Valet de pique – Joyce Carol Oates

valet de piqueAndrew J. Rush a tout pour être heureux. Écrivain à succès qualifié de « Stephen King du gentleman » par les médias, ses romans policiers rencontrent des millions de lecteurs dans le monde, lui permettant d’avoir un train de vie plus que confortable dans sa petite ville du New Jersey où il fait figure de célébrité locale. Une femme compréhensive et aimante, des enfants équilibrés qui ont fait leur vie, Andrew bénéficie des conditions idéales pour écrire.

 

Pourtant, Andrey cache un secret à tout son entourage, y compris à son éditeur. Sous le pseudonyme énigmatique de Valet de pique, il écrit des romans très noirs, d’une violence et d’une perversité extrêmes, qui connaissent un succès grandissant dont il est le premier à s’étonner. Une double vie qui lui sert de soupape, lui permet d’extérioriser son moi peu recommandable tout en gardant son intégrité d’auteur lisse plébiscité par les lecteurs.

 

Jusqu’à ce que quelques petits grains de sable viennent enrayer la machine si bien huilée. Des interrogations d’une de ses filles qui décèle dans un roman du Valet de pique des anecdotes plus que personnelles. Une accusation de plagiat d’une femme apparemment déséquilibrée qui écrit des romans auto-publiés. Le secret d’Andrew vacille, l’emmenant doucement vers la folie. Et la voix du Valet de pique se réveille…

 

Je ne suis pas une fan inconditionnelle de l’auteure. D’elle, je n’ai lu que Délicieuses pourritures qui à l’époque m’avait profondément marqué. J’avais aimé cette ambiance lourde, ce côté malsain complètement assumé, cette sensation d’être prise au piège d’un jeu pervers et d’être manipulée de bout en bout. Assurément la marque de fabrique de Joyce Carol Oates. Pourtant je n’ai pas réitéré l’expérience depuis, ses derniers romans me paraissant un brin trop glauques et difficiles à digérer. C’est une des raisons qui m’a poussée à lire ce thriller où l’auteure semble s’éloigner quelque peu de ses habitudes, quitte à perdre en route ses lecteurs habitués à ses excès.

 

Et je n’ai pas boudé mon plaisir. Sans pour autant crier au génie, j’ai aimé cette variation sur le thème plus que rebattu du double, aimé cette lente plongée dans le cerveau embrumé d’un auteur qui provoque lui-même sa propre chute, aimé cette ambiance malsaine qui s’intensifie au fil du roman. Oates se joue du lecteur, sème le trouble tout en manipulant de façon subtile les codes du roman noir. Terriblement efficace, Valet de pique est un roman finement psychologique qui titille et tient le lecteur en haleine de bout en bout. Je ne peux cependant m’empêcher de penser que l’auteure s’est offert une parenthèse récréative avec ce roman, très différent de ses écrits habituels, laissant au lecteur le soin de démêler certains fils un brin embrouillés. Qu’importe, je l’ai dévoré !

 

Les avis de Jostein, Keisha, Lea Touch Book et Valérie

 

Éditions Philippe Rey (mars 2017)

218 p.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-84876-585-3

Sacha et Tomcrouz 1. Les vikings – Halard / Quignon

sachaEtTomcrouzT1Premier de la classe et petit génie en herbe, Sacha Bazarec est la coqueluche des filles, un magicien même, au grand dam de Taran dit le borgne qui voit en lui un rival un peu encombrant. Rien de magique pourtant dans les expériences de Sacha, tout est absolument et rigoureusement scientifique. La science, c’est son dada. Et aujourd’hui, Sacha a particulièrement hâte de rentrer chez lui après l’école. Aujourd’hui, Sacha fête ses dix ans et il rêve d’avoir en cadeau un rat intelligent qui pourrait l’aider dans ses recherches scientifiques.

