Laver les ombres – Jeanne Benameur

Laver les ombresAussi curieux que cela puisse paraître, je ne connaissais Jeanne Benameur que par ses écrits pour la jeunesse, que je trouve d’ailleurs excellents (Samira des Quatre-Routes, Quitte ta mère, Si même les arbres meurent, Le Ramadan de la parole…). J’ai donc profité de la réédition en poche de Laver les ombres pour découvrir un roman « adulte » de cet auteur. Je suis sous le charme et encore sous le choc de cette lecture !

 

Dans son appartement, Léa a laissé une pièce entièrement vide : c’est là qu’elle danse, chaque matin, c’est là que son corps se libère, s’exprime. Dans la vie, Léa est « chorégraphe par nécessité« , son corps, elle veut le maîtriser à la perfection, le dompter, tout comme elle aimerait réussir à s’abandonner dans sa vie de femme. Car Léa n’arrive pas à aimer sans barrières. Pourtant il y a Bruno, Bruno le peintre qui aimerait tant que Léa pose pour lui, qu’elle se mette enfin à nu. D’où vient cette peur d’aimer ? Un soir de tempête, Léa rejoint sa mère, sa mère qui a des choses à lui dire, elle qui d’ordinaire ne parle jamais. Quand Romilda parle, le monde de Léa s’écroule, entre rejet et tristesse, honte et répulsion… En 1940, au coeur de la guerre, à Naples, Romilda est Suzanne. Dans cette « grande maison« , et pour l’homme qu’elle aime, elle tente tous les jours de disparaître, d’oublier ces voix et ces corps d’hommes. Pour « Jean-Baptiste le français », elle apprend à n’être plus personne…

 

Jeanne Benameur nous offre ici un roman poignant, sensible, pudique et profondément intime. En onze tableaux qui alternent entre le présent de Léa et le passé de Romilda, les fils se tissent, les liens se nouent entre cette mère et cette fille qui se découvrent et se révèlent enfin dans la parole partagée. La vérité peut-elle sauver ? Les mots peuvent-ils libérer du poids du passé, des non-dits et des secrets…? Face à face, mère et fille vont « laver les ombres », Romilda va dire l’indicible, Léa va entendre l’inacceptable.

Un roman lu d’une traite, tant la plume de Jeanne Benameur arrive à retranscrire à merveille les blessures et les maux de ses deux femmes. Si en photographie, « laver les ombres » veut dire « mettre en lumière un visage pour en faire le portrait », nul doute que ceux de Léa et de Romilda resteront longtemps gravés dans mes souvenirs… Un vrai coup de coeur de lecture !

 

Les avis de Stéphie, Clarabel, Lily, Sylire, Leiloona, Malice, entres autres…

 

Premières phrases : « Quand Léa ne travaille pas dès le lever, juste après le premier café, ça ne lui vaut rien. Il lui faut saisir la façon dont son corps va s’articuler au monde avant que la journée avec les autres ne commence. Seule, dans le jour qui vient, par des exercices répétés, elle tisse ses liens avec l’air. Une grammaire sensible, improbable, à réexpérimenter chaque matin. Elle s’oriente. »

 

Au hasard des pages : « Danser, c’est attirer le vide. Un péril intime. Ce péril-là, c’est elle qui le choisit. On n’échappe pas à la seule forme de liberté qu’on s’est donnée soi-même. » (p. 22)

« Léa entend et les paroles de sa mère résonnent tout au fond d’elle. Elle reconnaît ce qui a toujours bercé sa tristesse sans nom. Familière. Immense. Son désert. Cette nuit, elle apprend. C’est devant l’histoire de ceux qui l’ont conçue qu’elle voit que tout lien a été balayé. On ne questionne pas le vide. On avance. Avec la peur à chaque pas. » (p. 131)

 

Éditions Actes Sud, collection Babel (Août 2010)

156 p.

Première parution en août 2008 dans la collection Romans.

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-laver-les-ombres-jeanne-benameur-56883680.html

10 commentaires sur “Laver les ombres – Jeanne Benameur

  1. J’aime beaucoup ton billet pour un livre qui a été beaucoup vu sur les blogs!! je suis bien décidée à le lire même si ce n’est pas trop le genre de lecture vers lequel je me penche en général mais ton billet est très beau, à la fois simple et qui donne envie!

  2. J’avais lu « Présent » quand j’étais à l’iufm, et bien que j’avas trouvé l’écriture agréable, le contenu du roman ne m’avait pas du tout plu. Il s’agit d’une prof de SVT néotit nommée en région parisienne et qui ne le supporte pas. Dans mon souvenir, c’était chiant parce que la fameuse prof passait son temps à se plaindre et à pleurnicher.
    Mais j’avais envie d’en essayer un autre, donc pourquoi pas celui-ci!

    • Zut alors !!! Je n’ai pas trouvé ton billet en faisant ma recherche des liens à rajouter !!! Je vais de ce pas lire ton avis…, et rajouter un lien ! 😉

    • Pour celui ci c’est encore un coup de ma libraire préférée! 😉 A part pour Corps, pas de grosse déception dernièrement, tant mieux! 😉

  3. A lire absolument de cette auteure : Les demeurées. C’est tout simplement sublime. Je ne connais pas celui-ci mais je vais le lire, c’est sûr. Quant à Présent, j’avais aussi beaucoup aimé. En fait, j’aime tous les livres de Jeanne Benameur, qu’ils soient pour la jeunesse ou pour les adultes. Elle a une écriture subtile, juste, superbe !

    • Et bien moi c’est le contraire : je ne connaissais que ses écrits pour la jeunesse, je suis ravie de la découvrir par ce titre ! Je compte bien lire les titres dont tu parles, j’ai adoré Laver les ombres ! 😉

    • J’ai beaucoup aimé celui ci, j’espère que tu iameras autant ! Sinon, la septième vague a tout balayé sur son passage ! 😉

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