L’école de Léon – Serge Bloch

L-ecole-de-Leon.gifCet album est un petit bijou ! En cette période de rentrée, voici le livre idéal pour dédramatiser l’entrée à l’école et pour franchir tout en douceur cette étape fondamentale dans la vie des tout petits ! Un bel album, magnifiquement illustré par Serge Bloch, aux textes plein d’humour.

 

C’est un grand jour pour Léon, aujourd’hui il entre à l’école MA-TER-NELLE, parce que maintenant, Léon est grand ! A la fois excité et angoissé, accompagné da sa maman et de son papa, Léon découvre sa classe, sa maîtresse Karine, et ses futurs copains… « Et là, c’était l’horreur ! Il y avait plein d’enfants qui pleuraient, des vraies sirènes de police, et plein de parents qui essayaient de les consoler. » Léon découvre tous les adultes de l’école, il se fait des copains, César, le copain de bagarre, Antonin, le roi des bêtises, madame Lucie-je-sais-tout ou Elodie qui est toujours amoureuse. Il apprend qu’il y a des choses « qu’on a le droit de ne pas faire« , découvre le plaisir de la récré où « on crie, on crie, on crie« , la cantine, le moment de la sieste, et surtout, Léon travaille et apprend « la vie en société« . Karine leur apprend des comptines, des chansons, raconte des histoires… Et « enfin, c’est l’heure des mamans. Ça veut dire que les mamans arrivent pour nous chercher mais parfois ce sont les papas, les mamies ou Sabrina. En tous cas, l’école est finie… »

 

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Les enfants adorent…, et les parents aussi ! Un bel album qui retranscrit très fidèlement une journée à l’école maternelle mais aussi les différents sentiments expérimentés par les petits… Un livre indispensable pour les enfants qui entrent pour la première fois à l’école, mais aussi pour les plus grands qui redécouvriront avec plaisir toutes ces petites choses qui font leur quotidien d’élèves !

Un album que Loupinou, qui vient pourtant de faire sa rentrée chez « les grands », relit régulièrement avec plaisir, et ce depuis le jour où il lui a été offert par Isa, la copine-maîtresse de maman !

leon-granditPremières phrases : « Oui, je sais !… On ne dit pas l’école à Léon mais l’école de Léon. C’est Karine qui me l’a dit et Karine, c’est ma maîtresse. Elle est très belle parce qu’elle a des cheveux très longs de princesse. »

 

Au hasard des pages : « C’était ça l’école !… J’ai serré la main de maman et j’ai senti comme si je pleurais à l’intérieur pour pas que ça se voit. »

 

Éditions Albin Michel Jeunesse (Septembre 2000)

46 p.

 

ChallengeAlbums

4/24

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La vie lente des hommes – Sylvie Aymard

La vie lente des hommesLa vie lente des hommes fait partie de ces romans que l’on lit d’une traite, avec le sentiment de vivre un moment hors du temps. Je ne connaissais pas Sylvie Aymard mais cette lecture m’a donné envie de découvrir ses deux précédents romans… Une écriture sensible, émouvante et pudique à la fois, une belle histoire, une très jolie découverte !

 

Nous sommes en 1939, la guerre est bien là, c’est la mobilisation générale. Bussy a treize ans et déjà, sa beauté est une offense. « Elle n’y peut rien, ses yeux armés de cils trop longs lui donnent un air espiègle et pervers. » Matteo est bien conscient du regard des hommes sur sa petite fille, elle est très belle, trop belle, « d’une beauté à cacher dans une tour », comme sa mère Lisa, morte en lui donnant naissance. Pour la soustraire à la guerre, il l’emmène en Province chez une amie d’enfance de Lisa, Annette. Là, elle rencontrera Daniel, un jeune résistant, un premier amour qui bouleversera sa vie à jamais…

Tristan a lui aussi fui Paris pour y revenir très vite aider son père à la mercerie. La vie dans une ferme auvergnate, l’exode, très peu pour lui. A la Libération, au plus fort de la liesse de la victoire, au milieu de la foule, Tristan aperçoit Bussy. Inaccessible, elle lui échappe, le laissant hébété et vide. Le hasard les réunira et Tristan ne quittera plus jamais Bussy. Les années passent, Bussy a un secret qui la ronge… Esther, adulte, raconte la vie de sa mère, ce qu’elle en sait, ce qu’elle devine, ce qu’elle redoute, son errance, son désir de liberté.