 

Sacha vit dans une maison truffée de gadgets futés, d’objets insolites et de babioles hétéroclites accumulés par sa mère, une antiquaire un brin excentrique. A son arrivée, un gâteau d’anniversaire trône sur la table. L’attendent aussi sa mère et un invité indésirable qu’il soupçonne vouloir prendre la place de son père. Et en cadeau, à la place du rat… un chihuahua…!  Surnommé Tomcrouz comme l’idole de sa maman (mouarf !), celui ci n’obéit à rien et à une fâcheuse tendance à la maladresse. Une maladresse qui sera le point de départ d’un étrange phénomène les propulsant tous les deux à travers l’espace et le temps…

 

Un premier tome plus que prometteur ! Un scientifique en herbe qui se sert de ses connaissances pour se sortir du pétrin, un animal de compagnie qui se révèle aussi providentiel que catastrophique, une épée mythique, une mystérieuse gelée incandescente… et une épopée pleine de rebondissements à l’époque des Vikings, guerriers redoutables compris.  Le duo inattendu entre le jeune garçon et son chihuahua fonctionne dès les premières planches. Une complicité qui risque de leur être plus qu’utile dans les prochains tomes de la série lors de leurs autres voyages à travers le temps. Et forcément le lecteur a hâte !

 

Si le scénario plein de peps et d’inventivité d’Anaïs Halard est plus que convaincant, le graphisme est assurément le point fort de cette nouvelle série jeunesse. Un trait plein de fantaisie, un univers aux contours bien définis, un dessin au pastel et au fusain qui crée cet effet un peu brumeux si agréable, on se fond avec délice dans le monde fabuleux et enfantin imaginé par le talentueux Bastien Quignon qui semble s’amuser comme un petit fou. Les jeunes lecteurs risquent eux aussi de se régaler, tout comme ils risquent d’ailleurs de reproduire l’expérience scientifique expliquée par Sacha dans un bonus de l’album… Tous aux abris ! :-D

 

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 Éditions Soleil (Mars 2017)

Collection Métamorphose

88 p.

 

Prix : 16,95 €

ISBN : 978-2-302-05972-6

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Mo’

Trois ans de pépites jeunesse, ça se fête !

3 bougiesTrois ans déjà que Jérôme et moi avons décidé d’organiser un rendez-vous pour présenter ensemble (presque) chaque mardi une pépite jeunesse. Une envie commune de mettre en avant cette littérature jeunesse intelligente et novatrice que nous aimons tant, celle qui bouscule, réveille, fait réfléchir, rêver ou pleurer parfois. Celle qui fait grandir. Un rendez-vous qui nous tient à cœur et qui nous a permis de dénicher des tas de pépites, des titres courts, forts et percutants qui prouvent toute la diversité et la vitalité de la littérature jeunesse actuelle, sûrement la plus belle.

 

Près de 100 pépites en trois ans, on ne pouvait pas ne pas fêter ça dignement !  Nous voulions au départ mettre en lumière 10 pépites de 10 auteurs différents mais la tâche s’est avérée impossible. Nous avons finalement choisi 13 pépites de 13 auteurs chouchous qui ont marqué notre rendez-vous. Une sélection très subjective, certes, mais des plumes, des collections et des maisons d’édition incontournables sur lesquelles nous n’avons eu aucun mal à nous mettre d’accord. Des évidences en somme…!

 

Et puisque l’idée de ce rendez-vous est avant tout le partage, nous vous proposons de découvrir ces pépites. Deux exemplaires de chaque sont à gagner. Pour participer, rien de plus simple, il suffit de laisser un commentaire ici ou chez Jérôme et de nous préciser si vous avez déjà lu un ou plusieurs titres de la liste. Pour le reste, on s’occupe de tout ;-)

 

♥ Nos 13 pépites incontournables

pepites

 

La piscine était vide de Gilles Abier

Max et les poissons de Sophie Adriansen

Dans le désordre de Marion Brunet

Traits d’union de Cécile Chartre

La belle rouge d’Anne Loyer

Sauveur & fils, saison 1 de Marie-Aude Murail

Ma mère, le crabe et moi d’Anne Percin

A ma source gardée de Madeline Roth

Les Fragiles de Cécile Roumiguière

Hugo de la nuit de Bertrand Santini

Ma tempête de neige de Thomas Scotto

Rien que ta peau de Cathy Ytak

Trop tôt de Jo Witek

 

Le concours est également ouvert à nos amis Belges, Canadiens, Suisses et aux DOM-TOM. Les gagnants seront annoncés le 1er avril (et ce n’est pas un poisson !)

 

Bonne chance à tous !

Et un grand merci, encore, de votre fidélité à ce chouette rendez-vous…!

 

pepites_jeunesse

Cachés dans la jungle – Peggy Nille

jungle

Whaou…!

 

Une merveille que ce « cherche et trouve » qui nous plonge au cœur de la jungle ! Une jungle hommage au Douanier Rousseau qui emmène le lecteur dans un voyage somptueux et poétique du petit matin jusqu’à la la nuit emplie de secrets.

