Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

paquebotIl y a des rendez-vous que l’on attend avec fébrilité et impatience. Des romans « pierre blanche » qui marquent un parcours de lectrice. Des voix qu’on ne se lasse pas d’entendre et qu’on a pourtant l’impression de découvrir pour la première fois. Et celle de Valentine Goby résonne tout particulièrement…

 

C’est quelque chose de retrouver une plume aimée. Cette reconnaissance immédiate, ce sentiment de se sentir chez soi, ce souffle qui jamais ne retombe. Les mots de Valentine Goby se lisent au rythme d’un cœur qui bat. Des pulsations. Des fulgurances. Des moments de grâce en suspension. L’écriture explore la mémoire, celle des corps, celle des âmes qu’elle sublime, celle des destins banals et si exceptionnels qu’elle met en lumière. Et quand Valentine Goby nous raconte une histoire, le temps s’arrête…

 

Il y a de la vie dans le café de Paul Blanc. Des rires qui résonnent. Des verres qui s’entrechoquent. De la musique à tue-tête et des danses endiablées. Paul est le cœur du Balto. On y vient pour lui, pour sa lumière, sa bonne humeur contagieuse, sa façon si particulière d’évacuer les soucis grâce à quelques notes d’harmonica. Dans son sillage, Odile et les enfants. Une tribu sous le charme qui profite du spectacle en acceptant de ne pas en faire vraiment partie. Mathilde a 9 ans et vénère ce père dont elle quémande presque les regards. Dans son ombre qu’elle recherche, « elle veille sur lui. Rien ne manque. Rien n’excède. Tout suffit. » Mais déjà, la « tragédie silencieuse » couve…

 

Il y a la mort qui rôde dans le café de Paul Blanc. On ne l’a pas invitée mais elle n’en a que faire. Elle s’insinue dans les poumons. Rend le souffle court. Met tout le reste entre parenthèses… Pour vaincre les bacilles sournois et cette maladie qui ne dit pas son nom, Paul et Odile doivent se rendre dans ce grand paquebot blanc niché au cœur des arbres. C’est une affaire de quelques semaines, pas d’inquiétude. Et la vie toute entière de Mathilde bascule….

 

Inoubliable Mathilde. Au cœur de la tourmente, la jeune fille choisit le chemin de l’audace et marche droit devant elle. Une seule mission, faire renaître les rires, faire rejaillir le beau. Réunir à nouveau les membres de la famille disloquée. Elle ne le sait pas mais elle est la pièce manquante, la jointure indispensable, la béquille fragile sur laquelle tous n’ont même pas conscience de s’appuyer. Mathilde s’oublie. Elle plie, se courbe mais jamais ne flanche… Et à sa manière, elle réenchante le monde…

 

Un paquebot dans les arbres est un magnifique cri d’amour. Et Mathilde, un des plus beaux personnages de femme qu’il m’ait été donné de lire. Un vibrant coup de cœur… ♥

 

Les avis de Clara, Enna, Jérôme, Joëlle, Nadège, Tiben…

 

Éditions Actes Sud (Août 2016)

268 p.

 

Prix : 19,80 €

ISBN : 978-2-330-06648-2

 

 

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13/18

Challenge 1% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

 

C’est pas toujours pratique d’être une créature fantastique – Sibylline / Marie Voyelle

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C’est pas toujours pratique d’être une créature fantastique…

 

Allez, avouez, vous avez toujours rêvé d’être une créature fantastique…!

Une licorne majestueuse, gambadant gaiement dans les prairies verdoyantes…

Une sirène gracile, véritable déesse des mers…

Un loup-garou capable d’un grognement d’éloigner tous les indésirables…

Un dragon impérial, ailes déployées, griffes acérées…

 

Sauf que, dans la vraie vie, enfin, dans leur vie à eux, les choses sont beaucoup moins simples. Une corne pas très discrète, une queue encombrante, des poils indomptables, des flammes rebelles… vous vous imaginez avoir à gérer ça au quotidien vous ?

