A la dure – Rachel Corenblit

a la dureCe texte très fort ne pouvait avoir sa place que dans cette collection D’une seule voix. Un texte à lire dans un souffle, une voix qui laisse longtemps son empreinte…

 

Arthur a toujours été un bon élève, du genre à ne pas faire de vagues, à rester sagement dans les clous, à travailler avec sérieux pour atteindre un jour son rêve de devenir médecin. Tout le contraire de sa grande sœur, So. So, elle, ne marche pas dans les clous. So s’affranchit des règles, prend les chemins de traverse… même si ceux ci doivent la conduire dans des culs-de-sac et mettre sa vie en danger. So n’a peur de rien. Sa vie, elle la brûle par les deux bouts, accumulant les excès, prenant tous les risques. A 17 ans, elle a pris ses cliques et ses claques pour suivre un garçon, un dealer, qui l’a entraînée dans une spirale infernale.

 

Pour ses parents, elle n’existe plus. Pour Arthur, elle reste tatouée là, dans son cœur, sa grande sœur perdue… Et là voilà qui revient, après des années sans avoir donné de ses nouvelles, profitant d’une absence de quinze jours de ses parents partis en vacances. Arthur est seul à la maison, bachotage oblige. Et So a besoin de lui. So veut décrocher… mais elle veut le faire « à la dure », ici, avec lui pour l’aider. Arthur ne peut pas refuser…

 

« On ne peut pas dire que toi et moi, nous étions proches. Je suis le gentil garçon, tu es la rebelle. je suis le bon élève. Tu es celle qui a laissé tomber les études. Tu n’allais pas devenir copine d’un premier de la classe. Je n’allais pas applaudir les exploits d’une junkie suicidaire. Sauf que les choses ne sont pas si simples. »

 

Six jours qui paraissent une éternité. Six jours à lutter, à y croire, à abandonner. Six jours en huis clos, juste elle et lui, pour affronter des démons aussi tenaces que sournois. Six jours pour réapprendre à s’aimer. Six jours intenses qui donnent la nausée mais font croire en l’espoir…

 

Rachel Corenblit récidive après avoir frappé fort avec 146298 dans la même collection. A la dure. Ce roman porte on ne peut mieux son titre tant il colle aux émotions qui traversent le lecteur. Un roman coup de poing qui laisse un goût amer en bouche. Un roman tendu qui dit aussi à merveille le courage et l’amour fraternel…

 

Une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

A lire aussi, dans un autre registre, le pétillant Que du bonheur !

 

L’avis de Faelys

 

Éditions Actes Sud junior (Février 2017)

Collection D’une seule voix

80 p.

 

Prix : 9,00 €

ISBN : 978-2-330-07285-8

pepites_jeunesse

Shangri-La – Mathieu Bablet

Shangri_laJ’ai par le passé de nombreuses fois surmonté mes préjugés pour me lancer dans des univers à priori à des kilomètres de mes lectures habituelles. Avec bonheur d’ailleurs quand je repense notamment aux claques qu’ont été Les derniers jours d’un immortel ou plus récemment Saga

 

Assez curieusement, Shangri-La m’a tout de suite tentée. Précédée par des critiques plus qu’enthousiastes, en lice pour tout un tas de prix (il va bien finir par en récolter un d’ailleurs, pas possible autrement !), qualifiée de chef-d’œuvre par des spécialistes hautement recommandables… c’est surtout quand je l’ai eue en mains que je me suis dit que l’expérience allait valoir le détour. Et je ne me suis pas trompée.

 

L’objet-livre en lui-même est somptueux, grand format, dos toilé, bien épais. En soi, déjà toute une promesse… Et puis on jette un œil sur les premières planches. Éblouissant. Poussant le souci du détail à son maximum, Mathieu Bablet nous emmène dans l’espace, au cœur d’une station spatiale où vivent les survivants de l’espèce humaine. Depuis quelques centaines d’années, la terre est inhabitable. On peut juste l’observer, de loin…

 

