A la table des hommes – Sylvie Germain

Mise en page 1il est absolument impossible que j’arrive à restituer ici toutes les émotions que j’ai pu ressentir à la lecture du dernier roman de Sylvie Germain…

 

J’ai été soufflée par la puissance, la grâce et la sensualité presque charnelle de sa plume, transportée par son sens de la formule et le poids qu’elle arrive à donner à chaque mot, impressionnée par la richesse de la symbolique qui s’en dégage. J’ai été hypnotisée par tant d’intelligence, par cette petite musique qui nous enchante autant qu’elle nous enivre, par cette lumière changeante qui irradie chaque petit moment de vie qui nous est donné à voir. 

 

Ils sont peu nombreux les auteurs dont je dévore les nouveaux livres sans même chercher à savoir de quoi ils parlent. Plonger sans se poser de question. S’immerger dans un univers qu’on sait perturbant et capable de nous sortir de notre zone de confort. Naviguer en eaux troubles. Accepter cette étrange étrangeté, cette violence sourde et lancinante, ce procès fait à l’homme dans tout ce qu’il a de barbare et d’inhumain…

 

« Abel se sait humain et se veut tel,

mais il sent battre en lui un sang commun à tout vivant. »

 

A la table des hommes est le récit douloureux et lumineux d’une mise au monde. L’histoire improbable d’une naissance au cœur même d’un environnement hostile où l’homme est devenu fou. Celle d’un être qui oscille dans un entre-deux, un être pur et innocent qui prend de plein fouet la violence et la haine de ses « semblables »… On l’appellera Babel. Babel et le lien ténu qui le relie à la nature qui l’a vu naître. Babel et sa soif de comprendre ce monde dans lequel il a été jeté en pâture. Babel et son envie de mettre en mots le tsunami d’émotions qui l’assaillent… Pour dire le feu, le sang, la haine. Pour dire la compassion, la connivence, les fils qui parfois se tissent entre des êtres que tout semble opposer… Nommer pour grandir… pour vivre.

 

Difficile de résumer une telle fable. L’homme n’y a pas toujours le beau rôle, il courbe l’échine, porte un fardeau souvent trop lourd pour lui, s’empêtre dans ses contradictions, aveuglé par son orgueil et son désir de pouvoir. Il est laid, futile, destructeur… Mais il peut être aussi bienveillant, honnête, fraternel et aimant… 

Il y a dans le dernier roman de Sylvie Germain des fulgurances d’écriture qui m’ont laissée sans voix. Des plaies ouvertes et des blessures qui peinent à cicatriser. Des espoirs de renaissance par la culture et le Verbe. De purs moments de grâce qui imposent le silence… Sublime…!

 

Un coup de cœur, un vrai, pour cette lecture troublante et belle que j’ai le plaisir de partager avec Stephie

 

 

Les avis de Canel, Jostein, Sylire

 

 

Premières phrases : « La paille fraichement répandue dans l’enclos forme un îlot doré qui luit au soleil du matin, elle exhale une odeur douceâtre, celle du corps étendu sur ce pan de jaune d’or est plus lourde, pénétrante. Corps de la mère, tout de roseur soyeuse et d’une splendide énormité, voluptueux de tiédeur. »

 

Au hasard des pages : « Drôle de garçon, celui-là, qui se tient en lisière de l’enfance et de l’âge adulte, dans un entre-deux qui n’est pas vraiment l’adolescence, du moins pas telle qu’elle même l’a vécue, et observée ensuite chez les autres. Il y a chez lui un alliage de candeur et de gravité, de douceur et de robustesse qui l’étonne. Il se tient de plain-pied avec la vie, avec le monde, sans leur demander de comptes, sans rien attendre de plus que ce qu’il en reçoit. Il entretient avec les bêtes une complicité tacite, et partage avec une corneille une amitié plus intime qu’avec quiconque. Il donne l’impression d’habiter le temps comme une demeure paisible, ou plutôt de le traverser à la façon d’un animal parti en transhumance et qui parcourt de longs espaces à pas pesés et cadencés, sans se soucier de la durée du trajet ni des difficultés qu’il reste d’avoir à affronter un chemin, mais en jouissant de chaque instant. Une jouissance placide, de basse et continue intensité que des imprévus malencontreux peuvent perturber, certes, parfois mettre rudement à l’épreuve, mais non anéantir. » (p. 181-182)

 

 

Éditions Albin Michel (Janvier 2016)

261 p.

 

Prix : 19,80 €

ISBN : 978-2-226-32273-9

 

 

Challenge-Rentrée-littéraire-janvier-2016

Pieter et le Lokken – Olivier Ka / Olivier Supiot

pieter-et-le-lokken-768x1005Olaf Grenouillot, le père de Pieter est chasseur de Lokkens. Il parait qu’avant leur arrivée, la vie dans ces montagnes enneigées était paisible, il y avait même des oiseaux qui chantaient dans les arbres… Un temps que Pieter ne peut que se contenter d’imaginer. D’ailleurs, il n’a jamais vu de Lokken, leur chasse est réservée aux adultes et les approcher serait bien trop dangereux. A l’état de larves, elles paraissent inoffensives… c’est pourtant le moment idéal pour les exterminer, avant qu’elles ne grossissent et ne deviennent des créatures monstrueuses grâce aux rêves dont elles se nourrissent chaque nuit venue…

