Les mains dans la terre – Cathy Ytak

mains dans la terre

« Chers parents,

 

Je n’ai pas eu le courage de vous en parler de vive voix.

Je ne demande pas à être compris, encore moins excusé. J’arrête mes études. Je renonce à cette dernière année, à cette carrière annoncée qui n’exige aucun effort et ne m’apporte en retour aucune satisfaction. Quand vous lirez cette lettre, je serai déjà parti. »

 

Mathias a grandi en suivant le chemin qu’on a tracé pour lui. A la fin de ses études, il sera l’héritier désigné de l’entreprise de papa, c’est écrit. Et à vrai dire, Mathias ne s’est jamais vraiment posé la question de ses envies, peu importe si d’autres ailleurs l’appellent, peu importe cette petite voix qui lui murmure que sa vie n’est pas celle là…

 

Jusqu’à ces vacances au Brésil. Des vacances hors de prix offertes par ses parents pour ses 18 ans. Hôtel de luxe où tous vos désirs sont comblés avant même que vous puissiez les exprimer. Nourriture et eau françaises, un personnel aux petits soins qui parle un français sans accent, des artisans « locaux » qui se déplacent à l’intérieur de l’hôtel pour vous permettre d’acheter les cadeaux parfaits à ramener dans l’hexagone sans mettre le pied dehors. Le paradis sur terre, dépaysement en moins… Et qu’importe ce qui se passe à quelques kilomètres de là derrière les hautes portes de l’hôtel, la piscine est agréable et on n’est pas venu pour faire du tourisme. Mais Mathias veut voir. Et veut partir à la découverte des habitants de ce village qu’on devine au loin. Il est là le vrai voyage. Un voyage vers l’Autre, bouleversant, intime, nécessaire… qui l’amènera à tracer enfin son propre chemin.

 

« J’ai envie de voir cette ville, parce que le Nôvostal et son simulacre de paradis m’emmerdent, qu’on doit trouver le même sur tous les continents du moment qu’on ait assez d’argent pour payer le droit d’entrée. Moi, je veux voir les gens vivent comme ils vivent, et là où ils vivent. »

 

Les mains dans la terre raconte l’histoire d’une mise au monde. En se rendant au Brésil, Mathias prend de plein fouet la réalité du pays. Cette réalité peu reluisante qu’on cache aux touristes qui de toute façon ne sont pas venus là pour se poser des problèmes existentiels. Pour Mathias, la prise de conscience est brutale et salutaire. Mettre les mains dans la terre, briser le cocon, laisser parler cette voix tue depuis trop longtemps… et s’affranchir enfin de ce destin tracé pour lui. 

Dans cette longue lettre adressée à ses parents, Mathias assume ses choix, reprend les rennes de sa vie et laisse éclater cette boule de révolte trop longtemps restée en sommeil…

 

Je n’ai pas été surprise de retrouver Cathy Ytak au catalogue des éditions du Muscadier dans cette collection intelligente qui lui va comme un gant…! Avec tout le talent qu’on lui connaît, elle délivre un message engagé porté par une plume impeccable de justesse. Un véritable hymne à la liberté qui ne manquera pas d’éveiller ou de réveiller les consciences endormies. Et tout ça en une cinquantaine de pages, chapeau !

 

Une pépite jeunesse à ne pas manquer que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

Les avis de Hélène Leroy, Orbe, Thalie

 

Le blog de l’auteure

Le site de l’auteure

 

Éditions le Muscadier (Octobre 2016)

Collection Rester vivant

52 p.

 

Prix : 8,50 €

ISBN : 979-10-90685-70-3

 

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La succession – Jean-Paul Dubois

la-succession

« Existait-il d’ailleurs d’autres lignées semblables à la mienne, capable de réaliser de pareils scores, de garantir une dégénérescence simultanée sur deux branches séparées, l’une glanée en URSS, l’autre près de la Garonne, et d’accroître sans cesse la qualité et l’inventivité de ses performances ? Car chez les miens, au-delà d’une commune quête macabre, il ne fallait pas oublier le facteur spectaculaire mis en œuvre par chacun d’eux pour sublimer sa fin. »

 

