Charlotte et moi (tome 2) – Olivier Clert

Ils se tiennent par la main. Nul ne sait lequel des deux tient le plus droit. Quant à savoir qui sert de béquille à l’autre… A deux, ils avancent. Droit devant. Là où les poussent leurs rêves, là où les guident leurs espoirs un peu fous, là où se trouvent les réponses aux questions qu’ils n’osent même pas se poser…

 

Paris est bien grande. Arrivés dans la capitale après une fugue qui a tout d’une fuite en avant, les deux amis inespérés jouent des coudes dans les couloirs bondés du métro et les ruelles inconnues de la capitale. Gus a beau être haut comme trois pommes, il entraîne Charlotte à sa suite. Sacs sur le dos, une adresse en tête, une vieille photo et quelques mots griffonnés. De maigres indices, de fragiles balises dans la quête que mènent les deux compagnons d’infortune… Et l’histoire doucement s’écrit…

 

Savourer enfin les retrouvailles avec Gus et Charlotte. Regarder avec émotion les liens qui se tissent et s’ancrent en profondeur. Sentir la connivence et l’évidence de l’amitié grandir entre ces deux êtres brinquebalés par la vie. Voir les racines prendre terre… Toujours autant de douceur dans ce pas de deux orchestré par la talentueux Olivier Clert. Toujours autant d’humanité et d’amour dans ces personnages qu’on aime instantanément. Pas besoin de trop en faire. Avec beaucoup de sensibilité, l’auteur déroule le fil de cette histoire belle et simple en distillant ça et là des petits cailloux blancs sur le chemin. Un livre, quelques notes d’accordéon, un papier peint défraichi, des larmes sous la pluie, des mensonges qui font mal, des mamans qui s’en vont, des bribes de souvenirs… Et le lecteur avance, conquis, aux côtés de ce drôle de duo qui a choisi de croire en ses rêves.

 

Merci Olivier pour cette si délicate parenthèse de lecture… je me réjouis de découvrir la fin des aventures de Gus et Charlotte d’ici la fin de l’année ♥

 

Mon avis sur le tome 1 (foncez…)

 

Éditions Makaka (Avril 2018)

96 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-917371-92-3

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

 

           

         Saxaoul                         Fanny                        Blandine                    Un amour de BD

 

 

           

            Brize                                Iluze                                Karine                            Aurore

 

 

           

           Azi Lis                            Mylène                          Maël                          Estelle Calim

 

 

           

    Petit carré jaune                   Hilde                              Blondin                           Audrey

 

 

           

        Jérôme                           Soukee                          Eimelle                           Bouma

 

 

       

           Stephie                          Nathalie                          Caro

Boom – Julien Dufresne-Lamy

« Tu es mort, Timothée.

Quand je l’écris, ça me lance.

Comme une piqure vive et lancinante. C’est dans mes bras et dans mon crâne. Dans un coin quelque part. Je ne sais plus localiser. »

 

Une urgence. Celle que l’on devine dans la plume de Julien Dufresne-Lamy. Celle qui transpire derrière les mots qu’Étienne adresse à son meilleur ami. Une pulsion de vie, des bribes de souvenirs à entretenir. Petits bouts de rien, éclats de vie et de rires, restes encore fumants d’une amitié brisée par l’absurde et les douloureux hasards…

 

Une petite centaine de pages qui frappent fort. Au plus fort de la tourmente, alors que le déni se le dispute encore à la colère et à l’incompréhension, Étienne déroule l’histoire d’une amitié aussi solaire qu’inattendue. Sur le fil de l’émotion, avec juste ce qu’il faut de pudeur et de lâcher prise, l’auteur prête sa voix à un adolescent au bord du vide rongé par la culpabilité. Impeccable funambule, à la frontière entre réalisme brut et nécessaire lueur d’espoir, il accompagne son jeune héros dans une démarche douloureuse d’abandon et de deuil.

