Noli me tangere / Ne me touche pas – Andrea Camilleri

Il y a quelque chose de très particulier dans ce roman. Quelque chose d’insaisissable. Quelque chose qui vous accroche et ne vous lâche pas alors même que les premiers éléments de l’intrigue pourraient laisser penser que l’auteur se contente de recycler ce qu’on attend habituellement d’un polar…

 

Je ne me souviens plus vraiment de ce qui m’a attirée vers ce roman. Le titre sûrement, intrigant. Cette couverture aussi. Et l’histoire, parce qu’il y en a une, qui annonce donc une enquête somme toute assez classique sur la disparition mystérieuse de la femme tout aussi mystérieuse d’un écrivain célèbre. Qui dit enquête dit donc enquêteur. Un commissaire à l’ancienne ici qui semble se fier plus à son instinct pour avancer….

 

Chose curieuse, dès les premières lignes je me suis sentie bizarrement en terrain connu. Quelque chose dans la langue, dans le rythme, une apparente langueur qui me rappelait l’ambiance d’un autre roman lu il y a quelques années. Après quelques vérifications, j’avais effectivement lu un autre roman de cet auteur. Un roman déroutant qui présentait lui aussi le portrait d’une femme tout aussi dérangeante que fascinante. Une femme enfant, une prédatrice, à la personnalité trouble et malsaine qui ne m’avait pas totalement séduite…

 

Dans ce nouveau roman, Andrea Camilleri fait aussi le portrait d’une femme aux multiples facettes mais je l’ai trouvé plus abouti, plus intéressant. Car l’enquête tente de cerner la personnalité de Laura. Souvenirs, interviews et témoignages, lettres, coupures de presse… le commissaire tente de comprendre ce qui aurait pu pousser cette femme à organiser sa propre disparition dans le plus grand secret… En même temps que le commissaire, le lecteur reconstitue le puzzle et tente de comprendre les motivations de cette femme plurielle qui ne rentre dans aucune case…

 

« Je suis fille du vent et du désert. Et cette rose ne mourra jamais. »

 

Intelligente, brillante, séductrice, mélancolique, mangeuse d’hommes, superficielle, égoïste… Qui est vraiment Laura ? Il y a véritablement quelque chose dans ce court roman qui bouscule les codes du roman policier pour nous offrir le portrait d’une femme qui se veut libre et sans attaches. L’auteur, qui affiche plus de 90 ans au compteur, est une star en Italie et un peu partout dans le monde. Les deux romans que j’ai lus de lui me donnent en tous cas l’envie de creuser encore un peu le personnage et l’œuvre…

 

L’avis de Nicole

 

Du même auteur sur le blog : Le Toutamoi

 

Éditions Métailié (Mai 2018)

Collection Bibliothèque italienne

143 p.

Traduit de l’italien par Serge Quadruppani

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 979-10-226-0778-0

Des romans dessinés pour les plus jeunes

Quand il se réveille ce matin là, impossible de remettre la main sur son arc. Pour Tomi qui ne s’en sépare jamais, c’est le drame. Carquois en bandoulière, il se met en chasse, bien décidé à le retrouver. Maison fouillée de fond en comble, le jeune garçon doit bien se rendre à l’évidence, son arc n’est nulle part. Bob, son chien, a bien une idée sur la question. C’est la fille qui habite de l’autre côté du lac qui le lui a pris. Se fiant à l’odorat de son ami fidèle, Tomi s’aventure dans la forêt sans bien savoir ce qu’il va y trouver…

 

Jean, baskets et chemise de bucheron, Tomi est un jeune trappeur qui parcourt la forêt à la recherche de son arc. Le dessin est gai et joyeux, les couleurs automnales sublimes… Une belle ode à l’amitié et une aventure chatoyante qui donne envie de découvrir le Canada dare dare !

 

Pêche à l’arc d’Anne Cortey et Benoît Perroud – ISBN : 978-2-7404-3294-5

 

 

Au petit matin, tout le monde défile dans la chambre de Fanny pour la réveiller. Mais quand elle se lève enfin, c’est pour constater que chacun vaque à ses occupations sans se préoccuper d’elle ni de son petit déjeuner. Ses parents sont concentrés derrière leur écran d’ordinateur, sa sœur ne quitte pas son téléphone portable et son frère s’est exilé dans les toilettes avec sa tablette. Jusqu’à ce qu’un grand « Boum » retentisse dans la maison… et fasse disparaitre toute la famille à l’intérieur de son écran !

