La délicatesse – Cyril Bonin (d’après un roman de David Foenkinos)

délicatesse

Après Le quatrième mur (chuuuttt, je suis enfin en train de lire le roman…), cette semaine encore, j’ai lu l’adaptation d’un roman à succès. Un roman que cette fois j’avais lu, il y a quelques années certes, mais dont je garde encore aujourd’hui un très bon souvenir. La délicatesse fut ma première rencontre avec David Foenkinos. J’en avais aimé le style, l’originalité, l’humour, la poésie, la légèreté. J’en avais aimé les personnages, Markus m’avait donné des palpitations (mon petit côté midinette…), et même si j’avais vu arriver à des kilomètres le happy-end mielleux comme il se doit, j’avais marché. Couru même ! 

 

Pourtant, je n’en ai jamais vu l’adaptation cinématographique. Je n’en ai eu ni l’envie ni la curiosité. Je voulais garder les personnages tels que je me les étais imaginés, Markus surtout, oui, encore lui… Alors pourquoi cette adaptation en BD ? Parce qu’elle est signée Cyril Bonin, tout simplement. Un auteur dont j’aime l’univers, la finesse, l’intelligence et le trait si particulier. Un auteur dont j’aime le dessin épuré et élégant un poil rétro. Un auteur qui sait si bien parler d’amour… Et de quoi parle La délicatesse si ce n’est d’amour ?

 

Verdict ? Cyril Bonin a donné une autre dimension à ce roman populaire. Il en gardé l’essence, les phrases cultes, les petits moments qui font battre le cœur. Il en a gardé l’humour et le côté parfois farfelu. Et évidemment il a donné vie à Markus. Markus et son fameux dossier 114. Et j’ai encore craqué…! Cyril Bonin ne s’est pas contenté d’adapter le roman de David Foenkinos, il y a mis sa patte, sa sensibilité, sa douceur. Sa délicatesse… Sans jamais en faire trop. Subtilement, il est parvenu à s’insinuer dans tous les petits moments d’une vie et à en capter les plus infimes émotions… ♥

 

L’avis de Jacques

Le blog de Cyril Bonin

 

Cyril Bonin sur le blog : QuintettChambre obscureAmorostasia (tome 1)Amorostasia (tome 2)L’homme qui n’existait pasThe Time Before

 

 

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 Éditions Futuropolis (Novembre 2016)

96 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-7548-1430-0

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

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                           Maël                                                          Mo’

 

 

Totem-620x678  jacotte  petite patrie  campbell

              Jérôme                             Saxaoul                       Eimelle                        Mylène

 

 

salam   pile ou face   port marins perdus   boxeur_01

           Sabine                           Lucie                          Nathalie                      Antigone

 

 

leur peau 4  tristesse-éléphant

 Un amour de BD                  Stephie

1… 2…3… petites poches !

Longtemps que nous n’avions pas jeté un œil à cette collection jeunesse qu’on ne présente plus. Des textes courts, sensibles, intelligents qui surprennent et suscitent la réflexion dès 7 ans et bien au delà… Des petits romans sans images qui n’effraient pas les petits lecteurs et qui attirent tout aussi irrésistiblement les plus grands. Parmi les titres les plus récents, en voici trois à recommander plus que chaudement !

 

fourmidablecouvLa fourmi noire 68 est une fourmi disciplinée. Elle accomplit sa tâche sans se poser de questions parce que c’est ce qu’il convient. Chaque jour, elle part au travail, juste derrière la fourmi 67 et juste devant la fourmi 69. Chaque soir, sa journée de labeur accomplie, elle revient à la fourmilière entre la fourmi 67 et la fourmi 69. Et il n’y a aucune raison que cela change. Jusqu’à sa rencontre avec un puceron, Bouda, qu’elle ramène à la fourmilière. Bouda n’est pas comme 68. Il pose des questions, beaucoup de questions, quand 68 rentre du travail. Quel temps faisait-il dehors ? Comment sont les fleurs ? Pour la première fois de sa vie, 68 prête attention à ce qui l’entoure, regarde la nature, se gorge de couleurs et d’odeurs. Pour la première fois, 68 ressent le bonheur d’être libre… Une attitude que le Conseil des Fourmis voit d’un très mauvais œil…

