Flora Banks – Emily Barr

flora banksJe lis beaucoup de littérature jeunesse. Parce que c’est une grande partie de mon métier et surtout parce que j’aime ça. Mais en tant qu’adulte, je me tourne beaucoup plus naturellement vers des textes forts, vers des plumes affirmées, vers de thématiques susceptibles de déclencher la parole et de bousculer. Ce sont ces textes là que l’on retrouve principalement dans le rendez-vous des « pépites jeunesse » que je partage chaque mardi (ou presque) avec Jérôme. Ce sont ces textes que j’aime partager, que j’aime défendre et que je propose avec enthousiasme à mes collégiens qui (ouf…!) suivent bien souvent mes avis.

 

Et puis il y a cette « autre » littérature jeunesse. Plutôt « young adult », qui surfe souvent sur la vague actuelle de la dystopie ou du roman de vie. Ces « chroniques » adolescentes plaisent beaucoup. J’en commande donc beaucoup pour mes élèves, principalement des filles, boulimiques de lecture. Mais moi, j’avoue, je ne les lis pas. Ou très peu. Sûrement parce que je m’y retrouve moins, et sûrement aussi parce que ces romans là n’ont pas besoin de moi pour vivre et trouver leurs lecteurs.

 

Mais sur les conseils d’une de mes élèves, j’ai lu Flora Banks. Typiquement le genre de roman que j’aurais adoré lire à l’adolescence. Prenant, surprenant, addictif. L’auteure nous plonge dans le cerveau d’une adolescente atteinte d’amnésie rétrograde. Depuis ses dix ans et une opération du cerveau lui ayant laissé des séquelles irréversibles, la mémoire de Flora est incapable de fixer un souvenir plus de deux heures. Toutes les deux heures, Flora a tout oublié de ce qui lui est arrivé depuis ses dix ans. Toutes les deux heures, tout un puzzle à reconstruire. Sur sa peau, au stylo, des messages tatoués : « Flora, sois forte ». Dans un carnet, son histoire. Sur tous les murs de chez elle, des post-it pour lui rappeler l’essentiel. Et autour d’elle, une famille surprotectrice qui ne lui laisse que peu de liberté d’être elle-même.

 

Jusqu’à ce baiser, inattendu. Ce baiser-là, elle s’en souvient. Le premier souvenir qui ne s’évapore pas. Un baiser qui l’emmènera au Spitzberg, dans l’Arctique, à la recherche de celui qui a peut-être tout changé sans le savoir. Un baiser qui l’emmènera bien plus loin, dans une quête identitaire qui bouleversera ses seules certitudes…

 

Il y a un côté thriller indéniable dans ce roman. Quelque chose qui fait qu’il est difficile de reposer ce roman sans le reprendre presque immédiatement. Le tour de force de l’auteure est de nous plonger dans la tête de Flora. Sa prison. Et la narration se calque sur ce que vit Flora. Tout se répète, presque en boucle. On tâtonne avec Flora. Mais on avance… et on s’enfuit comme Flora vers cet ailleurs qui va peut-être tout changer. Et là encore, l’auteure arrive à surprendre, faisant prendre à ce roman des allures de véritable thriller psychologique qui dévoile progressivement ses subtilités. Vraiment bien joué. Le lecteur adulte que je suis a peut-être tiqué sur un certain nombre d’invraisemblances mais qu’importe. Flora Banks est un bon roman qui se lit d’une traite. En voilà un qui va passer de mains en mains chez mes ados en quête de sensations fortes ! 

 

L’avis de Laure

 

Éditions Casterman (Mars 2017)

370 p.

Traduit (Anglais) par Julie Sibony

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-203-12220-8

Les beaux étés 3. Mam’zelle Estérel – Zidrou / Lafebre

CV_BEAUXETES_03_FR.inddDans la famille Faldérault, je demande le père. Pierre, auteur de bande dessinée, fâché avec les deadlines et sur des charbons ardents quand il s’agit de prendre la route des vacances.

 

Dans la famille Faldérault, je demande la mère. Mado, épouse femme et maman parfaite affublée d’une gamine délurée et d’une jeune vorace toujours collée à son sein, amoureuse de son homme comme au premier jour et impatiente de prendre le large pour se changer les idées.

 

Dans la famille Faldérault, je demande le grand-père. Henri, surnommé « Gros-papy » par sa petite fille, qui ne dit jamais non à une bonne portion de frites et à un verre de vin.