 

Une partie de cache-cache-licornes ? Impossible ! Une sirène sur la ligne de départ d’une course de vélos ? Impensable ! Un loup-garou sur le fauteuil d’un dentiste ? Pensez donc ! Prendre les transports en commun quand on est un dragon ? Visualisez un peu le tableau !

 

Pas la joie tous les jours pour les créatures fantastiques. Forcément, vu du petit bout de notre lorgnette, leur sort paraît plus qu’enviable. La grâce de la licorne, la beauté de la sirène, l’ambivalence du loup-garou, la force brute du dragon, on a tous en tête des situations de la vie quotidienne où on n’aurait pas dit non à tout ça ! ;-)

 

A la maison, sans grande surprise tant elle a bon goût, mademoiselle ma fille est totalement fan ! Dessins colorés tout en rondeur, textes drôlatiques très accessibles pour les petits lecteurs, bouilles absolument impayables, situations totalement improbables à la limite de l’absurde… impossible de ne pas craquer ! Cerise sur le gâteau, en fin d’album, des petites leçons absolument parfaites pour apprendre à croquer à son tour les frimousses de nos charmantes créatures fantastiques. Résultat garanti !

 

Oubliez tout ce que vous pensez savoir sur les créatures fantastiques, vous êtes bien loin de la vérité ! Ici, on attend déjà la suite !

 

L’avis d’Hervé sur les trois premiers tomes

 

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La licorne (Avril 2015)

ISBN : 978-2-917237-83-0

 

La sirène (Juin 2015)

ISBN : 978-2-917237-84-7

 

Le loup-garou (Novembre 2015)

ISBN : 978-2-917237-92-2

 

Le dragon (Août 2016)

ISBN : 978-2-37418-007-6

 

Prix : 11,00 €

Éditions Des Ronds dans l’O

 

 

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L’amie prodigieuse – Elena Ferrante

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« Il y avait une part d’insoutenable dans les choses, les gens, les immeubles et les rues : il fallait tout réinventer comme dans un jeu pour que cela devienne supportable. L’essentiel, toutefois, c’était de savoir jouer, et elle et moi – personne d’autre – nous savions le faire. »

 

Pendant les vacances d’été, j’ai profité d’un pause-détox-internet pour engloutir un certain nombre de romans qu’il me tardait de lire. Des romans qui aujourd’hui attendent tous que je daigne leur consacrer une petite bafouille… L’amie prodigieuse en fait partie. Englouti en trois petits jours, malgré quelques petites baisses de régime, je me souviens en être ressortie globalement conquise, ravie d’avoir suivi les conseils enthousiastes d’une grande partie de la blogosphère…

 

Pourtant, trois mois après, il ne m’en reste presque rien… Ni plus ni moins qu’une vague sensation d’avoir passé un bon moment sans pour autant qu’il soit inoubliable…

 

Il y avait pourtant tout dans ce roman pour en faire un coup de cœur. Naples à la fin des années 50. Une amitié indéfectible mise à mal par le temps qui passe et les routes qu’on se choisit où qui s’imposent à nous. Cette interrogation sur le déterminisme social et ce petit coup de pouce du destin qui permet parfois de sortir son épingle du jeu. Une évocation douce-amère de l’enfance et de l’adolescence avec ses tours et ses détours, ses chemins tortueux, ses ruptures, ses impasses, ses retrouvailles et ses rêves un peu fous…

 

Je crois que ce qu’il m’a manqué c’est un vrai souffle romanesque. Lila et Elena ont pourtant toute l’envergure et l’épaisseur nécessaires pour marquer les esprits. Elles sont entières, fortes, entêtées, jalouses, passionnées, déterminées, rebelles, complices et rivales, battantes ou résignées. Agaçantes aussi… parfois… souvent… Pourtant, je me suis surprise à m’ennuyer pendant une bonne partie du roman. Un sentiment de déjà-vu, déjà lu… Du coup, impossible pour moi de réellement m’attacher à elles. J’ai refermé le roman en sachant que je ne me ruerai pas sur Le nouveau nom, même si, la curiosité aidant, je risque de lire la suite de cette tétralogie annoncée une fois tous les tomes sortis en poche…

