Des pavés pour l’été… et lectures à venir…

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L’heure est venue de prendre le large,

le blog se met au vert…

 

Les Vosges, les Alpes puis le Sud de l’Italie…

 

Et un programme plus qu’alléchant…

Profiter de la famille réunie, buller, décompresser, respirer… et lire.

 

Quelques pavés, du culte, un soupçon de jeunesse, du polar

et des auteurs qu’il me tarde de retrouver ou de découvrir enfin…

 

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Petit retour en pointillés fin juillet pour quelques avis sur mes lectures estivales…

Il parait qu’il y aura aussi quelques bougies à souffler… ;-)

 

Retour à la normale attendu courant août avec quelques nouveautés de la rentrée

qui me font déjà de l’oeil mais d’ici là…

 

Belles vacances à tous…!

Soleil

 

(Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire – Stéphanie Pélerin

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« Elle voulait juste réussir à révéler sa vraie identité, à exister par elle-même. Elle porterait la blessure engendrée par cette rupture avec toutes les autres épreuves à travers lesquelles elle s’était malgré tout construite. Elle ne referait donc pas sa vie, elle s’efforcerait juste de la continuer la tête haute. »

 

Apprendre à s’occuper de soi alors qu’on a a passé la plus grande partie de sa vie à s’occuper des autres… C’est peut-être le plus grand défi d’Ivana quand l’amour de sa vie l’abandonne sans aucun préavis après 8 ans d’une histoire confortable mais sans réelle passion. Au pied du mur, la jeune femme n’a qu’un éventail réduit de choix qui s’offrent à elle…

 

Devenir vieille fille et subir jour après jour les sempiternels reproches de sa mère / Sombrer corps et âme dans le chagrin et devenir l’ombre d’elle-même / Relever la tête, carburer à l’optimisme et sortir ses armes de séduction massive… Après quelques légitimes hésitations, Ivana décide de prendre les choses à bras le corps. Et de s’occuper de son corps justement en tentant de le délester des kilos superflus qui se sont accumulés au fur et à mesure des années. Ivana est professeur de français et les vacances scolaires approchent. L’occasion de s’inscrire à un programme de régime et dans une salle de sport, la révolution d’Ivana est en marche… Ne reste plus qu’à se remettre sur le « marché » des célibataires. Sur les conseils d’une amie, Ivana fait ses premiers pas sur « Be my boy », célèbre site de rencontres. Pas certaine qu’elle y déniche la perle rare mais qui ne tente rien…

 

« Il était surtout urgent qu’elle se rencontre elle-même, une bonne fois pour toutes, et qu’elle avance sur un chemin qu’elle seule aurait tracé. »

 

J’ai rencontré Ivana par une froide journée de février. Encore timide, elle s’apprêtait doucement dans l’ombre… C’est émouvant le début d’une histoire, surtout quand on a la chance de l’accompagner un peu. Surtout quand celle qui se jette dans l’arène est une amie chère… Ivana n’est pas Stéphanie mais elle lui ressemble. Elle a sa fougue, son énergie, son charisme et son grain de folie. Elle a cette douceur qu’elle tente vainement de cacher derrière des dehors de guerrière. Elle a cet humour, cette audace et cette répartie que je lui envie souvent. Elle a cette joie de vivre facile même quand tout semble s’écrouler autour d’elle. Elle a sa simplicité et surtout elle est vraie…

 

Ivana est une héroïne diablement attachante. La bonne copine qu’on aimerait avoir. Celle avec qui on partage rires, confidences et mojitos. C’est une héroïne moderne, les pieds bien campés dans la réalité même si elle aimerait secrètement garder la tête dans les étoiles (A défaut, elle croise tout un tas de branquignoles égocentrés aussi pitoyables les uns que les autres qui lui font logiquement préférer les galipettes en solo, on n’est souvent jamais mieux servis que par soi-même…) Une héroïne décomplexée qui assume ses désirs et reste pourtant fragile comme une petite fille. Une femme normale en somme.

 

Évidemment j’ai adoré. J’ai souri aux nombreuses anecdotes reconnues au fil des pages (n’insistez pas vous ne saurez rien…!) et n’ai pu m’empêcher d’imaginer la tête de certains de ses collègues en salle des profs tentant de démêler le vrai du faux… Le cocktail est savoureux. Bien dosé, léger et acidulé en bouche, il allie avec bonheur la douceur et l’amertume tout en gardant un côté pétillant et rafraichissant qui fait du bien. Bravo ma copine… ♥

 

A glisser expressément dans sa valise estivale ou son sac de plage, effet bonne mine assuré !

