Murena 1. La pourpre et l’or – Jean Dufaux / Philippe Delaby

Murena1.jpgVoilà une série que j’avais hâte de débuter, et dont je possède pourtant depuis longtemps les quatre premiers tomes ! Il va très vite falloir que je me procure les tomes suivants, d’autant plus que le tout dernier doit paraître dans les jours prochains. Une série au succès incontestable dont je viens grossir le rang des fans ! Un premier tome de qualité à la couverture superbe qui nous plonge en pleine antiquité romaine.

 

Rome, mai 54. Claude, à la tête de l’empire depuis l’assassinat de son neveu Caligula, assiste impassible à des combats de gladiateurs. Les gradins sont presque vides, Lucius Murena, un patricien proche de la cour, regarde la scène d’un oeil distrait. A la fin du combat, seul un esclave est encore en vie, un Nibien, dont Claude fera cadeau à son fils sous la pression de ce dernier pour lui accorder sa grâce : Claude se rend compte qu’il a quelque peu négligé Britannicus, fils d’un premier lit, au profit de son fils adoptif, Néron. Ce dernier est poussé vers le trône par la vénale et ambitieuse Agrippine, quatrième épouse de Claude. Avide de pouvoir, elle a réussi à convaincre son mari de le faire passer avant son fils naturel dans l’ordre de succession. Informé par Pallas l’affranchi que celui ci est peut-être en train de changer d’avis, elle met tout en oeuvre pour que Néron devienne le prochain successeur au titre de César…

 

Voilà une série qui démarre sur les chapeaux de roues ! Complots, trahisons, conspiration, ambition, violence, luxure, voilà le lecteur au coeur d’une époque sans pitié où on règle ses comptes à coups de poignard ou à grand renfort de poison…! La lutte pour le pouvoir est bien sûr au centre de l’intrigue et la part belle est faite aux femmes dans ce premier opus.

Agrippine est absolument fascinante, froide, calculatrice, presque inhumaine dans sa quête impitoyable du pouvoir : prête à tout pour propulser son fils sur le trône, elle semble dénuée de tout sentiment, ni même d’amour pour son fils, simple instrument pour accéder à ses fins.

J’ai beaucoup aimé également le personnage de Lollia, maîtresse de Claude dont il semble très amoureux. Pour elle, il est prêt à répudier Agrippine et à l’épouser enfin. Mère de Lucius Murena, elle fera les frais de la vengeance d’Agrippine. Ce dernier est sans aucun doute un des personnages clés de l’intrigue : ami de Néron, il est au courant de la liaison de sa mère avec l’empereur et craint la colère d’Agrippine à juste titre. Nul doute que son personnage prendra de l’ampleur dans les tomes suivants…

 

Vous l’aurez compris, ce premier tome m’a conquis et justifie les critiques élogieuses qui ont été faites à son sujet ! Les dessins sont beaux, précis, sobres et rendent admirablement bien la cruauté de l’époque. Le tout est envoûtant et réellement captivant ! Une bande dessinée très documentée sur un pan de l’Histoire que j’avoue connaître peu, une très belle réussite !

 

Les avis d’Anne-Sophie, Faelys, Sentinelle.

 

Éditions Dargaud (Juin 2001)

48 p.

 

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organisé par Mo’ la fée !

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Grandir – Sophie Fontanel

GrandirVoilà un livre qui me tardait énormément de lire ! Tant de jolis articles, tant de critiques enthousiastes, Grandir a trouvé son public et ne cesse de séduire. Bien sûr, comme beaucoup, je connaissais le nom de Sophie Fontanel qui pour moi rimait surtout avec humour. C’est donc avec une grande curiosité que j’ai commencé ma lecture de ce texte qui s’apparente plus à un témoignage qu’à un roman.

