Une mère à Brooklyn – Ingrid Chabbert

Une-mère-a-BrooklynJudith a 15 ans et une boule de colère qui la ronge. Ça enfle, ça la remplit. Parfois même ça explose, quand elle ne choisit pas de se murer dans le silence face à son père qui détient peut-être les réponses à ces questions qu’elle n’ose même plus poser…

 

Judith a 15 ans et le mal de mère. Une mère qu’elle ne connait pas, à peine une ombre, tout juste une idée. Une mère fantôme qui a disparu à sa naissance, la laissant seule avec son père qui a fait de son mieux pour combler les vides. Beaucoup d’amour, une complicité sans failles quand il n’était que le seul pilier sur lequel s’appuyer. Mais Judith a grandi, le manque aussi. Elle tangue, vacille. S’en prend à la terre entière. Fait payer à son père le secret qui entoure l’absence de sa mère et sa propre naissance…

 

Judith a 15 ans et il est temps qu’elle apprenne qui elle est et d’où elle vient. Les réponses à ses questions se trouvent peut-être outre-Atlantique, dans « la ville [qui] ne dort jamais, dopée au pouls de ses millions de rêveurs. » Sur les traces d’Holden Caulfield, Judith lève peu à peu les voiles de son passé…

 

Avec une grande justesse, Ingrid Chabbert prête sa voix à une héroïne qui s’apprête à écrire enfin sa propre histoire. Même si ça fait mal, même si ça tiraille en dedans, Judith prend les rênes de sa vie et va au devant des réponses qu’elle espère depuis si longtemps. D’espoirs en désillusions, l’auteure entrouvre des portes, pousse son héroïne à grandir sans pour autant lui tenir la main. Judith a fait le premier pas, à elle de continuer à avancer sur la route qu’elle aura commencé à tracer, seule… Un premier roman jeunesse riche de possibles qui confirme tout le talent d’Ingrid Chabbert.

 

Une pépite tout en nuances que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

Les avis de Maël et Nadège

 

« La saveur particulière de cette journée restera gravée dans sa mémoire. Elle aurait aimé pouvoir la raconter tout de suite à Alia. Lui parler de son amour pour New York, lui parler de John Kerry, ce beau brun qu’elle n’aurait pu rencontrer nulle part ailleurs.

Elle se hâte et grimace de douleur tandis que les lanières de ses sandales enserrent la peau de ses pieds fatigués. Elle a laissé un petit bout d’elle, sur un coin de pelouse de Central Park. Comme on se décharge d’une valise trop lourde à porter. Ou d’un chapitre de l’enfance qui se ferme définitivement. Point final. Tournez la page. Tout à écrire et réécrire. Tout à inventer… »

 

Éditions du mercredi (Février 2017)

114 p.

 

Prix : 12,80 €

ISBN : 979-10-93433-24-0

 

pepites_jeunesse

Les grands – Sylvain Prudhomme

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« I muri. Zé au téléphone avait dit ces deux mots le plus doucement qu’il pouvait, en faisant tout son possible pour les rendre moins coupants. I muri Couto, elle est morte – répétant I muri comme s’il avait craint que les deux mots n’aient pas suffi la première fois, comme s’il avait eu besoin lui-même de les dire à nouveau. Couto tu m’entends tu ne dis rien. »

 

Dulce est morte.

Dulce. La flamboyante. La diablesse. L’ensorceleuse. La sauvage.

Dulce. La chanteuse. « L’arme secrète du Mama Djombo. »

Dulce. La femme aimée.

Dulce est morte.

 

En 2012, dans un petit pays d’Afrique de l’ouest, la Guinée-Bissau, un homme, Saturnino Bayo, dit « Couto » apprend la mort de son ancienne aimée. De son amour-toujours.

 

« Trente ans avaient beau être passés, le veuf de Dulce, le vrai, c’était lui. Putain il avait été celui-là : l’homme de la Kantadura. L’amoureux de Dulce. L’élu de celle que tout un peuple appelait encore aujourd’hui par son prénom, comme une amie, une sœur, Couto le Dun di Dulce. »

 

Couto est le guitariste du Super Mama Djombo, LE groupe de la fin des années 1970, qui appartient à la légende de la musique africaine. LE groupe qui a laissé une empreinte forte, une trace profonde dans les mémoires, dans le cœur et le corps de tous….