 

La page Facebook de l’auteure

 

Les avis de Antigone, Charlotte, Emily, Fanny, Géraldine, l’Irrégulière, Jérôme, Laurie, Maël, Marie-Claire, Mylène, Sarah, Saxaoul, Sharon, Stéphanie

 

 

Éditions Mazarine (Juin 2016)

208 p.

 

Prix : 15,00 €

ISBN : 978-2-86374-365-2

 

Jolis albums qui sentent bon les vacances…

On fait le plein de jolis albums à lire, à offrir, à partager… Auteurs et illustrateurs chouchous, chez des éditeurs chouchous… comment résister ?

 

 

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« Je vogue, je flotte, m’évase et dérive, évitant de m’envaser. Je ricoche et j’effiloche mes froufrous au fil des flots. Je trousse mes jupons transparents, pas trop tout de même ! Il ne faut pas montrer mes jolis dessous, juste le frisottis de mon tutu. »

 

Attention les yeux ! Visuellement étonnant, Je suis la méduse vous en met plein les mirettes dès les premières pages. Album grand format, plongée immédiate dans un monde marin fascinant et coloré, conte écologique et poétique qui en dit bien plus qu’il n’en a l’air… je suis sous le charme !

 

La rencontre inattendue entre une méduse mal aimée et une petite fille. Une rencontre qui commence mal et qui finira par une belle histoire d’amitié aussi improbable que sincère. Une amitié teintée de respect et d’admiration…

 

C’est de la dentelle cet album. Tout y est sublime, tout simplement. Ma fille l’adore et s’en inspire pour dessiner tout un tas de méduses partout. On ne s’en lasse pas… ♥

 

Je suis la méduse de Béatrice Fontanel et Alexandra Huart. Éditions Les fourmis rouges, 2016

 

 

♥ ♥ ♥ ♥

 

 

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« Alors, comment se sont passées tes vacances ?
« Vous n’allez sans doute pas me croire, mais… J’ai trouvé un message dans une bouteille. 
Et pas n’importe quel message : une carte au trésor ! 
C’est alors qu’une pie me l’a chipée au vol ! Je l’ai poursuivie jusqu’à un navire qui quittait tout juste le port… »

 

Un régal comme toujours ! Après Je n’ai pas fait mes devoirs parce que… et Je suis en retard à l’école parce que… retour de l’univers déjanté et rocambolesque de Davide Cali et Benjamin Chaud, toujours aussi facétieux ! Savoureux et loufoque, ce troisième opus est du même acabit, on se bidonne !

 

Chasse au trésor pas piquée des vers en vue ! C’est que ces vacances que notre gentil « menteur » racontent n’ont pas été de tout repos ! Une carte au trésor trouvée dans une bouteille à la mer, des pirates énervés, un calamar géant un brin affamé, une balade en sous-marin, un accident de montgolfière, un petit tour dans l’espace et tout autour de la planète… quelle aventure !! Illustrations toujours au top, de l’humour et de l’extravagance à gogo, pirouette finale inattendue… banco !!

 

La vérité sur mes incroyables vacances de Davide Cali et Benjamin Chaud. Éditions Hélium, 2016.

 

 

♥ ♥ ♥ ♥

 

 

j-veux-pas-y-allerQuel bonheur de retrouver l’univers de Csil, je suis fan…! Après le subtil vilain défaut, le poétique Mme Eiffel et le merveilleux Sans ailes… je vois toutes ces bouilles et je craque…! Des tas de petits baigneurs qui voudraient être partout sauf là où ils sont. Devant ce grand bassin et cette eau peu accueillante…

 

C’est effrayant quand on y pense… Se déshabiller devant tout le monde dans le vestiaire, enfiler un bonnet barbare, affronter le regard des autres, se jeter à l’eau dans tous les sens du terme…

 

Et puis à bien y réfléchir, il existe tout un tas de raisons pour ne pas y aller… Des excuses en rimes parce que… c’est bien connu… ça pique les yeux, l’eau ça mouille, sans bouée-canard point de salut, le bonnet ça décoiffe… y en a qui font pipi dans l’eau… où il n’y a même pas de poissons !

