Mon père était boxeur – Barbara Pellerin / Vincent Bailly / Kris

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« Cadet d’une famille de quatorze enfants, mon père avait l’habitude de se faire respecter avec les poings. À 18 ans, il devint champion de France Espoir, par KO, avant même la fin du premier round. Galvanisé par son titre, il interpelle ma mère dans la cour de la filature Badin où ils travaillaient tous les deux, à Barentin, près de Rouen Il veut lui raconter un rêve qu’il a fait la nuit précédente. Il a rêvé qu’il l’épousait.

Durant dix-sept ans, ma mère accompagne ses victoires et ses défaites.

Pourtant, de leur histoire, je ne me souviens que des disputes. De mon père fou de rage. Fou d’amour. Fou de jalousie. Fou d’une violence qui le dépassait. »

 

Beaucoup d’émotions à la lecture de ce récit intimiste qui plonge dans les méandres de la relation complexe entre un père et sa fille. Bien qu’autobiographique, le récit ne sombre jamais dans le voyeurisme. Intime, il l’est, forcément. Troublant aussi, et infiniment poignant. J’ai eu un peu peur en voyant le titre de cet album, la boxe, c’est à mille lieux de mon univers… Je me trompais. Si Barbara Pellerin le dédicace à sa mère, « unique source de lumière dans les nuits d’orage », il n’est question que de « lui » entre ces pages…

 

Barbara Pellerin a pris son temps… Ce n’est que tardivement qu’elle a décidé de faire un portrait de son père et de passer derrière la caméra. Prenant le prétexte d’une plongée dans le monde de la boxe, c’est en fait de lui qu’elle tente de se rapprocher, et uniquement de lui. Ce père qu’elle n’a jamais vu combattre mais qu’elle a vu rentrer dans des colères noires… Ce père capable d’excès de violence, de coups de folie et de débordements imprévisibles.

 

« Le boxeur et la petite fille. Étrangers l’un à l’autre. Et pourtant, au milieu d’un gouffre creusé depuis l’enfance, la boxe deviendra un trait d’union entre nous. Cette histoire est le portrait d’une relation entre un père et sa fille. »

 

Barbara se souvient. De ces profonds silences. De ces colères qui dévastaient tout. De ces nuits sans sommeil où sa mère venait se réfugier sous ses draps pour échapper aux coups d’un mari que la jalousie rendait incontrôlable. De ce regard noir qu’elle arrivait à soutenir quand elle devenait celle qui protégeait sa mère… De ces années d’absence qu’elle a mis entre elle et lui parce qu’il était nécessaire de grandir avec d’autres repères, dans d’autres lieux, loin des orages et des silences trop pesants. De ces maigres coups de fil, plus tard, bien plus tard, pour ne pas rompre le lien. De cet homme et de sa souffrance. De ces quelques photos d’époque et ces quelques bobines de films témoignages de moments oubliés. De ces rares moments de complicité et de tendresse, encore vivaces et si précieux… 

 

J’ai aimé ce portrait tout en nuances. J’ai aimé ces zones de non-dits où la pudeur empêche de tout dévoiler, ces moments d’intense émotion qui submergent sans prévenir, ce regard sans complaisance mais malgré tout empreint de tendresse sur un homme que sa fille n’aura eu de cesse de chercher… Kris a su trouver les mots, Vincent Bailly les as sublimement mis en images avec ce lâcher prise capable de rendre aussi bien la violence et l’intime…

 

Et il y a les autres images. Celles tournées par Barbara Pellerin dans la salle d’entraînement de son père présentes sur le DVD fourni avec l’album. Une trentaine de minutes pour montrer tout ce que l’album ne dit pas. Deux visions complémentaires pour creuser un peu plus ce lien unique entre un père et sa fille… Et finalement, une magnifique déclaration d’amour…

 

« Tu étais une vraie brute, un ours balourd. Mais tu étais aussi un homme blessé. Et moi, je ne pensais pas aimer mon père. »

 

 Le blog de Barbara Pellerin

 

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Éditions Futuropolis (Mai 2016)

80 p. + 1 DVD

 

Prix : 20,00 €

ISBN : 978-2-7548-1212-2

 