 

Mon personnage préféré ? Naples la belle, bruyante, brûlante, vibrante, vivante. Rien à dire, Elena Ferrante, qui que soit celui ou celle qui se cache derrière ce pseudo, la rend terriblement attachante… Pour le reste, Le bruit de tes pas, une lecture bien plus ancienne mais dans la même « veine », a beaucoup plus marqué mon esprit…

 

 

Les avis de Athalie, Canel, Clara, Delphine-Olympe, Eva, Framboise, Joëlle, Jostein, Kathel, Laure, Mior, Miss Leo, Nicole, Papillon, Valérie

 

Éditions Gallimard (Janvier 2016)

Collection Folio

430 p.

Traduit de l’italien par Elsa Damien

 

Prix : 8,20 €

ISBN : 978-2-07-046612-2

 

 

ce qu'il m'en reste logo

Chez Asphodèle, oh la belle idée…

 

Lucie ou la vocation – Maëlle Guillaud

luciePas un bruit. Tête baissée, maintes jointes en prière, un sourire lumineux et impénétrable sur le visage. Lucie a choisi et elle rayonne de bonheur. Elle l’a choisi Lui. Malgré l’incompréhension de ses proches. Malgré le mur qui s’est dressé entre eux. Le sacrifice en vaut la peine…

 

« Ma vie a pris un sens. »

 

Son avenir, il est ici. Derrière ces portes closes. Dans cette austère cellule, auprès de cet époux qu’elle ne pourra jamais serrer dans ses bras. L’alliance à son doigt est signe de son engagement. Elle fera sa vie au milieu des autres fiancées du Tout-Puissant. Elle observera leurs règles. Se pliera à leur discipline. Quitte à oublier celle qu’elle était avant, quitte à renoncer à ses rêves d’adolescente devenus trop étroits… Lucie devient Sœur Marie-Lucie…

 

Je suis entrée dans cette lecture à reculons. Un sentiment de ne pas y être à ma place, de ne pas pouvoir comprendre ce qui se jouait entre ces pages. C’était sans compter le pouvoir de la littérature… Maëlle Guillaud m’a prise dans ses filets. Elle m’a séduite, bousculée, dérangée, effrayée, mise mal à l’aise… tout ça à la fois. La narration est intelligente. Le lecteur, ballotté entre les différents points de vue des personnages, trouve forcément un écho à ses sentiments et à ses interrogations. Sans surprise, je me suis retrouvée dans la voix rageuse de Juliette, que la religion prive de sa meilleure amie. Une voix comme une respiration qui brise temporairement cette sensation d’extrême enfermement et de retrait du monde…

 

Et il y a tout ce qui se passe, entre ces murs froids, une fois les portes refermées. Un monde où l’on s’oublie. Un monde clos régi par des règles d’un autre temps. Un monde de femmes prêtes à tous les coups bas, à toutes les humiliations. Un monde cruel où l’on gravit les échelons quitte à tout piétiner sur son passage. Un monde secret régenté par les lois du « dehors ». Un monde redoutable capable d’élever l’homme autant que le rabaisser… Édifiant…

 

Les avis de Eirenamg, Joëlle, Marie-Claire, Martine, Sabine

 

Éditions Héloïse d’Ormesson (Août 2016)

199 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-35087-374-9

 

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Weegee, Serial photographer – Max de Radiguès / Wauter Mannaert

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New York, Lower East Side, fin des années 30.

