Jupe et pantalon – Julie Moulin

jupe et pantalon

Je n’étais pas sûre de vouloir lire ce roman. Une appréhension plus liée à la narration – que je savais très particulière – qu’aux thèmes abordés qui eux avaient une grande chance de me parler. Je savais pourtant que je risquais fort de croiser sa route grâce à l’opération des 68 premières fois et je m’étais préparée à accepter de sortir de ma zone de confort sur les chaudes recommandations des autres lecteurs de la chaîne… Coup de cœur pour les uns, OVNI pour les autres, restait à savoir dans quel camp j’allais me situer…

 

Pour être honnête, ce roman m’a longtemps résisté. J’ai tourné les premières pages mi sceptique, mi agacée. J’ai grimacé, survolé certains passages, carrément sauté des paragraphes… Cette narration ne me parle pas. A plusieurs reprises je repose le livre en étant persuadée de ne pas le reprendre. Après tout ça peut arriver que la sauce ne prenne pas…

 

C’est rageant quand même de se sentir tellement en marge… Et puis ma Framboise, qui vient aux nouvelles régulièrement pour me demander si j’avance dans ce bijou. Parce qu’elle adore elle, elle se régale. Et elle n’est pas la seule. Alors je continue, je m’accroche…

 

Et puis vient cette deuxième partie. Ce n’est plus le corps de l’héroïne qui s’exprime – ses jambes, ses mains, ses fesses, son cerveau… – , même s’il a toujours voix au chapitre, même s’il a toujours son mot à dire. Et notre héroïne a enfin un prénom. C’est à ce moment là que l’histoire a pris tout son sens pour moi. A ce moment là que toute la première partie que j’avais si difficilement ingurgitée est apparue comme nécessaire. Tout est devenu limpide, les pièces se sont doucement imbriquées… et je n’ai plus du tout eu envie d’abandonner Agathe. J’ai eu envie de lui prendre la main, de l’accompagner, de l’aider, de la réconforter. J’ai eu envie de lui dire qu’on se ressemblait un peu et que non, les wonder-maman-épouse-amante-executive woman… ça n’existe pas. Je l’ai vue lentement glisser et se prendre les pieds dans le tapis, s’épuiser, s’éteindre. A force de trop tirer sur la corde…

 

Alors oui, il est déstabilisant ce roman. Prenant. Atypique. Passionnant. Original. Et vrai. C’est ce que je retiendrai surtout, ce très beau, très juste portrait de femme en plein désordre intérieur, ce combat intime qui permet un lâcher-prise salutaire et un coup de pied dans les sacro-saintes « habitudes » qui nous pourrissent la vie. Pour s’accepter fragile, imparfaite, égoïste, lâche et vivante. Enfin.

 

Comme quoi il est parfois bon de sortir de sa zone de confort… Merci à Framboise d’avoir partagé cette lecture avec moi… et merci aux fées des 68 premières fois de l’avoir mis sur ma route !

 

Les avis de Charlotte, Eimelle, l’Irrégulière, Joëlle, Kathel, Leiloona, Lucie, Miss Léo, Nicole, Sabine, Séverine, Sophie Adriansen

 

Le blog de l’auteure

 

Premières phrases : « Je me prénomme Marguerite. Ma jumelle c’est Mirabelle. Drôles de prénoms. D’aucuns verraient dans ces deux grands M une prédestination : deux jambes pour un même mouvement. »

 

Au hasard des pages : « L’avenir était devant nous. C’était avant le grand carrefour. Avant que l’amant devienne mari, avant que la femme soit mère, avant que l’envie se mue en rancœur et que l’insomnie détruise les rêves. » (p. 135)

 

Éditions Alma (Février 2016)

297 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-36279-170-3

 

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La légèreté – Catherine Meurisse

CouvertureJe n’avais pas voulu lire Catharsis de Luz… Un peu pour les mêmes raisons, j’ai longtemps hésité à lire le témoignage intime de Catherine Meurisse. J’admire et je comprends la démarche. Cette nécessité de dire l’indicible par les bulles, l’humour et l’émotion. Une thérapie nécessaire, un exutoire… pour tenter d’accueillir l’avenir avec sérénité, pour faire la place au beau, au douillet, au rassurant. J’admire la démarche et pourtant j’ai la sensation désagréable et troublante d’être de trop…

 

