Jean Doux et le mystère de la disquette molle – Philippe Valette

23 décembre 1994. La journée de Jean Doux commence mal. En retard à une réunion très importante, il apprend à son arrivée que celle-ci a eu lieu sans lui et que l’entreprise de broyeuses à papier pour laquelle il travaille depuis des années vient de se faire racheter. Le patron est furax et le convoque dans son bureau non sans lui avoir annoncé qu’il allait devoir raccourcir sa cravate, humiliation suprême pour cet employé modèle. Surpris par des employés dans un ancien bureau devenu débarras où il s’était planqué pour fumer une clope, Jean Doux fait une découverte étonnante en voulant cacher son mégot dans le faux-plafond…

 

Une mallette. A l’intérieur, une vieille disquette datée de 1976. Dessus, le nom d’un programme obscur, Abbot Augustus Low. Après quelques recherches à l’aide de deux collègues mis dans la confidence, il découvre que celui ci serait l’inventeur méconnu de la machine à broyer le papier ultime. Le début d’une aventure trépidante au cœur de l’entreprise…

 

Si, comme moi, vous avez grandi dans les années 80-90, préparez-vous à une bonne tranche de rigolade avec cet album réjouissant et totalement inattendu ! Jean Doux, sorte de super-héros qui s’ignore tendance beauf, a le charme improbable d’un Mario Bros en passe de sauver le monde avec son tournevis et sa clé de 8. Mais Jean Doux, c’est avec une disquette molle (mais si, souvenez vous, celle d’avant la disquette dure, l’ancêtre de votre bonne vieille clé USB) qu’il va peut-être sauver le monde, ou plutôt sauver son entreprise des vilains pas beaux qui l’ont rachetée et projettent de licencier tout le monde. Il y a un petit côté jeu vidéo d’ailleurs dans cet album délicieusement rétro et complètement barré où on suit le héros dans sa quête improbable. Bien malin par contre celui qui arrivera à deviner les obstacles et rebondissements à venir !

 

Car oui, cet album complètement fou est une véritable enquête policière en open space doublée d’une aventure trépidante à la sauce Indiana Jones ! Philippe Valette s’en est visiblement donné à cœur joie en jouant à fond la carte de la caricature et de la dérision. Un suspense haletant dans l’univers inattendu du monde terne et peu folichon de l’entreprise, il fallait oser ! Sur les traces de la mythique broyeuse de niveau 12 capable de détruire le papier au niveau atomique, Jean Doux n’est pas au bout de ses surprises… et le lecteur non plus !

 

Belle brique de plus de 300 pages, Jean Doux et le mystère de la disquette molle est un OVNI classieux et atypique absolument génial ! Situations improbables, dialogues drôlissimes, personnages caricaturaux, références cultes aux 90’s, graphisme inventif et décalé… je ne peux que saluer le choix du jury Landerneau BD qui vient de lui décerner son prix. Il succède au palmarès à Loo Hui Phang et Frederik Peeters, lauréats 2016 avec L’Odeur des garçons affamés. Du bon encore !

 

Bref, je suis conquise ! Monsieur Valette, chapeau, j’ai ri, et pas qu’un peu ! Je recommande plus que chaudement !

 

Editions Delcourt (Janvier 2017)

Collection Tapas

304 p.

 

Prix : 29,95 €

ISBN : 978-2-7560-7933-2

 

BD de la semaine saumon

Chez Mo’

Kill the Indian in the child – Elise Fontenaille

On apprend d’abord que l’histoire que l’on va lire s’inspire d’une histoire vraie. On lit ce titre et ce sous-titre, « le crime d’exister », qui disent l’indicible. On s’attend à un récit dur, de ceux qui laissent des traces et restent gravés longtemps dans la mémoire. On est pourtant bien loin du compte…