Dans la station, la vie est régie et organisée de A à Z par Tianzhu Enterprises et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes… même si quelques voix s’élèvent, d’abord timides, pour dénoncer une privation de liberté. Les humains « évolués » côtoient les animoïdes, espèce hybride créée par l’homme après l’extinction de toute race animale. Têtes d’animaux, corps d’homme, doués d’intelligence et de parole, ils sont la cible privilégiée de ceux qui les considèrent comme une « sous-race » à exterminer. L’homme, pour autant, n’a pas abandonné l’idée de devenir l’égal des dieux voire même de les surpasser et créant de toute pièce une nouvelle espèce humaine. Une nouvelle espèce capable de s’adapter, de vivre et de prospérer sur Shangri-La, région inhospitalière de Titan…

 

J’aurais bien du mal à vous résumer précisément cet album qui est un monde à lui tout seul. Tout y est foisonnant, et d’une folle intelligence. Je suis plus que néophyte en matière de SF mais à mon sens Mathieu Bablet a fait bien plus que créer un univers, il lui a donné corps. Shangri-La est un album ambitieux aux ramifications multiples qui mérite une attention de tous les instants et peut-être même plusieurs lectures pour en comprendre toutes les subtilités. Mais si certains aspects de l’histoire me semblent encore abscons, je me suis coulée dans ce monde sans difficulté. D’autant que ce monde, par de nombreux aspects, ressemble furieusement à ce que l’on est en train de faire du nôtre… Effrayant… et captivant !

 

Un mot aussi sur l’incroyable graphisme de Mathieu Bablet. Il y a du génie dans ce coup de crayon… Les « paysages » sont à couper le souffle, les décors soignés dans le moindre détail. On y entendrait presque le silence de l’immensité stellaire, on arriverait presque à toucher le vide… Je suis moins fan de sa façon de dessiner les visages par contre, le trait y est plus sec, plus hargneux, plus brut. Ce qui n’a pas diminué pour autant mon plaisir de lecture, une lecture partagée avec la pétillante Leiloona, qui a elle aussi choisi de sortir de sa zone de confort avec cet album..!

 

Les avis de Yaneck et Yvan

 

Le blog de l’auteur

 

9782205168396CONCOURS FLASH : En compétition au festival d’Angoulême, je souhaite vraiment le meilleur au sublime Shangri-La ! Finaliste du Prix BD Fnac, il aurait fait un beau gagnant mais c’est le chatoyant L’été diabolik qui a récolté le prix, peut-être plus accessible à un public plus large.

La Fnac me permet d’ailleurs de vous faire gagner 3 exemplaires de ce polar coloré, ça vous dit ? Un simple commentaire en fin de billet indiquant votre participation suffira ! Fin du concours mercredi 1er février à minuit. Bonne chance !

 

EDIT du 03/02/2017 :

La roulette a tourné et les 3 gagnants de L’été diabolik, vainqueur du Prix BD FNAC sont…

 

Capture d’écran 2017-02-03 à 20.38.09

Bravo à Violette, Moka et Mélo !

Violette et Moka, j’ai déjà vos adresses, Mélo, j’attends la tienne ! 😉

 

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Éditions Ankama (Septembre 2016)

Collection Label 619

224 p.

 

Prix : 19,90 €

ISBN : 978-2-35910-969-6

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Mo’

Des poings dans le ventre – Benjamin Desmares

des poings dans le ventre

« Sur la banquette du bus qui te ramène chez toi, tu fermes les poings. Tu serres autant que tu peux. Tu essaies d’éviter d’avoir à te pencher sur tes émotions. Ce n’est pas facile. »

 

Un récit tendu de la première à la dernière ligne. Le « Tu » nous saisit et ne nous lâche plus. Dans la peau de Blaise, le lecteur prend sa colère en plein visage. Elle gronde la colère, dans les tripes qui se tordent, dans les poings qui se ferment et anticipent les coups à venir, dans les muscles qui se tendent, dans la bagarre qui couve…

 

« Ba-Ba-Bam ». Trois coups dans le ventre. La signature de Blaise. « Ba-Ba-Bam ». Pour que se dissipe la rage, pour que s’évapore durant quelques minutes l’angoisse qui étreint et la douleur qui ronge. Une soupape. Une respiration. Illusoire…

 

