Phobie – Fanny Vandermeersch

phobie

 

Sophia a tout de l’élève modèle. Jamais de vagues, des résultats brillants, elle entre au collège avec des bagages costauds et rien ne semble pouvoir la déstabiliser. Pourtant, petit à petit, sans que rien n’annonce ce cataclysme intérieur qui bouleverse tout, les choses changent. Un grain de sable après l’autre, la machine s’enraye…

 

Des notes qui baissent, des amies de toujours qui lui tournent le dos sans raison apparente, un stress qui s’installe et lui fait perdre tous ses moyens. Sophia s’enferme dans une spirale d’angoisse. Une angoisse insidieuse impossible à contenir qui lui tort et lui noue l’estomac jusqu’à l’empêcher littéralement de franchir la grille du collège…

 

Sophia ne peut plus. Elle travaille mais ne retient plus rien. S’applique pour ne récolter que des notes moyennes. Se sent seule, inintéressante, banale. En vacances, loin du collège, Sophia respire enfin. Le mot « rentrée » lui, sonne comme un coup de massue… Impossible pour Sophia d’arriver à mettre le doigt sur les maux qui la tourmentent, d’autant que ses parents sont persuadés que la chute de ses résultats est due à un manque de travail… 

 

« J’ai perdu confiance, le collège est devenu un lieu hostile.

Ce n’est la faute de personne. Il faut du temps. Tout redeviendra comme avant. Ce n’est pas rare, ni grave. Ça a même un nom : la phobie scolaire. »

 

Un roman d’une grande justesse qui aborde avec intelligence un thème que l’on croise rarement en littérature jeunesse. Pas question ici de harcèlement scolaire, de violence ou de maltraitance. Le mal est plus insidieux, plus difficile à cerner et donc plus long et plus difficile à combattre. Pourtant, la phobie scolaire existe et touche un nombre important d’adolescents.

 

Avec ce premier roman, les éditions du Muscadier enrichisse leur catalogue avec un titre qui risque fort de devenir un incontournable. Un roman pour libérer la parole et mettre des mots. Un roman précieux qui aidera autant l’entourage de l’adolescent concerné que l’adolescent lui-même. Un roman qui pour une raison toute personnelle me tient particulièrement à cœur puisque Fanny m’en avait confié la lecture quand il n’était encore qu’un manuscrit… ♥

 

Une pépite jeunesse évidente que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

Les avis de Lirado, Ludovic

 

Éditions Le muscadier (Février 2017)

Collection Rester Vivant

96 p.

 

Prix : 9,50 €

ISBN : 979-10-90685-78-9

 

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Légende – Sylvain Prudhomme

légende

 

Un décor. La Crau. Un « bout de terre ingrat ». Au milieu de la Provence. Un vide. Du plat. Des cailloux. Le silence. Et le mistral. La Crau. « Avec ses sonorités de commencement du monde, vaguement préhistoriques, évocatrices de steppes encore peuplées de fauve à dents de sabre. »

 

Deux personnages. Deux amis. Nel et Matt. Qui se sont rencontrés il y a un an. Inséparables depuis. Nel est photographe. Il est né là, dans cette plaine aride. Il est fils de Joseph, petit-fils de Maurice. Des bergers. Il est profondément attaché à sa terre. Même s’il a grandi dans un isolement total. Dans un territoire minuscule. Fermé. Claquemuré.

 

« L’exigüité de cet univers entre les bornes duquel s’étaient déroulées son enfance et son adolescence, coupé du reste du monde, coupé même d’Arles, même de Raphèle et ses quatre cents habitants à tout casser. Comme emprisonné parmi ses champs et ces prairies. Attaché qu’il le veuille ou non à ce mas comme ses aïeux avant lui au troupeau familial. »

 

Matt, lui, est anglais. Il vend des chiottes. « C’était la réponse qu’il faisait quand on lui demandait son métier, avec son autodérision d’Anglais toujours ravi du malentendu qui en découlait, son interlocuteur changeant poliment de sujet, gêné de l’interroger plus en détail sur ses habitudes de commercial spécialisé dans le fourgage de cuvettes en faïence. La vérité c’était que Matt était un génie. Capable de se lancer avec la plus parfaite témérité dans n’importe quelle entreprise, sur la seule foi de son intuition… »

Et à ses heures perdues, Matt fait des films. Des documentaires. Sa dernière obsession : La Churascaia, dite la Chou. Une ancienne boite de nuit près d’Aigues-Mortes qui a connu ses heures de gloire pendant les années 70-80. Il veut la raconter et avec elle, plonger tout entier dans la vie des gens, « dans l’existence d’êtres qui ne sont plus et dont la vie est tout entière là, sous nos yeux, avec ses hauts et ses bas, ses périodes fastes et ses creux, jusqu’au dénouement. [Pour] tenter de comprendre ce qu’ils ont cherché. Ce qu’ils ont souffert. Où ils ont réussi. Où ils ont échoué. Tout cela sans jamais cesser de penser à nous, vivants. A ce qu’ils peuvent nous apprendre. A ce que leur vie peut nous murmurer de conseils. »

