Je marchais malgré moi dans les pas du diable – Dorothée Piatek

Je-marchais-malgre-moi-dans-les-pas-du-diable.jpgVoilà une lecture que je n’ai pas pu lâcher après l’avoir commencée et je remercie mille fois Emmyne d’avoir fait de ce roman un livre voyageur ! Son billet m’avait mis l’eau à la bouche, et si j’ai toujours eu un faible pour les romans se déroulant pendant la seconde guerre mondiale, celui ci avait l’air de l’aborder sous un angle nouveau.  

 

« Je m’appelais François Cellier.

Aujourd’hui, mon nom est Frantz Weinkeller.

Je devrais même dire :

« Ich bin Frantz Weinkeller ». »

 

Strasbourg, 1939. L’oreille tendue vers le poste de TSF, François, 15 ans, apprend l’invasion de la Pologne par l’armée allemande. La seconde guerre mondiale semble inévitable, la France et l’Angleterre étant sur le point d’entrer en « état de guerre ». Rapidement, l’ordre est donné à tous les habitants d’évacuer la ville pour se protéger d’une éventuelle attaque, de prévoir des vivres et de n’emporter que le strict nécessaire. C’est le début de la « drôle de guerre ». Comme des milliers d’autres, François est contraint de quitter la boulangerie familiale, et si son père tente de rester optimiste, la fuite est beaucoup plus dure à vivre pour sa mère. « Avec Strasbourg, cent quatre-vingts autres communes situées le long de la ligne Maginot se vidaient de leurs habitants. Et moi, du haut de mes quinze ans, je laissais ma maison, mon école, mes copains, mes souvenirs, tout ce qui m’avait construit. Je ne savais pas que près de quatre cent trente mille autres personnes s’en allaient comme moi sur les routes en ce début de mois de septembre. » Après un voyage long et éprouvant en train, François et sa famille arrivent dans un petit village proche de Périgueux. C’est ici qu’ils devront s’habituer à vivre en attendant la fin de la guerre et en espérant leur retour en Alsace, c’est aussi là que François fera la connaissance de Anne, réfugiée comme lui. Puis les évènements s’accélèrent, Pétain signe l’armistice et bientôt il faudra rentrer au pays, et ça, même si Hitler reprend les départements perdus par l’Allemagne en 1918… François va devoir rentrer « chez lui », dans une ville occupée : « Nous, Alsaciens, rentrions au pays en laissant derrière nous nos frères juifs et tziganes. Tous ceux que Hitler qualifiait d' »éléments indésirables ». J’étais donc, moi, François Cellier, fils d’un modeste boulanger, assez « pur » pour rentrer à Strasbourg. Je ne comprenais rien, je ne comprenais pas… ou pas encore. »

 

Voilà un très bon roman jeunesse sur un pan méconnu de notre histoire. J’ai été sidérée par le destin de tous ces Alsaciens contraints de rentrer chez eux et d’y vivre sous le joug de l’ennemi. J’ignorais qu’ils avaient dû apporter la preuve de leurs origines alsaciennes ou germaniques et germaniser leurs noms de famille et leurs prénoms. Une nouvelle identité imposée, une éducation reçue dans des établissements dirigés par l’autorité nazie, des cours d’allemand obligatoires, des programmes scolaires dispensant l’idéologie du Führer, la propagande quotidienne, des rendez-vous imposés avec la Jeunesse Hitlérienne…, tout est fait pour éloigner les Alsaciens de leur culture française. Jusqu’à l’embrigadement « volontaire » de milliers de jeunes au « service national du travail » et l’obligation d’effectuer leur service militaire dans l’armée allemande. Ceux qu’on appelle les « malgré nous » sont estimés à 130 000 enrôlés de force… Autant de vies brisées. Tout cela est parfaitement rendu dans le roman de Dorothée Piatek, on suit le jeune François et à travers lui le lecteur découvre le destin de tous ceux qui ont dû, comme lui, marcher dans les pas du diable. Un roman riche donc, très documenté, bien écrit et qui contient en plus tous les ingrédients pouvant plaire aux jeunes lecteurs. Une lecture captivante que je vous recommande chaudement !

 

Les avis de Emmyne, Stéphie, Mathilde, Saxaoul, Liliba

et bientôt ceux des futurs lecteurs de ce Livre-voyageur.gif

 

Premières phrases : « Ma mère aimait ces petits matins d’été paisibles. Les volets des maisons voisines s’ouvraient plus tard qu’à l’ordinaire et les cris des écoliers ne troublaient pas le silence de la rue. La ville s’éveillait en douceur. »

 

Au hasard des pages : « Je décidai de me taire. J’avais appris tant de choses… Je savais les magasins achalandés de nourriture pourrissante. Je savais les vitrines couvertes de toiles de poussière, se mourant de l’absence de clients, et les mouches s’amoncelant le long des fenêtres salies par le temps. Je savais que le silence s’était imposé comme un maître dans notre ville, que les mauvaises herbes avaient pris possession des trottoirs et des rails du tramway. Mais je savais surtout, et malgré les patrouilles de la garde républicaine mobile, que des maisons avaient été pillées. Tout cela je décidai de le garder au fond de moi pour épargner à ma famille des douleurs inutiles. Anne m’avait ouvert les yeux sur les réalités de cette drôle de guerre. Je m’étonnais de n’avoir jamais songé à tout cela auparavant. Ma naïveté était encore bien grande. J’allais prendre seize ans et jamais l’incertitude quant à mon avenir n’avait été aussi grande. » (p. 68-69)

 

Éditions Petit à Petit (Avril 2006)

167 p.

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6 commentaires sur “Je marchais malgré moi dans les pas du diable – Dorothée Piatek

    • Merci à toi pour ce chouette livre vyageur ! J’espère que le paquet est bien arrivé jusqu’à sa prochaine lectrice !

    • Idem, c’est une période très représentée en littérature de jeunesse mais ce pan de notre histoire m’était à moi aussi inconnu ! Et j’ai trouvé ce roman bien contruit et bien mené, ce qui ne gache rien !

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