Contrairement à de nombreux lecteurs, je découvre Jean-Paul Dubois avec ce titre, visiblement très différent des précédents, même si l’auteur n’a pu totalement passer sous silence ses obsessions. N’ayant aucun point de comparaison, je me suis délectée de sa plume : écriture vivifiante, humour doux-amer, personnages hauts en couleur, et surtout, équilibre parfait entre la drôlerie de certaines situations et la profonde mélancolie dans laquelle baigne son héros, héritier bien malgré lui d’une « malédiction » familiale qui pèse bien lourd sur ses épaules…

 

Pour fuir la fatalité, Paul Katrakilis s’est éloigné de sa famille curieusement touchée par une vague de suicides. Son grand-père, sa mère, son oncle… tous ont choisi de mettre fin de façon assez spectaculaire à leurs jours. Une bizarrerie de plus à rajouter à leurs agissements aussi farfelus qu’inexplicables auxquels tout le monde avait fini par s’accoutumer avec le temps.

 

« J’avais passé mon enfance à travailler, étudier, apprendre des choses inutiles et insensées sous le regard étrange d’une famille restreinte de quatre personnes totalement déroutantes, déboussolées et parfois même terrifiantes. »

 

Exilé à Miami, Paul fait de sa passion un métier et devient joueur de cesta punta (pelote basque), au grand désespoir de son médecin de père qui le voyait prendre sa suite. Quatre années d’éloignement et de pur bonheur jusqu’à cette nouvelle qui remet tout en perspective : son père est mort, il s’est suicidé. Paul retourne en France, retrouve la maison familiale et les odeurs du passé refont surface, lourdes de secrets enfouis. On échappe difficilement à son destin…

 

La succession, l’auteur n’aurait pu choisir meilleur titre pour ce roman profondément désabusé qui dissèque sans en avoir l’air les liens et les chaînes qui unissent bien malgré eux les membres d’une même famille. Faire partie d’une « lignée », échapper ou non à son héritage… à quel point peut-on réellement choisir sa vie..?

J’ai aimé cet anti-héros à la sauce Dubois, ses tentatives désespérées pour tracer sa propre route, ses échecs et ses petites victoires. Tout ça n’a pas l’air très gai dit comme ça mais l’auteur nous ménage quelques lumineuses éclaircies et autres parenthèses délectables qui rendent cette lecture hautement réjouissante. C’est intelligent, classe, tout ce que j’aime. Nous n’allons pas en rester là vous et moi monsieur Dubois…!

 

Une lecture que je partage avec Jérôme qui lui est un habitué et un inconditionnel de l’auteur.

 

Les avis de Clara, Delphine-Olympe, Jostein, Krol, Mior, Pr Platypus, Valérie, Violette, Virginie

 

Éditions de l’Olivier (Août 2016)

240 p.

 

Prix : 19,00 €

ISBN : 978-2-8236-1025-3

 

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36/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

Dans la forêt – Jean Hegland

dans la forêtIl y a fort à parier que vous allez beaucoup entendre parler de ce premier roman dans les jours à venir. Il y a même fort à parier que vous savez tous déjà de quoi il parle. Vous êtes pourtant bien loin du compte…

 

Rentrée de janvier oblige, des tas de nouveautés se retrouvent sur les tables des libraires, comme chaque année, certains d’entre eux auront les honneurs de critiques et sortiront leur épingle du jeu. Dans la forêt arrive chez nous précédé d’excellentes critiques et il y a de quoi. Publié il y a plus de 20 ans aux États-Unis, adapté au cinéma, il est enfin traduit en France. Et il fera assurément partie de ces romans qui laisseront leur empreinte, tant dans les chiffres de ventes que dans l’esprit des lecteurs…

 

J’ai détesté La route où je m’étais ennuyée ferme. Depuis, j’ai eu un énorme coup de cœur pour Enola Game ou plus récemment Station Eleven. On ne peut donc pas dire que je sois une habituée des romans post-apocalyptiques. Et c’est sûrement pour cette raison que j’ai été aussi embarquée par Dans la forêt (publié dans la collection Nature Writing d’ailleurs, ce qui n’est pas anodin). Peu importent les circonstances et les explications de ce nouveau monde et de la disparition de l’ancien, seules comptent ces deux sœurs et les nouvelles règles qu’elles vont instaurer pour garder intacte leur part d’humanité. Comme elles, le lecteur ne sait rien de ce qui se passe au dehors. C’est par le biais du journal tenu par Nell que l’on entre dans leur intimité…

