Pyrénée – Loisel / Sternis

Pyrenee-couv.jpgGrande fan de Loisel, j’ai lu et relu sa magnifique version de Peter Pan ainsi que La quête de l’oiseau du temps. Pyrénée ressemble d’ailleurs à s’y méprendre à son héroïne, Pélisse. L’histoire de cet album unique paru en 1998 est pourtant très éloignée de l’univers d’héroic-fantasy de cette série.

 

L’histoire de Pyrénée débute dans le chaos et les flammes. Des hommes et des femmes s’enfuient en criant d’un cirque en feu, la ville entière brûle. Pyrénée est seule au milieu des ruines, à ses cotés, un corps de femme, dans ses bras, un ours en peluche… L’ours qui lui fait face est bien réel, échappé du cirque en flammes, il porte encore autour du cou le collier clouté symbole de son asservissement par l’homme.

Quelques années plus tard, la jeune enfant est devenue une adolescente. Elle a grandi auprès de l’ours qui l’a recueillie et élevée dans les montagnes dont elle porte à présent le nom. Petite sauvageonne échevelée et nue, elle partage de doux moments de complicité et d’amitié avec celui qu’elle appelle « grosse bête » qui lui apprend sans relâche la nature et la choses de la vie. Dans la grotte qui leur sert de toit, le collier de l’ours et le nounours de Pyrénée sont comme les vestiges du passé. Un renard porte régulièrement à Pyrénée de quoi se nourrir, des lapins, beaucoup de lapins, que ne ferait-on pas pour elle, elle est si merveilleuse…

Mais voila, Pyrénée est « Une Homme », et n’a pas conscience de son humanité. Il est du devoir de ses amis de lui montrer qui est elle vraiment. L’ours ayant rencontré l’amour, elle se retrouve seule. Guidée par un vieil aigle aveugle et quelque peu philosophe, elle partira sur les traces de « l’Ancien », censé lui expliquer sa condition d’humain…

 

Pyrénée est vraiment un très beau conte initiatique. C’est tendre, poétique, sensible, léger, frais, touchant, bref, un petit bijou ! Regardez plutôt…

 

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Copyright Loisel / Sternis

 

J’ai eu un vrai coup de coeur pour cette belle histoire. Le dessin est beau, les couleurs magnifiques, l’histoire touchante… Elle inaugure à merveille ma participation à La BD du Mercredi chez Mango !

 

Éditions Vents d’Ouest (1998)

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Comme une tombe – Peter James

commeunetombe.jpg Bien que lu au tout début des vacances, ce polar a su laisser sa marque, et c’est bien ce que l’on demande à un thriller : une intrigue captivante, des rebondissements à la pelle, des personnages originaux et bien campés, un inspecteur peu conventionnel, tous les ingrédients sont ici réunis pour vous faire passer un bon moment de lecture et vous faire vivre de vrais moments d’angoisse ! J’ai dévoré ce roman tout en vivant l’enfer comme ce pauvre Michael…

 

Petite blague entre amis…

 

Michael Harrison n’est à priori pas le genre d’homme que l’on plaint. Jeune, plutôt bien de sa personne, la société immobilière qu’il a créée avec son ami d’enfance Mark ne connaît pas la crise. Son mariage avec la magnifique Ashley est prévu dans trois jours et il n’en revient toujours pas de la chance qu’il a d’épouser une fille aussi incroyable. Mais qui dit mariage dit forcément enterrement de vie de garçon et ses amis ont bien l’intention de rendre cette fête inoubliable. Exit donc la simple tournée des bars… Il faut dire que Michael n’y était pas allé avec le dos de la cuillère quand il s’était chargé de leurs enterrements de vies de garçons respectifs… Luke était arrivé en retard le jour de son mariage après s’être réveillé dans un train de nuit l’emportant vers une destination inconnue et Pete s’était retrouvé menottes aux poignets suspendu à un pont dans une tenue on ne peut plus équivoque. Le temps de la vengeance était enfin arrivé, et Michael risquait bien de ne pas l’oublier de sitôt ! Embarqué de nuit dans le coffre d’une camionnette, le voilà enfermé dans un cercueil haut de gamme avec pour seule compagnie une revue porno, une bouteille de whisky, une lampe de poche et un talkie-walkie. Hilares, ses amis l’enterrent dans une tombe creusée la veille en prenant soin de lui laisser un tube de caoutchouc à l’intérieur pour lui permettre de respirer. Bien décidés à le faire mariner plusieurs heures, ils s’en retournent boire quelques verres quand un horrible accident laisse leur camionnette en pièces sans aucun survivant… Personne ne viendra chercher Michael…

 

Je vous avais prévenu, tout cela commence très fort ! A la fin du premier chapitre, le lecteur est déjà dans le bain et pour peu que l’on soit quelque peu claustrophobe, l’angoisse monte vite d’un cran ! Il faut dire que l’idée de cet « enterrement » de vie de garçon est des plus perverse… Les heures passent et on ne peut s’empêcher de s’imaginer à la place de Michael : quelle sensation d’étouffement, d’enfermement, quel stress !