On a tous notre histoire avec « Charlie ». On sait tous ce qu’on faisait ce fameux 7 janvier 2015 quand on a appris la tragédie. Ce violent coup de poing dans le ventre, cet état de sidération, cette douleur lancinante. Un pays anesthésié, silencieux, au moins pour un temps. A chacun sa façon de se reconstruire et de vivre « après ça »…

 

Après ça… Les survivants de Charlie ont eu besoin de temps. Cet impossible travail de deuil. Cette survie obligatoire. On fait comment ? Catherine Meurisse déroule le fil de ce long chemin vers le retour à la vie. Avec une vraie pudeur et un profond respect pour ses amis qui ont perdu la leur… La blessure est encore suintante et le témoignage est fort, oui. Fort parce qu’évidemment intime et personnel… 

 

Je ne saurais dire si j’ai aimé ou non cette mise à nu. La question n’est peut-être pas là d’ailleurs… Mais je ne suis pas certaine d’y avoir trouvé ma place. J’ai marché aux côtés de Catherine Meurisse sur la plage, ressenti profondément ce besoin de se ressourcer dans le silence, l’art et le beau, admiré ce sursaut de vie et cette volonté farouche de continuer à aimer, à rire, à dessiner… sans être pour autant aussi émue ou touchée que l’on pourrait l’être. Oui, je me suis sentie de trop. Illégitime à ressentir cette douleur là…

 

Reste ce témoignage. A la fois violent et d’une incroyable légèreté… Un témoignage qui ne manquera pas de susciter l’admiration, le respect, l’interrogation, le malaise ou le trouble… Parfois tout ça à la fois. Une lecture qui ne peut laisser indifférent et que je partage avec Mo’ qui elle aura sûrement pu trouver les mots…!

 

Les avis de Nicole, Tamara, Yvan

 

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 Éditions Dargaud (Avril 2016)

133 p.

 

Prix : 19,99 €

ISBN : 978-2-205-07566-3

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Jacques

 

Hugo de la nuit – Bertrand Santini

hugo

« Oyez, oyez, visiteurs !

 

A en croire les épitaphes, les cimetières ne sont remplis que de personnages exemplaires ! « Mère modèle », « Père parfait », « Ami fidèle »… Que d’éloges gravés dans la pierre !

De toute évidence, la mort efface les petits travers ! L’honneur et la vertu comblent de gloire ceux qui ne sont plus ! Entrez donc dans ce monde parfait ! Et suivez-moi ! La visite va commencer… »

 

Avancez prudemment… Restez sur vos gardes… La lune a beau être haut dans le ciel, la nuit abrite parfois des secrets qui ne demandent qu’à refaire surface. Derrière le miroir, le monde des esprits prend possession des heures sombres et fête chaque soir cette éternité qui leur est tombée dessus sans crier gare. Derrière le vieux portail grinçant du vieux cimetière abandonné, au milieu des herbes folles et sous les stèles fissurées, les spectres partagent des agapes festives en tentant de se rappeler l’odeur alléchante d’un bon gâteau au chocolat. L’au-delà à parfois des allures de camp de vacances…!

 

Un peu plus loin, dans le silence de la grande bastide provençale, Hugo s’apprête à s’endormir. C’est la nuit de son anniversaire. La nuit de tous les possibles, celle des rencontres surprenantes, des échappées fantastiques, des révélations tonitruantes, des amitiés improbables… TIC TAC, TIC TAC, TIC TAC… Les aiguilles de l’horloge avancent, dans quelques heures Hugo aura 12 ans. Ou pas…

 

Surtout ne pas trop en dire… Garder intacte la jubilation de la découverte de ce petit bijou à nul autre pareil..!

 

Bertrand Santini est un genre de sorcier, ou de magicien… voire même un subtil mélange des deux. Avec en prime une âme de sale gosse qui se délecte des tours pendables qu’il prend un malin plaisir à concocter..!

Je ne connais aucun autre auteur capable d’allier avec autant de bonheur la fantaisie la plus pure à la poésie la plus décalée, la drôlerie à l’intelligence, le frisson à la tendresse la plus surprenante…! Dans un univers aussi baroque que profondément burlesque, l’auteur entraîne son lecteur – petit ou grand – dans un conte horrifique impossible à lâcher tant il joue à merveille sur nos peurs les plus profondes et nos désirs les plus secrets. Addictif et profondément jubilatoire !