 

La narratrice est une femme active, moderne. Souvent pressée, elle vit à cent à l’heure. Sa mère est âgée, fatiguée, vulnérable et fragile mais refuse de s’apitoyer sur son sort, par coquetterie sans doute, par peur de gêner sûrement aussi, d’être un poids, un fardeau… Pourtant cette maman a besoin d’aide, au quotidien, pour des broutilles parfois, pour l’essentiel souvent. Bien sûr, vieillesse rime avec petits tracas, gros soucis, angoisses : elle tombe, elle se fait mal, elle oublie, elle change, inexorablement. Que faire devant l’inéluctable ? Il faut « grandir, » accepter cette chose incroyable qu’un jour ses parents re-deviennent des enfants, être là pour eux sans être envahissants, répondre à des coups de fil paniqués, rassurer, s’oublier…

 

J’ai été très touchée par ce texte d’une grande sensibilité et d’une grande pudeur. Bien plus qu’une déclaration, c’est un véritable cri d’amour d’une fille pour sa mère. Ce texte est plein de vie, plein d’espoir et surtout plein de tendresse. Contrairement à l’idée que je m’en faisais, j’ai trouvé que ce livre n’avait rien de larmoyant : il est juste, les anecdotes se suivent, les petites histoires du quotidien se succèdent et on ne peut s’empêcher de sourire. Le lien qui unit les deux femmes est fort, il ne cesse de se renforcer au fur et à mesure que les rôles s’inversent : s’il est difficile pour la mère d’accepter de devenir « dépendante », il est tout aussi difficile pour la narratrice d’accepter de « grandir »…

Cette lecture a été un vrai cadeau, une très jolie découverte ! L’écriture de Sophie Fontanel vient du coeur, elle est limpide, sobre et pudique. Je ne peux que vous conseiller, si ce n’est pas déjà fait, de lire ce très joli texte !

 

Un grand merci à Stéphie pour le prêt, son avis m’avait vraiment donné envie de faire cette première rencontre avec l’auteure !

Les avis de Papillon, Keisha, Cathulu, Antigone, Karine

 

Premières phrases : « Ces temps-ci, quand je pense à ce que j’essaie de sauver, je ressens un tel besoin d’aide que ça me fait trembler. Aider quelqu’un, je le sais maintenant, c’est avoir aussitôt soi-même besoin de secours. »

 

Au hasard des pages : « Maintenant qu’elle oublie tant de choses, elle peut savourer les joies de l’improviste. Je dis que je viens, et puis je viens, mais elle, elle avait oublié que je venais, et pour un peu elle m’applaudirait. Chaque visite est un coup de foudre. Chaque personne, une rencontre nouvelle. Chaque biscuit salé, un mets à tester. La manière dont une fleur s’ouvre : du jamais vu. La manière dont le soleil lui lèche les pieds : un miracle. « Tu trouves pas quand même absolument fabuleux d’en connaître un peu moins ? » elle me dit. Mais qui est ce génie qui m’enseigne la vie ? J’en arrive à penser que seule l’immobilité donne des ailes aux humains. A voir les autres tant s’agiter et ne rien comprendre. » (p. 35)

 

Éditions Robert Laffont (Août 2010)

144 p.

 

1pourcent6/7

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Le jeudi, c’est citation ! (11)

Jeudi citation

Fidèle au rendez-vous initié par Chiffonnette, j’ai remis la main sur le premier roman de Jean-Paul Enthoven. De ce roman ne me restait que des impressions, une histoire d’amour qui tourne mal, une écriture fine et précise, une douce musique… L’histoire est somme toute assez banale : le narrateur est quitté par Aurore, femme fatale, belle mais aussi perverse et vénale. Elle a tout simplement disparu. Le narrateur, abattu mais orgueilleux, veut connaître la vérité. Il revient sur sa rencontre avec Aurore et cherche à percer son mystère.

 

« Avant de la rencontrer, je ne savais pas que l’amour était un chaos. Un mauvais sort. Une expérience de la solitude. Une combinaison singulière de tourments, de drogues et de désirs qui dérègle l’esprit. Je considérais souvent le destin indigent de ceux qui avaient choisi d’y sacrifier leur vie. J’étais intrigué par leur fébrilité. Par leur panique. Par la monotonie despotique de leur obsession. Je comprenais mal ce qui les retenait dans ce séjour navrant. Et je les plaignais de réclamer leur agonie comme s’il se fût agi d’une extase. Auprès d’Aurore, et en peu de temps, j’avais pourtant cessé de voir les choses sous cet angle. Quelqu’un, dans ma volonté, en avait décidé à ma place. J’avais eu besoin, alors que rien ne m’y obligeait, de me risquer dans un complot organisé contre et par moi-même. De m’y affronter à un ennemi flatteur. La vie, dans ses aspects les plus funestes, s’ordonne ainsi autour des passions qu’on y a d’abord répandues. Et on reçoit comme une fatalité ce qui, de fait, n’est que l’accomplissement d’un désir plus secret. » (p. 16-17)

 

« L’amour donne l’illusion de connaître ceux que l’on aime tandis que le mépris où l’on pourrait les tenir, si on ne les aimait pas, procure tristement une meilleure intuition de ce qu’ils sont. » (p. 185)

 

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Aurore, Jean-Paul Enthoven

Éditions Grasset (Janvier 2001)

218 p.