 

Une belle réflexion sur la liberté et le bonheur, les chemins qu’on nous impose et ceux qu’on se choisit. Habituée au respect de l’ordre, 68 devient « Fourmidable », réfléchit, pense par elle-même… et vit. Une lecture symbolique qui souffle un vent bienvenu de liberté et d’anticonformisme et pousse à découvrir sa propre individualité…

 

Fourmidable – Jo Hoestlandt

 

ToutPourLeViolonjpgCerise a toujours eu tout ce qu’elle désirait depuis qu’elle est toute petite. Ses parents comblent le moindre de ses désirs d’enfant gâtée, lui organisant chaque année une fête d’anniversaire encore plus somptueuse et originale que celle de l’année précédente. Des anniversaires qu’elle attend aussi impatiemment que ses amies qui y sont invitées. Mais aujourd’hui, jour de ses 13 ans… rien. Une simple journée avec ses copines à la maison sous la surveillance de sa tante. Rien. Cette année, tout l’argent de ses parents est parti dans le violon qu’ils sont allés acheter le jour même à son petit frère. Il paraît qu’il a un don, il paraît qu’il a l’oreille musicale. Qu’il faut cultiver ce don, le faire fructifier. Quitte à faire tous les sacrifices.

 

Une variation intéressante sur le thème de la jalousie entre frère et sœur. Cerise voit rouge et sa colère va crescendo, mais jusqu’où sera-t-elle prête à aller pour se venger de ce gentil petit frère qui lui n’a jamais rien demandé ? Une histoire bien construire à la chute étonnante !

 

Tout pour le violon – Gilles Abier

 

 AllodocteurMaxime est la petite comique de la famille. Véritable comédienne, elle se plaît à faire peur à ses petites sœurs en feignant d’agoniser chaque jour dans d’atroces souffrances. Sauf que dernièrement, ses pitreries ne semblent plus faire rire sa mère. D’ailleurs, à bien y regarder, elle n’a vraiment pas l’air d’être en grande forme ces derniers temps… Elle est pâle, est tout le temps fatiguée et passe son temps à vomir dans les toilettes. Et si maman était alcoolique ? Et si elle avait une maladie vraiment grave ? Maxime s’inquiète, surfe sur Internet, imagine les pires scénarios… sans jamais s’approcher de près ou de loin de la réalité. Pourtant, son père est médecin, il pourrait bien faire quelque chose non ? L’explication inattendue finit par tomber : un petit frère… ou une nouvelle petite sœur, va arriver…!

 

Un titre joyeux au ton très actuel qui joue habilement sur l’imagination et les peurs enfantines. Maxime est une héroïne à laquelle les jeunes lecteurs n’auront aucun mal à s’identifier même s’ils découvriront sûrement avant elle le pot aux roses. Un titre bourré de bonne humeur !

 

Allô, docteur ? – Angèle Cambournac

 

Trois pépites jeunesse pour le prix d’une que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque. Avouez qu’on vous gâte ;-)

 

 

Collection Petite Poche – Éditions Thierry Magnier (2016) – 48 p. – 3,90 €

 

 

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Dans le ventre de la Terre – Cécile Roumiguière / Fanny Ducassé

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« Dans le ventre de la Terre, il y a un enfant. Minuscule. Oublié ?
Il dort beaucoup. Ses cheveux lui font un oreiller, ses pieds caressent la mousse du rocher.
D’abord point en suspension, il se meut, se tourne, valse sur lui-même entre les parois sombres. Et devient multiplication. Il devient tissage, un fil après l’autre, il s’étend, il croît.
Bientôt, des bouts de lui effleurent la paroi.
Dans le ventre de la Terre, l’enfant grandit. Ni jour ni nuit à compter, seulement les tours de cette grotte, cette caverne, où il flotte, seul, et se met à rêver. »

 

Dire l’intime et la vie qui se tisse, lentement, doucement, bien à l’abri… Dire le silence assourdissant de ce cocon qui entoure, enveloppe et protège… Ce qui pulse à l’intérieur, ce qui bat et grandit… La caresse d’un souffle, cette envie du dehors qui affleure, ces racines qui relient à la Terre nourricière…