 

Drôle et adorable, un album pour dédramatiser avec humour les petites peurs et les angoisses. On adore !

 

J’veux pas y aller ! de Ghislaine Roman et Csil. Éditions Frimousse, 2016.

 

 

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Sexe sans complexe – Bérangère Portalier / Frédéric Rébéna

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« Les garçons n’ont pas tous forcément envie de jouer à celui qui pisse le plus loin. Les filles ne rêvent pas toutes d’être une princesse chevauchant une licorne pailletée. Être un homme ou une femme ne revient pas obligatoirement à correspondre aux stéréotypes. Pour certains, c’est même assez flou, voire compliqué. »

 

Un livre d’utilité publique qui comme son titre l’indique aborde le sexe sans complexe. S’il existe pléthore de documentaires sur le sujet à destination des adolescents (et des jeunes adultes), celui ci ne joue clairement pas dans la même cour. L’auteure, Bérangère Portalier, a participé à la fondation de Causette, le magazine “plus féminin du cerveau que du capiton”, et en devenu rédactrice en chef. Un vrai plaisir de retrouver ici la liberté de ton et la patte militante et anti-sexiste du magazine. Dans Sexe sans complexe on appelle un chat un chat, sans aucun tabou… tout en se mettant à la hauteur du lecteur adolescent. Pari osé… mais plus que réussi !

 

Aucune précaution dans le langage utilisé. On dit les choses, sereinement, naturellement en prenant soin au passage de mettre à mal les préjugés et stéréotypes qui ont la vie dure.

 

Rassurant, dédramatisant, déculpabilisant, le texte n’omet rien en s’adressant directement au lecteur par le biais du tutoiement. Toutes les facettes de l’intimité des relations sexuelles sont explorées, avant… pendant… et après. A l’unisson, les illustrations de Frédéric Rébéna, sans équivoque, sont suggestives et délicates, sans aucune vulgarité.

 

Une mine d’informations, des réponses aux questions que certains n’osent peut-être même pas se poser… sans jamais oublier de parler d’amour. Aimer, désirer, fantasmer, faire l’amour… mais s’aimer avant tout, apprendre à se connaître pour mieux apprendre à aimer l’autre. Connaître son corps, le regarder, l’explorer. S’accepter, peut-être la clé finalement d’une vie sexuelle libre et épanouie…

 

Un ouvrage extrêmement documenté, complet et accessible qui ne cache rien. Le parti pris est audacieux et le résultat est en tous points bluffant. A recommander plus que chaudement dès 15 ans…!

 

Une pépite jeunesse différente ce mois-ci que je partage avec Jérôme. Et un petit clin d’œil au rendez-vous inavouable de miss Stephie avant la trêve estivale, c’est ce qui s’appelle faire d’une pierre deux coups ;-)

 

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 Éditions Actes Sud Junior (Juin 2016)

80 p.

 

Prix : 14,00 €

ISBN : 978-2-330-06312-2

 

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By Stephie

 

De nos frères blessés – Joseph Andras

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« Il n’est pas encore 17 heures. Les juges refont leur entrée dans le tribunal. Le président Roynard prend la parole : Fernand Iveton, ici présent, est condamné à la peine capitale. Le verdict tombe comme le couperet qu’on lui promet.

Fernand baisse les yeux à l’instant où s’élève, aux quatre coins de la salle, la clameur des Européens d’Algérie. Applaudissements et bravos. Ivresse et dents déployées. La Justice goûte son triomphe. »

 

Un premier roman qu’on referme groggy… Je l’ai ouvert en connaissance de cause et pourtant sur la défensive… Une entrée sur la pointe des pieds dans les premières pages du roman qui ont d’emblée été douloureuses. Trop. J’ai reposé le roman en me disant que je n’avais pas choisi le bon moment pour me confronter à cette sale histoire… Et pourtant, déjà, une évidence : les mots de Joseph Andras, son phrasé, sa justesse de ton et l’équilibre si délicat qu’il a réussi à trouver entre l’engagement et l’émotion sont la preuve indéniable d’un grand talent…

 

Mais j’y reviens. Et parce que l’auteur n’est pas tombé dans l’écueil facile de l’émotion à outrance, je ne peux plus le lâcher… Lire De nos frères blessés a été pour moi une véritable expérience de lecture. J’ai découvert le destin tragique de Fernand Iveton avec ce roman. Sûrement comme des milliers d’autres lecteurs… C’est honteux quand on y pense. Si la France a voulu oublier cet épisode indigne de son histoire, Joseph Andras rend à Joseph Iveton, français de souche, algérien de cœur, l’hommage qu’il mérite. Et l’auteur ne passe rien sous silence…