 

Dans la famille Faldérault, je demande la grand-mère. « Yvette-la-parfaite », gendarme qui s’ignore, dont l’occupation principale est de régenter son petit monde. Et mamie Yvette a décidé. Cette année, les vacances ça sera Saint-Étienne. Exit le chemin des écoliers, les pique-niques sauvages et le camping improvisé… bonjour les hôtels et restaurants recommandés par les précieuses étoiles Michelin, les menus contrôlés et les visites dans toutes les églises du coin !

 

Dans la famille Faldérault, je demande mam’zelle Estérel, la 4L rouge offerte par les parents de Mado. Pour plaire à beau-papa et belle-maman, pas de côte d’Azur au programme. Mais qu’importe, c’est les vacances… tous sur la banquette arrière !!

 

Que vous dire ? Le BONHEUR ! Tout est délicieusement régressif, joyeux, frais et terriblement juste, impossible de ne pas tomber en amour pour cette famille qui pourrait être la nôtre. Imparfaite, insupportable… indispensable. Flashback. Nous retrouvons la belle équipe en 1962, mam’zelle Esterel fait une entrée remarquée dans la tribu qui ne compte alors que deux enfants. Elle en verra de belles croyez-moi, il s’en passe des choses sur les chemins de traverse…!

 

Les beaux étés ou la série-chouchou-doudou par excellence…! Le duo complice Zidrou / Lafebre est au top de sa forme et nous régale… Dialogues ciselés, situations drolatiques, personnages inoubliables, dessin à tomber… Je suis totalement fan !! Vous hésitez encore…? Vu que deux avis valent mieux qu’un, voici les mots de Framboise complètement tourneboulée par cette jolie série ♥

 

« C’est un fameux trois-mâts, fin comme un oiseau.

Hissez haut, Santi-a-a-no ! …. »

 

Troisième été auprès de la famille Faldérault, les troisèmes vacances tout contre eux ! 1962. Nos-amis-les-Belges qui ne sont alors dotés que de 2 enfants, partent, à la bourre (enfin com’ d’hab !), pour un nouveau périple à bord de leur nouveau carrosse baptisé Manz’elle Esterel.  De nouveaux personnages (et non des moindres): Yvette-la-parfaite et Gros-papy, les accompagnent pour des vacances …. A la mer ? Pensez-vous ! A Saint-Etienne !

 

Comment vous dire à quel point cette saga des vacances me secoue sévère l’intérieur ! C’est doux, c’est tendre, c’est beau, c’est simple, c’est fragile, c’est léger, c’est lumineux, c’est juste, c’est savoureux (mhuuuum les dialogues de Zidroumonamour sont d’un délice fou), c’est faussement désinvolte… Un récit en bande dessinée sur le fil, comme en équilibre entre une réalité un brin cruelle et des petits plaisirs infinis… C’est tout com’ la vie koa ! Et puis ça gratte juste comme il faut (c’est Zidrou tout de même !) pour nous offrir un peu de saveur, de piquant et de nostalgie… dans ce temps-hors-du-temps des congés d’été… Larmichette (com’ dirait Sabine !) garantie ! Fous rire aussi  :-P ) Et le dessin de Jordi, superbe, joyeux et un poil désuet illustre avec bonheur et générosité ce scénario de vacances qui parlera, j’en suis certaine, à toutes et tous ♥

 

A lire ABSOLUMENT !

 

(merci ma copine Noukette de partager cette lecture et ce billet avec moa ♥ )

 

Framboisémue

 

Une lecture que nous avons pris un plaisir fou-fou-fou à partager avec Sabine (boum boum boum !) et Mo’ ! ♥

 

L’avis de Jacques

 

Mes avis sur le tome 1 et le tome 2

 

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Éditions Dargaud (Juin 2017)

56 p.

 

Prix : 13,99 €

ISBN : 978-2-505-06776-4

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

          main d'oeuvre   baker street   petit vampire   gurmet

                     Karine                            Enna                             Mylène                       Amandine

 

 

          lili pirouli   adoption  CV_BEAUXETES_03_FR.inddCV_BEAUXETES_03_FR.indd 

                   Blandine                  Sophie/Nathalie                   Sabine                                Mo’

 

 

          marshallBassT1   lulus1   edelweiss   Yin dragon 2

                     Jérôme                        Natiora                             Faelys                           Bouma

 

 

          où le regard

                     Soukee

Dans les dents ! Une vie d’ogre – Denis Baronnet / Gaëtan Doremus

dans les dents

« Petit Georges commença sa carrière d’ogre assez tôt, vers neuf ans, en mangeant sa petite soeur, Clotilde, âgée de quelques mois. Avant cet incident fondateur, Petit Georges était considéré comme un enfant joyeux, sympathique et sans problème. Il était extrêmement gourmand mais personne n’y voyait à redire et, même, sa gourmandise faisait la joie de son entourage, de sa mère en particulier. Rien ne réjouissait plus Plectrude, la maman de Petit Georges, que de voir son fils dévorer et celui-ci n’en mangeait qu’avec plus d’appétit. »