 

Se souvenir des jolies choses. S’emplir de tous ces petits bonheurs au risque de les voir trop vite s’effacer. Faire le portrait de Timothée, l’ami-béquille, le frère inespéré. Rembobiner le film. Fixer le temps lors de quelques arrêts sur image… Nul besoin de prononcer certains mots ni de nommer l’indicible. Tout est là. Dans les silences. Dans ce qui ne se dit pas. Dans tout ce que le lecteur devine… Au rythme des mots d’Étienne, sans jamais gommer le sordide, toujours au plus près de l’émotion sans fard, l’auteur ravive le beau, le doux, le joyeux.

 

J’aime infiniment la façon qu’a Julien Dufresne-Lamy de voir le monde. Si j’avais déjà pu apprécier sa plume tout en nuances dans Mauvais joueurs, Boom m’a laissée KO debout. Rien à jeter. Tout se tient. Tout se « lit », tout résonne, tout fait sens. Cri de douleur et d’amour, Boom est un roman déflagration. Un miroir tendu à un monde qui marche sur la tête… à mettre entre les mains de ceux qui sont en train de le re-construire…

 

Et une pépite évidente que je partage avec Jérôme

 

Éditions Actes Sud junior (Avril 2018)

Collection D’une seule voix

110 p.

 

Prix : 9,80 €

ISBN : 978-2-330-09685-4

 

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La course impitoyable – Guillaume Guéraud

« Les mains crispées sur le volant, le visage couvert de sueur et le pied sur l’accélérateur, Max filait vers nulle part à travers les marais. 100 km/h sur le cadran. La Dodge avec deux chewing-gums enfoncés dans le flanc de son réservoir cabossé. Le pare-brise explosé et toutes les vitres éclatées. Et le sang de son grand-père sur la banquette arrière. Alors que la Mustang de Guzman enflait dans le rétroviseur. 120 km/h. Max fixa la route rectiligne. Les cheveux blonds et les taches de rousseur de Pénélope volaient à ses côtés. 150 km/h… »

 

Comment Max, 11 ans, a t-il pu se retrouver dans un tel pétrin ? La veille, il finissait bon dernier au cyclo-cross des Everglades, à croire qu’il n’avait pas hérité des gênes de pilote de son grand-père. Et le voilà aujourd’hui lancé à toute berzingue sur l’asphalte alors qu’il atteint tout juste les pédales. Poursuivi par un gangster sanguinaire tout droit sorti d’un film de truands. Avec, sur la banquette arrière, son grand-père qui se vide de son sang…

 

Un cocktail détonnant qui mélange allègrement mafieux impitoyables, valises de billets, rafales de balles, courses-poursuites et fortes doses de whisky sec. Rien ne manque, y compris la jolie pépette affolée qu’il convient de protéger et dont le jeune héros risque fort de ravir le cœur. Un jeune héros qui se voit obligé de troquer son vélo contre la vieille Dodge de son grand-père qu’il n’avait jusque là pas le droit de conduire. Un cas de force majeur, le vieux Sarafian ayant des connaissances peu recommandables l’ayant forcé à convoyer de l’argent sale. Et le grand chef des Cocodrilos Locos ne rigole pas. Son argent, il le veut dans deux heures à 270 kilomètres de Miami. Pour sauver son grand-père qui se retrouve avec deux balles en pleine poitrine, Max se lance dans une course poursuite impitoyable à travers une Floride écrasée de soleil…

 

Biberonné au 7e art depuis son plus jeune âge, Guillaume Guéraud s’en donne à cœur joie avec ce petit roman nerveux complètement décoiffant qui n’a rien à envier à un film de genre ! A tel point qu’on se demande s’il ne voudra pas poursuivre l’aventure avec ses personnages hauts en couleurs qu’on sent qu’il a du mal à laisser derrière lui. Une série en vue…? Voilà qui ne serait pas pour me déplaire et qui devrait ravir les jeunes lecteurs à qui cette aventure trépidante est destinée.