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Yaneck

Que du bonheur ! – Rachel Corenblit

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« Lectrice, lecteur, ceci est un chapitre d’introduction. Un chapitre qui sert d’introduction doit présenter la situation d’une façon claire et précise. Camper le décor, donner un aperçu des personnages principaux. C’est moi, le personnage principal de cette histoire ! Angela Milhat, presque quinze ans, les cheveux presque bruns, les yeux presque verts, les dents presque droites. Et dans mon cas, ce n’est vraiment pas compliqué. C’est même très simple : ma vie est comme une bouse de vache qui sèche en plein soleil : plate, puante et inutile… »

 

J’ai aimé Angela dès qu’elle a « ouvert la bouche » ! Typiquement le genre d’héroïne qu’on a envie d’accompagner encore un peu après la dernière page tournée. Une ado sarcastique, à la fois bourrée de mauvaise foi et pétrie d’autodérision, capable de se lamenter sur son sort et de se botter les fesses pour sortir la tête de l’eau. Une gamine attachante, brute de décoffrage, dotée d’un sens de l’humour à l’épreuve des balles qui se livre totalement dans un journal intime hilarant qui m’a valu des sacrés fous rires…! Et bon sang que ça fait du bien !

 

« J’ai beau regarder du côté blanc de la vie, tout s’écroule autour de moi. C’est la fin de mon monde, mon apocalypse personnelle. »

 

La poisse. La scoumoune. Le mauvais karma absolu… Aucune autre explication plausible à cette année absolument pourrie qu’Angela vient de traverser à la rame. Un enchaînement de galères… Quinze kilos pris en six mois à force de vider le frigidaire pour calmer ses angoisses. Une chute humiliante le jour de la rentrée devant les belles gosses du lycée qui lui vaudra un nez cassé et une réputation de boulet. Des parents qui ne trouvent rien de mieux à faire que de divorcer. La mort de son chat. La trahison de sa meilleure-amie-pour-la-vie-voleuse-d’amoureux. Un redoublement. Et, cerise sur le gâteau, des vacances chez un papi mutique au fin fond de l’Ariège dans le merveilleux village de Mounicou (« six habitants, trente biquettes, cent vingt mouches ») avant de partager une tente minuscule avec sa mère au camping de Palavas-les-Flots (« un camp avec une piscine pour faire croire à un espace de liberté »)… Que du bonheur !

 

Un vrai régal ! Ce petit roman est un bonbon, un vrai concentré de bonne humeur ! Impossible de ne pas tomber sous le charme d’Angela, drôle bien malgré elle. Son journal intime est à son image, plein de pep’s et d’une incroyable vivacité (mention spéciale aux divers collages, photos et autres dessins hilarants qui l’illustrent..!) La jeune fille s’y livre sans barrières, et même si dans la vraie vie « les répliques les plus percutantes (lui) viennent toujours un siècle après », son journal est lui truffé de phrases qui claquent.

Alors oui, on compatit, et comme elle on espère « une accalmie au niveau de l’enchaînement des catastrophes »… mais qu’est-ce qu’on se marre ! Et puis elle va finir par le voir le fameux côté blanc de la vie Angela. Elle va y avoir droit à sa dose de bonheur, à ces petits riens qui gonflent un peu le cœur et chassent les nuages… Et on s’en réjouit…!

 

Une pépite jubilatoire que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

« Du bonheur. Un petit peu. Juste un petit peu. Un petit peu de bonheur, quand on ne connaît que le ciel gris des humeurs maussades, c’est énorme. Les petits riens rendent heureux. Il suffit de les accumuler. Plusieurs petits bonheurs font un bonheur immense. »

 

Les avis de Cathulu, Clarabel

Du même auteur sur le blog : 146298

 

 

Éditions du Rouergue (Mai 2016)

Collection doAdo

128 p.

 

Prix : 10,20 €

ISBN : 978-2-8126-1056-1

 

pepites_jeunesse

L’abécédaire des émotions – Madalena Moniz

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Du beau…

 

Du tendre…

 

Du doux…

 

 

Beaucoup d’émotion(s),

 

une bonne dose de poésie,

 

du talent à l’état pur…

 

pour un abécédaire unique en son genre.