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Le Grand Loin – Pascal Garnier

Le-grand-loin.jpgPlusieurs raisons m’ont poussé à lire ce roman. La première est que l’auteur, Pascal Garnier, est décédé en ce début d’année à l’âge de 61 ans. La seconde est que je n’ai lu de cet auteur que quelques titres destinés à la jeunesse, Dico Dingo, La gare de Rachid ou plus récemment Derrière l’écran. Auteur de plus d’une soixantaine de romans, je me suis procuré son dernier livre Le Grand Loin… J’avais hâte de découvrir la plume de cet auteur que nombreux comparent à Simenon, entre autres. Sans compter que Pascal Garnier a obtenu le Grand Prix de l’Humour Noir en 2006.

 

Marc fait partie de ces hommes qu’on remarque à peine. Vie banale, quotidien monotone, journées qui s’écoulent et se ressemblent toutes. Il en est venu à détester sa vie, qui l’insupporte de plus en plus. Une fois par an, pour son anniversaire, il rend visite à sa fille Anne, 36 ans, internée dans un hôpital psychiatrique. Sur un coup de tête, il part la retrouver, même si ce n’est pas le jour, même si ce changement dans ses habitudes risque de la perturber. Quand il revient la seconde fois, il a une idée en tête : partir loin, très loin, en emmenant Anne avec lui. Direction la mer pour commencer, le Touquet. Marc ne prévient pas sa femme de son départ, et ni lui ni Anne ne veulent rentrer. Le voyage les mènera plus loin, bien plus loin… Accompagnés du chat Boudu tellement gros qu’il ne lui manque qu’une poignée pour le transporter, les voilà lancés dans une cavale imprévue en camping-car, sur leur route, un incendie inexpliqué, quelques cadavres aussi…

 

J’ai reposé ce livre perplexe… Dire que cette lecture m’a désarçonnée est un euphémisme, je ne m’attendais pas du tout à ressentir de tels sentiments ! J’ai aimé le style de l’auteur, sobre, efficace, parfois lapidaire, et il est vrai, non dénué d’humour. Les personnages sont convaincants, pour ma part je n’avais jamais rencontré en littérature des « héros » si peu conventionnels… Le tout se lit facilement, un sourire crispé aux lèvres, les scènes se suivent et l’auteur nous emmène là où on n’imaginait pas arriver. Néanmoins, je dois avouer que cette lecture m’a mise mal à l’aise, et cette impression est allée crescendo à mesure que la cavale s’est transformée en road-movie glauque et malsain. C’est noir, morbide, le lecteur devient spectateur de cette chute inéluctable où les personnages s’embourbent inexorablement. Une lecture qui remue, qui secoue et qui dérange. Une lecture qui laisse peu de place à l’espoir et me laisse un goût amer…

 

Les avis de Cuné, Cécile, Esmeraldae, Yv, Cathe

 

Premières phrases : « – Moi aussi je connais Agen ! Les convives s’étaient figés en se tournant vers Marc, la fourchette en suspens. Il avait prononcé ces paroles d’une voix si forte que lui-même en avait été surpris. C’est que depuis le début de la soirée, il n’avait pas réussi à en placer une. »

 

Au hasard des pages : « Il avait besoin de combler un vide, un vide qui s’était creusé en lui sans qu’il s’en aperçoive et dans lequel il lui semblait avoir plongé en partant avec Anne. Au départ l’idée de cette fugue l’avait amusé, mais l’idée seulement. A présent qu’il y était, c’était autre chose. Depuis des années, il ne se satisfaisait plus que d’idées qu’il ne réalisait jamais : apprendre l’italien, visiter Saint-Pierre-Et-Miquelon, porter un chapeau à large bord… Rien que de bonnes idées, mais de là à les mettre en pratique… » (p. 54)

 

Éditions Zulma (Janvier 2010)

157 p.