La postface révèle des faits insensés et des chiffres qui donnent la nausée. Des faits inhumains et insoutenables longtemps restés sous silence. On découvre l’existence de ces pensionnats catholiques dirigés pendant plus d’un siècle par des nonnes et des prêtres. Plus d’une centaine au Canada. Des « Residential Schools » où plus de 150 000 enfants indiens ont subi les pires sévices et humiliations visant à « sauver leurs âmes » en extirpant le « sauvage » en eux. Au moins 30 000 enfants auront trouvé la mort dans ces prisons et lieux de torture qui ne disent pas leur nom. La dernière de ces écoles a été fermée en 1996. Hier…

 

Mukwa fait partie de ces enfants indiens à rééduquer. A 11 ans il est envoyé de force à Sainte Cécilia, un pensionnat canadien aux méthodes éducatives radicales. Privation de nourriture, coups, humiliations, viols et chaise électrique… « Kill the Indian in the child ». Tuer l’Indien dans l’enfant. Qu’importe finalement si l’enfant survit ou nom, le cimetière caché du pensionnat pourra bien accueillir une tombe anonyme de plus.

Mukwa devient numéro 15. Il courbe l’échine, se fait un ami et jure de s’enfuir de l’enfer pour rejoindre ses parents et ses sœurs restés vivre à la réserve. Sa mère était si fière de sa longue chevelure tressée, ils risquent de ne pas le reconnaître avec sa tête rasée. Les pires sévices n’y feront rien, Mukwa ne reniera jamais sa culture, sa religion, ses origines, ses racines…

 

« Un petit Indien mort de plus ou de moins,

les Blancs n’en avaient pas grand-chose à faire… »

 

Un scandale méconnu qui donne froid dans le dos. Un fait divers sordide qui fait écho à toutes ces morts anonymes. Le récit, court, ne souffre pas qu’on le pose. Elise Fontenaille s’est inspirée de l’histoire de Chanie Wenjack, un indien ojibwé retrouvé mort de froid en 1966 après avoir fui son pensionnat. Son histoire avait mis le feu aux poudres et contribué à révéler l’existence de ces écoles. Aujourd’hui encore, les Indiens continuent de se battre pour obtenir réparation. L’auteure se fait leur porte parole et leur donne une voix. Le récit est édifiant, souvent insoutenable. Glaçant. Essentiel.

 

Une pépite jeunesse à mettre dans les mains des grands ados, dès 14 ans. Et une lecture que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Editions Oskar (Septembre 2017)

Collection Société

94 p.

 

Prix : 9,95 €

ISBN : 979-10-214-0592-9

 

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Et si l’amour c’était aimer ? – Fabcaro

« Tu sais, l’amour est une chose fragile et insaisissable… Un jour elle est là, comme un poney qui galope dans l’enclos des jours heureux, et puis un jour, pof, elle a disparu, elle s’est échappée et s’est fait écraser par une voiture de location sur la piste d’aéroport de la vie…

Alors le poney n’existe plus, on croit qu’il est encore là parce qu’il survit dans nos cœurs, mais en réalité il est mort, son âme s’est envolée vers l’arc-en-ciel de l’indifférence, tu comprends ?… »

 

Sandrine aime Henri et Henri aime Sandrine. Henri travaille toute la journée dans une start-up aux obscurs desseins pendant que Sandrine l’attend tranquillement dans leur immense maison sans enfants. Sandrine voue un véritable culte à Henri grâce à qui « la vie est une suite de surprises renouvelée chaque jour ». Henri est beau, Henri est grand, Henri est riche…. Jusqu’à ce que le destin facétieux mette sous les yeux chastes de la femme au foyer désœuvrée le corps musclé et le visage d’ange de Michel, rockeur torturé et ultra engagé, livreur de Speed macédoine pour arrondir ses fins de mois. Et c’est le coup de foudre…

 

« Tout à coup, Sandrine sentit tous ses sens s’enflammer tel un incendie se propageant dans la forêt de son corps. Le regard de cet homme, noir comme une nuit sans lune, la magnétisait tel un aimant dont elle ne pouvait se détacher. »

 

La suite est un enchaînement de soleils radieux, de feux d’artifice et de lâchers de paillettes scintillantes. Le beau livreur sonne chaque soir à la porte, Henri se nourrit exclusivement de macédoine et les amoureux transis démarrent une idylle secrète, fusionnelle et exaltante, loin de la banalité du quotidien, des samedis passés au super U, des lave-vaisselles à vider et des pâtes qui collent. Des rendez-vous volés, des animaux qui copulent allègrement sous leurs yeux, des confessions intimes. Le bonheur XXL. L’amour, le vrai.  Et si l’amour c’était aimer ?