 

♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

 

Plus je le feuillette et plus j’admire cet album. Un bel écrin pour un bijou rare et précieux qui fait passer le lecteur par une palette infinie d’émotions. Car c’est bien de cela qu’il est question… Ces sentiments qui nous transpercent, ces émotions qui nous submergent et que l’enfant peine à mettre en mots…

 

 

je me sens

 

A comme Audacieux… E comme Ému… I comme Invisible… M comme Minuscule…

O comme Original… Q comme Quelqu’un… S comme Solitaire…  U comme Unique…

 

Sur la page de gauche, une lettre de l’alphabet et un adjectif. En miroir, sur la page de droite, un petit garçon qui incarne cette émotion… Une exploration intime et extrêmement juste, un univers visuel très fort, une vraie identité dans le trait. La relation entre le mot et l’image est belle et audacieuse, souvent inattendue et toujours intelligente. Le dessin à l’aquarelle est somptueux, soigné, élégant et d’une grande douceur.

 

En fin d’ouvrage, 26 lettres donnent la parole à l’enfant pour un abécédaire personnel… « Et toi ? Comment te sens-tu ? »

 

On ne pouvait rêver plus joli cocon pour accueillir les sentiments de l’enfant. Coup de cœur ! ♥

 

Les avis de Laël et Sabine

Le (sublime) site de Madalena Moniz

 

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Éditions Hélium (Avril 2016)

64 p.

 

Prix : 14,50 €

ISBN : 978-2-330-06114-2

 

 

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Jupe et pantalon – Julie Moulin

jupe et pantalon

Je n’étais pas sûre de vouloir lire ce roman. Une appréhension plus liée à la narration – que je savais très particulière – qu’aux thèmes abordés qui eux avaient une grande chance de me parler. Je savais pourtant que je risquais fort de croiser sa route grâce à l’opération des 68 premières fois et je m’étais préparée à accepter de sortir de ma zone de confort sur les chaudes recommandations des autres lecteurs de la chaîne… Coup de cœur pour les uns, OVNI pour les autres, restait à savoir dans quel camp j’allais me situer…

 

Pour être honnête, ce roman m’a longtemps résisté. J’ai tourné les premières pages mi sceptique, mi agacée. J’ai grimacé, survolé certains passages, carrément sauté des paragraphes… Cette narration ne me parle pas. A plusieurs reprises je repose le livre en étant persuadée de ne pas le reprendre. Après tout ça peut arriver que la sauce ne prenne pas…

 

C’est rageant quand même de se sentir tellement en marge… Et puis ma Framboise, qui vient aux nouvelles régulièrement pour me demander si j’avance dans ce bijou. Parce qu’elle adore elle, elle se régale. Et elle n’est pas la seule. Alors je continue, je m’accroche…

 

Et puis vient cette deuxième partie. Ce n’est plus le corps de l’héroïne qui s’exprime – ses jambes, ses mains, ses fesses, son cerveau… – , même s’il a toujours voix au chapitre, même s’il a toujours son mot à dire. Et notre héroïne a enfin un prénom. C’est à ce moment là que l’histoire a pris tout son sens pour moi. A ce moment là que toute la première partie que j’avais si difficilement ingurgitée est apparue comme nécessaire. Tout est devenu limpide, les pièces se sont doucement imbriquées… et je n’ai plus du tout eu envie d’abandonner Agathe. J’ai eu envie de lui prendre la main, de l’accompagner, de l’aider, de la réconforter. J’ai eu envie de lui dire qu’on se ressemblait un peu et que non, les wonder-maman-épouse-amante-executive woman… ça n’existe pas. Je l’ai vue lentement glisser et se prendre les pieds dans le tapis, s’épuiser, s’éteindre. A force de trop tirer sur la corde…

 

Alors oui, il est déstabilisant ce roman. Prenant. Atypique. Passionnant. Original. Et vrai. C’est ce que je retiendrai surtout, ce très beau, très juste portrait de femme en plein désordre intérieur, ce combat intime qui permet un lâcher-prise salutaire et un coup de pied dans les sacro-saintes « habitudes » qui nous pourrissent la vie. Pour s’accepter fragile, imparfaite, égoïste, lâche et vivante. Enfin.

 

Comme quoi il est parfois bon de sortir de sa zone de confort… Merci à Framboise d’avoir partagé cette lecture avec moi… et merci aux fées des 68 premières fois de l’avoir mis sur ma route !

