Le jeudi, c’est citation ! (10)

Jeudi citation

« Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré. Tout ce qui, semblait-il, les remplissait pour les autres, et que nous écartions comme un obstacle vulgaire à un plaisir divin : le jeu pour lequel un ami venait nous chercher au passage le plus intéressant, l’abeille ou le rayon de soleil gênants qui nous forçaient à lever les yeux de sur la page ou à changer de place, les provisions de goûter qu’on nous avait fait emporter et que nous laissions à côté de nous sur le banc, sans y toucher, tandis que, au-dessus de notre tête, le soleil diminuait de force dans le ciel bleu, le dîner pour lequel il avait fallu rentrer et où nous ne pensions qu’à monter finir, tout de suite après, le chapitre interrompu, tout cela, dont la lecture aurait dû nous empêcher de percevoir autre chose que l’importunité, elle en gravait au contraire en nous un souvenir tellement doux (tellement plus précieux à notre jugement actuel que ce que nous lisions alors avec tant d’amour), que, s’il nous arrive encore aujourd’hui de feuilleter ces livres d’autrefois, ce n’est plus que comme les seuls calendriers que nous ayons gardés des jours enfuis, et avec l’espoir de voir reflétés sur leurs pages les demeures et les étangs qui n’existent plus. »

 

Je ne peux que me reconnaître dans ces lignes magnifiques… Un style inimitable, un rythme si particulier, une plume magique, personnellement, je ne me suis jamais ennuyée en lisant Proust ! Pour celles et ceux qui n’auraient pas encore tenté l’expérience, ce court texte éloge à la lecture est une porte d’entrée idéale… 

 

SurLaLectureProust.jpg

Sur la lecture, Marcel Proust

Éditions Mille et Une Nuits, 1994

76 p.

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Little Lou, la route du Sud – Jean Claverie

Little-lou-route-du-sud.jpgIl règne un doux parfum de nostalgie dans cet album de Jean Claverie. Le premier tome de Little Lou avait récolté de nombreux prix à sa sortie dont le prix Totem à Montreuil en 1990. On y faisait la connaissance de little Lou, petit garçon noir du vieux Sud des États-Unis qui habite au dessus du Bird Nest, un bar où tous les soirs des notes de jazz s’échappent du piano du vieux Slim… Ce premier album était d’ailleurs dédié au bluesman Menphis Slim qui rédigea la préface de l’album avant de décéder. Dans ce second opus, on retrouve donc little Lou, l’ambiance des années folles et quelques lieux mythiques des origines du jazz et du blues.

 

L’occasion est trop belle. Benny le musicien part en tournée dans le Sud avec The Earl Golson Band, « là où les notes poussent sur le coton« . Malgré les réticences de sa mère, Lou le gamin prodige part sur les routes. Avec la bande, ils s’arrêtent dans des petites boites et dorment dans des motels, bien souvent, c’est Little Lou qui ouvre le spectacle et qui enthousiasme les foules.

A Menphis, en plein concert improvisé dans Beale Street, une tempête fait rage, balayant tout dans des tourbillons de poussière. « La tournée, c’est fini ! » Malgré tout, Little Lou ne veut pas rentrer, il veut rejoindre son oncle Sonny, musicien lui aussi. Embarqué à bord du Navigator, un vieux rafiot à coton, il arrive enfin à la plantation de canne à sucre où il doit retrouver son oncle. Il apprend alors que celui ci s’est enfui dans le bayou où il vit dans la clandestinité suite à ses prises de position sur la condition des Noirs dans les plantations…

 