 

Dix paysages spectaculaires et vingt animaux qui s’amusent à jouer les caméléons dans une végétation aussi foisonnante que luxuriante. Vingt animaux facétieux que l’on prend un plaisir fou à débusquer dans chaque planche, les yeux grands écarquillés.

 

Soyez attentifs, le roi des animaux ne doit pas être bien loin. Cherchez bien, près de la cascade rafraichissante, au creux des herbes hautes, perchés dans les palmiers, un lézard malicieux, une panthère bleue ou un alligator rusé se cachent peut-être. Avec un petit peu d’attention, vous tomberez sûrement sur des flamants roses amoureux, un girafon et sa maman, une tortue rêveuse… et même un petit dinosaure !   

 

Grâce et élégance du dessin, couleurs éclatantes, richesse des détails, le magnifique album de Peggy Nille fait pétiller les yeux ! Bijou ♥

 

Le site de Peggy Nille

 

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Éditions Actes Sud junior (Mars 2017)

32 p.

 

Prix : 14,80 €

ISBN : 978-2-330-07535-4

 

logoalbums2016

Le perroquet – Espé

perroquet

« Je m’appelle Bastien… J’ai huit ans… Maman est malade depuis que je suis tout petit… Elle part souvent dans des centres psychiatriques… Elle a été dans la plupart des établissements spécialisés du sud-ouest. Je me demande si elle gagne des points sur une sorte de carte de fidélité. »

 

La maman de Bastien ne sourit presque jamais. Le plus souvent, elle pleure. Le reste du temps, elle tente de faire semblant d’aller bien. Mais personne n’est dupe, encore moins Bastien… Quand elle fait ses crises, elle ne se ressemble plus. Un animal apeuré, terrorisé, blessé. Des hurlements qui résonnent jusqu’aux sirènes de l’ambulance qui emmène maman au loin, encore. D’après les médecins, elle souffrirait de « troubles bipolaires à tendance schizophrénique ». Alors maman va à l’hôpital, souvent. Prend des médicaments, tout le temps. Après, un temps, les choses se calment, ils disent même qu’elle va mieux. Dans ses yeux pourtant, un vide immense…

 

Bastien a une deuxième chambre dans la maison de ses grands-parents, juste à côté. Assez loin pour ne pas être témoin des accès de démence de sa mère dont tente désespérément de le protéger son père démuni. Pas assez pour ne pas entendre la douleur et les cris, pas assez pour ne pas deviner ces scènes qui tournent en boucle dans sa tête d’enfant…

Mais parfois maman revit. L’espace de petites parenthèses aussi rares que précieuses. Des sourires, des promenades en forêt, et la lumière dans ses yeux. Une mince étincelle de vie et une overdose d’amour…

 

« Quand on se promène dans la rue, personne ne se rend compte que maman est malade depuis longtemps…

Sa maladie est invisible… silencieuse… honteuse… Alors qu’elle est toujours là… dans son dos…

Maman, elle est comme Jean Grey dans les X-men… elle peut exploser à tout moment ! Mais personne ne le sait… sauf moi… »

 

Bouleversant. Difficile de ne pas fermer ce roman graphique les larmes au yeux, surtout quand on sait que l’auteur s’est inspiré de son propre vécu pour l’écrire. Un récit très personnel et donc forcément très intime. Bastien a grandi avec la maladie de sa mère, une maladie insidieuse, toujours tapie dans l’ombre, prête à surgir à n’importe quel moment. Une maladie qui lui a volé sa mère et son enfance et l’a fait se réfugier dans un monde à lui, un monde où sa mère se transforme en super héroïne…

 

Graphiquement, c’est bluffant et incroyablement maitrisé. Si le trait se veut naïf et par moments enfantin, les couleurs choisies plongent le lecteur dans un patchwork d’émotions. Un rouge violent pour les crises de démence, du vert pour souligner les quelques parenthèses de vie presque normale et des tas de nuances pour évoquer les divers épisodes de l’enfance de Bastien. Un album intense jusque dans les dernières planches où le titre et l’énigmatique couverture prennent tout leur sens… et une bouleversante déclaration d’amour. Coup de cœur ♥

 

Les avis de Cathulu et Stephie

 

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Éditions Glénat (Février 2017)

154 p.