 

Pieter en a marre d’attendre d’être grand. Si au moins les autres enfants du village voulaient bien l’accepter dans leur bande, il se sentirait moins seul. Mais pour ça, il va falloir qu’il relève un défi : pénétrer dans la forêt interdite, repère des Lokkens, et y dénicher un fruit qui pue… Là, sous des bourrasques de neige, il tombe nez à nez avec une larve de Lokken recroquevillée dans son cocon. Prêt à prouver à son père qu’il est capable d’être lui aussi un terrible chasseur, Pieter s’arme d’un bâton et s’apprête à la tuer… jusqu’à ce qu’il entende sa voix. Une toute petite voix, douce et plaintive, qui lui assure qu’elle ne lui veut aucun mal et qu’il doit la protéger. En échange, elle lui montrera la couleur de ses rêves…

 

Comme hypnotisé, en confiance et persuadé que les adultes se trompent en prêtant des intentions malfaisantes à ces petites créatures sans défense, Pieter ramène le Lokken dans la ferme et le cache dans l’écurie. Le loup est dans la bergerie…

 

Deuxième excursion dans la très belle collection Les enfants gâtés chez Delcourt après La poudre d’escampette, pétillant album de Chloé Cruchaudet. Et ça se confirme, voilà une belle caverne à pépites ! Toujours ce format king-size et ces grandes pages qui font la part belle aux illustrations, toujours cette volonté de proposer aux plus jeunes lecteurs une passerelle entre l’album jeunesse illustré et la bande dessinée, toujours ces récits courts qui captivent et emmènent loin. L’idée est belle, et quand on voit qui sont les auteurs aux manettes… on ne peut qu’applaudir des deux mains !

 

Avec Pieter et le Lokken, Olivier Ka et Olivier Supiot nous offrent un bien joli conte, à la fois merveilleux et légèrement effrayant. Mention spéciale au dessin, coloré et minutieux, qui donne l’impression d’être immergé dans une toile de Brueghel. Je piétine déjà de découvrir les futurs titres de cette bien jolie collection à recommander chaudement aux petits lecteurs dès 7 ans…!

 

Les avis de Choco, Leiloona, Orbe, Un amour de BD

 

Le blog d’Olivier Ka

 

 

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Editions Delcourt (Novembre 2015)

Collection Les enfants gâtés

24 p.

 

Prix : 14,50 €

ISBN : 978-2-7560-7635-5

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

Dans le désordre – Marion Brunet

Dans-le-désordreElle le voit au cœur du chaos, allure désinvolte, démarche dansante, il virevolte sa bombe de peinture à la main…

 

Il la photographie du regard en quelques secondes, sauvageonne en cuir vert, yeux en colère, un air de guerrière qui s’ignore….

 

Jeanne et Basile. Ils ne le savent pas encore mais leurs destins sont liés à jamais. Leur rencontre tumultueuse en pleine manifestation musclée scelle un pacte qui ne dit pas son nom. Le trouble. Le silence. L’évidence. Désormais ils ne seront plus jamais seuls…

 

Basile et sa drôle de famille. Celle qu’il s’est choisit. Jeanne aussi a choisi… « Elle veut faire partie de l’agitation, du grand Tout qui bourdonne : entrer dans la danse. Mais pas toute seule, non. La solitaire en elle se laisse amadouer par l’élan, par les autres. C’est nouveau et doux, mais pas seulement ; ça la remue aussi, comme une musique, et tout ça la traverse, pousse en elle à grande vitesse, parce que la graine y sommeillait depuis très longtemps. » Et la lutte prend un nouveau sens… Marc, Tonio, Ali, Jules, Lucie. Ensemble ils choisissent « une vie différente », loin des carcans et des conventions, loin des tyrannies qu’on leur impose ou de ces règles qu’ils refusent de suivre aveuglément. Vite, crier son envie d’autre chose, ouvrir les yeux, tout faire voler en éclats. Être libre, coûte que coûte, et avoir enfin le choix.

 

« Vivre en meute, avec les copains. Aucun d’entre eux n’a été préparé à ça : élevés dans le respect de la propriété, dans la peur des lois, dans l’idée que passer de seul à plusieurs c’est fonder une famille. Payer son loyer, travailler. Et pourtant, Jeanne le sent : elle est prête depuis longtemps, elle n’attendait que ça. Ils n’attendaient que ça. »

 

A sept, ils respirent mieux. Le squat est un refuge brinquebalant où chacun vient comme il est. Avec ses blessures parfois encore suintantes, ses bagages un peu trop lourds à porter, ses désillusions, ses espoirs un peu fous. Avec, toujours, cette liberté brandie en étendard, un peu comme une promesse. Ces « demains », toujours possibles… Et « ces fils qui les lient, la chaleur qu’ils en tirent. » D’abord silencieux, timide, fragile, l’amour de Jeanne et Basile prend racine dans le terreau fertile de l’amitié et s’épanouit dans le désordre de cette famille qui est désormais la leur…

 

Dans le désordre est un roman magistral. Le récit d’un combat qui réunit des êtres que tout oppose. Le portrait d’une jeunesse lumineuse et rageuse qui entre en révolte aussi bien envers la société qu’envers elle-même… Car doucement,  lentement, chacun des personnages fait sa propre révolution au contact des autres. Une révolution intime, profonde, nécessaire. Et bon sang qu’ils sont beaux ces personnages… Tellement difficile de les quitter, tellement difficile de tourner cette dernière page et de les voir s’éloigner. Marion Brunet a le talent fou de nous les rendre vivants. Ils ont le courage des innocents. La force de leurs vingt ans. Leurs fondations sont fragiles mais ensemble ils sont prêts à affronter toutes les tempêtes, à essuyer toutes les averses… quitte à en payer le prix fort.