L’inspecteur chargé de l’enquête est alerté par la fiancée de Michael, inquiète de ne pas le voir revenir. Roy Grace va avoir fort à faire vu que les seuls témoins de cette disparition ne sont plus là pour en parler. Un espoir : Mark, ami, associé et témoin de Michael, n’ayant pu participer à la petite fête à cause d’un retard d’avion. Curieusement, il dit ne pas avoir d’informations concernant le déroulement de la soirée… Tout cela intrigue au plus au point Roy Grace d’autant plus que la fiancée persiste à vouloir maintenir la cérémonie…

L’intrigue est tenue, le suspense bien présent, et on ne peut pas ne pas s’attacher à cet inspecteur peu conventionnel, adepte des sciences occultes et cherchant toujours sa femme disparue dans des circonstances troublantes neuf ans auparavant, le jour même de ses trente ans.

Efficace, déroutant, voilà un polar parfait pour les vacances. Un bémol cependant : la résolution de l’enquête est trop rapide, trop peu vraisemblable à mon goût et j’avoue que la fin m’a laissé un léger sentiment de déception qui heureusement ne gâche pas l’ensemble.

Une bonne lecture que je vous recommande chaudement !

 

Premières phrases : « Jusque-là, à quelques détails près, le plan A fonctionnait à merveille. Ce qui tombait plutôt bien, vu qu’ils n’avaient pas, à proprement parler, de plan B. »

 

Au hasard des pages : « Il fut pris d’un nouvel accès de panique. Le couvercle l’oppressait, il happait l’air, le gobait goulûment. Il ferma les yeux, essaya de penser que tout allait bien, qu’il était dans un endroit chaud, sur son yacht, en Méditerranée. Voilà. Au beau milieu de la mer, des mouettes au-dessus de la tête, caressé par la douceur d’un air méridional. Mais les parois du cercueil poussaient, le compressaient. » (p. 63)

 

Editions Pocket (2007)

Collection Pocket Thriller

531 p.

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Firmin, autobiographie d’un grignoteur de livres – Sam Savage

FirminJ’ai découvert ce roman en bibliothèque, mis en avant avec un gros coeur affirmant « On aime ». Un coup de coeur des bibliothécaires donc, premier bon point. Ensuite, le titre, puis l’illustration ont fini de m’intriguer : un rat qui lit, ma foi, ça nous changera d’un Ratatouille cuisinier. Je l’ai donc emprunté et je l’ai commencé presque aussitôt. Mais voilà, je me suis ennuyée, abandon à la 86e page, mea culpa ! Dommage, ça commençait plutôt bien.

 

Rat de librairie…

 

Firmin est un rat, non pas de bibliothèque mais de librairie. Sa mère, obèse et alcoolique, met au monde sa portée de 13 nouveaux-nés dans les sous-sols d’une librairie de Scollay Square, vieux quartier du Boston des années 1960. Pas de chance pour Firmin, sa mère indigne n’a que 12 mamelles et ses frères et soeurs ne sont pas prêts à lui céder la place. Moins bagarreur que les autres, plus chétif, Firmin se retrouve donc à grignoter des livres et à manger de la colle pour survivre. Petit à petit, il y prend goût et finit par lire les livres qu’il mangeait auparavant, car oui, Firmin sait lire, ou du moins s’en rend compte par hasard… Gourmand de mots, épris des phrases des grands auteurs, il passe ses journées à observer le libraire au travail et les allées et venues des clients de la librairie. Avide de partager son amour des livres, Firmin n’est malgré tout qu’un rat, et il ne parle pas, c’est là son drame… La rencontre avec un romancier marginal fera tout basculer.

 

Oui, tout cela commençait plutôt bien, l’histoire était alléchante et j’ai vraiment essayé d’y entrer… Malheureusement, mis à part quelques bons passages, quelques belles phrases et quelques bon mots, j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à ce personnage : pas vraiment gentil, un poil misogyne et un brin pervers, Firmin n’a rien d’un mignon petit rat de dessin animé, amoureux des livres ou pas. C’est bien écrit, l’auteur nous livre un bel hommage à la littérature, à ceux qui la font et à ceux qui l’aiment…, mais au fond, il ne se passe pas grand chose. Assez séduite au départ par les nombreuses allusions littéraires, elles ont fini par gêner ma lecture : trop de références, trop de mots savants, on en vient à se dire que l’auteur a voulu absolument étaler sa culture livresque et ça en devient indigeste. 

Si j’ai capitulé, je pense cependant qu’un grand nombre de bibliophiles s’y reconnaîtront. Au vu des quelques articles ou critiques que j’ai pu lire ici ou là, nombreux sont les lecteurs qui ont passé un bon moment de lecture, certains avis sont même très enthousiastes, je vous laisse vous faire le vôtre !