 

Guillotiné le 11 février 1957, en plein cœur de la guerre d’Algérie, l’ouvrier indépendantiste Fernand Iveton est le seul Européen exécuté par la justice de l’État français. La grâce présidentielle lui sera refusée alors même que la bombe artisanale qu’il avait déposée dans un local désaffecté de son usine à Alger n’avait pas explosé. L’intention n’était d’ailleurs pas de tuer. Juste de marquer les esprits et de saboter le réseau de gaz de la capitale. Mais il faut un bouc émissaire… Et la justice, aveugle, se montrera inflexible…

 

Un soldat à ses côtés affirme à Fernand que tous les Européens d’Algérie, dehors, le clouent au pilori : il y a même des portraits de ta tronche placardés aux murs d’Alger. Il est le traitre, le félon, le Blanc vendu aux crouilles.

 

Une sentence prononcée pour calmer les esprits échauffés criant vengeance. Une exécution au nom de la raison d’état pour un crime qui n’a pas eu lieu… Fernand Iveton fut traité comme un assassin alors qu’il n’avait tué personne. François Mitterrand était alors Garde des Sceaux. Quelques années plus tard, la peine de mort sera abolie sous son mandat de président… C’est finalement la littérature qui est la mieux placée pour faire revivre Fernand Iveton… Sous la plume impeccable de Joseph Andras, le lecteur l’accompagne jusqu’à son exécution, allant jusqu’à pénétrer son intimité d’homme libre et amoureux. Des passages parmi les plus beaux du roman, comme une respiration dans l’horreur…

 

Exemplaire et essentiel. Une lecture saisissante que j’ai pris grand plaisir à partager avec ma Framboise

 

Les avis unanimes de Jérôme, Joëlle, Martine, Nicole, Sabine

 

Éditions Actes Sud (Mai 2016)

144 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-330-06322-1

 

 

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Le rapport de Brodeck 2. L’indicible – Manu Larcenet

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Depuis longtemps, je fuis la foule car tout est venu d’elle… La guerre… et les kazerskwirs qu’elle a ouverts dans le cerveau des hommes. On peut se rassurer en disant que la faute incombe à ceux qui l’exhortent. C’est faux. La foule est un corps solide, énorme, tricoté de milliers d’autres corps conscients. Il n’y a pas de foule heureuse ni paisible. Derrière les rires et la musique, le sang chauffe et s’agite. Je les ai vus, moi, les hommes à l’œuvre, quand ils ont la certitude de n’être pas seuls…

 

Quand on arrive à ce degré de perfection il est difficile d’en dire plus. Manu Larcenet prouve avec le dernier tome de son adaptation du roman de Philippe Claudel qu’il fait définitivement partie des très grands… Longtemps qu’il était dans mon petit panthéon personnel depuis Blast mais là… les mots me manquent tant on touche au sublime, ni plus ni moins.

Une telle force, une telle intensité, ça force le respect et l’admiration. Un noir et blanc somptueux et élégant qu’on ne se lasse pas d’admirer. Un noir et blanc qui gratte, qui exacerbe la noirceur de l’âme humaine et fait ressortir toute sa laideur, tripes et boyaux à l’air. La quintessence du sombre, la définition même du tragique. Une beauté sauvage, âpre, violente. Un voyage sans retour dans un monde dominé par la folie des hommes qui finissent par ne plus l’être…

 

Une maitrise parfaite des silences et des non-dits. Une plongée dans le passé pour tenter d’expliquer « l’indicible », ce meurtre atroce commis par un village tout entier sur un homme qui n’était coupable d’aucun crime à par celui de n’être pas d’ici… Lui c’est « l’autre », « der Anderer », cet étranger qui fera naître une haine déraisonnée et poussera ses habitants à commettre l’irréparable. Un artiste qui arrivait à capter l’ambivalence des êtres sous ses pinceaux… Cet « autre », c’est un peu Manu Larcenet lui-même finalement…

 