 

Il y a tout ce que j’aime dans ce roman. De la rage, de l’espoir, de l’amour, un cœur qui bat… Des larmes. Des silences… Des lendemains qui chantent et des gueules de bois dont on ne se relève pas. Des papillons dans le ventre et des envolées de corbeaux. Sublime.

 

Une nouvelle pépite jeunesse (mais pas que…) que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

 

Au hasard des pages : « Jeanne le voit clairement à présent : chacun d’entre eux est devenu les autres. Ils faisaient groupe déjà, nombre aussi ; ils sont devenus unité. Non que leurs personnalités aient changé, ou qu’ils aient perdu de vue qui ils étaient séparément ; mais ils se sont déversés en chacun, à tour de rôle et tous ensemble, pour former ce bloc, cette entité dure et pourtant si fragile du Nous.

Le groupe

La bande

La famille

Le nœud

La meute

Ils sont là.

Ils sont vivants, et jamais ils ne l’ont été de manière aussi palpable. Ça circule dans leurs veines, leurs regards parlent pour leurs bouches, leurs mots ont un sens commun, leurs peaux vibrent à l’unisson. » (p. 192-193)

 

 

Éditions Sarbacane (Janvier 2016)

Collection Exprim’

256 p.

 

Prix : 15,50 €

ISBN : 978-2-84865-820-9

 

pepites_jeunesse

Presque – Yoram Kaniuk

presque« Je ne suis pas de ces artistes importants qui représentent les vivants, je suis un peintre négligeable qui représente les morts. » Orlov n’a jamais cherché la gloire, ni même qu’on lui reconnaisse un quelconque talent. Ses toiles, personne ou presque ne les voit, à part ses commanditaires. Orlov est un vieux peintre qui peint les morts. Comme on appellerait un prêtre au chevet du mourant, on sollicite ses services pour qu’il tente avec ses pinceaux et ses couleurs de capturer l’âme de celui qui vient de s’en aller. Persuadé que la plupart de ses toiles finissent par végéter dans un grenier poussiéreux, Orlov ne s’en formalise pas, « c’est précisément là que se trouve l’illustre valeur de (son) travail – dans son inanité impérissable. »

 

Un soir, un coup de téléphone interrompt son sommeil. Au bout du fil, Magda, dont le mari vient de rendre son dernier souffle. En sanglots, celle ci lui demande de la rejoindre dans la chambre du défunt avant qu’on emmène son corps. Une avance de quatre mille dollars, une voiture qui l’attendra en bas de son immeuble dans moins d’une demi heure, vite, il faut faire vite… Quelques minutes plus tard, son matériel de travail rassemblé dans un cartable de cuir, Orlov se retrouve devant une villa de Herzlya-Pitouah, banlieue chic de Tel-Aviv. Sur le perron, une femme, portrait craché du grand amour de sa vie…

 

Le résumé succinct de ce court roman avait suffi à me séduire. Après lecture, la sensation d’un roman dense et riche perdure. Magnifique réflexion sur l’art et la raison d’être de l’artiste, sur l’œuvre d’art et ceux à qui elle s’adresse, subtile divagation sur le beau, le superflu et la quintessence même de la vie, Presque a eu sur moi un effet hypnotique. La langue est belle, l’intelligence du propos palpable et les ramifications du texte infinies…

Souvenirs d’une famille juive d’Israël, description en filigrane d’un pays en constante mutation, considérations sans appel sur la foi religieuse en général et le judaïsme en particulier, Yoram Kaniuk, figure de la littérature israélienne, livre dans son ultime roman une grande part de lui-même. Il y a du souffle dans cette écriture, une impression de réelle mise à nu, une invitation à la réflexion qui n’est pas pour me déplaire…

Un texte aussi bref qu’intense, une curiosité littéraire dont je suis plus que ravie d’avoir croisé la route. A découvrir…

 

Premières phrases : « Cela commença par un presque. Tout arriva presque. Toucha presque. La substantifique moelle, c’est l’instant entre les choses et non le contraire. »

 

Au hasard des pages : « Je ne sais plus qui a écrit qu’une œuvre, c’est une émotion dont on se souvient avec sérénité. Les œuvres d’art sont des tempêtes inextinguibles que l’on a ligotées. Des sauts périlleux exécutés dans des cages bien organisées. Si la mort était vraiment importante, les morts disparaîtraient. La mort, c’est un néant qui prive le corps de l’âme, un corps dont la terre a besoin pour que poussent les anémones, les coquelicots et les narcisses, car l’important dans la mort, c’est la vie qu’elle engendrera et nourrira. » (p. 38)

 

Éditions Fayard (Janvier 2016)

Collection Littérature étrangère

128 p.

Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

 

Prix : 12,00 €

ISBN : 978-2-213-68210-5

 

 

Challenge-Rentrée-littéraire-janvier-2016

 

Paul à Québec – Michel Rabagliati

PaulàQuébec

J’ai fait la connaissance de Paul, enfin… Et un petit peu celle de son auteur, finalement, puisque cette série autobiographique raconte tous les petits moments de sa vie, souvenirs d’enfance compris… Lui et moi on se tournait autour depuis un petit moment sans que j’ose sauter le pas. Peut-être justement parce que tout le monde connait Paul. Ou la peur d’un récit trop personnel, trop intimiste…

 

Quelques planches ont suffi pour que mes doutes s’envolent. Le savoureux parler québecois, cet esprit « clan » qui suinte à chaque page, ce joyeux bordel où on ne sait plus qui est qui dans cette grande smala heureuse de se retrouver pour les vacances, les rires, les prises de becs, les ratages inhérents à la promiscuité quand trois générations se retrouvent à cohabiter dans la même demeure, les repas qui s’éternisent, les parties de cartes où on joue plus que sa vie, cette envie de faire plaisir, tout le temps, et cette sensation d’étouffement qui se mêle curieusement au bien-être d’être ensemble. Ça fait écho un peu, forcément, malgré cette langue si chantante et si peu familière, et cette sensation de ne pas avoir sa place dans ces souvenirs qui ne sont pas les nôtres…

 

Et puis, petit à petit, Paul, que j’imaginais être le personnage principal, s’efface pour laisser la place à son beau-père, Roland. Et c’est clairement la partie que j’ai préférée… Même si elle est plus triste, même si elle fait remonter nos plus grandes peurs, même si elle tire les larmes, parfois… Paul raconte Roland et c’est beau. Sa vie d’avant, sa rencontre avec Lisette, ses trois filles. Sa rencontre avec lui, cette interdiction de le tutoyer, ce côté bourru dont on n’est pas vraiment dupe. Et puis l’annonce de ce cancer qui lui ronge le pancréas avant de se généraliser, le couperet, plus que trois mois à vivre… Ça aurait pu être larmoyant et jouer à outrance sur la corde sensible, ça ne l’est pas. Il y a cette farouche volonté de vivre, ce combat qu’on mène ensemble, soudés comme jamais, malgré cette tentation de baisser les bras devant la difficulté du chemin qu’il reste à parcourir…

 

Cet album raconte la vie, tout simplement. Avec ces jolis moments de complicité, ces coups durs qui vous tombent dessus sans crier gare, ces sentiments qui s’exacerbent, ces moments qu’on continue de partager, parce qu’il le faut, parce que ça fait du bien… Avec des thèmes aussi douloureux que ceux de la maladie, de la fin de vie et de la mort d’un proche, je redoutais le pire. C’était sans compter l’art de conteur de Michel Rabagliani qui distille à merveille les petits instants de grâce, les instantanés joyeux et les traits d’humour salvateurs. Beaucoup de pudeur, de tendresse et de dignité, une sensibilité infinie… et une certitude… Je relirai Paul… ♥

 

Un grand merci à Jérôme de m’avoir (encore une fois…) glissé un de ses coups de cœur entre les mains. Et un grand merci à Mo’ d’avoir bien voulu m’accompagner dans cette lecture, il va sans dire qu’elle aussi a été touchée en plein cœur par cette magnifique pépite…

 

Les avis de Jérôme, Luocine, Violette

 

Le blog de l’auteur

 

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Éditions La Pastèque (Mars 2010)

187 p.

 

 

Prix : 23,00 €

ISBN : 978-2-922585-70-4

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Yaneck

Amabilia – Eloïse et Thomas Raven

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Un bal costumé. Simon erre un verre à la main en se demandant encore ce qu’il peut bien faire là. Son regard croise celui d’Iris, à peine voilé derrière un fin masque de dentelle ajouré. Lèvres carmins, ongles rouge sang, bustier renversant, la jeune femme ne passe pas inaperçue…

 

L’attraction est immédiate… Sans un mot, Simon et Iris se repèrent dans la foule et ne se lâchent plus des yeux. Un geste discret, une connivence qui ne dit pas son nom… et ils s’éclipsent dans la nuit qui les appelle. Un taxi. Un ascenseur. Une chambre d’hôtel. Et ces draps froissés qui accueilleront pour une nuit leurs ébats illicites, sensuels, libres et torrides…

 

 

 

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Trois mois plus tard. Iris a repris sa vie mais n’arrive pas à oublier Simon. Ce qui n’aurait dû être qu’une histoire sans lendemain s’avère être un souvenir qui la marque au fer rouge. Tous ses gestes la hantent, cette passion folle, cette liberté, cette frénésie des sens et cette incroyable connivence des corps… Le retour à la vraie vie est rude. Malgré ce métier qu’elle aime, ses amies toujours présentes… et ce mari, aimant et prévenant comme au premier jour…

 

Une seule nuit. L’impression de jouer un rôle au quotidien. Et sans cesse, ces pensées qui divaguent, ce désir qui la submerge, ces fantasmes qui l’assaillent… Revoir Simon… et lui appartenir, encore et encore…

 

 

 

Amabilia3Trois mois et toujours cette envie d’elle chevillée au corps. Simon n’arrive pas à oublier cette inconnue qui a enflammé ses sens le temps d’une nuit. Une nuit d’ivresse des corps, d’alchimie et de complicité qui se passe de mots. Une nuit hors du temps, un fantasme éveillé…

 