 

Nell et Eva ont toujours vécu coupées du monde. Pas d’école, des parents un peu artistes sur les bords qui les ont éduquées dans un esprit de totale liberté, une maison éloignée de la ville. Désormais seules et livrées à elles-mêmes (dans des circonstances que je vous laisse découvrir…), elles se raccrochent à leurs passions pour ne pas devenir folles. La lecture et les études pour l’une, la danse à corps perdu pour l’autre. Et la vie, faite de rituels rassurants, s’organise. Mais ça ne suffira pas. La forêt, si proche, effrayante et tentaculaire, sera peut-être le dernier des refuges…

 

« Petit à petit, la forêt que je parcours devient mienne, non parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître. Je la vois différemment maintenant. Je commence à saisir sa diversité – dans la forme des feuilles, l’organisation des pétales, le million de nuances de vert. Je commence à comprendre sa logique et à percevoir son mystère. »

 

J’ai été soufflée par la force de ce texte qui touche à l’essentiel. Il est fait de silences, de toutes ces choses que l’on quitte, de celles que l’on apprend petit à petit à apprivoiser, de ces peurs qui font grandir un peu trop vite. Il est fait de ces notes de musique que l’on n’entend plus, de ces mots que l’on persiste à apprendre pour ne pas perdre pied, de ces lumières qui ne brillent plus mais qu’on continue d’imaginer. Il est fait de ces rêves qui permettent d’espérer encore. Il est fait d’amour, d’intimité et de don de soi…

 

Et puis il y a la forêt, impériale, qui donne lieu à de sublimes descriptions. C’est en elle que tout se joue, que tout renaît et c’est ce que j’ai trouvé de plus fascinant. C’est une lecture animale, brute, au plus proche de la terre. C’est une lecture visuelle, saisissante de réalisme. C’est un premier roman que l’on ressent au plus profond de ses tripes et qui remue, beaucoup, beaucoup… Coup de cœur !

 

Les avis unanimes de Cuné, Eva, Laure, Léa Touch Book, Virginie

 

Éditions Gallmeister (Janvier 2017)

Collection Nature Writing

300 p.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Josette Chicheportiche

 

Prix : 23,50 €

ISBN : 978-2-35178-142-5

 

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Millésime 2017, chez Laure !

S’enfuir, récit d’un otage – Guy Delisle

s'enfuirJ’ai découvert Guy Delisle avec ses Chroniques birmanes et j’avais été surprise d’aimer tant cette lecture. Séduite par ce style minimaliste qui n’est à priori pas ce que je préfère en bande dessinée. Je le retrouve donc avec ce pavé de plus de 400 pages relatant les 111 jours de captivité de Christophe André, enlevé en 1997 en Ingouchie, une petite république de Russie située à l’ouest de la Tchétchénie alors qu’il était en mission pour MSF…

 

400 pages relatant la captivité d’un homme. Le temps qui passe, lentement, bien trop lentement, les rares occasions d’espérer, les allées et venues rituelles de ses geôliers, cette langue qu’il ne comprend pas, le bruit des clés dans la serrure, la pression des menottes sur son poignet, les tentatives parfois vaines de garder un brin d’humanité, les menus insipides et cette idée fixe de ne pas perdre le compte des jours qui passent…

 

Que peut-il bien se passer dans la tête d’un otage ? Quand il ne laisse pas son esprit dériver vers ces récits de guerres napoléoniennes qui le fascinent, Christophe André s’ennuie. Un matelas à même le sol, une ampoule nue au plafond, un radiateur auquel il est attaché, une fenêtre obstruée de planches, dormir apparaît comme la seule échappatoire dans l’attente d’une véritable évasion.