 

Quel roman magnifique ! J’ai tout aimé dans ce roman, la plume de l’auteur m’a transportée, c’est poétique et envoûtant, c’est beau, tout simplement.

Le lecteur écoute cette histoire, celle de Bussy et de Tristan. Il écoute cette même histoire de la bouche d’Esther, Esther au physique banal, subjuguée par la beauté de sa mère. Esther tient un chenil. A elle seule elle est un refuge, pour les animaux, et pour les hommes aussi. Ils viennent à elle, souvent… Confusément, elle cherche dans chacun de ces hommes, qui est sa mère, qui est Bussy.

Sylvie Aymard nous offre deux très beaux portraits de femmes, chacun de ces portraits éclairant l’autre. Dans un entretien réalisé par son éditeur, elle dit : « Mes héroïnes courent après leur liberté, les hommes montent la garde. » Et elles sont belles ses héroïnes, les hommes ne peuvent que les contempler, les aimer, les protéger. Tristan et son amour « jamais consumé » pour Bussy, Matteo, père ébloui, père attentif : deux très beaux portraits d’hommes aussi…

Vous l’aurez compris, ce livre est un coup de coeur ! Merci à ma libraire pour ce très bon conseil de lecture ! Et merci madame Aymard pour ce roman lumineux, vous m’avez séduite !

 

Premières phrases : « Elle porte un châle en laine, croisé fort dans le dos, contre la primo-infection. Même en ce début septembre presque torride. L’après-midi est roux, teigneux, crépitant de soleil. »

 

Au hasard des pages : « Matteo tire la robe de la jeune fille pour cacher ses cuisses. Il ne dit rien, préfère ignorer ce qu’il désapprouve. Il reconnaît dans les yeux de Lucien cette lueur qui s’écrase toujours sur elle, avec une légère brisure découragée. Elle est d’une beauté à cacher dans une tour. On la soupçonne disponible, facile à dilapider. L’envie des autres l’embellit sans cesse. » (p. 20)

 

« Un jour, il faudra bien qu’elle me raconte dans l’ordre. Mon enfance est une succession de scènes, d’images courtes, de plans coupés, de marionnettes à gourdin qui s’assomment entre elles avec entrain et imprévu. » (p. 87-88)

 

Éditions Maurice Nadeau (Juin 2010)

137 p.

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Le jeudi, c’est citation ! (3)

Jeudi citation

 

Grâce à Chiffonnette, je continue d’explorer les recoins de ma bibliothèque à la recherche des ces livres qui m’ont marqué, de ces petits bijoux que je garde précieusement. Ces livres qui n’ont plus l’odeur du neuf et que je retrouve parfois abondamment annotés, surlignés, triturés… C’est le cas de L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera, dont j’avais à l’époque acheté toute la bibliographie ! Quel titre magnifique ! Difficile là encore de choisir un passage parmi les nombreuses phrases cultes de ce roman…, alors j’en ai choisi plusieurs !

 

« Ne pouvoir vivre qu’une vie, c’est comme ne pas vivre du tout. » (p. 20)

 

« L’amour ne se manifeste pas par le désir de faire l’amour (ce désir s’applique à une innombrable multitude de femmes) mais par le désir du sommeil partagé (ce désir-là ne concerne qu’une seule femme). (p. 29)

 

« Aimer quelqu’un par compassion, ce n’est pas l’aimer vraiment. » (p. 36)

 

« Ce qui distingue l’autodidacte de celui qui a fait des études, ce n’est pas l’ampleur des connaissances, mais des degrés différents de vitalité et de confiance en soi. » (p. 86)

 

« Celui qui veut continuellement « s’élever » doit s’attendre à avoir un jour le vertige. Qu’est ce que le vertige ? La peur de tomber ? Mais pourquoi avons-nous le vertige sur un belvédère pourvu d’un solide garde-fou ? Le vertige, c’est autre chose que la peur de tomber. C’est la voix du vide au-dessous de nous qui nous attire et nous envoûte, le désir de chute dont nous nous défendons ensuite avec effroi. » (p. 93)

 

(…) Je m’arrête là, il y en a encore des dizaines d’autres de soulignées dans mon vieil exemplaire !