 

Premières phrases : « J’avais toujours imaginé que si, d’aventure, j’écrivais un jour l’histoire de ma vie, la première phrase en serait saisissante : quelque chose de lyrique à la Nabokov, « Lolita, lumière de ma vie, feu des mes hanches » ou de radical à la Tolstoï au cas où le lyrisme me ferait défaut, « Les familles heureuses se ressemblent toutes, les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon ». Les gens se rappellent ces mots, même quand ils ont tout oublié du livre qui va avec. Mais à mon avis, en matière d’amorce, on n’a jamais surpassé celle du Bon soldat de Ford Madox Ford : « Voici l’histoire la plus triste qu’il m’ait été donnée d’entendre. » J’ai beau l’avoir lue des dizaines de fois, j’en reste encore comme deux ronds de flan. Ford Madox Ford, lui c’était un grand. »

 

Au hasard des pages : « Dans les premiers temps, mon appétit était primitif, orgiaque, imprécis, goinfre -une bouchée de Faulkner ou une bouchée de Flaubert, je ne faisais pas la différence-, mais il ne m’a pas fallu longtemps pour discerner quelques nuances. J’ai tout d’abord remarqué que chaque livre avait un goût propre -sucré, aigre, amer, aigre-doux, rance, salé, acide. J’ai également constaté que chacune de ces saveurs -puis, au fur et à mesure que mes sens s’aiguisaient, que la saveur de chaque page, chaque phrase et finalement chaque mot- s’accompagnait d’une série d’images et de représentations dont je ne savais pourtant rien vu mon expérience très limitée de la prétendue réalité : gratte-ciels, ports, chevaux, cannibales, arbre en fleur, lit défait, femme noyée, garçon volant, tête tranchée, ouvriers levant les yeux au hurlement d’un idiot, sifflet d’un train, rivière, radeau, rayons obliques du soleil dans une forêt de bouleaux, main caressant une cuisse nue, casemate dans la jungle, ou moine agonisant. » (p. 31-32)

 

Traduit de l’américain par Céline Leroy

Editions Actes Sud (2009)

201 p.

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La fille du docteur Baudoin – Marie-Aude Murail

La-fille-du-docteur-BaudoinLes livres de Marie-Aude Murail sont bien connus des bibliothécaires ou documentalistes : les nouveautés sont très attendues et les « classiques » ne prennent jamais la poussière sur les étagères. C’est donc tout naturellement que j’ai emporté « La fille du docteur Baudoin » sous le bras pour les vacances, bien m’en a pris…

 

On n’est pas sérieux quand on a 17 ans…

 

Violaine Baudoin a 17 ans. Son père est médecin et sa mère dirige un laboratoire d’analyses médicales. Son frère Paul-Louis, 15 ans, est l’ado typique, fan de vêtements de luxe et de MSN où il tchatte à longueur de journée avec Sixte Beaulieu de Lassale, son meilleur ami. Sa soeur, Cerise, a 8 ans et élève des cochons virtuels sur Internet, quand ce ne sont pas des vaches voire même des dragons… Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où Violaine découvre qu’elle est enceinte, et qui plus est d’un garçon qu’elle n’aime pas. N’osant pas avouer cette découverte à ses parents, Violaine confie son secret à sa meilleure amie, Adelaïde, qui lui conseille de se rendre au planning familial. Là, elle rencontrera le docteur Chasseloup, qui se trouve être l’associé de son père…

 

Une chose est sûre, ce roman trouvera son public auprès des adolescentes qui s’identifieront sans mal à la jeune Violaine. La narration est simple, les dialogues sont savoureux et les personnages bien campés. Même si ce n’est pas le sujet central du roman, j’avoue avoir particulièrement aimé la rivalité entre les deux médecins.

D’un côté Jean Baudoin, surmené, n’accordant pas plus de dix minutes par patient (pardon, client…), prescrivant des médicaments à tour de bras ainsi que bon nombre d’analyses inutiles à faire pratiquer bien sûr au laboratoire de sa femme… Aigri, mesquin, son métier lui déplaît de plus en plus, de même que ses patients. Ce qui se passe une fois la porte de son cabinet fermé est souvent… surréaliste : il va jusqu’à prescrire un calmant destiné à traiter les troubles du comportement… à un bébé dont les parents ne supportent plus les pleurs !

De l’autre Vianney Chasseloup, l’associé du Dr Baudoin à qui ce dernier refile tous les patients dont il ne veut pas, ceux qui lui font perdre son temps : à la différence de son confrère, il est patient, à l’écoute, et il lui arrive même de ne pas prescrire de médicaments voire même de « discuter » avec ses patients, chose inconcevable pour ce bon vieux Dr Baudoin : 45 minutes pour un rendez-vous, tout de même ! Il vit seul seul avec son chat prénommé Poubelle et on devine que son enfance n’a pas toujours été rose.

