Les petites victoires – Yvon Roy

petites victoires

 

C’est l’histoire toute simple d’un père et de son fils. C’est l’histoire pas si simple d’un petit garçon pas tout à fait comme les autres. C’est l’histoire d’un père et de son combat  au quotidien pour que son fils ait une vie comme celle des autres. C’est l’histoire d’un petit garçon formidable qui a du mal à regarder dans les yeux, pique parfois des colères inattendues et s’enferme trop souvent dans son monde. C’est l’histoire de petits riens qui font les grands tous, de petits ruisseaux qui font les grandes rivières, de petites victoires qui donnent foi en l’avenir…

 

Quand le diagnostic tombe, les parents du petit Olivier prennent la nouvelle de plein fouet. Quel avenir pour leur petit garçon autiste ? Comment gérer au quotidien les divers troubles liés à sa maladie ?

 

Les petites victoires est un récit autobiographique qui s’intéresse à la relation particulière liant l’auteur à son petit garçon autiste. Un récit extrêmement pudique et sensible qui s’attache à décrire tous les petits stratagèmes mis en place par le père pour sortir son fils de son enfermement, pour le rendre le plus autonome et le plus heureux possible. Un père patient et obstiné qui choisit de s’éloigner des recommandations des spécialistes pour trouver ses propres solutions, en se concentrant uniquement sur son fils, forcément unique. La solution est en lui…

 

 Oliviere Père

« Fiston, toi et moi on va explorer. »

 

Difficile pour moi de ne pas penser à l’album de Fabien Toulmé évoquant la trisomie de sa fille en lisant Les petites victoires. Si les thèmes sont évidemment très différents, ces deux albums ont en commun d’être des témoignages de pères qui évoquent la relation toute particulière qui les unit à leurs enfants. Deux témoignages sans fard qui n’occultent pas les moments de doutes et la peur, deux voix forcément très intimes qui racontent le bouleversement de l’annonce du handicap et la vie d’après. Dans ces deux albums, la présence maternelle est présente mais en sourdine, même si les raisons sont là aussi différentes. Ici, le couple se sépare mais continue le combat en duo, unis pour donner le meilleur à leur fils. Mais dans les deux cas, c’est la relation entre le père et l’enfant qui est au centre. Une relation pure, émouvante, faite de renoncements, de persévérance… et de beaucoup d’amour.

 

La simplicité du dessin, sobre sans être naïf, doux, expressif et joyeux, est idéal pour faire passer les émotions et raconter cette belle histoire d’amour entre un père et son fils.

Et c’est qu’on retient de ce bel album en le refermant… L’amour, capable des plus belles victoires…

 

Une bien jolie lecture et un témoignage fort que je partage avec Mo’

 

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Éditions Rue de Sèvres (Mai 2017)

160 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-36981-469-6

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

        petites victoires     collectionneuse    supers1    supers2    

                    Mo’                              Karine                          Saxaoul                         Saxaoul                         

 

 

        broderies    port marins perdus    guerre de catherine    morgane

                   Nathalie                         Blandine                      Antigone                         Amandine

 

 

        un jour il viendra frapper     mancha    irena    chaussette

              Gambadou                           Enna                           Caro                                Sabine

 

 

 maison-555x406  épiphanie frayeur  jaimelenatto  petites victoires

             EstelleCalim                          Bouma                             Jérôme                         Stephie

 

 

          duel

                     Jacques

Car Boy – Anne Loyer

car boyLa vie prend parfois des détours inattendus… Raphaël n’a pas choisi d’être là. La vie a choisi pour lui en lui prenant sa mère. Désormais, puisqu’elle l’a voulu, il trainera son mal-être et sa colère chez ce père qu’il n’a jamais connu et qu’elle avait bien pris soin de lui cacher. Ben. Un homme bourru, taiseux et maladroit propulsé père du jour au lendemain. Un homme visiblement aussi cabossé que les carcasses de voitures qui font son quotidien…

 

La carrosserie Mirami devient la nouvelle maison de Raphaël. Y a pas à dire, voilà un paysage qui reflète à merveille l’état d’esprit de l’adolescent… Autour de lui, des épaves, dans son cœur, un vide immense et une plaie ouverte. Maître des lieux, le patriarche bourru observe son fils de loin, pas question de gestes tendres. Ce qui tombe plutôt bien, l’adolescent n’ayant pas franchement envie de tenter un rapprochement.