 

Une pépite jeunesse lancée à fond la caisse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Éditions Thierry Magnier (Février 2018)

Collection En voiture, Simone !

100 p.

 

Prix : 7,40 €

ISBN : 979-10-352-0136-4

 

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Le vendangeur de Paname. Une enquête de l’Écluse et la Bloseille – Frédéric Bagères / David François

Paris 1912. Un tueur en série particulièrement retors et insaisissable met le 36 quai des Orfèvres sur les dents. Au placard, relégué dans un bureau sombre du sous-sol, l’inspecteur l’Écluse végète entouré de ses fidèles bouteilles. Pas à lui qu’on confie les enquêtes d’envergure mais la situation ne lui pèse guère. Ses affaires il les gère en arpentant les rues de la capitale, s’arrêtant dans tous les bars ou restaurants du coin pour allier l’utile à l’agréable. Jusqu’à ce qu’on lui colle un bleu dans les pattes…

 

Pierre Caillaux, jeune recrue fraichement émoulue de l’école de police ne brille pas par ses compétences mais en coulisse, son ministre de père a savamment orchestré la carrière de son rejeton. En l’associant à l’Écluse, on l’éloigne gentiment des vraies enquêtes tout en contentant la hiérarchie. Surnommé la Bloseille par son nouveau coéquipier à qui personne n’a demandé son avis, il compte bien prouver sa valeur en s’illustrant dans des vraies affaires. C’est pourtant sur le meurtre d’un négociant en vin qu’ils vont tous les deux devoir enquêter. Chacun à sa manière…

 

Le Paname de la Belle Époque, un duo d’enquêteurs au degré d’incompétence difficilement quantifiable, le dessin séduisant de David François, des dialogues truculents à la Audiard … impossible de ne pas démarrer cette lecture le sourire aux lèvres. Gros capital sympathie pour cet album qui mise tout sur la gouaille de ses personnages, l’atmosphère inimitable des ruelles parisiennes et ce petit air de liberté et d’insouciance d’avant-guerre. Reste à espérer que cette enquête soit la première d’une longue série tant le plaisir de lecture est là. On en redemande…!

 

Une délicieuse parenthèse de lecture que je partage avec Jérôme.

Éditions Delcourt (Janvier 2018)

62 p.

 

Prix : 15,50 €

ISBN : 978-2-7560-7943-1

 

BD de la semaine saumon

Chez Mo’

Moins que rien – Yves-Marie Clément

Moins que rien. En Haïti, la vie d’Éliette ne vaut effectivement pas grand chose. Loin de sa famille, loin de sa mère trop pauvre pour l’élever, elle habite dans une case de fortune dans les abords de la mal nommée Ville-Bonheur. Chaque jour ressemble au précédent et à ceux qui suivront. Des corvées sans fin qu’elle doit accomplir sans rechigner pour le compte de ses maîtres, Pierre Valentin et sa femme madame Ernestine…

 

Éliette est une « lapourça ». Là pour obéir. Là pour servir. Là pour courber l’échine. En échange, de la nourriture quotidienne et un toit au-dessus de sa tête, une petite case spartiate où elle garde précieusement ses seuls trésors. Une photo de sa mère, un crucifix, une bougie qu’elle économise et un vieux portable hors d’usage. Dans ses rares moments de liberté, Éliette rejoint ses amis, Ricardo et Jean-Jackson. Des « restaveks », enchaînés eux-aussi à leur condition. A eux trois, ils forment une bien maigre équipe de football mais ils se serrent les coudes.