Dire le secret d’un monde dont on a perdu la clé. Cet avant précieux qu’on s’empresse d’oublier à la naissance, ce doigt que pose un ange à la lisière des mots qu’on ne dit pas encore, pour qu’à jamais l’ombre s’installe sur ces neuf mois souterrains si mystérieux…

Dire le beau, l’inestimable. Les sensations étouffées, les plus subtiles vibrations, les plus infimes tressaillements. Cette grotte qui très vite devient trop étroite et ne peut contenir davantage cet élan vers un ailleurs inconnu. Ce soleil au dehors qui ne touche pas encore sa peau, ces senteurs qui n’effleurent pas ses narines, ces parfums que déjà il commence à deviner… On l’appelle au dehors… Bientôt, bientôt…

 

Un ravissement. Une promesse. Dans le ventre de la Terre est un joyau. Un concentré d’émotions qui réussit la prouesse de dire l’indicible. Cette vie avant la naissance, ce secret ultime, cette vague déferlante qui emporte tout sur son passage. Cette déflagration à venir précédée par le plus pur des silences…

 

Les mots de Cécile Roumiguière font des merveilles. Ils vibrent et se déploient comme cette vie qui doucement se brode. Ils touchent à la quintessence du beau en racontant l’aventure fascinante de cette vie avant la vie. Cette vie qu’on se plait à imaginer, cette symphonie qui se joue en sourdine dont on ne perçoit que les échos. De la mer à la mère…

L’œil de Fanny Ducassé est de velours. Il saisit l’essentiel et se faufile dans l’antre impénétrable. Il s’y loge et s’y installe, s’imbibe des plus petits frémissements, s’abreuve du moindre remous. Tendre et poétique, son dessin frappe en plein cœur et offre le plus beau des écrins au texte lumineux de Cécile Roumiguière… ♥

 

Un livre cadeau que je partage avec grand plaisir avec Jérôme

 

Le blog de Cécile Roumiguière

Le blog de Fanny Ducassé

 

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Éditions Seuil jeunesse (Octobre 2016)

32 p.

 

Prix : 14,00 €

ISBN : 979-10-235-0727-0

 

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Fils du feu – Guy Boley

fils-du-feu-par-buy-boleyJ’ai terminé ce premier roman il y a quelques jours et je peine encore à savoir ce qui a fait que je suis passée à côté du coup de cœur…. L’histoire, le phrasé si particulier de l’auteur, la langue scandée et presque lancinante sont pourtant de ceux qui me touchent en temps normal. J’aime les plumes poétiques qui suggèrent plus qu’elles ne disent. J’aime imaginer un monde derrière des mots. J’aime ce côté diamant brut non taillé qui donne à ce genre d’écriture une aura toute particulière…

 

« Les scansions de l’enclume forgent l’alexandrin, les rythmes des marteaux sont ceux du cœur humain, ça cogne, ça tape, ça claque, ça broie, ça bat, et déjà l’on pressent, lorsque l’on a cinq ans, qu’on n’en a pas fini avec nos ventricules, nos lyrismes hugoliens et nos histoires d’amour, tant qu’il restera de la braise et du coke en fusion au creux de nos veines caves, tant qu’on aura la force de forger des armures pour protéger l’adulte, ce roitelet débonnaire sommeillant sous l’enfance. »

 

Et de fait, dès les premières lignes, j’ai été saisie par la puissance et la grâce des mots de Guy Boley. D’emblée, les odeurs et les sons qui enivrent. Une atmosphère comme hors du temps où les personnages se dessinent comme les héros d’une fable atemporelle. Des figures comme esquissées qui dansent le plus beau des ballets. Le feu et le souffle de la forge, la force brute et animale des hommes qui tentent de les dompter, l’odeur du linge qui sèche en plein air, la constance et la beauté de ces femmes qui triment du soir au matin sans prendre le temps de se poser. Et ce petit garçon qui observe depuis son muret, s’abreuve des sons et des odeurs, admire la puissance et la vigueur de ces hommes, assis sous les grands draps blancs et frais qui se balancent au bout de leur corde…