Le personnage de Violaine est lui aussi intéressant : à la fois mature pour son âge tout en restant une enfant, la découverte de sa grossesse va la bouleverser. Même si elle ne souhaite pas garder l’enfant, il lui est difficile de prendre une décision…

 

Bref, un roman à lire et à faire lire, même si ce n’est pas mon préféré de l’auteur. Le thème de la grossesse non désirée et la question de l’avortement sont traités avec justesse et devraient trouver, espérons-le, un écho chez nos adolescentes…

 

Premières phrases : « Le docteur Baudoin connaissait chaque soir un moment de bonheur, par ailleurs assez bref, quand il prenait l’ascenseur. Tandis que la petite cage vitrée s’envolait vers son luxueux appartement, il lâchait un gros soupir en même temps que sa mallette en cuir. Voilà, encore une journée de boulot terminée. »

 

Au hasard des pages : « Tout le monde meurt dans cette vie. Ce n’est pas la peine de naître. Sur cette réflexion encourageante, Violaine ouvrit grands les yeux. Et voilà, c’était le matin, elle était enceinte pour la journée. Elle ne pouvait pas mettre ça de côté deux minutes. » (p. 96)

 

Editions Ecole des Loisirs (2006)

Collection Médium

 

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Les heures souterraines – Delphine de Vigan

  vigan1J’ai découvert Delphine de Vigan grâce au billet élogieux qu’avait fait Stéphie à la lecture de No et moi (prix des libraires 2008). Cette lecture m’avait bouleversée, émue, l’histoire est restée longtemps en moi à tel point que c’est un livre que j’offre ou conseille régulièrement… Tous ses livres m’attendent désormais dans ma bibliothèque personnelle, dont celui ci, le dernier de l’auteur…

 

Vies parallèles…

 

Mathilde est une jeune femme dynamique, cadre supérieure dans une grande entreprise. Suite à un drame personnel, elle élève seule ses trois garçons âgés de 10 à 14 ans. Tous les matins, elle se  rend à son travail en prenant le métro puis la ligne D du RER. Seulement, depuis quelques mois, elle vit l’enfer au bureau, persécutée, rabaissée et brimée par un patron qui autrefois la respectait. Victime de harcèlement moral, elle se retrouve reléguée dans un bureau sans fenêtre, proche des toilettes pour hommes…

Thibault est médecin aux Urgences de Paris. Il côtoie la misère du monde au quotidien, dans cette ville tentaculaire où les gens se croisent sans se voir, où la solitude est reine, où personne ne se soucie de son prochain… Ce matin là, il rompt avec Lila, conscient que son amour n’est pas partagé et que cette histoire ne le mènera à rien. En ce 20 mai, Mathilde et Thibault vont se croiser… sans se voir ?

 

Capitale de la douleur

 

Ce livre m’a beaucoup touché mais, autant le dire tout de suite, mieux vaut ne pas s’attendre à le refermer un sourire aux lèvres. Le Paris dépeint par l’auteur est glauque au possible et ne peut pas laisser indifférent… Tout au long du roman, on se prend à espérer que Mathilde et Thibault vont de rencontrer et que tout sera différent. Chacun évolue dans son monde, avec ses peurs, ses doutes, ses espoirs aussi… Seul dans la multitude. Pourtant, le ton n’est jamais larmoyant, il est juste, à la fois tendre et cruel. On s’attache immédiatement aux personnages, on s’offusque, on voudrait que Mathilde relève enfin la tête pour affronter son odieux patron, on s’indigne auprès de Thibault qui enchaîne les visites à domicile auprès de personnes seules, pour qui il sera LE visage ami, LA personne à qui parler…

Oui, ce livre n’est pas très optimiste, mais il est tellement vrai… La solitude, les mesquineries quotidiennes, l’individualisme, l’égoïsme…, tout y est. A la lecture de ce livre, on entendrait presque le brouhaha de la foule, le bruit de la ville, les annonces sans chaleur et mécaniques diffusées dans les sous-sols du métro : le lecteur est là, parmi les anonymes, dans les rues, sous les rues… Il vit lui aussi des « heures souterraines »…

 

Une vraie découverte, qui ne fait que confirmer le talent de son auteur…

 

Premières phrases : « La voix traverse le sommeil, oscille à la surface. La femme caresse les cartes retournées sur la table, elle répète plusieurs fois, sur ce ton de certitude : le 20 mai, votre vie va changer. »

 

Au hasard des pages : « Elle rêve parfois d’un homme à qui elle demanderait : est-ce que tu peux m’aimer ? Avec toute sa vie fatiguée derrière elle, sa force et sa fragilité. Un homme qui connaîtrait le vertige, la peur et la joie. Qui n’aurait pas peur des larmes derrière son sourire, ni de son rire dans les larmes. Un homme qui saurait. Mais les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. Dans la vraie vie, ils se croisent, s’effleurent, se percutent. Et souvent se repoussent, comme les pôles identiques de deux aimants. Il y a longtemps qu’elle le sait. » (p. 167)

 

Editions JC Lattès (2009)

280 p.

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Monsieur Personne – Roger Hargreaves

M.Personne

 

Et oui, je vous avais prévenu, il y aura de tout sur ce blog ! Mais honnêtement, comment ne pas craquer devant cet évènement planétaire qu’est la sortie d’un nouveau Monsieur au pays des Monsieurs Madames ??? Rendez vous compte, depuis la création du premier « Monsieur » par Roger Hargreaves en 1971, Monsieur Chatouille, il y avait eu pas moins de 88 personnages créés par l’auteur. Monsieur Personne est donc le 89e personnage…, et Monsieur Invisible est prévu pour 2011.