 

Éliette ne se berce pas d’illusions. Peu de chance qu’elle quitte un jour Ville-Bonheur pour rejoindre son village derrière les montagnes violettes de l’Artibonite. Sa mère lui a pourtant toujours dit de croire aux signes. Son salut viendra peut-être de cet étrange tableau que son maître la force à acheter. Un tableau représentant un homme en costume d’époque qui se met soudainement à s’adresser à elle. L’homme dit s’appeler Jean-François-Adrien Piedefer. Il vit en 1770 et c’est un esclave en révolte…

 

« Tu dois partir, Éliette ! Débarrasse-toi de tes chaînes ! »

 

Mi réaliste, mi fantastique, voilà un petit roman prenant et inattendu qui fait prendre conscience au lecteur qu’il existe encore de nos jours des enfants soumis à un esclavage qui ne dit pas son nom. La rencontre, rêvée ou non, entre Éliette et Jean-François-Adrien Piedefer est hautement symbolique. A ses côtés, la jeune fille va finir par relever la tête pour elle aussi se révolter contre sa condition qu’elle acceptait jusqu’alors avec fatalisme. Le parallèle entre les deux époques est plus que parlant. Une façon subtile d’ouvrir les jeunes lecteurs au monde et un livre logiquement soutenu par Amnesty International

 

Une lecture que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi, et que je vais m’empresser de proposer à mes collégiens.

 

L’avis de Fanny

 

Éditions Talents Hauts (Janvier 2018)

Collection Livres et égaux

83 p.

Illustration de couverture réalisée par Julien Castanié

 

Prix : 12,00 €

ISBN : 978-2-36266-233-1

 

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Le mystère de la chambre jaune (Rouletabille 1) – Gaudin / Slavković / Odone d’après Gaston Leroux

Une jeune femme retrouvée à moitié morte dans une chambre fermée de l’intérieur, aux volets clos…. Le mystère est de taille, l’affaire apparemment inextricable et les suspects évidemment nombreux. Qui a bien pu vouloir assassiner Mathilde Stangerson, fille du célèbre physicien ? Comment l’agresseur a-t-il pu pénétrer dans la chambre et surtout, comment a-t-il pu en ressortir sans se faire remarquer ?

 

C’est au cœur du château du Glandier que le jeune reporter Joseph Rouletabille va mener son enquête. Accompagné de son ami l’avocat Sainclair, narrateur de l’histoire, le journaliste va tenter de démêler les fils du mystère de la chambre jaune. Une enquête complexe, de nombreuses fausses pistes et un « duel » avec Frédéric Larsan, inspecteur officiellement en charge de l’affaire… Rouletabille va devoir faire preuve d’habilité pour tirer son épingle du jeu…

 

Pour adapter ce grand classique de la littérature policière, première apparition du jeune reporter Rouletabille avant qu’il ne devienne un personnage récurrent, Jean Charles Gaudin a choisi l’extrême fidélité à l’œuvre originelle. Grand admirateur de Gaston Leroux, le scénariste avoue avoir toujours voulu adapter ses œuvres qui ont bercé sa jeunesse. C’est chose faite avec cette nouvelle série qui comptera d’autres épisodes comme « Le parfum de la dame en noir » ou « Le fantôme de l’opéra ».

 

Mes souvenirs de lecture du roman de Gaston Leroux remontent à l’adolescence mais je me souviens de cette ambiance très particulière. Une ambiance assez sombre finalement, presque angoissante. Si l’intrigue est ici forcément réduite, l’essentiel est préservé… les principaux rebondissements de l’histoire, les personnalités des différents protagonistes, les indices. Le tout raconté par l’avocat Sainclair, comme dans le roman. Un choix que l’on peut comprendre mais qui à mon sens gâche un peu la fluidité du récit dans le cas de la bande dessinée. Par moments, l’album est un peu trop dense, trop bavard et perd malheureusement en rythme.

Je crois que j’aurais voulu retrouver aussi ces petites touches de poésie et de fantaisie qui émaillent le récit originel. Ici, le récit est finalement assez classique, comme le dessin d’ailleurs, et reste un peu trop dans le cadre strict de l’histoire. Avis évidemment très subjectif que ne partageront sans doute pas les amateurs du genre…

Éditions Soleil (Mars 2018)

62 p.

