J’ai longtemps eu peur de la nuit – Yasmine Ghata

peur nuit

Tu as longtemps eu peur de la nuit avec cette croyance ancrée que l’on est plus fragile et plus vulnérable dans l’obscurité.

« La nuit, la mort rôde et visite les vivants. On peut se lever et suivre les morts sur un simple malentendu. Au premier rayon de soleil, ils se volatilisent et disparaissent. J’ai longtemps eu peur de la nuit. Dormir dans ma valise les tenait à distance. »

Suzanne avait noté cette phrase d’Arsène. Il en avait trop raconté. Suzanne le remercia et se leva à son tour. Leur « au revoir » sur le trottoir fut expéditif, chacun pris la direction opposée, les yeux vagues comme s’ils ne pouvaient sortir l’un et l’autre encore de leurs pensées profondes. »

 

Dans la valise d’Arsène il y a la vie d’avant. Des souvenirs qui s’estompent, des visages qui disparaissent, des rêves qui s’évanouissent…

Dans la valise d’Arsène, il y a les cris et le sang. Des images imprimées sur la rétine, des battements de cœur qui s’emballent, des adieux impossibles à prononcer, la fuite vers l’inconnu…

Dans la valise d’Arsène il y a l’espoir d’une vie meilleure. Ailleurs. Loin des siens et de la terre qui l’a vu naître. Des sourires à réapprendre, des cauchemars à faire taire, des peurs à apprivoiser…

Dans la valise d’Arsène il y a l’avant et l’après. Le Rwanda tatoué au cœur. La France comme refuge. Et tout ce qu’il y a entre et qu’il peine à mettre en mots…

 

Mais dans la vie d’Arsène maintenant, il y a Suzanne, une fée tombée du ciel. Ce qu’il ne peut pas dire, elle va l’écrire. Arsène va enfin pouvoir exorciser sa « peur de la nuit » et savoir qui il est vraiment. Un cheminement intime dans lequel Suzanne va l’accompagner avec ses propres béances.

 

Un court roman qui ne souffre pas qu’on le pause. Une impression de mots murmurés, une confession qui touche en plein cœur et met la boule au ventre. La rencontre est belle. Petit à petit, les verrous se lèvent et la respiration reprend, sur un tempo plus lent et plus serein…

C’est avec beaucoup de sensibilité et de justesse que Yasmine Ghata revient sur le génocide rwandais. Elle dit la folie des hommes, l’horreur innommable, les cicatrices indélébiles. Elle dit la fuite et l’exil, le déracinement, la vie ailleurs et l’oubli impossible. Elle dit le traumatisme et les marques au fer rouge dans la chair et l’âme. Elle dit la soif de vivre et de survivre. En parallèle de l’histoire d’Arsène, écrite à la deuxième personne du singulier, celle de Suzanne qui la replonge dans un passé douloureux où plane l’absence du père…

 

Un roman tout en retenue qui ne force pas le trait. Une plume simple et sans artifices qui déroule le fil du passé et ouvre une fenêtre sur l’avenir. Un beau roman.

 

Les avis de Charlotte, Cryssilda, Jostein, Mimi Pinson

 

Éditions Robert Laffont (Août 2016)

155 p.

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-221-19566-6

 

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22/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout » réussi

chez Hérisson et Léa Touch Book

Pereira prétend – Pierre-Henry Gomont

Pereira-prétendPereira s’ennuie mais ne le sait pas vraiment. Une petite vie morne et bien rangée aux articulations bien huilées, un boulot de rédacteur pour la page culturelle d’un journal très conservateur, rien ne déborde…

 

Pereira est seul et s’en accommode comme il peut. Chaque jour, il raconte ses journées à sa femme décédée en rentrant de son travail, parfois même, depuis son cadre, elle lui répond, son éternel sourire de jeune mariée aux lèvres… 

 

Pereira aime la littérature française et ses auteurs aux idées larges. Chaque jour, il plonge avec bonheur dans les grandes œuvres du XIXe siècle et les traduit à ses fidèles lecteurs…

 

Pereira ferme les yeux par habitude sur ce qui se passe autour de lui. D’ailleurs, il ne pense pas grand chose du régime de Salazar, ni de la montée des nationalismes un peu partout en Europe. Tant qu’on le laisse faire son boulot, le reste lui importe peu….

 

Pereira ne sait pas vraiment ce qu’il fait ni ce qu’il attend quand il engage le jeune Francesco Monteiro Rossi comme pigiste. Il lui confie la rédaction de nécrologies d’auteurs pas encore morts… des nécrologies qui s’avèreront de virulents et subversifs pamphlets contre les dirigeants fascistes…

 

« Je crois que tu ne t’en rends pas compte…

…mais tu es en train de revenir doucement à la vie…

Qu’est-ce que tu racontes ? Je n’étais pas mort.