 

Prix : 19,50 €

ISBN : 978-2-344-01269-7

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

Phobie – Fanny Vandermeersch

phobie

 

Sophia a tout de l’élève modèle. Jamais de vagues, des résultats brillants, elle entre au collège avec des bagages costauds et rien ne semble pouvoir la déstabiliser. Pourtant, petit à petit, sans que rien n’annonce ce cataclysme intérieur qui bouleverse tout, les choses changent. Un grain de sable après l’autre, la machine s’enraye…

 

Des notes qui baissent, des amies de toujours qui lui tournent le dos sans raison apparente, un stress qui s’installe et lui fait perdre tous ses moyens. Sophia s’enferme dans une spirale d’angoisse. Une angoisse insidieuse impossible à contenir qui lui tort et lui noue l’estomac jusqu’à l’empêcher littéralement de franchir la grille du collège…

 

Sophia ne peut plus. Elle travaille mais ne retient plus rien. S’applique pour ne récolter que des notes moyennes. Se sent seule, inintéressante, banale. En vacances, loin du collège, Sophia respire enfin. Le mot « rentrée » lui, sonne comme un coup de massue… Impossible pour Sophia d’arriver à mettre le doigt sur les maux qui la tourmentent, d’autant que ses parents sont persuadés que la chute de ses résultats est due à un manque de travail… 

 

« J’ai perdu confiance, le collège est devenu un lieu hostile.

Ce n’est la faute de personne. Il faut du temps. Tout redeviendra comme avant. Ce n’est pas rare, ni grave. Ça a même un nom : la phobie scolaire. »

 

Un roman d’une grande justesse qui aborde avec intelligence un thème que l’on croise rarement en littérature jeunesse. Pas question ici de harcèlement scolaire, de violence ou de maltraitance. Le mal est plus insidieux, plus difficile à cerner et donc plus long et plus difficile à combattre. Pourtant, la phobie scolaire existe et touche un nombre important d’adolescents.

 

Avec ce premier roman, les éditions du Muscadier enrichisse leur catalogue avec un titre qui risque fort de devenir un incontournable. Un roman pour libérer la parole et mettre des mots. Un roman précieux qui aidera autant l’entourage de l’adolescent concerné que l’adolescent lui-même. Un roman qui pour une raison toute personnelle me tient particulièrement à cœur puisque Fanny m’en avait confié la lecture quand il n’était encore qu’un manuscrit… ♥

 

Une pépite jeunesse évidente que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

Les avis de Lirado, Ludovic

 

Éditions Le muscadier (Février 2017)

Collection Rester Vivant

96 p.

 

Prix : 9,50 €

ISBN : 979-10-90685-78-9

 

pepites_jeunesse

Légende – Sylvain Prudhomme

légende

 

Un décor. La Crau. Un « bout de terre ingrat ». Au milieu de la Provence. Un vide. Du plat. Des cailloux. Le silence. Et le mistral. La Crau. « Avec ses sonorités de commencement du monde, vaguement préhistoriques, évocatrices de steppes encore peuplées de fauve à dents de sabre. »

 

Deux personnages. Deux amis. Nel et Matt. Qui se sont rencontrés il y a un an. Inséparables depuis. Nel est photographe. Il est né là, dans cette plaine aride. Il est fils de Joseph, petit-fils de Maurice. Des bergers. Il est profondément attaché à sa terre. Même s’il a grandi dans un isolement total. Dans un territoire minuscule. Fermé. Claquemuré.

 

« L’exigüité de cet univers entre les bornes duquel s’étaient déroulées son enfance et son adolescence, coupé du reste du monde, coupé même d’Arles, même de Raphèle et ses quatre cents habitants à tout casser. Comme emprisonné parmi ses champs et ces prairies. Attaché qu’il le veuille ou non à ce mas comme ses aïeux avant lui au troupeau familial. »

 

Matt, lui, est anglais. Il vend des chiottes. « C’était la réponse qu’il faisait quand on lui demandait son métier, avec son autodérision d’Anglais toujours ravi du malentendu qui en découlait, son interlocuteur changeant poliment de sujet, gêné de l’interroger plus en détail sur ses habitudes de commercial spécialisé dans le fourgage de cuvettes en faïence. La vérité c’était que Matt était un génie. Capable de se lancer avec la plus parfaite témérité dans n’importe quelle entreprise, sur la seule foi de son intuition… »