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Le sang du dragon 1. Au-delà des brumes – Jean-Luc Istin / Guy Michel

Le-sang-du-dragon.gifVoilà une couverture qui annonce la couleur ! Premier tome d’une série qui en compte actuellement cinq, j’ai littéralement plongé dans cet univers d’héroic fantasy pourtant assez éloigné de ce que je peux lire habituellement en BD. Un dessin très travaillé, des planches magnifiques, des personnages un brin caricaturaux mais néanmoins captivants, tous les ingrédients sont réunis pour donner envie de poursuivre cette découverte.

 

Nous sommes en 1707. Le capitaine Hannibal Mériadec, pirate de son état, tente de constituer une équipe pour partir à la recherche d’un trésor. Jusque là, rien de bien original me direz-vous, l’intrigue a l’air somme toute assez classique… Ce qui l’est moins, c’est que ce fabuleux trésor est celui d’un pirate korrigan, le célèbre Mell-Talec, trésor amassé à l’aide d’une carte magique, celle des mondes du Sidh. C’est donc sur la base d’une simple légende que le capitaine Hannibal Mériadec tente de convaincre une bande de flibustiers de l’aider dans sa quête, leur promettant la fortune. La plupart sont sceptiques mais Hannibal a une botte secrète : il a kidnappé Elween et son jeune frère, qui appartiennent tous deux au peuple des elfes habitant la forêt de Scissy près du mont Saint-Michel. Contrainte de leur montrer le chemin jusqu’à leurs terres, Elween leur ouvre la voie jusqu’à l’île de Chausey où le capitaine vient chercher la fameuse carte des mondes du Sidh détenue par dame Eloam. En échange de la vie de son fils qu’il détient en otage, le capitaine repart donc avec la carte magique. L’aventure peut commencer…

 

J’ai été séduite par ce premier tome qui laisse augurer le meilleur pour la suite ! Un brin de piraterie, un soupçon de légendes bretonnes, un peu de magie, des elfes, des « vohreens », sorte de lutins cannibales… le mélange est assez détonnant ! Même si l’action proprement dite n’est pas encore réellement au rendez-vous, le décor est mis en place et plusieurs allusions ici et là titillent la curiosité du lecteur, car si l’objectif avoué du capitaine est de trouver le trésor, il est aussi question de vengeance… Alors, que cherche vraiment le capitaine ? J’attends beaucoup d’un des personnages féminins de cette histoire, la jeune Elween. Pour que le capitaine laisse la vie sauve à son frère, elle lui propose un marché : elle les accompagne dans leur quête en échange de sa libération, ce qui promet des nombreux rebondissements !

Concernant le dessin en lui-même, j’ai été bluffée par certaines planches, l’image allant jusqu’à occuper une pleine double page : c’est le cas notamment d’un dessin magnifique du Mont Saint-Michel plongé dans les brumes ou du village des elfes foisonnant de détails. Le couleurs sont belles, l’image déborde souvent du cadre, l’ensemble est vraiment très agréable à l’oeil et on ne peut que reconnaître le talent de l’artiste.

Bref, un début prometteur pour une série dont je lirai très certainement la suite !

 

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Éditions Soleil Productions (Août 2005)

Collection Soleil Celtic

49 p.

 

C’était ma BD du mercredi!

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Et je poursuis ma participation au challenge « Pal sèches » organisé par Mo’ la fée !

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La saveur des figues. Moana 1 – Silène

Saveur des figuesJ’ai toujours aimé découvrir de nouveaux auteurs et je n’ai pas été déçue en lisant ce premier roman à destination des adolescents. Un roman d’anticipation original, des personnages attachants, une justesse de ton et d’écriture, La saveur des figues contient tous les ingrédients du succès ! Une suite est annoncée et j’avoue qu’il me tarde de retrouver Moana, l’héroïne de Silène, pour de nouvelles aventures !

