La carte et le territoire – Michel Houellebecq

La-carte-et-le-territoire-copie-1.jpgLes romans de Michel Houellebecq sont toujours parmi les plus attendus de la rentrée littéraire. Personnellement, ma première et seule rencontre avec l’écrivain remonte aux Particules élémentaires et j’avais gardé en mémoire l’image d’un écrivain sulfureux et scandaleux, image largement reprise dans les médias…  Quand Priceminister a proposé ce match ludique entre Houellebecq et Despentes, ma curiosité m’a poussé à retenter l’expérience.

 

Jed Martin est un artiste quelque peu solitaire, renfrogné, passant tous ses Noëls avec son père vieillissant, un rituel immuable. Vie vide, vide d’évènements, vide de sens, malgré quelques rencontre amoureuses marquantes mais qui ne dureront pas. De simple photographe, Jed Martin est propulsé artiste planétaire grâce à une idée révolutionnaire ou jugée comme telle : photographier la carte plutôt que le territoire, faire de simples cartes Michelin des oeuvres d’art, les représentations du réel devenant plus belles que le réel lui-même. Cette notoriété est aussi soudaine qu’incroyable mais l’artiste arrête néanmoins cette série de photographies et se retire du devant de la scène pendant plusieurs années, années qu’il met à profit pour renouer avec ses premières amours, la peinture. Sept ans plus tard, il fait son « come-back » avec une série de tableaux représentant quarante-deux professions-type complétée par une autre série de tableaux basés sur le fonctionnement de l’économie d’entreprise… Le catalogue de cette exposition est réalisé par Michel Houellebecq lui-même que Jed Martin rencontre à plusieurs reprises. Pour le remercier de son travail, il lui propose de réaliser son portrait, cette oeuvre deviendra la pièce maîtresse de l’exposition, atteignant des cotes astronomiques sur le marché de l’art.

 

Il me sera bien difficile de juger de la qualité littéraire d’un tel roman. Je dois avouer qu’à plusieurs reprises je n’étais pas loin d’abandonner ma lecture. Tout d’abord, en dépeignant le monde de l’art, Houellebecq a bien souvent perdu la néophyte que je suis. Passé cette première réticence, je n’ai pas réussi à rentrer dans l’histoire, incapable de ressentir une quelconque sympathie pour le personnage de Jed Martin. Autre source d’agacement : la mise en scène en tant que personnages de « personnalités » telles que Frédéric Beigbeder ou encore Jean-Pierre Pernault… On croisera aussi Patrick Le Lay, Julien Lepers, Claire Chazal ou encore Pierre Bellemare… Le summum est bien sûr atteint quand Jed Martin, qui est déjà en soi un genre d’avatar de l’auteur, rencontre Houellebecq lui-même…: là je frôlais l’overdose. Alors oui, on peut parler de recul de l’auteur sur lui-même, de second degré, d’auto-dérision, d’ironie. On peut aussi penser que Houellebecq joue le jeu des médias en se dépeignant tel que ceux ci ont tendance à le représenter, tels que nous autres lecteurs l’imaginons peut-être : ermite solitaire, maniaco-dépressif, alcoolique, fuyant ses pairs et les gens en général. Si pour certains critiques, Michel Houellebecq fait preuve d’une certaine modestie en se mettant en scène de la sorte, je n’ai pour ma part pas pu m’empêcher de penser exactement le contraire…

A se demander ce qui m’a poussé à poursuivre ma lecture. Car malgré tout, je ne peux pas nier que La carte et le territoire est un roman ambitieux et complexe et en soi digne d’intérêt. Le style en lui-même ne m’a pas déplu, l’écriture est d’ailleurs assez plaisante. Pourtant, je me suis ennuyée les deux tiers du roman, je ne me suis réveillée qu’au moment où Houellebecq met en scène son propre assassinat, son propre enterrement… Mégalomanie ou incroyable génie, roman magistral ou savante imposture, je vous laisse le soin de vous faire votre propre opinion. Personnellement, la mienne est faite…

 

EDIT 13h00 : Le Prix Goncourt 2010 vient d’être attribué à Michel Houellebecq pour La carte et le territoire par 7 voix contre 2 à Virginie Despentes qui à elle reçu le Prix Renaudot pour Apocalypse bébé…! Grand favori, Michel Houellebecq n’avait encore jamais reçu ce prix, pour lequel il était régulièrement cité depuis 10 ans.