 

Mais il y a Mylène, la demi-sœur de Raphaël. Le genre de fille qui ne passe pas inaperçue, fière et belle, têtue et perspicace. A elle, on ne la lui fait pas… Il y a aussi Kathia, la petite voisine de huit ans qui se déplace en fauteuil roulant, une bonne humeur qui n’a rien d’une façade dessinée sur son visage de poupée cassée. Une sacrée gamine celle-là, du genre à vous faire comprendre qu’il ne sert à rien de pleurnicher, du genre à vous donner envie de tenir droit, sans faillir, pour affronter ce qu’on ne veut pas voir…

 

« C’est quoi la vie finalement ? Une voiture, une fille et une route. Droit devant. »

 

Touchée coulée par le nouveau roman de Anne Loyer…! Il fait du bien ce roman là. Il donne de l’espoir et une certaine foi en l’humanité. Pas de bons sentiments dégoulinants non, ce serait mal connaître l’auteure. Une vraie perspicacité par contre sur ces failles qui nous façonnent un peu malgré nous. Sur ces routes un peu trop tortueuses et ces facéties du destin qui nous emmènent à voir la vérité et à avancer droit devant.

J’aime ces belles rencontres qu’Anne Loyer nous donne à voir. J’aime sa façon de toucher du doigt les fêlures, d’accompagner ses personnages avec bienveillance et tendresse sans pour autant les épargner, de leur dessiner un avenir où les portes restent ouvertes si tant est qu’ils s’en donnent les moyens. J’aime cette lumière qui pénètre les interstices et finit par éclabousser des êtres un peu trop cabossés par la vie. Car Boy et son cimetière d’épaves aux tôles froissées est encore une fois un bien beau roman d’Anne Loyer ! 

 

Une pépite jeunesse d’une auteure-chouchou que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

L’avis de Pépita

 

Anne Loyer c’est aussi… Candy – Comme une envie de voir la mer – La belle rouge - Happy-end 

 

Le blog de Anne Loyer

 

Éditions Thierry Magnier (Février 2017)

140 p.

 

Prix : 12,00 €

ISBN : 978-2-36474-991-7

 

pepites_jeunesse

Le Voleur de Souhaits – Loïc Clément / Bertrand Gatignol

voleurDeSouhaits« À mes souhaits ! » C’est grâce à cette formule bien particulière mais qui passe subtilement inaperçue que Félix arrive à berner ceux qui l’entourent. À chaque éternuement et à chaque « merci » logiquement récolté, le jeune garçon se trouve alors en mesure de subtiliser les souhaits des autres. Alors que d’autres se contentent de collectionner les papillons, les timbres ou les pièces de monnaie, Félix collectionne les souhaits. Chez lui, sur des dizaines d’étagères, une multitude de bocaux et pots de verre étiquetés renfermant les rêves des enrhumés de passage. Pour son plus grand bonheur, du moins le croit-il, Félix détient en sa possession les désirs de ses congénères…

 

Le printemps et son cortège d’éternuements. La saison est une véritable aubaine pour le jeune chasseur de souhaits. Les narines frétillent sous l’effet du pollen et Félix arrive sans peine à compléter sa collection en furetant dans les parcs et les jardins. Jusqu’à ce qu’il croise cette fille, Calliope. Malgré ses nombreuses tentatives, impossible de lui capturer le moindre souhait. Se peut-il que le belle intrigante n’en ait aucun…?

 

« Félix avait passé sa vie à la recherche des désirs des gens, sans jamais s’interroger sur les siens. »

 

Voilà un bien joli conte qui nous rappelle que le bonheur, même si on ne le voit pas, est souvent à portée de main. Et que ce que nous souhaitons de plus cher se trouve parfois juste sous nos yeux…

Au scénario, Loïc Clément s’empare d’une très chouette idée de départ. Une idée un brin magique et très originale qui laisse espérer au lecteur une belle parenthèse de lecture un peu hors du temps. Une idée que j’ai toutefois trouvée un chouille sous-exploitée, même pour un album jeunesse. Difficile de dire ce qu’il m’a manqué mais je ressors de cet album avec une impression mitigée, d’autant qu’avec Chaussette, le scénariste a su montrer qu’il était capable en très peu de planches de faire naître à la fois l’émotion et la réflexion.