Si. Un peu. »

 

Pereira prétend est l’histoire d’un homme qui doucement, sans faire de bruit, fait sa révolution. Une révolution des plus intimes. Car c’est bien de cela dont il est question ici… Si Pereira entre en révolte, c’est bien plus vis à vis de lui même que vers un quelconque pouvoir en place. Du moins au début… Massif, essoufflé, veuf et vieillissant, Pereira n’a plus vraiment grand chose à attendre de la vie. C’est un petit grain de sable dans l’engrenage qui l’amènera à se remettre en question. Une petite étincelle de vie et de désobéissance. Une conscience politique qui se réveille. Une renaissance…

 

Surprenant d’inventivité et d’audace, le dessin de Pierre-Henry Gomont fait merveille et me ravit. Véritable funambule, l’auteur s’amuse et se joue de tous les codes. Il les triture, les malmène allant jusqu’à réinventer la narration. Les planches fourmillent de trouvailles de génie et les aquarelles subliment une Lisbonne qui apparaît comme un véritable personnage de l’histoire. Et dans cet écrin, la rencontre avec Pereira est de celles qu’on n’oublie pas…

Après Les nuits de saturne, très belle adaptation coup de cœur d’un roman de Marcus Malte, Pierre-Henry Gomont récidive avec un roman de Antonio Tabucchi. Et une fois de plus, il est impérial…  ♥

 

Les avis de Jérôme et Moka

 

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Éditions Sarbacane (Septembre 2016)

160 p.

 

Prix : 24,00 €

ISBN : 978-2-84865-914-5

 

 

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21/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout » réussi

chez Hérisson et Léa Touch Book

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

médée3   robinsons   louis spectres   forcats_couv

            Moka                           Mylène                                Mo’                               Jérôme

 

 

voix hommes   20 ans   tristes-cendres   damas

           Enna                     Un amour de BD                 Hélène                           Sabine

 

 

coquelicots   crocodiles   Coeur-de-pierre   détectives

        Charlotte                         Stephie                         Saxaoul                          Nathalie

 

 

elizabethbathory_94533   rosalie

       Marguerite                     Fanny

Happy-End – Anne Loyer

Happy-end

« Moi, je veux bien être le prince charmant de Béa si elle est d’accord. Ça ne va pas être facile parce que je ne ressemble pas à ceux qui sont dans les livres. »

 

Tom n’est pas comme les autres. En avance sur sa naissance, en retard sur tout le reste, ou presque. A 17 ans, il vit seul avec sa maman et a une petite vie bien organisée. Sardines à l’huile au petite-déjeuner, sport à la télévision, repas du midi avec maman qui rentre pour l’occasion, et un petit tour au parc pour terminer la journée avant le moment tant attendu des histoires du soir. Des histoires pleines de Méchants et de Gentils où les méchants perdent toujours à la fin…

 

Pendant les journées de travail de sa mère, Tom ne va pas à l’école qui n’a pas voulu de lui. Il reste chez lui. Le monde, il le regarde par la fenêtre du balcon ou par le trou de la porte d’entrée. Parfois, il écoute seulement, l’oreille collée au mur. Et derrière, il y a Béa, la nouvelle voisine…

 

Béa est une boule de colère, il le voit, il l’entend. Elle a souvent les yeux gonflés et les larmes pas bien loin. Elle a un papa elle, un papa-colère, un papa qui crie, un papa qui fait mal. Lui, c’est un Méchant, aucun doute là-dessus… Alors que Béa, c’est une Gentille, elle ne mérite pas ça. La vie n’est peut-être pas un conte de fée mais Tom a bien l’intention que cette histoire là se termine bien…

 

« Ce qui est bizarre c’est que Béa, elle est habillée comme une sorcière, mais en fait, dessous, c’est une princesse. Peut-être même une fée. C’est ma fée à moi. Elle va venir me sauver, m’emmener, m’emporter. Non, c’est à moi de le faire, c’est moi le garçon. »

 

Happy-End est l’histoire d’une rencontre. Celle d’une princesse enfermée dans son donjon et d’un prince charmant prêt à tout pour la sauver. Celle d’une princesse punk habillée de noir et d’un enfant empêtré dans un corps de géant. Séparés par le mur de leur chambre, la communication se fait silence et dit bien plus que des mots…

 

Une petite soixantaine de pages et beaucoup d’émotion dans cette histoire douce-amère. Anne Loyer prête sa voix à un simple d’esprit pétri d’innocence avec une justesse étonnante. Désarmant de candeur, Tom vit dans un monde qui lui appartient. Un monde où les chevaliers et les princes charmants sauvent les jeunes princesses en détresse. Un monde où les Méchants sont punis à la fin…

Anne Loyer aime les belles rencontres et n’a pas son pareil pour les raconter. Celle de Tom et de Béa est touchante et pique un peu là où ça fait mal, tout ce que j’aime… A glisser dans les mains des grands ados dès 15 ans.

 

Une pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

Anne Loyer c’est aussi… CandyComme une envie de voir la merLa belle rouge

 

Le blog de Anne Loyer 

 

Éditions Alice jeunesse (Septembre 2016)

Collection Le chapelier fou

62 p.