 

Les avis de Stéphie, Yspaddaden, George, Hérisson, Neph, Leiloona, Emeraude… et sûrement plein d’autres…

 

Premières phrases : « Jeff Koons venait de se lever de son siège, les bras lancés en avant dans un élan d’enthousiasme. »

 

Au hasard des pages : « Repensant aux exhortations de Franz il rédigea un mail de relance à Houellebecq, puis se prépara un café. Quelques minutes plus tard, il se relut avec écoeurement. « En cette période de fêtes, que je suppose vous passez avec votre famille… » Qu’est-ce qui lui prenait d’écrire des conneries pareilles ? De notoriété publique Houellebecq était un solitaire à fortes tendances misanthropiques, c’est à peine s’il adressait la parole à son chien. « Je sais que vous êtes très sollicité, c’est donc en vous priant d’accepter mes excuses que je me permets d’insister à nouveau sur l’importance qu’aurait, à mes yeux comme à ceux de mon galeriste, votre participation au catalogue de ma future exposition. » Oui, ça c’était mieux, une dose de flagornerie ne nuit jamais. « Je vous joins quelques photographies de mes tableaux les plus récents, et me tiens à votre entière disposition pour vous présenter mon travail de manière plus complète, où et quand vous le souhaiterez. Je crois savoir que vous vivez en Irlande ; je peux parfaitement m’y rendre si cela vous est plus commode. » Bon, ça ira comme ça, se dit-il, et il cliqua sur la touche envoyer. »  

(p. 127-128)

 

Éditions Flammarion (septembre 2010)

428 p.

 

1pourcent

7/7

Challenge réussi…! En route pour les 2% ?

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-la-carte-et-le-territoire-michel-houellebecq-60509724.html

22 commentaires sur “La carte et le territoire – Michel Houellebecq

    • And the winner is…. Bon, il y a avait-il réellement un suspens ? Mitigée, oui, agacée surtout, je n’ai pas réussi à rentrer dans ce roman où Houellebecq se met en scène… J’attends de lire ton billet, très vite je pense ? 😉

    • Et ben voilà, il l’a ! 😉 Si tu changes d’avis, je serais très curieuse de lire ton billet… Indispensable, je ne crois pas non, mais bon…, c’est Houellebecq, il continue de surprendre ! 😉

  1. Coucou Soeurette. J’ai commencé le livre avant toi mais je ne l’ai toujours pas fini (je suis un peu lent c’est vrai). Pour le moment je trouve le bouquin assez plaisant à lire, même si le côté bobo parisien ressort un peu trop souvent. Il y a quand même un côté désuet ou traditionnel qui me plait bien dans sa façon d’écrire. Et le petit côté cynique et ironique est assez savoureux par moments. Je vais finir le livre je crois (mais à mon rythme). Peut-être l’oublierai-je aussitôt ?

    • Cynique, ironique, oui, c’est vrai. Mais un peu trop à mon goût. Tu me diras ce que tu auras pensé de la fin, ça vaut son pesant de cacahuètes ! 😉

    • …  ^_^ Et voilà, il l’a ! Tu sais ce qu’il te reste à faire ? Le lire…, ou pas ! Je viendrais lire ton avis en tous cas !

  2. J’ai refusé la proposition trop commerciale à mon goût. Et voilà qu’il a le Goncourt, ce qui me dissuaderait encore un peu plus de le lire .. J’entendais ce matin à la radio (comme hypothèse) qu’il avait gommé ses provocations habituelles dans le but justement d’avoir le Goncourt.

    • Ce n’est pas impossible ce que tu dis, c’est un bon calcul en tous cas ! Mais les provocations ont beau être gommées, il m’a profondément énervée quand même ! 😉

    • Le pire c’est que je ne me rappelais même pas que c’était aujourd’hui qu’il était décerné ! C’était la « date limite » Priceminister, ben oui, j’suis blonde, j’avais pas fait le rapprochement !! Cela dit, tu peux passer hein, tu l’auras compris ! 😉

    • Même pas fait exprès en plus ! 😉 Si tu te lances dans « l’expérience Houellebecq », je serais curieuse de connaître ton avis ! 😉

    • Tu as bien de la chance ! Moi je reste sceptique, cet écrivain n’est paut-être pas fait pour moi tout simplement ! 😉

    • … j’avoue qu’il n’y a pas que le plagiat wikipédia qui m’a hérissé le poil, c’est un tout je pense ! Mais bon, j’ai quand même été au bout de ma lecture ! 😉

  3. C’est une critique vraiment intéressante, tu as dit pourquoi tu n’aimais pas mais tu dis que M. Houellebecq est un bon écrivain quand même, on aime ou pas son style, cette façon de voir la société, les médias. Tu emploies le terme « d’avatar » ça m’a fait sourire, moi j’ai mis alter égo !!! Moi j’aime beaucoup Jed Martin, j’aime bien ces personnalités au peu en marge…. C’est le premier roman que je lis de cet auteur il faut que je lise les particules élémentaires, pour commencer ensuite les autres. Tu sais que dans la médiathèque où je bosse on a souvent des stagiaires allemands à cause du jumelage et ils nous disent que l’on a de la chance d’avoir Michel Houellebecq, c’est rigolo quand même !! Bon maintenant je pourrais répondre « sans lever les sourcils et dire ha bon moi je ne l’ai jamais lu…. »

    • Pour ma part je pense tout de même que je ne relirai pas de sitôt du Houellebecq ! Les Particules élémentaires c’est qaund même TRES particulier, je me souviens que je n’avais pas du tout aimé ! A toi de te faire ta propre opinion ! 😉

  4. mon avis est moins sévère que le tien J’ai bien apprécié ce livre C’est une réflexion sur les objets et la fonction de l’art, un témoignage intéressant sur les relations entre artistes d’une part et entre disciplines artistiques d’autre part. C’est aussi une réflexion sur notre société et son évolution.