 

La faute peut-être aussi aux illustrations de Bertrand Gatignol qui m’ont paru un peu trop caricaturales, l’esprit manga donné aux visages et la colorisation un peu terne n’aidant pas à s’enthousiasmer outre mesure. Pour autant, de jolies trouvailles dans le découpage, du rythme, un style très moderne, trop peut-être. Ce qui ne m’empêchera pas de me précipiter sur sa série des Ogres-Dieux où le dessin pour le coup semble avoir tout pour me plaire…

 

Une lecture en demi-teinte que je partage avec Mo’, qui reste elle aussi sur une impression mitigée…

 

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Éditions Delcourt (Avril 2017)

33 p.

 

Prix : 10,95 €

ISBN : 978-2-7560-7527-3

Le Président du Monde – Germano Zullo / Albertine

president_monde_RVB-270x378Lois, Secrets d’état, Important, Confidentiel, Urgent, Prioritaire… Le bureau du Président du Monde croule sous les dossiers de toutes sortes à traiter dans la seconde. Le téléphone sonne sans arrêt et les mauvaises nouvelles pleuvent sur la tête de l’homme le plus débordé – ou incompétent à vous de voir – du monde… Grèves, épidémies, chômage, famine, bourse… la planète tourne de travers et le Président du Monde ne sait plus où donner de la tête…

 

Autour de lui, ses conseillers ont tous un avis sur la question ou une solution à tout, la promotion n’est peut-être pas loin si on avance ses pions avec intelligence… Reste à savoir quoi répondre aux journalistes qui le pressent de questions. Au fond du lac de Tout-Là-Haut, une montagne de dossiers embarrassants, gênants ou trop sensibles s’accumulent. Et ce monstre surgi du fond des eaux jusqu’alors paisibles pourrait bien faire remonter à la surface toutes ces vérités qu’on ne veut pas voir… L’affaire pourrait faire grand bruit. Que faire…? Paniqué, le Président du Monde appelle sa maman…

 

« La guerre est déclarée entre Ici-tout-près et Là-bas-un-peu-plus-loin, Monsieur le Président ! »

 

Un album absurde-pas-si-absurde sur la politique, le pouvoir et ses travers. Une fable qui fera rire les enfants et les parents qui en auront une tout autre lecture.  Le dessin coloré et énergique d’Albertine est bourré d’humour et truffé de jolies trouvailles. Il colle à merveille à l’humour subtil et cruel de Germano Zullo qui n’a pas son pareil pour critiquer le système politique et ces hommes qui nous gouvernent. Une caricature grinçante on ne peut plus d’actualité par les temps qui courent..! 

 

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Éditions La Joie de Lire (Septembre 2016)

52 p.

 

Prix : 15,90 €

ISBN : 978-2-88908-333-6

 

logoalbums2016

L’enfant qui – Jeanne Benameur

l'enfant quiLes mots de Jeanne… Une consolation, et une évidence, encore…

 

Ces silences, cette vibration intime et essentielle. Ces émotions qui entrent en résonance, tout ce qui se cache, se dit ou ne se dit pas….

 

« On ne sait jamais comment alléger la tristesse des mères qui disparaissent. La tristesse, elle, ne disparaît pas. »

 

L’enfant qui fait ressurgir l’enfance. Une enfance qui tâtonne, cherche les réponses et expérimente la douleur de l’absence. La mère n’est plus. Elle a disparu comme elle était venue. Sans bagages, dans un bruissement de jupon rouge terni par le temps. Volatilisée, sans un bruit, sans même un soupir. On passe sa vie à chercher la mère, la clé, l’insondable mystère de cette filiation que l’on n’a pas choisi…

 

L’enfant marche dans la forêt et ressent la béance avec force. Il l’habite là, profond, incisif, le manque… Il se terre sous la peau, fait ressentir sa piqure, se réveille souvent, intense et douloureux. Elle n’avait pas les mots la mère. Juste des chants et cette langue venue d’ailleurs qui rendait le père fou de rage parfois. Elle n’avait pas les mots mais elle était là, discrète présence au monde, même si les bras n’enserraient pas. Elle lui a légué le mystère, le mouvement et la liberté. Elle lui a légué le silence…