Le lendemain, la belle avait disparu, laissant dans son sillage des envies d’encore… Impossible pour Simon de passer à autre chose, ni même d’oublier dans d’autres bras celle qu’il garde tatouée sous la peau. Même ces filles peu farouches qui se déshabillent dans son petit studio d’artiste peintre ne trouvent pas grâce à ses yeux. Charlotte, sa colocataire, a beau tout faire pour lui redonner le sourire, seule l’infime possibilité de retrouver Iris permet à Simon d’espérer une suite à cette histoire…

 

 

 

Une bien belle découverte que ces trois premiers tomes de cette série érotique…! Esthétiquement, c’est une réussite. Le dessin est classieux, élégant, délicieusement sensuel et s’affranchit des tabous sans jamais tomber dans la vulgarité. Du noir, du blanc, un soupçon de rouge comme celui qui ne manque pas de nous monter aux joues à la lecture de certaines scènes explicites fort bien troussées…

 

Quant à l’histoire… je dois avouer que j’ai été plus qu’agréablement surprise. D’une situation banale, les auteurs ont réussi à donner naissance à un univers sensuel, charnel et profondément élégant. On en ressort troublé, émoustillé, excité… avec l’envie irrépressible de connaître rapidement le fin mot de l’histoire…!

 

 

Les avis de Enna, l’Irrégulière, Marion, Mylène et Stephie sur le tome 1

Ceux de l’Irrégulière et Mylène sur le tome 2

 

Le blog des auteurs

 

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Éditions La Musardine (Janvier et février 2016)

Collection Dynamite

Format Ebook

 

mardi-c-est-permisTous chez Stephie !

 Et vous, qu’avez-vous lu d’inavouable ce mois ci…?

 

CP musardine

 

Pour la peau – Emmanuelle Richard

pour la peau

 

 

« Comment passe-t-on de l’indifférence au mépris à la curiosité, puis au désir, et enfin, au sentiment amoureux ? A quel moment ai-je commencé à regarder E. ? A quel moment E. a-t-il commencé à me plaire ? A quel moment ai-je eu l’impression foudroyante de le « voir », en entier, et d’en être bouleversée ? A quel moment a surgi le désir fou d’appartenir à cet homme à n’importe quel prix, comme jamais je n’avais désiré auparavant appartenir à quelqu’un, appartenir tout court, pour pouvoir me désintégrer et m’annuler à lui, oublier que j’existe, et, simplement, essentiellement, veiller sur son corps, prendre soin de lui ? A quel moment suis-je tombée ? »

 

 

Une chute. Une fulgurance qui dévaste tout, détruit, déconstruit… reconstruit… A peine un signe, juste l’indifférence qui fait qu’on ne se méfie pas. Rien ne prépare à un tel cataclysme, à une passion aussi pleine et entière, aussi violente, aussi dévastatrice. C’est au-delà de la raison, une question de peau, de désir, quelque chose qui vibre et qui exige, le souffle court, le cœur qui bat, le manque d’air, la vie qui palpite…

 

Une collection de souvenirs précieux. Depuis cet instant où l’idée même de l’autre n’existe pas… jusqu’à celui où il est pleinement là, à jamais gravé, indélébile. Jusqu’à celui où tout s’arrête.

 

« Je ne sais pourquoi j’ai besoin d’écrire cela, comme si j’étais en deuil. Pourquoi cette nécessité absurde de dire, de peindre, de retrouver ? De sauver.

Personne n’est mort. Pourtant, je vis cela comme une disparition. Il me semble avoir perdu une partie de moi. En avoir été amputée. »

 

Écrire l’autre. Le faire revivre en faisant ressurgir les souvenirs. Se libérer doucement de leur emprise, de l’émotion encore vive, de l’amour encore vivace, du désir fou qui prend en otage… « Terminer ce livre. Finir de déposer pour oublier. » C’est l’histoire d’un amour, celui d’une vie. L’histoire d’Emma et de cet homme qu’elle n’aurait jamais dû aimer. Un homme qui la bouleverse, l’émeut, la fait rire, jouir, exister. Un homme fragile, imparfait. Un homme qui finit par la quitter peut-être parce qu’il l’aime trop…

 

Je suis rentrée sur la pointe des pieds dans ce roman profondément intime et troublant. L’impression d’être de trop, témoin ou voyeur indiscret d’une histoire trop personnelle… Et puis petit à petit, ces fulgurances d’écriture… Cet amour mort dans l’œuf qui n’empêche pas d’espérer, ces tâtonnements, ces hésitations, ces doutes, ces brûlures, ce mal qui ronge, ces peaux qui s’épousent, ce manque de l’autre qui déchire et qui vrille, cette évidence… Des phrases qui bousculent, des mots qui osent, et l’amour partout, intense et puissant…

Alors ce roman devient aussi le nôtre, ça pique, ça gratte, ça fouille loin dans les souvenirs. C’est douloureux, délicat, sensuel, violent, cru, malsain, toxique. Typiquement le genre de roman qu’on aime ou qu’on déteste, sans demi mesure, sans entre-deux. Qui remue ou qui indiffère. Qui touche ou qui agace. Mais qui ne laissera certainement pas indifférent…

 

 

Les avis de Clara, Thalie, Valérie

 

 

Premières phrases : « Le premier grain du rosaire est une image. index et pouce capturant mon poignet droit – une seconde. Un anneau sur ma peau, une menotte. Ensuite il y en aura plein d’autres, précieuses, fugaces, chacune m’étant devenue cicatrice et toutes sur un temps très court ramassées… »