Et à ses heures perdues, Matt fait des films. Des documentaires. Sa dernière obsession : La Churascaia, dite la Chou. Une ancienne boite de nuit près d’Aigues-Mortes qui a connu ses heures de gloire pendant les années 70-80. Il veut la raconter et avec elle, plonger tout entier dans la vie des gens, « dans l’existence d’êtres qui ne sont plus et dont la vie est tout entière là, sous nos yeux, avec ses hauts et ses bas, ses périodes fastes et ses creux, jusqu’au dénouement. [Pour] tenter de comprendre ce qu’ils ont cherché. Ce qu’ils ont souffert. Où ils ont réussi. Où ils ont échoué. Tout cela sans jamais cesser de penser à nous, vivants. A ce qu’ils peuvent nous apprendre. A ce que leur vie peut nous murmurer de conseils. »

Et c’est en se penchant sur ce lieu mythique et sur «la violente nostalgie des témoins », que Matt va s’intéresser à la vie de deux jeunes gens, morts trop tôt. Deux frères « maudits ». Fabien et Christian. Les cousins éloignés de Nel. A travers eux, à travers les témoignages recueillis auprès des proches, se dessine une jeunesse flamboyante et un poil destructrice, dont le « programme on ne peut plus sérieux au fond » était « fait de libertés radicales, d’absolu refus des concessions, de haine des demi-choix, des demi-amitiés, des demi-coucheries. »

 

Sylvain Prudhomme nous donne à lire une histoire d’amitiés et de territoires qui construisent les êtres. Les façonnent. Une histoire épatante qui dit l’innocence, la liberté, la nostalgie, le temps qui passe, la mélancolie déjà. Qui agrandit les possibles. Qui indique les audaces. Qui repense le monde. La vie tout simplement. Et ce, à travers une écriture sensible, précise, belle. Profondément humaine. Ou le réel rejoint la légende.

 

Un kdo savoureux du chouchou de ses dames, euh nan, de la toile  :-P Merci Jérôme, pour cette si jolie surprise de Nawel (et pour tout le reste aussi !).

Pour lire le billet de Jérôme (si ce n’est pas déjà fait !) c’est par !

 

 

Extraits

 

« Nel les regardait se lever comme des cow-boys, monter en voiture en jurant de tout lui raconter le lendemain. Il s’imaginait leur arrivée au bar de Tarascon, l’air crâne avec lequel Max à peine assis demandait une bouteille, jamais un simple verre avait-il un jour expliqué à Nel, le whisky au verre c’est pour les tocards t’entends fais jamais ça, une bouteille de J&B barman et sitôt la bouteille posée devant lui il l’ouvrait et froissait ostensiblement le bouchon dans sa paume pour que les choses soient claires, le froissait ou le crevait d’un coup d’un opinel pour dire cette bouteille-là personne ne la rebouchera, ce litre d’eau-de-feu maintenant il faut le boire. Ils regardaient les tables autour d’eux, cherchaient du coin de l’œil leurs adversaires, les jaugeaient, savouraient le lent crescendo de la tension alentour. Alors ils sont où les branleurs de Tarascon. Il parait qu’à Tarascon on s’y connait en bonnes branlettes bien nerveuses, vous nous montrez comment vous faites les gars ça nous intéresse. »

 

« Il avait profondément désiré ça : prendre l’existence d’un individu au hasard et la scruter jusque dans ses plis les plus secrets, ses ramifications les plus infimes. Tout savoir d’elle. Traquer ses moindres zones d’ombre. Retrouver ses errements et ses oscillations la couleur d’une époque, ses questions, ses espérances, ses doutes. Il avait tressailli à l’idée du nombre infini de films possibles, tous beaux et puissants, pour peu qu’ils soient faits à fond.S’étaient senti à la fois heureux et écrasé par la masse des récits à écrire, des histoires à raconter. Cette profusion de vie dont une infime fraction seulement serait jamais narrée. »

 

Légende, Sylvain Prudhomme, Gallimard, 2016

Par amour – Valérie Tong Cuong

par amourOù qu’elle aille, Valérie Tong Cuong ne choisit jamais le chemin de la facilité. Quels que soient les sujets qu’elle aborde, elle n’en offre pas une énième variation, loin de cette littérature prémâchée qui ressasse souvent jusqu’à l’overdose…

 