Voilà un bien joli album ! Tout d’abord, nous écoutons le récit de Little Lou, servi par des textes illustrés. Puis, au moment où Little Lou arrive sur la plantation, arrivent les planches de bande dessinée, magnifique pirouette qui se prête aux dialogues et permet un changement de point de vue. Les aquarelles sont très belles et très douces, à la fois nostalgiques et pleines d’énergie. L’atmosphère et l’ambiance du sud des États-Unis dans les années vingt est très bien rendue, le lecteur embarque avec Little Lou et sa bande sur la route du blues puis au coeur des bayous. Quand Little Lou rejoint enfin son oncle Sonny, celui ci ne rêve que d’une chose avant de mourir : l’entendre jouer. Ce vieil oncle au crépuscule de sa vie est à lui seul un emblème, symbole de tout un peuple et incarnation de cette musique qui ouvre « le chemin de l’âme des gens« . De cette musique, il livrera tous les secrets à Little Lou, qui apprendra « comment de simples notes pouvaient mieux que n’importe quel médicament faire autant de bien aux gens« .

Un album qui peut se lire dès le plus jeune âge mais qui plaira sans nul doute à tous les amoureux de la musique ! A noter qu’il existe une réédition de l’histoire de Little Lou accompagnée d’un CD permettant de découvrir quelques titres phares de l’histoire du jazz.

Plus d’infos sur l’actualité très riche de l’auteur ici !

 

Éditions Gallimard jeunesse (Septembre 2003)

48 p.

 

C’était ma BD du mercredi  !

Tous les autres billets du jour répertoriés chez Mango !

 

Cette BD participe au challenge « Pal sèches » de Mo’ la fée

palseches

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Le jeudi, c’est citation ! (9)

Jeudi citation

Chez Chiffonnette

 

George et Lenny sont amis et partagent le même rêve… George veut posséder sa propre exploitation et cesser de travailler de ranch en ranch. Lenny lui ne rêve que d’une chose : élever des lapins, s’en occuper, les caresser, il aime tellement les choses douces ! « Colosse innocent aux mains dangereuses », il ne maîtrise pas sa force…

Une belle histoire d’amitié entre un homme à l’esprit d’enfant et son ange gardien, jusqu’au bout…

 

« Il n’y avait que Lenny dans l’écurie, et Lenny était assis dans le foin, près d’une caisse d’emballage qui se trouvait sous une mangeoire, dans la partie de l’écurie qui n’était pas encore remplie de foin. Lenny était assis dans le foin et regardait un petit chien mort qui gisait devant lui. Lennie le regarda longtemps, puis il avança sa grosse main et le caressa, le caressa du museau juqu’au bout de la queue.

Et Lenny dit doucement au petit chien :

– Pourquoi c’est-il que tu t’es laissé tuer ? T’es pas aussi petit que les souris. J’t’avais pas fait sauter bien fort.

Il releva la tête du chiot et lui regarda la figure en lui disant :

– Maintenant, George ne me laissera peut-être pas soigner les lapins quand il saura que tu es mort.

Il fit un petit creux et y déposa le chien qu’il recouvrit de foin pour le dissimuler. Mais il ne pouvait détacher ses yeux du petit tas qu’il avait fait. Il dit :

– C’est pas assez mal pour que j’aille me cacher dans les broussailles. Oh, non, sûrement pas. J’dirai à George que je l’ai trouvé mort.

Il découvrit le petit chien et l’examina, et il le caressa des oreilles à la queue. Il continua tristement :

– Mais il le saura. George sait toujours tout. Il dira :  » C’est toi qui a fait ça. Faut pas essayer de me tromper. » Et il dira : « Maintenant, rien que pour ça, tu n’soigneras pas les lapins. »

Brusquement, il s’écria avec colère :

– Pourquoi t’es-tu laissé tuer, nom de Dieu ? T’es pas aussi petit que les souris.

Il ramassa le chiot et le lança loin de lui. Il lui tourna le dos. Assis, les genoux relevés, il murmura :

– Maintenant, je n’soignerai pas les lapins. Maintenant, il n’me laissera plus le faire.

Et, dans son désespoir, il oscillait d’avant en arrière. » (p. 156)

 

souris-hommes

Des souris et des hommes, John Steinbeck

Titre original : Of Mice and Men

Première publication : 1937

Editions Gallimard, Collection Folio

189 p.

