Dans ma peau – Guillaume de Fonclare

dans ma peauCet été, Aifelle signalait la sortie poche d’un livre qui l’avait bouleversée. Je n’en avais jamais entendu parler, mais curieuse je me suis renseignée ici et là et lu quelques billets sur Dans ma peau… Ce que j’ai lu m’a suffisamment intriguée pour que je me le procure très vite, je trouvais la couverture très belle, après lecture je ne peux que dire qu’elle colle à merveille avec l’histoire que l’auteur nous raconte ici, son histoire. Guillaume de Fonclare souffre en effet d’une maladie orpheline qui le ronge de l’intérieur. Cette maladie invalidante l’a obligé à quitter ses fonctions de directeur de l’Historial de la Grande Guerre à Péronne. Je lis très peu de récits biographiques, je ne regrette pas d’avoir fait une exception avec ce témoignage bouleversant…

Il n’a pas du être facile d’écrire un tel livre, de parler à ce point de soi, de dire toute la douleur et la souffrance qui vous accompagnent au quotidien sans que rien ne puisse les apaiser. Je suis réellement admirative du courage qu’il a fallu à l’auteur pour se livrer ainsi. Dès les premières lignes, on sent à quel point il est compliqué mais aussi terriblement nécessaire pour Guillaume de Fonclare de coucher ses maux sur le papier. Comme une urgence. Une urgence de dire à ses proches à quel point leur présence lui est un soutien quotidien. Une urgence pour tenter de vaincre l’isolement et la solitude dans lesquels sa maladie le plonge chaque jour davantage. Un véritable combat, tant chaque jour elle gagne un peu plus de terrain…

Prisonnier de lui même, Guillaume de Fonclare se sent désespérément proche de toutes ses gueules cassées qu’il côtoie tous les jours, qu’il a appris à connaître presque intimement. Tant de destins brisés, tant d’espoirs laminés, tant de gâchis. La parallèle est étonnant, il sonne néanmoins très juste. Comme si toutes ses victimes de la Grande Guerre devenaient en quelque sorte ses compagnons de galère, comme si leur histoire, leur présence fantôme entre les murs du Mémorial lui donnaient la force de continuer à vivre…

 

Le témoignage de Guillaume de Fonclare est saisissant de dignité et bourré d’humanité. C’est une lecture choc, courte, qui résonne longtemps après la dernière page refermée. Les mots choisis sont violents, durs et ne nous épargnent pas. On en ressort stupéfaits et admiratifs… Chapeau.

 

Les avis de Aifelle, Clara, Cynthia, Yv, Alex, Isa

 

Premières phrases : « Mon corps est un carcan ; je suis prisonnier d’une gangue de chairs et d’os. Je bataille pour parler, pour marcher, pour écrire, pour mouvoir des muscles qui m’écharpent à chaque moment. Mon esprit ressasse d’identiques rengaines ; je ne vois plus le sourire de mes enfants, ni les tendres regards de celle que j’aime ; je ne vois que mes mains qui tremblent, mes bras qui peinent à amener la nourriture à la bouche et mes jambes qui ploient sous le poids d’un corps devenu trop lourd. Je ne suis plus qu’un homme mal assis qui songe sans fin, et si j’ai aimé ce corps, je le hais à présent. Nous cohabitons désormais et il a le dernier mot en tout ; je ne me suis résolu à cette idée que contraint. »

 

Au hasard des pages : « Je ne suis qu’un pantin égoïste qui existe pour ceux qui l’aiment et qui, quoi qu’il en pense et quelle qu’elle soit, à la vie devant lui. Une vie dont je ne sais rien, dont je ne connais pas le terme, et qui peut encore me surprendre comme me faire souffrir, m’éblouir comme me salir, une vie à faire, une vie à chérir et à donner autant qu’on m’aura donné. Oui, chaque fois que je prendrais ma voiture, il y aura sur ma route un panneau indiquant quelle direction suivre pour rejoindre l’Historial, et il y aura aussi un cimetière dont les croix ou les stèles me rappelleront qui je suis, où et quand je vis, qu’il y a des acharnements imbéciles et combien est grande la chance de vivre en liberté dans un pays démocratique. C’est cela qu’il faut que je dise, c’est à ça qu’il faut penser. Et cesser de regarder la fosse béante qui s’ouvre là-bas, avec une plaque gravée de mon nom, mon prénom et ma date de naissance en sus de celle, inconnue, de ma mort. » (p. 52)

 

Éditions Le Livre de Poche (Juin 2011)

96 p.

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-dans-ma-peau-guillaume-de-fonclare-87238530.html

22 commentaires sur “Dans ma peau – Guillaume de Fonclare

    • Oui, la couverture poche est particulièrement bien trouvée… Une lecture bouleversante et nécessaire, j’attends ton billet !

    • Généralement, ce genre d’allers-retours ne me gêne pas… J’ai trouvé le tout très cohérent. Un beau souvenir de lecture !

    • C’était aussi ma crainte avant de commencer cette lecture… FInalement, je ne regrette pas, c’est un récit d’une grande humanité !

    • Je suis bien d’accord ! La rencontre a du être très riche ! Et je file visiter ton blog, chouette, une collègue que je ne connais pas encore ! 😉

    • Maintenant qu’il existe en poche, tu n’as aucune raison de passer à côté de cette lecture… Il faudra juste trouver le bon moment ! 😉

    • Oui, j’avais lu ça, mais en même temps c’est compréhensible, on se sent toujours un peu voyeur dans ce genre de témoignage…

    • Moi non plus à la base, je pense que je serais passée à côté de ce titre si je n’avais pas lu autant d’avis positifs le concernant… Je peux te l’envoyer si tu veux…!

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