Au collège, on redoute Blaise, son regard qui ne lâche rien, ses poings qui frappent au hasard. Elle est là la violence, prête à surgir. Quand le collège ne veut plus de lui, c’est en ville qu’il fera parler sa hargne. Invincible et craint le jour, Blaise redevient une victime dans ses cauchemars, poursuivi par des ombres menaçantes qui ne le laissent pas en paix…

 

Court, féroce, tourmenté, le récit de Benjamin Desmares nous capture dès les premières lignes. Prisonnier de sa colère, empêtré dans cette rage viscérale qui l’empêche de grandir droit, Blaise souffre et nous avec lui. L’écriture est au plus près des sentiments de l’adolescent, de son errance. Une écriture de l’urgence qui bouscule et laisse des traces…

 

Une pépite jeunesse qui ne laissera personne indifférent que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque

 

Éditions du Rouergue (Janvier 2017)

Collection DoAdo noir

77 p.

 

Prix : 8,70 €

ISBN : 978-2-8126-1199-5

pepites_jeunesse

Trois saisons d’orage – Cécile Coulon

saisons d'orage

« Les Fontaines. Je vous parle d’un endroit qui est mort mille fois avant mon arrivée, qui mourra mille fois encore après mon départ, d’un lieu humide et brumeux, couvert de terre, de pierre, d’eau et d’herbe. Je vous parle d’un endroit qui a vu des hommes suffoquer, des enfants naître, d’un lieu qui leur survivra, jusqu’à la fin, s’il y en a une. »


Je pense sincèrement que Cécile Coulon a du génie. Trois saisons d’orage est peut-être le roman de cette rentrée d’hiver que j’attendais le plus. Passionné, enragé, il vous happe dès les premières lignes pour ne plus vous lâcher…

 

On est aux Trois-Gueules, cette « forteresse de falaises réputée infranchissable ». On est aux Fontaines, ce village enchevêtré dans la nature qui y prend ses racines, y vit, y meurt. On y ressent le froid, les vents glacials, les orages qui dévastent tout. On y tâte la rudesse qui sert de carapace à ceux qui n’ont pas grand chose d’autre pour se protéger. On observe la vie comme elle va, secrète, loin du bruit et de la fureur du monde de la ville qui bouillonne à quelques kilomètres de là. On apprécie le silence même s’il cache parfois de lourds secrets. Et on écoute l’histoire de cette maison, de ce village et de ces deux familles que la fatalité joueuse et cruelle va réunir… L’histoire d’André le médecin venu de la ville tombé en amour pour les Fontaines, de son fils Benedict et de sa petite-fille, Bérangère. Celle de Maxime le paysan, de son fils Valère, de leur ferme et de leurs vaches…

 

Trois générations confrontées à des orages intérieurs aussi furieux que dévastateurs. Trois générations confrontées au monde qui change, à la folie et à l’égoïsme des hommes, à leur espoir désespéré de maîtriser cette nature qui les domine et le leur montre. Trois générations qui voient les signes sans vouloir les comprendre…

 

« Aux Fontaines, on croyait toujours que le danger venait de l’extérieur, qu’on aurait le temps de l’appréhender, personne ne se posait la question des tremblements intérieurs, des mouvements sous la surface, le soir, quand les cloches se taisaient. »

 

Il est beau ce roman. Superbement écrit, chaque mot à sa place, pas un de trop. Au plus près des émotions qui ne disent pas toujours leur nom, au plus près de cette nature que l’auteure magnifie avec des descriptions à couper le souffle, au plus près de l’Homme, de ses bourrasques intérieures et de ses silences, au plus près de la tragédie qui se joue en coulisse et attend son heure… Un roman vibrant, ancré dans la terre, qui arrive par une grâce inattendue à tutoyer les étoiles. Du grand art…! 

 

Du même auteur sur le blog : Le rire du grand blesséLe coeur du Pélican

 

L’avis de Valérie

 

Éditions Viviane Hamy (Janvier 2017)

265 p.

 

Prix : 19,00 €

ISBN : 978-2-87858-337-3

 

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Millésime 2017, chez Laure !