 

« Aujourd’hui, on est le 10 juillet, jeudi, le 10 juillet. Ne pas perdre le décompte des jours. Le temps, c’est la seule chose dont je sois certain. Je ne sais pas où je suis… Je ne sais pas pourquoi je suis ici… Je n’ai aucune idée de ce qui se passe à l’extérieur… Ça ne m’avance à rien d’y penser. 10 juillet, jeudi, le 10 juillet. Tout ce que j’ai comme repères, c’est le jour et la date. 10 juillet. »

 

Il fallait oser mettre en bulles ce récit où il ne se passe quasiment rien. A partir du témoignage de Christophe André, Guy Delisle a choisi de raconter ce qui s’est passé dans la tête de l’otage pendant ses longues journées de captivité. La peur que tout se finisse mal, l’idée omniprésente de la mort, l’espoir de plus en plus infime d’une prochaine libération, la dépression qui gagne du terrain, les souvenirs de la vie d’avant… et ce désir d’évasion, chevillé au corps.

 

Il fallait oser, oui, car fatalement le rythme est assez répétitif. Mais curieusement je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Des réflexions qui tournent en boucle, des planches qui s’enchainent et se ressemblent… mais aussi quelques pointes d’humour salutaires et un rythme qu’on apprend à apprécier tant il retranscrit à merveille l’angoisse de l’otage et la monotonie de ces journées interminables qui ne cessent de se répéter. Pas certaine qu’il m’en restera grand chose dans quelque temps mais j’ai lu ce roman graphique avec intérêt, à vous de voir si l’expérience vous tente…!

 

Un album toujours en lice pour le Prix de la BD Fnac 2017, je me demande s’il a ses chances…

 

Les avis d’Electra, Fanny, Karine et Mo’

 

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Éditions Dargaud (Septembre 2016)

428 p.

 

Prix : 27,50 €

ISBN : 978-2-205-07547-2

 

challenge12016br

35/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

kuklos   la fin du monde   chateaux bordeaux   sweet tooth3

           Mylène                      Antigone                       Nathalie                           Mo’

 

 

sweet-tooth-tome-1   l'aristocrate fantome   qu'ils y restent   mondes obliques

         Jérôme                         Saxaoul                            Caro                                      Karine

 

 

CE N'EST PAS TOI QUE J'ATTENDAIS C1 OK.indd   lou7   coquelicots d'irak   amuletè

         Amandine                      Maël                              Sabine                         Bouma

 

 

dent d'ours   louis spectres   brumes de sapa  sukkwand island

         Gambadou                      Marguerite                       Stephie                          Soukee

 

 

adoption   chatdurabbin01   les-contes-du-suicidc3a9

           Sandrine                           Alex                            Syl

Sauveur & fils (saison 2) – Marie-Aude Murail

sauveurfils21Le seul véritable risque quand on commence un roman de Marie-Aude Murail c’est de ne pas réussir à le reposer. Surtout quand on retrouve des personnages chouchous que l’on a l’impression de connaître depuis toujours.

Toujours ce sens aigu de la psychologie, toujours ce regard juste, tendre et bienveillant mais jamais complaisant posé sur ces adolescents qui tentent de pousser droit. Toujours cet humour, ce sens du dialogue et cette faculté d’observer à la loupe cette génération en quête de sens…

 

Spectateur privilégié, le lecteur s’immisce dans les consultations de Sauveur Saint-Yves. Face à lui, des détresses réelles, un certain mal de vivre, des blessures à cicatriser, des vides à combler… En souffrance, parfois maladroits, contradictoires ou extrêmes, ils ont trouvé en Sauveur l’oreille attentive qui leur manquait.

 

C’est peu dire que l’on retrouve avec bonheur les anciens patients du psychologue antillais. Certains ont fait un bout de chemin, certains cherchent encore leur route, d’autres ont semble-t-il renoncé… et des petits nouveaux les ont rejoints. La galerie de portraits s’allonge, les situations nous font sourire, nous émeuvent, nous questionnent… et c’est un régal ! Ajoutez à cela une tentative de vivre ensemble plutôt complexe, un squatteur de grenier, des naissances de bestioles en pagaille, un étonnant grand-père tombé du ciel… et vous aurez un tableau loin d’être exhaustif des réjouissances promises par cet excellent nouvel opus ! Vivement la suite !