 

Cigare aux lèvres, feutre mou abaissé sur les yeux, imper et appareil photo prêt à être dégainé, Weegee n’a pas de temps à perdre. Au sol, un macchabée encore frais nage dans son sang. Autour, une foule de badauds agglutinés, mi effrayés, mi fascinés. Toujours dans les bons plans, Weegee est sur les lieux avant l’arrivée de la police. Le temps pour lui de rendre la scène de crime plus « esthétique » et plus vendable… Dans quelques heures, ses clichés se vendront à prix d’or aux tabloïds qui font leurs choux gras de la misère du monde…

 

« Murder is my business. »

 

Pas très réglo, certes, mais dans sa partie Weegee est le meilleur. Et New York est à la fois son terrain de chasse et son terrain de jeux. Ses bas-fonds, il les connait comme sa poche. Il y a grandi. Et il connaît par cœur ses oubliés et ses laissés pour compte. Ses règlements de comptes qui la gangrène de l’intérieur, ses faits divers sordides, ses cadavres qui pullulent, voilà le fonds de commerce de ce photographe de presse qui se joue de tout code de déontologie. Branché H24 sur les fréquences de la police, en cheville avec un petit flic du quartier qui le rencarde sur les affaires en cours, Weegee passe la plupart de ses nuits dans sa voiture à attendre que le vent tourne dans sa direction. Et ça paye. Toujours là au bon endroit au bon moment, Weegee tire son épingle du jeu en ces temps de crise. Tout en rêvant d’autre chose…

 

« Depuis que j’ai 15 ans je photographie les clodos, la rue, les macchabées. C’est ce que j’ai toujours connu. Et j’aimerais bien que ma vie, ça soit pas que ça. Je veux être le meilleur photographe de New York, pas le meilleur photographe de macchabées du Lower East Side ! Tu piges ? »

 

Passionnante biographie à peine romancée du célèbre photographe américain d’origine hongroise Arthur Fellig (1899 – 1968), plus connu sous le nom de Weegee. Un personnage qui a réussi à façonner sa propre légende. Tête de malfrat, attitudes de vautour, opportuniste mais véritable génie de l’objectif, capable de capter sur pellicule l’âme même de New York. Témoin privilégié de la société américaine en plein marasme, observateur sans filtre des inégalités et des discriminations qu’elle laisse perdurer, Weegee est un peu le grain de sable dans l’engrenage. Max de Radiguès s’empare à merveille du mythe et nous le rend extrêmement attachant.

 

Au dessin, Wauter Mannaert, jeune dessinateur belge dont je découvre le travail. Un noir et blanc qui ne m’a pas subjuguée mais qui colle à merveille à l’ambiance poisseuse du New York des années 30 qu’il restitue à merveille. Résultat, on dévore cette biographie et on file admirer les clichés de ce photographe hors normes autant encensé que décrié…

 

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 Éditions Sarbacane (Août 2016)

128 p.

 

Prix : 22,50 €

ISBN : 978-2-84865-913-8

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

 

 

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Tant que mon coeur bat – Madeline Roth

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« On ne sait jamais vraiment. Où s’arrête l’enfance lorsqu’on imagine que s’en iront avec elle les écorchures et le passé, comme les yeux que l’on ferme. Elle sait désormais qu’en chaque nouveau jour il y a le jour d’hier. Elle avance comme ça, blessée et bancale sur les routes qu’il faut prendre. Elle pensait – mais qui sait ça, enfant ? – elle pensait que grandir ça s’arrêtait un jour. Que l’enfance et l’adolescence bâtissaient la vie d’après, apaisée. Elle croyait qu’avec l’âge elle trouverait cet apaisement. L’hiver on attend le printemps. »

 

Tant que le cœur bat…

 

C’est qu’il reste encore un soupçon d’espoir. Une lumière allumée. Un petit coin de ciel bleu. Une main qui se tend, des bras qui vous serrent, une voix qui rassure. Même si dehors tout vacille. Même si dedans tout chavire…

 

Les héros de Madeline Roth aiment sans demi-mesure. Parfois avec déraison. Parfois jusqu’à la folie. Parfois à en mourir… Ils se donnent tout entier, prêts à tous les sacrifices et capables de tous les excès. Une mise à nu qui peut s’avérer dangereuse quand l’amour qu’on accorde sans compter n’est pas partagé…

Aimer avec toute la force et l’urgence des premières fois. Souffrir. Tomber. Et ne pas arriver à se relever… Mais comment oublier les corps qui s’épousent ?