Et c’est en se penchant sur ce lieu mythique et sur «la violente nostalgie des témoins », que Matt va s’intéresser à la vie de deux jeunes gens, morts trop tôt. Deux frères « maudits ». Fabien et Christian. Les cousins éloignés de Nel. A travers eux, à travers les témoignages recueillis auprès des proches, se dessine une jeunesse flamboyante et un poil destructrice, dont le « programme on ne peut plus sérieux au fond » était « fait de libertés radicales, d’absolu refus des concessions, de haine des demi-choix, des demi-amitiés, des demi-coucheries. »

 

Sylvain Prudhomme nous donne à lire une histoire d’amitiés et de territoires qui construisent les êtres. Les façonnent. Une histoire épatante qui dit l’innocence, la liberté, la nostalgie, le temps qui passe, la mélancolie déjà. Qui agrandit les possibles. Qui indique les audaces. Qui repense le monde. La vie tout simplement. Et ce, à travers une écriture sensible, précise, belle. Profondément humaine. Ou le réel rejoint la légende.

 

Un kdo savoureux du chouchou de ses dames, euh nan, de la toile  :-P Merci Jérôme, pour cette si jolie surprise de Nawel (et pour tout le reste aussi !).

Pour lire le billet de Jérôme (si ce n’est pas déjà fait !) c’est par !

 

 

Extraits

 

« Nel les regardait se lever comme des cow-boys, monter en voiture en jurant de tout lui raconter le lendemain. Il s’imaginait leur arrivée au bar de Tarascon, l’air crâne avec lequel Max à peine assis demandait une bouteille, jamais un simple verre avait-il un jour expliqué à Nel, le whisky au verre c’est pour les tocards t’entends fais jamais ça, une bouteille de J&B barman et sitôt la bouteille posée devant lui il l’ouvrait et froissait ostensiblement le bouchon dans sa paume pour que les choses soient claires, le froissait ou le crevait d’un coup d’un opinel pour dire cette bouteille-là personne ne la rebouchera, ce litre d’eau-de-feu maintenant il faut le boire. Ils regardaient les tables autour d’eux, cherchaient du coin de l’œil leurs adversaires, les jaugeaient, savouraient le lent crescendo de la tension alentour. Alors ils sont où les branleurs de Tarascon. Il parait qu’à Tarascon on s’y connait en bonnes branlettes bien nerveuses, vous nous montrez comment vous faites les gars ça nous intéresse. »

 

« Il avait profondément désiré ça : prendre l’existence d’un individu au hasard et la scruter jusque dans ses plis les plus secrets, ses ramifications les plus infimes. Tout savoir d’elle. Traquer ses moindres zones d’ombre. Retrouver ses errements et ses oscillations la couleur d’une époque, ses questions, ses espérances, ses doutes. Il avait tressailli à l’idée du nombre infini de films possibles, tous beaux et puissants, pour peu qu’ils soient faits à fond.S’étaient senti à la fois heureux et écrasé par la masse des récits à écrire, des histoires à raconter. Cette profusion de vie dont une infime fraction seulement serait jamais narrée. »

 

Légende, Sylvain Prudhomme, Gallimard, 2016

Par amour – Valérie Tong Cuong

par amourOù qu’elle aille, Valérie Tong Cuong ne choisit jamais le chemin de la facilité. Quels que soient les sujets qu’elle aborde, elle n’en offre pas une énième variation, loin de cette littérature prémâchée qui ressasse souvent jusqu’à l’overdose…

 

C’est toujours l’humain qui prime, avec ses fêlures, ses béances, ses silences, ses choix impossibles que la vie impose comme une épreuve de plus. C’est toujours l’amour qui plane, comme une réponse aux questions que l’on se pose, comme un pansement aux blessures qui suintent, comme un fardeau parfois trop lourd à porter. Cet amour qui rend fort, construit, déconstruit aussi, tant il peut être malmené, maladroit et friable…

 