Et Brodeck raconte… La mission impossible qui lui est confiée – ou plutôt imposée – de consigner les faits qui ont mené au drame. Un rapport qui absoudrait les responsables du crime. Mais dans son carnet Brodeck écrit aussi, dans le plus grand secret, et ses mots illicites prennent des allures de confession. Les souvenirs refont surfaces, putrides, tenaces. Réminiscences qui éclairent les faits récents et questionnent le comportement des hommes face à ce qu’ils ne comprennent pas ou ne maîtrisent pas… 

 

On se sent tout petit devant une telle œuvre… Alors on se tait et on savoure, encore et encore… Un incommensurable chef-d’œuvre que je partage avec Jérôme et Mo’ qui eux ont eu la patience d’attendre pour découvrir les deux tomes à la suite…

 

Mon avis sur le premier tome du diptyque

 

Les avis de Jacques, Tamara, Yaneck

 

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Éditions Dargaud (Juin 2016)

168 p.

 

Prix : 22,50 €

ISBN : 978-2-205-07540-3

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

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                                   Jérôme                                                                      Mo’

 

 

yaneck  adoption   nathalie   charlotte

          Jacques                        Moka                            Nathalie                         Charlotte

 

 

caro   entre-ici-et-ailleurs   faelys

            Caro                         Stephie                           Faelys

 

Moi, Ernest… – Laurent Souillé / Paul Mager

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J’écris sur mes feuilles de papier tout ce que j’ai dans la tête, tout ce que j’imagine, tout ce que je ressens. Môman disait que c’est chouette de lire ce que j’écris parce que j’écris comme je pense et comme je pense simplement, j’écris simplement…

Je n’aime pas trop les livres où les messieurs et les dames utilisent des tas de mots compliqués. Ça me fait trop mal à la tête. Moi, j’invente des histoires pour tout le monde mais surtout pour les enfants parce que les grands, ils sont quand même bizarres…

 

Ernest n’est jamais vraiment sorti de la maison qui l’a vu naître. Tout y est un peu vieillot, l’escalier est vermoulu et rien ne tient vraiment droit mais il n’y a qu’ici qu’il se sente vraiment bien. Ici qu’il a ses repères et ses habitudes de vieux garçon qui ne s’est jamais vraiment éloigné de sa môman même après son départ… Petit, il ne ressemblait pas autres bébés joufflus et bien portants. Aucun son n’est jamais sorti de sa bouche. Et pour éviter les regards apitoyés ou méprisants sur son visage atypique et ses yeux globuleux, Ernest s’est coupé du monde pour ne sortir que la nuit : là où il ne risquait de croiser que des chats de gouttière et des chauves-souris…

 

Mais pour s’évader loin, Ernest a sa vieille Remington et tout un tas d’histoires qui lui passent par la tête. Quand il s’installe devant sa machine à écrire, le monde n’a plus de frontières et tout devient enfin possible : ça fourmille, ça se bouscule, ça frétille. Depuis le jour où sa môman l’a quitté, c’est même sa seule occupation et les seuls voyages qu’il s’autorise…

 

Depuis ce triste jour, je reste enfermé dans ma chambre et j’écris encore et encore… J’ai imaginé tellement d’histoires que maintenant mes tiroirs et mes placards débordent de partout.

 

Jusqu’au jour où Ernest tombe par hasard sur une émission à la télévision. Dans le poste, un monsieur passionné qui parle de son métier, « le plus beau métier du monde »… Peut-être que les histoires d’Ernest plairaient à monsieur l’Éditeur s’il les lui envoyait ? Peut-être que des enfants pourraient les lire… et les aimer ?

 

Ouvrir les premières pages de ce bel album et tomber instantanément en amour pour Ernest… Un petit être sans âge, à l’air constamment étonné, à mi chemin entre l’elfe et le lutin. Un enfant qui n’aurait jamais vraiment grandi coincé dans un corps d’adulte un peu bancal. Un adulte qui a choisi de vivre dans le monde merveilleux et naïf qu’il crée de toutes pièces tant celui des « grands » n’est pas à sa mesure. Ernest n’est pas comme les autres non… Vraisemblablement atteint du syndrome de Williams, son univers unique nous fascine autant qu’il nous émeut…

 

Un album extrêmement riche et visuellement somptueux. Le texte de Laurent Souillé est tout en délicatesse, porté par la voix enfantine incomparable d’Ernest. L’auteur n’a pas son pareil pour faire naître l’émotion… Difficile de ne pas fondre devant sa description du lien indestructible qui lie Ernest à sa mère. Difficile de ne pas être touché par ce monde dans lequel il se réfugie pour oublier sa différence et sa maladie qui ne dit pas son nom : celui de l’imagination, du rêve et de l’enfance. Et quel bel hommage au métier d’écrire…!