 

Au hasard des pages : « Je ne cherchais plus de justification à la futilité de vivre, je trouvais un plaisir vif dans les choses les plus infimes, tourner mon visage vers le soleil, flâner, se faire un restaurant, essayer des vêtements dans les magasins, dès lors que c’était avec toi. Je respirais mieux. J’avais l’impression d’être enfin moi-même. Tous mes moi-même je pouvais les vivre avec toi. Il me semblait que c’était vrai aussi dans l’autre sens. Tout devenait si facile et si gai. Tu étais un accident, une rencontre complètement improbable et encore plus à ce moment, tu étais un accident mais tellement heureux. Je me sentais bien. Je me sentais libre. » (p. 119)

 

 

Éditions de l’Olivier (Janvier 2016)

218 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-8236-0794-9

 

 

Challenge-Rentrée-littéraire-janvier-2016

Alcibiade – Rémi Farnos

AlcibiadeBaluchon sur l’épaule et courage en bandoulière, le jeune Alcibiade quitte Maraussan, son petit village dans la montagne, et prend la route. Cap vers l’Est où il compte bien rencontrer le Grand Sage. Lui seul pourra lui prédire sa destinée…

 

Le voyage sera long et semé d’embûches mais Alcibiade croisera de bonnes âmes prêtes à l’aider. Le protecteur de la forêt, une grenouille qui lui fera passer la rivière, Assatour le vautour qui le portera sur son dos et Akim, le forgeron, qui lui fabriquera une armure qui grandira avec lui…

 

C’est que les obstacles sont nombreux. La chaîne de montagnes des Lapages gardées par un terrible colosse qui en défend l’accès depuis des lustres, un labyrinthe glacé abritant un gigantesque minotaure… Mais qu’importe, Alcibiade est prêt à tout pour atteindre la forteresse céleste du Grand Sage et connaître son destin. Entre temps, le sablier du temps se sera bien écoulé, amenant au bout de sa quête un enfant qui n’en sera plus un…

 

Étonnant. Si l’histoire d’Alcibiade est des plus classiques, sa mise en images est pour le moins inventive. Sur la base d’un scénario simplissime reprenant tous les ingrédients du récit initiatique, Rémi Farnos (couronné Jeune Talent au festival d’Angoulême en 2014) surprend à chaque case.

Sens de lecture changeant, vignettes patchwork façon puzzle, images hors cadrage, personnages minuscules… Tout est destructuré, réagencé, désordonné et d’une incroyable richesse. S’affranchissant des codes, le jeune auteur, très joueur, se balade et emmène le lecteur sur les traces d’un héros en devenir. Ça fourmille, ça part dans tous les sens, tout en gardant une lisibilité parfaite. Et si on s’y perd parfois, c’est avec bonheur qu’on se surprend à suivre du doigt le labyrinthe sinueux imaginé par l’auteur.

 

Un album malin, dynamique et ludique à mettre entre toutes les petites mains dès 9 ans…! Chaudement recommandé par Lunch, dégoté à Angoulême avec Framboise et Mo’ (avec sublime dédicace en bonus), il a tout naturellement voyagé jusqu’à Jérôme. Une bien chouette lecture commune !

 

L’avis d’Yvan

Le blog de l’auteur

 

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Éditions La Joie de Lire (Août 2015)

Collection Somnambule

38 p.

 

Prix : 10,00 €

ISBN : 978-2-88908-288-9

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Jacques

Dans de beaux draps – Marie Colot

beaux drapsChez les Bohet-Duval, rien n’est simple. Deux noms sur la sonnette de l’entrée parce qu’il n’y a pas de place pour les autres, des allées et venues du matin au soir, quelques retentissantes crises de nerfs, des coups de gueule en pagaille et une salle de bains jamais libre quand on en a besoin. Les joies de la famille recomposée king-size. Huit personnes au total quand les deux étudiantes reviennent avec leur sac bourré de linge sale. Une mère surmenée quelque peu dépassée par les évènements, un beau-père un peu déconnecté de la réalité et six enfants tous issus de plusieurs mariages.

 

Jade, 16 ans, a donc une demi-sœur, deux sœurs par alliance et deux demi-frères. Pas simple de trouver sa place dans ce joyeux bordel où elle se sent bien souvent très seule, surtout depuis le départ de sa meilleure amie au Canada… 

 

Jusqu’à Rodolphe. Un demi-frère tombé du ciel. La vingtaine craquante et nonchalante. Une façon désarmante de lui ébouriffer les cheveux. Jade est instantanément sous le charme…

Un statut quelque peu équivoque posté sur Facebook, une photo volée du jeune homme endormi dans des draps froissés, et la machine s’emballe. La jeune fille invisible et son mystérieux petit ami se retrouvent au centre de toutes les conversations. Pourquoi démentir…? Depuis ce tout petit mensonge sans importance, on s’intéresse à elle, on la veut comme amie, même les garçons la regardent différemment… Flattée dans son égo, Jade jouit de cette popularité soudaine sans se poser trop de questions. « Il était presque trop tard pour reculer. D’ailleurs, je n’ai envisagé de revenir en arrière qu’un instant. Ce n’était qu’un mensonge pour ma bonne cause. J’avais besoin d’un petit remontant pour me remettre de ces semaines pénibles, sans mon amie. Et je n’étais pas assez débile pour me priver d’une heure de gloire. De toute façon, c’était les autres qui avaient pris trop vite les choses au sérieux. Ce n’est jamais compliqué de trouver des tas d’excuses pour lutter contre la mauvaise conscience. »

 

Le doigt pris dans l’engrenage, Jade voit très vite les choses échapper à son contrôle. Jalousie, blagues de mauvais goût, allusions salaces… jusqu’aux menaces, bien réelles.