 

« Ta bouche d’enfant est une caverne. Les mots, là, dans un repli. »

 

Le père renonce. A comprendre la vagabonde qui lui avait volé son cœur d’un seul regard trouble. A saisir l’insaisissable et l’amour volatile. A oublier les corps qui s’épousent sans mots dans la profondeur de la nuit. Elle est partie sans bruit, la maison vide bruisse encore de son absence. La mémoire parfois se réveille, le désir encore fait mal…

 

La grand-mère observe. Peut-être a-t-elle certaines clés, sans le vouloir. Cette vagabonde elle ne l’aimait pas beaucoup. Mais il y a eu l’enfant. Et l’enfant était tout….

 

Des pages tissées dans l’étoffe du souvenir et au plus proche de l’émotion. Des mots à la mère, des mots d’enfance, l’intime qui se ressent plus qu’il ne se dit. Et l’écriture, épurée et charnelle, terrienne et puissante, touche au sublime. Elle puise dans l’imaginaire de l’enfance, cherche et trouve le chemin du cœur, s’affranchit du monde pour mieux le dessiner, brut et sensuel. Elle le réinvente, vibre des mots contenus, du silence assourdissant de la mémoire et de la langue secrète des mères…

 

L’enfant qui… un roman d’une rare force qui relie au monde. Essentiel ♥

 

« Les mains ouvertes des mères sont des livres d’images.

Et l’enfance apprend le souci de la vie qui se perd. »

 

Éditions Actes Sud (Mai 2017)

112 p.

 

Prix : 13,80 €

ISBN : 978-2-330-07898-0

 

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Verte – Marie Desplechin / Magali Le Huche

Verte

 

Prénom : Verte

 

Age : 11 ans

 

Centre d’intérêt numéro Un : Soufi…

 

Rêve : être normale, tomber amoureuse et se marier un jour

 

Le hic… : Verte est l’héritière d’une longue, très longue lignée de sorcières…

 

 

« Rien n’est plus fatigant qu’une mère. »

 

 

Rien n’est vraiment simple dans la vie de Verte. A commencer par le prénom idiot dont a cru bon de l’affubler sa mère à sa naissance… Mais ce n’est pas le pire. Elle s’est aussi mis en tête que sa fille serait une sorcière, comme toutes les femmes de la famille depuis des générations. Et Ursule n’en démords pas, d’ailleurs, qu’elle le veuille ou non, Verte sera une sorcière, même si ses pouvoirs semblent encore curieusement en sommeil. Et à son âge, il serait plus que temps qu’elle les réveille, ou du moins qu’elle montre un tant soit peu d’intérêt pour la sorcellerie. Et vu que Verte ne semble pas vouloir suivre les pas de sa mère, elle ira prendre des cours chez sa grand-mère tous les mercredis. Verte et Anastabotte s’entendent à merveille, avec un peu de chance, cette dernière arrivera à lui transmettre ses talents pour la sorcellerie…

 

Et Verte dans tout ça…? L’adolescente a beau adorer sa grand-mère, ces cours de sorcellerie ne lui disent rien qu’y vaille. L’atelier d’Anastabotte est rempli de choses immondes et gluantes, de mandragores en conserve, de chauve-souris éventrées et autres joyeusetés qui mijotent, grouillent, suintent et empestent. Pas follement engageant. Verte ne veut qu’une chose : être normale, tenir la main de Soufi dans la sienne et savoir qui est son père… Et surtout pas, non surtout pas ressembler à sa mère.

 

« Je ne veux pas de nez pointu, pas d’yeux de chat, pas d’attirail ridicule, pas de pouvoirs encombrants. Je veux seulement rester moi-même. »

 

Un régal que cette adaptation du roman de Marie Desplechin qui ne prend pas une ride ! Très fidèle au roman devenu un grand classique de la littérature jeunesse, seule la narration à quatre voix a dû être abandonnée pour coller au format BD. Les personnages, eux, sont toujours aussi savoureux et les dialogues toujours aussi drôles. Et quel bonheur de voir s’incarner Verte, Ursule, Anastabotte et Soufi sous les pinceaux de Magali Le Huche ! Elle y met son humour, son impertinence et un brin de magie qui rendent toute cette tribu furieusement attachante. A tel point qu’on les quitte à regret une fois la dernière page tournée. Il n’y a plus qu’à espérer que les deux auteures se lancent dans l’adaptation des deux autres volets de la trilogie, Pome et Mauve…!