Il y a tout ça et bien plus encore dans cette fresque familiale qui relie les petites histoires à la grande. L’amour est-il un rempart suffisant à la haine sans nom ? Qu’est-on prêt à risquer pour l’amour des siens ? Jusqu’où est-on prêt à mettre sa propre vie entre parenthèses pour sauver ceux qui nous sont chers ? Et l’on suit Joffre, Emélie, Muguette, Jean, Lucie, Joseph et Marline dans ce Havre dévasté entre juin 1940 et août 1945. On les suit et leurs voix s’élèvent, s’entrelacent, se font écho dans un ballet on ne peut plus maitrisé. Des parents démunis, des adultes meurtris, des patriotes dévastés. Des enfants qui le restent malgré le chaos, tête haute, rêves grands. Ces silences que l’on impose aux autres quand les mots sont devenus superflus. Ces fuites que le temps expliquera peut-être. On suit cette famille et on les aime d’emblée, leurs petits arrangements avec la réalité, leurs mensonges et leurs secrets. Par amour…

 

Le nouveau roman de Valérie Tong Cuong est de ceux qui marquent. Rigueur historique, construction narrative habile, ambivalence des sentiments, puissance des liens qui se tissent, descriptions saisissantes de réalisme… L’auteure nous gâte en nous offrant une histoire profondément romanesque tout en nous plongeant dans une époque que l’on a l’impression de redécouvrir. Une histoire faite de renoncements, de grands vides et de fols espoirs qui en dit beaucoup plus qu’il n’y parait sur l’homme dans toutes ses nuances. Bijou !

 

« J’ignorais qu’il faut traverser ce genre d’évènement tragique – la perte de ce que l’on a de plus précieux au monde – , pour mesurer ce que le corps et l’âme ressentent, ce trou indescriptible au milieu de soi-même.

J’ignorais que lorsque cela arrive, il ne reste plus qu’a constater combien les efforts pour s’y préparer ont été inutiles. »

 

Les avis de Bénédicte, Caroline, Eimelle, Eirenamg, Léa Touch Book, Leiloona, Meelly, Mylène, Nicolas, Séverine, Stephie, Virginie

 

Le site de l’auteure

 

Éditions JC Lattès (Janvier 2017)

411 p.

 

Prix : 20,00 €

ISBN : 978-2-7096-5604-7

 

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Millésime 2017, chez Laure !

Et il foula la terre avec légèreté – Mathilde Ramadier / Laurent Bonneau

et il foulaBodø, proche du cercle polaire, sur l’archipel des îles Lofoten. C’est pour cette région reculée au Nord de la Norvège qu’Ethan quitte Paris pour y étudier les gisements pétroliers pour le compte d’une grande compagnie. Un voyage d’acclimatation et de prospection qui ne doit en principe durer que quelques mois, histoire d’étudier le terrain et de faire quelques repérages. En principe…

 

Une fois sur place, le voyage professionnel devient un voyage inattendu, un voyage intime qui bouleverse des perceptions bien ancrées, ouvre des horizons insoupçonnés. Ethan observe, contemple, respire, réfléchit… et se trouve.

 

« Être là, ce n’était pas simplement chercher ses repères et reconstruire le connu. Il fallait se rendre disponible… Être à l’affut des moindres choses pour comprendre ce nouvel environnement, l’expérimenter. »

 

Elle est belle cette couverture. Le trait de Laurent Bonneau y est reconnaissable entre mille. Il y a une vraie élégance dans ses aquarelles qui se parent de tant de nuances, de vraies fulgurances de beau, des éclats de poésie pure. Et l’oeil du dessinateur devient presque celui du photographe, figeant les paysages, sublimant les silences, captant l’immensité, le vert et le bleu qui se fondent dans des aurores boréales de toute beauté. Restent les visages, plus massifs, moins expressifs aussi peut-être. Des choix graphiques originaux, parfois même audacieux quand le trait s’épaissit et se fait plus brut. Qui peuvent désarçonner et laisser sur le bord du chemin certains lecteurs. Mais ne peuvent laisser indifférent…

 

J’ai aimé ce voyage engagé, singulier et poétique sur ces îles du bout du monde. Un voyage aussi contemplatif qu’introspectif qui remet les choses en perspective et bouscule les convictions les plus solides. Un voyage intense où la nature se fait entendre dans le plus pur des silences… L’occasion de faire connaissance avec la philosophie du Norvégien Arne Næss, fondateur d’un mouvement prônant le respect de la nature… Reposant et inspirant…

 

Et une nouvelle lecture que j’ai le plaisir de partager avec Jérôme

 

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Éditions Futuropolis (Février 2017)

176 p.

