Une longue impatience – Gaëlle Josse

Je savais qu’il allait me falloir trouver le bon moment pour ouvrir le dernier roman de Gaëlle Josse. Un certain état d’esprit, une disponibilité, de la place pour l’émotion, l’écho et les larmes. Je savais qu’il y aurait beaucoup d’elle dans ce roman, beaucoup de moi aussi, peut-être même un peu trop. Je savais qu’il parlerait à mon cœur de maman, qu’il l’ouvrirait en grand avant de le fendre en deux, qu’il le ferait battre peut-être un peu trop fort, quitte parfois à ce qu’il s’emballe. Je l’ai su dès les premières lignes lues dans un train. Je l’ai reposé aussitôt. Ce n’était pas le moment non. Il me fallait mon cocon, mes habitudes de lectrice, mon chez-moi rassurant. Des repères en guise de garde-fou pour un trop-plein d’émotions difficiles à canaliser…

 

Quand je l’ai repris je savais aussi qu’il me faudrait le lire d’une traite sans le reposer. Entrer dans l’histoire pour ne plus en sortir. Vivre l’attente, l’absence, le vide… au plus près de cette mère endeuillée. Une vie d’attente, qu’est-ce sinon le deuil de l’enfant perdu…? Louis est parti. A seize ans, il a mis les voiles et n’est jamais revenu. Dans son petit village de Bretagne envahi par les embruns qui se relève à peine de la guerre, Anne attend en tentant de maintenir le fragile équilibre familial pour ceux qui restent et comptent sur elle. Elle comprend. Elle sait. Elle survit. Parce qu’il le faut. Pour elle. Pour lui…

 

« Depuis, ce sont des jours blancs. Des jours d’attente et de peur, des jours de vie suspendue, de respiration suspendue, à aller et venir, à faire cent fois les mêmes pas, les mêmes gestes… »

 

Fragile funambule, Anne chancelle au bord du vide. A la limite de la folie. Aux confins de la douleur. Elle l’attend et elle imagine. Les retrouvailles. La fête. La joie revenue. Et tout dans les mots de Gaëlle Josse dit la tragédie de cette mère qui vacille sans jamais tomber, cette mère courage qui reste une épouse, et une femme, malgré tout. Dans cette longue lettre à l’absent, tout en pudeur et délicatesse, elle parle aux mères, à celles qui l’ont été ou ne le seront peut-être jamais. Elle dit l’amour incommensurable, l’angoisse permanente, la force et la fragilité si intimement liées. C’est peu dire qu’il fait écho ce texte là. Qu’il chamboule et qu’il bouleverse… La plume, aérienne, ciselée, épouse les remous d’une âme meurtrie. Elle se fait tempête, sait se faire silence, souligne les tourments, accentue le vide. Et elle dit l’essentiel ♥

 

« Ma maison à moi, c’est l’attente. C’est l’océan et le bateau de Louis. Quelque part sur une mer du monde. L’incertitude comme seul point fixe. Sous mes gestes de chaque jour, il n’y a que du vide. De la place pour les songes apportés par le vent, pour les mots racontés par les flots. »

 

Les avis de Agathe, Asphodèle, Joëlle, Jostein, Nicole, Séverine, Virginie

 

De Gaëlle Josse, sur le blog, Les heures silencieuses

 

Éditions Noir sur Blanc (Janvier 2018)

Collection Notabilia

190 p.

 

Prix : 14,00 €

ISBN : 978-2-88250-489-0

18 commentaires sur “Une longue impatience – Gaëlle Josse

  1. J’ai encore « Les heures silencieuses » à découvrir, je vais commencer par là parce que celui-ci a l’air trop dur pour mon petit coeur tout mou.

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