La baleine thébaïde – Pierre Raufast

La_baleine_thebaideAttention..! Vous prenez un gros risque en ouvrant ce roman. Celui de ne plus pouvoir le lâcher avant la dernière page tournée…!

 

Le titre intrigue, fait sourire, souligne quelque peu notre manque de vocabulaire (j’avoue, « thébaïde », j’ai cherché 😉 ) et puis en route… Pierre Raufast nous raconte une histoire, ou plutôt deux… ou plutôt… Non, Pierre Raufast nous raconte des histoires et on les déguste jusqu’à plus soif, croisant avec ravissement et petit sourire entendu certains personnages déjà entrevus dans la Fractale ou la Variante, comprenant à demi-mots certains mystères restés en suspens (c’est dire si le lecteur habitué se délecte de ces petits clins d’œil…!) et devinant à quel point le bougre en garde encore sous le pied pour les nombreux autres romans qu’il ne manquera pas d’écrire (c’est dit !)

 

Dans La baleine thébaïde, il y a un bateau, une expédition en Alaska, des scientifiques aux sombres desseins, des âmes esseulées, des expériences génétiques plus que douteuses, du secret défense, des hackers flippants, des ébats aquatiques, des inventions pour le moins étonnantes à base de chocolat mais pas que, quelques macchabées, des crabes… et une baleine, oui, une baleine qui porte le doux nom de « baleine 52 » à la fréquence de chant unique au monde et par qui l’histoire – les histoires – commence(nt)…

 

Et ce diable de Pierre Raufast annonce la couleur : « Certaines choses racontées dans ce roman sont vraies ». Pour le reste, le roman est un joyeux fourre-tout mêlant humour, science sans conscience, espionnage 2.0, vastes supercheries, carabistouilles en tous genres… et réflexions très actuelles sur notre monde qui ne tourne pas toujours très rond…

Plume alerte et follement jubilatoire, Pierre Raufast nous entraîne dans sa folie douce de gamin farceur et on se régale ! Un vrai bonheur de se laisser bercer par tant d’intelligence, d’imagination, de tendresse et de fantaisie. A tel point qu’on se sent orphelin quand on tourne (trop vite) la dernière page de ce roman hautement généreux et roboratif en ces temps hivernaux ! 

 

Les avis unanimes de la « team Raufast » : Caroline, Keisha, Leiloona, Miss Leo, Virginie

 

Le blog de l’auteur

 

Éditions Alma (Janvier 2017)

218 p.

 

Prix : 18,50 €

ISBN : 978-2-36279-209-0

 

 

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Millésime 2017, chez Laure !

La Cire moderne – Vincent Cuvellier / Max de Radiguès

la cire moderneCadavres de bouteilles et reliefs de nourriture qui jonchent le sol, un monticule de vaisselle sale qui s’amoncelle dans l’évier, des vêtements jetés en vrac dans l’appartement. Dans la chambre, Manu et Samira ouvrent péniblement un œil après une nuit visiblement aussi courte qu’agitée. On frappe à la porte. Dans la main du facteur, un recommandé que Manu ouvre en espérant que ce n’est pas la banque qui se rappelle à son bon souvenir. Mais non. C’est un notaire. Un notaire qui lui signifie qu’il est le seul héritier de son vieil oncle qui vient de décéder…

 

Du jour au lendemain, Manu se retrouve donc propriétaire d’une vieille camionnette Volkswagen 1978… et à la tête d’une fabrique de cierges ! La maison et l’entrepôt ont eux été légués à la commune pour être transformés en salle de danse. Il va falloir vite récupérer le stock…

 

Des centaines et des centaines de cierges… La nouvelle a de quoi laisser perplexe mais elle met un brin de piment dans la vie du jeune couple dont les journées sont rythmées par la glande, les parties de jambes en l’air, la fête et la fumette entre potes. Accompagné par le frère de Samira, ils se rendent donc sur les lieux et découvrent que ces cierges se vendent à prix d’or. L’occasion rêvée de se faire enfin de l’argent pour se payer ce fameux trip au Maroc dont ils rêvent..! En route pour la tournée des monastères de France…!

