Ostwald – Thomas Flahaut

Il faut se rendre à l’évidence, les 68 dénichent des merveilles ! Et ce 1er roman ne fait pas exception. Voire, il est peut-être celui que je n’attendais pas, celui tendu lors de jolies retrouvailles de fin d’année avec les copines et qui m’a embarqué toutafé.

 

 « Comment ça meurt une ville ? […]

Une usine ferme. La ville qu’elle faisait vivre agonise. La ville meurt. Et l’idée de la voir s’effondre, cette ville, avec toutes ses pierres, ses voitures et ses habitants, l’idée du vide qui viendrait après sa mort, du néant replié sur toutes ses rues et ses existences, alors, me hante.

Belfort. Un mois de novembre. J’ai onze ans.»

 

Lui, c’est Noel. Il a grandi auprès « d’un cadavre sans odeur », cette usine d’Alsthom, ce « squelette rouille et vert-de-gris », ce fantôme. Ou peut-être, tout contre « un avant-gout de l’avenir ».

L’autre, c’est Félix. Le frère. Le grand.

Et depuis la fermeture de l’usine, la famille s’est écroulée. La mère a accepté une mutation. Le père, lui, « a acheté son licenciement ». Divorce. Enfance un peu triste, un peu vide. Jeunesse un brin résignée. Désabusée. Comme engluée.

 

« Ils parlent tous le même langage, mêlant à leurs phrases des termes anglais à la signification très vague pour moi. Même Félix qui, après avoir terminé l’université, semble s’être décidé à ne faire que dormir. Tous sont sortis de la vie d’étudiant, se tiennent au bord de l’avenir. Moi, je ne trouve rien à dire, les yeux dans la nuit striée par les flocons de neige qui s’écrasent sans bruit sur les vitres du tramway. Dans quelques années, je serai à leur place. Je vois la catastrophe arriver. »

 

La catastrophe arrive. Évidemment. Peut-être pas celle imaginée. Mais elle est bien là. Un incident grave à la centrale nucléaire de Fessenheim. Celle qui fait vaciller ces vies déjà bien de traviole.

 

« Tout est inconnu. Tout est invisible. Les événements se passent sous terre ou dans l’obscurité et la chaleur d’un réacteur nucléaire. On ne sait rien de ce qui se passe. »

 

Et puis vient l’urgence. La panique. Les évacuations. La fuite. La terre et les êtres dévastés. Un lieu, un refuge à trouver. Ou à inventer….

 

C’est un premier roman formidable. Étonnant. Malgré sa noirceur. Un roman qui dit la catastrophe. Qui balance sévère entre réalité et imaginaire. Un roman social qui raconte l’humain, ses errances, ses failles, sa jeunesse. Les liens déliés, l’impossible partage et la solitude des êtres. Les décombres, l’horreur et la folie des hommes. La fin d’un monde sans aucun doute.

C’est un roman qui interroge. Sans concession. Sans rédemption.

Un Roman sobre. Court. Avec dedans, une écriture tout comme j’aime. Sèche. Économe et poétique. Un livre qui dit peu. Et laisse le lecteur imaginer. Beaucoup. Comme pour prendre place dans le récit. A la place de…. Et si c’était vous ? Ou iriez-vous ? Que feriez-vous ?

 

« La nuit, des globes suspendus à de hautes tiges de métal éclairent les abords du gymnase d’une lumière glacée. Le concert des ronfleurs emplit la salle. J’attends que l’ombre d’un soldat se perde dans les ténèbres et je me lève. L’air est lourd de ce que ça produit, tant de corps endormis, tant de bouches ouvertes et de peaux moites sous les draps rêches et les couvertures de laine piquante. Je me dis que cette odeur et ce bruit sont peut-être tout ce que nous partageons de nos rêves et de nos cauchemars, quand le jour, nous résistons à la peur, nous jouons la comédie du quotidien. »

 

« A travers la forêt, mes pieds dans les branches, mes pieds dans les ronces, mes pieds dans la mousse, mes pieds dans le gravier. Les escaliers, les vestiaires, le couloir. L’horreur derrière moi. Je ne sais pas ce qu’il y a devant. »

 

Les billets des 68 c’est par ici  (Venez y découvrir des premiers romans formidables, des coups de cœur partagés, des envies, des folies….)

Le billet tentateur de Jérôme-chou est à lire là  (Il a décidément du gout ce garçon !)  

 

Ostwald, Thomas FLAHAUT, Éditions de l’Olivier, 2017.

8 commentaires sur “Ostwald – Thomas Flahaut

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