 

Une belle surprise que ce roman pour adolescents qui frappe juste et fort. Jade, son héroïne, est à l’image de cette jeunesse hyper-connectée à la vie virtuelle parfois bien plus trépidante que la vie réelle. Téléphone portable greffé à la main, la jeune fille passe son temps à surfer, liker, commenter les statuts de ses « amis ». Pour « exister » un peu aux yeux des autres, elle s’invente une vie qui n’est pas la sienne et un petit ami qui n’en est pas un. Jade est prise dans un tourbillon. Elle ne voit rien venir… et ne peut rien maîtriser. Tout va très vite, trop vite… et le piège se referme sur elle. La rumeur enfle et les « amis » se transforment vite en bourreaux…

 

Édifiant et hyper réaliste. Avec subtilité et intelligence, Marie Colot décortique le mécanisme vicieux du harcèlement sur le net tout en pointant du doigt les dérives et les dangers des réseaux sociaux. L’effet « boule de neige » est extrêmement bien rendu tout comme cette naïveté et ce manque de méfiance propres à l’adolescence.

Dans de beaux draps va très vite se retrouver entre les mains de mes collégiens. Je n’ai aucun doute sur l’accueil qui lui sera réservé…  Il fera partie de ces romans qui passent de mains en mains, parce qu’ils parlent d’eux, de leur quotidien, de leurs centres d’intérêt. Espérons qu’il éveillera les consciences et mettra un peu de plomb dans les cervelles…

 

Un très bon roman ado, à diffuser le plus largement possible. Et une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi (ou presque)

 

 

Le blog de l’auteure

 

 

Éditions Alice (Octobre 2015)

Collection Tertio

153 p.

 

Prix : 12,00 €

ISBN : 978-2-87426-270-8

 

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Doigts d’honneur – Ferenc / Bast

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« La révolution égyptienne, c’est donc l’histoire d’un peuple en quête de liberté qui s’efforce d’arrêter de tourner en rond… Mais une histoire peut en cacher une autre… »

 

2013. Égypte. Le Caire. La place Tahrir. Des manifestations. Contre le président en place depuis 1 an : Mohamed Morsi.

« Un vent de liberté souffle en Égypte ».

 

Un personnage féminin. Layla. Jeune fille « sans histoires ». Elle termine ses études d’agronomie. Grâce à son ami d’enfance, Asim, elle découvre les mobilisations. Des revendications. « Pour que le peuple ait [enfin] son mot à dire ».

 

 

Un souffle. Un espoir. L’idée d’un avenir meilleur. La liberté peut-être. Déjà la solidarité sur cette place Tahrir, symbole de la révolution égyptienne.

Et ce désir, cette aspiration pour une autre vie concerne aussi les femmes. « Car derrière la révolution politique… une seconde révolution tente de se frayer un chemin… Un chemin plus discret, loin des projecteurs… » Les femmes, à l’instar de Layla ou de Nawal veulent croire qu’un changement est possible. Pour elles. Car  à chaque fois qu’on évoque « la femme c’est pour parler de son rôle familial, du foyer. On est des faire-valoir… ». Les femmes aspirent à autre chose, rêvent d’une autre vie, faite de liberté, de justice, d’égalité. Le temps du changement, pensaient elles, était aussi venu pour elles… 

Mais la place Tahrir est le lieu d’une forme de harcèlement sexuel terrible. Et Layla sera une victime parmi tant d’autres.

 

Autant dire que cette BD traite d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur : le harcèlement et les violences faites aux femmes.

 

Plusieurs récits sont  enchâssés : celui de Layla, celui des auteurs, celui des femmes et des hommes égyptiens… Et les faits relatant une réalité politique, sociale de ce pays méditerranéen, sur cet état-vitrine, sur la révolution égyptienne et sur une autre réalité, sordide, des violences faites aux femmes. Comment ? Pourquoi ? Quels  liens entre cette révolution et ces violences ? Pourquoi ces nombreux viols collectifs survenus sur la place Tahrir ?

 

Les auteurs proposent des pistes de réflexion, des débuts de réponse : « Dans une société qui offre peu d’horizons, l’un des rares privilèges de l’homme égyptien est d’occuper l’espace public. Si la femme vient le concurrencer sur ce terrain… Que lui reste-t-il ? Alors, il l’humilie. Alors, il la frappe… » Pire encore … « Des preuves de harcèlements commis sur des femmes sont régulièrement présentées aux autorités, mais personne n’est jamais puni. » Et il faudra que des viols soient commis sur des journalistes occidentales pour que les médias internationaux se saisissent de l’affaire …. Et pour que l’on prenne conscience d’une douloureuse réalité et de l’ampleur de ce drame….

