Le Monde sans les enfants et autres histoires – Philippe Claudel

Monde sans les enfantsAprès avoir frémis à la lecture de « Travail soigné« , il me fallait un peu de détente, un peu de fraîcheur, un peu d’insouciance… Et quoi de mieux que des petites histoires mettant les enfants à l’honneur pour sourire ? Ces 20 nouvelles de Philippe Claudel sont autant de petits bonbons, de petites douceurs, qu’on déguste avec bonheur… ou avec gravité parfois ! J’ai retrouvé avec plaisir la plume de celui qui m’avait enchanté avec Les âmes grises ou La petite fille de Monsieur Linh.

 

Comme le dit lui même l’auteur dans sa dédicace, ces histoires sont « pour les petits qui vont devenir grands, et pour les grands qui ont été petits ». Chaque histoire, très courte, rarement plus de 3 pages, met en scène des enfants : enfants d’ici, enfants d’ailleurs, gais, tristes ou rêveurs, résignés ou plein d’espoir, ils sont touchants, drôles, graves ou émouvants. Et toujours, cet écho à notre quotidien de « Grand ».

 

Au détour des pages vous croiserez Coraline, agacée par une fée sortant d’une longue période de chômage et dont les pouvoirs sont devenus très approximatifs, qu’elle encourage d’un « Soyez une tueuse! ». Vous rencontrerez aussi Lucas, le mal aimé, qui se réfugie dans les livres pour ne plus en sortir… Vous serez émus par Walid, le « petit voisin » de Bagdad qui ne croit plus beaucoup en Dieu et dont le quotidien est rythmé par les bombes et la guerre. Vous sourirez en regardant Zazie tentant d’inventer un vaccin pour rendre les gens gentils ou Juju qui se trouve moche. Vous serez touchés par cette petite fille sans nom vivant dans une bulle, qui ne connait ni les caresses ni les baisers de ceux qu’elle aime. Vous soutiendrez Raymond, chasseur de cauchemars « à l’ancienne » et sa femme, balayeuse de soucis, que la modernité n’épargne pas. Vous observerez Jaimé, petite fille de 6 ans, contrainte de travailler tous les jours sur « la colline aux détritus ». Ou encore Léon chez qui l’omniprésence de la télévision empêche sa famille de se parler et même de se connaître réellement…

 

Des histoires triste ou douces, amères ou sucrées qui feront naître sur votre visage un sourire, ou un soupir… Et des histoires qui toutes nous rappellent qu’il n’est pas toujours facile d’être un enfant et que « quand on est grand, on oublie, on oublie presque tout, et on oublie surtout qu’on a été un enfant. »

 

Premières phrases : « Un beau matin, ou plutôt, un sale matin, oui, oui, un vraiment sale matin, quand les hommes ouvrirent l’oeil, ils se rendirent compte qu’il se passait quelque chose de bizarre. Pas de bruits. Pas de rires. Pas de gazouillis. Rien du tout : les enfants avaient disparu ! Quand je dis les enfants, je veux dire tous les enfants, partout dans le monde, dans tous les pays, dans toutes les villes, dans toutes les campagnes. On eut beau chercher, bien fouiller, mobiliser les pompiers, la police, les militaires, on ne trouva pas un seul enfant. La seule chose sur laquelle on mit la main, ce fut un morceau de papier un peu froissé où une très petite écriture malhabile, pleine de fautes d’orthographe, avait noté le message suivant : « On se fée tout le tems disputer, on ne nous écoutent jamais, on ne peux pas rigolé quand on veux, on doit se coucher trop taux, on ne peut pas mangé de chocollat au lit, il fôt toujours qu’on se brosse les dants : on en a assez des grands : on s’en vat. On vous lesse ! » Et c’était signé : « Les zenfants. » (Le Monde sans les enfants)

 

Au hasard des pages : « Raymond était un vieux chasseur. Un vieux chasseur de cauchemars. Il avait commencé sa carrière il y a très très très longtemps, lorsque la chasse aux cauchemars était encore une pratique solitaire et artisanale, demandant du doigté, de la finesse, de la ruse et un peu de chance. Il se désolait de l’évolution de sa profession. Désormais, tout s’était industrialisé, mécanisé, électrisé, informatisé. Et il était le dernier des chasseurs solitaires. » (Le chasseur de cauchemars, p. 89)

 

Editions LGF – Le Livre de Poche (mars 2008)

(Très belles) Illustrations de Pierre Koppe

153 p.

Paru précédemment chez Stock (2006)

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-le-monde-sans-les-enfants-et-autres-histoires-philippe-claudel-55298018.html

4 commentaires sur “Le Monde sans les enfants et autres histoires – Philippe Claudel

    • Assez d’accord là dessus, on verra dans quelques temps ce qu’il m’en restera… J’ai aimé le fait que ce soit des récits courts, les illustrations aussi, le coté poétique… Une petite bouffée d’air ! 😉

    • ça se lit vraiment très facilement, certaines histoires sont vraiment chouettes, même si ce recueil ne restera peut-être pas dans les annales…

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