L’esprit de Lewis, acte 1 – Bertrand Santini / Lionel Richerand

« 30 novembre 1898.

Cette nuit, maman est morte. »

 

Sous un ciel chargé d’orage, Lewis Pharamond fait ses adieux à sa mère. Le cimetière est bondé mais le jeune homme, le visage ruisselant de larmes, semble seul avec sa douleur. Son père étant aux abonnés absents, Lewis se retrouve seul héritier mâle de la fortune familiale qui compte des terres et plusieurs propriétés. A lui de s’occuper financièrement de ses trois sœurs jusqu’à leur mariage. Mais Lewis n’a que faire de toutes ces propriétés, seul l’intéresse le manoir de Childwickbury, empli de ses souvenirs d’enfance. Devant un notaire effaré, Lewis signe l’acte accordant la jouissance des autres propriétés à ses sœurs…

 

Dès le lendemain, Lewis prend la route pour le manoir familial en compagnie de sa chienne Tania. Un voyage de quatre jours en calèche et en bateau pour rejoindre les lieux de son enfance. A son arrivée, la douce et ronde Martha qui sent la tarte aux pommes. Rien n’a changé. Empli de souvenirs et des trouvailles ramenées de ses expéditions par son explorateur de père, le lieu est idéal pour tenter de dompter sa peine, « retrouver » sa mère et tenter de se mettre à l’écriture de son premier roman mettant en scène un marin et le fantôme d’une noyée.

 

« On raconte que le chagrin, la solitude et le chien

sont les meilleurs compagnons de l’écrivain. »

 

Les jours passent et l’inspiration se fait attendre. Lewis a beau explorer les environs, s’imprégner de l’ambiance gothique du manoir, fouiner dans l’immense bibliothèque ou dans le laboratoire de son père, ses feuilles restent désespérément blanches. Jusqu’à ce que des phénomènes étranges se produisent… Transe ou rêve éveillé, Lewis semble projeté dans un monde irréel peuplé de créatures aussi effrayantes que surnaturelles. Derrière ces apparitions, une femme. Ou plutôt son fantôme… Une femme qui se cherche et trouve en Lewis une réponse aux questions qu’elle ne se posait pas. Une femme qui pourrait apporter la réponse aux questions que Lewis se pose…

 

« Les fantômes m’émerveillent… »

 

Bluffée ! J’ai toujours su que Bertrand Santini avait un petit côté sorcier, ou magicien… voire même les deux. Une alliance subtile entre la fantaisie la plus pure et la poésie la plus décalée, un mélange efficace de drôlerie et d’intelligence, une association inattendue entre frisson, humour et tendresse. Une recette imparable qui a donné naissance à des bijoux comme Le Yark, Hugo de la nuit ou notre adorable Gurty

 

Quel bonheur de le voir se lancer dans la bande dessinée, qui plus est avec son comparse Lionel Richerand avec qui il avait écrit L’étrange réveillon, une merveille d’album inclassable ! Les auteurs donnent avec ce premier tome d’un diptyque qui s’annonce incontournable la pleine mesure de leur talent. On écarquille grand les mirettes face aux planches absolument sublimes de Lionel Richerand, un dessin torturé et élégant, angoissant et travaillé qui s’imprime durablement sur la rétine et ne peut laisser indifférent. Associé aux mots et à l’esprit facétieux et joueur de Bertrand Santini, c’est de l’or en barre…! Le scénario est brillant, l’intrigue truffée de références et de dialogues qui font mouche, l’imaginaire foisonnant. A noter quelques scènes absolument cultes qui font crier au génie. Oui, rien que ça !

 

BIJOU ! Messieurs, vivement la suite…! ♥

 

Éditions Soleil (Octobre 2017)

Collection Métamorphose

72 p.

 

Prix : 16,95 €

ISBN : 978-2-302-06394-5

 

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… chez Stephie

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Roméo, moustique sympathique – Luc Blanvillain

« Les humains n’aiment pas les moustiques.