 

Première incursion dans la bande dessinée pour Vincent Cuvellier, auteur jeunesse prolifique et reconnu dont j’apprécie l’univers. Étonnant de le voir revêtir le costume de scénariste BD mais celui ci lui va comme un gant ! Il imagine un road trip aux réelles qualités comiques porté par un trio de personnages pas piqué des vers, langage djeun’s et vulgaire compris. Sam, la brune piquante au look garçonne, Manu, l’échalas mollasson qui traîne sa vie sans trop savoir qu’en faire et Jordan, le jeune « beau-frère » qui n’a pas inventé la poudre mais se targue d’avoir un sens aigu du commerce, Bac pro Force de vente oblige…

 

Liste des clients du tonton mort et carte routière en main, camionnette chargée à ras bord, ils se lancent sur la route en s’aidant du Guide des paroisses et des monastères de France subtilement dérobé par Jordan. De couvent en abbaye, ils partent à la rencontre de curés, de moines et de bonnes sœurs, parviennent à écouler une bonne partie de leur stock… et se rendent à Lourdes, ultime étape et endroit idéal pour embobiner son monde. Chemin faisant, Manu s’interroge et se rend compte qu’il apprécie de plus en plus le silence et une certaine solitude…

 

Dialogues verts et enlevés, véritable sens de la narration, Vincent Cuvellier offre à ses lecteurs un très bon divertissement que rend à merveille le noir et blanc simple, classique et efficace de Max de Radiguès. A découvrir !

 

Le blog de Vincent Cuvellier

Le blog de Max de Radiguès

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Éditions Casterman BD (Janvier 2017)

Collection Écritures

165 p.

 

Prix : 16,95 €

ISBN : 978-2-203-10058-9

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

Les mains dans la terre – Cathy Ytak

mains dans la terre

« Chers parents,

 

Je n’ai pas eu le courage de vous en parler de vive voix.

Je ne demande pas à être compris, encore moins excusé. J’arrête mes études. Je renonce à cette dernière année, à cette carrière annoncée qui n’exige aucun effort et ne m’apporte en retour aucune satisfaction. Quand vous lirez cette lettre, je serai déjà parti. »

 

Mathias a grandi en suivant le chemin qu’on a tracé pour lui. A la fin de ses études, il sera l’héritier désigné de l’entreprise de papa, c’est écrit. Et à vrai dire, Mathias ne s’est jamais vraiment posé la question de ses envies, peu importe si d’autres ailleurs l’appellent, peu importe cette petite voix qui lui murmure que sa vie n’est pas celle là…

 

Jusqu’à ces vacances au Brésil. Des vacances hors de prix offertes par ses parents pour ses 18 ans. Hôtel de luxe où tous vos désirs sont comblés avant même que vous puissiez les exprimer. Nourriture et eau françaises, un personnel aux petits soins qui parle un français sans accent, des artisans « locaux » qui se déplacent à l’intérieur de l’hôtel pour vous permettre d’acheter les cadeaux parfaits à ramener dans l’hexagone sans mettre le pied dehors. Le paradis sur terre, dépaysement en moins… Et qu’importe ce qui se passe à quelques kilomètres de là derrière les hautes portes de l’hôtel, la piscine est agréable et on n’est pas venu pour faire du tourisme. Mais Mathias veut voir. Et veut partir à la découverte des habitants de ce village qu’on devine au loin. Il est là le vrai voyage. Un voyage vers l’Autre, bouleversant, intime, nécessaire… qui l’amènera à tracer enfin son propre chemin.

 

« J’ai envie de voir cette ville, parce que le Nôvostal et son simulacre de paradis m’emmerdent, qu’on doit trouver le même sur tous les continents du moment qu’on ait assez d’argent pour payer le droit d’entrée. Moi, je veux voir les gens vivent comme ils vivent, et là où ils vivent. »

 

Les mains dans la terre raconte l’histoire d’une mise au monde. En se rendant au Brésil, Mathias prend de plein fouet la réalité du pays. Cette réalité peu reluisante qu’on cache aux touristes qui de toute façon ne sont pas venus là pour se poser des problèmes existentiels. Pour Mathias, la prise de conscience est brutale et salutaire. Mettre les mains dans la terre, briser le cocon, laisser parler cette voix tue depuis trop longtemps… et s’affranchir enfin de ce destin tracé pour lui. 

