La plus belle fille du monde – Agnès Desarthe

La-plus-belle-fille-du-monde.jpgDisons le tout net, je me suis régalée à la lecture de ce roman ! Pourtant, ma première rencontre avec cette auteure s’était soldée par un échec retentissant, j’avais donc opté cette fois ci pour un roman jeunesse, histoire de découvrir une autre facette d’Agnès Desarthe…, et ouf, j’ai passé un très bon moment !

 

Mais qui est-donc cette fameuse fille, « la plus belle du monde » comme l’annonce la couverture de ce roman ? La narratrice met tout de suite les choses au clair, elle n’est pas l’héroïne de l’histoire qu’elle s’apprête à raconter, non, loin de là. Sandra a 14 ans et ne sait pas vraiment si elle doit s’en réjouir, une chose est sûre en tous cas, elle veut devenir écrivain, de là à dire que sa vie peut devenir la matière d’un roman, il n’y a qu’un pas ! C’est donc à la manière d’un écrivain que Sandra va nous raconter « son » histoire : sa petite vie bien ordonnée et somme toute assez banale de lycéenne bouleversée par l’arrivée dans sa classe de seconde de la sublime Liouba. Avant Liouba, tout était plutôt simple, il y avait Sandra et ses amis, Fleur, Allison et le seul garçon de la bande surnommé « Mon commandant », unis comme jamais. Le pire, c’est qu’ils n’ont rien à reprocher à la nouvelle venue, en plus d’être belle, celle ci est drôle, douce, modeste et apparemment totalement inconsciente de ce qu’elle dégage, en un mot, parfaite. Bref, c’est la cata…

 

Franchement jubilatoire ! A première vue, l’histoire a l’air d’être une énième histoire d’ado, du style « moi, mes problèmes, mes potes et mes lourdeaux de parents »…, que nenni ! Évidemment, le thème de l’amitié est tout de même le noyau du récit…, mais pas que ! Évidemment, la cohésion du petit groupe va se retrouver « menacée » par l’arrivée de la belle…, du moins en apparence ! Non, le gros plus de ce roman c’est le ton particulier sur lequel il est raconté. L’héroïne « malgré elle » se joue de tous les codes de la littérature pour écrire « son » roman, celui là même que le lecteur tient entre les mains. Du coup, Sandra réfléchit, s’interroge et nous le fait savoir : c’est drôle, fin, subtil, bien pensé et sacrément intelligent ! Elle a d’ailleurs un avis tout personnel sur l’utilisation de certaines figures de styles ou certains procédés narratifs et utilise à sa guise digressions et ellipses. Le tout dans un style agréable et fluide, j’ai souri, j’ai ri, bref, j’ai adoré !

 

Clarabel, Laure, Marie, Lasardine et Enna sont emballées !

 

Premières phrases : « Autant vous le dire tout de suite, je ne suis pas l’héroïne de cette histoire. La plus belle fille du monde, ce n’est pas moi. Je ne suis même pas la plus belle du quartier, ni la plus belle de la classe. Je suis juste moi, Sandra Walser, j’ai quatorze ans, ce qui est à la fois un très bon âge et le contraire, un âge nul, ça dépend de quel point de vue on se place. »

 

Au hasard des pages : « C’est un problème. Un problème auquel je n’avais jamais réfléchi mais qui est assez grave : le temps de la vie n’a rien à voir avec le temps des romans. Dans la vie, on n’a pas droit aux ellipses, on ne peut pas s’envoyer dans le futur à coups d’expression du genre « Bien des années plus tard », ‘L’eau avait coulé sous les ponts », ou « A vingt-deux ans, notre héroïne n’était plus », etc. Dans la vie, on est obligés de se taper tous les moments sans intérêt que la littérature évite soigneusement : les petits pipis, les files d’attente, les jours où il pleut tellement qu’on ne peut pas sortir, les semaines de vacances où les autres sont partis et pas nous, les trois minutes qu’il faut au micro-ondes pour réchauffer le repas… La liste est infinie. Si on réfléchit, la vie est même beaucoup plus pleine de ce genre de moments idiots que d’instants cruciaux. La rencontre magique, l’échange de regards qui bouleverse le cours des choses, la conversation géniale, les évènements clés qui font le tissu des livres sont éparpillés au hasard dans la vraie vie. On passe en fait la plupart de notre temps à fonctionner, à mettre un pied devant l’autre en espérant qu’il se passe quelque chose, alors qu’en réalité il ne se passe presque jamais rien. » (p. 36-37)

 

Éditions École des Loisirs (Octobre 2009)

162 p.

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11 commentaires sur “La plus belle fille du monde – Agnès Desarthe

    • Tu devrais être séduite par celui ci, moi aussi ma première rencontre avec elle s’était soldée par un échec !

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