 

Texte humoristique très bien trouvé sur les dangers des écrans et leur omniprésence dans nos vies. Grâce à son imagination, Fanny va réussir à sauver sa famille de ce monde ultra connecté qui les a littéralement engloutis. A méditer !

 

Fanny et la boite magique de Rachel Corenblit et Lisa Blumen – ISBN : 978-2-7404-3296-9

 

 

Sami est un aventurier et rien ne l’effraie. Explorer le monde, il ne s’en lasse pas. La maison, le parc, la fête foraine, la piscine… on n’imagine pas tout ce qu’on peut y découvrir. Mais Sami a soif d’aventure, la vraie. Alors quand sa maman lui propose un voyage « au bord du monde » pour ses 7 ans, Sami prépare sa valise d’explorateur. Au bout de la route, la mer, un port, des bateaux qui arrivent, d’autres qui partent… beaucoup de questions à poser et autant d’histoires à imaginer…

 

Un texte très poétique sur les voyages et les rêves qui les permettent illustré par le talentueux Barroux. Faire un beau voyage, ça peut être explorer des contrées lointaines mais c’est aussi se blottir dans les bras de ceux qu’on aime ou faire des voyages immobiles juste en fermant les yeux… Mon préféré ♥

 

Le voyage au bord du monde de Sylvie Neeman et Barroux – ISBN : 978-2-7404-3297-6

 

Des auteurs et des illustrateurs reconnus pour un nouveau concept qui devrait vite trouver ses adeptes ! A mi chemin entre l’album illustré et le premier roman qu’on lit tout seul, Séverine Vidal (qu’on ne présente plus !) lance chez Mango jeunesse la collection des Romans dessinés, une collection qui se veut « un pont entre l’album et le tout premier roman ». Des textes passerelle pour ceux qui viennent d’apprendre à lire et ne veulent pas encore abandonner leurs chers albums illustrés… tout en voulant se lancer dans des romans de grands. Des textes assez longs qui parlent aux enfants de leur quotidien, de leurs rêves, de leurs envies, de leurs peurs avec humour, poésie, malice et intelligence. Forcément, on dit oui !

Format cartonné, nombreuses illustrations, univers variés, typographie et mise en page adaptées aux lecteurs débutants pour faciliter l’autonomie de lecture… cette collection a tout bon ! Trois autres titres sont déjà annoncés pour septembre dont un texte de Thomas Scotto que j’attends de pied ferme…! Affaire à suivre !

 

Trois pépites jeunesse pour le prix d’une que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi. Il vous faudra maintenant patienter jusqu’à la rentrée pour de nouvelles trouvailles, le rendez-vous des pépites s’offre un break bien mérité !

 

Collection Roman dessiné – Éditions Mango jeunesse (2018) – 63 p. – 12,95 €

 

pepites_jeunesse

Smith & Wesson – Alessandro Baricco

«Maintenant je résume : on attendait un tas de choses de la vie, on n’a rien fait de bien, on glisse peu à peu vers le néant, et ce dans un trou paumé où une splendide cascade nous rappelle tous les jours que la misère est une invention humaine et la grandeur le cours naturel du monde.»

 

1902. Tom Smith aime les chiffres et les faits précis. En interrogeant les souvenirs des uns et des autres, il dresse des statistiques météorologiques aussi précises qu’inutiles lui permettant de se prononcer sur les jours à venir. Accessoirement, il est aussi recherché dans quatre états pour escroquerie…

 

Surnommé Le Pêcheur, Jerry Wesson tente d’être à la hauteur de son illustre père en repêchant les corps des candidats victorieux au suicide. Mais dans les chutes du Niagara, aucun survivant à sortir des rapides, que des cadavres…

 

Rachel Green est une jeune journaliste au San Francisco Chronicle qui désespère d’être prise au sérieux dans son travail. Une seule solution, décrocher le scoop du siècle et pondre l’article rêvé. Parachutée aux chutes du Niagara pour un reportage, elle se rapproche de Smith et Wesson pour qu’ils l’aident dans son projet… Réussir le pari fou de survivre à une chute… dans les chutes du Niagara.