 

Esra a 17 ans quand elle rencontre Antoine et tombe folle amoureuse de lui. Antoine est plus âgé qu’elle, c’est un artiste et il la fascine. Lui la brise chaque jour un peu plus, la poussant doucement vers la folie… Emprisonnée dans une relation malsaine, Esra n’a pas la force de dire non. Bastien, un ami de lycée secrètement amoureux d’elle, l’aidera à accepter l’inacceptable, malgré la douleur lancinante, malgré les larmes…

 

Laura s’est suicidée. Cyril l’apprend un peu par hasard. Dix années se sont écoulées depuis leur rencontre et leur courte idylle. Laura aimait en silence, supportant de ne voir Cyril que furtivement pour une partie de jambes en l’air vite expédiée. Mais Cyril ne pouvait pas savoir… Ce trou béant dans sa poitrine. Cette marque au fer rouge dans sa chair. Ces souvenirs honteux qui l’empêchaient de grandir droit…

 

Douloureuses et intenses. Tristes et belles. Les deux histoires que nous raconte Madeline Roth prennent aux tripes et au cœur. Ses héroïnes sont blessées au plus profond de leur être, se rendent esclaves d’un amour qui entrave. Un amour qui leur prendra tout et les laissera exsangues… Ses héros se débattent avec leurs démons, tentent de tendre la main ou de peuvent plus être d’aucun secours. Tous doivent réapprendre à vivre…

Elle est troublante la voix de Madeline Roth. Elle embrasse, elle enlace. Elle griffe et elle lacère. Elle donne corps aux silences, sublime les petits instants de grâce, enfonce un peu plus le couteau dans les plaies encore suintantes… Bouleversant…

 

Une pépite que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

A lire aussi, le sublime A ma source gardée… ♥

 

 

Éditions Thierry Magnier (Septembre 2016)

96 p.

 

Prix : 9,50 €

ISBN : 978-2-36474-940-5

 

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Le grand incendie – Gilles Baum / Barroux

le_grand_incendieTravailler, se courber, prier et obéir… La ville asservie se plie aux ordres du Sultan avide de pouvoir. Bientôt, le monde lui appartiendra…

 

Parce qu’il l’a décidé, les livres n’existent plus. Disparus, les uns après les autres, dans les immenses flammes des brasiers qui illuminent le ciel. Et les histoires partent en fumée…

 

Jusqu’à cette page, « sauvage, illisible, qui sent encore le brûlé », ramassé par un petit garçon en mal d’histoires. Échappée des flammes, portée par le vent depuis la grande ville, elle porte en elle l’étincelle fragile de cette liberté à reconquérir…

 

Au loin, le grand incendie. Là, par milliers, les soldats jettent au feu les mots-mémoire… Bientôt, « une mer de cendres, grise et calme »… La main du petit garçon s’enfonce et découvre quelques mots qui ont résisté aux flammes… Des mots qui sonnent comme une promesse…

 

« Ô merveille, un jardin parmi les flammes ! »

 

D’une main tremblante, le petit garçon recopie ces mots-trésor sur les murs du grand palais, bientôt imité par la foule silencieuse. Des mots à offrir en partage, à murmurer, à crier, à sauver… Des mots, puis d’autres, ressuscités du grand brasier et de l’oubli. Des mots écrits avec fièvre et rage pour vaincre la tyrannie avec la plus puissante des armes…

Une merveille. Les mots de Gilles Baum réveillent et soufflent l’espoir au cœur de la tyrannie. Le dessin de Barroux, saisissant de simplicité et de rage, crie la nécessité de s’unir contre la barbarie. Beau et essentiel… ♥

 

« Tout est à reconstruire, tout reste encore à écrire.

Nous ne manquons pas de mots, nous en inventerons d’autres.

Nous serons à jamais ce jardin parmi les flammes. »

 

Avec le soutien d’Amnesty international

 

L’avis de Nadège

 

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Éditions des Éléphants (Septembre 2016)

32 p.