Couto.

 

« Un  mélange d’ancienne gloire grisonnante et de branleur impétinent auquel sa fierté interdisait de s’abaisser à travailler plus de quelques heures par jour, quelques jours par mois. Seigneur invariablement désoeuvré, invariablement fauché, mais qui n’avait qu’à trimbaler son pas usé par les rues pour que tous les regards s’arrêtent sur lui.

Couto le dutur di biola, le grand docteur de la guitare.

Couto le Dun, le grand patron.

Dun di ke, patron de quoi, dun di tudu, patron de tout, dun di nada, patron de rien du tout.

Dun di fomi, le putain de patron de la dalle au ventre. »

 

Couto déambule dans la capitale. Les souvenirs affleurent pendant qu’au loin un coup d’état se prépare. Couto divague à travers la ville. Se souvient de Dulce, et avec elle, à travers elle, de la naissance du Mama Djombo, des années mundial …. 

 

« Les années mundial, c’était le nom qu’ils donnaient à cette période quand ils en reparlaient entre eux, toujours pas remis trente ans après. Ils n’en gardaient pas de vanité, moins encore de nostalgie. Plutôt l’éternelle hilarité de ceux à qui la chance a souri. Qu’on a traités en rois même un jour, une heure. Ça leur était tombé dessus. Ils avaient eu ça. La vie leur avait donné cette chose dont tous les musiciens rêvent. Que pouvait bien leur foutre tout le reste. Ne plus jouer qu’une fois de temps en temps, devant une bonne moitié de vieux mélancoliques. Ne plus attraper le dixième des accords qu’ils jouaient à l’époque. [...] Ils en avaient pris pour la vie, et sans qu’ils s’en rendent compte cela creusait un gouffre entre eux et ceux qui étaient venus après, les jeunes du groupe, si doués soient-ils : l’absence de quoi que ce soit à prouver à personne. »

 

Dans les souvenirs de Couto, trente ans de sa vie à lui, trente ans de son pays, trente ans des siens, de la guerre aussi….

Mais ce soir, Couto a rendez-vous. Ce soir, c’est soir de concert au Chiringuitó. Cette nuit, le Mama Djombo jouera pour Dulce, pour eux les anciens, pour tous. Ce soir, ils seront de nouveau des grands. 

 

Sylvain Prudhomme nous entraîne dans une aventure humaine et musicale. Une histoire envoûtante, sensuelle, bouillonnante. Un voyage en terre africaine au cœur du groupe mythique du Mana Djambo.

C’est un roman épatant qui donne envie de danser, de rire, d’aimer. Un roman qui distille une énergie folle, un élan incroyable. Un roman qui raconte le soleil d’Afrique, qui dit les couleurs, les bruissements des corps, l’amitié entre les hommes… Et punaise que c’est beau !

Il est mon préféré, c’est vous dire si je l’ai aimé ♥

 

 

Extraits

 

« Esperança aux mots crus, aux mots drus, qui les premiers temps le fouettaient de désir. Sa façon de lui dire mistiu, je te veux, j’ai envie de toi en créole, mistiu glissé à l’oreille d’une voix filoute, dénouant déjà son pagne pour s’offrir aux caresses. Y avait-il seulement un mot mandingue pour dire ça ? Un vrai mot plein de désir capable de faire à celui ou à celle qui l’entendait l’effet que faisait ce mistiu ? Un mot qui n’était pas purement technique, ne servait pas d’abord pour parler des animaux et ne revenait pas plus ou moins à dire je voudrais m’accoupler avec toi ou je voudrais te saillir ou quelque autre énormité tout juste bonne à faire rire ? »

 

« Atchutchi dans ses chansons ne disait pas amour, il disait baliera, quelque chose à mi-chemin du balancement et de la danse. Baliera comme le flux et le reflux du désir, des océans, des astres. Baliera comme le grand balancement du monde, la soif universelle d’aimer. Les hommes et les femmes de ses chansons n’y pouvaient rien, ils étaient des jouets d’une houle qui les bringuebalait de-ci de-là, imprévisible, toute-puissante. »

 

 Le billet de ma copine Steph est par (bien planqué dans une chronique express !) 