 

Prix : 27,00 €

ISBN : 978-2-7548-1215-3

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

             et il foula   zai   madame   madame   

                        Jérôme                          Sylire                             Mo’                         Sabine 

 

 

            seuls   épiphanie frayeur   arabe3   appache cocotte

                     Mylène                            Maël                            Saxaoul                        Nathalie    

 

 

            combat justes   bleuestunecouleurchaude   gens honnêtes2   épiphanie frayeur

                      Blandine                         Laeti                           Antigone                           Hilde

 

 

            chambre de verre   promeneurs   henriquet   épiphanie frayeur

                     Stephie                       Gambadou                      Jacques                             Caro

 

 

           california dreamin   verte   et il foula   comme convenu

                   Marguerite                      Soukee                          Sandrine                            Sita

Sex criminals 1. Un coup tordu – Matt Fraction / Chip Zdarsky

501 SEX CRIMINALS T01[BD].inddPour changer un peu de cette littérature érotique sans surprise et un poil mollassonne, ce mois-ci j’ai déniché un comics « inavouable ». Pas si inavouable que ça d’ailleurs, même s’il est évident que cette lecture est à réserver à un public averti. Pas de plans trop explicites, pas de surenchère de sexe non plus (mais rassurez-vous il y en a quand même), même si le titre et la couverture donnent le ton…

 

Sachez d’abord que Sex criminals est une série qui a remporté le très convoité Eisner Awards de la meilleure nouvelle série en 2014. Elle a aussi été élue meilleure nouvelle série par le quotidien USA Today et comics de l’année par le Time Magazine, rien que ça ! Attentes élevées donc pour cette lecture qui tranche complètement avec mes habitudes, même si je me tourne de plus en plus vers le comics qui semble faire tomber davantage de barrières que la bande dessinée classique.

 

Le point de départ de Sex Criminals est alléchant. Suzie et Jon découvrent à l’adolescence qu’ils ont le pouvoir de figer le temps au moment de l’orgasme. Dans cet entre-deux – le Grand Calme pour elle, le Foutoir pour lui – , ils peuvent faire ce qu’ils veulent sans que personne autour ne s’en rende compte. D’abord complètement désarçonnés par la découverte, ils finissent par apprivoiser cet étrange faculté et en profitent pour s’amuser un peu. Quand ils se rencontrent quelques années plus tard, leur relation fait des étincelles. D’abord étonnés de voir qu’ils ne sont pas les seuls à détenir un tel secret, ils finissent par entrevoir toutes les possibilités que leur offre leur étrange pouvoir… Unis par le sexe et leur amour, le couple va se mettre en tête de dévaliser des banques, à commencer par celle dans laquelle Jon travaille. L’argent récolté leur permettra peut-être de sauver la bibliothèque de Suzie… ..

 

On ne s’ennuie pas une seule seconde avec ces deux « super-héros » sans collants. Ambiance cartoon, exagération des situations et du trait, dialogues plein d’humour, sexualité abordée sans fausse pudeur ni vulgarité, la lecture se fait le sourire aux lèvres. Suzie et Jon sont des personnages attachants, empêtrés dans un pouvoir pas toujours si facile à gérer. Surtout que la « brigade du sexe » veille…

 

Coquin, malin et drôle, ce premier tome donne une envie folle de se jeter sur la suite (deux autres tomes sont déjà parus). Avec un tel pouvoir, les scènes à venir risquent de valoir leur pesant de cacahuètes !

 

L’avis de Un amour de BD

 

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Éditions Glénat (Avril 2015)

Collection Glénat Comics

144 p.

Traduit de l’anglais (US) par Alex Nikolavitch

 

Prix : 19,95 €

ISBN : 978-2-344-00865-2

 

mardi c'est parmis

By Stephie

Là, avait dit Bahi – Sylvain Prudhomme

Je voulais vous causer d’un auteur découvert à la Fête du Livre de Toulon en novembre dernier. D’un écrivain dont je ne savais rien ou si peu et qui a tout chamboulé. Si ! Et pas seulement moi… Il a aussi tourneboulé les étudiants de l’Université qui m’accompagnaient ce jour-là !

C’est vous dire s’il est fortiche !

Sylvain Prudhomme qu’il se nomme ce jeune homme…

Et depuis cette si chouette rencontre, j’ai avalé ses trois derniers romans et attaqué un nouveau. Donné un cours de littérature (préparé avec des étudiants). Animé un atelier lecture….

C’est vous dire si je l’aime !

J’avais d’abord pensé faire un long résumé de mon cours à la fac. Puis non, trop long, trop embrouillé, trop koa ! Alors je vais plutôt emprunter le blog de ma copine Noukette pour trois billets sur trois merveilles de romans, trois livres à découvrir absolument !

C’est vous dire s’il mérite !