Dans cette longue lettre adressée à ses parents, Mathias assume ses choix, reprend les rennes de sa vie et laisse éclater cette boule de révolte trop longtemps restée en sommeil…

 

Je n’ai pas été surprise de retrouver Cathy Ytak au catalogue des éditions du Muscadier dans cette collection intelligente qui lui va comme un gant…! Avec tout le talent qu’on lui connaît, elle délivre un message engagé porté par une plume impeccable de justesse. Un véritable hymne à la liberté qui ne manquera pas d’éveiller ou de réveiller les consciences endormies. Et tout ça en une cinquantaine de pages, chapeau !

 

Une pépite jeunesse à ne pas manquer que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

Les avis de Hélène Leroy, Orbe, Thalie

 

Le blog de l’auteure

Le site de l’auteure

 

Éditions le Muscadier (Octobre 2016)

Collection Rester vivant

52 p.

 

Prix : 8,50 €

ISBN : 979-10-90685-70-3

 

pepites_jeunesse

La succession – Jean-Paul Dubois

la-succession

« Existait-il d’ailleurs d’autres lignées semblables à la mienne, capable de réaliser de pareils scores, de garantir une dégénérescence simultanée sur deux branches séparées, l’une glanée en URSS, l’autre près de la Garonne, et d’accroître sans cesse la qualité et l’inventivité de ses performances ? Car chez les miens, au-delà d’une commune quête macabre, il ne fallait pas oublier le facteur spectaculaire mis en œuvre par chacun d’eux pour sublimer sa fin. »

 

Contrairement à de nombreux lecteurs, je découvre Jean-Paul Dubois avec ce titre, visiblement très différent des précédents, même si l’auteur n’a pu totalement passer sous silence ses obsessions. N’ayant aucun point de comparaison, je me suis délectée de sa plume : écriture vivifiante, humour doux-amer, personnages hauts en couleur, et surtout, équilibre parfait entre la drôlerie de certaines situations et la profonde mélancolie dans laquelle baigne son héros, héritier bien malgré lui d’une « malédiction » familiale qui pèse bien lourd sur ses épaules…

 

Pour fuir la fatalité, Paul Katrakilis s’est éloigné de sa famille curieusement touchée par une vague de suicides. Son grand-père, sa mère, son oncle… tous ont choisi de mettre fin de façon assez spectaculaire à leurs jours. Une bizarrerie de plus à rajouter à leurs agissements aussi farfelus qu’inexplicables auxquels tout le monde avait fini par s’accoutumer avec le temps.

 

« J’avais passé mon enfance à travailler, étudier, apprendre des choses inutiles et insensées sous le regard étrange d’une famille restreinte de quatre personnes totalement déroutantes, déboussolées et parfois même terrifiantes. »

 

Exilé à Miami, Paul fait de sa passion un métier et devient joueur de cesta punta (pelote basque), au grand désespoir de son médecin de père qui le voyait prendre sa suite. Quatre années d’éloignement et de pur bonheur jusqu’à cette nouvelle qui remet tout en perspective : son père est mort, il s’est suicidé. Paul retourne en France, retrouve la maison familiale et les odeurs du passé refont surface, lourdes de secrets enfouis. On échappe difficilement à son destin…

 

La succession, l’auteur n’aurait pu choisir meilleur titre pour ce roman profondément désabusé qui dissèque sans en avoir l’air les liens et les chaînes qui unissent bien malgré eux les membres d’une même famille. Faire partie d’une « lignée », échapper ou non à son héritage… à quel point peut-on réellement choisir sa vie..?

J’ai aimé cet anti-héros à la sauce Dubois, ses tentatives désespérées pour tracer sa propre route, ses échecs et ses petites victoires. Tout ça n’a pas l’air très gai dit comme ça mais l’auteur nous ménage quelques lumineuses éclaircies et autres parenthèses délectables qui rendent cette lecture hautement réjouissante. C’est intelligent, classe, tout ce que j’aime. Nous n’allons pas en rester là vous et moi monsieur Dubois…!

 

Une lecture que je partage avec Jérôme qui lui est un habitué et un inconditionnel de l’auteur.