 

Bast au dessin et Férenc au scénario. Avec sobriété, ils proposent un récit implacable, une « BD-docu-fiction », sur un sujet grave, terrible, réel, le harcèlement sexuel des femmes. Une enquête mise en mots et en dessin, pour comprendre et pour dénoncer…

Cette BD, militante et engagée, est indispensable, pour nous, pour tous, pour toutes les femmes victimes de violences, d’ici ou d’ailleurs….

 

 

Les premières planches de cette merveille de BD :

 

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Le Blog de cette merveille de BD c’est Ici !

Et le site de la maison d’édition « La Boîte à Bulles » c’est par !

Et pour aller plus loin, le site Amnesty International, vous pourrez y trouver « des informations complémentaires sur la question des droits des femmes en Égypte. »

 

Lecture avec ma copine Mochéwie et pour découvrir son billet (et son délicieux Bar à BD) c’est

 

 

Et pour lire l’interview de Bast, c’est par là :

Et c’est pas rien  ! Une toute première pour moi (interview sur un blog toussa, cette émotion ! Qui plus est sur un sujet qui me parle tant…) Et je le remercie infiniment de s’être prêté au jeu, d’avoir pris le temps, de sa disponibilité, de sa gentillesse et de ses mots qui, je suis sûre, vont vous toucher autant que moi…

 

Pourquoi avoir fait une BD sur un tel sujet ?

Je n’ai pas vraiment d’explication sur le choix du sujet de Doigts d’honneur. Lorsque ma maison d’édition m’a proposé de travailler sur un nouveau concept de BD reportage avec Amnesty international, je n’ai pas hésité une seconde. Je venais de finir mon précédent album En chienneté et j’étais dans un « élan social ». En ayant accès à tous les dossiers d’Amnesty pour choisir le sujet, je suis tombé sur le cas d’Azza Suleiman, une égyptienne qui s’était faite tabasser par la police égyptienne. La gratuité de cette violence m’a choqué et il fallait que je m’empare de cette histoire pour la transmettre à mon tour aux autres par le dessin. En étudiant le dossier Azza, je me suis rendu compte que le sujet était vaste et mettait en lumière beaucoup de dérives de la société égyptienne. J’ai fait appel à un scénariste pour m’aider à traiter ce sujet difficile…

 

Pourquoi le choix d’une histoire de femme/de combat de femmes ?

En creusant, nous avons découvert une seconde lecture de l’actualité égyptienne, totalement méconnue des médias. Le harcèlement sexuel des femmes en Égypte, ce sont de très nombreux phénomènes qui s’entremêlent (Viols sur Tahrir, Agressions verbales dans la rue, Excision, Tests de virginité, attouchements dans les transports, sans oublier, donc les martyrs comme celui d’Azza) avec en commun un sentiment d’impunité quasi-total des coupables, du fait du peu de prises de position des pouvoirs et du manque de plaintes déposées (pression familiale et freins de la police). Avec Ferenc, nous sommes sensibles au principe d’égalité Homme/Femme. Nous soutenons les combats des femmes quelles qu’elles soient, nous n’acceptons pas le fait qu’un être en domine un autre…

 

Pourquoi cet angle d’approche (docu-fiction, si on peut le définir ainsi ?) ?

Le principe du docu-fiction nous semblait le plus approprié pour parler de ce sujet. Il y avait beaucoup de données techniques à transmettre, des faits concrets, des chiffres, une réalité tellement crue qu’il aurait été dommage d’inventer une histoire de toute pièce. Notre stupéfaction de départ provient justement d’une vidéo amateur qui nous percute, nous gifle, nous sonne. Cette réalité là devait être conservée à tout pris. Et pour faire lien, nous avons concédé une trame de fiction et un personnage imaginaire qui cristallise toutes les femmes du pays. Nous avons essayé de revêtir le costume de journalistes avec ses codes et son éthique…

 

J’ai lu : « Avec Doigts d’honneur, il confirme sa volonté de s’engager dans des récits plus militants, qui abordent notamment la question de la dignité humaine. » Est-ce que vous vous définissez comme un auteur engagé ?

Je ne sais pas trop ce que veux dire « engagé » en fait. S’il s’agit de défendre des causes, éclairer et dénoncer des situations absurdes, intolérables, inhumaines, alors, oui, j’en suis un ! Mais je trouve ça paradoxal de devoir rajouter le terme « engagé » au mot auteur alors qu’on devrait tous l’être de facto. Je m’émeus facilement de situations inacceptables et j’aime à penser que tout le monde en fait de même…

 

Qu’est-ce que pour vous l’engagement et le militantisme ?

Je ne suis spécialiste de rien en définitive. Je n’ai pas de connaissances particulières en géopolitique, en économie, en ethnologie ou en psychologie. Je m’informe du monde qui m’entoure, le décrypte, l’analyse et le traduit à ma manière… avec mes deux outils : ma sensibilité et mon dessin ! Avec En Chienneté, je me suis rendu compte que le dessin était un langage puissant. J’ai appris à le manipuler, le sculpter, le rendre audible pour le mettre au service de discours louables et honorables. Si je peux éclairer avec ma production artistique ne serait-ce qu’une seule personne, alors oui, je me sens légitime ! Et c’est ça le militantisme : aider les autres et les faire grandir…

 

 (en souvenir d’une divine soirée à Angoulême héhé ;-) )

 

Doigts d’honneur – Ferenc / Bast, La Boîte à Bulles, 2015, 16€.