 

Oh mes aïeux comme j’ai ri, mais comme j’ai ri !!! J’en ai encore la mâchoire endolorie tant mes zygomatiques ont été mis à rude épreuve, c’est dire ! Prenez un vieil Harlequin vintage de votre grand-tante, mixez le tout avec les romans-photos kitchissimes dont raffolait votre mamie Huguette et que (avouez…!) vous adoriez lui piquer en cachette, parsemez le tout de comparaisons ô combien inspirées (Jean-Pierre François, sort de ce corps…!)… et vous obtenez un OVNI absolument désopilant à la sauce Fabcaro ! Un Fabcaro à son meilleur, totalement absurde, absolument foutraque, complètement hors des clous, qui s’amuse à piétiner joyeusement les références cu-cultes des romans à l’eau de rose tout en faisant un clin d’œil appuyé aux romans-photos typiques des années 80. Le point de départ d’une grosse poilade qui risque bien de vous faire perdre toute crédibilité en public…!

 

Nouveau coup de génie pour l’auteur de Zaï zaï zaï zaï ! Narration délirante, décalage hilarant entre l’image et les dialogues, apartés délicieusement fous, parodie poussée à l’extrême… cet album est un véritable remède contre la « tristitude » ambiante ! J’en ai déjà lu quelques morceaux choisis à mes enfants attirés par mes rires discrets (la relève mes amis, la relève !) et à l’heure où j’écris ces lignes, je l’ai déjà lu 3 fois. Je ne m’en remets pas !! Album de l’année les bulleurs, foncez !!

 

Et un mega coup de cœur que je partage avec Jérôme.

 

Allez, un p’tit dernier pour la route, vous avez 4 heures 😉

 

« Je vais écrire pour elle la plus belle chanson d’amour qui ait jamais existé…

Car en réalité, l’art n’est-il pas le meilleur exutoire qui soit ? Le baume au coeur, l’élixir qui redonne vie, le pansement qui cicatrise ? L’acte de création n’est-il pas au fond la seule pulsion capable d’égaler celle d’aimer et, par la même, être le seul remède à la blessure d’amour ? Car enfin l’amour et l’art ne sont-ils pas deux frères siamois nés d’une même matrice divine ? »

 

 

Éditions 6 pieds sous terre (Novembre 2017)

Collection Monotrème

56 p.

 

Prix : 12,00 €

ISBN : 978-2-35212-135-0

 

BD de la semaine saumon

… chez Stephie

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Miss Pook et les enfants de la Lune – Bertrand Santini

Cramponnez-vous fermement. Fermez les yeux si vous avez le vertige ou le mal de l’air. Respirez calmement et regardez la Terre s’éloigner à mesure que vous vous approchez de… la Lune…

 

A dos de dragon, le voyage intergalactique se fait en un claquement de doigts. A peu près le temps qu’il a fallu à l’énigmatique Miss Pook, pseudo gouvernante anglaise aux bonnes manières et à la mise impeccable, pour convaincre la jeune Elise Dubenpré d’abandonner ses parents et de la suivre sans sourciller dans une échappée des plus fantastiques. Une simple signature de la jeune fille au bas d’un certificat d’adoption, une disparition providentielle, l’arrivée dans un château lunaire qui abrite des habitants des plus étonnants… et l’étrange Mary Poppins pourra dévoiler sa vraie nature… et ses vrais desseins…

 

Après Hugo de la nuit, Santini l’enchanteur continue d’explorer son côté sombre et je m’en réjouis ! C’est peu dire que cet univers lui va comme un gant, mieux, il lui permet de donner la pleine mesure de son talent de véritable raconteur d’histoires. Fantaisiste, poétique, drôle, inattendu, son nouveau roman nous plonge dans un monde fantasmagorique et irréel peuplé de créatures aussi effrayantes que surnaturelles. Et on adore ça ! Monstres légendaires, personnages tout droit issus de contes horrifiques, âmes torturées, êtres maléfiques peu recommandables… le bestiaire fantastique de l’auteur semble infini tant il s’amuse à se jouer des peurs enfantines tout en faisant référence aux grands mythes qu’il prend en malin plaisir à mettre à sa sauce. Brillant !