C’est toujours l’humain qui prime, avec ses fêlures, ses béances, ses silences, ses choix impossibles que la vie impose comme une épreuve de plus. C’est toujours l’amour qui plane, comme une réponse aux questions que l’on se pose, comme un pansement aux blessures qui suintent, comme un fardeau parfois trop lourd à porter. Cet amour qui rend fort, construit, déconstruit aussi, tant il peut être malmené, maladroit et friable…

 

Il y a tout ça et bien plus encore dans cette fresque familiale qui relie les petites histoires à la grande. L’amour est-il un rempart suffisant à la haine sans nom ? Qu’est-on prêt à risquer pour l’amour des siens ? Jusqu’où est-on prêt à mettre sa propre vie entre parenthèses pour sauver ceux qui nous sont chers ? Et l’on suit Joffre, Emélie, Muguette, Jean, Lucie, Joseph et Marline dans ce Havre dévasté entre juin 1940 et août 1945. On les suit et leurs voix s’élèvent, s’entrelacent, se font écho dans un ballet on ne peut plus maitrisé. Des parents démunis, des adultes meurtris, des patriotes dévastés. Des enfants qui le restent malgré le chaos, tête haute, rêves grands. Ces silences que l’on impose aux autres quand les mots sont devenus superflus. Ces fuites que le temps expliquera peut-être. On suit cette famille et on les aime d’emblée, leurs petits arrangements avec la réalité, leurs mensonges et leurs secrets. Par amour…

 

Le nouveau roman de Valérie Tong Cuong est de ceux qui marquent. Rigueur historique, construction narrative habile, ambivalence des sentiments, puissance des liens qui se tissent, descriptions saisissantes de réalisme… L’auteure nous gâte en nous offrant une histoire profondément romanesque tout en nous plongeant dans une époque que l’on a l’impression de redécouvrir. Une histoire faite de renoncements, de grands vides et de fols espoirs qui en dit beaucoup plus qu’il n’y parait sur l’homme dans toutes ses nuances. Bijou !

 

« J’ignorais qu’il faut traverser ce genre d’évènement tragique – la perte de ce que l’on a de plus précieux au monde – , pour mesurer ce que le corps et l’âme ressentent, ce trou indescriptible au milieu de soi-même.

J’ignorais que lorsque cela arrive, il ne reste plus qu’a constater combien les efforts pour s’y préparer ont été inutiles. »

 

Les avis de Bénédicte, Caroline, Eimelle, Eirenamg, Léa Touch Book, Leiloona, Meelly, Mylène, Nicolas, Séverine, Stephie, Virginie

 

Le site de l’auteure

 

Éditions JC Lattès (Janvier 2017)

411 p.

 

Prix : 20,00 €

ISBN : 978-2-7096-5604-7

 

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Millésime 2017, chez Laure !

Et il foula la terre avec légèreté – Mathilde Ramadier / Laurent Bonneau

et il foulaBodø, proche du cercle polaire, sur l’archipel des îles Lofoten. C’est pour cette région reculée au Nord de la Norvège qu’Ethan quitte Paris pour y étudier les gisements pétroliers pour le compte d’une grande compagnie. Un voyage d’acclimatation et de prospection qui ne doit en principe durer que quelques mois, histoire d’étudier le terrain et de faire quelques repérages. En principe…

 

Une fois sur place, le voyage professionnel devient un voyage inattendu, un voyage intime qui bouleverse des perceptions bien ancrées, ouvre des horizons insoupçonnés. Ethan observe, contemple, respire, réfléchit… et se trouve.

 

« Être là, ce n’était pas simplement chercher ses repères et reconstruire le connu. Il fallait se rendre disponible… Être à l’affut des moindres choses pour comprendre ce nouvel environnement, l’expérimenter. »

 

Elle est belle cette couverture. Le trait de Laurent Bonneau y est reconnaissable entre mille. Il y a une vraie élégance dans ses aquarelles qui se parent de tant de nuances, de vraies fulgurances de beau, des éclats de poésie pure. Et l’oeil du dessinateur devient presque celui du photographe, figeant les paysages, sublimant les silences, captant l’immensité, le vert et le bleu qui se fondent dans des aurores boréales de toute beauté. Restent les visages, plus massifs, moins expressifs aussi peut-être. Des choix graphiques originaux, parfois même audacieux quand le trait s’épaissit et se fait plus brut. Qui peuvent désarçonner et laisser sur le bord du chemin certains lecteurs. Mais ne peuvent laisser indifférent…

 

J’ai aimé ce voyage engagé, singulier et poétique sur ces îles du bout du monde. Un voyage aussi contemplatif qu’introspectif qui remet les choses en perspective et bouscule les convictions les plus solides. Un voyage intense où la nature se fait entendre dans le plus pur des silences… L’occasion de faire connaissance avec la philosophie du Norvégien Arne Næss, fondateur d’un mouvement prônant le respect de la nature… Reposant et inspirant…

 

Et une nouvelle lecture que j’ai le plaisir de partager avec Jérôme

 

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Éditions Futuropolis (Février 2017)

176 p.