 

« Je n’en demandais pas plus, dans le fond, à la vie. »

 

La scène d’introduction est peut-être une des plus belles scènes d’ouverture qui m’ait été donné de lire. Il y aura d’autres belles scènes dans cette histoire finalement tragique de la fin de l’enfance. Des scènes marquantes où coulent les larmes des personnages sans pour autant provoquer une véritable peine chez le lecteur. L’empathie, je crois qu’il m’a manqué l’empathie…

 

La faute peut-être à une quatrième de couverture bien trop bavarde qui dévoile des éléments de l’histoire qui n’apparaissent pourtant que bien tard dans le roman. La faute peut-être à une construction non linéaire qui fait que la mort du petit-frère, juste évoquée en passant au début du roman, ne soit vraiment détaillée qu’à sa toute fin, de même que la défaillance du père ou l’attitude de la mère face à ce deuil inacceptable. La faute peut-être à un narrateur difficile à cerner tant ses préoccupations intimes se noient dans une histoire familiale complexe… 

 

Mais oui, la langue est belle, sublime même, même si elle m’a parue par moment un peu trop ampoulée pour pouvoir provoquer une émotion vraie… Reste que cet auteur, dont c’est le premier roman, est une plume à suivre. Ils sont peu nombreux à posséder une telle grâce, une telle élégance et une telle force d’évocation…

 

Les avis de Albertine, Eimelle, Jérôme, Joëlle, Laure, Leiloona, MicMelo, Moka, Sabine, Sylire, Tiben

 

Éditions Grasset (Août 2016)

160 p.

 

Prix : 16,50 €

ISBN : 978-2-246-86211-6

 

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28/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout » réussi

chez Hérisson et Léa Touch Book

Revoir Paris (diptyque) – Schuiten / Peeters

Revoir Paris11Pour une fois, ma patience a été récompensée. Deux ans que le premier tome du diptyque Revoir Paris est sorti. Deux ans et enfin la conclusion de cette histoire qui nous emmène dans une balade futuriste aussi fascinante que belle explorant un Paris fantasmé tout droit sorti de l’imaginaire foisonnant du duo Schuiten / Peeters…

 

Nous sommes en 2155. Kârinh s’apprête à vivre un rêve. Mettre enfin les pieds sur Terre et voir Paris. Kârinh est née sur l’Arche, une station orbitale qui recrée un univers préservé où tout est contrôlé, jusqu’à  l’air que l’on respire. Loin de cette planète bleue maintenant rongée par la pollution, le réchauffement climatique et les guerres à répétition…

 

Choisie par les sages pour faire partie d’une expédition pour la Terre, Kârinh prend place à bord du « Tube », un vaisseau spatial remis en état pour l’occasion. A ces côtés, une quinzaine de passagers en hibernation dont elle doit prendre soin. A l’arrivée, un Paris bien différent de l’idée qu’elle s’était forgée grâce à ses lectures, ses rêves et ses périples hallucinatoires. Un Paris « sous cloche » où le centre historique et ses monuments phares sont enfermés sous un immense dôme de verre. Un Paris vidé de ses habitants devenu un musée pour voyageurs fortunés. Un Paris mensonger qui cache sous son vernis une population illégale tentant de survivre grâce à de menus trafics. Un Paris constamment menacé par des attaques extérieures mettant sérieusement en danger sa sécurité…

 

revoir paris 2J’ai aimé cette balade étonnante au cœur d’un Paris futuriste à la sauce Jules Verne. J’ai aimé cette vision de la ville lumière qui arrive à faire se rejoindre le Paris d’hier, celui d’aujourd’hui et celui de demain. Une vision à la fois utopiste et visionnaire où le Paris mythique côtoie le Paris Haussmannien, une vision architecturale inédite par moment réellement hypnotisante qui évoque même les projets du Grand Paris. J’ai aimé cet univers aux codes bien définis qu’on assimile sans peine malgré les zones d’ombre qui rajoutent au charme de cette histoire hors du temps. J’ai aimé naviguer en eaux troubles, à l’image de l’héroïne sur les traces de son passé et de ses origines. J’ai aimé le dessin de Schuiten, à la fois complètement rétro et terriblement avant-gardiste, ces tonalités pastelles parfois un peu trop pâles qui confèrent à l’ensemble une élégance et un raffinement indéfinissables.