 

Tom et Jerry. Smith et Wesson… le ton est donné ! Dans une pièce de théâtre qui n’en est pas vraiment une, Alessandro Baricco s’offre une récréation tout en nous offrant un véritable divertissement. Au spectacle, le lecteur se régale des libertés qu’il prend avec le genre, sourit aux longues digressions qu’il égrène au fil des pages et s’amuse de l’imaginaire débridé auquel l’auteur facétieux nous a depuis longtemps habitué.

Baricco est un vrai raconteur d’histoires, c’est un réel plaisir de retrouver sa plume et son art inégalé de la répartie et du dialogue ! Loufoque, absurde et inattendu, Smith & Wesson est une comédie dramatique et légère (si, si, c’est possible !) qui se déguste comme un bonbon.

 

Une lecture savoureuse que je partage avec Jérôme.

 

L’avis de Jostein

 

Du même auteur sur le blog : SoieNoveciento : pianisteLa jeune épouse Mr GwynTrois fois dès l’aube

 

Éditions Gallimard (Mai 2018)

Collection Du monde entier

160 p.

Traduit de l’italien par Lise Caillat

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-07-017903-9

Aspirine – Joann Sfar

Elle est énervée Aspirine. Elle est en colère et c’est parti pour durer. Plus de trois cent ans d’existence. Aspirine sera pour l’éternité coincée dans la peau d’une adolescente de 17 ans. Vampire et crise d’adolescence… le cocktail est plus qu’explosif…! Étudiante en philosophie à la Sorbonne le jour, Aspirine traîne son ennui, son mal être et sa haine de son prochain comme une croix. Alors elle cogite beaucoup Aspirine. Elle ressasse. Passe ses nerfs sur quelques humains qui ont le malheur de croiser sa route au mauvais moment, arrache quelques cœurs de poitrines encore frémissantes, dépèce quelques carcasses pour le plaisir et l’adrénaline vu qu’il n’est plus de bon ton pour les vampires de notre époque de se repaître de sang humain…

 

Enfermée dans une vie qu’elle juge insipide, Aspirine observe d’un œil envieux sa sœur qui elle a eu la chance de devenir vampire à 23 ans. Sublime, sculpturale, Josacine collectionne les amants d’un soir qui, les bienheureux, ne savent rien de sa condition. Jusqu’à ce qu’ils croisent Aspirine au petit matin… qui elle ne se fait pas prier pour redécorer l’appartement de leur sang frais. Une façon comme une autre de passer le temps.

 

A la Sorbonne, elle s’acharne sur son professeur en le poussant dans ses retranchements. Il est toujours en vie, de même que ces sottes qui s’extasient bêtement devant lui. Considérée comme une emmerdeuse ou au mieux comme une originale, Aspirine se fiche comme d’une guigne de ce que peuvent bien penser les gens. La plupart du temps, ils l’ignorent ou l’évitent. Sauf Ydgor. Étudiant paumé passionné de jeux de rôle et de légendes gothiques, il rêve qu’un truc « magique » lui arrive un jour. Il sera servi…!

 

Sfar et moi c’est assez compliqué. J’ai du mal avec son dessin. Je ne suis pas en phase avec l’univers qu’il propose. Mais j’aime ce qu’il a à dire… J’ai feuilleté sa série Petit vampire plusieurs fois, jeté un œil sans m’attarder sur son adaptation très personnelle du Petit Prince, lu le premier tome du Chat du rabbin sans persister, passé un bon moment avec La fille du professeur… mais à chaque fois ce tiraillement entre mon ressenti face au graphisme et le propos que je trouve toujours intelligent et audacieux. Même chose avec Aspirine. Cette gamine en rangers m’a hérissée le poil. Elle est trash, cash, vulgaire, violente, détestable… et pourtant on s’y attache. Joann Sfar a imaginé une héroïne borderline, punk, hargneuse, rebelle, antisociale, désabusée, mélancolique qui ressemble à s’y méprendre (à quelques détails sanglants près) à nos adolescents constamment inadaptés au monde dans lequel ils vivent. Sauf que ça leur passera, un jour. Aspirine elle pourra bien essayer de se suicider en se jetant d’un pont, elle est condamnée à ressasser ad vitam eternam les mêmes tourments. Et la philosophie ne lui apportera pas les réponses qu’elle cherche.