 

Les avis de Charlotte, Eimelle, l’Irrégulière, Joëlle, Kathel, Leiloona, Lucie, Miss Léo, Nicole, Sabine, Séverine, Sophie Adriansen

 

Le blog de l’auteure

 

Premières phrases : « Je me prénomme Marguerite. Ma jumelle c’est Mirabelle. Drôles de prénoms. D’aucuns verraient dans ces deux grands M une prédestination : deux jambes pour un même mouvement. »

 

Au hasard des pages : « L’avenir était devant nous. C’était avant le grand carrefour. Avant que l’amant devienne mari, avant que la femme soit mère, avant que l’envie se mue en rancœur et que l’insomnie détruise les rêves. » (p. 135)

 

Éditions Alma (Février 2016)

297 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-36279-170-3

 

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La légèreté – Catherine Meurisse

CouvertureJe n’avais pas voulu lire Catharsis de Luz… Un peu pour les mêmes raisons, j’ai longtemps hésité à lire le témoignage intime de Catherine Meurisse. J’admire et je comprends la démarche. Cette nécessité de dire l’indicible par les bulles, l’humour et l’émotion. Une thérapie nécessaire, un exutoire… pour tenter d’accueillir l’avenir avec sérénité, pour faire la place au beau, au douillet, au rassurant. J’admire la démarche et pourtant j’ai la sensation désagréable et troublante d’être de trop…

 

On a tous notre histoire avec « Charlie ». On sait tous ce qu’on faisait ce fameux 7 janvier 2015 quand on a appris la tragédie. Ce violent coup de poing dans le ventre, cet état de sidération, cette douleur lancinante. Un pays anesthésié, silencieux, au moins pour un temps. A chacun sa façon de se reconstruire et de vivre « après ça »…

 

Après ça… Les survivants de Charlie ont eu besoin de temps. Cet impossible travail de deuil. Cette survie obligatoire. On fait comment ? Catherine Meurisse déroule le fil de ce long chemin vers le retour à la vie. Avec une vraie pudeur et un profond respect pour ses amis qui ont perdu la leur… La blessure est encore suintante et le témoignage est fort, oui. Fort parce qu’évidemment intime et personnel… 

 

Je ne saurais dire si j’ai aimé ou non cette mise à nu. La question n’est peut-être pas là d’ailleurs… Mais je ne suis pas certaine d’y avoir trouvé ma place. J’ai marché aux côtés de Catherine Meurisse sur la plage, ressenti profondément ce besoin de se ressourcer dans le silence, l’art et le beau, admiré ce sursaut de vie et cette volonté farouche de continuer à aimer, à rire, à dessiner… sans être pour autant aussi émue ou touchée que l’on pourrait l’être. Oui, je me suis sentie de trop. Illégitime à ressentir cette douleur là…

 

Reste ce témoignage. A la fois violent et d’une incroyable légèreté… Un témoignage qui ne manquera pas de susciter l’admiration, le respect, l’interrogation, le malaise ou le trouble… Parfois tout ça à la fois. Une lecture qui ne peut laisser indifférent et que je partage avec Mo’ qui elle aura sûrement pu trouver les mots…!

 

Les avis de Nicole, Tamara, Yvan

 

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 Éditions Dargaud (Avril 2016)

133 p.

 

Prix : 19,99 €

ISBN : 978-2-205-07566-3

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Jacques

Hugo de la nuit – Bertrand Santini

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« Oyez, oyez, visiteurs !

 

A en croire les épitaphes, les cimetières ne sont remplis que de personnages exemplaires ! « Mère modèle », « Père parfait », « Ami fidèle »… Que d’éloges gravés dans la pierre !

De toute évidence, la mort efface les petits travers ! L’honneur et la vertu comblent de gloire ceux qui ne sont plus ! Entrez donc dans ce monde parfait ! Et suivez-moi ! La visite va commencer… »

 

Avancez prudemment… Restez sur vos gardes… La lune a beau être haut dans le ciel, la nuit abrite parfois des secrets qui ne demandent qu’à refaire surface. Derrière le miroir, le monde des esprits prend possession des heures sombres et fête chaque soir cette éternité qui leur est tombée dessus sans crier gare. Derrière le vieux portail grinçant du vieux cimetière abandonné, au milieu des herbes folles et sous les stèles fissurées, les spectres partagent des agapes festives en tentant de se rappeler l’odeur alléchante d’un bon gâteau au chocolat. L’au-delà à parfois des allures de camp de vacances…!