 

Les avis de Antigone, Bouma, Clarabel, Livresse, Mylène, Sabine, Soukee, Un amour de BD

 

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Éditions Rue de Sèvres (Mars 2017)

72 p.

 

Prix : 14,00 €

ISBN : 978-2-36981-195-4

 

 

BD de la semaine saumon

… chez Moka

Osez… 20 histoires d’infidélité

OsezJ’avais juré qu’on ne m’y reprendrais plus. J’ai pourtant succombé à la tentation et craqué pour le dernier né de la collection Osez… Mais j’ai une excuse, et une bonne. J’étais particulièrement curieuse de découvrir les nouvelles écrites par miss Stephie et Serena de Lyoncourt, notre Irrégulière préférée. Particulièrement curieuse aussi de les voir aborder ce thème rebattu de l’infidélité où l′amant se cache nu dans le placard quand le mari débarque à la maison…

Rassurez vous, on en est loin, et je dois bien reconnaître que le recueil est plutôt réussi et que les copines s’en sortent haut la main. Les vingt histoires sont croustillantes, amorales, joyeusement débridées, piquantes voire même très épicées. Et il y est surtout question d’être fidèle, oui, mais uniquement à ses désirs. Les personnages que l’on croise ici, amants d’un jour, femmes infidèles, ne s’embarrassent pas d’inutiles cas de conscience…

 

Une femme mariée s’encanaille avec un ami de son fils, une autre s’offre une parenthèse brûlante dans les toilettes d’un restaurant avec un mystérieux inconnu alors que son époux l’attend sagement derrière son assiette sans se douter de rien, une femme choisit elle-même celles avec lesquelles son mari aura le droit de la tromper, une autre s’inscrit un peu par hasard (tss tss…) sur un site spécialisé dans les rencontres extra-conjugales entre personnes mariées. Et de fait, pour ce nouveau recueil, la collection « Osez 20 histoires » s’associe avec Gleeden, « le premier site de rencontres extra-conjugales pensées par des femmes ». Si, si, rappelez vous cette fameuse campagne d’affichage aux slogans plus que directs, vous n’avez pas pu les louper ! (Et si vous êtes curieux, actualisez régulièrement la page d’accueil du site et vous verrez le nombre d’inscrits augmenter à vue d’œil, dingue !)   

 

Allez, avouons-le, je n’ai pas boudé mon plaisir. Il est très agréable de piocher dans ce recueil où les nouvelles ne manquent pas de piquant. Toutes très courtes, elles offrent une jolie variété de situations et évitent le côté répétitif un brin barbant. Les clichés y sont habillement détournés, les chutes bien senties, c’est coquin, voire franchement hot. Mention spéciale aux délicieuses nouvelles des copines - Les insoumis de Serena de Lyoncourt et La promesse faite au marin de Stephie -  et à leurs plumes assumées et assurées, l’érotisme leur va si bien…!

 

Éditions La Musardine (Avril 2017)

Collection Osez…

252 p.

 

Prix : 8,20 €

ISBN : 978-2-84271-970-8

 

mardi c'est parmis

By Stephie

Pause – Fabcaro

pause

« Bonjour, je vous appelle parce qu’il se trouve que je n’ai pas de nouvelle de mon inspiration depuis plusieurs semaines, je commence à m’inquiéter… Alors en attendant je fais des saynètes autobios mais bon…

« Pouvez-vous me donner votre nom et votre numéro d’ordre ? »

« Caro, Fabrice, n°92303… »

« Ah oui, effectivement, on a un petit souci avec votre inspiration… »

 

Voilà. C’est tout le problème quand on pond une bande dessinée à succès. C’est que le lecteur est exigeant voyez vous. Il veut rire et pas qu’un peu. Il veut de l’absurde, de l’intelligent, du grinçant, du qui pique, du qui gratte, du drôle, du foutraque. En gros, il veut du Zaï Zaï Zaï Zaï… Aïe… 25 bouquins en 10 ans… sans compter les travaux de commande écrits sous pseudo… On fait comment pour se renouveler tout en faisant du Fabcaro pour ne pas décevoir ses fans ? « S’affranchir et se désaliéner des gens qui ont aimé le dernier bouquin et qui s’attendent à ce qu’on fasse le même »… vous voyez le genre ? Autant tenter de résoudre la quadrature du cercle. Et si on faisait… une pause ?

