Les chaussures italiennes – Henning Mankell

Les chaussures italiennesJe me suis longtemps demandée ce que j’allais bien pouvoir dire de ce roman pour que vous vous précipitiez dans la première librairie venue. Autant le dire tout de suite, ce roman fait partie de mes plus gros coups de coeur de lectrice, toutes catégories confondues ! Au départ, j’avais noté ce roman pour plusieurs raisons, l’une étant que je ne connaissais pas encore cet auteur si apprécié, l’autre que ce roman ne faisait pas partie de la fameuse série mettant en scène son enquêteur fétiche Kurt Wallander. Et puis je suis plus que novice en matière de littérature suédoise, une chose est sûre, si le reste est du même acabit, je risque fort de rentrer dans une période hautement monomaniaque…

 

« J’écris la chronique d’une vie qui a tourné court. »

 

Douze ans que Fredrik Welin vit en ermite sur cette petite île au coeur de la Baltique. Douze ans qu’il partage son existence avec une vieille chatte percluse de rhumatismes et une chienne à moitié sourde, douze ans à vivre seul dans cette immensité blanche au milieu des glaces, dans la quasi obscurité de journées qui s’éternisent, douze ans à observer une gigantesque fourmilière progresser dans son salon. A lutter contre le froid et contre lui-même. Pas de voisin, pas de visite, si ce n’est celle de Jansson, le facteur hypocondriaque de l’archipel qui débarque à quatorze heures pétantes à bord de son bateau ou de son hydrocoptère. Car oui, avant Fredrik était chirurgien, avant d’atterrir ici et de se plonger quotidiennement dans un trou creusé dans la glace pour se sentir exister, avant d’être prisonnier volontaire de cet îlot inhospitalier.

Qu’est-ce qui peut bien pousser un homme sain d’esprit à se retirer à ce point du monde ? Difficile à croire que cette vie faite de rituels soit ce que voulait vraiment Fredrik mais il s’en contente, tient un journal de bord où il consigne le moindre changement de temps. Personne à qui parler, parfois ça lui manque quand même, c’est qu’à 66 ans, on n’a plus vraiment la vie devant soi.

Puis, un matin de janvier, après une tempête de neige, l’impensable… Une forme sur la glace, une femme, plus très jeune, avec un déambulateur. En elle il reconnaît Harriet, l’amour de sa vie, abandonnée sans explication il y a près de 40 ans, Harriet à qui il n’a jamais dit au revoir, Harriet qu’il avait tenté d’oublier. Et là voilà, 37 ans après, qui lui demande de tenir une promesse…

 

Mon dieu quel roman !!! Rien que d’en parler j’ai envie de le relire ! Ce livre m’a tellement marqué que j’ai très vite voulu le partager. Depuis, autour de moi, presque tout le monde l’a lu, à chaque fois, j’attendais fébrilement le verdict, à chaque fois c’était un coup de coeur ! Il y tout dans ce roman, une ambiance, une originalité, des personnages comme on n’en voit peu. C’est un roman lumineux, puissant et plein d’espoir, un de ces romans qui fait croire en l’humanité.

Cette rencontre sur la glace est vraiment surréaliste, ce petit bout de femme culottée qui débarque avec une idée derrière la tête m’a tout de suite fascinée. Et elle n’est pas la seule. Petit à petit, en même temps que Fredrik, le lecteur va faire la connaissance de personnages proprement inoubliables : Louise et sa caravane en pleine forêt, ses lettres aux grands de ce monde, son peignoir rose et ses talons hauts, sa passion pour Le Caravage. Giaconelli le bottier italien. Agnès et ses adolescentes rebelles. La belle Sima et son épée de samouraï. Toutes inoubliables… Le chemin que parcourt Fredrik sur les traces de son passé est parfois douloureux mais il est nécessaire. Une reconstruction lente, une vie qui recommence, peut-être.

Il faut lire ce livre, il est beau et vrai. Un grand roman. Un gros coup de coeur !