 

Prix : 11,00 €

ISBN : 978-2-87426-299-9

 

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20/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout » réussi

chez Hérisson et Léa Touch Book

La science des cauchemars – Véronique Ovaldé / Véronique Dorey

science des cauchemars

« J’ai sonné, on m’a ouvert et fait descendre dans le sous-sol, je ne sais pas à quoi je m’attendais mais certainement pas à ce vieil homme albinos affalé dans son fauteuil comme une sorcière plantureuse (il était torse nu), une sorcière dévoratrice qui ne sortait plus depuis des années, et habitait dans une obscurité quasi parfaite.

 

Le sous-sol dans lequel il vivait ressemblait à un souterrain du Pentagone, il y avait des milliers de cassettes dans les étagères de métal, sa gloire en toutes versions, de tous pays.

 

Ce n’est qu’à la fin de notre entretien que j’ai compris ce qu’il attendait de moi. (…)

Ce qu’il voulait c’était me raconter ses cauchemars. »

 

Quand on pénètre dans le nouvel album pour adulte de Véronique Ovaldé, on est un peu comme son héroïne lors de sa première rencontre avec l’énigmatique Roberto Apolinario. Impossible de savoir à quoi s’attendre. On avance sur la pointe des pieds, on regarde autour de soi, on a presque un peu peur de se qui va bien pouvoir surgir d’entre ces pages…

 

Le monde de Véronique Ovaldé est toujours aussi étrange et pénétrant. Un monde à la frontière du réel, surréaliste et hypnotique, profondément sombre et intrigant. On accepte les règles du jeu, subtilement contraint de sortir de sa zone de confort. On est bien dans un univers connu, on retrouve ses repères… mais habilement distordus par une auteur mi ange mi démode…

 

Nous sommes dans une station balnéaire mexicaine sur la côte Pacifique. Une ville désertée, comme morte, habitée par quelques chiens errants et de rares surfers. Une plage sur laquelle va dormir une jeune femme avant de pouvoir trouver de quoi subvenir à ses besoins. Elle trouvera… Écouter un ancien acteur porno aveugle hanté par des cauchemars. Trouver une solution à ces obsessions et ces peurs qui habitent et tourmentent chacune de ses nuits. Et enfin les dissiper…

 

Après Quatre cœurs imparfaits l’année dernière, Véronique Ovaldé s’associe à nouveau avec Véronique Dorey pour un album peut-être encore plus inclassable. Il s’en dégage quelque chose d’assez indéfinissable. C’est à la fois raffiné et effrayant. A l’image des illustrations aussi fascinantes que dérangeantes qui nous font voyager dans les eaux troubles de l’âme humaine…. Un bijou à part !

 

Une expérience de lecture que j’ai à nouveau le plaisir de partager avec ma copine Framboise

 

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 Éditions Thierry Magnier (Septembre 2016)

56 p.

 

Prix : 14,90 €

ISBN : 978-2-36474-939-9

 

 

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19/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout » réussi

chez Hérisson et Léa Touch Book

La fille du métro – Leila Sebbar

couv-Fille-du-metro001« Allez-y ! Qu’est-ce que vous attendez. Allez-y ! Frappez-moi ! Vous êtes là pourquoi ? Vous me gardez ? J’ai pas besoin qu’on me surveille. Vous avez peur que je me sauve. Vous attendez les flics pour les menottes. J’ai rien fait. Je sais pas pourquoi je suis dans cette cabine. Comme dans une vitrine. Je suis pas une pute. Je les ai vues à Amsterdam derrières leurs vitres. Toutes des métèques. Vous savez d’où elles viennent ? Vous écoutez quand je vous parle ? Vous êtes là pourquoi ? Qu’est-ce que vous attendez ? Vous êtes contents d’avoir piqué une fille sur le quai… J’allais pas me jeter sous le métro. Ça non. Jamais… Plutôt mourir. Vous dites rien. J’ai l’habitude. Ça m’est arrivé déjà. Je connais la suite. Vous m’aurez pas… Je crie, oui, je crie si je veux. »

 

Le métro. Détenue dans la cabine du point information, devenue une véritable « prison » de verre, une jeune fille attend sa mère.  Elle n’a pas 18 ans encore. Jeune mais vieille déjà, usée, abimée par « des années de galère ». Elle est en fugue, en cavale. Pourquoi est-elle là, gardée par deux pompiers ?

Pour tromper l’attente, la peur aussi peut être, elle parle. Elle se raconte, dit les siens, sa famille : sa mère, son père, sa sœur, ses frères… Mensonge ou vérité, elle parle, c’est tout.

