La mécanique du coeur – Mathias Malzieu

MécaniqueducoeurIl y a bien longtemps que je souhaitais lire ce roman, je l’avais même offert à plusieurs reprises avant de me décider à le lire moi même. On connaissait Thomas Malzieu chanteur et parolier du groupe Dyonisos, on l’a découvert écrivain avec des nouvelles d’abord puis l’énorme succès de Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi (2005). La mécanique du coeur, paru en 2007, a inspiré l’album du même nom. Il est en cours d’adaptation cinématographique.

 

La couverture donne le ton : on est là dans un univers onirique, fantastique, poétique et décalé, un univers à la Tim Burton ou Jean-Pierre Jeunet. Tout commence à Edimbourg en 1874 et c’est « le jour le plus froid du monde. » C’est précisément aujourd’hui que Jack va naître ; sa mère est jeune, sans repères, et se dirige chez le docteur Madeleine, connue pour secourir tous les éclopés de la vie. Mi sage-femme, mi sorcière, elle mettra au monde cet enfant, comme des centaines d’autres, elle qui n’en a jamais eu. Mais cette naissance est différente, et pour cause : Jack naît avec le coeur gelé. Pour qu’il vive, Madeleine tente l’opération de la dernière chance : elle lui greffe une horloge, seul ce mécanisme peut en effet aider son coeur à battre.

Jack passera les dix premières années de sa vie chez Madeleine, qui l’élèvera comme son fils. De tous les couples se présentant chez elle, aucun ne désirera adopter cet orphelin si particulier et si différent. Il vivra donc aux côtés de Madeleine qui l’aidera à remonter son horloge chaque matin, mais aussi de Ana et Luna, deux prostituées et de Arthur qui vient périodiquement se faire rafistoler par Madeleine. Mais Jack veut voir le monde, même si Madeleine l’a mis en garde : il doit à tout prix éviter les émotions fortes, la colère bien sûr, mais l’amour surtout, de peur de briser cette fragile mécanique. Dans les rues de la ville, il tombe sous le charme d’une jeune chanteuse andalouse, Miss Acacia, myope, maladroite et tellement mystérieuse. Jack n’aura de cesse de la revoir et de la retrouver, où qu’elle soit…

 

Voilà un agréable conte pour les grands : l’histoire est originale et les personnages sont touchants. Sur sa route, Jack croisera Jack l’éventreur dans un train mais aussi George Méliès, père du cinéma, qui l’accompagnera dans sa quête jusqu’en Espagne. A l’Extraordinarium où chante Miss Acacia, Il se fera embaucher au train fantôme pour y effrayer les passagers mais n’arrivera qu’à déclencher des fous rires. Il fera face à son rival de toujours, Joe, revenu lui aussi récupérer Miss Acacia… Il y a de jolis moments, de jolies trouvailles et de belles idées dans ce roman mais j’avoue que j’y ai trouvé quelques longueurs. Le charme n’a finalement pas autant opéré que cela… La plume de Mathias Malzieu est souvent poétique, mais elle agace aussi. Je ne sais pas ce qui m’a réellement gêné dans cette lecture : sûrement ce style tour à tour ampoulé et (parfois trop) moderne et l’abondance d’images à chaque phrase. Je n’ai pas réussi à lire ce livre d’une traite, ce qui se passe normalement quand l’histoire me plaît : je l’ai lu par à coups, à la fois pressée d’en voir le bout et incapable d’en lire plus de 30 pages d’affilée… Bref, je garde un sentiment mitigé de cette lecture. J’aime l’idée de départ, l’univers et le décor mis en place par l’auteur, les personnages remplis de failles… Je pense d’ailleurs que l’adaptation cinématographique devrait être des plus réussies. Je ne suis pourtant pas séduite par le résultat final, allez donc savoir pourquoi…

 

Premières phrases : « Il neige sur Edimbourg en ce 16 avril 1874. Un froid de canard paranormal cadenasse la ville. Les vieux spéculent, il pourrait s’agir du jour le plus froid du monde. A croire que le soleil a disparu pour toujours. Le vent est coupant, les flocons plus légers que l’air. BLANC ! BLANC ! BLANC ! Explosion sourde. On ne voit plus que ça. Les maisons font penser à des locomotives à vapeur, la fumée grisâtre qu’exhalent leurs cheminées fait pétiller un ciel d’acier. »