 

Sans me vanter, je ne suis pourtant pas le pire représentant de mon espèce. Mes six pattes élancées, mes jolies ailes nervurées, mon abdomen frémissant, mes beaux yeux à facettes, mon vol vigoureux m’ont toujours valu un certain succès auprès des moustiquettes. Ce mot n’existe pas officiellement, c’est Camille qui l’a inventé et j’espère qu’il trouvera sa place dans le dictionnaire, comme j’ai désormais la mienne chez elle. »

 

La vie d’un moustique est loin d’être un long fleuve tranquille. Accueillis par un concert de claquements de mains à chacune de leur approche, pas facile pour ces bestioles de voleter sereinement même quand on est un mâle et qu’on ne pique pas. Ce qui est le cas de Roméo. Non seulement il ne fait pas partie de la horde des moustiquettes assoiffées de sang frais, mais en plus il a appris à aimer les humains dont il comprend la langue (en plus de parler couramment grenouille, araignée, mouche et même chat et chien, ça peut toujours servir…)

 

C’est qu’à traîner ses esgourdes près des humains, il a appris à mieux les connaître, à tel point qu’il est devenu l’ami de Camille, une grand-mère accro aux Flammes de la passion, série romantique au long court. Installé confortablement dans le creux de son oreille près de son sonotone, Roméo échange avec elle des considérations hautement philosophiques sur les relations compliquées qui unissent les nombreux personnages de leur soap préféré. Bien à l’abri derrière les moustiquaires qui couvrent toutes les issues de la maison, Roméo a une vie paisible qui le fait passer pour un traitre aux yeux de ses congénères. Mais Roméo n’en a que faire. Jusqu’à ce que Clélia, la petite-fille de Camille, vienne passer ses vacances chez sa grand-mère et oblige le jeune moustique à s’aventurer dans le vaste monde…

 

« Les vraies amitiés, à mon avis, sont souvent les plus inattendues. »

 

Poulpe fictions est un nouveau label de romans qui vise la tranche des 8 – 12 ans et propose déjà plusieurs titres drôles et décalés. Une collection qui se rapproche visuellement de la collection Pépix chez Sarbacane : mise en page aérée, police adaptée aux plus jeunes, nombreuses illustrations qui apportent du pep’s à l’histoire. Recette testée et approuvée par les lecteurs un peu frileux ravis de se plonger dans ces romans ludiques, modernes et attrayants.

 

Bonne pioche avec ce roman de Luc Blanvillain, auteur dont j’avais déjà apprécié les précédents romans, qui se met pour l’occasion dans la peau de Roméo, un moustique domestique éminemment sympathique ! Mention spéciale à la galerie de personnages secondaires qui donnent tout son sel au roman : Bernard le chat joueur, croisement entre un ours et un mérou, Thelma et sa horde de moustiquettes affamées, Joseph le retraité énamouré fan de rap, Clélia la petite-fille allergique aux piqûres d’insectes, sa mère Corinne sorte de GI baraquée au crâne rasé, Suzie la Juliette de Roméo… L’auteur s’amuse comme un petit fou, joue avec les mots et en profite pour glisser pas mal d’infos sur ces petites bêtes mal aimées. Une collection à suivre dont je vais m’empresser de commander quelques titres pour mes collégiens…!

 

Et une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Du même auteur sur le blog : Crimes et jeans slim Opération Gerfaut

 

Éditions Poulpe fictions (Septembre 2017)

183 p.

 

Prix : 9,95 €

ISBN : 978-2-37742-012-4

 

 

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Imago – Cyril Dion

Les personnages de Cyril Dion sont en cage. Enfermés dans leurs croyances, prisonniers de leurs souffrances, empêtrés dans des logiques politiques qui les dépassent… Parfois vient l’opportunité de briser les carcans, de rompre les chaînes et de s’échapper. Pour plus de liberté, ou au contraire, pour se voir condamné à la peine maximale. Pas de juste milieu…

 

Nadr, Khalil, Fernando et Amandine. Quatre personnages. Quatre destins. Quatre chemins. Quatre révolutions intimes… Là où les uns choisissent des voies sans retour, les autres tentent de s’extraire d’un destin qui semble tout tracé. Quitte à prendre des risques, quitte à se perdre, quitte à oublier l’essentiel et à se mettre entre parenthèses. Mais à chaque fois il sera question de survie, des racines qui nous lient, de renaissance même…

 

De Rafah, dans la bande de Gaza, à Paris, les fils de vies se tissent, s’entrecroisent, s’unissent. Ils dessinent en creux le portrait d’un monde en colère où se débattent des êtres en guerre contre leur propre humanité…

 

« Chacun d’entre nous vit avec sa propre prison, plus ou moins large.