 

« Je vous parle parce que je vous connais pas. Je crois que vous m’écoutez, vous avez l’air. Vous, vous savez que c’est ma mère que je veux. […] Les yeux de ma mère me manquent. Ils m’ont manqué. Qui pouvait comprendre, que les yeux de ma mère ont pour moi la douceur de ses bras quand j’étais petite, et qu’elle me chantait dans sa langue, j’étais seule, elle s’asseyait en tailleur sur le tapis d’Aflou, il vient du Djebel Amour, les plus beaux tapis de toute l’Algérie, il parait…. »

 

C’est un monologue. Un cri. Un cri de colère. Un cri de révolte d’une jeune fille qui entend s’affranchir et qui revendique sa liberté…

C’est un texte singulier, propice à la mise en scène et à la lecture. L’écriture est (en apparence) simple. Le ton est léger, grave, libre, sombre, acéré, fort, très fort ! Il aborde les thèmes chers à l’auteure (et terriblement contemporains) : la condition des femmes, l’émancipation féminine, les traditions ancestrales, les relations familiales… Il est aussi question de transmission, d’identité, de déracinement, de désordre, de transgression et de liberté ! C’est un monologue qui raconte plusieurs itinéraires, plusieurs histoires, plusieurs parcours mêlés…

 

Ce texte est remarquable aussi pour son héroïne, jeune femme farouchement libre, tendre, rebelle, violente, vivante ! « Elle a la grâce sublime et dérisoire de la jeunesse »

 

Remarquable pour la langue et les mots de cette auteure Leïla Sebbar (une écrivaine incontournable et emblématique du paysage littéraire méditerranéen …) qui se définit comme «une écrivaine dans le siècle – siècle qui commencerait au milieu du XXe siècle – c’est-à-dire liée à une histoire particulière, celle de la France et de ses colonies : guerres de colonisation, de décolonisation, de libération et, liés à cette histoire, tous les effets de déplacement, d’exode, d’exil et donc de rencontres singulières entre ceux qui quittent un pays et ceux du pays d’arrivée. »

 

Fille-metro-2Remarquable pour les illustrations réalisées par Sébastien Pignon.

Vraiment, vraiment, un texte à lire de toute urgence si ce n’est pas déjà fait !

 

Extrait

« J’ai parlé en arabe, comme si je n’avais jamais parlé une autre langue avec ma mère. Elle frissonnait, elle n’avait pas froid pourtant, elle serrait mes mains, moi je parlais, je parlais, des paroles douces me venaient pour l’apaiser avant les paroles de vérité, les plus dures pour elle, mais elle écoutait ce que disait la langue de sa mère dans la bouche de sa fille, tantôt souple et je l’entendais respirer calmement, tantôt raide et elle se mettait à haleter. Elle m’a écoutée, jusqu’au bout, sans rien dire. Des larmes coulaient, régulières, l’une après l’autre, ma mère gardait les yeux fixes et les larmes coulaient, je ne reconnaissais pas ses beaux yeux, célèbres des deux côtés de la mer, dans nos familles et au-delà, des yeux clairs rieurs et doux, doux pas toujours, ils lançaient parfois des éclats comme le tranchant d’une lame de guerre, ses yeux figés ne me voyaient pas, ils étaient pris dans le chagrin. Elle m’écoutait, mais j’avais peur qu’elle se mette à crier. Vous savez comment elles crient, les femmes ? »

 

 ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ 

 

Programmation et rencontres

Vous dire que Leila Sebbar en fera la lecture au théâtre Liberté (à Toulon/Var) ce mardi (ce billet-là sera, à quelques mots près, mon introduction pour ce beau moment de lecture) et que cette proposition artistique s’inscrit dans un projet de rencontres avec cette auteure et autour de plusieurs de ses ouvrages (dont je vous donne, je ne peux pas m’en empêcher, un petit récap’des lieux de rencontres !) :

 

-          Mardi 11/10 à 12h15 : Les Mardis Liberté, la pause déjeuner artistique du Liberté ! 

Lecture et rencontre La fille du métro (Ed. Al Manar, 2014)

 

-          Mardi 11/10 à 17h : Conférence inaugurale du laboratoire Babel de l’UFR Lettres de l’Université de Toulon avec Leila Sebbar

 

-          Mercredi 12/10 à 17h : « Les femmes et l’exil » Leila Sebbar

Médiathèque Andrée Chédid à La Seyne sur mer

(Pour cette rencontre, un très beau travail a été fait avec les associations de la Seyne et la Médiathèque. Un atelier d’écriture a été mis en place. Les écrits de femmes seront exposés, lus, criés ou chantés ! Il y aura également une exposition photos et de cartes postales autour des femmes en Méditerranée)

 

Vous dire aussi que j’ai rencontré Leila Sebbar à Paris, à la Fête du livre (si ! Comme quoi, on fait pas que picoler !). Que ce projet né il y a 18 mois se réalise là, dans quelques jours, avec du boulot fou, des livres lus (30 et des brouettes), des si belles découvertes, de l’énervement, de l’émotion, de la rencontre divine, des heures et des heures au téléphone, des échanges enflammés, des confidences, des larmes, un peu de peur aussi, des tonnes de mails, de la désolation (un brin), de la rage, des éditeurs trop chouettes, des lectrices passionnées, de belles personnes engagées, solides, vraies (et d’autres pas, hein, mais d’elles, on ne causera pas !) et une tendresse infinie pour cette auteure et pour ses mots … vraiment qu’il vous faut découvrir !

Si vous êtes dans le coin, venez, ce sera bien, je vous le promets !