 

ENCORE ! J’en veux ENCORE…!! Lu d’une traite, Hugo de la nuit va devenir ma nouvelle botte secrète pour faire tomber dans la marmite de la bonne – très bonne – littérature jeunesse tous ces élèves qui disent ne pas savoir quoi lire tout en espérant secrètement croiser la route de ce roman « différent » qui comblera leur imaginaire…

 

Une pépite évidente que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque… Cerise sur le gâteau, la délicieuse Framboise et son enfant-testeur se joignent à nous pour parfaire la fête… Des guest stars en or !

 

Les avis de Pépita et Za

 

Du même auteur sur le blog : Le YarkL’étrange réveillonLe journal de Gurty

 

 

Premières phrases : « Hugo aurait dû ressentir de la peur, de la terreur même, à planer au-dessus du monde dans les bras d’un fantôme. L’enfant n’éprouvait pourtant qu’un sentiment d’abandon, tout au plus teinté d’une vague appréhension. »

 

 

Éditions Grasset jeunesse (Avril 2016)

213 p.

 

Prix : 13,50 €

ISBN : 978-2-246-86025-9

 

 

pepites_jeunesse

 

Ici ça va – Thomas Vinau

IciCaVaIl suffit parfois de presque rien…

Quelques mots juste pesés, comme susurrés. Des éclats de beau, des lueurs de vrai, des évidences qui frappent en plein cœur sans en faire des tonnes. L’univers de Thomas Vinau ne se pare pas d’atours clinquants. Nul besoin de fioritures… L’essentiel est là, entre les lignes, dans les secrets et les non-dits qui se devinent plus qu’ils ne se disent, dans ces petites parenthèses de bonheur simple, dans ces silences qui s’installent parfois entre ceux qui s’aiment mais peinent à le dire…

 

A nouveau, le miracle a eu lieu. Après la belle surprise de Bleu de travail Thomas Vinau a réenchanté mon quotidien l’espace d’une petite centaine de pages. L’air de rien. Avec une histoire en apparence toute simple qui ne se dévoile que par petites touches, au gré des souvenirs du narrateur qui petit à petit refont surface…

 

Il est délicat cet équilibre là. La juste mesure entre l’histoire intime et intimiste et celle qui nous parle, à nous, rien qu’à nous. Ces résonances, encore…

 

Une maison à retaper pour aider à combler les vides, rappeler ce passé qui se refuse et cicatriser ses blessures. Un écrin de verdure et de silence, du vert et du tendre, des chants d’oiseaux et le bruit d’une rivière, des herbes folles et l’espoir tu d’arriver ici à se reconstruire. Loin du brouhaha de la ville, à l’abri. Pour colmater les brèches, apprivoiser cette douleur diffuse, et s’aimer mieux, peut-être… « Avec demain comme couverture » le narrateur et sa femme retrouvent les gestes, ressentent les vibrations de la terre, savourent les odeurs, les couleurs…

 

« Et puis nous avons des choses à faire ici. Nos marques à trouver. Nos nouveaux repères. Notre ancienne vie s’éloigne tranquillement comme une barque portée par le courant. Nous sommes sur la berge. Sereins. L’eau coule à nos pieds et va se perdre loin devant. Nous retrouvons quelque chose. C’est confortable. Rassurant. Je ne sais pas exactement ce dont il s’agit. »

 

Ici ça va est l’histoire d’une révolution. Une révolution lente, intime, personnelle. Une renaissance qui prend son temps, au hasard des tours et des détours que la vie, facétieuse, impose parfois. Une réconciliation…

J’aime la façon qu’a Thomas Vinau de dire la vie. Tout en délicatesse. Avec simplicité. C’est beau, essentiel, lumineux et finalement ça se passe de commentaires…

 

« Je me méfie. J’ai toujours peur que ça ne dure pas. Dès qu’il y a un moment de bonheur, de paix, je me répète que ça ne durera pas. Que le temps est un menteur. Qu’avoir quelque chose c’est commencer à le perdre. C’est comme cela que je fonctionne. C’est ce que la vie m’a appris. Si tôt. La perte. Le peu de fois où je l’ai oublié, le boomerang m’est revenu dans les dents. (…) La confiance ne se déclame pas. Il faut l’apprendre. Tout doucement. Il faut que quelqu’un d’autre vous l’apprenne. À grands coups de demains et de câlins. »

 

Les avis de Aifelle, Antigone, Clara, Hélène, Mirontaine, Nadège, Philisine, Sylire

 

 

Éditions 10/18 (Aout 2014)

144 p.