 

Allez, je défie quiconque d’entre vous d’oser me dire qu’il n’en a jamais lu un / qu’on ne lui en a jamais lu un / qu’il n’en a jamais lu un à son fils / sa fille / son neveu / sa nièce…. (Rayez la mention inutile)

 

 

Personne, vous avez dit personne ?

 

La couverture donne déjà le ton : Monsieur Personne est transparent, et cela n’a pas l’air de le ravir… Transparent veut-il dire pour autant invisible pour les autres ? L’histoire commence par l’arrivée de Monsieur Heureux, toujours aussi souriant, toujours aussi jovial, toujours aussi jaune et rond… Etonné de recevoir une goutte d’eau sur la tête alors qu’il fait un magnifique ciel bleu, il découvre, perché dans un arbre, en train de pleurer « quelqu’un qui était là… mais qui n’y était pas »! Pourquoi Monsieur Personne est-il si triste ? Et bien justement, il n’est personne, et c’est là tout le problème… Monsieur Heureux est perplexe : non seulement il n’a jamais rencontré quelqu’un de transparent mais en plus d’après lui, « tout le monde est quelqu’un ». (Je vous laisse méditer là-dessus, il n’y a pas d’âge pour philosopher !)

Bref, fidèle à lui même, Monsieur Heureux propose de l’aider et pour cela fait appel à son ami le magicien.

Arrivera-t-il à lui donner des couleurs et à lui faire découvrir sa personnalité ?

 

Et voilà, le suspense est entier… Que va devenir Monsieur Personne ? Et surtout, la question est de taille, quelle couleur va-t-il enfin avoir ??? Si vous voulez mon avis (et vous le voulez j’en suis sûre…), je trouve que Monsieur Personne manque cruellement de personnalité dans le choix de sa couleur, avouez que c’est un comble… Ah non, je ne dirais rien, à vous de découvrir à quoi il ressemble à la fin de ce livre ! ;) )

 

L’avis de Loupinou, du haut de ses 4 ans presque 5…

 

Loupinou a d’abord été ravi de ce nouveau personnage…, puis aussi perplexe que Monsieur Heureux : « Mais Maman, c’est pas possible, on ne peut pas être personne ! » Ensuite, l’arrivée du magicien l’a un peu ennervé : « c’est trop facile, il a une baguette magique alors il peut tout faire »… CQFD !!

 

Editions Hachette Jeunesse (mars 2010)

Collection Monsieur Madame

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Blankets, manteau de neige – Craig Thompson

blanketsCela faisait un certain temps que j’avais envie de me plonger dans cette énorme bande dessinée, on pourrait presque parler ici de roman-BD, le terme exact étant « roman graphique ». Ce pavé de presque 600 pages est une autobiographie romancée de l’auteur qui se lit d’un souffle, le graphisme en noir et blanc est sublime, certaines planches à couper le souffle et l’ensemble dégage une formidable puissance et une grande émotion… Un chef-d’oeuvre !

 

Le jeune Craig grandit dans le Wisconsin dans une famille ultra catholique avec son frère Phil avec qui il partage le même lit. Plutôt solitaire et rêveur, assez renfermé, il est rejeté à l’école. Sa vie est rythmée par ses cours de catéchisme, ses promenades en forêt et surtout sa passion pour le dessin… Lors d’une classe de neige organisée par la paroisse, il fait la rencontre de Raina, et c’est le coup de foudre. Il vivra avec elle un premier amour sincère et profond, pudique aussi, qui bouleversera sa vie.

 

 

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J’ai adoré l’atmosphère de cette bande dessinée, peut-être que l’omniprésence de la neige confère au tout une sensation de douceur, le fait est que l’on lit cette histoire comme dans un cocon, comme emmitouflé dans une épaisse couverture au coin du feu… Le titre de cette bande dessinée est d’ailleurs évocateur. La couverture, c’est d’abord celle sous laquelle l’auteur se blottit avec son frère quand ils partagent non seulement le même lit, mais aussi leurs peurs, leurs angoisses… C’est aussi celle que lui offrira Raina, un cadeau précieux qui le suivra tout au long de sa vie. Et c’est bien sûr cet épais manteau de neige qui recouvre tout, paysage quotidien propice aux rêves et aux désirs d’évasion de l’auteur…

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L’histoire de ce premier amour est vraiment émouvante, le trait de Craig Thompson est pur, pudique et sensuel et retranscrit à merveille les sentiments vécus par les deux adolescents. 

Précipitez-vous sur cette bande dessinée si ce n’est déjà fait ! Pour ma part, je ne regrette qu’une seule chose : ne pas l’avoir découverte plus tôt !