Les illustrations de Paul Mager sont incroyables… Lumineuses, tendres, riches de détails, elles sont au diapason du texte de Laurent Souillé. Une mise en page variée et dynamique, un trait rond, chaleureux et doux qui renvoie au monde de l’enfance, on ne peut que succomber à l’univers magique créé par l’artiste… 

 

L’écriture, c’est ma musique à moi…

 

Sous le charme ! Un album propulsé « pépite jeunesse » pour ce rendez-vous du mardi traditionnellement dévolu aux lectures adolescentes. Un album coup de cœur partagé avec Jérôme que je vous conseille chaudement de vous procurer au plus vite !

 

 

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 Éditions Des ronds dans l’O (Juin 2016)

38 p.

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-917237-96-0

 

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Deux novellas : L’enjoliveur de Robert Goolrick et CAT 215 de Antonin Varenne

enjoliveurOn ne peut que lire d’une traite cette novella atypique de Robert Goolrick. Surtout quand on sait que l’auteur l’a écrite spécialement pour son public français. Un petit cadeau bien emballé. Jolie couverture, papier de qualité, illustrations « old fashioned » au diapason, un bel écrin pour une petite douceur qui fleure bon les saveurs de l’enfance avec ce petit côté nostalgique qui prête à sourire. Et une bonne façon pour moi de partir à la découverte de l’auteur de Arrive un vagabond et La chute des Princes qui attendent encore sur mes étagères…

 

Flash-back. Les années 50, l’insouciance des jeux entre copains, le danger qu’on apprivoise en jouant les petits caïds, les enjoliveurs perdus transformés grâce à une imagination débordante, la vieille Buick 1943 d’une grande-mère fantasque et charismatique… et l’accident qui aurait pu être dramatique. 

 

 Il ne faut pas grand-chose pour faire exploser votre univers.

 

Un petit récit tout simple qui dévoile petit à petit des thèmes plus profonds. Un texte à tiroirs, malin, poignant et drôle. Tendre et ironique. Sur l’enfance bien sûr mais aussi sur ce monde des adultes parfois bien cruel. Peut-être anecdotique, sûrement pas mémorable mais un délicieux moment de lecture qui me fait dire que j’ai attendu bien trop longtemps pour découvrir cet auteur. A savourer.

 

L’avis d’Antigone

 

Éditions Anne Carrière (Mai 2016)

67 p.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie de Prémonville

Illustrations de Jean-François Martin

 

Prix : 12,00 €

ISBN : 978-2-84337-824-9

 

 

CAT215Étonnante nouvelle. Saisissante dans sa façon de retranscrire la moiteur et de faire ressentir une menace insidieuse qui ne dit pas son nom…

 

Marc est un jeune mécanicien. Il « répare des choses inutiles depuis toujours ». La Guyane, il connait, il y a déjà vécu. Un « pays incontrôlable ». L’enfer vert, les orpailleurs, les trafiquants de tous bords… Julo, son ancien patron pas des masses réglo, le rappelle à ses côtés pour une mission peu banale : réparer avant son déplacement une pelleteuse Caterpillar dont le moteur est tombé en panne. L’occasion pour lui d’arrondir les fins de mois difficile en métropole. Sur place, il retrouvera pour l’aider dans sa tâche un ancien légionnaire énervé et porté sur la bouteille et un brésilien aussi taiseux qu’énigmatique…

 

Ici, quand on veut dire d’un homme qu’il a perdu la raison,

on dit qu’il est parti droit devant lui.

 

Tout est affaire d’ambiance dans ce court roman. Ça transpire, ça suinte. On s’épie, on se jauge… La folie guette. Sans comprendre réellement les enjeux d’une telle aventure, on ne peut que percevoir le malaise qui grandit au fur et à mesure des pages. Un étrange huis-clos au beau milieu de l’immensité de la forêt équatoriale. Une histoire de mecs face à une nature qui quoiqu’il arrive dicte sa loi. Oppressant. Étouffant même. A mi-chemin entre le roman noir et le roman d’aventure, une lecture courte qui claque… jusqu’à la fin !

 

Éditions La Manufacture des Livres (Mai 2016)

95 p.