 

Prix : 15,50 €

ISBN : 978-2-302-06850-6

BD de la semaine saumon

… chez Stephie

J’ai suivi un nuage – Maëlle Fierpied / Julie Guillem

 

Un soleil éclatant dans un grand ciel bleu. Les jours sans nuages, la maman de Rémi irradie et éclabousse la maison de sa joie de vivre. Pétillante, virevoltante, elle entraine son fils dans un tourbillon de bonne humeur qui semble sans fin. Des bouquets de fleurs, un goûter gargantuesque, une belle nappe immaculée… et tous les jours deviennent jours de fête…

 

Des nuages lourds de pluie. Les jours de tempête, la tristesse de maman repeint tous les murs en gris. Ces jours-là, Rémi sait se faire tout petit pour ne pas perturber le silence dans lequel elle s’enferme. Ces jours-là, Rémi ne peut qu’espérer que le soleil chassera vite les nuages. Pour que reviennent le beau temps et le sourire de maman. Pour que reviennent les rires en cascade et les danses improvisées…

 

« Si maman est un nuage, moi je suis le petit arbre en dessous.

Alors, quand maman pleure, c’est moi qui suis mouillé. »

 

La maman de Rémi est un nuage. Tantôt elle capte la lumière et la renvoie partout autour d’elle. Tantôt la tristesse s’empare d’elle et la vide de toute sa belle énergie. Elle n’y peut rien. Rémi a appris à faire avec ses différentes facettes. Parfois, sa mère a « un soleil à l’intérieur de la poitrine » et son cœur de petit garçon se gonfle d’amour. Parfois, elle se fait « fragile comme du verre » et Rémi craint que le château de cartes ne s’effondre. Ces jours de mauvais temps, quand elle ne parvient plus à faire face, la maman de Rémi a besoin d’aide. Et ces jours-là, Rémi est confié à ses grands-parents, le temps que le soleil revienne…

 

La voix de Rémi nous enveloppe, juste et tendre, capte les instants, révèle l’émotion pure. Impossible de ne pas tomber sous le charme de ce petit roman intense et immensément poétique qui raconte la plus belle des histoires d’amour. Simplement et sans jamais en faire trop. Les aquarelles de Julie Guillem, aussi douces que puissantes, apportent la touche finale à ce petit bijou hors du temps qui laisse sa marque… Magnifique !

 

De la belle littérature jeunesse, comme on aime… et une pépite jeunesse évidente partagée avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

L’avis de Moka

 

Éditions École des Loisirs (Janvier 2018)

Collection Neuf

84 p.

 

Prix : 12,50 €

ISBN : 978-2-211-23479-5

 

pepites_jeunesse

Seule – Denis Lapière / Ricard Efa

Il parait qu’au loin il y a la guerre. Lola veut bien croire ce que lui disent les adultes d’un air grave mais pour elle les jours s’écoulent tranquillement. La campagne catalane offre un formidable terrain de jeux à ceux qui ont gardé leur âme d’enfant..

 

Insouciante, gaie et vive, Lola s’amuse d’un rien et supporte sans rechigner une vie sans réel confort dans la petite maison de ses grands-parents qui l’élèvent depuis déjà trois ans. En trois ans, les visages de ses parents ont eu le temps de s’estomper, de même que celui de sa toute petite sœur, tout juste née avant leur séparation qu’elle ne s’explique pas. Alors tous les soirs, sur la paillasse qui lui sert de lit, Lola s’exerce à rappeler à elle ces bribes de souvenirs…

 

Jusqu’à ce que la bulle éclate et que des bombes détruisent le petit village de montagne. La guerre est là. Lola la voit. C’est peut-être elle qui la tient éloignée de ses parents depuis si longtemps. C’est peut-être elle, aussi, qui va lui donner le courage de prendre la route, seule, pour tenter de reformer cette famille dont on l’a injustement privée…

 