 

Insoutenable légèreté

L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera (1984)

Disponible aux éditions Gallimard, collection Folio (1990)

476 p.

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D. Tome 1. Lord Faureston – Ayroles/Maïorana/Leprévost

D.jpgVoici le premier tome d’une série qui s’annonce jubilatoire… Tous les ingrédients du succès y sont réunis : un titre qui soulève quelques interrogations, un dessin lumineux et précis, des personnages que l’on a envie de suivre et une intrigue alléchante ! Avouez que la seule couverture est une invitation à ouvrir cet album.

 

XIXe siècle, Londres. Toute la haute société victorienne se retrouve à la réception donnée ce soir par le général Stanford. C’est précisément l’endroit qu’a choisi Richard Drake pour faire son grand retour : mi explorateur, mi aventurier, il lui faut à tout prix trouver un généreux donateur pour financer sa prochaine expédition. Quand son regard croise celui de miss Catherine Lacombe, il est immédiatement séduit, et pas seulement par sa beauté : elle a du répondant et n’hésite pas à lui dire ce qu’elle pense de certains de ses écrits. C’est le moment que choisit Lord Faureston pour faire son entrée et inviter la belle à valser… Le concurrent est de taille : dandy, sexy et énigmatique… Son comportement est plus qu’intriguant et a le don d’agacer le rustre Richard. Plus tard dans la soirée, intervient un nouveau personnage, Mister Jones, petit homme timide, dans des circonstance que je ne détaillerai pas ici… Il n’a de cesse de répéter que miss Lacombe est en danger, et il sait de quoi il parle : il est chasseur de vampires !

 

Cette relecture du mythe de Dracula est admirablement bien ficelée et ce premier tome donne le ton. Même si nous ne sommes pas encore dans le « vif » du sujet, toutes les bases de l’intrigue sont posées. L’atmosphère de l’époque est très bien retranscrite : bals somptueux, boudoirs enfumés, soirées mondaines, tout le faste de la haute société victorienne est rendu dans des planches que j’ai souvent trouvées sublimes. La rivalité entre Richard Drake et Lord Faureston est savoureuse et on se met aisément dans la peau de Catherine : comment choisir entre l’aventurier un peu bourru et le séduisant Lord Faureston ? Si l’un lui fait une cour assidue, l’autre lui fait livrer des roses rouges chaque jour…, cruel dilemme ! Le personnage de Lord Faureston est on ne peut plus énigmatique, sublime, blond, sensuel et cruel, un parfait vampire ! Même si ce premier tome est plutôt centré sur Richard Drake, Lord Faureston ne restera pas longtemps dans l’ombre !

Par les auteurs de Garulfo (Ayroles est aussi le dialoguiste de De cape et de crocs, doit-on le rappeler…), voici une belle entrée en matière pour une série qui devrait compter trois ou quatre tomes tout au plus. Le décor est planté, les personnages présentés… Mention spéciale aux dialogues impeccables et à l’humour, toujours subtil. A quand la suite ?

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Éditions Delcourt (Janvier 2009)

Collection Conquistador

62 planches

 

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La BD du mercredi, c’est chez Mango…, et chez plein d’autres !

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Corps – Fabienne Jacob

CorpsEncore un livre qui figure en bonne place sur les tables des libraires en cette rentrée littéraire. J’ai été attirée, une fois n’est pas coutume, par la sobre couverture en noir et blanc et le titre surtout : un seul mot, lourd de sens… Je me suis lancée dans cette lecture avide d’en savoir plus.