 

Editions Casterman (2004)

Collection Ecritures

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La mauvaise rencontre – Philippe Grimbert

 

La mauvaise rencontreJ’avais beaucoup aimé Un secret à sa sortie, un peu moins La petite robe de Paul qui m’avait laissé comme un sentiment de malaise… J’avais cependant hâte de découvrir cette histoire d’amitié entre Loup et Mando, me demandant si pour moi ce serait cette fois une heureuse ou une mauvaise rencontre…

 

Inséparables…

 

Loup, le narrateur, et Mando se connaissent depuis le bac à sable, autant dire depuis toujours. La plupart des souvenirs du narrateur sont liés à des expériences vécues avec son alter ego : leurs jeux d’enfants, leurs découvertes, leurs passions communes pour la littérature fantastique ou les promenades interminables au cimetière du père Lachaise… En grandissant, les deux amis continuent d’évoluer côte à côte, même si la vie leur fait prendre des chemins différents : Loup s’orientera vers la psychanalyse et deviendra le disciple du « Professeur », un psychanalyste de renom, tandis que Mando lui se dirigera vers le droit et l’économie. Pourquoi, alors, parler de « mauvaise rencontre » ? Dès le début du roman, l’auteur nous pointe du doigt ce qui apparaîtra comme des failles dans leur amitié : de petites trahisons en non-dits, l’histoire s’effrite petit à petit, Loup s’éloigne de plus en plus tandis que Mando, exclusif, fidèle, sombre dans la folie…

 

Trahisons et remords

 

S’il me restait une seule chose de la lecture de ce livre ce serait la force de l’écriture de son auteur… J’aime la façon dont les mots s’égrainent avec fluidité, les phrases sont belles, agréables à lire, c’est un tel plaisir que certains passages mériteraient d’être lus à voix haute pour en saisir toute la portée et la profondeur. C’est également une très belle histoire d’amitié même si j’avoue que j’ai été moins conquise par les deux personnages principaux que par les personnages secondaires, des femmes qui ont toutes joué un rôle prédominant dans l’évolution du narrateur.

Nine, la nounou de Loup, sa seconde maman, qui lui voue un amour sans bornes, démesuré…, à qui il enverra chaque année une carte à la fête des mères, en douce, en cachette de la sienne. Pourtant il s’éloignera aussi d’elle avec le temps, la voyant de moins en moins, au plus grand désespoir de Nine. A sa mort, Loup connaîtra son premier deuil, ses premiers remords aussi…

Loup évoluera aussi aux côtés de Gaby, une compagne de bridge de sa mère, excentrique et débordante d’énergie. Cette femme plus âgée que lui, cette femme d’excès, sera une confidente, une vraie « amie d’enfance ».

L’histoire de cette amitié passionnelle et destructrice m’a touchée en de nombreux endroits même si le personnage de Loup m’a souvent profondément agacé…, de même que les très nombreuses références à la psychanalyse, surtout dans la deuxième partie du roman. Mais peut-on réellement en vouloir à Philippe Grimbert, lui même psychanalyste ?

Cette lecture restera cependant un bon souvenir et j’avoue avoir presque lu ce livre d’une traite. Je lirai avec plaisir les prochains romans de cet auteur dont j’aime la plume.

 

Premières phrases : « Il n’y a pas eu de filles dans cette histoire. Juste deux garçons et ça n’a pas été simple pour autant. Bien sûr, les années passant, une ou deux beautés y ont fait leur apparition, trois petits tours et puis s’en sont allées. Elles ont pris le bras de l’un, la bouche de l’autre, mais cela est resté une histoire de garçons. Rien n’aurait dû les séparer, crois de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début mais que personne ne pouvait encore imaginer. »

 

Au hasard des pages : « Durant des années je m’étais efforcé de me conformer à l’image que Mando se faisait de moi. J’avais parfois le sentiment que son existence en dépendait et je tentais de maintenir cette image inaltérable. Mais plus le temps passait et plus je m’épuisais. Je savais que je m’éloignais de lui. Qu’en était-il de son côté ? Peut-être ressentait-il ce déchirement comme un coup de scalpel, celui du chirurgien entre les poitrines de deux siamois. Parfois seul l’un des inséparables survivait, coupable pour toujours de devoir sa liberté à la disparition de l’autre. »

 

A lire également un avis mitigé chez Stéphie, et un autre plus enthousiaste chez Ma.

 

Grasset & Fasquelle (2009)

 

A noter que ce livre est également disponible dans les éditions Feryane, en gros caractères.

