Danbé – Aya Cissoko & Marie Desplechin

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Ce livre, il me le fallait, et pour plusieurs raisons. Tout d’abord, j’adore Marie Desplechin, ses récits pour la jeunesse m’enchantent à chaque fois, je les dévore, je les savoure, bref, je suis fan ! Et puis est venu l‘avis de Stéphie sur ce livre dont je n’avais pas entendu parler auparavant : Danbé m’a tout de suite intrigué, un livre écrit à quatre mains, le récit autobiographique d’Aya Cissoko, née de parents maliens, devenue championne du monde de boxe anglaise. Un parcours atypique, semé d’embûches, une vie passionnante qu’Aya a confié à l’auteur. Et puis est venue la bonne nouvelle… Nous aurons bientôt la chance de recevoir dans notre collège les deux jeunes femmes, pour une rencontre qui s’annonce on ne peut plus intéressante avec nos élèves. A l’origine du projet, Stéphie bien sûr… qui s’est démenée comme un beau diable et a su se montrer très persuasive ! Merci à toi !

 

Ce livre, je l’ai lu d’une traite, et pourtant je ne suis habituellement pas friande de récits autobiographiques, je dirais même que je les fuis. Avec Danbé, le déclic a eu lieu immédiatement, sans que je me l’explique vraiment. Bien sûr, il y a l’écriture de Marie Desplechin, ce style que j’apprécie particulièrement et qui donne au récit d’Aya ce petit quelque chose en plus. Ses mots justes restituent à merveille la vie d’Aya, une vie mouvementée faite de grandes joies et de grandes tristesses.

Le récit d’Aya s’ouvre sur la figure du père, un père aimé, aimant, fier et digne. Comme beaucoup, il est venu du Mali pour trouver du travail en France où il vivra sous le nom d’un autre, laissant derrière lui son village, son pays. En 1976, sa toute jeune femme, Massiré, le rejoint, elle a vingt ans. Quatre enfants naîtront de cette union. Malgré les difficultés du quotidien, le manque d’argent, Aya vit une enfance heureuse, douce, simple et libre. Puis vient le drame, un incendie qui ravage l’immeuble à trois heures du matin : son père et sa petite soeur y trouveront la mort. L’incendie est criminel, volontaire, « le feu a  été allumé pour tuer »… Il faut surmonter sa peine, rester digne en toutes circonstances, il faut respecter le « danbé« , cette valeur fondamentale qui interdit de flancher. Aya ne flanchera pas, vaille que vaille, elle suivra sa route. Bonne élève, sa mère l’inscrira dans un club de sport. Contre toute attente, elle y choisira un « sport de garçon », la boxe…

 

La vie d’Aya se lit comme un roman, un roman qu’on a peine à lâcher tant « l’héroïne » y est attachante. Forte, courageuse, battante, Aya est une fille de son époque : un peu rebelle, parfois dure, elle est aussi sensible et douce. L’adolescente grandit et s’épanouit dans le sport. Pour autant, elle ne cesse de s’interroger : à quoi servent tous ces combats ? Tenace, obstinée, Aya enfile les gants et monte sur le ring, les combats s’enchaînent, les victoires aussi… Le parcours sportif d’Aya est impressionnant, son palmarès laisse admiratif mais plus que tout, ce qui touche chez elle, c’est sa capacité à prendre du recul sur elle même. Ce livre est celui « d’une petite fille noire en collants verts qui dévale en criant les jardins de Ménilmontant« , un livre plein d’espoir, plein d’amour, un témoignage fort, parfois poignant que vous n’oublierez pas de sitôt.

 

Premières phrases : « Mon père est un homme longiligne. Dans mon souvenir, il est très grand. Je m’accroche à lui, je lève la tête pour voir son visage. Il est beau. (…) Mon père est un homme démuni. Il n’a rien, rien de ce qui se possède, rien de ce qui s’hérite, rien de ce qui se gagne. »

 

Au hasard des pages : « Je ne sais pas, je ne peux pas m’expliquer comment nous nous arrangeons pour continuer. Les immeubles brûlent, des incendiaires y ont mis le feu. Les enfants tombent malades, des médecins les renvoient sans les soigner. Vos parents peuvent disparaître, vos frères et soeurs, les plus aimés, personne autour de vous ne vous entend crier. Sur quel socle poser ce qu’il reste d’existence ? Il ne nous reste, à Issa et à moi, que Massiré. » (p. 65)

 

Éditions Calmann-Levy (Février 2011)

182 p.

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-danbe-aya-cissoko-marie-desplechin-69091597.html

10 commentaires sur “Danbé – Aya Cissoko & Marie Desplechin

    • Tout à fait accessible dès la 4e je pense, voire même avant pour des bons lecteurs. La langue est très accessible et je pense que nos élèves seront très sensibles à ce parcours. J’ai hâte de les rencontrer toutes les deux ! Je t’invite si tu veux ! 😉

    • Je le ramène lundi ! Je ne sais pas à qui Steph compte le filer d’abord…, aux élèves peut-être…! 😉

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