 

Cerise sur le gâteau, l’auteur installe une partie de son univers dans le Paris du début du XXe siècle, un Paris qui commence tout juste à s’habituer à la présence de la Tour Eiffel et qui découvre d’un œil goguenard l’avènement de l’automobile. Entre autre. Un mélange des genres profondément réjouissant qui donne lieu à des scènes des plus cocasses et à des dialogues jubilatoires. Quant au final mes aïeux…. C’est malin monsieur Santini, drôlement malin ! On piaffe, on piaffe, vivement cette satanée suite crrrrrrrrrrrénon….!

 

Pépite jeunesse, cela va sans dire, n’est-ce pas Jérôme ?

 

Les avis de MyaRosa et Pépita, Za

 

Du même magicien sorcier auteur sur le blog : Le YarkL’étrange réveillonLe journal de GurtyLe journal de Gurty. Parée pour l’hiverLe journal de Gurty. Marrons à gogoL’esprit de Lewis

 

Éditions Grasset jeunesse (Novembre 2017)

192 p.

Couverture magnifiquement illustrée par le brillantissime Laurent Gapaillard

 

Prix : 13,90 €

ISBN : 978-2-246-86055-6

 

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David Bowie n’est pas mort – Sonia David

Quand un roman est trop « intime », j’ai deux façons de l’aborder… Je peux y entrer sur la pointe des pieds, me faire toute petite pour ne pas déranger, tendre l’oreille doucement, regarder par le trou de la serrure et devenir le témoin discret et silencieux d’une histoire personnelle qui sous le prisme du roman devient presque universelle. Dans ce cas là, l’expérience est souvent bouleversante, parce qu’elle réveille des peurs viscérales sur la perte des êtres qui nous sont chers, parce qu’elle fait écho et résonne, longtemps… Je peux aussi regarder se dérouler l’histoire en simple spectateur, voir les êtres de papier évoluer sous mes yeux sans ressentir la moindre émotion, passer au large sans m’impliquer, sans réussir à faire le lien avec ma propre vie, sans que le cœur batte un peu plus fort…

 

« Toutes les quatre, nous expérimentons à nouveau l’évidence d’être une famille, chose étrange, dont on ne sait pas très bien s’arranger quand si longtemps nous nous en sommes fichues, chacune occupée à se dépêtrer de l’enfance. »

 

J’aurais voulu entrer dans cette histoire et ressentir l’émotion visiblement sincère de l’auteure. J’aurais voulu m’attacher à ces sœurs dans ces moments que l’on sait devoir vivre un jour mais dont on repousse au plus loin la simple idée. J’aurais voulu faire partie de cette famille à la fois brinquebalante et solide qui vacille de ses fragiles fondations à la mort de la mère, puis du père. J’aurais voulu comprendre l’intérêt de la « présence » de David Bowie dans tout ça…

 

Peut-être que je m’attendais à autre chose. Les petits riens du quotidien qui font la trame des souvenirs, ces fils qu’on tisse doucement, ces accrocs qu’on reprise… Je ne les ai pas trouvés. Sur le thème du deuil et des liens familiaux, je garde en tête les très beaux livres de Sophie Lemp et Anne Goscinny. Des textes simples et pudiques, des textes qui ne mentent pas et ont provoqué en moi une véritable émotion. Il y a du vrai, oui, dans le roman de Sonia David. Tout ce qu’elle décrit de la complexité des liens familiaux, de cette distance qu’on prend parfois, de ces chemins qui éloignent des êtres qui s’aiment trop, ou mal, parce qu’ils n’ont pas le choix. Tous ces regrets et rancœurs qui s’accumulent et ces douleurs, brutales, qui remettent tout en perspective. Il y a du vrai oui. Mais je n’y ai pas cru…