 

Prix : 14 €

ISBN : 978-2-37273-026-6

 

 

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9/18

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Ce qu’il nous faut c’est un mort – Hervé Commère

9782265115699

« On est responsable du feu qu’on a allumé. »

 

Un livre qui débute avec des petits mots des Rita Mitsouko ne pouvait que me plaire ou du moins attiser follement ma curiosité !

 

C’est un polar, un polar sombre, un polar « social » et comme dans tout bon policier (du moins, à ce que j’en sais !), on y croise de l’intrigue, un meurtre ou deux, un accident terrible, du viol sordide, une enquête qui tâtonne, des policiers sur les dents, des victimes, des vies brisées, des secrets, des silences, des règlements de compte, de la tragédie, des rebondissements et un dénouement qui dépote … Mais pas que !

 

« Nous sommes le dimanche 12 juillet 1998 au soir et, depuis quelques heures, la France est championne du monde de football. Pour des raisons différentes, cette date va se graver dans les esprits de chacun des personnages de cette histoire. Ce qui se passera dans dix-huit ans dépend absolument de ce qu’ils vont vivre maintenant. Pour une jeune fille qui marche seule dans Nancy, rien ne sera plus jamais beau. Pour un jeune homme noir, athlétique et sans faille qui entre en discothèque en banlieue parisienne, cette nuit est celle où, à la surprise générale, à commencer par la sienne, il va se laisser dompter. En Normandie, près de Dieppe, pour l’instant occupés à se servir de grands verres de vodka, trois étudiants vont briser leur amitié, ainsi que leur avenir. Plus au Sud, dans le Var, un bébé va venir au monde. Sur le pays entier se lève un formidable vent. Combien de temps soufflera-t-il ? »

 

L’action se déroule dans un village, Vrainville, situé sur la côte normande, à côté de Dieppe. Près de vingt ans plus tard.

A Vrainville, se trouvent les ateliers Cybelle, LE poumon économique de la région. Et là est toute la force de ce polar ! Hervé Commère raconte, entre passé et présent, la vie de chacun des personnages qui peuplent ce livre, la mêlant avec l’histoire de cette entreprise familiale, qui, au départ, en 1919, était « une petite manufacture de bonneterie, spécialisée dans la confection de soutien-gorge et de culottes. » Quelle incroyable histoire que celle de cette usine de sous-vêtements, portée par l’énergie folle d’hommes et de femmes. De femmes surtout. Les ouvrières. Les petites mains dont j’ai adoré suivre le quotidien, le combat, l’engagement, le courage, la folie aussi peut être…. La liberté surtout !

 

« La nuit tombe sur le village. […] il y a de la rage et l’envie de combattre. Plusieurs des couturières ont le sentiment d’être enfin sur le front. L’un d’elles, proche de la retraite, a vu chaque année depuis l’enfance une fille au hasard se déshabiller, revendiquer sa liberté sous les étoiles et les yeux des convives. Elle a à chaque fois envié ces filles qui osaient face à tous, elle a parfois failli, tout près, mais une, plus jolie qu’elle a toujours dégainé avant, la faisant d’un coup se sentir laide, ou bien trop grosse, ou mal faite, en tout cas inapte. Elle a toujours regretté ensuite. Et ce soir, elle s’en fout. Elle est belle. Elle est belle parce qu’elle n’a plus peur de rien, surtout pas du regard de celles et ceux qui sont aussi fragiles, et peureux, et timides qu’elle peut l’être. Ce soir, elle est une parmi tant d’autres, qui refusent de se laisser dompter. […]

La place entière résonne de l’entrain qui monte. Plusieurs autres couturières arrivent près d’elle qui a les larmes aux yeux. […] elles sont une quarantaine, de tous âges et de tous les gabarits, nues sous la lune, et, quelques instants au moins, heureuses comme elles ne l’ont été que très rarement. Elles sont libres. »

 

Hervé Commère nous parle du monde d’aujourd’hui. Raconte l’histoire terriblement humaine d’un conflit social sous fond de mondialisation et de crise économique.

Il dit surtout la nécessité de la lutte, le besoin fou de liberté et  la vie que l’on se choisit… Et c’est rondement mené !