 

La Polynésie où vit Moana n’a plus rien à voir avec le décor carte-postale qu’on lui associe aujourd’hui… Suite à la Catastrophe, le monde est recouvert de neige et de glace et les îles Marquises ne font pas exception. Désormais, les hommes ne sont plus que dix millions au lieu de six milliards, il est urgent de repeupler la Terre. Comme toutes les jeunes filles de douze ans, Moana a donc un avenir tout tracé : elle va bientôt devoir se marier et avoir des enfants. Car le monde de Moana est un monde de femmes, l’avenir dépend d’elles. Dans le fare (maison en tahitien) où vit Moana, cohabitent plusieurs générations : sa mère, sa grand-mère mais aussi son arrière grand-mère, Mémine, qui aurait dû être envoyée dans une « maison de souvenir » comme tous les anciens, ces fameuses maisons dont personne ne sait rien et dont personne ne revient jamais… Mémine vit donc cachée et c’est grâce à elle que Moana apprend à connaître le monde d’avant, celui d’avant la catastrophe. Moana a la tête remplie de couleurs, de saveurs et de goûts d’autrefois, elle écoute les récits de son arrière grand-mère et rêve d’une autre vie. Mémine a elle aussi des envies d’ailleurs, elle se doit d’honorer une promesse, son passé l’attend…

 

J’ai beaucoup aimé l’univers créé par Silène. L’aventure dans laquelle s’embarque Moana et Mémine est captivante de bout en bout, la relation forte qui unit la jeune fille à son arrière grand-mère est très joliment décrite. J’ai pour ma part un gros coup de coeur pour le personnage de Mémine, une femme de tête, fidèle, téméraire et féministe ! A 80 ans, elle est le seul lien vivant avec le monde d’avant la catastrophe, par ses récits, elle éveille chez Moana des désirs de changer de vie, de se rebeller contre l’ordre établi et l’on comprend aisément que c’est justement ce que le gouvernement cherche à éviter en envoyant les anciens dans les « maisons du souvenir »… Tous les personnages rencontrés par Moana et Mémine sur leur chemin sont un plus dans le récit : Pierre Petitjean le sauveur des livres, Chris Montagne qui lui cherche à préserver les films d’autrefois, et Alessandro, le meilleur ami. J’ai aimé ces trois figures masculines dans ce monde de femmes, leur vision du monde, l’importance qu’ils accordent à la mémoire et à la transmission, deux thèmes fondamentaux dans ce roman.

 

Vous l’aurez compris, voilà un roman jeunesse prometteur, et je remercie vivement Babélio et son opération Masse critique ainsi que les Éditions du Jasmin pour m’avoir permis de découvrir Silène et son univers !

 

A noter, le blog de l’auteur et un dossier pédagogique réalisé par Silène pour une exploitation de l’oeuvre en classe.

 

Premières phrases : « Il y a une chose que j’aurais pu faire toute ma vie. Malgré les malheurs de ce monde. Malgré la catastrophe qui nous a tous obligés à vivre entre les tropiques pour fuir le froid, à reformer l’humanité en enfantant à tour de bras, à oublier ce que pouvait bien être une jonquille ou un abricot… Une chose que vous allez faire aujourd’hui à ma place : c’est écouter les histoires de mon arrière grand-mère… »

 

Au hasard des pages :  » Le soir, quand Mémine raconte, je ne l’écoute que d’une oreille. Je n’éprouve plus aucun plaisir. Elle choisit pourtant de décrire les fleurs que je préfère, les fruits qui me font le plus envie. Mais pourquoi ? Je ne les connaîtrai jamais. Les oiseaux de paradis, comme des grappes de couteaux, les fleurs de tiaré, blanches comme le lait et si parfumées qu’elles donnent mal au crâne, les fruits de la passion au goût acide et sucré à la fois, les caramboles comme des étoiles jaunes. Jamais nous ne goûterons ces fruits du passé. Jamais nous ne connaîtrons la saveur des figues. Un jour, les enfants de nos enfants, quand le monde sera repeuplé : c’est ce que dit la loi. Et quand elle dit que nous ne devons plus penser au passé, je finis par savoir pourquoi. Parce qu’il n’y a pas d’espoir, parce que cela fait trop mal. Si je ne connaissais pas tous ces souvenirs, je ne souffrirais pas autant. » (p. 66)

 

Éditions du Jasmin (Juin 2010)

219 p.

 

La Saveur des figues : Moana I par Silène La Saveur des figues : Moana I La Saveur des figues : Moana I Silène Critiques et infos sur Babelio.com

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Relooking extrème…!

TADAM !!!!

 

Et voilà, depuis le temps que j’en rêvais, Céline l’a fait !!

Une jolie bannière personnalisée, toute pimpante pour mon bébé-blog !

