de ses forces. Parce que cette fois ci, il aurait mieux valu qu’il les trouve les mots, ils auraient peut-être permis d’éviter le drame…

 

Court et percutant. Gilles Abier se glisse dans les pensées intimes et secrètes de Gabriel et nous donne à voir les racines d’un malaise qui ne cesse de croître. Tout est tendu, fluctuant, mouvant… Les envies qui s’imposent, les désirs qu’on tente d’apprivoiser, les chemins qu’on se choisit, les amitiés qu’on dessine, les barrières qu’on érige malgré soi, les pièges dans lesquels on tombe parfois les yeux grands ouverts… Elle sonne juste la planète adolescente de Gilles Abier. Elle sonne vrai ♥

 

Un nouveau texte de Gilles Abier… qui devient logiquement une nouvelle pépite jeunesse partagée avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Les avis de Fanny, Stephie, Thalie

 

Du même auteur sur le blog : Un de perduLa piscine était videComment je me suis débarrassé de ma mèreJe sais que tu saisTout pour le violon Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire

 

Le site de l’auteur

 

Éditions Le Muscadier (Juin 2017)

Collection Rester Vivant

60 p.

 

Prix : 8,50 €

ISBN : 979-10-90685-96-3

 

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