Première parution en août 2012 aux éditions Alma

 

Prix : 6,10 €

ISBN : 978-2-264-06168-3

 

Un homme de joie tome 2/2 – David François / Régis Hautière

homme de joie 2Un an après le premier tome, voici donc la fin du diptyque de David François et Régis Hautière…

 

Sacha, le jeune immigré ukrainien, prend ses marques dans cette ville tentaculaire qui continue de le fasciner autant qu’elle ne l’effraie. Gourmande, New-York l’indomptable n’en finit pas de s’étendre et de tutoyer le ciel. De chantier en chantier, Sacha l’équilibriste voit la vie d’en haut. Sous ses yeux, la « ville monstre » – vivante, vibrante, mouvante – se métamorphose et prend ses aises, quitte à broyer des vies et à écraser les indésirables qui croyaient encore au rêve américain. Des travailleurs qui petit à petit se réveillent, prêts à faire entendre leur voix…

 

Mais Sacha n’a rien a perdre, du moins le croit-il… Toujours en cheville avec Tonio le mafieux, il trempe dans des histoires louches dont il ne détient pas toujours les clés. Peut-être un peu moins crédule et naïf, il continue de se tenir en retrait pour ne pas trop se mouiller. Mais il y a les sœurs Magda et Lena. Magnétiques. Diablement attirantes…  Une obsession qui pourrait bien le mener à sa perte…

 

Fascinante plongée dans un New-York exsangue qui peine à se relever de la crise de 29. Un New-York où deux mondes s’affrontent et se télescopent, creusant un peu plus chaque jour le fossé qui les séparent. Une ville en effervescence où les truands de tous bords étendent leur toile et profitent des moindres failles pour gagner toujours plus d’argent. Quitte à entraîner dans leur sillage des êtres moins aguerris… Au milieu de toute cette agitation, Sacha creuse sa propre tombe. Lentement, le piège se referme et l’issue, tragique, semble inéluctable…

 

Au scénario, Régis Hautière est impérial. Subtilement, il conte la descente aux enfers de son héros, ne lui laissant aucune porte de sortie. En déroulant le fil de l’histoire d’amour impossible, le scénariste dresse le portrait d’un homme au pied du mur. Impuissant, le lecteur assiste à sa chute programmée, englouti par la « ville monstre »…

Au dessin, David François étonne. Le New-York qui nait sous ses pinceaux est sombre et inquiétant, insaisissable et même effrayant. Le trait semble s’être relâché, esquissant des visages plus flous, accentuant le coté en perpétuelle mouvance de la ville de tous les fantasmes. Certaines planches, vertigineuses, sont à couper le souffle. Une ambiance lourde et pesante dans lequel le lecteur ne peut que s’enliser, comme hypnotisé…

 

Une sublime partition jouée avec talent par un duo talentueux qui s’accorde à merveille. Une lecture que j’ai pris grand plaisir à partager avec Jérôme.

 

Mon avis sur le tome 1

 

Le blog de Régis Hautière

Le blog de David François

Des mêmes auteurs sur le blog : De briques et de sang

 

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Éditions Casterman (Mai 2016)

54 p.

 

Prix : 13,95 €

ISBN : 978-2-203-10081-7

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

 homme de joie 2  stephie  jacques  nathalie           Jérôme                        Stephie                                    Jacques                                       Nathalie

 

 

         sabine    mael1  mael2    bouma

                     Sabine                                              Maël                                                Bouma

 

 

         caro  Mo  troisombres  hélène

                        Caro                            Mo’                           Charlotte                        Hélène

 

 

        deplasma

                      Sita

 

Le trésor du lac des trois chats – Mathis

mathisEnfin les grandes vacances ! Oublier la sonnerie du réveil, les longues journées d’école, les devoirs dont on ne voit pas le bout et se laisser vivre… Le rêve ! Alex a bien l’intention d’en profiter sans attendre. Et ce matin au réveil il n’a qu’une idée en tête : partir en mission de reconnaissance dans les bois et trouver l’endroit idéal pour y construire une cabane.

 

Alex longe un ruisseau qui serpente entre les arbres et trouve enfin l’endroit qu’il recherche. Un endroit déjà occupé par une autre cabane, faite de planches et de tôles rouillées. La cabane semble déserte et Alex cède à la curiosité… A l’intérieur, des couvertures, des étagères remplies de livres et de bande dessinées… et une boite à chaussures pleine de photos. Un simple coup d’œil lui suffit pour savoir qu’il a trouvé la demeure de celui qu’on appelle Sauvageon, un clochard qui vient mystérieusement de disparaitre.