 

Pour commencer, j’ai choisi de vous parler d’une histoire étonnante, d’une histoire personnelle puisque le petit-fils de ce livre c’est Sylvain Prudhomme. « Tout est vrai dans ce roman » nous a-t-il raconté en novembre dernier. C’est aussi celui que Souad (étudiante en 3ème année de Lettres) a présenté en cours ce vendredi…

Il s’agit de Là, avait dit Bahi, publié chez Gallimard en 2012…

 

 

product_9782070136636_195x320« Là, avait dit Bahi en montrant le milieu d’un coteau où ployaient les tiges de blés encore verts, là, et marchant à pas rapides jusqu’au point désigné, à cet endroit exactement, comme si le contact de la terre sous ses pieds avait d’un coup fait resurgir en lui la scène entière, comme si entouré des mêmes collines des mêmes champs que cinquante ans plus tôt il s’était brusquement mis à revoir chaque détail de la matinée d’alors, Malusci qui alors n’était pas si vieux, n’était pas même vieux du tout encore, était en revanche assurément fou déjà ce matin d’août où il avait brusquement déboulé parmi les ouvriers penchés sur les vignes, »

 

C’est par ces mots que commence ce drôle de roman, ce texte remarquable qui n’admet pas les points (juste de l’interrogation ou de l’exclamation). Qui jamais ne conclut, un peu comme si cette histoire ne devait pas se terminer ….

 

Là, c’est un bout de l’Algérie, une ferme au Sud d’Oran tenue, il y a cinquante ans par Malusci…

Là, avait dit Bahi au narrateur, petit-fils de ce Malusci. Venu sur les traces de ce passé méconnu, de ce grand-père « inconnu »… à la rencontre de cet homme « plus radieux encore que je n’aurai pu le rêver. » Bahi.

 

« et je m’étais dit pourquoi pas, pourquoi pas sauter dans un bateau et aller retrouver cet homme tellement joyeux, pourquoi ne pas attraper le premier ferry et pour ce point d’exclamation ces pistolets cachés m’en aller passer quelques temps avec ce vieil homme si manifestement doué d’une faculté d’enthousiasme comme il s’en rencontre peu dans la vie, »

 

Là, commence le voyage du narrateur dans le camion un poil délabré de Bahi qui sillonne l’Algérie à la vitesse d’un escargot…

Là, voilà où nous mène Sylvain Prudhomme avec tendresse, élan et audace avec ce roman lumineux à la langue étonnante, belle, vivante…

 

Et ça dit la nostalgie, les souvenirs intacts, la vie, la haine, l’histoire, celle des petites gens mêlée à la Grande, la terrible, la Guerre d’Indépendance de l’Algérie….. Ça dit la mémoire collective et la mémoire individuelle, l’amour, les rêves, la folie, les espoirs, les générations, le sang, la Méditerranée, la parole des oubliés…. Ça dit cette sorte d’amitié, un peu paradoxale, qui lie deux hommes : Malusci et Bahi, un propriétaire terrien rapatrié en France (à Bandol héhé juste à côté de chez moi !) et un ouvrier algérien, « un petit ouvrier pauvre de rien du tout »… Et ça dit toussa et tant d’autres choses….

 

Laissez-vous porter par ce récit truculent, doux, vrai. Fort. Juste. Incroyablement fascinant… Vous serez, j’en suis certaine, captivés, happés toutafé par le monde raconté par Sylvain Prudhomme, par ses mots, par cette folle espérance qui traverse ce roman. Tout simplement. Lisez-le ;-)

 

 

Extraits

 

« la blouse éliminée de Bahi, les vieux souliers aux coutures déchirées, le pantalon taché de javel perpétuellement crotté, la barbe mal rasée, les sourcils en broussaille, l’air miteux d’homme qui au fond se foutait bien d’avoir l’air pauvre ou riche, d’avoir l’air beau ou moche, se foutait d’ailleurs à peu près tout hormis de son vieux camion déglingué bringuebalant qu’il m’avait présentait la première fois comme si j’avais eu affaire à son plus grand ami, »

 

« m’aimant plus même que sa femme si tu veux le savoir avait dit Bahi après une pause, il ne faut pas le dire mais je peux jurer que c’était vrai, Malusci me préférait à elle, préférait ma compagnie à la sienne, avec moi c’était entre hommes, il pouvait tout dire parler y compris de ce qui l’occupait le démangeait par-dessus tout je veux dire les femmes, pas seulement la sienne mais les nombreuses autres qu’il courait, les femmes Bahi disait-il de sa voix grandiloquente de chanteur d’opéra reconverti par devoir dans la viticulture, les femmes tu verras, s’arrangeant pour me pousser vers l’une et l’autre de celles qui tournaient autour de la ferme, sautant de joie s’il me surprenait à fricoter avec une voisine ou à trousser les jupes d’une gamine un peu jolie des environs, »

 

Là, avait dit Bahi, Sylvain Prudhomme, Gallimard, 2012.

