Les vies extraordinaires d’Eugène – Isabelle Monnin

Vies extraordinaires d'EugèneQuand Calypso a fait de ce roman un livre voyageur, j’ai tout de suite su qu’il était fait pour moi… Tellement de beaux billets ont fleuri sur la blogosphère pour parler d’Eugène et de ses vies extraordinaires que malgré son sujet difficile et douloureux, j’ai à tout prix voulu le lire. Cette lecture a été éprouvante, longue car entrecoupée de petites lectures « soupapes », c’était nécessaire, j’avais besoin de ces respirations. Ce livre va repartir vers d’autres lecteurs et poursuivre son extraordinaire aventure. Un très beau premier roman, incontestablement…

 

C’est un 23 novembre vers 20 heures qu’un « tsunami » a dévasté la vie du narrateur et de sa femme. A sa naissance six jours plus tôt, Eugène ne pesait que 1 kilo et 60 grammes. Né grand prématuré, trop petit, trop faible, il décède d’une infection au petit matin. « Eugène a-t-il existé même s’il n’a pas vécu ? » Depuis ce jour, la mère d’Eugène ne parle plus, puisqu’il n’y a rien à dire… Elle communique à l’aide de mots et de courtes phrases toutes faites écrits sur un petit carnet. Elle voit un psy trois fois par semaine qui parle à sa place et écoute son insondable silence. Et elle coud, inlassablement, des pantalons en velours rouge pour tous les âges de la vie d’Eugène.

Le père lui ne peut pas se taire, face à ce silence, il se doit de raconter l’histoire de son fils, il doit lui offrir cette parole pour qu’elle retrouve sa voix. L’Histoire de notre fils.doc…, mais qu’il y a t-il à dire sur Eugène, ce fils qu’ils n’ont même pas eu le temps de tenir dans leurs bras, d’embrasser ? Pourtant, Eugène a existé, il a été là, il faut lui redonner vie.

Interroger ceux qui furent proches d’Eugène, ceux qui l’ont connu, touché, comme Noëlle, infirmière en réanimation néonatale, ne suffit pas… Commence alors une véritable enquête pour savoir ce qu’aurait pu être la vie d’Eugène s’il avait vécu. « Plutôt que de buter sur cette infime existence qui prend si peu de mots à raconter, je vais écrire la vie qu’il aurait dû avoir. » Rosa, Véronique, Nour, Elie, Marvin, Victor, Fatoumata, Solal, le narrateur dérobe dans le bureau de la directrice de la crèche d’Eugène la liste et les adresses de ses petits camarades de jeux. Le plan du quartier scanné et punaisé au dessus de son bureau, le travail de recherche et d’investigation peut commencer, méthodique, précis, nécessaire…

 

Que dire sur ce roman si ce n’est qu’il est bouleversant, qu’il prend à la gorge… Mais curieusement, ce livre n’est pas que triste, il est lumineux, porté par une écriture sensible, pudique et touchante. La mère se tait, le père parle, et qu’elle est belle la voix de ce père ! Oui, j’ai souvent eu les larmes au yeux, mais j’ai aussi souri parfois… Écrit comme un journal intime, l’histoire d’Eugène couvre un an de vie sans lui et se termine par la lettre bouleversante et magnifique de la mère à son fils. Je ne sais pas quoi vous dire de plus sur ce très beau roman, lisez-le si vous le pouvez et si vous vous en sentez la force, vous n’oublierez pas Eugène de sitôt…

 

Le billet de George m’avait énormément touché de même que celui de Clara qui n’a pu terminé sa lecture… Plein de billets magnifiques sur ce livre qui l’est tout autant, celui de Calypso bien sûr, une des toutes premières à en avoir parlé, ceux de Stéphie et Pimprenelle qui en avaient fait une Lecture du Dimanche, mais aussi ceux de Mango, Restling, Lasardine, Valérie, Keisha,

 

Premières phrases : « J+26 (19 décembre) Je pourrais parler de Carla Bruni. Il semble que son histoire avec le président de la République a commencé ce soir-là. C’est une coïncidence évidemment, n’y voir aucun complot sarkozyste. C’était juste un dîner chez Jacques Séguéla. Il fallait distraire un ami récemment divorcé. Carla, Luc, Marie-Caroline, à vos agendas, retrouvons-nous le 23 novembre vers 20 heures, espérons un coup de foudre, Nicolas ne supporte pas de dormir seul. Ce jour où, en silence, un tsunami a renversé notre vie. »