 

« Tu es sur quoi en ce moment ? »

 

Pause. A la fois journal de bord de l’auteur en mal d’inspiration, chronique du quotidien et joyeux fourre-tout de strips hilarants mêlant anecdotes personnelles, questionnements existentiels et réflexion sur les conséquences du succès, Fabcaro s’offre une thérapie drolatique tout en pointant du doigt par effet de ricochet nos divers défauts. Et c’est peu dire que le lecteur se réjouit de le suivre dans ses pérégrinations d’auteur débordé tendance hypocondriaque-sous pression devenu « bankable ». Plongé dans les méandres de l’esprit d’un Fabcaro aussi impertinent que lucide, on se délecte des trouvailles de génie (mention spéciale à l’inspiration intérimaire et au fameux bandeau de couverture, gloussements garantis !), du rythme qui ne faiblit pas et de cette capacité à faire évoluer un dessin apparemment simplissime dans tout un tas de directions différentes. Du tout bon !

 

Un album décalé… et inspiré ! (…par l’auteur de Zaï Zaï Zaï Zaï – oups – non – un peu too much les bandeaux de couverture… ! :-D ) J’ai ri. Et pas qu’un peu !

 

Une lecture revigorante qui offre une parenthèse bienvenue… que je partage avec joie avec Mo’ qui m’a fait découvrir ce chenapan de Fabcaro..!

 

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Éditions La Cafetière (Avril 2017)

Collection Corazon

64 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 978-2-84774-025-7

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Mo’

Sauveur & fils (saison 3) – Marie-Aude Murail

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« Je suis un psy, pas forcément à la con mais un psy. C’est comme ça que je me défends. Je généralise, je théorise, j’essaie de comprendre. J’ai besoin que les choses aient un sens. »

 

♥ Bonheur ♥

 

Sauveur & fils ou la série doudou par excellence… Celle qui vous réconcilie avec le genre humain, oui, rien que ça. Celle qui fait tellement de bien qu’elle devrait être remboursée par la sécurité sociale. Celle qu’on a déjà hâte de retrouver pour une nouvelle saison parce que oui, ouf, il y en aura bien une !

 

Sauveur, je l’aime d’amour. Voilà, c’est dit. J’aime sa vraie-fausse assurance, sa belle humanité, son envie folle de réconcilier l’inconciliable, sa façon de mettre des mots sur les maux, ou de ne pas les mettre d’ailleurs. J’aime sa façon de se prendre les pieds dans le tapis, de tâtonner, de prendre parfois les mauvaises décisions quand il s’agit de sa vie personnelle. J’aime son inconscience et son manque flagrant de professionnalisme quand il décide de laisser parler son cœur plutôt que sa raison de praticien. J’aime sa façon de croire profondément en l’être humain. Et par dessus tout, j’aime sa famille foutraque et rapiécée parce qu’elle ressemble à la vie, la vraie…

 

« Regardant la tablée où se promenait Bidule et autour de laquelle s’entassaient, outre Louise, Alice, Paul et Lazare, un légionnaire plus ou moins gangster, un pianiste déséquilibré et un Elfe de la nuit déscolarisé, Sauveur eut le sentiment que le 12 rue des Murlins prenait bel et bien ces derniers temps l’allure d’un établissement pour dingos. »

 

Trois saisons et une galerie de portraits qui s’étoffe. Autant de patients qui défilent dans le cabinet de Sauveur, les véritables patients n’étant pas toujours ceux que l’on croit d’ailleurs… Des êtres cabossés, abîmés, incompris, inadaptés ou à côté de la plaque qui trouvent en Sauveur une oreille attentive. Et des adolescents auxquels on s’attache sensiblement, inévitablement…

 

Trois saisons et une famille qui se construit sous nos yeux. Une maison de mecs… et Louise. Beaucoup d’amour, de chassés-croisés, d’incompréhension aussi parfois quand la vie professionnelle de Sauveur envahit un peu trop la sphère privée. Ouf, Sauveur est faillible, nous voilà presque rassurés…! Marie-Aude Murail, toujours aussi perspicace et juste, nous régale et on en redemande ! (Vite, vite, la suite !!! )

 

Une série chouchou-doudou-qui-fait-du-bien… franchement, vous auriez tort de vous en priver ! Et une délicieuse pépite jeunesse que j’ai pris un plaisir fou, encore, à partager avec mon complice Jérôme.