 

Alex embarque la boite à chaussures bien décidé à en explorer le contenu. Il ne le sait pas encore mais celle ci contient un plan menant à un trésor…

 

Un « club des Cinq » revu et corrigé à la sauce Mathis. Impossible pour les jeunes lecteurs de ne pas se laisser embarquer dans cette chasse au trésor qui réserve bien des surprises…! Alex, sa sœur Anouk, Mimi, le Singe et Djamila sont prêts pour l’aventure, bien décidés à dénicher ce trésor qui semble leur tendre les bras. Après quelques recherches en bibliothèque pour vérifier les informations écrites par sauvageon dans son journal, la petite bande échafaude un plan pour trouver ce fameux chêne sous lequel est censé se trouver le trésor du lac des trois chats. Un brin de courage, un soupçon d’adrénaline, une bonne dose de débrouillardise et d’amitié… et les voilà partis à l’aventure…!

 

J’ai toujours beaucoup aimé Mathis. Ici il nous offre un petit roman d’aventure bien ficelé qui devrait tenir en haleine les plus jeunes lecteurs. Le scénario est assez classique et fait la part belle aux relations fraternelles et amicales avec des personnages modernes et criants de vérité. Je reste néanmoins sceptique sur la fin et cette incursion assez inattendue dans le fantastique et l’étrange qui à mon sens ne se justifie pas. Mais je chipote. Prenant, facile à lire, ce petit roman touchera sans nul doute son cœur de cible…!

 

Une sympathique pépite pour les plus jeunes que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

Premières phrases : « Ce matin, je me sens bien. terriblement bien. J’ai le sentiment d’être lavé d’une vieille saleté qui s’accrochait à moi depuis des années. je me sens libéré du poids d’une fatigue qui ne me quittait pas. Je suis comme un serpent qui vient juste de changer de peau. Je suis un garçon neuf. »

 

Au hasard des pages : « Lorsque Anouk et moi arrivons à vélo à notre lieu de rendez-vous, les autres sont déjà là. On se dit brièvement salut. On est sérieux comme si on partait en mission secrète pour sauver le monde. » (p.95)

 

Éditions Thierry Magnier (Mars 2016)

Collection En voiture, Simone !

148 p.

 

Prix : 7,20 €

ISBN : 978-2-36474-839-2

 

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Le Carré des Allemands, journal d’un autre – Jacques Richard

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« La faute du père, tu sais, tu sais, ça écrase le fils. Le fils reprend la faute et la fuite du père. C’est un fardeau commun, pas tout à fait secret, un fardeau de famille. Un fardeau comme un autre. Tu devais te cacher, nous devons nous cacher. Personne ne doit te voir. Personne ne nous verra. Nous voir, c’est voir la faute. Un père est quelque fois un Caïn sans Abel. »

 

Un roman dans lequel je suis entrée sur la pointe des pieds et qui très vite m’a explosé au visage tant la langue de l’auteur dévaste tout sur son passage. C’est une écriture de l’urgence, qui n’épargne rien ni personne, une écriture qui remue les immondices et nous y enfonce profondément. Une écriture qui triture les plaies encore suintantes impossibles à cicatriser. Une écriture qui pousse à chercher des réponses aux questions qui nous hantent et nous empêchent d’avancer… même si on aimerait parfois ne pas les connaître. Parce qu’elle brûlent, parce qu’elles font mal, parce qu’elles rendent palpable l’innommable et font exister l’indicible.

 

L’héritage familial… Ce qu’on transmet un peu malgré soi : des yeux bleus, des fossettes saillantes, un menton volontaire mais pas seulement… Ces signes que l’on retrouve, ces détails qui nous rappellent l’autre, ces ressemblances qu’on ne peut nier au cœur même de nos différences. On aimerait s’en défaire parfois, de ce fardeau encombrant. Nier cette filiation pourtant irréfutable. Mais on ne choisit pas sa famille… Il y a les parents-idoles, les béquilles qui aident à avancer, les socles solides et fermes qui assurent nos pas. Et puis il y a les autres, ces sols meubles dans lesquels on s’enlise et qui nous font pousser de traviole.

Le père de notre narrateur est de ceux-là. Absent et insaisissable, il n’est pas là pour répondre de ses fautes. Est-ce à son fils de les expier ? Est-ce à lui d’assumer ses mauvais choix ? Que faire de ce poids, de cette culpabilité ? Ressembler à cet homme qui a tué, massacré et pire encore…? Ou s’en éloigner pour survivre…? Comment se construire dans l’ombre d’un bourreau..?