 

Les avis de Alex, Antigone, Cathulu, Charlotte, Cuné, Delphine-Olympe, Joëlle, Lucie, Sabine

 

Éditions Robert Laffont (Août 2017)

174 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-221-20028-5

 

#MRL17

By Hérisson

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Amorostasia tome 3 : … et à jamais – Cyril Bonin

Amorostasia ne devait au départ être qu’un one-shot. Et je l’avais tellement aimé, quelle belle idée que cette maladie d’amour, et quelle fin sublime…! J’étais du coup très sceptique en apprenant que Cyril Bonin avait voulu donner une suite à son histoire, et effectivement, j’étais ressortie déçue du second tome, la trouvant moins magique, presque superflue… Mais j’ai vite su que son auteur avait travaillé son scénario pour en faire une trilogie, c’est donc avec impatience et fébrilité que je me suis précipitée sur ce dénouement pour enfin savoir ce qu’il avait derrière la tête… Et là, je suis bien obligée de l’admettre… c’était finement joué !

 

Petit retour sur l’histoire… Souvenez-vous. l’Amorostasie est une maladie dont on ne sait rien si ce n’est qu’elle ne touche que ceux qui s’aiment d’un amour pur et profond. L’Amorostasie frappe sans prévenir, que l’on soit jeune ou vieux, marié, en couple ou non… et fige les amoureux dans une sorte de transe inexplicable. Sur leur visage, un étrange sourire béat, dans leurs yeux, une étrange lueur. Les « malades » ont l’air profondément heureux… L’épidémie se répand comme une trainée de poudre et les autorités sont vite dans l’obligation de prendre des mesures. Les femmes, jugées responsables de la pandémie, sont contraintes de porter un brassard noir orné d’un cœur. L’Anamorax est mis sur le marché pour empêcher la naissance des sentiments. Certains, dans l’ombre, préfèrent courir le risque et vivre libres. Olga Politoff et son compagnon Kiran Narayanan sont eux les deux seuls « amorostasiés » à être revenus à la vie…

 

Trois ans plus tard, l’Amorostasie continue de faire des victimes. A Paris, un homme cagoulé agresse les « séductrices » porteuses du fameux brassard en leur découpant sauvagement des mèches de cheveux. La peur s’installe chez une partie de la population qui préfère vivre cloitrée et tout faire à distance. D’autres rêvent de se faire « figer » et n’y parviennent pas… A l’approche des élections, le Mouvement Pour La Foi et son leader Farkas montent sensiblement dans les sondages. Citant la Bible, ils appellent au retour à l’ordre moral… Olga et Kiran eux, apparemment immunisés contre la maladie, débutent leur vie à deux et apprennent à se connaître dans le « monde réel ». Cet amour qui leur est tombé dessus, ils vont devoir l’apprivoiser et le faire durer. Au même moment, le chef de l’état est retrouvé figé dans ses appartements…

 

« L’amour est comme une vague, il est difficile

d’être en permanence au sommet ».

 

Voilà, il a tout compris Cyril Bonin. Tout compris à l’amour, tout compris au couple, tout compris à ces montagnes russes, à ces phases de creux, à ces pics que les amoureux traversent ou subissent. Son Amorostasia dit tout ça. Le coup de foudre, les affres du désir, les vertiges, les cœurs qui palpitent… mais aussi les doutes, l’ennui, l’agacement face à cet « autre » qui est si différent de nous. J’ai eu un peu peur au départ que l’histoire de prenne un tournant trop politique. Il n’en est finalement rien et je m’en réjouis…

 

Côté dessin, je suis toujours aussi fan du noir et blanc de Cyril Bonin, d’une pureté incomparable… Douceur du trait, élégance, sobriété, impossible pour moi d’y rester insensible. Cette trilogie a décidément un charme fou, certains chanceux auront peut-être la chance d’ailleurs de découvrir la belle intégrale au pied de leur sapin ♥

 

Du même auteur sur le blog : QuintettChambre obscure L’homme qui n’existait pasThe Time beforeLa délicatesseAmorostasia tome 1Amorostasia tome 2

 

Le blog de l’auteur

Éditions Futuropolis (Novembre 2017)

120 p.