Et fait ce qu’il peut pour en sortir… »

 

Éminemment politique et engagé mais aussi profondément humaniste, le premier roman de Cyril Dion nous plonge dans une réalité brutale et violente. A la croisée des chemins, ses personnages se débattent dans un monde qui n’est plus le leur et ne l’a peut-être jamais été. On les observe, on les comprend, on les juge, on les condamne… Si la lecture n’est pas douloureuse, si des trouées lumineuses viennent parfois éclaircir le sombre portrait de notre époque, il n’est pour autant pas permis au lecteur de reprendre son souffle et de s’installer confortablement entre ces pages. On y ressent la rage, la colère, l’incompréhension, la révolte. Aux portes de notre monde, l’auteur touche du doigt l’essentiel et réussit le pari difficile de s’approcher au plus près de l'(in)humain…

 

Imago est un premier roman lumineux, tragique et nécessaire qui réussit le pari fou d’insuffler de la poésie et du beau au cœur du chaos… Une belle réussite et une voix à suivre de près. Et une lecture que j’ai pris grand plaisir à partager avec ma copine Framboise.

 

Éditions Actes Sud (Août 2017)

 224 p.

 

Prix : 19,00 €

ISBN : 978-2-330-08174-4

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Sweet Tooth – Jeff Lemire

« Mon papa dit qu’il y a très peu d’enfants qui sont nés après l’accident, alors Dieu a décidé d’en faire des êtres spéciaux. Du coup, on a eu de la fourrure, ou une queue, ou des bois.

Il dit que je suis le dernier. En dehors des bois, il y a le feu et l’enfer. Alors, on reste ici, où on est à l’abri. Il dit que les arbres empêchent le feu de nous brûler pour l’éternité. Et si on attend ici et qu’on prie très fort, un jour, on montera jusqu’au ciel et on sera réunis avec maman… C’est ce que mon papa dit… »

 

Ne jamais sortir des bois. Au-delà de la limite, il y a des choses qui font peur et des « méchancetés ». Surtout ne pas aller les braver. Dix années que le monde est tombé malade. Et encore aujourd’hui ceux qui ne sont pas encore morts ne sont qu’en sursis. Mais sur Terre, depuis cette mystérieuse pandémie, il y a une nouvelle espèce, des gosses hybrides, mi-hommes, mi-animaux qui eux résistent au virus… Comme Gus, l’enfant-cerf. Gus a 9 ans et ne connaît du monde qui l’entoure que ce que son père a bien voulu lui transmettre.  Gus connaît aussi par cœur les cinq règles sacrées : numéro cinq, ne jamais faire de feu pendant la journée. Numéro quatre, n’approcher personne d’autre que son père. Numéro trois, prier Dieu de ne pas tomber malade à son tour. Numéro deux, prier pour sa maman, disparue trop tôt. Et numéro un, ne jamais, en aucun cas, quitter les bois…

 

Abandonné et livré à lui-même à la mort de son père qui l’a toujours protégé, Gus doit pourtant prendre une décision. Continuer de respecter les règles, quoi qu’il lui en coûte… ou partir au devant de son destin, quitte à réveiller les « méchancetés » et les chasseurs tapis dans l’ombre des bois…

 

J’ai suivi Gus au cours de son voyage à travers une Amérique exsangue et j’ai eu bien du mal à le quitter une fois la dernière page de ce bon gros pavé retournée. Mon drame, c’est que je n’ai pas les deux autres tomes sous la main. Et que je suis complètement ferrée par cette histoire. Un comics, tendance post-apocalypse, pas franchement ma zone de confort pourtant… C’est sans compter le talent du scénariste et dessinateur canadien Jeff Lemire que je découvre avec cette série qui à n’en pas douter fera date !

 

Il y a tout dans Sweet Tooth. Une vraie histoire, des personnages complexes dont on est loin d’avoir découvert toutes les subtilités, des méchants et des gentils qui ne le sont peut-être pas tant que ça, un Candide dont l’innocence sera mise à mal, une réflexion plus profonde qu’il n’y parait sur la religion et les liens qui relient les êtres. Côté graphisme, tout est cohérent. Le trait est âpre, souvent abrupt et tourmenté, et dessine en creux l’ambivalence de l’âme humaine. Rien de douillet ou de confortable là-dedans mais on s’y glisse sans difficultés, surpris même de ne pas sursauter devant tant de violence. Original, puissant, en un mot… incontournable !