 

Les grands, Sylvain Prudhomme, Gallimard, 2014.

Valet de pique – Joyce Carol Oates

valet de piqueAndrew J. Rush a tout pour être heureux. Écrivain à succès qualifié de « Stephen King du gentleman » par les médias, ses romans policiers rencontrent des millions de lecteurs dans le monde, lui permettant d’avoir un train de vie plus que confortable dans sa petite ville du New Jersey où il fait figure de célébrité locale. Une femme compréhensive et aimante, des enfants équilibrés qui ont fait leur vie, Andrew bénéficie des conditions idéales pour écrire.

 

Pourtant, Andrey cache un secret à tout son entourage, y compris à son éditeur. Sous le pseudonyme énigmatique de Valet de pique, il écrit des romans très noirs, d’une violence et d’une perversité extrêmes, qui connaissent un succès grandissant dont il est le premier à s’étonner. Une double vie qui lui sert de soupape, lui permet d’extérioriser son moi peu recommandable tout en gardant son intégrité d’auteur lisse plébiscité par les lecteurs.

 

Jusqu’à ce que quelques petits grains de sable viennent enrayer la machine si bien huilée. Des interrogations d’une de ses filles qui décèle dans un roman du Valet de pique des anecdotes plus que personnelles. Une accusation de plagiat d’une femme apparemment déséquilibrée qui écrit des romans auto-publiés. Le secret d’Andrew vacille, l’emmenant doucement vers la folie. Et la voix du Valet de pique se réveille…

 

Je ne suis pas une fan inconditionnelle de l’auteure. D’elle, je n’ai lu que Délicieuses pourritures qui à l’époque m’avait profondément marqué. J’avais aimé cette ambiance lourde, ce côté malsain complètement assumé, cette sensation d’être prise au piège d’un jeu pervers et d’être manipulée de bout en bout. Assurément la marque de fabrique de Joyce Carol Oates. Pourtant je n’ai pas réitéré l’expérience depuis, ses derniers romans me paraissant un brin trop glauques et difficiles à digérer. C’est une des raisons qui m’a poussée à lire ce thriller où l’auteure semble s’éloigner quelque peu de ses habitudes, quitte à perdre en route ses lecteurs habitués à ses excès.

 

Et je n’ai pas boudé mon plaisir. Sans pour autant crier au génie, j’ai aimé cette variation sur le thème plus que rebattu du double, aimé cette lente plongée dans le cerveau embrumé d’un auteur qui provoque lui-même sa propre chute, aimé cette ambiance malsaine qui s’intensifie au fil du roman. Oates se joue du lecteur, sème le trouble tout en manipulant de façon subtile les codes du roman noir. Terriblement efficace, Valet de pique est un roman finement psychologique qui titille et tient le lecteur en haleine de bout en bout. Je ne peux cependant m’empêcher de penser que l’auteure s’est offert une parenthèse récréative avec ce roman, très différent de ses écrits habituels, laissant au lecteur le soin de démêler certains fils un brin embrouillés. Qu’importe, je l’ai dévoré !

 

Les avis de Jostein, Keisha, Lea Touch Book et Valérie

 

Éditions Philippe Rey (mars 2017)

218 p.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-84876-585-3

Sacha et Tomcrouz 1. Les vikings – Halard / Quignon

sachaEtTomcrouzT1Premier de la classe et petit génie en herbe, Sacha Bazarec est la coqueluche des filles, un magicien même, au grand dam de Taran dit le borgne qui voit en lui un rival un peu encombrant. Rien de magique pourtant dans les expériences de Sacha, tout est absolument et rigoureusement scientifique. La science, c’est son dada. Et aujourd’hui, Sacha a particulièrement hâte de rentrer chez lui après l’école. Aujourd’hui, Sacha fête ses dix ans et il rêve d’avoir en cadeau un rat intelligent qui pourrait l’aider dans ses recherches scientifiques.