 

Bébé joufflu, enfant bien portant, Petit Georges grandit en ayant un appétit d’ogre, jusqu’à ce que, fidèle à son image, il se mette à boulotter sa petite sœur dans son berceau. Après tout, elle ne servait pas à grand chose Clotilde et elle fondait dans la bouche… Parents traumatisés, villageois en rage contre le monstre, Petit Georges est forcé de prendre ses jambes à son cou et de se réfugier dans une grotte au cœur de la forêt profonde. Triste et seul. Et affamé. Quand on a gouté à la chair rosée des bébés, difficile de s’en passer… Pour combler sa faim, Petit Georges est forcé de se réapprovisionner le long d’une route en contrebas où quelques promeneurs égarés et autres passants lui apportent les protéines nécessaires à son régime d’ogre. Jusqu’à ce que le puissant sortilège du sorcier Malagure – sachez que celui qui terrasse un ogre et lui prend ses dents acquiert d’immenses pouvoirs – le plonge bien malgré lui dans un très long sommeil. Cinq siècles plus tard (oui, le sorcier avait mis la dose…!), Petit Georges se réveille hébété, la chevelure et la barbe hirsutes, les ongles démesurément longs et la faim au ventre. Autour de lui, le monde a l’air d’avoir bien changé…

 

« Petit Georges commença sa carrière d’ogre assez tôt, vers neuf ans, en mangeant sa petite sœur, Clotilde, âgée de quelques mois ». Lisez la première phrase de ce roman graphique à des enfants et observez bien leurs réactions. D’abord incrédules, puis un brin dégoûtés… puis très vite hilares et avides de découvrir la suite de cette histoire pas banale qui débute par un crime hautement répréhensible. Manger les bébés, ça ne se fait pas. Manger sa petite sœur, ça se fait encore moins ! Et voilà le petit lecteur qui écoute fasciné les débuts rocambolesques d’un ogre, un vrai, dont le rêve ultime est de monter un « humainailler » où il irait chercher chaque matin un bébé tout frais pour son petit-déjeuner. Un ogre avec des grandes dents qui croque tout ce qui passe à sa portée sans distinction aucune, un ogre avec une préférence marquée pour la chair tendre des bébés mais, c’est bien connu, faute de grives, on mange des merles, même si on peut facilement tomber sur un os (oui, je sais, elle était facile…^^)

 

On se régale avec ce petit roman fantaisiste aussi drôle que cruel qui fait souffler un vent anticonformiste bien agréable. Personnages hauts en couleurs, situations ubuesques, sorcellerie et dents qui parlent, on jubile de voir l’ogre Georges se dépatouiller dans une époque dont il n’a pas les codes, à la manière d’un Jacquouille la fripouille catapulté en pleine modernité. Les illustrations férocement drôles de Gaëtan Dorémus épousent à merveille le texte ô combien loufoque de Denis Baronnet dont les dialogues enjoués et le vrai talent de conteur font merveille. A croquer !!

 

Une pépite jeunesse que je partage comme chaque mardi avec Jérôme

 

L’avis de Cuné

Éditions Actes Sud junior (Mai 2017)

70 p.

 

Prix : 15,00 €

ISBN : 978-2-330-07846-1

 

pepites_jeunesse

Le dernier des nôtres – Adélaïde de Clermont-Tonnerre

hermine

 

« Manhattan, 1969.

La première chose que je vis d’elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu’enserrait la bride d’une sandale bleue. Je n’avais jamais été fétichiste avant ce jour de mai et si j’avais dû me concentrer sur une partie de l’anatomie féminine, j’aurai spontanément choisi les fesses, l’entrejambe, la gorge ou peut-être le visage, certainement pas les pieds… »

 

 

Deux hommes déjeunent dans une trattoria de soHo. Deux amis et associés. Marcus et Werner Zilch. Et une femme mystérieuse : Rebecca. Entre elle et Werner va naître une passion folle qui va les entrainer tous deux, dans des contrées insoupçonnées…

 

« Saxe, Allemagne, 1945.