Les parapluies d’Erik Satie – Stéphanie Kalfon

parapluies satie

« On n’envie jamais les gens tristes. On les remarque. On s’assied loin, ravis de mesurer les kilomètres d’immunité qui nous tiennent à l’abri les uns des autres. Les gens tristes sourient souvent, possible oui, possible. Ils portent en eux une musique inutile. Et leur silence vous frôle comme un rire qui s’éloigne. Les gens tristes passent. Pudiques. S’en vont, reviennent. Ils se forcent à sortir, discrets faiseurs d’été…. Partout c’est l’hiver. Ils ne s’apitoient pas : ils s’absentent. Ils disparaissent poliment de la vue. Ils vont discrètement se refaire un monde, leur monde, sans infliger à personnes les désagréments de leur laideur inside. Ils savent quoi dire sans déranger. C’est tout un art de marquer les mémoires d’une encre effaçable… »

 

Il se dégage un charme indéfinissable de ce premier roman qui n’en est pas vraiment un. Une petite musique qui séduit dès les premières lignes. Qui enrobe et qui envoûte…

 

Ce n’est qu’en écoutant un peu sa discographie que je me suis rendue compte que je connaissais ces airs. De l’homme par contre, je ne savais rien. Et j’ai fait une belle rencontre. J’ai aimé ce tempo particulier dans l’écriture, cette alternance de moments doux et de déferlantes qui rend si bien la complexité du personnage. Ces instants de grande solitude et ces accès de révolte, cette insoumission viscérale et ce refus de rentrer dans le rang. J’ai été touché par cet être aux dehors fantasques et au cœur piétiné, bien à l’abri des regards et des autres…

 

« Difficile de ne pas devenir fou, à force de collectionner les absences. »

 

Préférer les chemins de traverse, les tortueux, les escarpés… plutôt que les routes balisées où l’on s’ennuie à mourir. Erik Satie ou l’artiste par excellence. Excessif, brillant, méconnu, passionné, insoumis et désespérément seul. Végétant dans une chambre sordide de banlieue où il vivra coincé entre deux pianos désaccordés et quatorze parapluies noirs identiques. Jusqu’à sa mort.

 

Erik Satie aura toujours condamné l’absence d’originalité de la société musicale de ce début de XXe siècle balbutiant et étriqué. De l’air, de l’air…! Dans son premier roman, Stéphanie Kalfon rend un bel hommage à cet homme « taillé pour l’exil » qui s’est toujours défié des règles et des carcans. Sa partition sans fausses notes brosse un portrait tout en nuances d’un éternel insatisfait qui aura finalement laissé son empreinte, comme « une suite désordonnée de petits murmures »

 

Les avis de Charlotte, Joëlle et Sabine

 

Éditions Joëlle Losfeld (Février 2017)

211 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-07-270634-9

 

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Millésime 2017, chez Laure !

Shi 1. Au commencement était la colère – Zidrou / Homs

Couverture Shi

« Tant de sang a coulé !

Tant de larmes, aussi !

 

Qui aurait imaginé, alors,

que de tels liens puissent se tisser

entre deux femmes que tout pourtant séparait ?

 

Deux femmes contre un Empire !…

Au commencement était la colère…! »

 

 

Si j’aime quand Zidrou se fait intimiste je crois que j’aime encore plus quand il se lance dans des grandes fresques historiques ou l’aventure n’est pas en reste. C’est peu dire que j’ai été séduite par ce premier tome de ce qui s’annonce comme une série absolument palpitante (la quatrième de couverture annonce un premier cycle de 4 tomes…) Car le scénariste ne se contente pas simplement de poser une ambiance et des personnages.  Il y met sa patte, n’oublie pas d’aborder des thématiques qui lui sont chères et s’associe à nouveau à un dessinateur espagnol au talent fou qui m’a fait écarquiller les yeux du début à la fin. Attention, coup de cœur !

 

Il sera bien question de colère dans ce premier tome. De celle qui gronde, qui enfle. De celle qui fait avancer envers et contre tous, quitte à défier la loi des puissants. De celle qui attend patiemment son heure pour exploser… La colère comme un fil rouge qui relie des faits qui se passent de nos jours à d’autres bien plus lointains…

 

1851. Première Exposition Universelle à Londres. Tout le gratin se presse pour admirer les merveilles du monde exposées aux yeux de tous sous des écrins de verre. Jennifer est la fille du Colonel Winterfield. Jamais vraiment là où on l’attend, prête à tous les écarts, elle pratique la photographie et n’a pas la langue dans sa poche. Au grand dam de sa famille qui aimerait qu’elle rentre dans le rang… Sa route va croiser celle de Kitamakura, une Japonaise « exposée » dans le palais asiatique. Une femme qui tient serrée contre son cœur de mère un bébé mort. Et la colère nait…

 

Ferrée dès les premières planches. Par le scénario aux petits oignons du talentueux Zidrou, par l’incroyable Londres qui nait sous les crayons virtuoses de Homs, par cette atmosphère sombre, inquiétante et mystérieuse dans laquelle le lecteur s’enfonce corps et âme. L’Angleterre victorienne empêtrée dans ses contradictions, un scandale qui tombe mal, une sombre société secrète aux desseins plus que douteux… et deux femmes que tout oppose dont la colère et le profond désir de vengeance auront un lien étroit avec le SHI… symbole de la mort. 