 

« Notre silence est un sommeil. On se tait moins de n’avoir rien à dire que de n’avoir pas les mots.

Pas d’issue là non plus.

Chaque jour un peu plus les mots nous font défaut. Je cherche les miens. Je n’en trouve pas pour dire que même si je n’ai rien fait je ne suis pas innocent. Un sentiment permanent d’être en tort sans savoir de quoi.

Né dans une prison dont je suis le détenu et le gardien. Tous les autres sont les barreaux.

Interdit de vie. »

 

Plongé dans les photos et les souvenirs forcément parcellaires, le narrateur tente de brosser le portrait contrasté de ce père qui s’est engagé à dix-sept ans dans les Waffen SS. Un homme plongé dans l’horreur de l’Histoire, ni pire ni meilleur qu’un autre finalement… Le lecteur, groggy, chemine à ses côtés. Mal à l’aise tant les questionnement légitimes du narrateur interrogent la nature humaine dans ce qu’elle a de plus barbare. Ça remue et ça secoue ces textes là… Essentiel…

 

« Toute ma vie est passée. Et elle était entre les parenthèses de ça. Derrière la vitre de ça. De ces récits inavouables. De cette histoire irracontable, même par moi qui n’y étais pas. L’histoire d’un de ces paumés, revenus étrangers, cabossés comme tous les autres, comme ce chat, c’est l’histoire tout court. Peut-être pas tout à fait vraie, mais pas fausse non plus. C’est tuer des gens. Broyer des vies. Le crime était collectif, mais chacun l’a commis seul. Chacun s’est retrouvé seul avant, pendant, après. Tout seul avec ce qui s’est passé, tout seul devant l’horreur. On est aussi seul quand on la commet que quand on la subit.

Histoire d’un criminel de guerre. »

 

Les avis de Nicole, Yv

Le blog de l’auteur

 

Éditions de La Différence (Février 2016)

141 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-7291-2239-3

 

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L’adoption 1. Qinaya – Zidrou / Arno Monin

adoptionA l’aéroport, tout le monde est venu l’attendre. Haute comme trois pommes, serrant très fort son doudou lapin contre son cœur, Qinaya, 4 ans, ne lâche pas la main de sa nouvelle maman. Si c’est un tremblement de terre qui a rendu la petite péruvienne orpheline, c’est un véritable tsunami qui dévaste toute la famille à son arrivée. Patiemment, ses parents adoptifs lui construisent un cocon douillet et rassurant dans lequel ils espèrent la voir grandir loin des images dramatiques qui doivent encore la hanter…

Pour Lynette, la nouvelle grand-mère, l’arrivée de Qinaya est un cadeau inespéré. Les choses sont moins simples pour Gabriel qui n’était pas prêt à devenir grand-père. Râleur et taiseux, le vieil homme se tient en retrait. Mais la petite est là, et bien là… Petit à petit, elle prend sa place et fissure sa carapace avec la seule force de son sourire…

 

J’ai fondu dès les premières planches. Il y a dans ce nouveau Zidrou tout ce que j’aime chez lui… Comme toujours chez le scénariste, tout est un prétexte pour parler des hommes et de ce qui les relie, même si l’intrigue parait à première vue cousue de bons sentiments. Que ce soit entre cette petite fille et sa nouvelle famille, ce grand-père qui n’a jamais réussi à être un « bon » père et son fils qui le devient… ce qui prime ce sont les relations humaines, celles qui se tissent parfois lentement, celles qui ont du mal à s’installer ou n’y arrivent que tardivement. Au delà du très beau sujet de l’adoption, Zidrou nous parle de filiation, des liens du sang et du cœur qui ne s’imposent pas toujours comme une évidence. Et toujours, cette justesse et cette sensibilité à fleur de peau qui affleurent derrière l’humour…

 

Car le vrai don de Zidrou (et dieu sait que cet homme là est bourré de talents !), ce sont ses personnages. Imparfaits, humains, profondément humains, ils nous touchent parce qu’ils sont vrais. Toujours sur le fil de l’émotion, toujours juste, Zidrou est impérial dès qu’il s’agit de capturer sur le vif ces petits moments du quotidien. Jamais il n’en fait trop. En formidable conteur d’histoire, il nous régale de dialogues subtils, tantôt savoureux tantôt poignants. Et cette attention prêtée aux personnages secondaires (les Gégés, amis de Gabriel, la patronne du restaurant africain…), c’est vraiment la cerise sur le gâteau…

 

Non, vraiment, rien à redire sur le premier tome de ce diptyque. Au dessin, Arno Monin est l’homme de la situation. Tendre, délicat, expressif, son trait sied à merveille à cette histoire qui n’a pas fini de dévoiler toutes ses subtilités, à l’image de cette fin, surprenante et inattendue, qui m’a complètement secouée… Pourvu que les auteurs ne nous fassent pas trop patienter avant de nous livrer la suite de ce petit bijou de finesse et d’émotion…

 

Un coup de cœur que je partage avec Jérôme, lui aussi conquis par le talentueux Zidrou.