 

Sacha vit dans une maison truffée de gadgets futés, d’objets insolites et de babioles hétéroclites accumulés par sa mère, une antiquaire un brin excentrique. A son arrivée, un gâteau d’anniversaire trône sur la table. L’attendent aussi sa mère et un invité indésirable qu’il soupçonne vouloir prendre la place de son père. Et en cadeau, à la place du rat… un chihuahua…!  Surnommé Tomcrouz comme l’idole de sa maman (mouarf !), celui ci n’obéit à rien et à une fâcheuse tendance à la maladresse. Une maladresse qui sera le point de départ d’un étrange phénomène les propulsant tous les deux à travers l’espace et le temps…

 

Un premier tome plus que prometteur ! Un scientifique en herbe qui se sert de ses connaissances pour se sortir du pétrin, un animal de compagnie qui se révèle aussi providentiel que catastrophique, une épée mythique, une mystérieuse gelée incandescente… et une épopée pleine de rebondissements à l’époque des Vikings, guerriers redoutables compris.  Le duo inattendu entre le jeune garçon et son chihuahua fonctionne dès les premières planches. Une complicité qui risque de leur être plus qu’utile dans les prochains tomes de la série lors de leurs autres voyages à travers le temps. Et forcément le lecteur a hâte !

 

Si le scénario plein de peps et d’inventivité d’Anaïs Halard est plus que convaincant, le graphisme est assurément le point fort de cette nouvelle série jeunesse. Un trait plein de fantaisie, un univers aux contours bien définis, un dessin au pastel et au fusain qui crée cet effet un peu brumeux si agréable, on se fond avec délice dans le monde fabuleux et enfantin imaginé par le talentueux Bastien Quignon qui semble s’amuser comme un petit fou. Les jeunes lecteurs risquent eux aussi de se régaler, tout comme ils risquent d’ailleurs de reproduire l’expérience scientifique expliquée par Sacha dans un bonus de l’album… Tous aux abris ! :-D

 

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 Éditions Soleil (Mars 2017)

Collection Métamorphose

88 p.

 

Prix : 16,95 €

ISBN : 978-2-302-05972-6

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Mo’

Trois ans de pépites jeunesse, ça se fête !

3 bougiesTrois ans déjà que Jérôme et moi avons décidé d’organiser un rendez-vous pour présenter ensemble (presque) chaque mardi une pépite jeunesse. Une envie commune de mettre en avant cette littérature jeunesse intelligente et novatrice que nous aimons tant, celle qui bouscule, réveille, fait réfléchir, rêver ou pleurer parfois. Celle qui fait grandir. Un rendez-vous qui nous tient à cœur et qui nous a permis de dénicher des tas de pépites, des titres courts, forts et percutants qui prouvent toute la diversité et la vitalité de la littérature jeunesse actuelle, sûrement la plus belle.

 

Près de 100 pépites en trois ans, on ne pouvait pas ne pas fêter ça dignement !  Nous voulions au départ mettre en lumière 10 pépites de 10 auteurs différents mais la tâche s’est avérée impossible. Nous avons finalement choisi 13 pépites de 13 auteurs chouchous qui ont marqué notre rendez-vous. Une sélection très subjective, certes, mais des plumes, des collections et des maisons d’édition incontournables sur lesquelles nous n’avons eu aucun mal à nous mettre d’accord. Des évidences en somme…!

 

Et puisque l’idée de ce rendez-vous est avant tout le partage, nous vous proposons de découvrir ces pépites. Deux exemplaires de chaque sont à gagner. Pour participer, rien de plus simple, il suffit de laisser un commentaire ici ou chez Jérôme et de nous préciser si vous avez déjà lu un ou plusieurs titres de la liste. Pour le reste, on s’occupe de tout ;-)

 

♥ Nos 13 pépites incontournables

pepites

 

La piscine était vide de Gilles Abier

Max et les poissons de Sophie Adriansen

Dans le désordre de Marion Brunet

Traits d’union de Cécile Chartre

La belle rouge d’Anne Loyer

Sauveur & fils, saison 1 de Marie-Aude Murail

Ma mère, le crabe et moi d’Anne Percin

A ma source gardée de Madeline Roth

Les Fragiles de Cécile Roumiguière

Hugo de la nuit de Bertrand Santini

Ma tempête de neige de Thomas Scotto

Rien que ta peau de Cathy Ytak

Trop tôt de Jo Witek

 

Le concours est également ouvert à nos amis Belges, Canadiens, Suisses et aux DOM-TOM. Les gagnants seront annoncés le 1er avril (et ce n’est pas un poisson !)