 

Un peu plus loin, dans le silence de la grande bastide provençale, Hugo s’apprête à s’endormir. C’est la nuit de son anniversaire. La nuit de tous les possibles, celle des rencontres surprenantes, des échappées fantastiques, des révélations tonitruantes, des amitiés improbables… TIC TAC, TIC TAC, TIC TAC… Les aiguilles de l’horloge avancent, dans quelques heures Hugo aura 12 ans. Ou pas…

 

Surtout ne pas trop en dire… Garder intacte la jubilation de la découverte de ce petit bijou à nul autre pareil..!

 

Bertrand Santini est un genre de sorcier, ou de magicien… voire même un subtil mélange des deux. Avec en prime une âme de sale gosse qui se délecte des tours pendables qu’il prend un malin plaisir à concocter..!

Je ne connais aucun autre auteur capable d’allier avec autant de bonheur la fantaisie la plus pure à la poésie la plus décalée, la drôlerie à l’intelligence, le frisson à la tendresse la plus surprenante…! Dans un univers aussi baroque que profondément burlesque, l’auteur entraîne son lecteur – petit ou grand – dans un conte horrifique impossible à lâcher tant il joue à merveille sur nos peurs les plus profondes et nos désirs les plus secrets. Addictif et profondément jubilatoire !

 

ENCORE ! J’en veux ENCORE…!! Lu d’une traite, Hugo de la nuit va devenir ma nouvelle botte secrète pour faire tomber dans la marmite de la bonne – très bonne – littérature jeunesse tous ces élèves qui disent ne pas savoir quoi lire tout en espérant secrètement croiser la route de ce roman « différent » qui comblera leur imaginaire…

 

Une pépite évidente que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque… Cerise sur le gâteau, la délicieuse Framboise et son enfant-testeur se joignent à nous pour parfaire la fête… Des guest stars en or !

 

Les avis de Pépita et Za

 

Du même auteur sur le blog : Le YarkL’étrange réveillonLe journal de Gurty

 

 

Premières phrases : « Hugo aurait dû ressentir de la peur, de la terreur même, à planer au-dessus du monde dans les bras d’un fantôme. L’enfant n’éprouvait pourtant qu’un sentiment d’abandon, tout au plus teinté d’une vague appréhension. »

 

 

Éditions Grasset jeunesse (Avril 2016)

213 p.

 

Prix : 13,50 €

ISBN : 978-2-246-86025-9

 

 

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Ici ça va – Thomas Vinau

IciCaVaIl suffit parfois de presque rien…

Quelques mots juste pesés, comme susurrés. Des éclats de beau, des lueurs de vrai, des évidences qui frappent en plein cœur sans en faire des tonnes. L’univers de Thomas Vinau ne se pare pas d’atours clinquants. Nul besoin de fioritures… L’essentiel est là, entre les lignes, dans les secrets et les non-dits qui se devinent plus qu’ils ne se disent, dans ces petites parenthèses de bonheur simple, dans ces silences qui s’installent parfois entre ceux qui s’aiment mais peinent à le dire…

 

A nouveau, le miracle a eu lieu. Après la belle surprise de Bleu de travail Thomas Vinau a réenchanté mon quotidien l’espace d’une petite centaine de pages. L’air de rien. Avec une histoire en apparence toute simple qui ne se dévoile que par petites touches, au gré des souvenirs du narrateur qui petit à petit refont surface…

 

Il est délicat cet équilibre là. La juste mesure entre l’histoire intime et intimiste et celle qui nous parle, à nous, rien qu’à nous. Ces résonances, encore…

 

Une maison à retaper pour aider à combler les vides, rappeler ce passé qui se refuse et cicatriser ses blessures. Un écrin de verdure et de silence, du vert et du tendre, des chants d’oiseaux et le bruit d’une rivière, des herbes folles et l’espoir tu d’arriver ici à se reconstruire. Loin du brouhaha de la ville, à l’abri. Pour colmater les brèches, apprivoiser cette douleur diffuse, et s’aimer mieux, peut-être… « Avec demain comme couverture » le narrateur et sa femme retrouvent les gestes, ressentent les vibrations de la terre, savourent les odeurs, les couleurs…