 

Les avis de Clara, Delphine-Olympe, Jostein, Krol, Mior, Pr Platypus, Valérie, Violette, Virginie

 

Éditions de l’Olivier (Août 2016)

240 p.

 

Prix : 19,00 €

ISBN : 978-2-8236-1025-3

 

challenge12016br

36/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

Dans la forêt – Jean Hegland

dans la forêtIl y a fort à parier que vous allez beaucoup entendre parler de ce premier roman dans les jours à venir. Il y a même fort à parier que vous savez tous déjà de quoi il parle. Vous êtes pourtant bien loin du compte…

 

Rentrée de janvier oblige, des tas de nouveautés se retrouvent sur les tables des libraires, comme chaque année, certains d’entre eux auront les honneurs de critiques et sortiront leur épingle du jeu. Dans la forêt arrive chez nous précédé d’excellentes critiques et il y a de quoi. Publié il y a plus de 20 ans aux États-Unis, adapté au cinéma, il est enfin traduit en France. Et il fera assurément partie de ces romans qui laisseront leur empreinte, tant dans les chiffres de ventes que dans l’esprit des lecteurs…

 

J’ai détesté La route où je m’étais ennuyée ferme. Depuis, j’ai eu un énorme coup de cœur pour Enola Game ou plus récemment Station Eleven. On ne peut donc pas dire que je sois une habituée des romans post-apocalyptiques. Et c’est sûrement pour cette raison que j’ai été aussi embarquée par Dans la forêt (publié dans la collection Nature Writing d’ailleurs, ce qui n’est pas anodin). Peu importent les circonstances et les explications de ce nouveau monde et de la disparition de l’ancien, seules comptent ces deux sœurs et les nouvelles règles qu’elles vont instaurer pour garder intacte leur part d’humanité. Comme elles, le lecteur ne sait rien de ce qui se passe au dehors. C’est par le biais du journal tenu par Nell que l’on entre dans leur intimité…

 

Nell et Eva ont toujours vécu coupées du monde. Pas d’école, des parents un peu artistes sur les bords qui les ont éduquées dans un esprit de totale liberté, une maison éloignée de la ville. Désormais seules et livrées à elles-mêmes (dans des circonstances que je vous laisse découvrir…), elles se raccrochent à leurs passions pour ne pas devenir folles. La lecture et les études pour l’une, la danse à corps perdu pour l’autre. Et la vie, faite de rituels rassurants, s’organise. Mais ça ne suffira pas. La forêt, si proche, effrayante et tentaculaire, sera peut-être le dernier des refuges…

 

« Petit à petit, la forêt que je parcours devient mienne, non parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître. Je la vois différemment maintenant. Je commence à saisir sa diversité – dans la forme des feuilles, l’organisation des pétales, le million de nuances de vert. Je commence à comprendre sa logique et à percevoir son mystère. »

 

J’ai été soufflée par la force de ce texte qui touche à l’essentiel. Il est fait de silences, de toutes ces choses que l’on quitte, de celles que l’on apprend petit à petit à apprivoiser, de ces peurs qui font grandir un peu trop vite. Il est fait de ces notes de musique que l’on n’entend plus, de ces mots que l’on persiste à apprendre pour ne pas perdre pied, de ces lumières qui ne brillent plus mais qu’on continue d’imaginer. Il est fait de ces rêves qui permettent d’espérer encore. Il est fait d’amour, d’intimité et de don de soi…

 

Et puis il y a la forêt, impériale, qui donne lieu à de sublimes descriptions. C’est en elle que tout se joue, que tout renaît et c’est ce que j’ai trouvé de plus fascinant. C’est une lecture animale, brute, au plus proche de la terre. C’est une lecture visuelle, saisissante de réalisme. C’est un premier roman que l’on ressent au plus profond de ses tripes et qui remue, beaucoup, beaucoup… Coup de cœur !

 

Les avis unanimes de Cuné, Eva, Laure, Léa Touch Book, Virginie

 

Éditions Gallmeister (Janvier 2017)

Collection Nature Writing

300 p.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Josette Chicheportiche

 

Prix : 23,50 €

ISBN : 978-2-35178-142-5

 

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Millésime 2017, chez Laure !