 

Monika est esthéticienne. Tous les jours elle voit défiler dans le salon de beauté ou elle travaille des dizaines de femmes, toutes plus différentes les unes que les autres. Des femmes soucieuses de leur apparence, des femmes résignées du temps qui passe, des femmes qui ne veulent pas vieillir, des femmes dont la beauté coupe le souffle et d’autres dont le corps est vécu comme un poids. Des femmes qui se taisent, d’autres qui, au contraire, dévoilent en plus de leur intimité le plus profond de leur âme : en confiance, elles racontent, et Monika écoute. Le récit alterne entre ces portraits de femmes (la femme du boucher, si blanche et si frêle, Alix, maigre et sans odeur, Adèle, vieille dame coquette que personne n’a plus touchée depuis la mort de son mari, Grâce, tellement belle qu’elle irradie, Ludmilla qui refuse la vieillesse) et les souvenirs d’enfance de la narratrice.

 

Je ne m’attendais pas du tout à ce type de roman quand j’en ai commencé la lecture… Je ne m’attendais pas non plus à ce type d’écriture : point de dialogues, ou si peu, et uniquement en relation avec les souvenirs d’enfance de la narratrice. Point d’échange verbal entre la narratrice et ses clientes, ces femmes qui font à mon avis tout le sel du roman. Le lecteur est face à un long monologue intérieur, elle parle, on écoute… et on se perd parfois entre les histoires de ces femmes et les anecdotes du passé. Et c’est là que le bât blesse : ce style parlé, souvent ennuyeux, parfois indigeste… Impossible de m’attacher à Monika : seuls les portraits de femmes ont trouvé grâce à mes yeux, certains émouvants, d’autres très justes. Il manque quelque chose à ce roman, et je ne saurais dire quoi. Pourtant, on y trouve de belles réflexions sur les femmes, de jolies phrases. A vous de juger, en ce qui me concerne, cette lecture m’a laissée de marbre…

 

Le livre est tombé des mains de Theoma …, Le livraire est mitigé… Cathulu a aimé.

 

Premières phrases : « Quand tout aura disparu, il restera cela. Pouvoir éteindre une lampe. Le pouvoir de faire le noir. »

 

Au hasard des pages : « Je sais moi quand elles sont belles. Les femmes, c’est mon métier, elles sont belles quand elles sont dans leur vérité. Exactement dans la coïncidence de leurs corps et des années, cela s’appelle la vérité. Personne leur a jamais dit ça. Un truc aussi simple que ça, la vérité. Elles sont prêtes à gober tout le reste mais pas ça. » (p. 33)

 

Éditions Buchet/Chastel (août 2010)

156 p.

 

1pourcent

2/7

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Mon vieux et moi – Pierre Gagnon

Mon-vieux-et-moi.jpgParmi les nombreux livres de la rentrée littéraire, celui ci a attiré mon attention. Le résumé très court que m’en a fait ma libraire a achevé de m’intriguer : l’histoire d’un homme qui en adopte un autre, l’histoire d’un retraité qui adopte un vieillard de 99 ans… Un roman court d’un auteur québécois et un point de départ plutôt original : l’idée ne pouvait que me séduire.

 

Le narrateur est un jeune retraité. Vivant seul, sans parent ni enfant, il lui vient l’idée saugrenue d’adopter Léo, pensionnaire de la même maison de retraite que sa tante. Quand celle ci meurt, le narrateur se rend compte que c’est Léo qui lui manque. Quelques tracasseries administratives et une ou deux visites du service social plus tard, le narrateur se retrouve avec une liste de recommandations à suivre, des travaux pour réaménager l’appartement à faire…, et Léo ! Léo est un colocataire des plus agréables, il est d’accord pour tout, est rarement de mauvaise humeur, a des petites manies et des petites habitudes rassurantes et s’adresse au narrateur en l’appelant « mon vieux ». Le quotidien est rythmé par des petites choses, des discussions, des silences aussi, et surtout, beaucoup de tendresse. Mais Léo est vieux, très vieux, et le quotidien n’est pas toujours rose…

 

Voilà un roman fort sympathique. L’amitié profonde qui unit le narrateur à Léo est faite de tous petits riens : jouer aux cartes, ou aller aux marché aux puces et y acheter une énorme malle à trésors… Quand la santé de Léo décline, il faut s’adapter, se rendre à l’évidence. Léo prend le hamster pour un chat et le nourrit de pâtée en boîte, Léo ne reconnaît pas ses mains et les regarde d’un air perplexe, Léo chante pour s’endormir et ne s’arrête plus, Léo a peur des bruits la nuit, Léo engueule sa propre image dans le miroir…