 

GrandPrixdesLectricesElle

Ce qu’il nous faut c’est un mort, Hervé Commère, Fleuve-éditions, 2016, 19€90.

 

Au fil de l’eau – Juan Díaz Canales

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De nos jours dans une Espagne marquée par la crise.

 

Une bande de retraités affichant tous minimum 80 ans au compteur, s’adonnent à la vente à la sauvette d’objets douteux pour arrondir leurs fins de mois. Un trafic que ne voit pas d’un très bon œil Alvaro, le petit-fils de Niceto, las de devoir si souvent plaider sa cause auprès d’une police pour l’instant bienveillante et prête à fermer les yeux. Pour peu que toutes ces histoires arrivent aux oreilles de son père, médecin légiste de profession, il est peu probable que celui ci lui trouve des circonstances atténuantes…

 

Alvaro lui en trouve lui, des circonstances atténuantes à son vieux papy. Difficile d’en vouloir à un ancien militant, héros de la résistance pendant la guerre d’Espagne. Il l’est aussi un peu pour lui finalement, un héros. S’il pouvait, il le protègerait, de tout, et pourquoi pas de lui-même… La vie, elle, suit son cours, avec son cortège de mauvaise surprises. Longino, un des vieux amis de Niceto, disparait. Quelques jours plus tard, il vite retrouvé mort, visiblement assassiné. Et ce n’est que le début d’une macabre série…

 

C’est peu dire que cet album est surprenant… Et pas seulement parce que le célèbre scénariste de Blacksad se lance dans l’illustration (ce qui est plutôt pour le coup une sacré bonne nouvelle tant le bougre s’y attelle avec brio…). Ça commence comme un bon polar à l’ancienne avec disparitions inquiétantes, meurtres sauvages et ambiance  poisseuse. Les personnages ont de vraies gueules et on imagine sans peine leur passé de militants anti-franquistes et leurs faits d’armes. Les compagnons de lutte ont vieilli et c’est maintenant contre le temps qu’ils se battent, un ennemi pour le moins sournois et difficile à maîtriser…

 

Dès les premières planches, le lecteur est ferré, s’imaginant tout un tas de scénarios pour tenter de démasquer le coupable de ces meurtres abjects sur des vieillards. Mais plus l’histoire avance, plus on se rend compte qu’on se fourvoie… Sous couvert d’un polar assez classique, Juan Díaz Canales raconte en fait une histoire bien plus sensible et intimiste qu’il n’y parait. Au fil de l’eau, du temps qui passe, des stigmates qu’il laisse, on finit par s’interroger nous aussi sur le sens de la vie, et le fait que la mort, même si on l’occulte, est inéluctable…

 

Reste que je ne suis pas certaine d’avoir compris où l’auteur voulait réellement en venir. Si je pense avoir saisi l’essentiel du message, je reste dans le flou concernant certaines décisions des personnages et leur volonté farouche de préserver coûte que coûte ce fameux « secret » qui doit absolument le rester… Un bien bel album, au noir et blanc hypnotisant, qui gardera donc sa part de mystère…

 

Une découverte que je partage avec mes âmes damnés Jérôme et Mo’. Jacques en parle aussi aujourd’hui (les grands esprits ;-) )

 

Les avis de Mylène et Stephie

 

« Le pire, c’est l’indifférence. Un beau jour, tu te rends compte que la réalité a gagné la partie. Une partie que tu n’avais même pas conscience de jouer. Et toi, tu restes impassible, comme un arbre que l’automne laisse avec la pantalon baissé au milieu du bois. Mais tels de bons arbres, nous vivons étrangers à cette ironie. Un arbre sans yeux, sans oreilles, sans dents… Pas un bûcheron pour donner un sens à ta vie, pas un oiseau sur tes branches. Juste des racines qui t’attachent à la terre qui jusqu’alors t’a nourri mais à qui bientôt tu rendras la faveur. »

 

 

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Éditions Rue de Sèvres (Septembre 2016)

112 p.