 

Prix : 20,00 €

ISBN : 978-2-7548-2149-0

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

           

          Blandine                         Maël                               Sabine                              Mo’

 

 

           

         Jérôme                         Amandine                         Bouma                             Nathalie

 

 

           

           Natiora                         Gambadou                          Mylène                                  Sab

 

 

            

         Saxaoul                            Karine                             Hélène                       Blondin

 

 

            

            Moka                        Estelle Calim                     Khadie                           Sandrine

 

 

    

          Soukee                             Caro

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D’un trait de fusain – Cathy Ytak

Cathy Ytak a écrit le roman que j’attendais. Un roman rempli de rage, d’espoir, de révolte et d’amour… Il y a un cœur qui bat dans ce roman. Des cœurs qui battent à l’unisson, une belle famille de potes qui se sont choisis, des larmes, des silences, des cris, la vie qui va… Entre ces pages, l’espoir de lendemains qui chantent, des papillons dans le ventre, des cicatrices indélébiles et des gueules de bois dont on aura du mal à se relever…

 

Marie-Ange, Monelle, Julien, Sami, Joos. Différents mais unis par ce même élan de liberté, loin des carcans et des tyrannies qu’on leur impose. L’art comme une fenêtre ouverte. Dessiner un avenir radieux, gommer les barrières. Être libre, coûte que coûte, avoir enfin le choix. Crier son envie d’être soi, tout faire voler en éclats, ouvrir les yeux…

 

1992. Ils ont l’âge des amours vertiges, des passions urgentes, des peaux qui se cherchent. 1992. Une vie de promesses, des « demains » toujours possibles, des histoires d’amour comme des tempêtes. 1992. L’épidémie de Sida comme une épée de Damoclès. Mourir d’amour, mourir d’aimer…  On en parle, mais si peu. Les tragédies ne touchent toujours que les autres, les drames arrivent toujours ailleurs. Marie-Ange, Monelle, Julien, Sami, Joos. Au cœur du tumulte, ils vont prendre la vie de plein fouet…

 

« S’habituer… S’habituer à passer du rire aux larmes en quelques secondes. De la plaisanterie la moins fine à la peur la plus forte. Avec la mort infiltrée. Mais sérieusement, quand on a dix-sept ou dix-huit ans, ça veut dire quoi, mourir, si on a rien vécu ? »

 

J’avais 16 ans en 1992. C’est dire si ce roman a fait écho en moi… D’un trait de fusain est un roman magistral… Je suis tombée en amour pour tous les personnages tant ils sont beaux, lumineux et justes. Ils ont les fêlures et la force de leur âge. Ils ont le courage des innocents. Chacun d’entre eux, à sa façon, va changer au contact des autres. Intimement. Profondément. Chacun d’entre eux va apprendre à se connaître, éprouver ses limites, les dépasser parfois… Et quel souffle de vie, quelle force !

 

Merci Cathy… Merci pour ces mots si précieux. Merci pour le cœur qui bat. Merci pour cette mise à nu… Je n’étais pas préparée à ça. Et je suis tellement admirative ! Ce roman entre tout droit dans mon petit panthéon d’indispensables. Il m’a rappelé l’essentiel… ♥

 

Un grand roman, une pépite parmi les pépites à faire lire au plus grand nombre… et un immense coup de cœur que je partage avec Jérôme

 

L’avis de Pépita

 

Éditions Talents Hauts (Septembre 2017)

Collection Les Héroïques

256 p.