Je ne vous cache pas que je suis aux anges, Céline a été parfaite du début à la fin : échanges de mails, précisions sur mes desiderata souvent farfelus, un premier essai, puis deux, et hier l’heureuse surprise de découvrir cette maquette dans ma boite mail ! Sitôt vue, sitôt adoptée, je l’adore !

 

Je ne peux que vous encourager à visiter d’urgence le blog de Céline

Si c’était à refaire

Cette fille est une fée, elle sait tout faire,

répond à vos attentes et même au delà !

Si votre blog a besoin d’un lifting léger voire même d’un relooking complet, n’hésitez pas ! En plus de s’occuper de la mise en beauté de vos blogs, Céline peux aussi vous créer des cartes de visite, des tampons, des étiquettes et tout un tas d’autres choses ! Sa boutique, c’est ici !

 

Un grand, grand merci Céline !

 

Avant

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Après

Bannière blog

 

Alors, qu’en pensez-vous ?

 

Edit du samedi 23 octobre : l’article de Céline sur son blog concernant ce relooking, c’est ici !

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Le jeudi, c’est citation ! (10)

Jeudi citation

« Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré. Tout ce qui, semblait-il, les remplissait pour les autres, et que nous écartions comme un obstacle vulgaire à un plaisir divin : le jeu pour lequel un ami venait nous chercher au passage le plus intéressant, l’abeille ou le rayon de soleil gênants qui nous forçaient à lever les yeux de sur la page ou à changer de place, les provisions de goûter qu’on nous avait fait emporter et que nous laissions à côté de nous sur le banc, sans y toucher, tandis que, au-dessus de notre tête, le soleil diminuait de force dans le ciel bleu, le dîner pour lequel il avait fallu rentrer et où nous ne pensions qu’à monter finir, tout de suite après, le chapitre interrompu, tout cela, dont la lecture aurait dû nous empêcher de percevoir autre chose que l’importunité, elle en gravait au contraire en nous un souvenir tellement doux (tellement plus précieux à notre jugement actuel que ce que nous lisions alors avec tant d’amour), que, s’il nous arrive encore aujourd’hui de feuilleter ces livres d’autrefois, ce n’est plus que comme les seuls calendriers que nous ayons gardés des jours enfuis, et avec l’espoir de voir reflétés sur leurs pages les demeures et les étangs qui n’existent plus. »

 

Je ne peux que me reconnaître dans ces lignes magnifiques… Un style inimitable, un rythme si particulier, une plume magique, personnellement, je ne me suis jamais ennuyée en lisant Proust ! Pour celles et ceux qui n’auraient pas encore tenté l’expérience, ce court texte éloge à la lecture est une porte d’entrée idéale… 

 

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Sur la lecture, Marcel Proust

Éditions Mille et Une Nuits, 1994

76 p.

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Little Lou, la route du Sud – Jean Claverie

Little-lou-route-du-sud.jpgIl règne un doux parfum de nostalgie dans cet album de Jean Claverie. Le premier tome de Little Lou avait récolté de nombreux prix à sa sortie dont le prix Totem à Montreuil en 1990. On y faisait la connaissance de little Lou, petit garçon noir du vieux Sud des États-Unis qui habite au dessus du Bird Nest, un bar où tous les soirs des notes de jazz s’échappent du piano du vieux Slim… Ce premier album était d’ailleurs dédié au bluesman Menphis Slim qui rédigea la préface de l’album avant de décéder. Dans ce second opus, on retrouve donc little Lou, l’ambiance des années folles et quelques lieux mythiques des origines du jazz et du blues.

 

L’occasion est trop belle. Benny le musicien part en tournée dans le Sud avec The Earl Golson Band, « là où les notes poussent sur le coton« . Malgré les réticences de sa mère, Lou le gamin prodige part sur les routes. Avec la bande, ils s’arrêtent dans des petites boites et dorment dans des motels, bien souvent, c’est Little Lou qui ouvre le spectacle et qui enthousiasme les foules.