 

Une entrée en matière plus que prometteuse pour une série d’ores et déjà complètement addictive, loin des tomes d’introduction plan-plan où les choses peinent parfois à décoller. On en ressort échevelés, admiratifs et plus qu’impatients de découvrir la suite ! Chapeau monsieur Zidrou ! ♥

 

Les avis de Un amour de BD et Yvan

         

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Éditions Dargaud (Janvier 2017)

54 p.

 

Prix : 13,99 €

ISBN : 978-2-505-06441-1

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Moka

Théo, chasseur de baignoires en Laponie – Pascal Prévot

théo

« Mon père et moi sommes chasseurs de baignoires. La profession n’est pas aussi dangereuse qu’il y paraît, sauf quand les baignoires sont redevenues sauvages depuis longtemps. Dans ces cas-là, il est conseillé de se montrer prudents. »

 

Dès les premières lignes, les choses sont claires : préparez-vous à une bonne tranche de rigolade avec ces aventuriers pas comme les autres, chasseurs de baignoires retournées à l’état sauvage ! On ne se méfie pas assez des baignoires. Ni des lavabos, des douches ou des bidets d’ailleurs…

 

Jusqu’au jour où ceux ci se carapatent et reprennent leur liberté. C’est ce qu’il se passe dans le château du comte Krolock Van Rujn… Une de ses baignoires est redevenue sauvage et sème la terreur à tous les étages au risque de contaminer ses congénères. C’est donc tout naturellement qu’il fait appel au père de Théo, le plus grand chasseur de baignoires au monde (son père était accordeur de fermetures Eclair, bien moins passionnant il faut bien le dire !)

 

Attention, aventure absolument abracadabrantesque en vue ! Au château de Kreujilweck-Potam, c’est la panique ! Rien ne semble pouvoir arrêter la rébellion des baignoires, le chauffeur du comte a même été complètement dévoré par l’une d’entre elles ! L’occasion idéale pour le père de Théo de faire une formation sur le tas à son fils qui risque fort de lui succéder un jour, l’école peut bien attendre ! Et il aura bien besoin d’aide tant les baignoires rebelles lui donnent du fil à retordre, lançant des ricanements hystériques en s’échappant derrière les cloisons, aspergeant d’eau chaude les habitants du château ou dévalant les escaliers en poussant des hurlements. Pas une mince affaire cette chasse à la baignoire (vous n’imaginez pas le matériel high-tech nécessaire à une telle course poursuite) !

 

Loufoque, délirant, barré et vraiment drôle, ce roman survitaminé est un véritable concentré de bonne humeur qui devrait ravir les enfants dès 9 ans ! Pas étonnant qu’il ait obtenu le Prix Gulli du roman en 2016 ! Rajoutez à cela des illustrations pleines de pep’s et vous obtenez un cocktail absolument réjouissant à glisser entre toutes les petites mains !

 

Et une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

Les avis de Fanny et de Zazy

 

Éditions du Rouergue (Juin 2016)

Collection Dacodac

128 p.

Illustrations de Gaspard Sumeire

 

Prix : 8,50 €

ISBN : 978-2-8126-1061-5

pepites_jeunesse

Tropique de la violence – Natacha Appanah

tropique violence

« Il faut me croire. De là où je vous parle, les mensonges et les faux-semblants ne servent à rien. Quand je regarde le fond de la mer, je vois des hommes et des femmes nager avec des dugongs et des cœlacanthes, je vois des rêves accrochés aux algues et des bébés dormir au creux des bénitiers. De là où je vous parle, ce pays ressemble à une poussière incandescente et je sais qu’il suffira d’un rien pour qu’il s’embrase.
 Je ne me souviens pas de toute ma vie car ici ne subsistent que le bord des choses et le bruit de ce qui n’est plus. Je me souviens de ça… »

 

Premiers mots… Le roman de Nathacha Appanah est une claque immense. Un choc. Total. Un coup de cœur infini qui m’a laissé sans voix, sans mots, sans …
J’ai du mal à dire, du mal à écrire cette émotion violente, une déflagration absolue qui m’a secouée et me secoue encore, me chavirant le cœur et l’âme… Comment m’y prendre pour vous conter cette histoire-là ? Pour vous crier qu’il faut la lire, vite. Il y a urgence. Un avant et un après. Comment ?