Boutique en ligne à cette adresse : www.feryane.fr

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Si je reste – Gayle Forman

Si je reste

Cela faisait un petit moment que je me promettais de lire ce livre… Pour plusieurs raisons : depuis qu’il se trouve dans les rayons du CDI de mon collège, il n’y reste jamais bien longtemps, les élèves enthousiastes se passent le mot et je croule sous les réservations… Généralement, quand un livre plaît autant aux adolescentes, c’est que l’histoire les touche particulièrement et/ou qu’on y retrouve les ingrédients qui plaisent aux jeunes filles : une héroïne qui leur ressemble, une histoire d’amour…, entre autres. Car oui, jusqu’à maintenant, seules des filles sont venues me réclamer ce livre… La seconde raison qui m’a poussée à me plonger dans cette lecture est le nombre incalculable de commentaires élogieux voire dithyrambiques que j’ai pu lire ici ou là sur les blogs que je fréquente, dans la presse ou ailleurs sur la toile. Et, « last but not least », ce fameux bandeau rouge qui en barre la couverture disant, je cite, que ce livre est « le plus émouvant depuis Twilight »… Je dois avouer que ce bandeau m’a profondément agacé d’ailleurs : accrocheur et vendeur certes, mais bien loin de la vérité. Twilight, émouvant ? Ce n’est pas franchement le qualificatif qui me serait d’emblée venu à l’esprit… Toutes ces raisons ont donc attisé ma curiosité, d’autant plus que le thème de la mort, souvent traité en littérature de jeunesse, n’est pas toujours facile à aborder…

 

Une vie brisée..?

 

Mia est une jeune américaine de 17 ans vivant dans l’Oregon entourée de ses drôles de parents et de son adorable petit frère Teddy âgé de 8 ans. Son père, ancien punk membre d’un groupe de rock qui a connu ses heures de gloire, est « rentré dans le rang » en devenant professeur et sa mère, prototype parfait de la femme émancipée, est une mère « à la cool » ne sachant pas cuisiner et s’habillant de façon plutôt excentrique. Quand toute jeune Mia choisit de se mettre au violoncelle, ses parents l’encouragent même si la musique classique n’est pas véritablement le genre de musique écoutée à la maison… Et ils font bien car Mia se révèle avoir du talent, beaucoup de talent même, si bien qu’au début du récit Mia a toutes ses chances d’intégrer la prestigieuse Juiliard School à New York après une audition prometteuse. Mia a donc tout pour être heureuse, d’autant plus qu’elle partage son amour de la musique avec son petit ami Adam, membre d’un groupe de rock en ascension prénommé « Shooting Star ».

Mais voilà, c’est le drame. Un horrible accident de voiture sur une route enneigée met fin à tous les projets de Mia… Sortie de son corps, ele découvre que ses parents ont péri dans l’accident et ne sait pas si son petit frère a survécu. Elle n’est sûre que d’une chose : c’est bien son corps qu’elle contemple, là, allongé dans un fossé… Alors, est-elle morte ? Vivante ? Plongée dans un coma profond, Mia est transportée à l’hôpital de toute urgence et c’est en spectatrice qu’elle assiste impuissante aux efforts des médecins pour la maintenir en vie. Mia voit tout, entend tout… Tous ses proches défilent à son chevet : son grand-père, abattu, sa grand-mère masquant son émotion derrière de longs monologues, sa meilleure amie, Kim, et bien sûr Adam… Que doit-elle faire ? Partir, ou rester ? Et pourquoi…?

 

Le choix d’une vie…

 

Oui, le roman est bien mené. On alterne entre le récit du présent, presque heure par heure, et de nombreux flashbacks racontant « la vie d’avant »… Ces épisodes sont comme une respiration dans le récit : j’ai aimé ce qu’on y apprend sur les différents personnages, l’entourage de Mia, les moments forts de sa vie, la place de la musique. On se rend alors bien compte de tout ce que Mia a perdu, mais aussi de tout ce (ceux…) qu’elle va laisser derrière elle si elle « choisit » de mourir. Évidemment, le sujet prête à l’émotion, et on peut dire que l’objectif est atteint : le récit étant fait à la première personne, elle est d’ailleurs d’autant plus forte, que déciderions-nous à la place de Mia ? Mais voilà, j’avoue que je m’attendais à être plus touchée que ça à la lecture de ce roman même si je ne sais pas vraiment si j’arriverais à expliquer ce qui a fait ma déception… L’histoire de Mia est touchante mais dans l’ensemble j’ai trouvé le récit assez plat, en bref, je suis restée sur ma faim… Il y aura bien une suite à « Si je reste », je pense que je la lirai, par curiosité, pour voir ce que Gayle Forman a fait de ses personnages… Malgré cet avis en demi-teinte, je comprends l’engouement que produit ce livre auprès des jeunes (et des moins jeunes..) lecteurs et je lui prédit un bel avenir, d’autant plus que l’adaptation cinématographique à venir sera mise en scène par la réalisatrice même du premier volet de Twilight, succès garanti…!