 

Une délicieuse pépite jeunesse que j’ai pris un plaisir fou à partager avec mon complice Jérôme.

 

Mon avis sur la saison 1

 

Les avis de Brize, Cathulu, Nadège, Pépita, Thalie

 

Éditions École des Loisirs (Novembre 2016)

313 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-211-23086-5

 

 

pepites_jeunesse

Hiver à Sokcko – Elisa Shua Dusapin

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« Il est arrivé perdu dans un manteau de laine. »

 

Je me suis sentie bien dans ce roman dès les premières lignes. Une atmosphère, une ambiance, des odeurs particulières, des sons étouffés que l’on croit entendre au creux de son oreille. Le lecteur est à Socko, petite ville portuaire déserte proche de la Corée du Nord. Il fait froid, la mer n’est pas loin, tout est lenteur et on ne fait qu’attendre…

C’est dans cette atmosphère feutrée qu’aura lieu la rencontre. Celle d’une jeune Franco-Coréenne engluée dans des tâches quotidiennes qui l’éloignent de ses aspirations les plus profondes, et celle d’un auteur de bande dessinée français en mal d’inspiration venu chercher la quiétude et le silence propices à la création dans cette discrète pension de famille. 

 

L’homme tente de dessiner la femme qu’attend son héros. La femme observe dans l’ombre les esquisses d’un amour défunt ou naissant, qui sait… Entre eux, quelques mots rares, des regards, des silences rarement rompus, des longues promenades. Et un lien qui ne dit pas son nom doucement se tisse. Fragile. Ténu. Délicat…

 

Il ne se passe pas grand chose dans Hiver à Sokcko. Les solitudes entrent en résonance, se jaugent, se percutent, s’apprivoisent… Les âmes esseulées trouvent un écho à leur errance, un miroir à leur désert intérieur. Tout est coton. Cocon. Intime. Et on s’y sent bien…

 

Hiver à Sokcko c’est l’histoire d’un amour sans commencement ni fin. Tout y est suggéré, rêvé, juste esquissé. On se perd dans ce qui pourrait être et ne sera peut-être jamais… et c’est magnifique !

 

Un premier roman envoutant dont j’ai le plaisir de partager la lecture avec la douce Moka. Coup de cœur !

 

Les avis de Charlotte, Clara, Eimelle, Jérôme, Joëlle, Martine, Sabine, Virginie

 

« De l’autre côté du mur, la main était lente. Pavane de feuilles mortes dans le vent. Nulle violence dans ce bruit. De la tristesse. De la mélancolie surtout. La femme devait se lover au creux de sa paume, s’enrouler autour de ses doigts, lécher le papier. Toute la nuit je l’ai entendue. Toute la nuit j’aurais voulu tirer sur mes joues pour couvrir mes oreilles. Le supplice n’a cessé qu’au petit matin,  lorsqu’enfin la plume s’est tue, épuisée je me suis endormie. »

 

Éditions Zoé (Août 2016)

144 p.

 

Prix : 15,50 €

ISBN : 978-2-88927-341-6

 

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34/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

Première personne du singulier – Patrice Franceschi

première perzsonneJ’ai tout aimé dans ce recueil de nouvelles… La beauté de la langue, la puissance des histoires, la force des personnages, les choix tragiques auxquels ils sont confrontés, ces décisions qu’ils sont forcés de prendre et qui changent leur vie à jamais…

 

Je lis trop peu de nouvelles. C’est pourtant un genre que j’affectionne tout particulièrement tant je trouve l’exercice difficile. Patrice Franceschi n’a pas obtenu le Prix Goncourt de la nouvelle pour rien. Il réalise avec ces quatre nouvelles un véritable exercice d’équilibriste. Tout y est savamment dosé. L’émotion, la tension, le tragique et le drame. Dès les premières lignes, le lecteur est pris au piège de ce style que j’ai trouvé particulièrement beau. Un style qui n’est pas sans rappeler la puissance d’un Melville ou d’un Stevenson, rien que ça…

 

Il est ici question de choix. Ceux qui s’imposent à nous et nous changent à jamais. Ceux qui brisent une existence, obligent aux plus horribles des sacrifices et laissent une marque au fer rouge. Ces dilemmes cornéliens qui nous mettent face à nous-mêmes. Ces décisions désespérées qui signent toujours la fin de quelque chose…