 

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Les bémols de Sophie, Sandrine, Dasola

 

Premières phrases : « Je me sens toujours plus seul quand il fait froid. Le froid de l’autre côté de la vitre me rappelle celui qui émane de mon propre corps. Je suis assailli des deux côtés. Mais je lutte, contre le froid et contre la solitude. C’est pourquoi je creuse un trou dans la glace chaque matin. Si quelqu’un, posté sur les eaux gelées avec des jumelles, me voyait faire, il me prendrait pour un fou. Il croirait que je prépare ma mort. Un homme nu dans le froid glacial, une hache à la main, en train de creuser un trou ?! »

 

Au hasard des pages : « Je suis sorti sur la jetée. Le vent était frais. J’ai perçu l’odeur salée de la mer malgré la glace épaisse. Des lampes disséminées éclairaient le port, où quelques bateaux de pêche solitaires frottaient contre les pneus de protection. J’attendais la lumière du jour pour entreprendre la traversée. Comment j’allais me débrouiller avec ma vie, après tout ce qui s’était passé, je n’en avais aucune idée. Là, tout à coup, sur la jetée, j’ai fondu en larmes. Chacune de mes portes intérieures battaient au vent, et ce vent, me semblait-il, ne cessait de gagner en puissance. » (p. 219)

 

Éditions Points (Février 2011)

372 p.

 

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-les-chaussures-italiennes-henning-mankell-79870776.html

37 commentaires sur “Les chaussures italiennes – Henning Mankell

  1. Hé bé, quel enthousiasme! Je te comprends, je voulais le lire aussi (il est à la bibli, en plus), dommage que d’autres romans ont pris la place. Il faut des listes et s’y tenir!

    • J’ai fait l’inverse, j’ai découvert l’auteur avec ce roman, et je ne regrette pas ! Je vais maintenant m’attaquer aux polars !

    • Voilà, tout est dit, il faut !! Et je ne vais pas tarder à découvrir Wallander du coup, et tout le reste je pense ! 😉

  2. Je suis partagée sur cet auteur : J’ai lu le cerveau de Kennedy qui était admirable et juste après la lionne blanche que je n’ai même pas terminé… Quant à celui-ci je vais quand même le noter car j’aime bien les extraits…

    • Je n’ai rien lu d’autre de cet auteur mais je ne peux que te conseiller la lecture de ce roman, il est juste splendide !

    • Rhoooooo, ma Blue, j’espère vraiment qu’il va te plaire ! Point de vampires ou de créatures bizarres là-dedans mais des personnages beaux qu’on n’oublie pas !

  3. Bonjooour ! J’ai lu ton billet en diagonale mais suffisamment pour me dire que j’ai bien fait de le mettre en LC pour le 11 septembre, ça approche et tous ceux qui l’ont lu autour de moi en ont encore des trémolos dans la voix ! J’ai cru comprendre que c’était un coup de coeur et tout comme toi, ce sera mon premier Mankell…

    • En voilà une bonne idée de lecture commune ! J’espère que vous serez tous conquis !! C’est une perle ce roman ! J’attends le 11 septembre avec impatience !

    • C’est vrai que ce titre est énigmatique de prime abord… C’est une merveille ce roman, n’hésite pas la prochaine fois ! 😉

  4. chez les Comte,on est fan de ce Monsieur depuis longtemps et oui tout est bon ….je comprends la révélation!!!encore une jolie chronique ma nouquéquette…

    • Révélation, voilà, c’est le mot ! Jevais m’attaquer aux polars maintenant, l’addicton n’est pas loin ! Un titre à me conseiller en particulier peut-être miss Mag ? 😉

  5. Ca fait plaisir de lire un tel enthousiasme ! Moi aussi j’ai aimé ce roman et je traverse aussi une période de quasi-monomanie pour la littérature scandinave en général. Je la découvre en me demandant pourquoi je n’en avais pas lu jusqu’ici. En tous cas, le ton de ton billet fait vraiment du bien !

    • C’est aussi ce que je me dis, j’ai trop attendu avant de découvrir cette littérature ! Je vais essayer de retrouver ton billet ! 😉

    • Mon petit doigt me dit que tu vas aimer, du moins j’aime à le croire ! Au vu de tes lectures je me dis que je ne prends pas beaucoup de risques à m’avancer !! Tu vas te régaler !

    • Il ne te reste plus qu’à retourner très vite dans ta librairie préférée ! 😉 Sinon, 7 d’un coup, Whaou ! 😉

    • Rhooooo, mince alors ! Je l’ai au contraire trouvé bourré d’espoir ! Il me reste à découvrir ses polars maintenant !

  6. Allez, je viens mettre mon petit grain de poivre:j’ai aimé, mais avec quelques réserves…mais j’aime ton enthousisasme! j’ai lu depuis « Les chiens de Riga », ma première rencontre avec l’inspecteur Wallender…et là par contre ça a été un coupn de coeur!Comme quoi…(articles sur mon blog, pour les curieux!)

    • Je pense découvrir bientôt Wallander, je me suis acheté le premier de la série. J’espère que je vais aimer les polars de Mankell !

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