    • C’est en partie une des rasions je pense qui m’a freinée dans ma lecture… Trop de reflexions, pas assez d’histoire peut-être ? C’est le genre de roman qui divise en tous cas ! 😉

  5. HOUELLEBECQ, ROI DES « CONCIERGES EN REVOLUTION »

    Avec sa tête de pauvre type Houellebecq écrit des livres de pauvres types.

    Auteur d’une littérature minable écrite pour des minables qui l’adulent, cette face d’avorton a la plume rase, le verbe bas, la pensée vile.

    Houellebecq est le chantre des ratés. D’où son formidable succès.

    Dans ses livres il a placé sans complexe le Dupont sur un trône -celui de l’insignifiance mais peu importe, un trône est un trône à ses yeux- revendiquant le droit de faire régner la loi du commun -pour ne pas dire du rien du tout- sur les étagères les plus prisées des bibliothèques. Au nom de son air d’abruti.

    Chez Houellebecq les petits présentés comme des victimes de leur petitesse gagnent toujours du début à la fin : avec lui c’est la revanche des eaux troubles de la sexualité sur l’onde pure de l’esprit, le triomphe de la fosse des sentiments sur la verdure des sommets, la gloire du quotidien inepte sur l’intemporel vol de l’âme, la victoire des êtres médiocres et de leur oeuvres crasseuses sur les neiges éternelles de l’Art.

    L’époque étant comme on le sait à la totale dégénérescence littéraire, Houellebecq est le plus fameux de ses représentants.

    De ce déchet de notre civilisation en pleine dérive culturelle, on a fait une légende vivante.

    Roi des Dupont auxquels il s’adresse, Houellebecq est un produit marketing performant, inusable, réutilisable à chaque rentrée littéraire ! Il suffit juste de changer l’emballage de ses bouquins chaque année. Bref, la gloire des éditeurs. Pardon, des vendeurs de papiers.

    Houellebecq est un phénomène : chacune de ses apparitions télévisées est un événement.

    Dès que passe sur les écrans plats de la France attablée sa tête molle de vieux puceau frustré et libidineux, il fait chavirer le coeur des ménagères monoparentales ménopausées, miroiter des jours encore plus tièdes aux concupiscents concierges constipés, espérer un sirop de bonheur pseudo littéraire toujours plus vil et fade aux minus malades, comme lui, de leur existence de nabot.
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    Complément à l’article
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    Pour rappel, voici ,un extrait de l’interview par Vignale (texte numéro 509) au sujet de la littérature :

    Vignale – Quels sont les auteurs contemporains qui ont vos faveurs littéraires ? Houellebecq vous touche-t-il davantage qu’un Beigbeder, un Zeller ou un Moix ou bien vous ne lisez que les morts ?

    Raphaël Zacharie de IZARRA – Je suis fièrement inculte. Vierge de bien des influences mais non point sans avis. Je connais les titres et les têtes des écrivains actuels, mais guère plus. Rares sont ceux qui ont su me plaire avec leurs mots. Je possède une intuition étrange : je sais reconnaître un auteur de valeur sans ouvrir un seul de ses livres, juste en lisant sur ses traits. Car la Littérature transparaît sans fard sur la face des auteurs dignes de ce nom. Sur leur front, moi je la vois dans sa vérité. La Littérature ne m’échappe pas.

    J’ai l’oeil pour ces choses. Et lorsque je vérifie les écrits de l’auteur ainsi sondé, je constate que je ne me trompe jamais. Celui qui parle en auteur mais qui n’a pas l’éclat de la Littérature entre les deux yeux, je le sais avant même de lire sa première page.

    J’estime sans l’avoir lu que Houellebecq, s’il possède effectivement quelque plume (pour avoir survolé de très loin une ou deux de ses pages, je n’ignore pas de quoi je parle) manque singulièrement de hauteur ne serait-ce que parce qu’il a commis l’impudeur de montrer sa face aux caméras de télévision. Trivialité impardonnable pour un auteur digne de ce nom.

    http://izarralune.blogspot.com/2007/05/509-vignale-me-pose-dix-questions.html

    Raphaël Zacharie de IZARRA

    • Le moins que l’on puisse dire c’est que tu n’y vas pas de main morte ! Tu as le sens de la formule ! Mais juger sans avoir jamais lu l’auteur en question est-ce avoir les bons arguments ? 😉

  6. Finalement tout part de là: s’attacher ou non au personnage principal. Moi j’avoue que j’aime les héros solitaires, sans vie sociale et détachés du monde (ça me déculpabilise d’être une ermite ha ha!).
    Je comprends que tu trouves hyper prétentieux de se mettre en scène pour un auteur mais finalement tous les écrivains font ça d’une certaine manière, ils mettent tous un peu d’eux-mêmes dans leurs personnages…

    • Je n’ai rien à priori contre les héros solitaires…, celui là je l’ai juste trouvé imbuvable, du moins c’est le sentiment qu’il me reste aujourd’hui… Et oui, effectivement, on ne peut guère reprocher aux auteurs de mettre beaucoup d’eux-mêmes dans leurs romans…!

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