 

Mayotte. Le 101ième  département français. Dont on ne sait rien. Ou si peu. C’est loin Mayotte. On n’y pense jamais. Et pourtant, là-bas, des gens vivent, survivent, se battent pour exister. Envers et contre tout. Seuls. Si loin de nous …

 

Il y a Marie, la mère. Il y a Moïse, le fils. Il y a aussi Bruce, le chef de bandes de Gaza. Ou encore Stéphane, bénévole d’une ONG fraichement débarqué sur Mayotte… Tour à tour, ils prennent en charge le récit, racontent un bout de vie, un bout de leur histoire liée à celle de Moïse (quel personnage, quel personnage punaise).  Dans ce petit morceau de terre, l’île aux parfums ou l’île au lagon. Cette île française. Cet endroit minuscule laissé à l’abandon, au silence, qui se meurt, peu à peu, feu à feu… Un chaos, un enfer « qui se consume de l’intérieur »  loin des images paradisiaques, loin du « gout éphémère comme les vacances »

 

« Depuis le temps que ça gonfle cette violence, cette onde destructrice, cette énergie brûlante qui sort d’on ne sait où, tous ces morts dans le lagon qui vont se réveiller aujourd’hui et nous hurler à la face jusqu’à ce qu’on devienne fou. Depuis le temps qu’on prédit la guerre, qu’on guette le bruit des armes à feu et les cris des bêtes sauvages. Depuis le temps qu’il y a des articles, des reportages, des rapports, des missions, des visites, des pétitions, des pamphlets, des lois, des campagnes, des grèves, des élections, des manifestations, des émeutes, des promesses. Depuis le temps. C’est l’effet papillon qui nous pète à la gueule.»

 

Il y a les mots de Nathacha Appanah. Forts. Sensuels. Limpides. Déchirants. Vrais. Immenses. Qui disent l’indicible. L’intérieur. La violence des hommes. Le chagrin des vivants. Et punaise que c’est beau ! Ce livre déjà relu est au-delà de tout, vraiment lisez le, il vaut tout, il mérite tout. Merci Nathacha Appanah, je crois que je tiens là une pépite que je n’oublierai pas. Merci.

Ce roman est, vous l’aurez compris, MAGISTRAL.

 

Extraits (j’aurai voulu tout vous écrire, tout vous lire, tellement certains passages sont beaux à en crever)

 

« Gaza c’est un bidonville, c’est un ghetto, un dépotoir, un gouffre, une favela, c’est un immense camp de clandestins à ciel ouvert, c’est une énorme poubelle fumante que l’on voit de loin. Gaza c’est un no man’s land violent où les bandes de gamins shootés au chimique font la loi. Gaza c’est Cape Town, c’est Calcutta, c’est Rio. Gaza, c’est Mayotte, Gaza c’est la France. »

 

« Quand Stéphane me demandait pourquoi je lisais toujours le même livre, je haussais les épaules parce que je ne voulais pas lui expliquer que ce livre-là était comme un talisman qui me protégeait du monde réel, que les mots de ce livre que je connaissais par cœur étaient comme une prière que je disais et redisais et peut-être que personne ne m’entendait, peut-être que ça ne servait à rien mais qu’importe. Ouvrir ce livre c’était comme ouvrir ma propre vie, cette petite vie de rien du tout sur cette île, et j’y retrouvais Marie, la maison et c’était la seule façon que j’avais trouvée pour ne pas devenir fou, pour ne pas oublier le petit garçon  que j’avais été. »

 

« Pourtant, ta vie bascule quand tu rentres d’une semaine dans le Sud où tu as travaillé du matin au soir, où tu as l’impression, non ce n’était pas une impression c’était une certitude, d’avoir retapé non seulement une maison mais également un jeune garçon qui ne parlait pas dans la journée mais qui disait de ces choses la nuit dans son sommeil et tu écoutais pour pouvoir recoudre les mots et former son histoire et quand il a arrêté de porter sa casquette tu as eu le sentiment de savoir ce que c’est d’être, enfin, un homme bon. […] Ta vie bascule quand ils rentrent dans le local, te bousculent et te traitent de pédophile, de pédé. Ils avancent sur toi, tu voudrais être un mur solide et inviolable, mais non, tu recules, tu bafouilles, tu n’as aucune force dans les bras. Tu glisses sur les livres et ça fait un bruit de feuilles sèches. Tu as peur, ton corps est mou, ton estomac est remonté dans ta gorge, c’est la première fois que tu te fais agresser et ce n’est pas du tout comme ça que tu imaginais les choses. Tu te voyais faire face, debout, tu te voyais plus grand, plus fort, plus courageux… »

 

Natacha Appanah, Tropique de la violence, Gallimard, 2016.

 

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