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-36266-197-6

 

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Le camp des autres – Thomas Vinau

Les belles rencontres sont toujours inattendues. Elles surgissent par surprise, finissent par prendre toute la place, à tel point qu’on finit par se dire que c’était peut-être écrit quelque part. Cette belle connivence, ce lien qu’on ressent, ces mots qui vous parlent…

 

Les mots de Thomas Vinau ont pris le temps de me séduire. Ma première expérience s’était soldée par l’incompréhension. J’ai pris le temps d’y revenir. J’ai découvert le sublime Bleu de travail, le magnifique Ici ça va. Et j’ai embarqué. Totalement. En ouvrant Le camp des autres, j’étais certaine d’y retrouver mes marques. Et oui, tout y est. Tout s’équilibre. Tout s’imbrique. Tout fait sens. On n’oblige pas un fleuve à capituler. On doit se soumettre à sa force, se laisser porter par les flots, même si ça chahute, même si ça tangue. Ils font ça les mots de Thomas Vinau. Ils bousculent et donnent à voir, le beau, le vrai, l’aérien, la terre et ses racines, les liens qui se tissent…

 

C’est l’histoire d’une fuite, d’une survie nécessaire. C’est l’histoire d’un jeune garçon qui ne croit plus en rien, et encore moins aux hommes, une somme de blessures, une vie entière à panser. La forêt sera son abri, et Jean-le-blanc son sésame vers une renaissance. Il est secret Jean-le-blanc, taiseux, énigmatique, peut-être un peu fou, peut-être un peu sorcier. La forêt est son antre, il en connaît les moindres recoins, les moindres secrets et n’en enfreint jamais les règles. Autour de lui, gravite une étrange bande. Des gens de peu, des saltimbanques, des terriens, des hommes libres. Et dans leur sillage, une idée de ce que pourrait être cette famille qu’on se choisit…

 

« Chacun, déraciné de rien, adopté de la veille, a dessiné sa froidure dans le ventre des autres. Et ça a fait une famille. »

 

Thomas Vinau refait l’histoire et évoque à sa manière inégalable la Caravane à Pépère qui a « sévi » au début du XXe siècle. Une cour des miracles, des errants, des habitants de la Terre, sans foi, ni loi, ni maître. Des chapardeurs, des voleurs, des insoumis qui évoluent à la marge et marchent sur les bas côtés. Ça fait peur tout ça, ça fait tâche, ça se cache, ça s’enferme. Pour se faire, Georges Clémenceau créera les Brigades du Tigre… Et l’histoire, toujours, se répète…

 

J’ai tout aimé dans ce roman parce qu’il contient le monde. Les révoltes intimes font écho à l’indignation d’un monde qui change, la colère gronde, les rêves sont immenses, la terre se fait refuge et lieu de tous les possibles. « J’ai voulu écrire la ruade, le refus, le recours aux forêts ». C’est réussi monsieur Vinau tant votre texte, fulgurant de beauté brute, vibre et fait écho. J’ai rejoint le camp des autres… ♥

 

 

« La nuit est notre règne, la forêt notre patrie. Nous sommes les fils des bois perdus, de la route, de la boue des chemins. Nous sommes les fauves en exil. Les apatrides. Les moins que chien. Nous sommes les rats et les renards, les hérissons, les ailes tranchantes du grand-duc. Nous sommes les yeux de la mule aux flancs lacérés. La chair à canon et à usine, la viande pour leurs grosses dents. Nous sommes les invisibles, le choléra, le nègre, l’ongle noir de Satan. Nous sommes la famille de vos sacrifices, les cornus, les sauvages, les bouffeurs sombres, les récalcitrants. Nous sommes le vent qui souffle sur les braises, les morts pour rien dans la brume de l’Empire, la rage des chiens. Venez avec moi, je vous offre l’outrage, la brûlure, la ruade, le galop. Je vous offre la liberté des flammes sans lumière. »

 

Éditions Alma (Août 2017)

193 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-36279-217-5

By Hérisson

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Le Voyageur – Koren Shadmi

Présentation de l’éditeur :

 

« Après AbaddonCoupes à cœur et Love Addict, le nouveau Koren Shadmi :

En perpétuel mouvement, le voyageur parcourt en auto-stop l’immensité des États-Unis en quête de l’origine de son mal, étrange et apparemment incurable : l’immortalité. Au gré de ses rencontres, progressant d’un siècle à l’autre, il observe les changements du monde qui l’entoure et qui court, selon toute vraisemblance, inexorablement à sa perte. »

 

Il s’agit ici de vous causer de cet ovni, cadeau de ma copine Mo’chéwie avec laquelle j’ai le plaisir fou de faire cette lecture (pour découvrir son billet, certainement beaucoup plus fin et « outillé » que le mien, c’est par ici !)… Une lecture dont il m’est bien difficile de parler tant l’émotion est grande, l’exercice délicat et la BD, toutafé surprenante voire déroutante. Mais drôlement belle assurément !