 

D’autres avis chez Stéphie, Fée Bourbonnaise, Lili, Maribel entres autres…

 

Première phrase : « 7h09 – S’il n’avait pas neigé, sans doute ne serait-il rien arrivé. »

 

Au hasard des pages : « Si je reste. Si je vis. C’est moi qui décide. Cela ne dépend pas des médecins. Leurs histoires de coma artificiel, c’est du bla-bla. Cela ne dépend pas non plus des anges, qui brillent par leur absence. Cela ne dépend même pas de Dieu qui, s’Il existe, ne se montre pas en ce moment. Mais de moi. Comment suis-je censée prendre ma décision ? Comment puis-je rester, sans papa et sans maman ? Comment puis-je m’en aller en laissant Teddy ? Et Adam ? C’est trop pour moi. Je ne comprends même pas comment tout cela fonctionne, pourquoi je suis ici dans cet état et comment je pourrais en sortir si je le voulais. (…) Pourtant je suis persuadée qu’il y a du vrai dans l’affirmation de l’infirmière. C’est moi qui mène le jeu. Tout le monde est aux petits soins pour moi. C’est moi qui décide, je le sais maintenant. Et cette certitude me terrifie encore plus que tout ce qui est arrivé aujourd’hui. » (p. 69-70)

 

Traduit de l’anglais par Marie-France Girod

Oh ! Editions – 2009

Disponible en format poche depuis juin 2010 (Pocket)

Réédition dans la collection Jeunes Adultes chez Pocket Jeunesse (août 2010)

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Mon voisin – Milena Agus

Mon voisinUne rencontre hors du temps…

 

Comme beaucoup, j’ai découvert Milena Agus à la lecture de Mal de pierres, véritable petit bijou qu’on lit comme dans une bulle, mais qu’on savoure doucement de peur de voir arriver trop vite les dernières pages. En arpentant les rayons de la bibliothèque sur mon lieu de vacances, je tombe sur ce livre de l’auteur dont j’ignorais totalement l’existence, très court, tout juste 50 pages… Sans même lire la quatrième de couverture, je l’embarque avec un sourire…

 

Voilà…, une petite demi heure de lecture et que reste-t-il ? Des impressions d’abord, la force d’une écriture toute simple en apparence, une fluidité… Des images aussi, l’Italie écrasée par un soleil de plomb, les rues typiques de Cagliari, les senteurs de l’été… Et des personnages dont on ne connaîtra jamais les noms tout au long de cette petite histoire. Cette femme dépeinte par Milena Agus est seule, comme à l’abandon, et veut en finir avec la vie. Seule ? Pas vraiment : elle a un fils de 2 ans qui à son âge ne sait ni marcher, ni parler. Mais il est si souriant, si gai, et après tout les médecins disent qu’il est en bonne santé, alors pourquoi s’en faire ? Seulement ce serait tellement mieux s’il était élevé dans une famille « normale », comme celle d’une de ses soeurs par exemple… Elle imagine alors le suicide parfait, la délivrance pour elle mais qui ne serait pas un poids pour les autres : faire croire à un banal accident, glisser dans sa baignoire en voulant changer le rideau de douche…

 

Un ami qui vous veut du bien…

 

Oui mais… Arrive dans sa vie bancale le voisin d’en face. Un seul mur les sépare, il a lui aussi un fils, plus âgé, légèrement turbulent. Un jour, ce fils en quête d’attentions va escalader le mur et finir par passer ces journées avec cette femme en mal d’amour… Et la nuit, c’est le voisin qu’elle retrouve pour de longues discussions, elle sur son balcon, lui à califourchon sur son mur…, et tout change.

 

On est comme en apesanteur en dégustant ce petit bijou où finalement rien ne se passe, et pourtant… Tout est d’une infinie douceur, d’une extrème poésie. Vous l’aurez deviné, j’ai été charmée par cette lecture impromptue à une heure elle aussi impromptue dans une maison endormie avec pour seul bruit de fond celui d’une rivière de montagne…

 

Premières lignes : « Le voisin, elle l’avait rencontré un jour alors qu’avec son petit elle rentrait de promenade. Il était très beau. Et ensuite, toujours à la même heure. Elle arrêtait la poussette et le fixait sans retenue. Mais lui ne les voyait pas, même quand la rue était vide. »

 

Au hasard des pages : « Vivre était vraiment terrible. Bien sûr pas toujours. Il y avait eu pour elle aussi des moments où elle avait désiré vivre. Par exemple quand le père du bébé lui parlait en enroulant autour de ses doigts ses cheveux qu’elle avait très longs, ou quand ils allaient manger des pizzas et qu’ils s’asseyaient l’un près de l’autre et les choisissaient différentes parce que, de toute façon, ce qui était dans l’assiette de l’un était aussi à l’autre, ou dans les excursions à la montagne, lui, attentif, derrière dans les montées, devant dans les descentes, ou bras dessus bras dessous en ville, parce que le père du bébé marchait vite et elle lentement, et alors elle s’accrochait et se laissait entraîner par ce doux courant, ou au lit : comme il lui plaisait, au lit.

Le petit en ce temps-là n’existait pas, il était encore sur quelque planète accueillante où personne ne parle ni ne marche, et tout le monde trouve ça normal.

Elle aurait dû mourir à ce moment-là. Avant que le père du petit ne cesse de la désirer et de s’inquièter pour elle et de la traîner avec douceur, et que le petit n’arrive sur notre planète où tout le monde s’attend  ce qu’on parle et marche. »

 

Traduit de l’italien par Françoise Brun.

Editions Liana Levi, collection Piccolo.

 

 

 


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