Ce petit livre aborde le thème de la vieillesse de façon très pudique : Léo est attachant, on s’amuse, on s’émeut. Cette lecture, même si elle n’est pas un coup de coeur, a été une parenthèse agréable. Un sujet original, une belle histoire d’amitié faite de tous petits riens…Dommage peut-être que ce livre soit si court…

 

Les avis de Cécile, Cuné, Miss Rose, Stéphie

 

Première phrase : « Je viens d’adopter… »

 

Au hasard des pages : « Si vivre avec une personne âgée apporte de grands questionnements, je constate aujourd’hui que bien des réponses sont facultatives. Je côtoie l’incertitude et l’inexplicable au quotidien, et je m’en porte très bien. » (p. 27)

« Un soir, je me suis allongé près de lui et j’ai lu, à haute voix, Le Vieil Homme et la Mer. « Quand le jour pointa, le vieux avait parcouru plus de chemin qu’il ne l’espérait… » Ensuite, j’ai parlé à mon père décédé. Plus tard, aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai eu une pensée pour le bureau, à cette période de ma vie où toute mon équipe appuyait mes décisions. Maintenant, je fais face à la prise de décision la plus difficile de ma vie, et je dois l’affronter seul. Je ne connais presque rien de Léo et j’ai réussi à l’aimer. Je suis fier de moi. Bientôt, il me faudra le rendre. Il me semble que l’on ne fait que ça de notre vivant, abandonner ceux qu’on aime. » (p. 58)

 

Éditions Autrement (août 2010)

Collection Littératures

86 p.

 

1pourcent

1/7

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La porte des Enfers – Laurent Gaudé

Porte des enfers Laurent Gaudé fait partie de ces auteurs qui me touchent particulièrement. Un de ceux dont l’écriture me laisse admirative, un de ceux qui parvient sans mal à me projeter dans son univers. Je n’avais pas lu La porte des Enfers à sa sortie en 2008 ; j’ai donc profité de sa parution en poche cet été pour me le procurer. Autant le dire tout de suite : ce roman m’a bouleversé…

 

Naples, 1980. Ce matin là, exceptionnellement, Matteo accompagne son fils à l’école. Il est en retard, il est pressé, il est énervé, Pippo, six ans, le suit tant bien que mal. La circulation est si dense que Matteo a en effet abandonné la voiture pour continuer à pieds. Et c’est la fusillade… Après un instant d’incompréhension, Matteo plaque son fils au sol pour le protéger. Quand le silence revient enfin, Matteo s’aperçoit que son fils a été touché par une balle. Les secours arrivent mais il est déjà trop tard : Pippo est mort. Comment peut-on survivre à la perte d’un enfant ? Matteo et sa femme Giuliana voient leur vie entière s’effondrer. Le couple est à la dérive, Giuliana, inconsolable et du plus profond de son désespoir, demande à son mari l’impossible : qu’il lui rende son fils, ou qu’il punisse lui même son meurtrier. Matteo ne pourra pas, Giuliana partira, abandonnant à la fois son mari et le souvenir de son enfant. Chaque nuit, dans son taxi vide, Matteo va parcourir la ville. Une de ces nuits de solitude, il trouvera refuge un peu par hasard dans le café de Garibaldo. Il y rencontrera Grace le travesti, le curé Mazerotti et le « professore » Povolone qui croit en l’existence d’une porte conduisant aux Enfers… Vingt ans plus tard, Pippo raconte son histoire…

 

J’ai adoré ce roman, à la fois tragique, poétique et onirique. Oui, le sujet de la perte d’un enfant, du deuil, de la mort n’est pas facile mais Laurent Gaudé nous plonge dans le drame de cette famille sans jouer sur la corde sensible, sans pathos, même si certains passages sont très durs : la douleur y est palpable, sans nom, inimaginable. Le personnage de la mère est bouleversant, elle qui préférera tout quitter y compris le souvenir même de son fils plutôt que de vivre dans la douleur de son absence.