C’était une nuit de février, une nouvelle nuit de disgrâce pour l’humanité. Des hectares de ruines brûlaient sous une pluie âcre et cendrée. Des heures durant, Dresde n’avait été qu’un infini brasier annihilant les corps, les espoirs et les vies. Aussi loin que portait le regard, la ville était, en cette période de désolation mondiale, l’incarnation du chaos. »

 

Au milieu de cette obscurité, un enfant naît : « Il s’appelle Werner. Werner Zilch. Ne changez pas son nom. Il est le dernier des nôtres. »

Et dans cette Allemagne dévastée, deux frères ennemis vont s’affronter… Peut être jusqu’à en mourir…

 

Plusieurs histoires sont entremêlées. Plusieurs voix résonnent tour à tour. Deux époques et non des moindres. Une, le début des années 70, où tout semble possible, où la liberté prime, l’audace, la folie, le désir, la soif de réussir et le rêve américain !  L’autre, celle de la fin de la deuxième guerre mondiale. Une époque terrible. Tragique. Affreusement sombre. Et pourtant, des femmes et des hommes continuent de croire, d’espérer. Tentent de survivre. Et de sauver les leurs.

 

C’est un beau roman. Un roman d’aventure. Un roman qui mêle l’histoire avec un grand H et la vie, celle des petites gens… Un roman effervescent, un peu fou, toutafé tumultueux. Un roman « populaire » bien écrit. Certains passages sont d’ailleurs d’une saveur sans égal !

 

Tout de même, j’ai trouvé cette histoire un peu longue à certains moments. Parfois un peu trop emmêlée. Trop foutraque comme dirait ma copine Noukette ! Le foisonnement d’intrigues et de rebondissements a fini par m’agacer, avant de m’entrainer encore et encore (je dois bien l’avouer, je ne l’ai pas lâché !).  Et puis les personnages qui peuplent ce livre m’ont semblé parfois trop caricaturaux, m’ont énervée, dans leurs hésitations, leurs tourments, erf ! Et la fin, punaise, fleure bon le mélodrame !

Ce n’est donc pas un coup de cœur mais j’ai aimé parcourir différentes époques, différentes histoires tout contre Marthe, Wern, Marcus, Rebecca… J’ai aimé surtout je crois cette sombre période de fin de guerre en Allemagne. Et ce combat de femme mené par Marthe. Oh oui, Marthe je l’ai aimé si vous saviez !

 

Je crois qu’il vous faut, malgré quelques bémols, le découvrir. Il vaut le coup d’œil !

 

Le dernier des nôtres, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Grasset, 2016.

 

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Surtensions – Olivier Norek

Surtensions_hd« Cette sœur acceptera-t-elle le marché risqué qu’on lui propose pour faire évader son frère de la prison la plus dangereuse de France ? De quoi ce père sera-t-il capable pour sauver sa famille des quatre prédateurs qui ont fait irruption dans sa maison et qui comptent y rester ? Comment cinq criminels - un pédophile, un assassin, un ancien légionnaire serbe, un kidnappeur et un braqueur – se retrouvent-ils dans une même histoire et pourquoi Coste fonce-t-il dans ce nid de vipères, mettant en danger ceux qui comptent le plus pour lui ?

Des âmes perdues, des meurtres par amour, des flics en anges déchus : la rédemption passe parfois par la vengeance…

Pour cette nouvelle enquête du capitaine Coste, Olivier Norek pousse ses personnages jusqu’à leur point de rupture. Et lorsqu’on menace un membre de son équipe, Coste embrasse ses démons. » (Quatrième de couverture)

 

Attention, polar addictif, fort réjouissant !

 

Tentative de résumé (pour vous donner envie, parce qu’il vaut le coup ce polar de 500 pages !)

L’histoire débute chez une psy. Coste, Victor Coste, capitaine au SDPJ 93 y est entendu. Dès les premiers mots, il y a déjà deux morts, plusieurs commencements, un enlèvement de gosse, un meurtre, une évasion de prison et une décision prise…

Dès les premiers mots, on sait que ça va pas être simple ! Et que Coste est en très mauvaise posture. 

Alors Olivier Norek va remonter cette affaire, nous plonger dans l’univers carcéral de Marveil, au beau milieu des cellules d’isolement de la plus grande prison d’Europe :

 

« Sur les moniteurs de contrôle, les cellules des arrivants affichaient toutes le même tableau. Chaque nouveau détenu était assis sur son lit, incapable de dormir, les yeux dans le vide à essayer de réaliser la situation. Surtout de l’accepter. L’espoir allonge le temps et use les nerfs. La résignation permet d’être en paix. Accepter sa peine est le seul moyen de la supporter. Mais cette acceptation peut prendre du temps. »

 

 Nous mène à la rencontre de l’équipe de Coste :

 