 

Jacques en parle aussi aujourd’hui

 

Le blog d’Arno Monin

Des mêmes auteurs sur le blog : Merci

 

 

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 Éditions Bamboo (Mai 2016)

Collection Grand Angle

70 p.

 

Prix : 14,90 €

ISBN : 978-2-8189-3603-0

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

 

Traits d’union – Cécile Chartre

traits d'unionIls sont tous là. Tous réunis pour fêter l’union de Thibault et Tess les jeunes mariés rayonnants de bonheur. Pourtant, au milieu de toutes les félicitations d’usage et derrière les sourires de convenance, une seule question taraude les esprits… Pourquoi ce jeune garçon d’à peine dix-huit ans qui a l’avenir devant lui a-t-il choisi de se marier avec cette fille rencontrée il y a tout juste six mois…?

 

A tour de rôle, les invités s’interrogent et dressent à leur façon un portrait de Thibault. Du côté des amis il y a Victor, qui ne pense qu’à profiter de l’occasion de ce mariage inattendu pour perdre enfin son pucelage… Lily, la meilleure amie de Thibault qui s’estime trahie… Oscar, qui a toujours vécu dans son ombre et en souffre secrètement…

 

Et puis il y a la famille. Sous l’oeil avisé de Tata Odette, 80 ans, Anne-Elisabeth, la mère du marié, parade, fière comme un paon dans son tailleur Channel. Partagée entre fierté et incompréhension mais bien décidée à profiter de l’émancipation de son fils pour lui confier les rênes de l’entreprise familiale qu’elle a toujours géré d’une main de fer… Tout l’opposé de Paul, le père (« un faible, un sans opinion, un mouton »), dépassé par les évènements et la décision de son fils autant que par la vie qu’on lui impose… Parmi eux, aucun n’a vraiment compris les réelles motivations de Thibault à se mettre la corde au cou si tôt. Sauf peut-être Charline, sa cousine, qui est la seule à avoir vu ce qu’elle n’aurait pas dû voir…

 

« Mais c’est quand on s’intéresse aux gens que les choses se gâtent.

Quelque chose chez eux n’est pas raccord, et ça me perturbe. »

 

Nouvelle collection aux éditions jeunesse du Muscadier et nouveau vivier de pépites à surveiller de près ! La construction de Traits d’union est imparable : un roman choral où le lecteur entend les voix de quelques invités clés, celle de Thibault n’intervenant qu’à la toute fin, bouclant la boucle de façon aussi inattendue que percutante ! Si quelques indices disséminés ici et là peuvent mettre la puce à l’oreille de lecteurs adultes aguerris, il y a fort à parier que les adolescents ne s’attendent pas à une telle révélation finale. Et c’est là que Cécile Chartre est maligne… En ménageant le suspense pendant tout le récit, elle dessine un portrait volontairement biaisé du héros de l’histoire, basé sur l’image qu’en ont ceux qui pensent le connaître…

 

Résultat ? Un petit roman captivant impossible à lâcher avant la fin qui ne dévoile ses subtilités que dans les toutes dernières pages. Un titre fort qui interroge les relations entre parents et enfants et bien plus encore… « C’est la vie qui me fait écrire, celle de tous les jours », dit l’auteure dans une interview. En lisant Traits d’union, on la comprend. La société telle qu’elle est est une source inépuisable d’inspiration…

 

Une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

Les avis de Fanny, Hélène

 

Du même auteur sur le blog : Poil au nez

 

 

Premières phrases : « J’y crois pas ! Je viens de tomber sur le scoop du siècle. Le truc de ouf qui n’existe même pas dans les films tellement c’est énorme. Et c’est à moi que ça arrive, là, maintenant. Quand je vais raconter ça au collège… »

 

Au hasard des pages : « Cours Thibault, cours ! Vas où tu veux mon fils, sauve-toi loin d’ici. Ne fais pas la même erreur que moi, c’est trop difficile de se relever après.