 

Les avis de Amandine, Jérôme, Krol, Mo’, Yvan

 

 

Editions Urban Comics (Décembre 2015)

Collection Vertigo Essentiels

279 p.

Couleurs de José Villarrubia

 

Prix : 22,50 €

ISBN : 978-2-36577-714-8

 

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D’autres bulles à découvrir chez…

 

                      

                       Maël                               Mo’                                   Fanny                             Moka

 

 

                      

                       Jérôme                         Antigone                         Mylène                         Amandine

 

 

                      

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T’arracher – Claudine Desmarteau

« J’évite les miroirs. Je me fais peur. A quel point j’ai une sale gueule, je le lis dans le regard des autres même s’ils ne disent rien. J’ai l’impression d’être à poil quand ils me dévisagent, ces cons. Me font chier. Tous. Rien à leur dire. J’arrive plus à faire semblant.

 

Cette envie de chialer qui monte sans raison particulière. Elle est passée où, Lou ?

C’est qui cette loque transparente ?

Je suis en train de sombrer et ça crève les yeux. »

 

La douleur est lancinante… Elle cogne, sourde, dans les tripes et dans le cœur. Tout de lui est encore là, tatoué sous la peau. Son odeur, sa voix, ses gestes. Les parenthèses de bonheur. Les promesses en majuscules… Toi. Toi. Toi. Toi….

 

Ça fait mal l’absence. Ça fait mal et ça imprègne tout. Lou est dévastée depuis qu’il l’a quittée. Exsangue. Et plus rien n’a d’importance. Sa famille, ses amis, son quotidien de lycéenne, le bac qui approche à grands pas, son avenir. Oublier. Il faut oublier. Oublier sa peau. L’urgence des sentiments. La rage du désir. Détruire les souvenirs. Arracher l’amour…

 

« Non je suis pas guérie et je vous emmerde tous. J’arrive pas à l’éteindre, le feu que tu as allumé en moi. Ça brûle et ça fait mal. Chaque fois que j’avale ma salive. J’aimerais que ça s’arrête. J’aimerais pouvoir le décider d’un claquement de doigts mais ça se contrôle pas. Plus j’essaie d’arrêter de t’aimer moins j’y arrive. »

 

Le texte de Claudine Desmarteau est un uppercut. Il frappe fort et résonne longtemps. Court, cru, intense, entêtant, T’arracher incarne avec une justesse rarement égalée les affres du chagrin amoureux. Dans une langue âpre et sans concessions, l’auteure brosse le portrait troublant de réalisme d’une adolescente qui s’enlise et perd pied. Rythmés par une bande son torturée qui épouse à merveille les tourments intimes de Lou, les mots disent la colère, la violence du sentiment d’abandon, l’immense douleur, l’impossible guérison… et la résilience, enfin.

 

Claudine Desmarteau prête sa voix à Lou et le temps s’arrête. Tout est là, dans le monologue cru et à fleur de peau de cette adolescence en plein vertige rongée par la douleur. Aucune mièvrerie, pas de faux semblants. Loin de la bluette pour ados, les mots claquent, sincères, bruts, sans artifices. Un roman coup de poing qui ne peut laisser indifférent… et une pépite jeunesse qui fait « outch » que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

L’avis de Pépita

 

Éditions Thierry Magnier (Août 2017)

160 p.

 

Prix : 13,80 €

ISBN : 979-10-352-0076-3

 

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L’île aux remords – Didier Quella-Guyot / Sébastien Morice

Longtemps que Jean a décidé de prendre sa vie à bras le corps. Qu’importe si pour cela il a dû tout laisser derrière lui. Qu’importe si dans son sillage il a laissé des parents qui auraient voulu l’accompagner un peu plus. Mais il avait la bougeotte Jean, des envies d’ailleurs, la fièvre de tous ces bouts du monde qui ne demandaient qu’à être explorés. Alors il est parti. Loin. Longtemps….