 

Prix : 9,00 €

ISBN : 978-2-35887-134-1

 

 

Étunwan. Celui qui regarde – Thierry Murat

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« Qu’est-ce qu’une image, sinon un fac-similé de la réalité ? Cela ne sert à rien de vouloir à tout prix représenter les choses telles qu’elles sont. Il faut les mettre en scène ; les sublimer.

Si on se contente de retranscrire le réel, même dans le meilleur des cas, on n’obtient qu’une pâle copie des sensations que nos yeux ont perçues.

Alors il ne faut pas uniquement montrer. Il faut raconter avec le regard. »

 

J’aime profondément le dessin de Thierry Murat. Ce côté sobre et épuré, cette capacité à restituer les émotions, cette sensibilité toute personnelle pour donner à voir ce qui ne se dit pas. Il n’a pas son pareil pour dépeindre les grands espaces, les terres arides, les ciels changeants. Et il lui suffit pour ça de presque rien… Une gamme de couleurs assez restreintes, des tonalités ocres et sépias qui rendent l’atmosphère suffocante ou envoûtante… Si peu.

 

En tout, Thierry Murat maîtrise l’art de l’épure. C’est quelque chose qui me fascine, tout comme en littérature. L’économie de moyens, arriver à rendre un dessin si minimaliste aussi hypnotique. Faire qu’il soit en harmonie parfaite avec le texte.

Jusqu’à maintenant, Thierry Murat s’associait toujours à un scénariste ou adaptait un roman. Étunwan est le premier livre qu’il signe seul. Un récit qui visiblement lui tenait à coeur. Son point de départ est sensiblement le même que dans L’odeur des garçons affamés de Frederik  Petters et Loo Hui Phang lu il y a quelques mois. Nous sommes en 1867 au lendemain de la guerre de Sécession et les grandes terres sauvages de l’Ouest sont la cible de l’homme blanc. De nombreuses expéditions sont lancées pour étudier, cartographier et photographier les lieux. Des expéditions qui sont le début du génocide amérindien que l’on connait…

 

Joseph Wallace, 33 ans, est photographe et rejoint l’une de ces expéditions dans les Rocheuses. Loin de sa petite vie bourgeoise à Pittsburgh, il laisse derrière lui famille et enfants pour photographier le relief, la végétation et aider en cela à cartographier la région. Sa mission s’arrête là. En théorie… Car Joseph Wallace va rencontrer les natifs de ces terres, les Indiens Sioux Oglalas. A leurs yeux, il est « Étunwan », Celui-qui-regarde et révèle… Car il est bien question de regard ici. Celui qui change au contact de l’Autre. Celui de l’Artiste dans son rôle essentiel de témoin des évolutions du monde. Celui qu’on retourne sur soi pour enfin se connaître… Et Joseph Wallace ne sera plus jamais le même…

 

Peut-être est-il vain de vouloir à tout prix saisir les choses et d’en arrêter, même l’espace d’un instant, le mouvement – ou même de donner l’illusion de cet arrêt – parce qu’au bout du compte tout continue sans nous, inévitablement.

 

Je suis admirative oui. Thierry Murat nous raconte une histoire. Sous des allures de western, il nous donne à voir l’essentiel de l’âme humaine à travers l’oeil du photographe si justement surnommé « l’attrapeur d’ombre » chez les Sioux. Et il capte le vrai. Le beau. Tout en s’interrogeant sur la création artistique et la faculté qu’à celui qui « regarde » de changer les choses… Somptueux !

 

Une petite merveille que j’ai grand plaisir à partager avec Jérôme et Mo’

 

L’avis de Yaneck

 

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Éditions Futuropolis (Juin 2016)

158 p.

 

Prix : 23,00 €

ISBN : 978-2-7548-1197-2

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Jacques

 

Histoire du garçon qui courait après son chien qui courait après sa balle – Hervé Giraud

histoire du garçon

On est obligés de vivre sans tout comprendre de tout, se contenter de voir revenir les chiens de leurs courses éperdues et la fièvre tomber, voir les roses défleurir et se faner, en faire des bouquets avant qu’elles ne disparaissent. Ce n’est pas la peine de faire allégeance à des fées, des anneaux maléfiques, des orcs, gobelins ou Dark Vador, pour empêcher qu’arrivent les choses qu’on ne voudrait pas, rien ne fonctionne. Je sais, j’ai essayé. Alors j’ai pris ma pelle et mon seau et je me suis débrouillé. Et puisque cela n’a pas vraiment fonctionné, je n’ai plus qu’à faire un trou pour enterrer mon chagrin dedans et moi avec.