 

Et finalement je pense que j’ai aimé. J’ai esquissé quelques grimaces d’écœurement, souri aux dialogues et aux multiples références de tous bords qui sont un pur régal, constaté que chez Sfar ça partait encore et toujours dans tous les sens, compris l’attachement des fans à cet univers foutraque et brillant… tout en sachant pertinemment que Sfar n’était quand même pas un auteur pour moi. On n’est pas à une contradiction près…

 

Éditions Rue de Sèvres (Juin 2018)

140 p.

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-36981-461-0

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

 

           

           Madame                          Enna                             Jacques                            Iluze

 

 

           

          Nathalie                          Saxaoul                         Leiloona                          Blandine

 

 

           

            Aurore                            Karine                            Mylène                             Hélène

 

 

           

     Petit carré jaune                       Fanny                             Jérôme                         Gambadou

 

 

           

           Bouma                             Soukee                          Sandrine                          Moka

Lise et les hirondelles – Sophie Adriansen

Dans Max et les poissons, c’est la voix innocente et candide d’un petit garçon de huit ans que nous donnait à entendre Sophie Adriansen. Ses questions sans réponses, son incompréhension, sa peur mais aussi ses rêves et ses espoirs. Sans un mot de trop, l’auteure avait réussi le pari fou de dire l’essentiel tout en restant à hauteur d’enfant : l’horreur, l’indicible, l’avenir entre parenthèses… Dans Lise et les hirondelles, c’est la voix plus mature mais pas moins innocente d’une jeune adolescente de treize ans qui nous émeut à son tour. Elle pourrait être la grande soeur de Max, une cousine, une amie ou juste une voisine de palier…

 

Comme lui, elle est née juive. Comme lui elle doit du jour au lendemain porter une étoile jaune pour dire « qui elle est ». Comme lui elle doit courber le dos, subir les rationnements, constater sans rien pouvoir y faire la fin de la vie telle qu’elle la connaissait avant. Les bottes martèlent les pavés, l’atelier de confection familial doit fermer, les regards dans les rues et à l’école sont appuyés, méfiants ou franchement haineux… en cet été 1942, tout change. Jusqu’à ce 16 juillet où Lise assiste à l’arrestation de sa famille. Inconsciente ou aidée par la chance, elle se rend au commissariat et parvient à sauver ses deux petits frères en prouvant qu’ils ne se trouvent pas sur la « liste ». De ses parents, elle n’aura par contre aucune nouvelle. Recueillis par des voisins, Lise et ses frères deviennent des enfants cachés…

 

16 juillet 1942. Sophie Adriansen continue de dérouler le fil de la grande histoire en ravivant les souvenirs de la rafle du Vel’ d’Hiv’. Un évènement jamais véritablement nommé mais que Max et Lise vivent et ressentent avec la naïveté de leur âge sans comprendre réellement tous les signes du drame à venir. Alors que Max ne pensait qu’au poisson qu’il avait dû abandonner à son sort avant son départ forcé de chez lui, Lise elle se raccroche aux hirondelles qui parviennent à survivre à leur migration grâce à leur instinct. Comme les oiseaux qu’elle admire, elle lutte pour sa survie, protège ses proches et tente de retrouver sa famille tout en passant de l’enfance à l’adolescence… Une métaphore subtile et belle… et une métamorphose dont le lecteur est témoin, admiratif devant la maturité de cette jeune femme en devenir qui a grandi trop vite…

 

Lise et les hirondelles… ou le nouvel incontournable de Sophie Adriansen est une pépite jeunesse qui s’impose d’elle même. A lire, à faire lire… et à glisser d’urgence dans les mains des jeunes adolescents dès l’entrée au collège.

 

Une lecture partagée avec Jérôme, comme chaque mardi (ou presque).

 

Les avis de Antigone, Argali, Azilis, Faelys et Mylène.

 

Le site de Sophie Adriansen

 

Éditions Nathan (Février 2018)

234 p.