« Coste prit quelques secondes pour observer son équipe. Le Groupe crime 1 du SDPJ 93. Ronan, son second, chemise ouverte et lunettes de soleil, aux prises avec les braises du barbecue rougeoyant, sifflait une bière fraiche. Sam, le geek informaticien de l’équipe, était assis, un petit garçon sur un genou et un ordinateur portable sur l’autre, l’air concentré, les sourcils froncés. Restait Johanna, le seul élément féminin du groupe, bien que « féminin » ne soit pas le premier mot qui vienne à l’esprit lorsqu’on évoquait De Ritter. »

 

Nous lève au petit jour pour une étrange disparition, le début d’un enlèvement avec une demande de rançon :

 

« David Sebag. Dix-neuf ans. Samedi soir, ses amis l’ont vu quitter la boîte de nuit dans laquelle ils passaient la soirée. Apparemment pour acheter un gramme de coke à un type qui ne voulait pas le lui vendre à l’intérieur. Ils ne l’ont revu de la nuit. Dimanche après-midi, Marc Sebag, le père, s’inquiète et appelle les amis de son fils. Les gamins ont commencé par le mener en bateau mais quand ils ont vu qu’il était mort de trouille, ils ont avoué pour la coke. »

 

Nous entraîne dans un loft sous les toits parisiens au côté d’une drôle d’équipe de mafieux corses : Alexandra, Dorian, Franck et Rhinocéros. Des braqueurs de bijouterie à qui tout réussissait jusqu’à ce que Nano fasse le malin et ne suive pas les instructions les plus élémentaires.

 

Nous emporte (sans jamais nous égarer) jusqu’au dénouement. Jusqu’au basculement. Ahhhhhh ça m’a secoué, si vous saviez !

500 pages haletantes et rondement menées. 500 pages d’histoires enchevêtrées, de personnages formidables. 500 pages d’un polar toutafé divertissant, avalé d’un coup d’un seul !

Un pur moment de détente et de frissons !

Le 3ème tome des aventures de Victor Coste et de son équipe (que je n’avais encore jamais lu, mais c’est sans difficulté aucune que j’ai pu m’engouffrer dans ce thriller même sans rien connaitre des 2 premiers tomes), porté par la plume alerte et mordante d’Olivier Norek, est épatant ! M’en vais découvrir les 2 premiers tomes, c’est vous dire si j’ai aimé !

 

PRIX Le Point DU POLAR EUROPÉEN 2016

Il est également l’élu du Grand Prix des Lectrices de ELLE (dans la sélection « Policier ») ! Bravo bravo Monsieur Norek ;-)

 

Surtensions, Olivier Norek, Michel Lafon, 2016.

 

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La pension Moreau 1. Les enfants terribles – Benoît Broyart / Marc Lizano

pension moreauUn bâtiment austère à l’écart de la ville. Des enfants à la mine fermée qui vaquent à diverses tâches sous l’oeil satisfait du directeur. Bienvenue à la Pension Moreau, l’établissement idéal pour remettre dans le droit chemin les enfants ingérables…

 

Les parents du petit Émile ont tout essayé, en vain. Malgré tous leurs efforts, leur fils multiplie les fugues et passe son temps à gribouiller sur son carnet sans décrocher un mot. La Pension Moreau sera peut-être la solution miracle, même si pour cela il faudra confier l’enfant… définitivement…

 

Sans un regard en arrière, les parents d’Émile l’abandonnent au professeur Turoc, non sans s’être délesté auparavant d’une forte somme d’argent. Cinq lingots d’or, le prix à payer pour être débarrassés du gêneur. Très vite, le jeune garçon est mis au pas. Règles strictes du pensionnat, corvées, coups et humiliations, le ton est donné. Dans sa chambre-geôle, Émile le mutique fait la connaissance de Paul, Victor et Jeanne, compagnons de chambrée et d’infortune déjà bien rodés à la mécanique implacable de la Pension…

 

« Eh bien Émile, bienvenue au paradis. »

 

La pension Moreau… Le scénario de cette trilogie signée Benoît Broyart et Marc Lizano s’inspire de La chasse à l’enfant, un poème écrit par Jacques Prévert après avoir appris l’existence d’un orphelinat qui avait tout du bagne pour enfants. Le mot fait frémir et on peine à croire qu’une histoire si dure puisse être proposée à de jeunes lecteurs. Et pourtant… Tout repose sur l’atmosphère mise en place par les auteurs. Professeurs sinistres et menaçants, enfants sur lesquels plane une menace qui ne dit pas son nom, vent de révolte péniblement contenu, instinct de survie… Les pensionnaires subissent mille brimades de leurs bourreaux, adultes inhumains et maltraitants très justement représentés par des visages animaux. Une belle idée renforcée par le dessin faussement naïf de Marc Lizano qui rend à merveille l’ambiance angoissante et profondément mystérieuse de cette étrange pension. Un trait simple qui donne encore plus de poids et de force à cette histoire pas banale…

 

Audacieux, intrigant et terriblement efficace, on referme ce premier volet avec mille questions en tête et une véritable hâte de connaître le fin mot de l’histoire…!