 

Courte biographie

Leïla Sebbar est née en Algérie pendant la colonisation, de père algérien et de mère française, et tous deux instituteurs. Elle vit à Paris depuis 1963.  Elle a publié un grand nombre de romans, nouvelles, essais, récits, carnets de voyage et albums photographiques. « Au croisement de l’intime et du politique, son œuvre dit la violence de l’Histoire et de l’exil. » (Bleu autour)

 

Bibliographie sommaire

Fatima ou les Algériennes au square (Stock, 1981 ; Elyzad, 2010), Shérazade, 17 ans, frisée, les yeux verts (Stock, 1982 ; Bleu autour, 2010), Femmes d’Afrique du Nord, cartes postales (1885-1930) (Bleu autour, 2002, 2006), Je ne parle pas la langue de mon père (Juillard, 2003), Sept filles (Thierry Magnier, 2003), L’arabe comme un chant secret (Bleu autour, 2007, 2010), Mon cher fils (Elyzad, 2009), Les femmes au bain (Bleu autour, 2006, 2008), Voyage en Algéries autour de ma chambre (Bleu autour, 2008) , La fille du métro (Al Manar, 2014), L’enfance des Français d’Algérie avant 1962 (Bleu autour, 2015), Une enfance dans la guerre, Algérie 1954-1962 (Ed. Bleu autour, 2016)

A paraitre : Nouvelle édition commentée et illustrée (avec un cahier photo) Je ne parle pas la langue de mon père/ L’arabe comme un chant (Bleu autour, 2016), Parle à ta mère ( Elyzad, 2016), L’Orient est rouge, Elyzad, 2017.

 

Les liens vers les rencontres/éditions :

Théâtre liberté (un endroit formidable avec tout un tas de superbes représentations), Les bibliothèques de La Seyne sur mer (un accueil remarquable, grand choix de livres, CD, toussa toussa et des actions menées sans cesse, pour porter la culture belle, haute et à tous <3 ), l’Université de Toulon (là où je sévis, travaille, souffre parfois, au Laboratoire Babel, labo de recherche en littérature, un vaste programme !)

Les éditions Al Manar, Les éditions Bleu Autour, Les éditions Elyzad (merci infiniment à vous) 

 

 

Avec un merci IMMENSE à tous ceux qui m’accompagnent dans ce tourbillon ;-) et à Noukette, à qui je vole, une fois de plus, son merveilleux blog <3

 

 
 
Logo_LeLiberte_Saison20162017 Sebbar_1
Leila Sebbar, La Fille du métro, Al Manar, 2014.

 

Un bruit étrange et beau – Zep

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« Vivre dans le silence nous réduit à l’essentiel. »

 

La magnificence de la nature. Contempler. Admirer. La beauté saute aux yeux quand on passe le plus clair de son temps loin du monde. William, devenu Don Marcus, est un moine chartreux. Voilà plus de vingt cinq ans qu’il a choisi de vivre cloîtré, loin du bruit et de la fureur du dehors, enfermé dans un silence qu’il a appris à aimer. Seule la promenade hebdomadaire lui permet d’humer la vie comme elle va, dans l’écrin protégé d’une nature qui vibre de sons presque oubliés…

 

Aujourd’hui ils ne sont plus que neuf à vivre au sein de la chartreuse de la Valsainte. Une vie de rien qui se résume à peu de mots : « silence, pauvreté, obéissance, chasteté… silence. » Un horizon immuable, les mêmes gestes répétés et de jour en jour, les mots qu’on oublie…

 

« Toutes ces années… Quitter les mots pour aller vers la Parole…

Toutes ces années à respirer leur absence. Le vide dans ma gorge. »

 

Jusqu’à ce courrier d’un notaire parisien convoquant William à la lecture du testament de sa tante. Une tante qui vingt six ans auparavant s’était farouchement opposé à son entrée dans les ordres. Une fuite. Un gâchis. La peur de vivre…? Il va falloir affronter le dehors, quitter le monde du silence, retrouver le vacarme assourdissant des rues, se laisser assaillir par les couleurs et les odeurs. Aller à la rencontre de ce monde qui a continué de tourner sans lui…

Dans le train qui l’emmène à la capitale, quelques mots encore fébriles échangés avec une jeune femme. Des mots qui bousculent hors de la zone de confort, des mots qui questionnent et font replonger dans les souvenirs d’avant. Méry ne prend pas de gants, elle n’a plus rien à perdre. Condamnée par la médecine, elle compte bien profiter des jours qui lui reste à vivre en éloignant la peur de la mort qui l’assaille…

 

Le nouvel album de Zep est le portrait émouvant et juste d’un homme en plein révolution intime. Vingt cinq ans que Marcus a choisi le monde du silence. Vingt cinq ans qu’il prie pour les hommes qu’il a quittés. Vingt cinq ans qu’il a choisi de croire en Lui et de lui confier sa vie. Vingt cinq ans que sa vie a pris un sens… Refaire face au monde fait ressurgir les souvenirs enfouis, les sons d’autrefois, le cœur qui bat parfois un peu plus vite. Les images le bousculent, les sensations le troublent, les mots trop longtemps tus jaillissent bien plus naturellement qu’il n’aurait pu le croire. Cette vie là, tonitruante, vibrante, lui aurait-elle finalement manquée…? Jusqu’à quel point s’est-il oublié derrière les murs épais de sa cellule…?