 

A deux, on est plus forts, c’est bien connu. Et à trois, on est forcément indestructibles. Lui, Cali et Rubens le chien avancent dans la vie comme une entité. Et elle est plutôt belle la vie, linéaire et sans mauvaises surprises, sans accrocs, sans grains de sable qui viendraient enrailler la machine. Lui passe son temps à rêver, Cali sa sœur jumelle pallie à ses petits oublis et permet au duo de rester dans les clous, Rubens, lui, passe son temps à courir derrière sa balle…

 

Jusqu’au jour où Rubens disparait. Il a couru un peu trop vite, un peu trop loin. Il lui arrive de fuguer oui, mais là, il ne revient pas. Premier grain de sable…

 

Jusqu’au jour où Cali se retrouve à l’hôpital pour un mal trop grand pour elle. Un mal qui la ronge de l’intérieur et s’insinue partout. Un mal qui terrasse ses parents autant qu’il la diminue. Et arrivent les silences, les larmes qu’on ne prend plus la peine de cacher, les questions sans réponses, la vie entre parenthèses. Deuxième grain de sable…

 

Je suis souvent le nez au carreau, inerte ; sans ma sœur, je suis en vie mais sans envie, elle est ma boite à idées. Elle seule saurait mettre un bon coup d’accélérateur pour faire exploser en le pénétrant le nuage de morosité, faire valser de la couleur sur tout cela ou transformer le ciel en canon à neige, qu’il en tombe à gogo, qu’on puisse entendre nos pas crisser, qu’on parte elle et moi en tournoyant vers une aventure et un arc-en-ciel qu’elle aura imaginés, qu’elle me tende sa main glacée et éclate de son rire qui me manque tant sous son bonnet de grosse laine vert et orange à pompon et oreillettes.

 

Dans son imaginaire d’enfant, le jeune frère érige des barrières face à la douleur pour qu’elle ne le détruise pas comme elle anéantit ses parents. Il doit y avoir une solution pour faire revenir le soleil, les rires… et Cali. Il doit y avoir une solution pour que son petit monde se remette à tourner dans le bon sens. Retrouver Rubens. Oui. Elle est là la solution. Quand il a disparu, le malheur a pris ses quartiers dans leur maison. Retrouver Rubens c’est guérir sa sœur… Une évidence.

 

Il faut remettre de l’ordre dans le chaos qui nous met en état de sidération : je suis, donc je peux. Retrouver le chien est de l’ordre du possible, il suffit de chercher : si je réussis à ramener Rubens à la maison, interagir avec le destin et participer à la restauration des choses, alors le hasard biologique des maladies, tumeurs et autres véroles verront de quel côté est la Force, il ira se faire pendre ailleurs.

 

Mince, ce roman… Dès les premières lignes, dès les premières pages, j’ai été prise en otage… Il chamboule ce roman, il détruit tout sur son passage tant il est triste et beau. Profondément triste et profondément beau. Je découvre la plume d’Hervé Giraud. Elle m’interpelle, elle vient me chercher, elle me bouscule et me réveille. J’aurais du mal à apposer une étiquette sur cette lecture. Littérature jeunesse ? Peut-être oui, mais tellement plus que ça. L’écriture a quelque chose d’atypique et d’hypnotisant. Du jamais lu en ce qui me concerne. Une capacité à faire naître la lumière dans les moments les plus sombres. L’émotion pure au cœur d’une vie qui se délite. Le mot qu’il faut, la petite touche d’humour, de doux et de moelleux, le beau quand l’espoir semble se carapater…

 

Je suis admirative oui, admirative et bien embêtée parce que je ne sais pas entre quelles mains glisser ce roman qui m’a mise KO… Et cette image que je n’oublierai pas, magnifique et poignante, des jumeaux enlacés dans un hamac au cœur de la nuit comme un dernier pied de nez au destin cruel qui veut les séparer… Lisez le, oui, lisez-le, c’est une pépite… Une pépite à part que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

L’avis de Pépita

 

Éditions Thierry Magnier (Mars 2016)

128 p.

 

Prix : 10,50 €

ISBN : 978-2-36474-838-5

 

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