 

« Et puis nous avons des choses à faire ici. Nos marques à trouver. Nos nouveaux repères. Notre ancienne vie s’éloigne tranquillement comme une barque portée par le courant. Nous sommes sur la berge. Sereins. L’eau coule à nos pieds et va se perdre loin devant. Nous retrouvons quelque chose. C’est confortable. Rassurant. Je ne sais pas exactement ce dont il s’agit. »

 

Ici ça va est l’histoire d’une révolution. Une révolution lente, intime, personnelle. Une renaissance qui prend son temps, au hasard des tours et des détours que la vie, facétieuse, impose parfois. Une réconciliation…

J’aime la façon qu’a Thomas Vinau de dire la vie. Tout en délicatesse. Avec simplicité. C’est beau, essentiel, lumineux et finalement ça se passe de commentaires…

 

« Je me méfie. J’ai toujours peur que ça ne dure pas. Dès qu’il y a un moment de bonheur, de paix, je me répète que ça ne durera pas. Que le temps est un menteur. Qu’avoir quelque chose c’est commencer à le perdre. C’est comme cela que je fonctionne. C’est ce que la vie m’a appris. Si tôt. La perte. Le peu de fois où je l’ai oublié, le boomerang m’est revenu dans les dents. (…) La confiance ne se déclame pas. Il faut l’apprendre. Tout doucement. Il faut que quelqu’un d’autre vous l’apprenne. À grands coups de demains et de câlins. »

 

Les avis de Aifelle, Antigone, Clara, Hélène, Mirontaine, Nadège, Philisine, Sylire

 

 

Éditions 10/18 (Aout 2014)

144 p.

Première parution en août 2012 aux éditions Alma

 

Prix : 6,10 €

ISBN : 978-2-264-06168-3

Un homme de joie tome 2/2 – David François / Régis Hautière

homme de joie 2Un an après le premier tome, voici donc la fin du diptyque de David François et Régis Hautière…

 

Sacha, le jeune immigré ukrainien, prend ses marques dans cette ville tentaculaire qui continue de le fasciner autant qu’elle ne l’effraie. Gourmande, New-York l’indomptable n’en finit pas de s’étendre et de tutoyer le ciel. De chantier en chantier, Sacha l’équilibriste voit la vie d’en haut. Sous ses yeux, la « ville monstre » – vivante, vibrante, mouvante – se métamorphose et prend ses aises, quitte à broyer des vies et à écraser les indésirables qui croyaient encore au rêve américain. Des travailleurs qui petit à petit se réveillent, prêts à faire entendre leur voix…

 

Mais Sacha n’a rien a perdre, du moins le croit-il… Toujours en cheville avec Tonio le mafieux, il trempe dans des histoires louches dont il ne détient pas toujours les clés. Peut-être un peu moins crédule et naïf, il continue de se tenir en retrait pour ne pas trop se mouiller. Mais il y a les sœurs Magda et Lena. Magnétiques. Diablement attirantes…  Une obsession qui pourrait bien le mener à sa perte…

 

Fascinante plongée dans un New-York exsangue qui peine à se relever de la crise de 29. Un New-York où deux mondes s’affrontent et se télescopent, creusant un peu plus chaque jour le fossé qui les séparent. Une ville en effervescence où les truands de tous bords étendent leur toile et profitent des moindres failles pour gagner toujours plus d’argent. Quitte à entraîner dans leur sillage des êtres moins aguerris… Au milieu de toute cette agitation, Sacha creuse sa propre tombe. Lentement, le piège se referme et l’issue, tragique, semble inéluctable…

 

Au scénario, Régis Hautière est impérial. Subtilement, il conte la descente aux enfers de son héros, ne lui laissant aucune porte de sortie. En déroulant le fil de l’histoire d’amour impossible, le scénariste dresse le portrait d’un homme au pied du mur. Impuissant, le lecteur assiste à sa chute programmée, englouti par la « ville monstre »…

Au dessin, David François étonne. Le New-York qui nait sous ses pinceaux est sombre et inquiétant, insaisissable et même effrayant. Le trait semble s’être relâché, esquissant des visages plus flous, accentuant le coté en perpétuelle mouvance de la ville de tous les fantasmes. Certaines planches, vertigineuses, sont à couper le souffle. Une ambiance lourde et pesante dans lequel le lecteur ne peut que s’enliser, comme hypnotisé…

 

Une sublime partition jouée avec talent par un duo talentueux qui s’accorde à merveille. Une lecture que j’ai pris grand plaisir à partager avec Jérôme.