 

Zep avance à tâtons dans l’histoire de cet homme jusqu’à lui faire prendre une route assez inattendue. Lui qui a choisi de « mourir au monde » rencontre une femme qui va devoir quitter cette vie qu’elle aime. Le hasard est parfois facétieux. Les relents du passé bouillonnent… et un futur, timide, parait presque possible. Une jolie prise de risque… Un joli parti pris graphique également avec ces aquarelles en bichromies qui laissent place au silence et à la contemplation…

 

J’aime ce Zep là, beaucoup. Son Histoire d’hommes était déjà prometteuse, j’espère qu’il va continuer son exploration de l’âme humaine, il y a encore beaucoup à dire…

 

Une lecture que j’ai grand plaisir à partager avec ma copine Mo’

 

Les avis de Géraldine, Jacques, Livresse, Stephie, Yv

 

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Éditions Rue de Sèvres (Octobre 2016)

96 p.

 

Prix : 19,00 €

ISBN : 978-2-36981-185-5

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Moka

 

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18/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout » réussi

chez Hérisson et Léa Touch Book

Lettres érotiques (présentées par Agnès Pierron)

lettres-erotiques-HDTrès agréable de plonger dans cette anthologie de lettres érotiques…

 

Des lettres tendres, drôles, brûlantes, troublantes, sauvages, passionnées. Des lettres sans détours pour prolonger le plaisir ou au contraire combler le manque. Des lettres impudiques qui racontent les corps enlacés, la sueur et les étreintes enfiévrées. Des lettres sans une once de complexes qui livrent et dévoilent les pans très intimes d’une relation souvent fusionnelle. Des lettres qui toutes disent le désir et l’amour…

 

« Comment veux-tu que l’on dorme, dans ce grand lit qui se souvient trop voluptueusement de toi ?

Claude Debussy à Lilly Texier, le 27 mai 1899

 

De Henri IV à Paul Eluard, du Marquis de Sade à Henri Miller en passant par Mozart, Alfred de Vigny, Gautier, Flaubert, Maupassant, Anatole France, Debussy, James Joyce ou Apollinaire… Du beau monde au sommaire de cette anthologie qui balaye les siècles en pénétrant l’intimité d’auteurs, artistes, hommes politiques et penseurs bouillants d’amour et de désir.

 

 « Si tu voyais comme tout cela te désire et s’élève et brûle et rougit et se tend

et devient grand et me fait souffrir toute la nuit. »

Alfred de Vigny à Marie Dorval, 7 janvier 1833

 

On picore au gré de ses envies, on grappille quelques informations croustillantes sur les uns ou sur les autres, on s’étonne parfois d’une telle liberté pour l’époque tout en s’amusant du vocabulaire fort imagé pour décrire la « chose ». C’est cru, audacieux, savoureux… parfois truculent, souvent excessif, toujours passionné. Cerise sur le gâteau, en fin d’ouvrage, un petit lexique insolite des mots du sexe où l’on apprend ce que veut dire « avoir la praline en délire », « faire petit salé », « tirer sa poudre aux moineaux » ou « se faire vibrer la virgule ». Réjouissant !

 

« Je suis reparti avec des morceaux de toi collés sur ma peau. »

Henry Miller à Anaïs Nin, le 14 août 1932

 

« Mots intimes » est une bien jolie collection consacrée à l’art épistolaire et à l’amour des mots. La collection, qui comptait déjà des lettres d’amour et de rupture s’est depuis enrichie de nouveaux titres explorant les relations familiales (Lettres à ma mère, Lettres à mon père, Lettres à mes frères et sœurs). A découvrir.

 

Les avis de l’Irrégulière et Nathalie

 

Éditions Le Robert / Des lettres (Mai 2015)

Collection Mots intimes

128 p.

 

Prix : 9,90 €

ISBN : 978-2-321-00721-0

 

 

mardi c'est parmis

By Stephie

Monsieur Origami – Jean-Marc Ceci

origami

« L’origami le plus populaire et symbolique au Japon est la grue.
La légende raconte que si l’on parvient à plier mille grues en papier, tous nos vœux se réalisent. »

 

Respirez profondément… Laissez vous portez par le silence et ce qu’il vous raconte… Plongez en vous-même, écoutez le bruit de votre respiration, le temps qui passe, la vie qui bat…

 

Monsieur Origami est une parenthèse de lecture hors du temps. Une bouffée d’oxygène dans une rentrée littéraire souvent bien trop anxiogène, un petit moment suspendu de poésie pure…

 

« Toute beauté a sa part d’ombre. »

 

Maître Kurogiku plie du papier et médite sur l’origine de toutes choses. Installé dans une ruine en Toscane depuis quarante ans, celui que les rares habitants du village surnomment monsieur Origami a arrêté de chercher. Si c’est par amour qu’il a quitté son Japon natal, c’est autre chose qu’il a trouvé dans cette vie de rien. Peut-être l’essentiel…

Casparo est un jeune horloger italien qui rêve de maîtriser le temps. Il veut construire la montre la plus complexe possible, capable d’indiquer toutes les mesures du temps. C’est à monsieur Origami qu’il demande de le loger…

 

« Jusqu’à aujourd’hui, Maître Kurogiku n’avait jamais réagi.