 

L’avis de Mo’

 

Le blog de Benoît Broyart

Le blog de Marc Lizano

 

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Éditions de la Gouttière (Février 2017)

48 p.

 

Prix : 14,00 €

ISBN : 979-10-92111-08-8

 

BD de la semaine saumon

… chez Moka

Six ans de lectures inavouables… le top & flop !

mardi c'est parmisSix ans de lectures inavouables… Six ans de lectures coquines pas toutes mémorables, des auteurs chouchous, une bonne dose de clichés et, parmi tout un tas de romans ou nouvelles qu’on aura vite fait d’oublier, quelques pépites dont on aurait bien tort de se priver…

 

Six ans de lectures inavouables… et une volonté de mettre en avant ces lectures dites « honteuses », celles qu’on planque tout en haut des étagères loin des yeux des enfants, celles qu’il faut ruser pour trouver dans les librairies, celles dont on évite de parler en société. Des lectures qui offrent pourtant de sympathiques parenthèses, pas prises de tête – et parfois, oui, avons le, de bonnes tranches de rigolade…!

 

Six ans de lectures inavouables et une prêtresse hors pair, parfaite maitresse de cérémonie. Six ans de mardis coquins chez Stephie, ça ne s’oublie pas…! Petit coup d’oeil dans le rétroviseur…

 

 

Le must…!

 

Perle Il faut jouir Edith Mr-d-Emma-Becker 

femme papier pasdanslecul

 

 Les belles trouvailles…

 

Les-menottes-et-le-radiateur Les-filles-dEve-e1417469116174 Embrasez-moi marquise-sade

 

La reine de ma liseuse…

 

La-stagiaire Le-prince-egyptien Les-talents-caches-du-dr-Swann

Le-feu-de-la-passion crazy-in-love lucie Amant sans visage

 

Les OVNI…

 

Snuff-Palahniuk Palahniuk Grenouilles herbierSauvage

 

Ces BD dont on aurait tort de se priver…

 

amabilia1porno grapphique sex story 

le-vrai-sexe-de-la-vraie-vie une-vie-damour

 

Ces coquines copines qui se lâchent…

 

fantasmes et miroirs tabous Ava

Mêlée-à-deux Osez

 

 Celui dont on a beaucoup trop parlé…

 

Cinquante-nuances-de-Grey

 

Et, last but not least… La palme du WTF…!

 

Deshabille-mo Devoile-moi Tout-ce-qu-il-voudra1 L-ombre-et-la-lumiere

 

Petit bilan en guise de clin d’œil à ce rendez-vous du « premier mardi » vite devenu incontournable. Une petite parenthèse impudique, décomplexée, impertinente et souvent drôle qui aura fait souffler un vent de légèreté sur la blogosphère. Des lectures inavouables mémorables dans tous les sens du terme, un rendez-vous « cul-tissime » qui se termine… mais qui ne sonne pas le glas des lectures inavouables…! Bécots ma Stephie…! ♥

La Princesse de l’aube – Sophie Bénastre / Sophie Lebot

la princesse de l'aube

« Elyséa était le pays le plus heureux d’entre tous. Il y régnait joie et bienveillance. Dans le ciel, invariablement clair, scintillait un doux soleil. Sa lumière protectrice permettait aux fruits de s’épanouir. Les potagers et les champs offraient généreusement de quoi nourrir le peuple. Des fleurs chatoyantes ornaient les appartements royaux où s’affairaient les domestiques. Elyséa était gouvernée par le roi Alcménon et la reine Radamenta, tous deux très aimés de leurs sujets. La paix et le bonheur régnaient. »

 

Une princesse à la peau pâle et aux yeux translucides qui irradie d’une douce lumière. Un arrière plan plongé dans l’obscurité où semble régner la tristesse. Quelques lueurs éparses. Tout est là, déjà. Dans cette magnifique couverture qui joue sur le contraste entre clair et obscur. Dans ce très grand format qui magnifie la puissance du texte et la beauté des illustrations. Le plus beau des écrins pour un album bijou qui conjugue à merveille les tonalités du conte et la réalité de notre monde…

 