 

Bonne chance à tous !

Et un grand merci, encore, de votre fidélité à ce chouette rendez-vous…!

 

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Cachés dans la jungle – Peggy Nille

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Whaou…!

 

Une merveille que ce « cherche et trouve » qui nous plonge au cœur de la jungle ! Une jungle hommage au Douanier Rousseau qui emmène le lecteur dans un voyage somptueux et poétique du petit matin jusqu’à la la nuit emplie de secrets.

 

Dix paysages spectaculaires et vingt animaux qui s’amusent à jouer les caméléons dans une végétation aussi foisonnante que luxuriante. Vingt animaux facétieux que l’on prend un plaisir fou à débusquer dans chaque planche, les yeux grands écarquillés.

 

Soyez attentifs, le roi des animaux ne doit pas être bien loin. Cherchez bien, près de la cascade rafraichissante, au creux des herbes hautes, perchés dans les palmiers, un lézard malicieux, une panthère bleue ou un alligator rusé se cachent peut-être. Avec un petit peu d’attention, vous tomberez sûrement sur des flamants roses amoureux, un girafon et sa maman, une tortue rêveuse… et même un petit dinosaure !   

 

Grâce et élégance du dessin, couleurs éclatantes, richesse des détails, le magnifique album de Peggy Nille fait pétiller les yeux ! Bijou ♥

 

Le site de Peggy Nille

 

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Éditions Actes Sud junior (Mars 2017)

32 p.

 

Prix : 14,80 €

ISBN : 978-2-330-07535-4

 

logoalbums2016

Le perroquet – Espé

perroquet

« Je m’appelle Bastien… J’ai huit ans… Maman est malade depuis que je suis tout petit… Elle part souvent dans des centres psychiatriques… Elle a été dans la plupart des établissements spécialisés du sud-ouest. Je me demande si elle gagne des points sur une sorte de carte de fidélité. »

 

La maman de Bastien ne sourit presque jamais. Le plus souvent, elle pleure. Le reste du temps, elle tente de faire semblant d’aller bien. Mais personne n’est dupe, encore moins Bastien… Quand elle fait ses crises, elle ne se ressemble plus. Un animal apeuré, terrorisé, blessé. Des hurlements qui résonnent jusqu’aux sirènes de l’ambulance qui emmène maman au loin, encore. D’après les médecins, elle souffrirait de « troubles bipolaires à tendance schizophrénique ». Alors maman va à l’hôpital, souvent. Prend des médicaments, tout le temps. Après, un temps, les choses se calment, ils disent même qu’elle va mieux. Dans ses yeux pourtant, un vide immense…

 

Bastien a une deuxième chambre dans la maison de ses grands-parents, juste à côté. Assez loin pour ne pas être témoin des accès de démence de sa mère dont tente désespérément de le protéger son père démuni. Pas assez pour ne pas entendre la douleur et les cris, pas assez pour ne pas deviner ces scènes qui tournent en boucle dans sa tête d’enfant…

Mais parfois maman revit. L’espace de petites parenthèses aussi rares que précieuses. Des sourires, des promenades en forêt, et la lumière dans ses yeux. Une mince étincelle de vie et une overdose d’amour…

 

« Quand on se promène dans la rue, personne ne se rend compte que maman est malade depuis longtemps…

Sa maladie est invisible… silencieuse… honteuse… Alors qu’elle est toujours là… dans son dos…

Maman, elle est comme Jean Grey dans les X-men… elle peut exploser à tout moment ! Mais personne ne le sait… sauf moi… »

 