 

Prix : 27,00 €

ISBN : 978-2-7548-1215-3

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

             et il foula   zai   madame   madame   

                        Jérôme                          Sylire                             Mo’                         Sabine 

 

 

            seuls   épiphanie frayeur   arabe3   appache cocotte

                     Mylène                            Maël                            Saxaoul                        Nathalie    

 

 

            combat justes   bleuestunecouleurchaude   gens honnêtes2   épiphanie frayeur

                      Blandine                         Laeti                           Antigone                           Hilde

 

 

            chambre de verre   promeneurs   henriquet   épiphanie frayeur

                     Stephie                       Gambadou                      Jacques                             Caro

 

 

           california dreamin   verte   et il foula   comme convenu

                   Marguerite                      Soukee                          Sandrine                            Sita

Sex criminals 1. Un coup tordu – Matt Fraction / Chip Zdarsky

501 SEX CRIMINALS T01[BD].inddPour changer un peu de cette littérature érotique sans surprise et un poil mollassonne, ce mois-ci j’ai déniché un comics « inavouable ». Pas si inavouable que ça d’ailleurs, même s’il est évident que cette lecture est à réserver à un public averti. Pas de plans trop explicites, pas de surenchère de sexe non plus (mais rassurez-vous il y en a quand même), même si le titre et la couverture donnent le ton…

 

Sachez d’abord que Sex criminals est une série qui a remporté le très convoité Eisner Awards de la meilleure nouvelle série en 2014. Elle a aussi été élue meilleure nouvelle série par le quotidien USA Today et comics de l’année par le Time Magazine, rien que ça ! Attentes élevées donc pour cette lecture qui tranche complètement avec mes habitudes, même si je me tourne de plus en plus vers le comics qui semble faire tomber davantage de barrières que la bande dessinée classique.

 

Le point de départ de Sex Criminals est alléchant. Suzie et Jon découvrent à l’adolescence qu’ils ont le pouvoir de figer le temps au moment de l’orgasme. Dans cet entre-deux – le Grand Calme pour elle, le Foutoir pour lui – , ils peuvent faire ce qu’ils veulent sans que personne autour ne s’en rende compte. D’abord complètement désarçonnés par la découverte, ils finissent par apprivoiser cet étrange faculté et en profitent pour s’amuser un peu. Quand ils se rencontrent quelques années plus tard, leur relation fait des étincelles. D’abord étonnés de voir qu’ils ne sont pas les seuls à détenir un tel secret, ils finissent par entrevoir toutes les possibilités que leur offre leur étrange pouvoir… Unis par le sexe et leur amour, le couple va se mettre en tête de dévaliser des banques, à commencer par celle dans laquelle Jon travaille. L’argent récolté leur permettra peut-être de sauver la bibliothèque de Suzie… ..

 

On ne s’ennuie pas une seule seconde avec ces deux « super-héros » sans collants. Ambiance cartoon, exagération des situations et du trait, dialogues plein d’humour, sexualité abordée sans fausse pudeur ni vulgarité, la lecture se fait le sourire aux lèvres. Suzie et Jon sont des personnages attachants, empêtrés dans un pouvoir pas toujours si facile à gérer. Surtout que la « brigade du sexe » veille…

 

Coquin, malin et drôle, ce premier tome donne une envie folle de se jeter sur la suite (deux autres tomes sont déjà parus). Avec un tel pouvoir, les scènes à venir risquent de valoir leur pesant de cacahuètes !

 

L’avis de Un amour de BD

 

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Éditions Glénat (Avril 2015)

Collection Glénat Comics

144 p.

Traduit de l’anglais (US) par Alex Nikolavitch

 

Prix : 19,95 €

ISBN : 978-2-344-00865-2

 

mardi c'est parmis

By Stephie