 

Une bien belle balade oui, étrange et hypnotique. Un diptyque à lire d’une traite pour en apprécier toute la saveur. Si le premier tome se concentre sur l’attente de (re)voir Paris, le second nous immerge totalement dans la ville réinventée par le duo d’auteurs. Une exposition liée au premier tome du diptyque avait déjà eu lieu à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris en 2015, une nouvelle exposition intitulée “Machines à dessiner” est actuellement visible jusqu’à la fin du mois de février 2017 au Musée des Arts et Métiers. De quoi prolonger encore le plaisir…!

 

Les avis de Oliv’ sur le tome 1, de Jacques sur le tome 2

 

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Revoir Paris

Éditions Casterman (Novembre 2014)

64 p.

 

Prix : 15,00 €

ISBN : 978-2-203-04327-5

 

Revoir Paris Tome 2. La nuit des constellations

Éditions Casterman (Octobre 2016)

64 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-203-09726-1

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Moka

Au lit citoyens ! Le manifeste contre la société de la mal-baise – Julia Palombe

MEP_AU LIT_NUM_OK.inddLe hasard, la curiosité et un concours de circonstances. Voilà ce qui m’a poussée à ouvrir le livre de Julia Palombe dont j’ignorais tout auparavant…

 

Il y a quelques semaines, elle était l’invitée d’une émission tardive d’Antoine. J’ai vu débarquer cette femme qui avait l’air de ne pas avoir froid aux yeux dans une tenues des plus extravagantes. J’ai écouté son discours, mi humoristique mi moralisateur sur la façon que nous avons de vivre notre sexualité. J’ai retenu le titre de son manifeste en me disant que j’y jetterai bien un œil pour vous, tout en sachant que je ne lisais jamais d’essais et encore moins de manifestes… Puis une discussion avec ma Stephie remet le nom de cette femme sur le tapis. Un sacré bout de femme quand même, artiste, chanteuse, chorégraphe, « performeuse », libre, engagée… Qu’à cela ne tienne, je me lance, surtout si bien accompagnée !

 

« L’orgasme est notre meilleure arme de construction massive pour un monde meilleur : l’amour est déclaré ! Au lit, citoyens ! »

 

Un manifeste contre la mal-baise donc. Le titre donne le ton et effectivement, sur un peu plus de 100 pages, Julia Palombe décline sa position comme un programme politique, en dix commandements qui mêlent l’évidence au bon sens. Exit le sexe 2.0, retour aux valeurs sûres qui permettent d’explorer sans tabous l’infinité de plaisirs que nous offre une sexualité décomplexée faisant fi de cette vision prémâchée du désir où ne sommes finalement que spectateurs. A bas la société de “sex-consommation”, vive le “jouir ensemble” libre et décomplexé qui nous permet de nous reconnecter avec nous-même et le monde qui nous entoure. Du bon sens donc, ni plus ni moins, comme le prouvent ces fameux commandements :

 

Tu n’oublieras jamais que la sexualité est un jeu

Tu diras Stop au prêt-à-jouir !

Tu chasseras la jalousie maladive et la possession excessive

Tu combattras sans relâche la monotonie

Tu donneras toujours le meilleur de toi-même

Tu considèreras la jouissance comme le premier de tes devoirs

Tu t’accommoderas de ce que tu es : Aime-toi

Tu préfèreras la réalité au virtuel

Tu défendras toujours ta liberté sexuelle

Tu privilégieras la qualité à la quantité

 

Je ne vais pas revenir sur chacun de ces commandements, je vais plutôt essayer de mettre le doigt sur ce qui me gène dans ce type de lecture…