Bouleversant. Difficile de ne pas fermer ce roman graphique les larmes au yeux, surtout quand on sait que l’auteur s’est inspiré de son propre vécu pour l’écrire. Un récit très personnel et donc forcément très intime. Bastien a grandi avec la maladie de sa mère, une maladie insidieuse, toujours tapie dans l’ombre, prête à surgir à n’importe quel moment. Une maladie qui lui a volé sa mère et son enfance et l’a fait se réfugier dans un monde à lui, un monde où sa mère se transforme en super héroïne…

 

Graphiquement, c’est bluffant et incroyablement maitrisé. Si le trait se veut naïf et par moments enfantin, les couleurs choisies plongent le lecteur dans un patchwork d’émotions. Un rouge violent pour les crises de démence, du vert pour souligner les quelques parenthèses de vie presque normale et des tas de nuances pour évoquer les divers épisodes de l’enfance de Bastien. Un album intense jusque dans les dernières planches où le titre et l’énigmatique couverture prennent tout leur sens… et une bouleversante déclaration d’amour. Coup de cœur ♥

 

Les avis de Cathulu et Stephie

 

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Éditions Glénat (Février 2017)

154 p.

 

Prix : 19,50 €

ISBN : 978-2-344-01269-7

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

Phobie – Fanny Vandermeersch

phobie

 

Sophia a tout de l’élève modèle. Jamais de vagues, des résultats brillants, elle entre au collège avec des bagages costauds et rien ne semble pouvoir la déstabiliser. Pourtant, petit à petit, sans que rien n’annonce ce cataclysme intérieur qui bouleverse tout, les choses changent. Un grain de sable après l’autre, la machine s’enraye…

 

Des notes qui baissent, des amies de toujours qui lui tournent le dos sans raison apparente, un stress qui s’installe et lui fait perdre tous ses moyens. Sophia s’enferme dans une spirale d’angoisse. Une angoisse insidieuse impossible à contenir qui lui tort et lui noue l’estomac jusqu’à l’empêcher littéralement de franchir la grille du collège…

 

Sophia ne peut plus. Elle travaille mais ne retient plus rien. S’applique pour ne récolter que des notes moyennes. Se sent seule, inintéressante, banale. En vacances, loin du collège, Sophia respire enfin. Le mot « rentrée » lui, sonne comme un coup de massue… Impossible pour Sophia d’arriver à mettre le doigt sur les maux qui la tourmentent, d’autant que ses parents sont persuadés que la chute de ses résultats est due à un manque de travail… 

 

« J’ai perdu confiance, le collège est devenu un lieu hostile.

Ce n’est la faute de personne. Il faut du temps. Tout redeviendra comme avant. Ce n’est pas rare, ni grave. Ça a même un nom : la phobie scolaire. »

 

Un roman d’une grande justesse qui aborde avec intelligence un thème que l’on croise rarement en littérature jeunesse. Pas question ici de harcèlement scolaire, de violence ou de maltraitance. Le mal est plus insidieux, plus difficile à cerner et donc plus long et plus difficile à combattre. Pourtant, la phobie scolaire existe et touche un nombre important d’adolescents.

 

Avec ce premier roman, les éditions du Muscadier enrichisse leur catalogue avec un titre qui risque fort de devenir un incontournable. Un roman pour libérer la parole et mettre des mots. Un roman précieux qui aidera autant l’entourage de l’adolescent concerné que l’adolescent lui-même. Un roman qui pour une raison toute personnelle me tient particulièrement à cœur puisque Fanny m’en avait confié la lecture quand il n’était encore qu’un manuscrit… ♥

 

Une pépite jeunesse évidente que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

Les avis de Lirado, Ludovic

 

Éditions Le muscadier (Février 2017)

Collection Rester Vivant

96 p.

 

Prix : 9,50 €

ISBN : 979-10-90685-78-9

 

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Légende – Sylvain Prudhomme

légende

 

Un décor. La Crau. Un « bout de terre ingrat ». Au milieu de la Provence. Un vide. Du plat. Des cailloux. Le silence. Et le mistral. La Crau. « Avec ses sonorités de commencement du monde, vaguement préhistoriques, évocatrices de steppes encore peuplées de fauve à dents de sabre. »

 

Deux personnages. Deux amis. Nel et Matt. Qui se sont rencontrés il y a un an. Inséparables depuis. Nel est photographe. Il est né là, dans cette plaine aride. Il est fils de Joseph, petit-fils de Maurice. Des bergers. Il est profondément attaché à sa terre. Même s’il a grandi dans un isolement total. Dans un territoire minuscule. Fermé. Claquemuré.