 

Mon avis sur le tome 1

 

Le blog de Régis Hautière

Le blog de David François

Des mêmes auteurs sur le blog : De briques et de sang

 

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Éditions Casterman (Mai 2016)

54 p.

 

Prix : 13,95 €

ISBN : 978-2-203-10081-7

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

 homme de joie 2  stephie  jacques  nathalie           Jérôme                        Stephie                                    Jacques                                       Nathalie

 

 

         sabine    mael1  mael2    bouma

                     Sabine                                              Maël                                                Bouma

 

 

         caro  Mo  troisombres  hélène

                        Caro                            Mo’                           Charlotte                        Hélène

 

 

        deplasma

                      Sita

Le trésor du lac des trois chats – Mathis

mathisEnfin les grandes vacances ! Oublier la sonnerie du réveil, les longues journées d’école, les devoirs dont on ne voit pas le bout et se laisser vivre… Le rêve ! Alex a bien l’intention d’en profiter sans attendre. Et ce matin au réveil il n’a qu’une idée en tête : partir en mission de reconnaissance dans les bois et trouver l’endroit idéal pour y construire une cabane.

 

Alex longe un ruisseau qui serpente entre les arbres et trouve enfin l’endroit qu’il recherche. Un endroit déjà occupé par une autre cabane, faite de planches et de tôles rouillées. La cabane semble déserte et Alex cède à la curiosité… A l’intérieur, des couvertures, des étagères remplies de livres et de bande dessinées… et une boite à chaussures pleine de photos. Un simple coup d’œil lui suffit pour savoir qu’il a trouvé la demeure de celui qu’on appelle Sauvageon, un clochard qui vient mystérieusement de disparaitre.

 

Alex embarque la boite à chaussures bien décidé à en explorer le contenu. Il ne le sait pas encore mais celle ci contient un plan menant à un trésor…

 

Un « club des Cinq » revu et corrigé à la sauce Mathis. Impossible pour les jeunes lecteurs de ne pas se laisser embarquer dans cette chasse au trésor qui réserve bien des surprises…! Alex, sa sœur Anouk, Mimi, le Singe et Djamila sont prêts pour l’aventure, bien décidés à dénicher ce trésor qui semble leur tendre les bras. Après quelques recherches en bibliothèque pour vérifier les informations écrites par sauvageon dans son journal, la petite bande échafaude un plan pour trouver ce fameux chêne sous lequel est censé se trouver le trésor du lac des trois chats. Un brin de courage, un soupçon d’adrénaline, une bonne dose de débrouillardise et d’amitié… et les voilà partis à l’aventure…!

 

J’ai toujours beaucoup aimé Mathis. Ici il nous offre un petit roman d’aventure bien ficelé qui devrait tenir en haleine les plus jeunes lecteurs. Le scénario est assez classique et fait la part belle aux relations fraternelles et amicales avec des personnages modernes et criants de vérité. Je reste néanmoins sceptique sur la fin et cette incursion assez inattendue dans le fantastique et l’étrange qui à mon sens ne se justifie pas. Mais je chipote. Prenant, facile à lire, ce petit roman touchera sans nul doute son cœur de cible…!

 

Une sympathique pépite pour les plus jeunes que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

Premières phrases : « Ce matin, je me sens bien. terriblement bien. J’ai le sentiment d’être lavé d’une vieille saleté qui s’accrochait à moi depuis des années. je me sens libéré du poids d’une fatigue qui ne me quittait pas. Je suis comme un serpent qui vient juste de changer de peau. Je suis un garçon neuf. »

 

Au hasard des pages : « Lorsque Anouk et moi arrivons à vélo à notre lieu de rendez-vous, les autres sont déjà là. On se dit brièvement salut. On est sérieux comme si on partait en mission secrète pour sauver le monde. » (p.95)

 

Éditions Thierry Magnier (Mars 2016)

Collection En voiture, Simone !

148 p.