 

Prix :17,00 €

ISBN : 978-2-36981-309-5

 

 

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8/18

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BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

au-fil-de-leausite   au-fil-de-leausite   au-fil-de-leausite  mort aux vaches  

               Mo’                              Jérôme                           Jacques                        Mylène

 

 

Pareira   FOURREAU-BRODECK-02.indd   sukkwan bd   homme de joie
           Moka                               Enna                                    Enna                        Nathalie

 

 

tu-n-as-rien-a-craindre-de-moi   toussaint   chasseur rêves   sables noirs
             Sabine                         Hervé                           Bouma                           Saxaoul

 

 

apache

           Stephie

 

Frères d’exil – Kochka

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« - Où allons-nous ? demande Youmi.

- Qu’importe, lui répond Janek. N’importe où sur le continent, là où la terre se tient et où on voudra bien de nous ; nous n’avons pas vraiment le choix. »

 

Il faut toute la sensibilité et la justesse de Kochka pour arriver à s’emparer d’un thème aussi délicat que celui abordé dans Frères d’exil

 

Les adultes sont inquiets, l’eau ne cesse de monter et l’île et leurs habitants sont menacés. Cette île du Pacifique qui est en train de disparaître, Nani y est née, elle y a grandi, entourée de l’amour de ses parents et de ses grands-parents. Son père a eu beau tenter de reculer l’échéance, il est obligé de se rendre à l’évidence. Ils vont devoir quitter l’île, laisser derrière eux leurs souvenirs et les jours heureux et avancer vers un avenir incertain… Les sacs à dos sont prêts mais les adieux sont douloureux, Ipa est trop vieux et ses jambes ne le portent plus, Moo restera à ses côtés…

 

Avant le grand départ, le grand-père de Nani lui fait un cadeau précieux. Des lettres qu’il a écrites rien que pour elle. Des lettres pour ne pas oublier, savoir d’où l’on vient, savoir où l’on va. Des lettres béquilles pour aider à combler les vides et comprendre son histoire. Des lettres pour faire le chemin et comprendre les lois du monde…

 

« Ça, ce sont des lettres de moi pour toi, commente Ipa. Des lettres que je t’ai écrites en avance pour quand tu en auras besoin. Des lettres à lire et à relire. Des lettres pour toute ta vie, Nani !

 

L’exode et le déracinement. Nani et sa famille n’ont d’autre choix que celui de l’exil, même si partir veut dire laisser derrière soi sa maison et des gens qu’on aime. L’avenir est entre parenthèses mais on y croit, là-bas, il y a forcément un ailleurs où construire une nouvelle vie. Un ailleurs où on saura les accueillir…

 

Une relation forte entre une petite fille et son grand-père, des lettres qui disent et rappellent l’essentiel, un chemin où les obstacles inévitables seront compensés par des belles et lumineuses rencontres, comme autant de promesses d’une autre vie. Ce petit texte est un bijou. Les lettres du grand-père à sa petite fille sont comme des phares dans la nuit, et le récit, jamais plombant, offre au contraire une belle lueur d’espoir. Un texte qui ne manquera pas de faire écho tant les problématiques qu’il aborde avec tant d’intelligence sont universelles et terriblement d’actualité…

 

Une pépite jeunesse à mettre entre toutes les mains que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

L’avis de Mirontaine

 

« Et, une dernière chose, précise Janek : si les gens du continent peinent à nous accueillir parce qu’ils craignent nos différences ou qu’ils ont peur de partager leur espace ou leur nourriture, montrons-leur que nous avons autant à leur apporter qu’à recevoir d’eux. Montrons-leur que nous leur ressemblons. Nous arrivons démunis parce que le ciel nous a tout pris, mais nous ne sommes pas des mendiants. Nous arrivons en frères libres et dignes, riches de tout ce que nous avons vécu jusqu’ici et riches d’être encore vivants. Est-ce que nous sommes d’accord ? »

 

Éditions Flammarion jeunesse (Septembre 2016)

153 p.

Illustré par Tom Haugomat

 

Prix : 12,00 €

ISBN : 978-2-08-138953-3

 

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Challenge 1% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

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