S’enfuir, récit d’un otage – Guy Delisle

s'enfuirJ’ai découvert Guy Delisle avec ses Chroniques birmanes et j’avais été surprise d’aimer tant cette lecture. Séduite par ce style minimaliste qui n’est à priori pas ce que je préfère en bande dessinée. Je le retrouve donc avec ce pavé de plus de 400 pages relatant les 111 jours de captivité de Christophe André, enlevé en 1997 en Ingouchie, une petite république de Russie située à l’ouest de la Tchétchénie alors qu’il était en mission pour MSF…

 

400 pages relatant la captivité d’un homme. Le temps qui passe, lentement, bien trop lentement, les rares occasions d’espérer, les allées et venues rituelles de ses geôliers, cette langue qu’il ne comprend pas, le bruit des clés dans la serrure, la pression des menottes sur son poignet, les tentatives parfois vaines de garder un brin d’humanité, les menus insipides et cette idée fixe de ne pas perdre le compte des jours qui passent…

 

Que peut-il bien se passer dans la tête d’un otage ? Quand il ne laisse pas son esprit dériver vers ces récits de guerres napoléoniennes qui le fascinent, Christophe André s’ennuie. Un matelas à même le sol, une ampoule nue au plafond, un radiateur auquel il est attaché, une fenêtre obstruée de planches, dormir apparaît comme la seule échappatoire dans l’attente d’une véritable évasion.

 

« Aujourd’hui, on est le 10 juillet, jeudi, le 10 juillet. Ne pas perdre le décompte des jours. Le temps, c’est la seule chose dont je sois certain. Je ne sais pas où je suis… Je ne sais pas pourquoi je suis ici… Je n’ai aucune idée de ce qui se passe à l’extérieur… Ça ne m’avance à rien d’y penser. 10 juillet, jeudi, le 10 juillet. Tout ce que j’ai comme repères, c’est le jour et la date. 10 juillet. »

 

Il fallait oser mettre en bulles ce récit où il ne se passe quasiment rien. A partir du témoignage de Christophe André, Guy Delisle a choisi de raconter ce qui s’est passé dans la tête de l’otage pendant ses longues journées de captivité. La peur que tout se finisse mal, l’idée omniprésente de la mort, l’espoir de plus en plus infime d’une prochaine libération, la dépression qui gagne du terrain, les souvenirs de la vie d’avant… et ce désir d’évasion, chevillé au corps.

 

Il fallait oser, oui, car fatalement le rythme est assez répétitif. Mais curieusement je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Des réflexions qui tournent en boucle, des planches qui s’enchainent et se ressemblent… mais aussi quelques pointes d’humour salutaires et un rythme qu’on apprend à apprécier tant il retranscrit à merveille l’angoisse de l’otage et la monotonie de ces journées interminables qui ne cessent de se répéter. Pas certaine qu’il m’en restera grand chose dans quelque temps mais j’ai lu ce roman graphique avec intérêt, à vous de voir si l’expérience vous tente…!

 

Un album toujours en lice pour le Prix de la BD Fnac 2017, je me demande s’il a ses chances…

 

Les avis d’Electra, Fanny, Karine et Mo’

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Éditions Dargaud (Septembre 2016)

428 p.

 

Prix : 27,50 €

ISBN : 978-2-205-07547-2

 

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Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

kuklos   la fin du monde   chateaux bordeaux   sweet tooth3

           Mylène                      Antigone                       Nathalie                           Mo’

 

 

sweet-tooth-tome-1   l'aristocrate fantome   qu'ils y restent   mondes obliques

         Jérôme                         Saxaoul                            Caro                                      Karine

 

 

CE N'EST PAS TOI QUE J'ATTENDAIS C1 OK.indd   lou7   coquelicots d'irak   amuletè

         Amandine                      Maël                              Sabine                         Bouma

 

 

dent d'ours   louis spectres   brumes de sapa  sukkwand island

         Gambadou                      Marguerite                       Stephie                          Soukee

 

 

adoption   chatdurabbin01   les-contes-du-suicidc3a9

           Sandrine                           Alex                            Syl