Julia Palombe n’invente rien, elle se contente de constater et de s’insurger sur nos pratiques aussi sclérosantes que nocives, rien à dire, c’est encore une fois pétri de bon sens. Il n’existe pas de « bonne » sexualité, la bonne sexualité est celle qui nous convient. Reste que le côté « manifeste » prend un peu le lecteur en otage, l’abus logique de l’impératif agaçant un peu à la longue. Même si ce n’est sûrement pas l’effet voulu, j’ai eu l’impression d’être une gamine fautive à qui on donne des leçons, « fais-ci, fais pas ça »… Pourtant, le ton est assez décomplexant, voire même humoristique et on sent bien que Julia Palombe est dans une démarche positive et d’échange. Mais si j’ai lu son manifeste sans déplaisir, je dois avouer m’être souvent ennuyée. Heureusement que certaines petites parenthèses personnelles aèrent le récit, ses histoires avec les hommes sont bien souvent très savoureuses !

 

A découvrir donc, malgré des bémols très personnels qui touchent plus au genre qu’au contenu. De fortes chances que Stephie en ait eu une lecture très différente, filez lire son avis !

 

Éditions Hugo & Cie (Septembre 2016)

Collection Blanche

125 p.

 

Prix : 9,99 €

ISBN : 978-2-7556-2482-3

 

mardi c'est parmis

By Stephie

Les Bizarres – Delphine Tartine / Olivier Rublon

bizarresIl y a des drôles de bruits dans la maison…

 

« CROUIBLOUPGLOUPSDONG

 

SCRITCHSSSSSBOING

 

PLOOC… COUIC… »

 

Derrière chaque porte, une drôle de bestiole très affairée. De la cave au grenier, des bêtes à plumes, à poils ou à écailles disputent des parties de poker endiablées, construisent des manèges dans la bibliothèque, font éclater de gigantesques bulles de savon dans le garage, tiennent commerce de bric-à-brac et d’objets perdus au fond des placards, jouent les cascadeurs dans les escaliers ou s’entraînent pour le Tour de France…

 

Une joyeuse bande de fous dingos aux yeux globuleux et sourires carnassiers qui s’en donnent à cœur joie. Des monstres facétieux, gourmands, espiègles, joueurs, inventifs… et une belle brochette de bouilles impayables !

 

Dès la couverture, ce bel album remporte tous les suffrages. Drôle, moderne et plein de pep’s, Les Bizarres ravit les enfants avec sa galerie de gentils monstres surpris dans des situations toutes plus absurdes et farfelues les unes que les autres. A chaque double page, une nouvelle rencontre et une nouvelle surprise… et un final joyeux qui donnerait presque envie de tenter le gâteau cerise-camembert…!

 

Éditions du Père Fouettard (Novembre 2016)

36 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 978-2-37165-016-9

 

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Bonne continuation – Olivier Tallec

bonne-continuationOlivier Tallec récidive… Après avoir mis mes zygomatiques à rude épreuve l’année dernière avec le drôlissime Bonne journée, le voilà qui remet le couvert avec ce nouvel album tout aussi déjanté…!

 

Mêmes ingrédients, même recette, quand la sauce prend aussi bien, on aurait tort de s’en priver ! Une page, une illustration, une phrase, un dialogue… ou rien.  L’humour tient à peu de choses et il suffit parfois d’un simple détail, du plus petit des décalages, d’une association inattendue ou d’un décor particulier pour provoquer le sourire ou le franc éclat de rire.

 

Toujours aussi facétieux, Olivier Tallec balade son lecteur conquis d’avance entre saynètes du quotidien et bonds dans le temps, laissant une place de choix à nos amies les bêtes ô combien malmenées pour notre plus grand plaisir ! Vous ne serez donc pas étonnés de croiser entre ces pages des enfants ingrats, des poissons rouges amnésiques (cette vignette me parle à un point que vous ne pouvez imaginer… ^^), des porcs-épics suicidaires, un étrange animal de compagnie pour petites filles croisement génétique entre un dauphin et une licorne, un bourreau intraitable, un cerf qui s’imagine cocu, des huskys un brin frimeurs, des cosmonautes qui ne savent plus où ils sont garés, un papa mille-pattes que la gifle démange (« Tu la vois celle-là ? »), des esquimaux se baladant en barque dans la forêt de Rambouillet (fichu réchauffement climatique !), une princesse qui ne cherche que des plans-cul et des lapins passablement excités par un bucheron… Entre autres !