 

Prix : 14,95 €

ISBN : 978-2-09-257606-9

 

pepites_jeunesse

Les beaux étés 4. Le Repos du guerrier – Zidrou / Lafebre

Un nouvel été aux côtés des Faldérault adeptes du chemin des écoliers, des pique-niques sauvages et du camping improvisé, voilà qui ne se refuse pas ! En cette année 1980, la tribu est au complet et compte même un nouveau membre en la personne de Jean-Manu, petit ami collant et énamouré de la pulpeuse Nicole. Mais cet été, les choses bougent. Pierre coincé à la maison pour un boulot de dernière minute, Mam’zelle Estérel, la bonne vieille 4L rouge, sera conduite par Julie, la tête pensante du groupe.

 

On le sait, les vacances avec la famille Faldérault, c’est toujours un peu folklorique… mais cette année, au bout de la route, c’est une villa moderne tout confort qui les attend. Devenue propriétaire d’une résidence secondaire au cœur de la Dordogne, la tribu n’est pas au bout de ses surprises…

 

Toujours ce plaisir délicieusement régressif et joyeux de retrouver la famille Faldérault qui avec le temps est devenue un peu la nôtre. On ne se lasse pas de feuilleter l’album familial qui ne cesse de s’enrichir de nouvelles pages en nous baladant d’une époque à une autre en se gardant bien de suivre l’ordre chronologique. C’est douillet, ça donne le sourire, ça titille les souvenirs et ça fait un bien fou ! Les enfants grandissent, les personnalités s’affirment, les goûts vestimentaires et capillaires sont parfois plus que discutables, la BO est culte et s’entonne à tue-tête sur la banquette arrière, chorégraphie comprise. Bonheur !

 

Chorégraphie parfaite aussi du duo Zidrou / Lafebre qui s’entend à merveille pour faire vivre cette belle famille. Tout est dans les petits détails, les petits riens et ces liens qui se tissent entre les personnages et le lecteur, plus que complice de cette bonne humeur ambiante. Doux, tendre, léger, frais… le bonheur est dans les Beaux étés ! ♥

 

Les avis de Jacques et Jérôme

 

Éditions Dargaud (Juin 2018)

58 p.

 

Prix : 13,99 €

ISBN : 978-2-505-07055-9

 

BD de la semaine saumon

… chez Moka

L’écorce des choses – Cécile Bidault

On entre dans cet album sur la pointe des pieds, sans faire de bruit. On s’y installe en silence, comme dans un cocon, une bulle réconfortante. Tout y est d’une incroyable douceur… Le silence règne et pourtant tout fait sens. Alors on ouvre grand les yeux et on se coule dans l’histoire de cette fillette privée de sa voix qui trouve des subterfuges pour se faire entendre…

 

Il y est question d’un arbre gigantesque qui se fait refuge. D’une ombre rassurante qui apaise les nuits. De la naïveté de l’enfance qui va et du monde qui grandit. De ces adultes qu’on ne comprend pas toujours. De ces jeux qu’on partage avec cet autre qu’on ne connait pas mais qu’on apprivoise instantanément…

 

L’écorce des choses a eu sur moi un effet incroyablement apaisant. L’histoire de cette petite fille muette est d’une telle simplicité et d’une telle beauté que les mots sont effectivement inutiles. L’enfance fait loi… Dans la bulle que la fillette s’est créée, un autre monde prend forme. Un monde où l’on fait des cabanes dans les branches, où les explications sont inutiles, où les adultes ne se déchirent pas. Un monde-aquarium qui étouffe les sons, amplifie les moindres sensations, décuple les émotions. Un monde où l’on se tait mais où on a tant de choses à dire…

 

Il est beau le premier album de Cécile Bidault. Il est beau et il touche en plein cœur. Tout sonne comme une évidence. Le scénario d’une simplicité bouleversante, le graphisme d’une incroyable douceur, ce monde imaginaire dans lequel se réfugie la fillette pour oublier sa différence et que les pinceaux de l’artiste nous donne à voir…

 

Un album précieux offert par une amie précieuse… Merci ma Mo’

 

Les avis de Gambadou, Mo’, Sabine, Sandrine

 

Le blog de Cécile Bidault

Le tumblr de L’écorce des choses

Éditions Warum (Octobre 2017)