 

Au hasard des pages :  » Je viens d’embrasser la fille à langue d’oiseau et rien ne sera plus jamais comme avant. Mon horlogerie palpite tel un volcan impétueux. Pourtant ça ne me fait mal nulle part. Enfin si, quand même, j’ai un point de côté. Mais je me dis qu’après une telle ivresse de joie, ce n’est qu’un maigre prix à payer. Cette nuit, je vais grimper à la lune, m’installer dans le croissant comme dans un hamac et je n’aurai absolument pas besoin de dormir pour rêver. » (p. 88)

 

Editions J’ai lu (mars 2009)

155 p.

Paru précédemment chez Flammarion (octobre 2007)

 

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-la-mecanique-du-coeur-mathias-malzieu-55837899.html

13 commentaires sur “La mécanique du coeur – Mathias Malzieu

    • Ca me rassure de voir que je ne suis pas la seul à être restée sur le bas côté… J’en attendais peut-être trop au vu des critiques élogieuses…

    • A nouveau rassurée… Curieusement, c’est plutpot le début moi qui m’a ennuyée… Il y a quand même de chouettes moments !

  1. J’ai commencé à lire il y a quelques jours son premier roman, Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi. Je n’ai pas du tout accroché et j’ai laissé tombé au bout de 10 pages tellement je m’ennuyais. Je n’aime pas du tout son style, qui est pourtant très poétique. J’ai eu l’impression de lire une succession de paroles de chansons. Très peu pour moi ! En plus c’est censé être un roman mais le début est très autobiographique donc ça m’a fait bizarre.
    Bref, je continuerai à écouter Mathias Malzieu, mais pas à le lire !!

    • Tout à fait d’accord avec toi ! C’est sûr, c’est poétique, mais en même temps le roman regorge de « putain » à toutes les pages… Très déstabilisant tout ça ! Je préfére moi aussi l’écouter !

    • ben oui, dommage, j’avais pourtant hâte de rentrer dans cet univers là, rendez-vous manqué pour moi, mais je comprends que ça puisse plaire…

    • Je n’ai pas lu son premier roman, j’aimais beaucoup l’idée de La mécanique… Dommage, je n’ai pas été aussi séduite que toi ! je comprends qu’on puisse aimer par contre, personnellement, c’est l’écriture qui m’a génée..

  2. j’ai moi aussi lu ce livre il est vrai que la poésie du texte touche mais il reste quand même marquant en négatif parfois tellement le « héro » souffre.
    ps : je suis nouvelle sur la blogosphère si jamais cela te dis tu es la bienvenue mais il faut être indulgente je débute ^^

    • Bienvenue à toi aussi alors ! Je débute moi aussi dans la blogosphère, même si lire est un peu mon métier ! 😉 Je vais aller lire ton avis !

  3. L’idée est originale mais malheureusement je me suis lassée au bout de quelques pages seulement…je me suis quand même efforcée de le terminer, ce que je n’aurais pas dû faire car j’ai été déçue par la fin.

    • Hi hi, te voilà toi ! 😉 Cela dit, je suis bien d’accord avec toi ! Attendons le film pour voir ce qu’ils en feront…

    • C’est vrai, c’est un métier idéal pour moi ! Je regarderai ton avis sur son premier roman alors…, et bonne continuation ! 😉

    • Je n’ai rien à dire sur l’histoire, originale, poétique… C’est surtout l’écriture qui m’a génée en fait…

  4. C’est mon préféré de cet auteur, au point que j’ai le CD Album. Par contre tes remarques sur le style ampoulé et les longueurs je suis entièrement d’accord avec toi car j’ai été déçu par 37 mini westerns où là j’étais pressée de finir ma lecture. La mécanique du coeur est à mon sens son roman le plus abouti et le meilleur

    • Belle idée, joli conte… mais pas de coup de coeur pour moi. Je n’ai rien relu de Malzieu depuis, il faudra que je réessaye…!

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