C’est un témoignage familial qui a servi de matériau à cette incroyable histoire. Celui de Lola, aujourd’hui âgée de 83 ans, la grand-mère de la femme de Ricard Efa qui met en images son périple. Impossible de ne pas se sentir en totale empathie avec cette petite fille de 7 ans dans laquelle le dessinateur a semble-t-il mis toute sa tendresse. Avec sa touchante naïveté et sa grande force de caractère, son innocence brute et sa spontanéité qui prête parfois à sourire, la petite Lola avance bille en tête dans un monde bouleversé qui n’est pas à sa taille. C’est par ses yeux que le lecteur découvre la guerre civile espagnole. Dans ses yeux aussi qu’il trouve refuge pour tenter de ne pas voir en face les horreurs qu’elle laisse derrière elle. Rien n’est minimisé, rien n’est étalé non plus. Un savant mélange entre violence crue et douceur de l’enfance qui laisse admiratif…

 

Au diapason, le scénario de Denis Lapière va à l’essentiel de l’émotion. Il cueille les instants, capture les petits moments de grâce, accentue l’absurdité de la guerre en enveloppant la petite Lola de douceur. J’ai refermé ce bel album conquise…

 

Les avis de Mo’ et Mylène

 

A lire aussi, de Denis Lapière, la belle adaptation du sublime Martin Eden de Jack London

Éditions Futuropolis (Janvier 2018)

72 p.

 

Prix : 16,00 €

 ISBN : 978-2-7548-2099-8

 

BD de la semaine saumon

D’autres bulles à découvrir chez…

 

           

          Sandrine                         Stephie                           Mylène                               Mo’

 

 

       

          Gambadou                                   Amandine                                         Blandine

 

 

           

           Karine                          Jacques                             Sylire                                Caro           

 

 

           

           Jérôme                   Petit carré jaune                   Aurore                          Audrey

 

 

           

           Brize                             Alice                             Maël                              Blondin

 

 

           

            Iluze                              Bouma                             Cristie                           Charlotte

 

 

   

            Hélène                           Sophie

Soixante-douze heures – Marie-Sophie Vermot

Sens-dessus dessous. A l’image de la jeune fille sur la couverture, Irène, 17 ans, vit un de ces moments qui marquent une vie. Une tempête émotionnelle qui la fait se replier sur elle-même, en position fœtale, comme pour protéger l’enfant qu’elle porte et se protéger elle-même…

 

Elle l’a appelé Max. Il a grandi au chaud dans son ventre pendant 9 mois, d’abord en secret. Cet enfant, elle ne l’a pas voulu, mais il est là. Il prend sa place. Dans sa tête, dans son cœur, dans le berceau qui l’accueille loin d’elle. Irène a pris sa décision. L’enfant grandira loin de sa peau, loin de son odeur, loin de ses caresses. Si elle a choisi de mener la grossesse à son terme à la grande surprise de ses proches, elle a aussi choisi de le confier à une autre famille. La loi lui accorde pourtant soixante-douze heures. Trois petits jours pour faire le point et peut-être changer le cours de son destin. Trois jours pendant lesquels elle va tenter de laisser son empreinte dans la vie de son enfant en lui racontant sa conception, sa venue au monde et en lui parlant d’elle. Trois jours qui agiront comme un catalyseur et cristalliseront les non-dits et les secrets autour d’elle…

 

« Je suis devenue mère, mais Max grandira sans moi, en dépit de cette tendresse qui m’envahit et enfle à vue d’œil.

Cette tendresse qui est peut-être une forme d’amour contre laquelle je dois me défendre pour ne pas être tentée de revenir sur ma décision. Parce qu’il y a ces choses que je n’avais pas prévues, ces choses qui me troublent : la sensation animale de son corps grenouille sur le mien. Son souffle tiède, aussi léger qu’un duvet d’oie. Son pleur de nouveau-né qui vibre au creux de moi et qui arrache. »

 

Irène raconte ces trois jours en suspens, cette parenthèse où les souvenirs affluent, un peu en vrac. Discrète, comme en retrait, Marie-Sophie Vermot parvient à recentrer le récit sur ces soixante-douze heures sans jamais laisser paraitre un quelconque jugement définitif sur le choix de l’adolescente. L’accent est mis sur ses états d’âme, ses questionnements sur l’avenir de son enfant et le sien, ce choix douloureux de donner la vie sans en prendre part même si ce bébé sera toujours son fils, viscéralement… Droite dans ses bottes, réfléchie, Irène étonne par son aplomb face à ceux qui pensent pouvoir s’insinuer dans sa vie.