104 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-36535-297-0

BD de la semaine saumon

… chez Stephie

Pour toujours – Christian Demilly – Vincent Mahé

Certaines lectures, et elles sont finalement assez rares, sortent tellement du lot qu’il est presque impossible d’en parler avec justesse. Peut-être parce qu’elles parlent de nous, peut-être parce qu’elles font écho, un peu, beaucoup…

 

Certaines lectures sont faites pour rester et l’évidence vous saute au cœur dès les premières pages tournées. Parce qu’elles disent la vie, le temps qui passe, les petites joies, les grands bonheurs et les absences douloureuses…

 

Certaines lectures touchent du bout des doigts l’essentiel, sans en faire trop, avec juste ce qu’il faut de pudeur et de délicatesse, simplement. Et tout est là. Dans ces liens qui se tissent, dans ce fil qui se tend, dans cette histoire qui s’écrit, avec ses pleins et ses déliés, ses fulgurances et ces moments de plénitude…

 

Pour toujours est un album précieux. De ceux à laisser traîner sur la table basse pour que chacun s’en empare avec son histoire, son vécu, ses souvenirs. Parce qu’il parlera à l’enfant qui grandit, à ceux qui aiment pour la première fois, à ceux qui attendent l’arrivée d’un enfant. Inclassable, Pour toujours n’entre dans aucune case. Mi album, mi bande dessinée muette, pour les jeunes et les moins jeunes, il bouscule les codes à grand renfort d’émotion, de pudeur et de poésie. Et on suit cette fillette qui grandit, à trois moments de sa vie. Le temps passe et la fillette aime intensément… ce chiot qui l’accompagnera tant d’années, cet homme qui lui fera battre le cœur, cet enfant qu’elle portera comme un trésor. Trois rencontres… et l’amour, à chaque fois, qui prend toute la place. Pour toujours déroule l’histoire d’une vie et tutoie l’universel. Et c’est beau. Touchée coulée ♥

 

Une pépite jeunesse coup de foudre que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

Éditions Actes Sud Junior (Avril 2018)

32 p.

 

Prix : 15,80 €

ISBN : 978-2-330-08665-7

pepites_jeunesse

MiniVIP & SuperVIP. Le mystère du va-et-vient – Bruno Bozzetto / Gregory Panaccione

Futur indéterminé. La Terre, ce havre de paix, est polluée à 99,999%. Accessoire indispensable, le masque à gaz est devenu incontournable pour tous les habitants, désormais habitués à le porter en toute circonstance. Dehors, les rues sont infestées de voitures. Ça pétarade, ça crisse, ça klaxonne. Dans les habitacles, les conducteurs s’excitent, s’invectivent et règnent en maître sur cette jungle d’un autre temps faite d’asphalte et de goudron.

 

Dans ce monde ultra pollué envahi par la publicité, vivent les frères VIP, dignes héritiers d’une longue lignée de super-héros dont l’objectif est encore et toujours de protéger ceux qui en ont besoin. Deux frères diamétralement opposés qui n’ont pas des masses l’occasion de faire preuve de leurs talents. Super Vip est un colosse, ultra musclé, costaud, indestructible… amoindri par un chagrin d’amour. Son frère Mini Vip, minus gringalet au physique ingrat, souffre de la comparaison avec son frère tout en étant conscient de ses maigres pouvoirs. Heureusement, son cerveau carbure à plein régime et sa femme chérie attend un heureux évènement.

 

Un duo assez improbable qui va pourtant être investi d’une mission de taille : sauver la Terre d’une invasion extraterrestre préparée depuis des année par une immonde créature pondeuse. Régnant en despote sur la planète Sparky devenue invivable avec ses 112% d’humidité, Sa Fertilité prévoit d’envoyer sur Terre ses centaines de milliers d’œufs pour les faire éclore… Pour coloniser la Terre, la reine a d’ailleurs tout prévu et y envoie en éclaireur ses sbires armés de « va-et-vient » capables de les télétransporter d’un endroit à un autre en quelques micro secondes…

 

Attention, OVNI jouissif !! On jubile à la lecture de ce gros pavé qui mixe avec bonheur cartoon, dessin animé et comic. Un joyeux fourre-tout aussi foutraque que délirant qui joue avec les codes du genre et dans lequel le scénariste a l’air de s’être amusé comme un petit fou. Graphiquement, on ne sait plus où donner de la tête tant le dessinateur de Un océan d’amour s’amuse à tester toutes les techniques, nous offrant des scènes d’anthologie à la sauce cartoon et des planches méga format où son talent n’est pas à démontrer. Coté couleurs, ça explose et le lecteur en prend plein les mirettes, souriant d’une telle audace et d’un tel lâcher prise.