 

1958. Vingt ans après, de l’eau a coulé sous les ponts. Ça aplanit tout le temps qui passe. Ça lisse les souvenirs, ça gomme les aspérités. Ça ferait presque oublier les secrets, les zones d’ombres, ces choses dont on n’est pas si fiers… Jean est revenu mais reste lointain. Il est encore un peu là-bas, en Indochine, en Guyane, en Algérie…

Sur la propriété familiale dans les collines des Cévennes, son père vit seul au milieu de sa collection de romans maritimes qui parlent d’îles, de tempêtes et d’océans. Des livres qui le font voyager sans bouger les pieds de sa terre. Mais quand les éléments se déchaînent et que les inondations menacent de tout dévaster, Jean décide de le rejoindre pour lui prêter main forte. Vingt ans après, l’heure est peut-être venue de remettre les comptes à plat…

 

Décors somptueux, scénario à tiroirs qui mêle brillamment secrets familiaux et pans sombres et souvent méconnus de l’Histoire, L’île aux remords nous capture dès les premières planches, à l’image de ces deux hommes enfin prêts à dénouer les fils de leur histoire intime. Une histoire aux multiples ramifications qui s’étire des Cévennes à l’Indochine, en passant par les bagnes guyanais et la Corse. Une histoire tissée de silences et de non-dits, une histoire traversée par l’amour et les remords… Alors que les inondations font rage, les deux hommes affrontent leurs visions de la vie. Et là encore, il y a ceux qui sont du « bon » côté de la ligne, ceux qui luttent, ceux qui résistent, ceux qui se révoltent. Et il y a les autres. Pas toujours ceux que l’on croit…

 

Après le très réussi Facteur pour femmes, le duo Quella-Guyot / Morice se reforme et c’est un vrai régal ! Romanesque, instructif, le scénario est impeccable et s’allie à merveille à la virtuosité du dessin. Un one-shot à ne pas rater !

 

Éditions Bamboo (Octobre 2017)

Collection Grand Angle

110 p.

 

Prix : 18,90 €

ISBN : 978-2-8189-4290-1

 

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Pablo de La Courneuve – Cécile Roumiguière

Il y a beaucoup moins de soleil et de rires dans la vie de Pablo depuis qu’il a dû fuir la Colombie. Beaucoup plus de gris et de béton aussi, mais malgré tout la vie est là maintenant, entre ces tours et au milieu des siens, exilés loin de leurs racines. Ici sa langue chante encore, elle vibre dans la cour de l’immeuble, serpente entre les coursives et résonne dans les cœurs.

 

Pas de plantations de café à perte de vue dans lesquelles s’évader après la classe. Mais Pablo n’a pas perdu ses habitudes. Il marche, sans but, pour faire taire l’angoisse et éloigner la colère qui gronde parfois quand il repense à ces mots qui tourbillonnent encore dans sa tête. « Colombien, vaurien, voleur ». C’est ce que certains disent dans la cour de récréation. Pourtant Pablo ne fait jamais de vagues, bien trop dangereux quand on vit sans papiers dans un pays qui n’est pas le sien.

 

Il est loin le soleil de Colombie. A La Courneuve, Pablo va devoir se trouver un nouveau jardin pour y grandir et planter ses racines. Et il ne sera pas seul pour ça… Une petite fille qui se dit princesse en son palais, une vieille femme mi-sorcière mi-fée, un homme au cœur d’or et au sourire vrai. Elle est peut-être là la vie, maintenant, au cœur de La Courneuve… Et si on creuse un peu, possible qu’on y trouve le bonheur.

 

La réédition d’un petit bijou de Cécile Roumiguière, le portrait tout en finesse de Pablo le Colombien devenu un peu malgré lui Pablo de La Courneuve. Une fleur dans le bitume qui ne demande qu’à s’épanouir si tant est que les conditions soient réunies. Un peu de bienveillance, une famille baume au cœur, des confidences qui font grandir, des mots béquilles, des amis providentiels un peu tombés du ciel…

Il fait du bien ce petit roman. Il fait du bien parce qu’il est tendre, juste et terriblement actuel. Il fait du bien parce qu’il fait la part belle à l’amitié et aux belles valeurs. Il fait du bien parce qu’il est optimiste mais ne triche pas. Du Cécile Roumiguière comme on l’aime, traversé par une vraie bouffée d’amour et une langue toujours aussi ciselée qui touche en plein cœur.

 

Et une bien jolie pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Les avis de Martine, Saxaoul

 

Le blog de l’auteure

 

Éditions Seuil jeunesse (Septembre 2017)

93 p.