Le lecteur bascule du réel au fantastique sans s’en rendre compte et accompagne Matteo dans les entrailles de la Terre dont personne n’est jamais revenu… La description de la descente aux Enfers proprement dite est effroyable, les Ombres n’acceptant pas leur mort n’ayant de cesse d’essayer de fuir et de regagner le monde des vivants. Et que dire de la fin du roman, profondément émouvante…

Vous l’aurez compris, cette lecture m’a marqué, c’est un vrai coup de coeur ! Lire La porte des Enfers a été pour moi un moment hors du temps, entre mythe et conte, fantastique et réalité. Je ne peux que vous conseiller de faire vous même le voyage jusqu’à la porte des Enfers, vous n’en sortirez pas indemne…

 

A lire, les avis de Stéphie, Amanda, Papillon, Clara et bien d’autres encore !

 

Premières phrases : « Je me suis longtemps appelé Filippo Scalfaro. Aujourd’hui je reprends mon nom et le dis en entier : Filippo Scalfaro De Nittis. Depuis ce matin, au lever du jour, je suis plus vieux que mon père. »

 

Au hasard des pages : « Les gens, souvent, félicitaient Matteo pour sa force. On le trouvait solide et courageux. Cela lui semblait toujours saugrenu car il savait, lui, à quel point il était amputé et détruit. Il savait tous les gestes qu’il ne pouvait plus faire : entrer dans la chambre de Pippo, prononcer son nom, retourner aux endroits où ils allaient ensemble. Il savait qu’il était dans le même état d’hébétude du matin au soir et que plus rien ne comptait. » (p. 45-46)

 

Éditions Actes Sud, collection Babel (mai 2010)

266 p.

Paru précédemment en grand format (août 2008)

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1 mois déjà !

Ayé !!! « Bébé-blog » a 1 mois !! Bon, il faut vous l’avouer, la date officielle de création de ce blog est en fait le … 07 septembre 2009 ! C’est vrai, j’ai traîné, j’ai attendu avant de me lancer, mais depuis ce fameux premier billet…, on ne peut plus m’arrêter ! J’ai adoré découvrir les blogs des uns et des autres, j’y ai fait de jolies rencontres, j’y ai pioché un tas d’idées… Un premier petit bilan s’impose !

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Un mois de lectures c’est :

– 23 livres lus soit 4232 pages avalées !

– 1828 pages vues par vous

– 531 visites

– 149 commentaires…

 

Un mois de lectures c’est aussi :

 

Travail soigné Une lecture choc !              A Melie sans melo Un chouette moment de détente !

blankets Une jolie découverte BD !   Firmin Un abandon…

 

Un mois de lectures et trois rendez-vous désormais incontournables :


Challenge-BD-logoLa BD du mercredi chez Mango

Jeudi citationLa citation du jeudi chez Chiffonnette, qui me permet de replonger avec délice dans mes romans cultes !

logo-ogawa  logo-mamLes découvertes d’auteurs chez Pimprenelle : en août Yoko Ogawa, à venir en septembre Marie-Aude Murail

 

 

Un mois de lectures c’est aussi des challenges :

 

ChallengeAlbums Le challenge Je lis aussi des albums à l’initiative de Hérisson avec comme objectif de lire 24 albums d’ici fin décembre 2010 (je sais, j’ai pris le niveau Big Challenge mais bon…, on y croit !)

1pourcent Le challenge 1% littéraire 2010 repris cette année par Schlabaya : la rentrée littéraire voyant arriver dans nos librairies 701 nouveaux romans, le but est donc d’en lire au moins 7, c’est raisonnable…

 

Un mois de lectures c’est aussi des blogs « amis » :

 

Courrez vite chez Stéphie du blog Mille et une pages, elle est en grande partie responsable de la création de ce blog !

Filez aussi chez Sara du blog Les livres de Sara dont j’aime vraiment beaucoup la plume… et l’humour !

Faites un tour chez Blueverbena du blog Blueverbena’s, ma copine à moi, qui s’est elle aussi lancée dans l’aventure il y a peu et dont j’aime beaucoup les billets ! (fin de l’hommage !!)

 

Et bien sûr, un grand merci à ceux qui de temps en temps, derrière leur écran, viennent faire un petit tour chez moi…

Dans quelques jours, c’est la rentrée…, pas littéraire celle là ! Sûrement l’occasion d’inaugurer une nouvelle rubrique sur ce blog, mais Chut !… C’est une surprise !

 


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Le Jeudi, c’est citation ! (2)

Jeudi citation

Deuxième participation à cette chouette initiative de Chiffonnette ! Cette fois, je vous laisse découvrir un extrait d’un de mes grands coups de coeur de lecture, un pavé qu’il faudrait que je relise tellement il m’avait marqué à l’époque, sans parler de l’adaptation au cinéma avec James Dean…! 

Ce chef d’oeuvre, n’ayons pas peur des mots, c’est A l’Est d’Eden de John Steinbeck, paru en 1952…, une fresque qui retrace l’histoire de deux familles, les Trask et les Hamilton, mais qui permet aussi à l’auteur de nous raconter l’histoire de son pays. Vous n’oublierez pas de sitôt Adam et Charles, demi-frères si différents, Cathy, la femme d’Adam et les jumeaux Caleb et Aaron…

 

« Je ne sais pas ce que nous réservent les années à venir. De monstrueux changements se préparent, des forces dessinent un futur dont nous ne connaissons pas le visage. Certaines d’entre elles nous semblent dangereuses parce qu’elles tendent à éliminer ce que nous tenons pour bon. Il est vrai que deux hommes réunis soulèvent un poids plus aisément qu’un homme seul. Une équipe peut fabriquer des automobiles plus rapidement et mieux qu’un homme seul. Et le pain qui sort d’une fabrique est moins cher et de qualité plus uniforme que celui de l’artisan. Lorsque notre nourriture, nos vêtements, nos toits ne seront plus que le fruit exclusif de la production standardisée, ce sera la tour de notre pensée. Toute idée non conforme au gabarit devra être éliminée. La production collective ou de masse est entrée dans notre vie économique, politique et même religieuse, à tel point que certaines nations ont substitué l’idée de collectivité à celle de Dieu. Il est trop tôt. Là est le danger. La tension est grande. Le monde va vers son point de rupture. Les hommes sont inquiets.
Aussi, il me semble naturel de me poser ces questions. En quoi crois-je ? Pour quoi dois-je me battre ? Et contre quoi dois-je me battre ?
Notre espèce est la seule créatrice et elle ne dispose que d’une seule faculté créatrice : l’esprit individuel de l’homme. Deux hommes n’ont jamais rien créé. Il n’existe pas de collaboration efficace en musique, en poésie, en mathématiques, en philosophie. C’est seulement après qu’a eu lieu le miracle de la création que le groupe peut l’exploiter. Le groupe n’invente jamais rien. Le bien le plus précieux est le cerveau isolé de l’homme. Or, aujourd’hui, le concept du groupe entouré de ses gendarmes entame une guerre d’extermination contre ce bien précieux : le cerveau de l’homme. En le méprisant, en l’affamant, en le réprimant, en le canalisant, en l’écrasant sous les coups de marteau de la vie moderne, on traque, on condamne, on émousse, on drogue l’esprit libre et vagabond. Il semble que notre espèce ait choisi le triste chemin du suicide.
Voici ce que je crois : l’esprit libre et curieux de l’homme est ce qui a le plus de prix au monde. Et voici pour quoi je me battrai : la liberté pour l’esprit de prendre quelque direction qui lui plaise. Et voici contre quoi je me battrai : toute idée, religion ou gouvernement qui limite ou détruit la notion d’individualité. »  

(Début du chapitre XIII)

 

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A L’Est d’Eden de John Steinbeck

Paru en Livre de poche

631 p.