 

Un bon gros délire cet album, drôle, intelligent, qui n’est pas sans interroger le monde dans lequel nous vivons. Un album hors-normes bourré de trouvailles de génie qui plaira autant aux jeunes qu’aux grands qui sont restés enfants. Réjouissant !

 

Éditions Delcourt (Juin 2018)

Collection Métamorphose

280 p.

 

Prix : 27,95 €

ISBN : 978-2-302-06967-1

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

 

           

             Moka                               Fanny                           Jacques                          Brize

 

 

           

          Eimelle                          Mylène                           Saxaoul                       Blandine

 

 

           

            Karine                              Iluze                                Aurore                            Alice

 

 

           

            Bouma                           Stephie                            Sabine                         Jérôme

 

 

       

            Soukee                            Nathalie                          Madame

Pëppo – Séverine Vidal

Une caravane au milieu d’un camping désaffecté à l’enseigne défraichie. C’est là où vivent Pëppo, sa sœur Frida et ses jumeaux de treize mois. Avec le temps, la petite tribu s’est fait à l’absence de leurs parents partis tenter leur chance comme artistes sur des bateaux de croisière. Pilier brinquebalant de la famille, l’oncle Max et ses chemises à fleurs laisse ses neveux pousser comme ils veulent. Nostalgique de la belle époque du camping dans les années 80, quand les rares touristes s’y arrêtaient encore, il s’est vite résigné à voir sa petite affaire péricliter. Mais il y a Valdo, le chanteur argentin spécialiste du café-chaussette qui tire le diable par la queue, la vieille Mado et son sale caractère, les souvenirs et tout le reste. Suffisant pour s’accrocher au Tropical et y rester.

 

Cette vie hors-normes, Pëppo s’en accommode plutôt bien. Plus souvent sur la plage ou sur son surf que sur les bancs du lycée, il choisit les chemins de traverse et préfère vivre ses rêves plutôt que rêver sa vie, chaparde ce qu’il peut pour améliorer l’ordinaire et prend la vie comme elle vient. Jusqu’à ce message de sa sœur qui sonne un réveil en fanfare. Frida est partie, elle reviendra un jour, mais quand… En attendant, elle lui confie Colette et Georges…

 

« Je l’ai déjà dit, je suis en bazar dans ma tête.

Et eux, Colette et Georges, je crois qu’ils me rangent. »

 

Une famille comme je les aime. Des êtres à vif, sans filtre, un peu fêlés par la vie. Une belle tribu de bras cassés, d’êtres un peu cabossés à laquelle on s’attache dès les premières pages. Comme dans Nos cœurs tordus, le casting est parfait. Pëppo bien sûr, ses rêves trop grands pour lui, ses envies de prendre le large, son cœur énorme… mais aussi tous les personnages secondaires qui ne le sont pas tant que ça. Des êtres qui se sont trouvés sans se chercher et n’imaginent pas qu’il puisse en être autrement. Un peu désaxés, complètement hors système, des marginaux qu’on montre du doigt pour leur vie qui sort un peu trop des clous. Entre eux, des liens si fort qu’ils se passent de mots…

 

Une belle histoire délicieusement surannée, un peu hors du temps, comme dans une bulle. On y planterait bien sa tente au Tropical, on s’y sent bien, on aimerait y rester, un peu comme Bibiche qui s’y sent enfin renaître… Un cocon tout doux bourré d’énergie positive qui fait un bien fou… vous auriez tort de vous en priver !

 

Une savoureuse pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Le blog de Séverine Vidal

Éditions Bayard jeunesse (Juin 2018)

176 p.

 

Prix : 13,90 €

ISBN : 978-2-7470-9071-1

 

pepites_jeunesse