 

Jubilatoire ! Gentiment méchant, Olivier Tallec est à la fois cynique et tendre, féroce et poétique. Décalé, mordant et terriblement juste, il aborde l’air de rien des thématiques dans l’air du temps et ça marche ! Un album pour les grands à laisser traîner négligemment sur la table basse, succès assuré !

 

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Les avis de Leiloona, Mylène, Nadège, Stephie et Thalie

 

Le site de l’auteur

 

Éditions Rue de Sèvres (Octobre 2016)

48 p.

 

Prix : 14,00 €

ISBN : 978-2-36981-208-1

 

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27/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout » réussi

chez Hérisson et Léa Touch Book

 

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Mr Gwyn – Alessandro Baricco

mr gwynC’est toujours un mini évènement de retrouver la plume de Baricco… La promesse d’un moment suspendu, d’une parenthèse hors du temps… et surtout d’une vraie leçon de littérature, loin des écrits stéréotypés qui paraissent à la chaîne et sont aussi vite lus qu’oubliés. Rien ne vaut les valeurs sûres…

 

Dans ma valise estivale, j’avais donc emmené Mr Gwyn, certaine d’aller au devant d’un petit bijou de finesse. Longtemps qu’il était sur mes étagères, parmi tous ces romans que je garde sous le coude pour les baisses de régime ou les petits coups de mou. J’aime Baricco d’amour… Cette capacité inimitable de nous transporter en quelques mots à l’écart du monde. Cette plume raffinée et sensuelle qui prêche le faux pour dire le vrai. Ce talent de conteur auquel il est absolument impossible de résister. Cet art de l’épure et de la suggestion qui dit l’essentiel sans jamais en faire trop…

 

Avec Mr Gwyn, la magie a à nouveau opéré… J’ai aimé l’histoire de cet écrivain à succès qui du jour au lendemain décide d’arrêter d’écrire. J’ai aimé son idée un peu folle de se mettre à écrire des portraits d’hommes et de femmes inconnus, des portraits intimes à eux seuls destinés. J’ai aimé que l’écrivain se fasse peintre ultime, voulant toucher à la quintessence de l’âme humaine par une observation approfondie de ses sujets. J’ai aimé le voir chercher l’endroit parfait pour les y accueillir, la mise en place minutieuse de son atelier d’artiste, le soin accordé à la lumière (quelle poésie cette symphonie d’ampoules !) le décor et l’ambiance sonore de ce lieu atypique. J’ai trouvé ça beau les prémisses de ces rencontres irréelles… Et j’ai aimé que rien ne soit donné d’avance et que malgré tout, les zones d’ombre persistent. Baricco ne serait pas Baricco s’il n’aimait pas à ce point jouer avec son lecteur…

 

Trois mois après lecture il me reste donc tout un monde en mémoire. Une petite musique entêtante et un portrait des plus juste de l’artiste en quête de sens. Sublime !

 

Les avis de Charlotte, Clara, Galea, Jérôme, Jostein, Kathel, Mior et Moka

 

Du même auteur sur le blog : SoieNoveciento : pianisteLa jeune épouse

 

« Il avait mis des années à admettre l’idée qu’écrire lui était devenu impossible et maintenant il se trouvait forcé de constater que sans ce métier il lui était très difficile d’aller de l’avant. Il finit donc par comprendre qu’il était dans une situation que partagent beaucoup d’êtres humains, mais pas moins douloureuse pour autant, à savoir : la seule chose qui nous fait sentir vivants est aussi ce qui, lentement, nous tue. Les enfants pour les parents, le succès pour les artistes, les sommets trop élevés pour les alpinistes. Écrire des livres, pour Jasper Gwyn. »

 

Éditions Gallimard (Mai 2014)

Collection Du monde entier

183 p.