 

« L’exigüité de cet univers entre les bornes duquel s’étaient déroulées son enfance et son adolescence, coupé du reste du monde, coupé même d’Arles, même de Raphèle et ses quatre cents habitants à tout casser. Comme emprisonné parmi ses champs et ces prairies. Attaché qu’il le veuille ou non à ce mas comme ses aïeux avant lui au troupeau familial. »

 

Matt, lui, est anglais. Il vend des chiottes. « C’était la réponse qu’il faisait quand on lui demandait son métier, avec son autodérision d’Anglais toujours ravi du malentendu qui en découlait, son interlocuteur changeant poliment de sujet, gêné de l’interroger plus en détail sur ses habitudes de commercial spécialisé dans le fourgage de cuvettes en faïence. La vérité c’était que Matt était un génie. Capable de se lancer avec la plus parfaite témérité dans n’importe quelle entreprise, sur la seule foi de son intuition… »

Et à ses heures perdues, Matt fait des films. Des documentaires. Sa dernière obsession : La Churascaia, dite la Chou. Une ancienne boite de nuit près d’Aigues-Mortes qui a connu ses heures de gloire pendant les années 70-80. Il veut la raconter et avec elle, plonger tout entier dans la vie des gens, « dans l’existence d’êtres qui ne sont plus et dont la vie est tout entière là, sous nos yeux, avec ses hauts et ses bas, ses périodes fastes et ses creux, jusqu’au dénouement. [Pour] tenter de comprendre ce qu’ils ont cherché. Ce qu’ils ont souffert. Où ils ont réussi. Où ils ont échoué. Tout cela sans jamais cesser de penser à nous, vivants. A ce qu’ils peuvent nous apprendre. A ce que leur vie peut nous murmurer de conseils. »

Et c’est en se penchant sur ce lieu mythique et sur «la violente nostalgie des témoins », que Matt va s’intéresser à la vie de deux jeunes gens, morts trop tôt. Deux frères « maudits ». Fabien et Christian. Les cousins éloignés de Nel. A travers eux, à travers les témoignages recueillis auprès des proches, se dessine une jeunesse flamboyante et un poil destructrice, dont le « programme on ne peut plus sérieux au fond » était « fait de libertés radicales, d’absolu refus des concessions, de haine des demi-choix, des demi-amitiés, des demi-coucheries. »

 

Sylvain Prudhomme nous donne à lire une histoire d’amitiés et de territoires qui construisent les êtres. Les façonnent. Une histoire épatante qui dit l’innocence, la liberté, la nostalgie, le temps qui passe, la mélancolie déjà. Qui agrandit les possibles. Qui indique les audaces. Qui repense le monde. La vie tout simplement. Et ce, à travers une écriture sensible, précise, belle. Profondément humaine. Ou le réel rejoint la légende.

 

Un kdo savoureux du chouchou de ses dames, euh nan, de la toile  :-P Merci Jérôme, pour cette si jolie surprise de Nawel (et pour tout le reste aussi !).

Pour lire le billet de Jérôme (si ce n’est pas déjà fait !) c’est par !

 

 

Extraits

 

« Nel les regardait se lever comme des cow-boys, monter en voiture en jurant de tout lui raconter le lendemain. Il s’imaginait leur arrivée au bar de Tarascon, l’air crâne avec lequel Max à peine assis demandait une bouteille, jamais un simple verre avait-il un jour expliqué à Nel, le whisky au verre c’est pour les tocards t’entends fais jamais ça, une bouteille de J&B barman et sitôt la bouteille posée devant lui il l’ouvrait et froissait ostensiblement le bouchon dans sa paume pour que les choses soient claires, le froissait ou le crevait d’un coup d’un opinel pour dire cette bouteille-là personne ne la rebouchera, ce litre d’eau-de-feu maintenant il faut le boire. Ils regardaient les tables autour d’eux, cherchaient du coin de l’œil leurs adversaires, les jaugeaient, savouraient le lent crescendo de la tension alentour. Alors ils sont où les branleurs de Tarascon. Il parait qu’à Tarascon on s’y connait en bonnes branlettes bien nerveuses, vous nous montrez comment vous faites les gars ça nous intéresse. »

 

« Il avait profondément désiré ça : prendre l’existence d’un individu au hasard et la scruter jusque dans ses plis les plus secrets, ses ramifications les plus infimes. Tout savoir d’elle. Traquer ses moindres zones d’ombre. Retrouver ses errements et ses oscillations la couleur d’une époque, ses questions, ses espérances, ses doutes. Il avait tressailli à l’idée du nombre infini de films possibles, tous beaux et puissants, pour peu qu’ils soient faits à fond.S’étaient senti à la fois heureux et écrasé par la masse des récits à écrire, des histoires à raconter. Cette profusion de vie dont une infime fraction seulement serait jamais narrée. »

 

Légende, Sylvain Prudhomme, Gallimard, 2016

Par amour – Valérie Tong Cuong

par amourOù qu’elle aille, Valérie Tong Cuong ne choisit jamais le chemin de la facilité. Quels que soient les sujets qu’elle aborde, elle n’en offre pas une énième variation, loin de cette littérature prémâchée qui ressasse souvent jusqu’à l’overdose…

 

C’est toujours l’humain qui prime, avec ses fêlures, ses béances, ses silences, ses choix impossibles que la vie impose comme une épreuve de plus. C’est toujours l’amour qui plane, comme une réponse aux questions que l’on se pose, comme un pansement aux blessures qui suintent, comme un fardeau parfois trop lourd à porter. Cet amour qui rend fort, construit, déconstruit aussi, tant il peut être malmené, maladroit et friable…

 

Il y a tout ça et bien plus encore dans cette fresque familiale qui relie les petites histoires à la grande. L’amour est-il un rempart suffisant à la haine sans nom ? Qu’est-on prêt à risquer pour l’amour des siens ? Jusqu’où est-on prêt à mettre sa propre vie entre parenthèses pour sauver ceux qui nous sont chers ? Et l’on suit Joffre, Emélie, Muguette, Jean, Lucie, Joseph et Marline dans ce Havre dévasté entre juin 1940 et août 1945. On les suit et leurs voix s’élèvent, s’entrelacent, se font écho dans un ballet on ne peut plus maitrisé. Des parents démunis, des adultes meurtris, des patriotes dévastés. Des enfants qui le restent malgré le chaos, tête haute, rêves grands. Ces silences que l’on impose aux autres quand les mots sont devenus superflus. Ces fuites que le temps expliquera peut-être. On suit cette famille et on les aime d’emblée, leurs petits arrangements avec la réalité, leurs mensonges et leurs secrets. Par amour…

 

Le nouveau roman de Valérie Tong Cuong est de ceux qui marquent. Rigueur historique, construction narrative habile, ambivalence des sentiments, puissance des liens qui se tissent, descriptions saisissantes de réalisme… L’auteure nous gâte en nous offrant une histoire profondément romanesque tout en nous plongeant dans une époque que l’on a l’impression de redécouvrir. Une histoire faite de renoncements, de grands vides et de fols espoirs qui en dit beaucoup plus qu’il n’y parait sur l’homme dans toutes ses nuances. Bijou !

 

« J’ignorais qu’il faut traverser ce genre d’évènement tragique – la perte de ce que l’on a de plus précieux au monde – , pour mesurer ce que le corps et l’âme ressentent, ce trou indescriptible au milieu de soi-même.

J’ignorais que lorsque cela arrive, il ne reste plus qu’a constater combien les efforts pour s’y préparer ont été inutiles. »

 

Les avis de Bénédicte, Caroline, Eimelle, Eirenamg, Léa Touch Book, Leiloona, Meelly, Mylène, Nicolas, Séverine, Stephie, Virginie

 

Le site de l’auteure

 

Éditions JC Lattès (Janvier 2017)

411 p.

 

Prix : 20,00 €

ISBN : 978-2-7096-5604-7

 

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