 

Au hasard des pages : « Ça va faire trois mois maintenant. Nous nous installons dans la vie sans notre enfant. C’est-à-dire exactement la même qu’avant sans la légèreté. Je me sens vieux. Je regarde les photos de la grossesse, une chaque jour depuis la première échographie. Cent vingt-quatre en tout. Il y a plus de photos de lui dans le ventre de sa mère que de lui après la césarienne. La tête en bas, en haut, le ventre rond, en gros plan ou caché par un dessin, noir et blanc ou couleurs saturées, mes mains presque toujours au même endroit, de chaque côté du ventre. Nos visages sont lisses, nos yeux brillants. Je ne nous reconnais pas. » (p. 56)

 

Éditions JC Lattès (Août 2010)

232 p.

 

1pourcent

5/7

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-les-vies-extraordinaires-d-eugene-isabelle-monnin-58221093.html

15 commentaires sur “Les vies extraordinaires d’Eugène – Isabelle Monnin

    • Je viens de rajouter un lien vers ton billet dans le mien ! Je viens de le lire, je ne l’avais pas trouvé en rédigeant mon article ! 😉 Mon ressenti est assez similaire au tien en fait, c’est vrai, c’est un beau premier roman !

    • Oui, un très beau roman… Impossible cependant de le lire d’un coup…! Je n’ai pas encore lu le billet de George mais j’y cours ! 😉

    • Je crois comprendre ce que tu veux dire… Pour les mamans, présentes ou à venir (!?), c’est une lecture douloureuse… Je pense que c’est parce que je suis maman que j’ai ressenti les choses aussi fortement par moments…!

    • Je viens de relire ton avis…, et de rajouter ton lien dans mon billet ! 😉 C’est vrai que ton avis est plus mitigé…, as-tu réussi à mettre le doigt sur ce qui t’a géné ?

    • Tu ne devrais pas l’attendre longtemps, il est déjà parti…, vers toi je crois ! 😉 J’ai hâte de lire ton avis sur ce livre si singulier…

  1. Il me semble impossible de lire ce roman. Rien que ce que tu en dis me bouleverse. Peut-être qu’au contraire le lire conjurerais tout ce que je suis capable d’imaginer autour… on verra bien si me laisse aller.
    Le traitement du sujet est en tous cas très intéressant.

    • C’est un roman dont on ne sort pas indemne…! Très émouvant, souvent poignant. Si jamais tu te sens le courage de le lire un jour, je serai curieuse de lire ton avis…!

    • je te comprends, c’est fou ce qu’on peut être tenté par certains livres qui déchaînent les passions sur les blogs… Si tu succombes, j’irai lire ton avis avec plaisir ! 😉

    • J’avais la même impression que toi avant de le lire, surtout que je suis maman… En plus, je lisais tellement d’avis poignants, certains lecteurs en avaient même abandonné la lecture… J’ai voulu me faire mon propre avis, et je ne regrette pas ! En tous cas, c’est un livre qui marque, c’est sûr !

  2. J’avais noté également ce livre, que je vais sans doute lire.Mais je fais une pause, je viens de finir « Nos étoiles
    ont filé » que m’a fait beaucoup pleurer et également sourire. Mais, je pense que ces lectures aussi bouleversantes soient-elles sont un formidable message d’espoir.

    • Je suis bien d’accord avec toi… Mais si tu viens de lire un tel livre, une petite pause est sûrement nécessaire… « Eugène » est un très beau livre, pas larmoyant pourtant, malgré ce sujet si délicat…!

    • Pas irrespirable non, même s’il m’a fallu quelques « respirations » pour le mener à bout ! Sujet difficile tout de même, pauvre coeur de maman !!

    • J’aimerais bien que « raisonnable » soit my middle name à moi aussi ! Tu as une solution ? 😉 En tous cas ce livre mérite les éloges qu’il déclenche ici et là, c’est une oeuvre forte qu’on oublie pas !

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