 


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Le Chat du Rabbin 1. La Bar-Mitsva – Joann Sfar

le-chat-du-rabbin1.gifMa culture BD étant ce qu’elle est, j’avoue humblement ne pas avoir lu Le Chat du Rabbin à sa sortie, et ce pour plusieurs raisons : le thème tout d’abord, la religion, le judaïsme, pas très folichon tout ça… Et l’auteur aussi : au risque de me mettre à dos ces nombreux fans, je dois avouer que le dessin de Joann Sfar me laisse de marbre. Le Chat du Rabbin étant une BD culte pour de nombreux professionnels et amateurs éclairés, je répare donc une lacune, et je me lance, dans l’espoir de changer d’avis !

 

Le chat du rabbin est un chat comme les autres : il se prélasse, il ronronne, il se fait cajoler par sa maîtresse, Zlabya, qui se trouve être la fille du rabbin. Malheureusement il n’est pas seul : il cohabite avec un perroquet qui passe son temps à jacasser et à lui casser les oreilles, c’est pénible à la fin ! Ni une ni deux, un jour d’intense frustration, le chat se jette sur le perroquet et n’en fait qu’une bouchée ! Voilà, enfin débarrassé ! Oui mais…, le chat se met à parler, et ça vous avouerez que ce n’est pas banal ! Et ses premières paroles seront des mensonges puisqu’il affirme au rabbin que le perroquet va revenir, qu’il est juste sorti faire une course ! C’en est trop pour le rabbin, mentir, c’est mal, alors il en fera un bon juif ! Quitte à devenir un bon chat juif, autant faire sa bar-misva, le chat l’exige… Il persuade le rabbin de consulter son maître, « le rabbin du rabbin » qui lui pense que la meilleure place pour ce chat qui a réponse à tout est d’être enfermé dans un sac au fond d’une rivière ! En attendant, le chat se rend compte que sa maîtresse lui manque, parler n’a pas que des avantages…

 

Après avoir dépassé mes à priori sur Sfar, je dois tout de même avouer que ce fut un bon moment de lecture. J’ai aimé le personnage du chat, à l’opposé du chat doux, mignon et tendre qui vient se lover sur vos genoux : il est laid, efflanqué, cynique, lucide, pervers, têtu, borné et surtout ne lâche jamais le morceau ! Ses discussions avec le rabbin et surtout avec « le rabbin du rabbin » sont savoureuses, autant dire que la religion en général, le judaïsme en particulier et l’Homme tout court en prennent pour leur grade ! Même si je n’ai pas été séduite (eh non, toujours pas !) par le dessin de Sfar et que je trouve le trait grossier, je dois admettre que c’est intelligemment fait ! Les répliques sont percutantes et font très souvent mouche.

Quelques extraits pour preuve : « Le rabbin du rabbin dit que non, que la bar-mitsva, c’est pas fait pour les chats. Je lui demande quelle est la différence entre un humain et un chat. Il me répond que Dieu a fait l’homme a son image. Je lui demande de me montrer une image de Dieu. Il me dit que Dieu c’est une parole. »

Ou encore : « Nous commençons donc par le début, et mon maître m’enseigne que le monde fut créé par Dieu en sept jours, il y a cinq mille sept cents ans et des poussières. Je lui demande s’il se fiche de moi. Il me dit que non ; que c’est la vérité. Je lui dis que c’est ridicule et qu’avec du carbone 14, on peut prouver scientifiquement que le monde existe depuis des milliards d’années. »

Un petit dernier pour la route : « Je n’aime pas trop les jeunes hommes. Surtout quand ils se passionnent pour la religion. Ils la manipulent comme un instrument de pouvoir. L’érudition leur sert à prendre la parole à table. A se faire remarquer des femmes, à écraser leurs rivaux, à couper la parole à leur père. »

Une bande dessinée à découvrir donc, si comme moi (honte à vous !) vous ne l’aviez pas encore lue. Pour ma part je ne sais pas si je lirai maintenant la suite des aventures du chat du rabbin, mais il ne faut jamais dire jamais !

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La Bd du mercredi, c’est chez Mango…, et chez plein d’autres !  

 

 

Éditions Dargaud (janvier 2002)

Collection Poisson Pilote

48 p.

5 tomes parus.

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-le-chat-du-rabbin-1-la-bar-mitsva-joann-sfar-55694762.html