Première édition 2008

 

 

Prix : 10,00 €

ISBN : 979-10-235-0977-9

 

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Quand le cirque est venu – Wilfrid Lupano / Stéphane Fert

Petit, borné, hargneux et capricieux (toute ressemblance avec un personnage réel existant ou ayant existé serait évidemment fortuite) le général George Poutche mène la ville à la baguette. Le général aime l’ordre, que tout soit carré, bien rangé, que rien ne dépasse du cadre ou ne déborde des lignes qu’il aura lui-même préalablement fixées. Alors l’ordre règne. Et le général veille. Ses sbires aux bottes rutilantes patrouillent fièrement, arborant à la poitrine une kyrielle de médailles. Et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes…

 

 

Le général George Poutche aime l’ordre. Et ce qu’il n’aime pas, mais pas du tout, c’est tout ce qui peut mettre en danger cet ordre. Un cirque par exemple. Un cirque coloré, joyeux, une horde d’artistes bizarroïdes et autres guignols qui débarquent en ville pour y donner un spectacle. Aïe, voilà qui ne plait pas du tout au général…

 

« Le général Poutche n’aime pas trop ça, le cirque. De manière générale, le général Poutche n’aime pas bien tous ces saltimbanques qui habitent dans des maisons qui roulent, qui s’habillent rigolo, qui bougent tout le temps, dans tous les sens. Et qu’on ne peut pas contrôler. »

 

Mais depuis que le général Poutche est devenu Président pour toujours, ouf, finis le bazar et les discussions interminables pour se mettre d’accord. Le général décide, le peuple obtempère. Point. Et c’est très bien comme ça. Le ministre du divertissement suggère tout de même à son général de faire une exception : le peuple n’est pas à la fête et aurait bien besoin de rigoler un peu pour oublier ses soucis. C’est bien connu, quand le peuple est heureux, le peuple est plus enclin à courber l’échine et à avancer droit. En ordre. Qu’à cela ne tienne, le cirque donnera donc son spectacle. A condition qu’il ne dépasse pas les limites…

 

Le conte pour enfants vu par Wilfrid Lupano, forcément, ça dépote ! L’air de rien, le scénariste plante des petites graines de réflexion et de rébellion dans les petites têtes bien pleines de nos tous petits en brossant le portrait d’un général prêt à tout pour brider les instincts libertaires de ses sujets. Car qui dit liberté dit désordre. Et le désordre, le général n’aime pas ça. Mais si la révolution venait du rire…?

Aux crayons, l’audacieux Stéphane Fert s’en donne à cœur joie. Avalanche de couleurs face au gris terne du pouvoir, il croque des personnages caricaturaux et hauts en couleurs qu’on adore détester. Le duo fonctionne à merveille et offre un nouveau petit bijou à la très belle collection Les enfants gâtés qui décidément n’en finit pas de ravir petits et grands ! Chapeau les artistes !

 

Éditions Delcourt (Mai 2017)

Collection Les enfants gâtés

24 p.

 

Prix : 14,50 €

ISBN : 978-2-7560-9421-2

 

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Chez Mo’

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Une fille de… – Jo Witek

Inspirer. Expirer. Allonger les foulées. Sans but. Se vider la tête et ne plus penser à rien… Hanna court et se sent bien. Loin de son quotidien hors des clous, loin des remarques acerbes, loin des regards qui pèsent et jugent.

 

Avancer. Regarder droit devant. Écrire son avenir… Sur le bitume, Hanna existe pour ce qu’elle est et tente d’oublier son histoire qui lui colle à la peau. Hanna est la fille d’Olga, une prostituée Ukrainienne qui n’a pas eu la force de choisir un autre chemin. On a choisi pour elle. Hanna a compris par bribes, a surpris les bleus, a vu ses yeux de nuit qui souvent regardent ailleurs. Elle a imaginé, a tenté de comprendre. Et malgré tout, l’amour, une « presque » famille, un vrai cocon pour grandir. Mais la réalité est plus douloureuse, plus banale aussi. Et cette histoire, c’est aussi la sienne. L’entendre est peut-être la seule solution pour courir enfin vers son propre destin…

 

« Un instinct. Ma sauvagerie à moi. Courir pour gagner ma dignité. Courir pour me sentir unique sur terre. Courir pour exister. Me forger un moral de championne, un corps solide, musclé, entraîné. Un corps qu’on ne piétine pas. Qu’on n’avilit pas. Qu’on ne dompte pas. Courir pour que mon corps n’appartienne qu’à moi. Que mes désirs n’appartiennent qu’à moi. Courir pour marcher librement sans me soucier du regard des autres, sans dépendre du regard des autres, et surtout pas de celui des hommes. J’avais trouvé ma parade : courir, cacher ma vie privée, et étudier le plus possible sans me faire remarquer. Tel était mon salut. »