Flaherty le vieux marin obligé de faire le plus difficile des choix pour sauver son équipage de la tempête, le sous-lieutenant Vernaud amoureux fou des mots de Victor Hugo qui refusera jusqu’au bout de capituler face à l’ennemi, Wells l’idéaliste hanté par une injustice jusqu’ici restée impunie, Madeleine et Pierre-Joseph et leur choix impossible sur ce quai de gare qui mène vers l’horreur absolue… Tous sont confrontés aux choix les plus douloureux qui soient. Et ils sont seuls à les affronter …

 

Tragique et lumineux. Ces nouvelles sont des petits bijoux. Elles restent longtemps en mémoire et se dégustent tant la langue est belle, les descriptions sublimes et les personnages incarnés. Le plaisir de lecture en est décuplé. Chapeau monsieur Franceschi, c’est de la belle ouvrage !

 

Les avis de Krol, Luocine, Nicole

 

Éditions Points (Avril 2016)

161 p.

Première parution en grand format aux éditions Points en Janvier 2015

 

Prix : 5,90 €

ISBN : 978-2-7578-5927-8

Nos âmes la nuit – Kent Haruf

nos âmes la nuit

« Le pire, ce sont les nuits. Vous ne trouvez pas ? »

 

 

Je me suis tout de suite sentie bien entre ces pages. Curieusement à la maison, dans une histoire toute simple comme je les aime. La rencontre de deux solitudes qui tout doucement s’apprivoisent. Celle de deux âmes esseulées qui se croisent au bon moment, peut-être un peu trop tard oui, mais ça en vaut la peine…

 

Addie et Louis sont veufs. Toute une vie derrière eux, des tas de souvenirs plus ou moins heureux, des remords à la pelle et des regrets qui grattent encore un peu quand on y pense… Devant eux, sûrement encore quelques années à vivre parce qu’il le faut bien…

 

Addie et Louis sont seuls mais une seule maison les sépare. Ils se sont bien croisés une fois ou deux, se sont salués poliment, ont su les épreuves et les coups du sort mais la vie ne les a jamais rapprochés. Jusqu’à ce qu’Addie ose une demande pour le moins incongrue. Se retrouver, aux heures les plus sombres de la nuit. Parler. Et s’endormir ensemble, tout simplement. Louis est surpris mais il accepte…

 

Dans la petite ville de Holt, Colorado, les rumeurs ne tardent pas à naître. Addie et Louis n’en ont que faire. Doucement, ils s’apprivoisent, ouvrent leurs cœurs et leurs âmes à cet autre qu’ils n’attendaient même plus…

 

J’aurais voulu ne jamais finir ce roman. Rester encore un peu aux côtés de Louis et Addie. Regarder leurs mains se frôler. Entendre leurs chuchotements dans la nuit. Observer les balbutiements de cet amour aussi beau qu’inattendu et précieux. Les voir se raconter leurs solitudes, se recréer un cocon, une famille même…

 

C’est doux et tendre, pudique, simple et touchant. Pas de grandes envolées, juste une belle histoire et des personnages fragiles qu’on aimerait ne pas devoir quitter. Je découvre Kent Haruf avec ce roman, décédé peu de temps après sa parution aux États-Unis. J’ai aimé sa plume qui ne s’embarrasse pas de l’inutile. Ce dépouillement qui recentre sur l’essentiel. Cette bulle qu’il arrive à recréer autour de personnages vrais qui ne trichent pas. Ça fait un bien fou…! Un vrai bonheur de lecture et mon premier coup de cœur de l’année !