A Menphis, en plein concert improvisé dans Beale Street, une tempête fait rage, balayant tout dans des tourbillons de poussière. « La tournée, c’est fini ! » Malgré tout, Little Lou ne veut pas rentrer, il veut rejoindre son oncle Sonny, musicien lui aussi. Embarqué à bord du Navigator, un vieux rafiot à coton, il arrive enfin à la plantation de canne à sucre où il doit retrouver son oncle. Il apprend alors que celui ci s’est enfui dans le bayou où il vit dans la clandestinité suite à ses prises de position sur la condition des Noirs dans les plantations…

 

Voilà un bien joli album ! Tout d’abord, nous écoutons le récit de Little Lou, servi par des textes illustrés. Puis, au moment où Little Lou arrive sur la plantation, arrivent les planches de bande dessinée, magnifique pirouette qui se prête aux dialogues et permet un changement de point de vue. Les aquarelles sont très belles et très douces, à la fois nostalgiques et pleines d’énergie. L’atmosphère et l’ambiance du sud des États-Unis dans les années vingt est très bien rendue, le lecteur embarque avec Little Lou et sa bande sur la route du blues puis au coeur des bayous. Quand Little Lou rejoint enfin son oncle Sonny, celui ci ne rêve que d’une chose avant de mourir : l’entendre jouer. Ce vieil oncle au crépuscule de sa vie est à lui seul un emblème, symbole de tout un peuple et incarnation de cette musique qui ouvre « le chemin de l’âme des gens« . De cette musique, il livrera tous les secrets à Little Lou, qui apprendra « comment de simples notes pouvaient mieux que n’importe quel médicament faire autant de bien aux gens« .

Un album qui peut se lire dès le plus jeune âge mais qui plaira sans nul doute à tous les amoureux de la musique ! A noter qu’il existe une réédition de l’histoire de Little Lou accompagnée d’un CD permettant de découvrir quelques titres phares de l’histoire du jazz.

Plus d’infos sur l’actualité très riche de l’auteur ici !

 

Éditions Gallimard jeunesse (Septembre 2003)

48 p.

 

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Le jeudi, c’est citation ! (9)

Jeudi citation

Chez Chiffonnette

 

George et Lenny sont amis et partagent le même rêve… George veut posséder sa propre exploitation et cesser de travailler de ranch en ranch. Lenny lui ne rêve que d’une chose : élever des lapins, s’en occuper, les caresser, il aime tellement les choses douces ! « Colosse innocent aux mains dangereuses », il ne maîtrise pas sa force…

Une belle histoire d’amitié entre un homme à l’esprit d’enfant et son ange gardien, jusqu’au bout…

 

« Il n’y avait que Lenny dans l’écurie, et Lenny était assis dans le foin, près d’une caisse d’emballage qui se trouvait sous une mangeoire, dans la partie de l’écurie qui n’était pas encore remplie de foin. Lenny était assis dans le foin et regardait un petit chien mort qui gisait devant lui. Lennie le regarda longtemps, puis il avança sa grosse main et le caressa, le caressa du museau juqu’au bout de la queue.

Et Lenny dit doucement au petit chien :

– Pourquoi c’est-il que tu t’es laissé tuer ? T’es pas aussi petit que les souris. J’t’avais pas fait sauter bien fort.

Il releva la tête du chiot et lui regarda la figure en lui disant :

– Maintenant, George ne me laissera peut-être pas soigner les lapins quand il saura que tu es mort.

Il fit un petit creux et y déposa le chien qu’il recouvrit de foin pour le dissimuler. Mais il ne pouvait détacher ses yeux du petit tas qu’il avait fait. Il dit :

– C’est pas assez mal pour que j’aille me cacher dans les broussailles. Oh, non, sûrement pas. J’dirai à George que je l’ai trouvé mort.

Il découvrit le petit chien et l’examina, et il le caressa des oreilles à la queue. Il continua tristement :

– Mais il le saura. George sait toujours tout. Il dira :  » C’est toi qui a fait ça. Faut pas essayer de me tromper. » Et il dira : « Maintenant, rien que pour ça, tu n’soigneras pas les lapins. »

Brusquement, il s’écria avec colère :

– Pourquoi t’es-tu laissé tuer, nom de Dieu ? T’es pas aussi petit que les souris.

Il ramassa le chiot et le lança loin de lui. Il lui tourna le dos. Assis, les genoux relevés, il murmura :

– Maintenant, je n’soignerai pas les lapins. Maintenant, il n’me laissera plus le faire.

Et, dans son désespoir, il oscillait d’avant en arrière. » (p. 156)

 

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Des souris et des hommes, John Steinbeck

Titre original : Of Mice and Men

Première publication : 1937

Editions Gallimard, Collection Folio

189 p.

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