Dans le royaume d’Elyséa, les hommes vivent heureux sans se soucier des lendemains. Un paradis terrestre sur lequel règnent un roi et une reine attentifs et bienveillants. Mais un matin, la terre se met à gronder et le royaume est englouti dans les profondeurs. Sonné, incrédule, le peuple se réveille au milieu des ruines et des cendres. Passé le temps de l’hébétement, le peuple s’organise et tente de survivre dans ce qu’il surnomme « le Monde d’en Bas », un royaume souterrain fait de galeries et de tunnels abritant désormais les survivants privés de lumière et de chaleur. Le couple royal, rejeté par son peuple qui l’aimait tant, se retire dans l’obscurité…

Quelques mois plus tard, et contre toute attente, nait la princesse Lucia. Blonde et gracile, gaie et lumineuse. Sur elle repose l’espoir de jours meilleurs…

 

Coup de cœur pour ce conte sublime où je retrouve avec bonheur la plume enchanteresse de Sophie Bénastre (Mélodie en sous-sol, La bulle de secrets). L’auteure n’a pas son pareil pour créer sur mesure un monde imaginaire où règnent l’obscurité et la tristesse. Un monde que les hommes ont oublié de préserver et qui se rappelle à eux de la plus cruelles des façons. Dans ce royaume perdu, un frêle éclat traverse petit à petit les interstices, promesse du retour possible de la lumière dans le ciel et le cœur des hommes. Aux crayons, Sophie Lebot déploie tout son talent et nous en met plein les yeux. Sublimées par le format hors-normes de l’album, ses illustrations se déploient et donnent à voir un univers merveilleux où s’affrontent l’obscurité et la lumière. Cages aériennes qui enferment des lueurs vacillantes, parapluies retournés pour récolter l’eau de pluie, vêtements éclatants de finesse… elle met en scène un monde magique et inventif de toute beauté.

 

Poétique, envoûtant et atemporel ♥

 

Le site de Sophie Bénastre

Le site de Sophie Lebot

 

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 Éditions De la Martinière jeunesse (Mai 2017)

32 p.

 

Prix : 14,90 €

ISBN : 978-2-7324-7693-3

 

logoalbums2016

Journal d’un vampire en pyjama – Mathias Malzieu

images« Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. Une histoire d’amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n’ai rien eu à inventer. Si ce n’est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon cœur. »

 

Un drôle de journal intime que cet ouvrage. Sur un sujet douloureux qui fait toutafé froid dans le dos. Et c’est peu de le dire…

Mathias Malzieu est chanteur, compositeur, écrivain… Un touche à tout de talent, tendre, décalé, un brin rock and roll ! Qui fait grand bien dans ce monde de brutes…

 

« Je suis un drogué du panache. J’ai des cavernes d’Ali Baba plein le crâne, à s’en faire claquer les orbites. Je ne m’ennuie jamais, sauf quand on me ralentit. J’ai dans le cœur un feu d’artifice. Véritable homme-volcan, c’est la lave qui coule dans mon sang. Je cherche le spasme électrique de la surprise. Je ne sais pas vivre autrement. »

 

Oui mais voilà, une maladie du sang lui attaque la moelle osseuse, « une maladie du sang aussi grave que rare. C’est « idiopathique », comme ils disent, on en connait pas la cause. »

Démarre une lutte totale. Mathias devient un vampire. Désormais, il a besoin « du sang des autres pour vivre. » Et, « pour revenir dans le monde des vivants », il lui faudra une greffe de moelle. Traitement lourd, diagnostic incertain… Mathias s’accroche. Entame un combat de chaque instant. Malgré les doutes qui s’installent. Malgré « l’identité qui vacille ». Malgré la vie suspendue à un fil. Malgré « la contrainte, l’attente et le flou »…

 

Alors, pour tenir bon, pour se sauver, pour résister, pour continuer à espérer et pour se protéger de Dame Oclès, Mathias débute une sorte de carnet de bord de la maladie. Un journal intime d’un genre tout particulier :

 

« En chambre stérile, dès qu’on rêve un peu, ça pique les yeux. Surtout quand on ne sait ni quand ni comment on en sort. Ma seule possibilité de résister, c’est d’écrire. L’urgence fait pousser des graines de livres en moi. Je les arrose toutes et m’applique à penser que je vais trouver mon haricot magique pour crever le plafond de l’hôpital. »

 

C’est épatant et terriblement humain. C’est délicat, doux et empreint d’une folle poésie. C’est beau, léger même dans la désespérance, c’est fort, c’est bon, vraiment bon ! C’est un surprenant coup de cœur et depuis cette si jolie lecture, je me suis plongée dans sa musique avec une attention particulière, avec une émotion toute singulière. Merci Mathias Malzieu, je ne vous quitterai plus je crois, vous avez conquis mon cœur ;-)