 

 

Les avis de Alex, Electra, Eva, Jérôme, Jostein, Keisha, Léa, Luocine, Marie-Claude, Zazy

 

 

Éditions Robert Laffont (Septembre 2016)

Collection Pavillons

180 p.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anouk Neuhoff

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-221-18784-5

 

 

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33/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

Morgane – Fert / Kansara

morganeRevisiter la légende Arthurienne en se focalisant sur le personnage sulfureux et énigmatique de la fée Morgane. Dépoussiérer son image en révélant son côté ambigu, révolté, indépendant et pugnace…

 

La couverture donne le ton et le lecteur n’est pas au bout de ses surprises. Non seulement les deux auteurs s’en donnent à cœur joie dans leur réinterprétation du mythe mais ils osent imaginer une héroïne des plus modernes qui aurait bien des leçons à donner à toutes ces prétendues féministes…

 

Morgane est en colère et se donne les moyens de reconquérir le pouvoir dont on l’a injustement privée. Son demi-frère Arthur est monté sur le trône de Bretagne alors qu’il lui était promis depuis sa naissance. C’était sans compter les manigances de Merlin qui œuvrait patiemment dans l’ombre pour mettre son plan diabolique à exécution, allant jusqu’à la manipuler depuis sa plus tendre enfance pour la maintenir sous sa coupe…

 

Mais la vengeance est un plat qui se mange froid. Et Morgane a tout son temps… Patiemment, elle aussi, se met à tisser sa toile. Patiemment, elle tire les ficelles et avance ses pions pour assouvir sa soif de pouvoir envers et contre tous ceux qui l’ont utilisée et prise pour ce qu’elle n’était pas… 

 

Nul doute que cette nouvelle Morgane ne laissera aucun lecteur indifférent. Femme fatale, vénale, intelligente, intrigante, cruelle, indomptable, rebelle… et forcément intimement libre, Morgane fascine et interroge. Autour d’elle, gravitent tous les personnages emblématiques de la légende arthurienne, tous écornés et rhabillés pour l’hiver, il n’y a pas de raison. Les dialogues sont d’ailleurs souvent réjouissants tant les interactions entre les différents personnages sont modernes et enlevées.

 

Moderne donc, à l’image du dessin de Stéphane Fert qui m’a pour le coup assez déstabilisée. Couleurs saturées, avalanche de bleu, dessin très stylisé voire simplifié à l’extrême, j’avoue ne pas avoir été emballée plus que ça par ce choix graphique qui a le mérite d’être audacieux. Pour autant, cette modernité du trait est plus que pertinente quand on voit le portrait que les auteurs ont choisi de faire de Morgane… et on finit par s’y habituer. Tout est cohérent en somme et fait de ce Morgane une parenthèse de lecture tout à fait agréable.

 

Un album toujours en lice pour le Prix de la BD Fnac 2017, et c’est mérité ! Fin du suspense le 17 janvier !

 

Une lecture que j’ai le plaisir de partager avec Leiloona

 

L’avis mitigé de Mo’

 

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Éditions Delcourt (Avril 2016)

Collection Mirages

144 p.

 

Prix : 17,95 €

ISBN : 978-2-7560-7005-6

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Moka

Je lis donc je suis…

Histoire de laisser 2016 derrière nous, comme l’année dernière je reprends ce petit tag bien sympathique dont j’adore l’idée. Le principe est simple, … Répondre aux questions posées en donnant comme réponse le titre d’un livre lu dans l’année écoulée. Un « bilan » alternatif qui me plaît bien, parfait pour démarrer cette nouvelle année de lecture !

 

 

Homme-tête-de-livre

Décris toi…

La délicatesse

 

Comment te sens tu ?

Sans ailes

 

Décris où tu vis actuellement…

La maison

 

Si tu pouvais aller où tu veux, où irais tu ? 

Dans le ventre de la Terre

 

Ton moyen de transport préféré ?

Un paquebot dans les arbres

 

Ton/ta meilleur(e) ami(e) est…

Le Garçon

 

Toi et tes amis vous êtes…

Les Fragiles

 

Comment est le temps ?

Comme neige

 

Quel est ton moment préféré de la journée ?

A la table des hommes

 

Qu’est la vie pour toi ?

Un bruit étrange et beau

 

Ta peur ?

J’ai longtemps eu peur de la nuit

 

Quel est le conseil que tu as à donner ?

Soyez imprudents les enfants

 

La pensée du jour…

Songe à la douceur

 

Comment aimerais tu mourir ?

Le sommeil le plus doux

 

Les conditions actuelles de ton âme ?

Tant que mon cœur bat

 

Ton rêve ?

Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire

 

 

Alors, à qui le tour ?

 

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