Va-y mon garçon, il en est temps. Rien n’est joué, avec un peu de courage, tu peux encore t’échapper. Ce monde n’est pas fait pour toi, d’ailleurs il ne l’est pour personne, crois-en l’expérience de ton vieux père.

Je comprends que tu puisses trouver cette situation confortable, voire rassurante. Mais ton plaisir à toi, tu en fais quoi ? Et ta vie ? Ta vie ? » (p. 41)

 

 

Éditions Le Muscadier (Mars2016)

Collection Rester vivant

66 p.

 

Prix :8,50 €

ISBN : 979-10-90685-62-8

 

 

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Le sommeil le plus doux – Anne Goscinny

sommeil

 

« L’avion évite la mer et se pose. Ma mère somnole, à peine éveillée par les soubresauts de l’appareil, et ma grand-mère rit aux éclats. Nous sommes toutes les trois. Ce soir, c’est le réveillon de Noël. Nous ne resterons à Nice que trois jours, mais ma mère a pris une grosse valise. Une valise qui lui permet d’attendre le printemps et même de ne pas rentrer. Elle sait peut-être, elle sait sûrement qu’au prochain voyage, elle sera sans bagages. »

 

Premières lignes. On entre dans ce roman sur la pointe des pieds et on sait qu’on en ressortira le cœur serré…

 

Jeanne accompagne sa mère sur les traces de son enfance dans ce qu’elles savent être son dernier voyage. Un temps pour se retrouver, pour être ensemble, simplement. Faire le plein de ces petits moments de joie même éphémère, engranger du beau et du doux qui feront la trame des souvenirs, faire une provision d’amour pour affronter la peur, canaliser le chagrin et supporter l’idée de l’absence…

 

A Nice, la mère de Jeanne n’a pas la force de se déplacer. C’est de la fenêtre de la chambre d’hôtel qu’elle admirera les palmiers et le bleu du ciel. Le sommeil est désormais son seul refuge contre la douleur. Jeanne, doucement, apprivoise cette vie sans elle. Le soir de Noël, elle part seule dans les rues de Nice et y rencontre un homme, Gabriel. Il est seul lui aussi, mais pas pour les mêmes raisons… Et leurs vies, leurs douleurs, leurs solitudes, curieusement, se font écho…

 

« Nous sommes restés plus de trois heures ensemble. Il m’a semblé que nous nous étions reconnus. Elle m’a raconté sa vie, trop vite, comme en une nuit on refait le monde, étranger au jour qui viendra à tous les coups enterrer les espoirs nés des amours de quelques verres de vin et d’une larme échappée. »

 

Une centaine de pages et pas un mot de trop. L’écriture à nu d’Anne Goscinny va à l’essentiel, au plus près des sentiments, au cœur même de ce lien indéfectible qui unit une mère à sa fille. Il y a une pudeur et une infinie douceur dans ces mots-là. Ceux qu’on dit et ceux qu’on ne dit pas, ces silences qui dévoilent et révèlent… Il y a du beau et du doux. Malgré la douleur et ce temps qui passe et nous échappe…

Dans ce roman très personnel et si profondément intime, Anne Goscinny a choisi de donner la parole aux deux âmes esseulées qui l’habitent et le hantent. Jeanne et Gabriel. Un souffle de vie. Une porte ouverte. Deux voix en résonance. Les temps se croisent et s’entrecroisent dans une double narration habile qui ne dévoilera ses subtilités qu’à la toute fin du roman, inattendue…

 

Il est beau ce roman. Délicat et fragile. Simple et émouvant. Il ne ment pas et donne une furieuse envie de serrer bien fort ceux qu’on aime dans ses bras…

 

Un bijou d’écriture que je me fais une joie de partager avec la merveilleuse Charlotte… ♥

 

« Il fait doux, Nice ouvre ses cadeaux. Il n’y a personne dans les rues. Je marche, enveloppée dans un caban trop large. Je ne pense qu’à ma mère, à sa vie de douleur. Je sais que la parenthèse se referme sur nous comme un piège relié à une bombe à retardement. Je visualise le demi-cercle qui dessine la fin de la parenthèse. Il se rapproche dangereusement de celui qui l’ouvre. Nous n’avons plus pour vivre que l’espace qui laisse passer l’air avant que ne se ferme le cercle qui se forme inexorablement. A moi de lui donner un teint d’infini et des yeux de demain. »

 

Éditions Grasset (Avril 2016)

138 p.

 

Prix : 13,50 €

ISBN : 978-2-246-85943-7