Un jour, tout le monde a envie que quelque chose change – ou cesse.

Brusquement ce moment est là.

Pour Maître Kurogiku, ce moment arrive aujourd’hui.

Il est temps de changer.

Il se le doit. A lui-même.

Ce garçon est une chance. »

 

Une rencontre faite de silences. Maître Kurogiku et Casparo parlent et se taisent ensemble. Simplement. Inlassablement. Chacun apprend de l’autre en se confrontant à lui. Chacun finit aussi par en apprendre beaucoup sur lui-même… La mise à nu est silencieuse, essentielle. Elle prend racine dans le temps qui passe et les traces parfois douloureuses laissées par le passé…

 

Pas d’esbroufe ni d’effets de manche ici. Les mots sont comptés, choisis avec soin, ont leur propre musique. La définition même de l’épure, la quintessence du mot. Dépouillé à l’extrême, le texte résonne et se déploie avec la force d’un conte, avec la légèreté d’une plume. On suit les personnages avec respect, on les écoute avec une sorte de déférence teintée d’admiration. Un ravissement de tous les instants… 

 

Un premier roman qui a tout du bijou… ♥

 

« … L’homme a plié la ligne du temps. En secondes. En minutes. En heures. En jours. En semaines. En mois. En années. En siècles. En millénaires. En ères. En éternité. L’homme sait ce que sont la seconde et le millénaire. Une griffe dans le temps. Un pli sur la ligne du temps. Mais le temps, le temps lui-même, la ligne qui ne contient pas de pli, qui n’a ni début ni fin ni mesure ni épaisseur, cela l’homme ne le comprend pas. »

 

Les avis de Eimelle, Joëlle, ManU, Nicole, Sabine

 

Éditions Gallimard (Août 2016)

Collection Blanche

160 p.

 

Prix : 15,00 €

ISBN : 978-2-07-019772-9

 

 

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Le zeppelin – Fanny Chiarello

zeppelinLa Maison est une petite ville de Province comme il en existe un tas d’autres. Une petite ville avec ses habitants qui se connaissent tous plus ou moins de vue. Une petite ville où une étrange maladie fait rage. Les habitants ont en effet la curieuse habitude de jeter tout ce qui leur est cher dans le canal Saint-Divan qui la traverse… Clés, vélos, animaux… et même personnes proches. Aucune explication à cela, la rue Canard-Bouée semble atteinte d’une malédiction plus qu’étrange… Mais à part ça, on s’ennuie ferme à la Maison…

 

Jusqu’au jour où le ciel entier est obscurci par le passage d’un immense zeppelin. Au sol, rien ne va plus. Les réactions des habitants sont toutes plus inattendues les unes que les autres… et vont révéler une douzaine de personnages qui vont devoir gérer l’évènement en tenant compte de leurs névroses…

 

Récapitulons. Une ville imaginaire et fantaisiste tout droit sortie d’un rêve étrange. Des habitants aux mœurs diablement barrées. Une folie furieuse qui s’empare de ces mêmes habitants lors du survol de la ville par un zeppelin… (ce mélange entre un gros avion et un dirigeable, vous visualisez ?)

Règle numéro un donc avant d’ouvrir ce roman : le monde de Fanny Chiarello est un joyeux bordel où il est fortement conseillé de naviguer à vue. A partir de là, se laisser porter…

 

« Elle ne veut pas d’héroïsme dans ses pages, elle y veut de l’irrésolu.

Le spectaculaire n’y est traité qu’à la légère. »

 

Au début j’ai bien cru que ça n’allait pas coller entre Fanny Chiarello et moi… C’est que j’y tiens moi, à ma petite zone de confort mine de rien. Alors quand on débarque avec un bulldozer pour ratisser toutes mes certitudes, quand on piétine allégrement mes habitudes, quand on tord dans tous les sens les codes du roman, j’avoue que j’ai un peu de mal. D’abord je tique un peu. Je hausse un sourcil, puis deux… Je m’agace, je lis en diagonale quelques passages, je saute quelques pages plus loin pour voir si l’auteure est toujours sous acide… pour constater qu’on est bel et bien dans un roman complètement fou.

 

Pourtant j’ai décidé de faire confiance à Fanny Chiarello, pas tous les jours qu’on tombe sur un véritable OLNI (Objet Littéraire Non Identifié, étiquette non usurpée je vous le garantie !). Je suis passée par tout un tas de phases mais curieusement je n’ai jamais été tentée de reposer ce fameux Zeppelin. Parce que ce roman là est atypique et exigeant. Parce qu’il ne ressemble à aucun autre. Parce que l’auteure l’a écrit et réécrit pendant des années pour qu’il colle réellement à ce qu’elle avait en tête. Parce qu’on se balade entre folie et absurde et qu’on arrive presque à trouver ça normal, même si on frise la cacophonie dans ce roman choral où l’auteure a toute sa place. Une auteure qui annonce d’ailleurs dans le tout premier chapitre de ce drôle de roman s’être jetée par la fenêtre après l’avoir écrit…

 

Une voix singulière qui en déroutera plus d’un, une chose est sûre, je ne regrette pas l’expérience !

