Le soleil et la mort – Elise Fontenaille

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Quand je tombe sur ce genre de romans destinés aux adolescents, je les lis toujours en ayant en tête le public d’élèves à qui je pourrais le proposer. Le soleil et la mort aborde le thème du suicide, sujet ô combien casse-gueule vous en conviendrez…

Thème difficile donc, voire même délicat, j’avoue que j’avais peur de la façon dont il serait traité ici. Élise Fontenaille s’en sort fort bien, voilà un roman intelligent, bien écrit qui parlera à coup sûr aux jeunes auxquels il s’adresse.

 

« Les gens croient qu’on ne pense qu’au sexe à 15 ans,

eh bien pas du tout :

on ne pense qu’à la mort. »

 

Ulysse n’a jamais connu sa mère, morte alors qu’il n’était encore qu’un bébé d’un stupide accident de la route. A 15 ans, il a reporté toute son affection sur Anton, son grand-père qui est aussi son meilleur ami et son confident. Anton l’a élevé à la campagne au milieu des chats, la belle vie en quelque sorte. Et puis Anton meurt bêtement à la suite d’une ingestion de ciguë. Ce jour là, Ulysse est persuadé d’avoir tout perdu. Obligé de retourner vivre avec un père qu’il ne connaît que très peu, Ulysse découvre l’enfer… Un père à la ramasse presque toujours absent, une belle-mère qui lui mène la vie dure et ne se préoccupe que de sa petite personne, un lycée privé peuplé de gosse de riches. L’horreur. Heureusement, il y a Mao, son chat, seul lien avec son grand-père décédé, et finalement son seul ami. Mao qui finit sous les roues de la voiture de luxe de sa belle-mère… Trop c’est trop. Le soir même Ulysse surfe sur le net en tapant des mots clés aussi gais que « suicide, mort, comment-mettre-fin-à-ses-jours-sans-(trop)-souffrir… » et finit par atterrir sur un site consacré au suicide, Le Soleil et la Mort, un site créé par un jeune étudient en philosophie prénommé Vlad, personnage énigmatique, fascinant et très charismatique qui cite Cioran pour être crédible… « Grâce » à ce site, Ulysse fera la connaissance et la rencontre « virtuelle » d’autres adolescents voulant en finir avec la vie : Kim, une lycéenne chinoise, Océane, abusée par son père et Marco qui ne supporte plus la dépression de sa mère… Petit à petit, le projet prend forme, ne reste plus qu’à trouver l’endroit idéal pour faire enfin le grand saut…

 

Le sujet était donc plutôt casse-gueule, je suis d’ailleurs entrée dans le roman sur la pointe des pieds, avec précaution. En le fermant je me dis que le pari est tout à fait réussi : Élise Fontenaille a évité les clichés et a su évoquer avec précision cette période souvent douloureuse de l’adolescence sans tomber dans la facilité ni enfoncer des portes ouvertes. Elle ne prend pas de gants et c’est tant mieux. Les propos des adolescents sont souvent durs et j’avoue que la mère qui sommeille en moi a souvent frémi d’horreur devant la fragilité extrême de ces ados, facilement influençables, facilement manipulables… Pour autant, la réalité est bien là. Nul doute que ce roman trouvera un écho auprès des jeunes ados et les incitera à se méfier des dangers du virtuel et des idéologies douteuses… Espérons-le en tous cas.

 

Un grand merci à Liyah pour ce Livre voyageur

 

Les avis de Liyah, Stéphie, Liliba, Sharon, Fantasia

 

Première phrase : « Je m’appelle Ulysse, j’ai quinze ans et je veux mourir. »

 

Au hasard des pages : « Cette nuit-là, j’ai pensé à une vieille histoire, un conte que me lisait Anton le soir, quand j’étais petit, avant de m’endormir : Le Joueur de flûte de Hamelin… l’histoire d’un jeune homme mystérieux, surgi un soir de nulle part, il joue du pipeau devant les enfants du village, ils le suivent, envoûtés… il les entraîne vers la rivière, et ils se jettent à l’eau. J’ai rêvé du joueur du Hamelin : il avait le visage de Vlad… nous, on était les enfants du village virtuel, et la rivière de pixel c’était la Mort. » (p. 47)

 

Éditions Grasset Jeunesse (Septembre 2011)

112 p.

 

Rentrée littéraire 201110/14

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