 

Des textes d’un seul souffle, courts et percutants. La collection D’une seule voix est l’écrin parfait pour qu’éclate tout le talent de Jo Witek. Comme à son habitude, l’auteure ne triche pas. Elle dit la honte qui paralyse, l’amour inconditionnel, les blessures invisibles, celles qui ne se voient pas, celles qu’on tente de cacher. Elle dit l’horreur d’une société qui ferme les yeux sur la condition de ces femmes marchandises. Elle dit ces hommes qui détruisent, ceux qui payent, et fait enfin exister autrement ces femmes qui derrière leur métier restent des femmes et des mères. Elle dit la parole qui libère et le temps de la reconstruction, celui où l’on panse ses plaies d’enfant quand on finit par comprendre que l’on n’échappe pas à son histoire…

 

Impeccable de justesse, la voix de Jo Witek épouse à merveille celle d’Hanna, forte et courageuse. Un texte confession, brutal et bouleversant, qui ébranle et laisse sa marque…

 

Une pépite jeunesse choc partagée avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Éditions Actes Sud junior (Août 2017)

Collection D’une seule voix

93 p.

 

Prix : 9,00 €

ISBN : 978-2-330-08142-3

 

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Le travailleur de la nuit – Matz / Chemineau

J’ai toujours aimé qu’on me raconte des histoires et je dois avouer que j’ai été servie avec celle d’Alexandre Jacob dont j’ignorais totalement l’existence. Impossible de ne pas plonger dans le récit de sa vie mouvementée qui dessine en creux le portrait d’un homme atypique, charismatique, révolté et engagé. Un homme au destin fascinant qui aurait fortement inspiré Maurice Leblanc pour son Arsène Lupin, gentleman cambrioleur au grand cœur. Possible oui.

 

Le verbe haut, les idées claires, un profond désir de liberté et des valeurs humanistes chevillées au corps, Alexandre Jacob n’entend pas entrer dans un cadre ou se conformer à des règles édictées par un monde de nantis qui n’a rien à lui offrir. Symbole malgré lui d’une société qui peine et récolte difficilement le fruit de ses efforts, il se fait le porte drapeau de tous ceux qu’on n’écoute pas face aux « ennemis du peuple ». Une lutte silencieuse qui s’exprimera dans une carrière criminelle qui défrayera la chronique au début du XXe siècle. Expert en cambriolage, il créera le gang de Travailleurs de la nuit et prendra soin de signer tous ses méfaits d’une carte manuscrite à l’attention de ses victimes qu’il dépouille de leurs biens pour en redistribuer une partie aux plus démunis. Un engagement et une voie de traverse qui lui vaudra la prison et même le bagne…

 

Passionnant et romanesque comme j’aime ! Alexandre Jacob a l’aisance, le culot et l’effronterie des idéalistes tout en gardant ses pieds solidement ancrés dans le sol. Intéressant de voir son engagement et ses convictions se forger au fil des années depuis son plus jeune âge. Fascinante cette envie d’ailleurs et de meilleur qui finira par forger sa conviction d’un monde presque aussi laid que ceux qui le dirigent. Compréhensible aussi sa décision de s’engager dans une voie de traverse, plus dangereuse certes, mais sûrement plus enthousiasmante.

Insoumis, fidèle à ses principes et à ses idéaux, Alexandre Jacob est à lui seul le symbole de toute une époque, de l’or en barre pour un scénariste comme Matz qui s’en donne à cœur joie. Quant au dessin de Léonard Chemineau, il est impeccable. Réaliste et coloré, il fait merveille pour rendre l’ambiance de l’époque. Le tout est porté par une narration à la première personne qui nous rend le personnage on ne peut plus attachant.

 

Une biographie romancée qui offre forcément une vision subjective et parcellaire du destin hors-normes de ce bandit qui l’est tout autant. Un destin dont se sont également emparés Vincent et Gaël Henry dans cet autre album sur la vie d’Alexandre Jacob paru chez Sarbacane, Alexandre Jacob, journal d’un anarchiste cambrioleur. Curieuse je suis…!

 

Les avis de Jérôme, Mylène, Soukee, Mo’, Stephie, Yv

 

Éditions Rue de Sèvres (Avril 2017)

124 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-36981-273-9

 

BD de la semaine saumon

… chez Stephie

 

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