 

« La ville, imaginaire, s’appelle La Maison, et l’on ne peut estimer sa situation géographique sans se lancer dans une série de calculs basés sur d’infimes indices épars au fil des chapitres. Elle encourage d’autant moins le lecteur à engager cette démarche qu’elle octroie à la ville plusieurs particularités n’appartenant pas à la logique du réel et indiquant son mépris de toute véracité. Les narrateurs sont douze (treize si on la compte, elle, auteur encombrant et indiscret) mais leurs voix ne se mêlent pas en un ensemble harmonieux, elles forment une rumeur confuse, de sorte que le texte évoque un trouble de la personnalité multiple plus qu’un roman polyphonique. »

 

Éditions de l’Olivier (Août 2016)

224 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-8236-0997-4

 

 

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Jules B, l’histoire d’un Juste – Armelle Modéré

COUV. JULES B.inddIl va encore falloir attendre. Le cuir dont Jules Badey a besoin pour sa cordonnerie n’a pas été livré. Toutes les livraisons sont bloquées par les Allemands qui réquisitionnent toutes les matières premières. Jules lui veut simplement faire son boulot, honnêtement, en se tenant le plus loin possible des combines. Pas question de fricoter avec les Allemands pour obtenir des passe-droits…

 

Jules ne pense pas grand chose de tout ça, il a d’autres chats à fouetter. Sa femme l’a quitté pour un autre et joue maintenant à la baronne dans un grand manoir à la sortie du village. Jules est seul, avec pour uniques compagnons son chagrin et ses ressentiments. Heureusement qu’il y a le café de la Place pour s’envoyer quelques godets, pour un temps au moins, il a l’impression d’oublier…

 

Il voit bien Jules que ça s’agite de plus en plus dans le village. Les gens ne sont pas tranquilles. Les voitures partent en trombe et on ne revoit plus leurs occupants. Le Sud, c’est plus sûr pour eux, il paraît que les Allemands ne leur veulent pas que du bien à ces gens-là, il paraît… Mais en rentrant chez lui ce jour-là, il tombe sur une de ces voitures qui finit sa course folle dans un arbre. Le conducteur et sa passagère sont décédés sur le coup. Dans le coffre de la voiture, pelotonnés de peur, trois enfants devenus orphelins. Contre l’avis du voisinage qui ne veut pas avoir d’ennuis, Jean décide de les protéger…

 

« Tu m’as dit que c’était des Juifs, tout à l’heure ?

Mouais.

Comment tu le sais ?

Je le sais pas ! C’est leur tronche !

Et qu’est-ce que ça change ? Enfin, si on les avait aidés ?

T’es fou ?! T’as pas fait ça ?! »

 

Pas étonnant de rencontrer une telle pépite au catalogue des éditions des Ronds dans l’O. Dans la postface, l’auteure explique les raisons qui l’ont poussée à se mettre à hauteur d’enfant pour leur confier cette part de notre Histoire. « L’histoire de mon grand-père et celles de tous les autres ont résonné à mes oreilles et j’ai décidé d’écrire cette bande dessinée à destination des plus jeunes pour continuer à aborder le douloureux sujet de la guerre et de ses raisons mais surtout celui de la haine et du racisme. Je souhaite également que cet album leur permette de croire que l’Homme porte en lui des graines d’humanité et qu’il leur faut les cultiver. »

 

Pari plus que réussi ! Jules B est un personnage difficile à oublier. Cordonnier dans la France occupée, il ne pense pas grand chose de la guerre si ce n’est qu’elle l’empêche de travailler correctement. Il n’a pas réellement conscience non plus du sort réservé aux Juifs, il ne sait pas bien qui ils sont ces Juifs d’ailleurs… Du coup, Jules ne se pose pas vraiment de question, il écoute ce que lui dit son cœur. Ces petits, il les sauvera, quitte à mettre sa propre vie en danger.

 

« J’ai comme l’impression… de ne plus comprendre grand chose à ce pays ! »

 

Un album d’une rare intelligence. Tout sonne juste, à commencer par le personnage de Jules, propulsé comme des milliers d’autres dans une guerre qu’il ne comprend pas. Face à l’immobilisme des uns et à la trahison pure et simple des autres, Jules revêt sans le savoir le costume du héros…

Du côté du dessin, c’est un sans faute. Couleurs douces et rassurantes, crayonnés lumineux, Armelle Modéré a choisi de représenter les différents personnages sous les traits d’animaux. Les différences entre eux, leur(s) force(s) et leurs faiblesses n’en sont que plus lisibles, un procédé qui accentue également l’attachement que l’on porte d’emblée aux personnages.

 

Un album essentiel qui marquera les esprits… A conseiller d’urgence aux adolescents dès 12 ans..! Coup de cœur !

 

L’avis de Livresse des mots

 

 

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 Éditions Des Ronds dans l’O (Septembre 2016)

68 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-917237-95-3

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui pour la première fois chez Mo’ !

 

 

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