 

Le récit, intime et pourtant pudique, alterne donc entre les souvenirs de l’adolescence et son séjour à l’hôpital dans cet entre-deux qui scellera son destin et celui de son enfant. Il dit la force de l’amour, les choix d’une vie, les évènements inattendus qui font parfois bifurquer des routes toutes tracées. On en ressort un peu secoué tant ce récit, malgré la distance qu’il semble installer entre l’héroïne et le lecteur, laisse sa marque…

 

Une bien jolie découverte partagée avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

L’avis de Pépita

 

Éditions Thierry Magnier (Février 2018)

176 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 979-10-352-0135-7

 

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La Tomate – Anne-Laure Reboul / Régis Penet

« Madame Bréjinski, ce n’est pas à un agent d’épuration qu’il faut rappeler l’importance de ses missions. Votre fonction doit nous prémunir d’un retour des temps barbares qui ont mené l’humanité au bord de l’abîme.

 

Dès lors, comment expliquez-vous ce mensonge gravissime à votre hiérarchie ? »

 

Anne Bréjinski, membre du deuxième cercle, est en face des ses juges. Isolée dans un box aux parois vitrées, elle se doit de donner une explication à ses actes insensés qui auraient pu mettre en péril la survie de la société. L’agent du service d’épuration d’objets a du mal à remonter le fil des évènements. La journée avait pourtant commencé de façon plutôt banale. Une énième mission au cœur du troisième cercle à la recherche d’objets interdits en provenance du passé. Tous doivent être éradiqués, détruits, brûlés. Une routine bien rodée et une mission à laquelle Anne se plie sans réfléchir. Jusqu’à ce petit sachet de graines échappé d’un journal du passé. Des semences qu’elle aurait dû détruire et qu’elle a pourtant décidé de faire pousser en toute illégalité…

 

Un futur indéterminé dans lequel faire pousser un plant de tomates relève du crime d’état. Une société ultra hiérarchisée aux classes sociales distinctes qui n’ont que peu de contact entre elles. Un monde régi par des règles strictes sensées protéger les citoyens. Des règles édictées par des multinationales qui contrôlent de façon drastique l’alimentation et n’autorisent aux hommes que deux verres d’eau par jour. Pas plus…

 

Le monde imaginé par Anne-Laure Reboul et Régis Penet nous en rappelle d’autres tout en nous renvoyant à notre monde moderne. Le propre de tout récit d’anticipation finalement, rien de bien nouveau sous le soleil. Ici, le lecteur restera dans l’incertitude concernant de nombreux éléments de l’histoire et n’apprendra rien de concret sur la fin du monde d’avant et la naissance de celui ci.

Aucune explication sur ce qui a fait basculé notre monde, certains s’en accommoderont, d’autres en seront quelque peu frustrés. Le fait est qu’on avance un peu à l’aveugle dans ce récit qui contient tout les ingrédients du genre mais arrive tout de même à nous surprendre. Ici la révolte se fait en sourdine, sans armes, mais n’éveille pas moins les consciences. A l’image du dessin, d’apparence froid et figé, qui véhicule un certain malaise et titille le lecteur… sans pour autant faire naître l’émotion. Une lecture trop… ou pas assez… qui ne laisse pourtant pas indifférent…

 

Éditions Glénat (Janvier 2018)

96 p.

 

Prix : 19,50 €

ISBN : 978-2-344-01591-9 

 

BD de la semaine saumon

Chez Mo’