 

« Mon Dieu, (…) est-ce que les parents ont idée du fatras qu’il y a

dans la tête de leurs enfants ? »

 

Les avis de Cuné, Pépita, Thalie

 

Mon avis sur la saison 1 et la saison 2

 

Éditions École des Loisirs (Mars 2017)

320 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-211-23239-5

 

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Aquarium – David Vann

Je ne suis pas une inconditionnelle de l’auteur au point d’avoir lu toute sa bibliographie mais j’ai reçu une grande claque à la lecture de Sukkwan Island, magistral de tension psychologique. Desolations m’avait laissée beaucoup plus mitigée mais là encore impossible de ne pas lui reconnaitre un don pour mettre en scène l’angoisse. Inconcevable donc de ne pas craquer pour ce nouveau roman au titre si énigmatique…

 

Aquarium m’a prise dans ses filets dès les premières lignes. Là encore, David Vann se plait à radiographier de l’intérieur les fêlures d’une famille en disséquant au scalpel les émotions, les petites bassesses, les grandes blessures, les folies et les frêles espoirs de personnages qui tous se débattent principalement contre eux-mêmes. Rien de très glorieux non, du sombre, du noir, tout semble encore et toujours sans issue. Le couteau s’enfonce dans la plaie encore suintante, les fissures s’agrandissent… et le lecteur, totalement hypnotisé, regarde leur petit monde vaciller.

 

Les relations perverses qui peuvent s’installer dans une famille, les affres du passé, l’impossibilité du pardon, la question de la résilience. David Vann a ses marottes et bon sang ça bouscule…

 

« Tout est possible avec un parent. Les parents sont des dieux. Ils nous font et nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière, et c’est ce monde-là qu’on connaît ensuite, pour toujours. C’est le seul monde. On est incapable de voir à quoi d’autre il pourrait ressembler. »

 

Caitlin a douze ans. Elle habite Seattle avec sa mère Sheri dans un appartement de banlieue tout ce qu’il y a de plus modeste. Pas de père à l’horizon. Tous les jours, sa mère s’échine dans un boulot d’homme sur les quais. Elle rentre épuisée et peine à joindre les deux bouts. Mais elles se tiennent les coudes, soudées comme peuvent l’être une mère et sa fille, chacune étant la béquille de l’autre. Chaque jour après l’école, Caitlin se rend à l’aquarium où elle a un pass annuel. Sa soupape quotidienne, sa bouffée d’air frais… En attendant que sa mère vienne la récupérer à la fin de sa journée de travail, elle plonge ses yeux dans les bassins, observe ce monde marin qui la fascine et rêve d’autres horizons. C’est là qu’elle fera la rencontre qui fera tout basculer. Un vieil homme, passionné comme elle, qui deviendra un ami, un confident. Une amitié aussi inattendue qu’improbable qui plongera sa mère dans une colère noire et fera remonter à la surface des secrets bien enfouis…

 

Le grain de sable dans l’engrenage déjà bien fatigué… On a beau savoir que le vernis va vite se ternir, on est loin de s’imaginer ce que l’auteur réserve à ses personnages. Il y a quelque chose de brut dans ce roman, de sauvage. Les émotions sont sans filtre, on s’embourbe, on sort la tête de l’eau, on replonge encore. Tragédie banale d’une famille qui s’enlise, Aquarium asphyxie le lecteur même si cette fois, ouf, l’espoir est tout de même permis. Une timide rédemption que permettra peut-être l’innocence et la persévérance de Caitlin, incroyable de résistance et d’amour…

 

Fascinant, dérangeant… en un mot, brillant !

 

Les avis de Cajou, Fanny, La fée lit, Laure, Léa Touch Book, Luocine

 

Éditions Gallmeister (Octobre 2016)

Collection Nature Writing

280 p.

Traduit par Laura Derajinski

 

Prix : 23,00 €

ISBN : 978-2-35178-117-3

 

challenge12016br

41/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book