 

Un peu d’histoire : Il pleut. Un homme étrange fait du stop. Une voiture s’arrête. Le voyage débute. La conversation entre les deux hommes semble difficile. Ou du moins, notre héros, cet auto-stoppeur mystérieux parle peu. Semble ne croire en rien. Semble sans but. Résigné. Ses motivations sont floues. Il erre. D’époque en époque. De drame en drame. Un sac sur le dos.

 

Et ça dit la triste humanité, le monde qui se meurt, la folie des hommes, le temps qui passe, la solitude des êtres, la violence des existences, la malédiction… La fin du monde peut-être…

 

C’est, vous l’aurez compris, un récit d’anticipation/de science-fiction enchevêtré dans différentes époques. Dans différents lieux. De plus en plus oppressants. Sordides. Où l’homme est avide, violent. En sursis. La mort rode partout. Plus d’eau. Si peu de ressources. Une humanité qui se meurt. Inexorablement. Dans ce futur que l’on pressent proche.

La narration est impeccable. Implacable. Visuellement, c’est beau, étrange, minimaliste. Futuriste et dépouillé. Chaque époque est peinte dans une gamme chromatique différente. Sombre. Comme le monde décrit. Désespéré.

 

Une BD atypique qui me fait sortir de ma zone de confort. Une formidable dystopie, sobre, lucide et toutafé pessimiste !

 

A découvrir absolument …

 

L’avis de Jérôme, celui de Mo

Le Voyageur –  Koren Shadmi
Traduit de l’anglais par Bérengère Orieux
195 x 240 mm • Couleur • 176 pages • 25 euros
ISBN : 978-2-36912-037-7 • Paru en août 2017

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La tribu qui pue – Elise Gravel / Magali Le Huche

ATTENTION PÉPITE !!

 

On craque littéralement pour cet album…! Scénario drôlissime à la sauce Elise Gravel, univers pétillant sorti tout droit du cerveau fantasque de Magali Le Huche, impossible de ne pas succomber à la bonne humeur qui se dégage de cette joyeuse bande d’enfants dégourdis qui folâtrent nus dans la forêt, bien loin des tracas des adultes qui, on le sait, ne sont pas très folichons.

 

A la tête de la-tribu-qui-pue, une petiote haute comme trois pommes à la tignasse ébouriffée, Fanette Ducoup. Mais ne vous y trompez pas, Fanette, elle a la trempe d’un chef. D’ailleurs, c’est grâce à elle s’ils peuvent tous continuer de vivre en paix dans des cabanes de branches au cœur de la forêt. C’est que ça ne plait pas à tout le monde cette horde d’enfants en liberté dans la nature, et surtout pas à Yvonne Carré, la directrice de l’orphelinat. La priorité numéro un d’Yvonne : capturer les enfants sauvages, les enfourner dans sa grande machine à laver high-tech, en ressortir des petits orphelins propres et lustrés comme des sous neufs et les coller à des pupitres d’écoliers immaculés… Pas gagné…

 

Une directrice d’orphelinat coincée maniaque de la propreté, pro de la savonnette et du gel antibactérien, géniale inventeuse d’une machine à laver que mademoiselle ma fille s’est empressée de reproduire sur ses dessins, des gamins indomptables et débrouillards qui vivent en harmonie avec la nature et les animaux, des adultes qui feraient bien de retomber en enfance, une foultitude de trouvailles à tomber par terre, des détails qui fourmillent dans chaque page, des bains de boue, un poney rose prénommé Robert, des gâteaux Pokémon… un régal de bout en bout cet album ! A savourer et à partager en famille d’urgence ♥

 

Éditions Les Fourmis Rouges (Octobre 2017)

32 p.

 

Prix : 16,50 €

ISBN : 978-2-36902-084-4

 

 

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