 

Prix : 7,20 €

ISBN : 978-2-36474-839-2

 

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Le Carré des Allemands, journal d’un autre – Jacques Richard

le-carre-des-allemands

 

« La faute du père, tu sais, tu sais, ça écrase le fils. Le fils reprend la faute et la fuite du père. C’est un fardeau commun, pas tout à fait secret, un fardeau de famille. Un fardeau comme un autre. Tu devais te cacher, nous devons nous cacher. Personne ne doit te voir. Personne ne nous verra. Nous voir, c’est voir la faute. Un père est quelque fois un Caïn sans Abel. »

 

Un roman dans lequel je suis entrée sur la pointe des pieds et qui très vite m’a explosé au visage tant la langue de l’auteur dévaste tout sur son passage. C’est une écriture de l’urgence, qui n’épargne rien ni personne, une écriture qui remue les immondices et nous y enfonce profondément. Une écriture qui triture les plaies encore suintantes impossibles à cicatriser. Une écriture qui pousse à chercher des réponses aux questions qui nous hantent et nous empêchent d’avancer… même si on aimerait parfois ne pas les connaître. Parce qu’elle brûlent, parce qu’elles font mal, parce qu’elles rendent palpable l’innommable et font exister l’indicible.

 

L’héritage familial… Ce qu’on transmet un peu malgré soi : des yeux bleus, des fossettes saillantes, un menton volontaire mais pas seulement… Ces signes que l’on retrouve, ces détails qui nous rappellent l’autre, ces ressemblances qu’on ne peut nier au cœur même de nos différences. On aimerait s’en défaire parfois, de ce fardeau encombrant. Nier cette filiation pourtant irréfutable. Mais on ne choisit pas sa famille… Il y a les parents-idoles, les béquilles qui aident à avancer, les socles solides et fermes qui assurent nos pas. Et puis il y a les autres, ces sols meubles dans lesquels on s’enlise et qui nous font pousser de traviole.

Le père de notre narrateur est de ceux-là. Absent et insaisissable, il n’est pas là pour répondre de ses fautes. Est-ce à son fils de les expier ? Est-ce à lui d’assumer ses mauvais choix ? Que faire de ce poids, de cette culpabilité ? Ressembler à cet homme qui a tué, massacré et pire encore…? Ou s’en éloigner pour survivre…? Comment se construire dans l’ombre d’un bourreau..?

 

« Notre silence est un sommeil. On se tait moins de n’avoir rien à dire que de n’avoir pas les mots.

Pas d’issue là non plus.

Chaque jour un peu plus les mots nous font défaut. Je cherche les miens. Je n’en trouve pas pour dire que même si je n’ai rien fait je ne suis pas innocent. Un sentiment permanent d’être en tort sans savoir de quoi.

Né dans une prison dont je suis le détenu et le gardien. Tous les autres sont les barreaux.

Interdit de vie. »

 

Plongé dans les photos et les souvenirs forcément parcellaires, le narrateur tente de brosser le portrait contrasté de ce père qui s’est engagé à dix-sept ans dans les Waffen SS. Un homme plongé dans l’horreur de l’Histoire, ni pire ni meilleur qu’un autre finalement… Le lecteur, groggy, chemine à ses côtés. Mal à l’aise tant les questionnement légitimes du narrateur interrogent la nature humaine dans ce qu’elle a de plus barbare. Ça remue et ça secoue ces textes là… Essentiel…

 

« Toute ma vie est passée. Et elle était entre les parenthèses de ça. Derrière la vitre de ça. De ces récits inavouables. De cette histoire irracontable, même par moi qui n’y étais pas. L’histoire d’un de ces paumés, revenus étrangers, cabossés comme tous les autres, comme ce chat, c’est l’histoire tout court. Peut-être pas tout à fait vraie, mais pas fausse non plus. C’est tuer des gens. Broyer des vies. Le crime était collectif, mais chacun l’a commis seul. Chacun s’est retrouvé seul avant, pendant, après. Tout seul avec ce qui s’est passé, tout seul devant l’horreur. On est aussi seul quand on la commet que quand on la subit.

Histoire d’un criminel de guerre. »

 

Les avis de Nicole, Yv

Le blog de l’auteur

 

Éditions de La Différence (Février 2016)

141 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-7291-2239-3

 

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