La vie lente des hommes – Sylvie Aymard

La vie lente des hommesLa vie lente des hommes fait partie de ces romans que l’on lit d’une traite, avec le sentiment de vivre un moment hors du temps. Je ne connaissais pas Sylvie Aymard mais cette lecture m’a donné envie de découvrir ses deux précédents romans… Une écriture sensible, émouvante et pudique à la fois, une belle histoire, une très jolie découverte !

 

Nous sommes en 1939, la guerre est bien là, c’est la mobilisation générale. Bussy a treize ans et déjà, sa beauté est une offense. « Elle n’y peut rien, ses yeux armés de cils trop longs lui donnent un air espiègle et pervers. » Matteo est bien conscient du regard des hommes sur sa petite fille, elle est très belle, trop belle, « d’une beauté à cacher dans une tour », comme sa mère Lisa, morte en lui donnant naissance. Pour la soustraire à la guerre, il l’emmène en Province chez une amie d’enfance de Lisa, Annette. Là, elle rencontrera Daniel, un jeune résistant, un premier amour qui bouleversera sa vie à jamais…

Tristan a lui aussi fui Paris pour y revenir très vite aider son père à la mercerie. La vie dans une ferme auvergnate, l’exode, très peu pour lui. A la Libération, au plus fort de la liesse de la victoire, au milieu de la foule, Tristan aperçoit Bussy. Inaccessible, elle lui échappe, le laissant hébété et vide. Le hasard les réunira et Tristan ne quittera plus jamais Bussy. Les années passent, Bussy a un secret qui la ronge… Esther, adulte, raconte la vie de sa mère, ce qu’elle en sait, ce qu’elle devine, ce qu’elle redoute, son errance, son désir de liberté.

 

Quel roman magnifique ! J’ai tout aimé dans ce roman, la plume de l’auteur m’a transportée, c’est poétique et envoûtant, c’est beau, tout simplement.

Le lecteur écoute cette histoire, celle de Bussy et de Tristan. Il écoute cette même histoire de la bouche d’Esther, Esther au physique banal, subjuguée par la beauté de sa mère. Esther tient un chenil. A elle seule elle est un refuge, pour les animaux, et pour les hommes aussi. Ils viennent à elle, souvent… Confusément, elle cherche dans chacun de ces hommes, qui est sa mère, qui est Bussy.

Sylvie Aymard nous offre deux très beaux portraits de femmes, chacun de ces portraits éclairant l’autre. Dans un entretien réalisé par son éditeur, elle dit : « Mes héroïnes courent après leur liberté, les hommes montent la garde. » Et elles sont belles ses héroïnes, les hommes ne peuvent que les contempler, les aimer, les protéger. Tristan et son amour « jamais consumé » pour Bussy, Matteo, père ébloui, père attentif : deux très beaux portraits d’hommes aussi…

Vous l’aurez compris, ce livre est un coup de coeur ! Merci à ma libraire pour ce très bon conseil de lecture ! Et merci madame Aymard pour ce roman lumineux, vous m’avez séduite !

 

Premières phrases : « Elle porte un châle en laine, croisé fort dans le dos, contre la primo-infection. Même en ce début septembre presque torride. L’après-midi est roux, teigneux, crépitant de soleil. »

 

Au hasard des pages : « Matteo tire la robe de la jeune fille pour cacher ses cuisses. Il ne dit rien, préfère ignorer ce qu’il désapprouve. Il reconnaît dans les yeux de Lucien cette lueur qui s’écrase toujours sur elle, avec une légère brisure découragée. Elle est d’une beauté à cacher dans une tour. On la soupçonne disponible, facile à dilapider. L’envie des autres l’embellit sans cesse. » (p. 20)

 

« Un jour, il faudra bien qu’elle me raconte dans l’ordre. Mon enfance est une succession de scènes, d’images courtes, de plans coupés, de marionnettes à gourdin qui s’assomment entre elles avec entrain et imprévu. » (p. 87-88)

 

Éditions Maurice Nadeau (Juin 2010)

137 p.

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5 commentaires sur “La vie lente des hommes – Sylvie Aymard

    • 😉 Je le savais aussi ! Il est vraiment bien, et puis c’est une totale découverte pour moi, je ne connaissais ni l’auteur, ni l’éditeur ! Je te rassure, il se lit vite… ;-))

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