Traduit de l’italien par Lise Caillat

 

Prix : 18,50 €

ISBN : 978-2-07-014236-1

Existe en collection Folio

 

 

ce qu'il m'en reste logo

Chez Asphodèle, oh la belle idée…

Le Garçon – Marcus Malte

LeVieuxJardinAW+Impossible de restituer ici toutes les émotions ressenties à la lecture de cet immense roman…

 

Le Garçon est un roman-monde. Un roman douloureux et lumineux qui donne le vertige tant il est éblouissant d’intelligence et de maîtrise. Entre ses pages, les bouleversements intimes qui jalonnent une vie, l’amour et la haine, la violence sans nom des hommes et la puissance indicible des sentiments…

 

Le Garçon est le roman d’une mise au monde. Celle d’un être sauvé par l’amour et la langue alors même qu’elle lui fait défaut. Celle d’un être sans mots confronté à la barbarie et à la cruauté d’une humanité devenue folle. Celle d’un être pur à l’âme vierge qui ressent le monde à défaut de le dire, intimement, viscéralement…

 

Le Garçon est un roman-blessure. On y pleure des morts, on les enterre, on les brûle… Les chairs à vif et les larmes taries. Les souvenirs vivaces et les voix qui persistent, dans la tête et dans le corps, à dire tout ce qu’on a tu. Ces lettres qu’on ne lit pas mais qu’on garde près du cœur. Ces liens ténus que l’on tisse avec ces rencontres fortuites qui se font famille. Ces étreintes enfiévrées qui sonnent le glas de l’enfance, imprimées au fer rouge, comme un phare dans la nuit sanglante et interminable de la guerre. Cette solitude tenace qui finalement ne lâche jamais prise, quelles que soient les rencontres et les parenthèses d’une vie…

 

Le Garçon est le roman assourdissant du silence. Celui dans lequel baigne le garçon depuis sa naissance. Celui de la tendresse brutale et muette d’une mère béquille, seul repère de ses premières années. Celui qu’il opposera aux paroles insensées, amicales, paternelles, violentes ou amoureuses de ceux qui croiseront sa route. Un silence enveloppant et protecteur pour celui qui n’attend rien de plus que ce qu’il reçoit…

 

Le Garçon est un roman total. J’ai été soufflée par sa puissance et sa sensualité charnelle. Impressionnée par la richesse de la symbolique qui s’en dégage. Éblouie par ces fulgurances de beau qui irradient chaque page et laissent le lecteur à son tour sans voix. Subjuguée par ces moments de grâce absolue qui imposent le silence… Un roman magistral d’une rare beauté. Un roman qui fera date et qui vient logiquement de recevoir le Prix Femina. Du grand art, ni plus ni moins. A lire absolument.

 

« C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. »

 

Une lecture vertigineuse que je partage avec Asphodèle, Hélène et Moglug

 

Les avis de Claudia Lucia, Kathel, Pr. Platypus, Yv, Zazy

 

Du même auteur sur le blog : Garden of loveFannie et Freddie

 

Premières lignes…

 

« Même l’invisible et l’immatériel ont un nom, mais lui n’en a pas. Du moins n’est-il inscrit nulle part, sur aucun registre ni aucun acte officiel que ce soit. Pas davantage au fond de la mémoire d’un curé d’une quelconque paroisse. Son véritable nom. Son patronyme initial. Il n’est pas dit qu’il en ait jamais possédé un. Plus tard, au cours de l’histoire, une femme qui sera pour lui sœur, amante et mère, lui fera don du sien, auquel elle accolera en hommage le prénom d’un célèbre musicien qu’elle chérissait entre tous. Il portera également un nom de guerre, attribué à l’occasion par les autorités militaires en même temps que sa tenue réglementaire d’assassin. Ainsi l’amour et son contraire l’auront baptisé chacun à sa façon. Mais il n’en reste rien. Ces succédanés aussi seront voués à disparaître à la suite de cette femme et de cette guerre et de l’ensemble du monde déjà ancien auquel elles avaient pris part. Qui le sait ?

Pour peu qu’on daigne y croire, l’unique trace de son passage qui subsiste est celle-ci. »

Éditions Zulma (Août 2016)

544 p.

 

Prix : 23,50 €

ISBN : 978-2-84304-760-2

 

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