 

« Puisque je suis prisonnier de mon propre corps, je dois plus que jamais apprendre à m’évader par la pensée. Organiser ma résistance en mobilisant les ressources de l’imagination. Je vais travailler dur au rêve de m’en sortir. Il me faudra une volonté en fer forgé. Un truc de marathonien. Foulée après foulée. Rythme et constance. Trouver l’équilibre entre la rigueur d’un moine et la fantaisie créative. Apprendre à faire le con poétiquement dans le cadre austère du couvre-feu que je dois respecter. Doser l’espoir au jour le jour. Transformer l’obscurité en ciel étoilé. Décrocher la lune tous les matins et aller la remettre en place avant la tombée de la nuit. Un vrai boulot de néo-vampire. »

 

Et le verdict est tombé ce mercredi à 20h  Tataaaaaaaaaam … Il est l’élu du Grand Prix des Lectrices de ELLE dans la sélection « Essai »… Encore bravo Monsieur Malzieu ;-)

 

 

GrandPrixdesLectricesElle

 

Le site : http://www.vampireenpyjama.fr/

Journal d’un vampire en pyjama, Mathias Malzieu, Albin Michel, 2016.

L’adoption 2. La Garùa – Zidrou / Arno Monin

L' ADOPTION

« On rêve tous d’histoires qui se terminent bien. On a beau savoir que, par nature, « end » et « happy » ne feront jamais bon ménage, on se force à y croire. Cette espérance, cet aveuglement, c’est notre force à nous, les hommes. Les histoires ne se terminent pas bien. On peut juste faire en sorte qu’elles nous laissent une bonne saveur en bouche. Se lécher une dernière fois les babines avant de sortir de table, ce ne serait déjà pas si mal non ? »

 

Voilà. Ces quelques mots sur les premières planches de l’album et je retenais déjà mon souffre… Personne ne pourra dire en refermant le dernier tome de ce diptyque que Zidrou n’est pas un grand scénariste. Jamais on on l’attend, toujours en embuscade, prêt à dégainer ses dernières cartouches. Un numéro d’équilibriste parfait, oscillant sans cesse entre l’émotion, l’humour et ce réalisme cruel qu’on se prend parfois en plein visage. Du grand art, ni plus ni moins…

 

L’année dernière, je finissais le premier tome de L’adoption la gorge serrée. J’avais fait la connaissance de Qinaya, 4 ans, et de sa nouvelle famille de cœur. J’avais fondu pour son grand-père tout neuf, Gabriel « l’achachi » bien malgré lui, tombé en amour pour cette petite poupée péruvienne qu’un tremblement de terre avait laissée orpheline. J’avais aimé les « Gégés », cette bande de vieillards fort en gueule et tout mous à l’intérieur. Ces carapaces qui se fissurent, ces liens du sang et du cœur qui relient les hommes… et cette claque à la fin de l’album qui fait d’effondrer le parfait château de cartes…

 

Et ce dernier tome, d’une certaine façon, remet tout en perspective. Les hommes et leurs bonnes intentions, leurs choix et leurs erreurs, leurs désillusions et leur capacité à rebondir et à se reconstruire. Surtout ne pas trop en dire… Simplement suivre Gabriel à Lima, dans un voyage douloureux et nécessaire. Le voir avancer, reculer, perdre pied, douter, espérer, renoncer. Imaginer des jours meilleurs, se gorger de belles rencontres. Se recentrer sur l’essentiel, enfin, ce qui dure, ce qui enracine profondément dans le sol… et se dire qu’il n’est jamais trop tard.

 

Une très belle conclusion à ce très beau diptyque. Terriblement humaine, bouleversante, ouvrant grand les portes vers un nouveau départ. Le dessin d’Arno Monin, au diapason, offre un écrin de finesse et de légèreté où la lumière prend toute sa place. Sublime ♥

 

« - Et vous, Gabriel ? Pourquoi le Pérou ?

- Pourquoi ? Parce que je suis un vieil imbécile qui croit encore aux contes de fées, alors que la vie se comporte plus souvent qu’à son tour comme une méchante sorcière. »

 

Le blog d’Arno Monin

 

Des mêmes auteurs sur le blog : Merci - L’adoption (1)

 

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Éditions Bamboo (Mai 2017)

Collection Grand Angle

48 p.

 

Prix : 14,90 €

ISBN : 978-2-8189-4170-6

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie