Coquelicots d’Irak – Brigitte Findakly / Lewis Trondheim

coquelicots

 

Beaucoup de tendresse et d’humour dans cette évocation très personnelle de l’Irak avant l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein. Sans occulter une description très précise de ce que peut être une enfance sous une dictature, les auteurs déroulent une histoire très sensible, pleine de questionnements mais aussi de jolies respirations et de petites bulles de douceur. 

 

Brigitte Findakly est née en 1959 à Mossoul où elle y a grandi jusqu’en 1973. Coloriste de métier, c’est avec son époux Lewis Trondheim qu’elle s’associe pour raconter son histoire : celle d’une enfant née en Irak d’un père irakien, chrétien orthodoxe et d’une mère française catholique. Celle de son enfance à une époque où les coups d’État et la dictature militaire font loi.

 

Si les dessins de Lewis Trondheim ne sont franchement pas ma tasse de thé, je dois reconnaître que ce trait naïf, frais et ce style « gros nez » se prête à merveille à ce récit d’enfance teinté de nostalgie. Le graphisme est même ici une vraie bouffée d’oxygène qui laisse le champ libre à l’essentiel. Entre vie quotidienne, souvenirs personnels et évènements politiques qui font lentement dériver le pays, le récit sans réelle chronologie se déroule en petites saynètes évoquant une vie de famille heureuse et ces petits riens qui marquent un enfant. Jusqu’à l’exil, douloureux mais nécessaire, vers la France au début des années 1970. Le cœur, lui, quoiqu’il arrive, restera toujours à Mossoul…

 

Alors qu’elle sait qu’elle ne remettra jamais les pieds dans cet Irak détruit qui n’est plus le sien et qu’elle ne reconnait plus, choquée par l’entrée de Daesh dans Mossoul, il était temps pour Brigitte Findakly de mettre en mots son histoire personnelle, ces racines profondes qui auront profondément façonné sa personnalité. Elle le fait avec le recul de l’adulte et les yeux innocents de l’enfant, posant un regard critique très subtil sur l’évolution du pays. Le témoignage, touchant et juste, n’en est que plus précieux.

 

Une bonne surprise que je partage avec ma chère Mo’ et une découverte que je dois à l’opération « La BD fait son festival » organisée cette année encore par Priceminister. Merci à eux !

 

le BD fait son festival 2017

#1Blog1BD

 

Les avis de A propos de livres, Canel, Charlotte, Fanny, Saxaoul

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Éditions L’Association (Août 2016)

115 p.

 

Prix : 19,00 €

ISBN : 978-2-84414-628-1

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Moka

 

 

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39/18

Challenge 3% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

Sex story. La première histoire de la sexualité en BD – Philippe Brenot / Laetitia Coryn

sex storyPhilippe Brenot est psychiatre et anthropologue, directeur des enseignements de sexologie à l’université Paris-Descartes. Son projet est un peu fou et il mettra deux ans à le réaliser : écrire l’histoire de la sexualité humaine à travers les âges et les cultures, de la préhistoire à nos jours, évoquant même, dans un dernier chapitre, la sexualité du futur.

 

Et le résultat est plus qu’à la hauteur : plus de 200 pages mises en bulles par Laetitia Coryn, très inspirée en plus d’être drôle, et une bande dessinée aussi passionnante qu’instructive émaillée d’anecdotes absolument réjouissantes. On prend le temps, on se délecte de ce que l’on peut découvrir sur l’évolution des mœurs sexuelles, sur la vision du sexe et de l’amour chez nos ancêtres. On s’étonne aussi que chaque période de libération sexuelle soit toujours suivie d’une grande répression…

 

Riche, instructif, extrêmement documenté, Sex story est passionnant de bout en bout ! On y apprend pêle-mêle que Ramses II se masturbait dans le Nil pour donner puissance et fertilité à l’Égypte, que le vibromasseur inventé par Cléopâtre était un cornet de papyrus rempli d’abeilles, que la chapelle Sixtine a été en partie construite grâce à l’argent de la prostitution – le pape Sixte IV ayant acquis une maison close pour renflouer les caisses du Vatican – que Léonard de Vinci fut probablement le premier anatomiste et qu’il fut même le premier à représenter le fœtus et la femme enceinte et à découvrir le mécanisme de l’érection, que la reine Victoria était loin d’être aussi pudibonde qu’on veut bien le croire… et que le prince Albert arborait même un piercing au gland…!

 

Sans tabou ni aucune vulgarité, Sex story est un ouvrage imposant qui allie rigueur scientifique et humour tout en proposant une réflexion sur nos comportements, notre rapport au sexe, au plaisir, à l’amour, au mariage, au couple, à l’homosexualité, à la pudeur, à la masturbation… et bien plus encore. Absolument indispensable !

 

L’avis de Canel

 

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Éditions Les arènes (Avril 2016)

204 p.

 

Prix : 24,90 €

ISBN : 978-2-35204-503-8

 

mardi c'est parmis

By Stephie

Trois ans de pépites jeunesse : les gagnants !

3 bougies

 

Quel plaisir de lire votre enthousiasme et vos gentils mots suite à notre petit concours anniversaire  spécial « pépites »…!

Des mots qui sont allés droits au cœur et nous encouragent à continuer encore et encore à vous proposer chaque mardi (ou presque) cette belle littérature jeunesse que nous aimons tant. 

 

Devant le nombre important de participants, nous avons décidé de faire gagner trente personnes au lieu de vingt-six. Trente livres donc qui vont bientôt rejoindre leurs futurs lecteurs grâce à la gentillesse et à la confiance des éditeurs que nous remercions chaleureusement pour leur confiance…!

 

Fin du suspense insoutenable, voici la liste des gagnants !

 

Alex Mot-à-MotsAntigoneAsphodèleBidibBlandine (Vivrelivre) – Dadou – DidiFanny (pages versicolores) – Framboise – GambadouHélène – Julia – KathelKrol – Lacomtesse – LasardineLaurielitManikaManu BMarie-ClaudeMartine écri’turbulenteMoMokaNadègeNadineNahePetite NoisetteSaxaoulStephieViolette 

 

Quelles sont les étapes suivantes maintenant ? Transmettez nous votre adresse (à moi ou à Jérôme, qu’importe)… et guettez votre facteur ! Quant au titre du livre que vous allez recevoir, nous sommes joueurs alors… mystère ! Hasard, surprise… l’occasion de découvrir une pépite qui on l’espère fera mouche et ne devrait pas vous décevoir.

 

A l’année prochaine pour fêter les quatre ans de nos pépites jeunesse !

 

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Loup – Renaud Dillies

CV_LOUP_00.inddIl y a définitivement quelque chose dans l’univers de Renaud Dillies qui me touche et m’enchante. Un petit supplément d’âme. Une musicalité qui tutoie les étoiles. Un vrai univers où les rêves voient grand, où la solitude tue à petit feu, où les histoires d’amour finissent mal et où les êtres cabossés cherchent à savoir qui ils sont…

 

Loup… Appelons-le Loup. Il ne reste rien à Loup. Aucune image, aucun son, aucune bribe de son passé, juste un immense trou noir et des tas de questions qui le hantent. Loup a peut-être été quelqu’un mais aujourd’hui il n’est personne. Jusqu’à ce que le destin, le hasard ou une belle coïncidence s’en mêle. Quelques notes de musique. Un appel. Un enchaînement de circonstances et Loup se retrouve sur une scène une guitare entre les mains…

 

Et la musique s’élève, belle, entêtante, virtuose. Loup a oublié d’où il vient, qui il est… mais il n’a pas oublié la musique. Une musique qui jouait en sourdine dans les limbes de sa mémoire et qui ressurgit là, comme un éclat de cette vie d’avant qui se dérobe. Étranger à lui-même, Loup se découvre un don qui pourrait lui ouvrir les portes de son passé…

 

Qu’il est doux de se replonger dans l’univers si unique de Renaud Dillies. Le piège s’est refermé sur moi dès la sublime couverture, les premières planches, elles, m’ont achevée (ces étoiles bon sang, je ne m’en lasse pas…) Un dessin virtuose, des réminiscences familières, ce héros qui en rappelle tant d’autres, cette musique qui imprègne, dévoile, révèle. Cette quête de soi, douloureuse mais nécessaire. Cette seconde naissance, cette vie à réinventer…

Variation sur le même thème. L’auteur a beau travailler très souvent le même matériau, il me surprend toujours sans que j’éprouve le plus petit commencement d’un début de tressaillement de lassitude. A tel point que je n’arrive pas réellement à lui en vouloir de ne pas offrir à son héros (et à ses lecteurs) une fin moins nébuleuse. C’est ce qu’on doit appeler le talent. C’est beau. Et moi je fonds ♥

 

Les avis de Mo’ et Yvan

 

Du même auteur sur le blog : AbélardBetty BluesBulles et nacelleMélodie au crépusculeSumatoSaveur cocoMister PlumbLe jardin d’hiver Alvin tome 1Alvin tome 2

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Éditions Dargaud (Mars 2017)

56 p.

 

Prix : 12,99 €

ISBN : 978-2-505-06799-3

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Mo’

Une mère à Brooklyn – Ingrid Chabbert

Une-mère-a-BrooklynJudith a 15 ans et une boule de colère qui la ronge. Ça enfle, ça la remplit. Parfois même ça explose, quand elle ne choisit pas de se murer dans le silence face à son père qui détient peut-être les réponses à ces questions qu’elle n’ose même plus poser…

 

Judith a 15 ans et le mal de mère. Une mère qu’elle ne connait pas, à peine une ombre, tout juste une idée. Une mère fantôme qui a disparu à sa naissance, la laissant seule avec son père qui a fait de son mieux pour combler les vides. Beaucoup d’amour, une complicité sans failles quand il n’était que le seul pilier sur lequel s’appuyer. Mais Judith a grandi, le manque aussi. Elle tangue, vacille. S’en prend à la terre entière. Fait payer à son père le secret qui entoure l’absence de sa mère et sa propre naissance…

 

Judith a 15 ans et il est temps qu’elle apprenne qui elle est et d’où elle vient. Les réponses à ses questions se trouvent peut-être outre-Atlantique, dans « la ville [qui] ne dort jamais, dopée au pouls de ses millions de rêveurs. » Sur les traces d’Holden Caulfield, Judith lève peu à peu les voiles de son passé…

 

Avec une grande justesse, Ingrid Chabbert prête sa voix à une héroïne qui s’apprête à écrire enfin sa propre histoire. Même si ça fait mal, même si ça tiraille en dedans, Judith prend les rênes de sa vie et va au devant des réponses qu’elle espère depuis si longtemps. D’espoirs en désillusions, l’auteure entrouvre des portes, pousse son héroïne à grandir sans pour autant lui tenir la main. Judith a fait le premier pas, à elle de continuer à avancer sur la route qu’elle aura commencé à tracer, seule… Un premier roman jeunesse riche de possibles qui confirme tout le talent d’Ingrid Chabbert.

 

Une pépite tout en nuances que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

Les avis de Maël et Nadège

 

« La saveur particulière de cette journée restera gravée dans sa mémoire. Elle aurait aimé pouvoir la raconter tout de suite à Alia. Lui parler de son amour pour New York, lui parler de John Kerry, ce beau brun qu’elle n’aurait pu rencontrer nulle part ailleurs.

Elle se hâte et grimace de douleur tandis que les lanières de ses sandales enserrent la peau de ses pieds fatigués. Elle a laissé un petit bout d’elle, sur un coin de pelouse de Central Park. Comme on se décharge d’une valise trop lourde à porter. Ou d’un chapitre de l’enfance qui se ferme définitivement. Point final. Tournez la page. Tout à écrire et réécrire. Tout à inventer… »

 

Éditions du mercredi (Février 2017)

114 p.

 

Prix : 12,80 €

ISBN : 979-10-93433-24-0

 

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Les grands – Sylvain Prudhomme

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« I muri. Zé au téléphone avait dit ces deux mots le plus doucement qu’il pouvait, en faisant tout son possible pour les rendre moins coupants. I muri Couto, elle est morte – répétant I muri comme s’il avait craint que les deux mots n’aient pas suffi la première fois, comme s’il avait eu besoin lui-même de les dire à nouveau. Couto tu m’entends tu ne dis rien. »

 

Dulce est morte.

Dulce. La flamboyante. La diablesse. L’ensorceleuse. La sauvage.

Dulce. La chanteuse. « L’arme secrète du Mama Djombo. »

Dulce. La femme aimée.

Dulce est morte.

 

En 2012, dans un petit pays d’Afrique de l’ouest, la Guinée-Bissau, un homme, Saturnino Bayo, dit « Couto » apprend la mort de son ancienne aimée. De son amour-toujours.

 

« Trente ans avaient beau être passés, le veuf de Dulce, le vrai, c’était lui. Putain il avait été celui-là : l’homme de la Kantadura. L’amoureux de Dulce. L’élu de celle que tout un peuple appelait encore aujourd’hui par son prénom, comme une amie, une sœur, Couto le Dun di Dulce. »

 

Couto est le guitariste du Super Mama Djombo, LE groupe de la fin des années 1970, qui appartient à la légende de la musique africaine. LE groupe qui a laissé une empreinte forte, une trace profonde dans les mémoires, dans le cœur et le corps de tous….

Couto.

 

« Un  mélange d’ancienne gloire grisonnante et de branleur impétinent auquel sa fierté interdisait de s’abaisser à travailler plus de quelques heures par jour, quelques jours par mois. Seigneur invariablement désoeuvré, invariablement fauché, mais qui n’avait qu’à trimbaler son pas usé par les rues pour que tous les regards s’arrêtent sur lui.

Couto le dutur di biola, le grand docteur de la guitare.

Couto le Dun, le grand patron.

Dun di ke, patron de quoi, dun di tudu, patron de tout, dun di nada, patron de rien du tout.

Dun di fomi, le putain de patron de la dalle au ventre. »

 

Couto déambule dans la capitale. Les souvenirs affleurent pendant qu’au loin un coup d’état se prépare. Couto divague à travers la ville. Se souvient de Dulce, et avec elle, à travers elle, de la naissance du Mama Djombo, des années mundial …. 

 

« Les années mundial, c’était le nom qu’ils donnaient à cette période quand ils en reparlaient entre eux, toujours pas remis trente ans après. Ils n’en gardaient pas de vanité, moins encore de nostalgie. Plutôt l’éternelle hilarité de ceux à qui la chance a souri. Qu’on a traités en rois même un jour, une heure. Ça leur était tombé dessus. Ils avaient eu ça. La vie leur avait donné cette chose dont tous les musiciens rêvent. Que pouvait bien leur foutre tout le reste. Ne plus jouer qu’une fois de temps en temps, devant une bonne moitié de vieux mélancoliques. Ne plus attraper le dixième des accords qu’ils jouaient à l’époque. […] Ils en avaient pris pour la vie, et sans qu’ils s’en rendent compte cela creusait un gouffre entre eux et ceux qui étaient venus après, les jeunes du groupe, si doués soient-ils : l’absence de quoi que ce soit à prouver à personne. »

 

Dans les souvenirs de Couto, trente ans de sa vie à lui, trente ans de son pays, trente ans des siens, de la guerre aussi….

Mais ce soir, Couto a rendez-vous. Ce soir, c’est soir de concert au Chiringuitó. Cette nuit, le Mama Djombo jouera pour Dulce, pour eux les anciens, pour tous. Ce soir, ils seront de nouveau des grands. 

 

Sylvain Prudhomme nous entraîne dans une aventure humaine et musicale. Une histoire envoûtante, sensuelle, bouillonnante. Un voyage en terre africaine au cœur du groupe mythique du Mana Djambo.

C’est un roman épatant qui donne envie de danser, de rire, d’aimer. Un roman qui distille une énergie folle, un élan incroyable. Un roman qui raconte le soleil d’Afrique, qui dit les couleurs, les bruissements des corps, l’amitié entre les hommes… Et punaise que c’est beau !

Il est mon préféré, c’est vous dire si je l’ai aimé ♥

 

 

Extraits

 

« Esperança aux mots crus, aux mots drus, qui les premiers temps le fouettaient de désir. Sa façon de lui dire mistiu, je te veux, j’ai envie de toi en créole, mistiu glissé à l’oreille d’une voix filoute, dénouant déjà son pagne pour s’offrir aux caresses. Y avait-il seulement un mot mandingue pour dire ça ? Un vrai mot plein de désir capable de faire à celui ou à celle qui l’entendait l’effet que faisait ce mistiu ? Un mot qui n’était pas purement technique, ne servait pas d’abord pour parler des animaux et ne revenait pas plus ou moins à dire je voudrais m’accoupler avec toi ou je voudrais te saillir ou quelque autre énormité tout juste bonne à faire rire ? »

 

« Atchutchi dans ses chansons ne disait pas amour, il disait baliera, quelque chose à mi-chemin du balancement et de la danse. Baliera comme le flux et le reflux du désir, des océans, des astres. Baliera comme le grand balancement du monde, la soif universelle d’aimer. Les hommes et les femmes de ses chansons n’y pouvaient rien, ils étaient des jouets d’une houle qui les bringuebalait de-ci de-là, imprévisible, toute-puissante. »

 

 Le billet de ma copine Steph est par (bien planqué dans une chronique express !) 

 

Les grands, Sylvain Prudhomme, Gallimard, 2014.

Valet de pique – Joyce Carol Oates

valet de piqueAndrew J. Rush a tout pour être heureux. Écrivain à succès qualifié de « Stephen King du gentleman » par les médias, ses romans policiers rencontrent des millions de lecteurs dans le monde, lui permettant d’avoir un train de vie plus que confortable dans sa petite ville du New Jersey où il fait figure de célébrité locale. Une femme compréhensive et aimante, des enfants équilibrés qui ont fait leur vie, Andrew bénéficie des conditions idéales pour écrire.

 

Pourtant, Andrey cache un secret à tout son entourage, y compris à son éditeur. Sous le pseudonyme énigmatique de Valet de pique, il écrit des romans très noirs, d’une violence et d’une perversité extrêmes, qui connaissent un succès grandissant dont il est le premier à s’étonner. Une double vie qui lui sert de soupape, lui permet d’extérioriser son moi peu recommandable tout en gardant son intégrité d’auteur lisse plébiscité par les lecteurs.

 

Jusqu’à ce que quelques petits grains de sable viennent enrayer la machine si bien huilée. Des interrogations d’une de ses filles qui décèle dans un roman du Valet de pique des anecdotes plus que personnelles. Une accusation de plagiat d’une femme apparemment déséquilibrée qui écrit des romans auto-publiés. Le secret d’Andrew vacille, l’emmenant doucement vers la folie. Et la voix du Valet de pique se réveille…

 

Je ne suis pas une fan inconditionnelle de l’auteure. D’elle, je n’ai lu que Délicieuses pourritures qui à l’époque m’avait profondément marqué. J’avais aimé cette ambiance lourde, ce côté malsain complètement assumé, cette sensation d’être prise au piège d’un jeu pervers et d’être manipulée de bout en bout. Assurément la marque de fabrique de Joyce Carol Oates. Pourtant je n’ai pas réitéré l’expérience depuis, ses derniers romans me paraissant un brin trop glauques et difficiles à digérer. C’est une des raisons qui m’a poussée à lire ce thriller où l’auteure semble s’éloigner quelque peu de ses habitudes, quitte à perdre en route ses lecteurs habitués à ses excès.

 

Et je n’ai pas boudé mon plaisir. Sans pour autant crier au génie, j’ai aimé cette variation sur le thème plus que rebattu du double, aimé cette lente plongée dans le cerveau embrumé d’un auteur qui provoque lui-même sa propre chute, aimé cette ambiance malsaine qui s’intensifie au fil du roman. Oates se joue du lecteur, sème le trouble tout en manipulant de façon subtile les codes du roman noir. Terriblement efficace, Valet de pique est un roman finement psychologique qui titille et tient le lecteur en haleine de bout en bout. Je ne peux cependant m’empêcher de penser que l’auteure s’est offert une parenthèse récréative avec ce roman, très différent de ses écrits habituels, laissant au lecteur le soin de démêler certains fils un brin embrouillés. Qu’importe, je l’ai dévoré !

 

Les avis de Jostein, Keisha, Lea Touch Book et Valérie

 

Éditions Philippe Rey (mars 2017)

218 p.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-84876-585-3

Sacha et Tomcrouz 1. Les vikings – Halard / Quignon

sachaEtTomcrouzT1Premier de la classe et petit génie en herbe, Sacha Bazarec est la coqueluche des filles, un magicien même, au grand dam de Taran dit le borgne qui voit en lui un rival un peu encombrant. Rien de magique pourtant dans les expériences de Sacha, tout est absolument et rigoureusement scientifique. La science, c’est son dada. Et aujourd’hui, Sacha a particulièrement hâte de rentrer chez lui après l’école. Aujourd’hui, Sacha fête ses dix ans et il rêve d’avoir en cadeau un rat intelligent qui pourrait l’aider dans ses recherches scientifiques.

 

Sacha vit dans une maison truffée de gadgets futés, d’objets insolites et de babioles hétéroclites accumulés par sa mère, une antiquaire un brin excentrique. A son arrivée, un gâteau d’anniversaire trône sur la table. L’attendent aussi sa mère et un invité indésirable qu’il soupçonne vouloir prendre la place de son père. Et en cadeau, à la place du rat… un chihuahua…!  Surnommé Tomcrouz comme l’idole de sa maman (mouarf !), celui ci n’obéit à rien et à une fâcheuse tendance à la maladresse. Une maladresse qui sera le point de départ d’un étrange phénomène les propulsant tous les deux à travers l’espace et le temps…

 

Un premier tome plus que prometteur ! Un scientifique en herbe qui se sert de ses connaissances pour se sortir du pétrin, un animal de compagnie qui se révèle aussi providentiel que catastrophique, une épée mythique, une mystérieuse gelée incandescente… et une épopée pleine de rebondissements à l’époque des Vikings, guerriers redoutables compris.  Le duo inattendu entre le jeune garçon et son chihuahua fonctionne dès les premières planches. Une complicité qui risque de leur être plus qu’utile dans les prochains tomes de la série lors de leurs autres voyages à travers le temps. Et forcément le lecteur a hâte !

 

Si le scénario plein de peps et d’inventivité d’Anaïs Halard est plus que convaincant, le graphisme est assurément le point fort de cette nouvelle série jeunesse. Un trait plein de fantaisie, un univers aux contours bien définis, un dessin au pastel et au fusain qui crée cet effet un peu brumeux si agréable, on se fond avec délice dans le monde fabuleux et enfantin imaginé par le talentueux Bastien Quignon qui semble s’amuser comme un petit fou. Les jeunes lecteurs risquent eux aussi de se régaler, tout comme ils risquent d’ailleurs de reproduire l’expérience scientifique expliquée par Sacha dans un bonus de l’album… Tous aux abris ! 😀

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 Éditions Soleil (Mars 2017)

Collection Métamorphose

88 p.

 

Prix : 16,95 €

ISBN : 978-2-302-05972-6

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Mo’

Trois ans de pépites jeunesse, ça se fête !

3 bougiesTrois ans déjà que Jérôme et moi avons décidé d’organiser un rendez-vous pour présenter ensemble (presque) chaque mardi une pépite jeunesse. Une envie commune de mettre en avant cette littérature jeunesse intelligente et novatrice que nous aimons tant, celle qui bouscule, réveille, fait réfléchir, rêver ou pleurer parfois. Celle qui fait grandir. Un rendez-vous qui nous tient à cœur et qui nous a permis de dénicher des tas de pépites, des titres courts, forts et percutants qui prouvent toute la diversité et la vitalité de la littérature jeunesse actuelle, sûrement la plus belle.

 

Près de 100 pépites en trois ans, on ne pouvait pas ne pas fêter ça dignement !  Nous voulions au départ mettre en lumière 10 pépites de 10 auteurs différents mais la tâche s’est avérée impossible. Nous avons finalement choisi 13 pépites de 13 auteurs chouchous qui ont marqué notre rendez-vous. Une sélection très subjective, certes, mais des plumes, des collections et des maisons d’édition incontournables sur lesquelles nous n’avons eu aucun mal à nous mettre d’accord. Des évidences en somme…!

 

Et puisque l’idée de ce rendez-vous est avant tout le partage, nous vous proposons de découvrir ces pépites. Deux exemplaires de chaque sont à gagner. Pour participer, rien de plus simple, il suffit de laisser un commentaire ici ou chez Jérôme et de nous préciser si vous avez déjà lu un ou plusieurs titres de la liste. Pour le reste, on s’occupe de tout 😉

 

♥ Nos 13 pépites incontournables

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La piscine était vide de Gilles Abier

Max et les poissons de Sophie Adriansen

Dans le désordre de Marion Brunet

Traits d’union de Cécile Chartre

La belle rouge d’Anne Loyer

Sauveur & fils, saison 1 de Marie-Aude Murail

Ma mère, le crabe et moi d’Anne Percin

A ma source gardée de Madeline Roth

Les Fragiles de Cécile Roumiguière

Hugo de la nuit de Bertrand Santini

Ma tempête de neige de Thomas Scotto

Rien que ta peau de Cathy Ytak

Trop tôt de Jo Witek

 

Le concours est également ouvert à nos amis Belges, Canadiens, Suisses et aux DOM-TOM. Les gagnants seront annoncés le 1er avril (et ce n’est pas un poisson !)

 

Bonne chance à tous !

Et un grand merci, encore, de votre fidélité à ce chouette rendez-vous…!

 

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Cachés dans la jungle – Peggy Nille

jungle

Whaou…!

 

Une merveille que ce « cherche et trouve » qui nous plonge au cœur de la jungle ! Une jungle hommage au Douanier Rousseau qui emmène le lecteur dans un voyage somptueux et poétique du petit matin jusqu’à la la nuit emplie de secrets.

 

Dix paysages spectaculaires et vingt animaux qui s’amusent à jouer les caméléons dans une végétation aussi foisonnante que luxuriante. Vingt animaux facétieux que l’on prend un plaisir fou à débusquer dans chaque planche, les yeux grands écarquillés.

 

Soyez attentifs, le roi des animaux ne doit pas être bien loin. Cherchez bien, près de la cascade rafraichissante, au creux des herbes hautes, perchés dans les palmiers, un lézard malicieux, une panthère bleue ou un alligator rusé se cachent peut-être. Avec un petit peu d’attention, vous tomberez sûrement sur des flamants roses amoureux, un girafon et sa maman, une tortue rêveuse… et même un petit dinosaure !   

 

Grâce et élégance du dessin, couleurs éclatantes, richesse des détails, le magnifique album de Peggy Nille fait pétiller les yeux ! Bijou ♥

 

Le site de Peggy Nille

 

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Éditions Actes Sud junior (Mars 2017)

32 p.

 

Prix : 14,80 €

ISBN : 978-2-330-07535-4

 

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