La petite souriante – Zidrou / Springer / Lambour

Nuit d’encre. Quelques autruches à l’oeil goguenard. Un pick up à l’arrêt dans une plaine déserte. Gros plan sur un homme qui assassine sa femme sauvagement à coups de massue. Visage fracassé, corps démantibulé dans une robe à fleurs ensanglantée, il ne reste plus grand chose de reconnaissable de Dora. Le devoir accompli, Pep charge le corps de sa défunte épouse à l’arrière du véhicule, termine le job quand elle se met à parler dans des borborygmes indistincts et balance froidement la récalcitrante dans un puits. Trois molaires ramassées en guise de trophée, Pep peut annoncer la bonne nouvelle à sa maîtresse…

 

Josep Pla, dit Pep, éleveur d’autruches depuis 20 ans, vient enfin de se débarasser de son encombrante épouse, cauchemar de ses jours et de ses nuits depuis 13 ans. Enfin peinard. Et libre d’aimer et de se taper au grand jour sa belle-fille Isabela, à l’origine de ce sanglant carnage. Une pluie providentielle lavant les traces de la tuerie, il ne lui reste plus qu’à mettre le feu à ses vêtements souillés et à rentrer au bercail où les hurlements de la mégère ne risquent plus de lui vriller les tympans. Pep passe la porte, s’étonne de la lumière restée allumée dans la cuisine… et y découvre sa femme, bigoudis sur la tête, qui lui réclame du beurre… L’histoire ne fait que commencer…

 

Etonnant Zidrou ! A mi-chemin entre un court-métrage de série Z et un thriller horrifique à haute teneur en hémoglobine, le scénariste joue la carte du trash assumé et de l’humour de mauvais goût dans un album noir très serré. Débauche de sang et de violence, gros plans bien gores on ne peut plus explicites, l’heure n’est pas à la suggestion. Ca gicle, ça éclabousse, ça tache… et ça ne fait pas semblant.

 

Passé l’instant de surprise, le lecteur s’étonne de naviguer presque normalement dans un univers qui lui est loin de l’être. Des morts qui ne le sont pas ou qui ne comptent pas le rester, des mises à mort sanglantes qui en entraînent d’autres… on finit par ne plus trop se poser de questions tant il ne semble pas y avoir d’explication rationnelle à un tel chaos. Violence, cruauté, stupidité crasse, folie, vulgarité… Benoît Springer s’y entend pour mettre en images l’histoire ô combien sordide imaginée par son acolyte. Le trait est gras et grossier, les personnages laids et odieux, tout est poisseux, visqueux et dégueulasse. Une impression accentuée par des cadrages cinématographiques on ne peut plus réussis qui rendent le tout d’un extrême réalisme.

 

Le lecteur, embarqué sans ménagement, hésite entre rire jaune et nausée, écarquille les yeux, les ferme tout aussi soudainement… et finalement s’amuse de cette parenthèse horrifique où les deux auteurs s’en sont visiblement donné à coeur joie. Après Le Beau voyage et L’Indivision, le duo Zidrou – Springer ne fait pas dans la dentelle en brodant sur la comptine La petite souriante que l’on retrouve dans le cahier graphique en fin d’ouvrage. Un bien bel ouvrage d’ailleurs, à la couverture effet vieilli très réussie. Les fans de Zidrou risquent d’être divisés sur ce nouvel opus, j’en ressors personnellement étonnée et conquise tant le scénariste touche-à-tout continue de me surprendre.

 

Une découverte hors des sentiers battus que je partage avec Mo’

Editions Dupuis (Février 2018)

56 p.

 

Prix : 14,50 €

ISBN :  978-2-8001-6859-3

BD de la semaine saumon

… chez Stephie

30 commentaires sur “La petite souriante – Zidrou / Springer / Lambour

  1. Toujours aussi surprenant pour moi qui suis loin d’être à la page concernant l’actualité de Zidrou. Pas mon préféré mais dans « le camp » de ceux que j’ai apprécié en tout cas 🙂

  2. Tentée évidemment même si les scénarios d’horreur ne sont pas franchement mon truc ! (mais impossible de résister à Zidrou et à vous surtout <3)

  3. J’adorais Springer pour ses premières BD, j’avais lu Volunteer, sa série vampirique… que je n’avais pas fini en raison d’une évolution du dessin vers du n’importe quoi. J’ai feuilleté cet album et je trouve le dessin toujours aussi pauvre alors que cet auteur est capable de planches vraiment très fortes. Je ne comprends pas cette évolution, c’est dommage.

  4. Je ne sais pas… Ce qui est de l’ordre du gore &co, je préfère l’imaginer plutôt que le voir, même si c’est du dessin…
    Je vais aller lire Mo’ et voir si son article me convainc… Ou pas!

  5. J’ai hâte de le lire celui-là, tout ce que j’aime 🙂 et on l’aura bientôt à la médiathèque, faut juste que je ménage ma patience maintenant 😀

  6. Déjà tentée par Mo’, ton billet achève de me convaincre… (et puis je veux savoir la fin, moi !! Il l’a tuée ou il a juste rêvé qu’il le faisait ??)

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