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La forêt de l’oubli 1. Le chemin de Maison-Haute – Nadja

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Auteur et illustratrice de livres pour enfants renommée, Nadja a également mis plus récemment son talent au service de la bande dessinée, notamment avec cette trilogie de La forêt de l’oubli, et elle a bien fait ! L’univers très particulier de Nadja est saisissant, à la fois onirique et fantastique, à la frontière du rêve et du cauchemar. Les couleurs sont fascinantes, Nadja n’utilise que la palette du brun, de l’ocre et du gris, le lecteur est littéralement envoûté…

 

Quand Linda franchit le portail de chez elle ce jour là, elle trouve, à demi enfoui dans la neige, une curieuse petite chose ratatinée qu’elle prend d’abord pour un doudou un peu mal en point. Elle le trouve tellement mignon qu’elle désire le garder, mais en aura-t-elle la permission ? En l’absence de leurs parents, c’est un couple rude et peu affectueux qui s’occupe de Linda et de son frère Marc… Où sont donc les parents des enfants, vont-ils revenir ? Nul ne le sait…

Quand Linda regagne sa chambre, le « doudou » qu’elle y avait laissé peu de temps auparavant a mystérieusement disparu. Quelques heures plus tard, en plein milieu de la nuit, une voix la réveille, c’est celle du « doudou ». Linda pense d’abord que c’est un rêve, ou un nouveau cauchemar, mais la créature est bien vivante, elle parle, et elle est visiblement à la recherche de quelque chose, elle a besoin d’aide… C’est le début d’un grande aventure, Linda pénètre dans un monde à la fois fascinant et effrayant, peuplé de créatures immondes et terrifiantes. Retenue prisonnière dans le château de Maison-Haute peuplé de femmes, elle découvre qu’on veut faire d’elle une princesse…

 

Ce conte est absolument magique ! En même temps que Linda, le lecteur est entraîné dans un univers étrange et oppressant peuplé de monstres inquiétants. On est submergé par la densité et l’intensité des gouaches de Nadja, c’est sombre, c’est poétique, c’est beau ! On oscille entre inquiétude, angoisse, fascination et attirance pour ce monde inconnu qui ne révèle pas encore tous ses mystères…

Une superbe trilogie en forme de conte initiatique à lire d’urgence !

 

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Éditions Gallimard (Mai 2006)

Collection Bayou

112 p.

 

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Tome 2 : L’arbre de pierre (Septembre 2006)

 

Foret de l'oubli3

Tome 3 : La fille sauvage (Janvier 2007)

 

BD du mercredi

Chez Mango…, et chez les autres !

 

palseches

Challenge « PAL sèche » chez Mo’ la fée

3/36

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Le petit déjeuner de la famille Souris – Kazuo Iwamura

Le petit déjeuner de la famille sourisAujourd’hui est un jour particulier…. Mon petit Loupinou grandit, 5 ans déjà ! Loupinou grandit au milieu des livres, la faute à qui me direz-vous ? En tous cas je ne pouvais pas ne pas présenter ce livre, un coup de coeur pour tous les deux, un livre lu et relu un nombre incalculable de fois ! C’est bien connu, quand les enfants aiment, ils ne comptent pas, en redemandent, et ne se lassent jamais !

S’il y a bien un livre qui se prête à la relecture c’est celui ci, et j’imagine aisément que tous les livres de cette série sont du même acabit !

 

L’histoire de cet album est très simple et tient en peu de mots : la famille souris est une famille nombreuse, et tous mettent la main à la pâte pour préparer le petit déjeuner. Il y a le père, la mère, les grands-parents et les dix enfants, ça fait du monde ! Après le réveil et la toilette, tous vont au bois cueillir des framboises, sauf benjamin le plus petit. Pendant ce temps là, on s’active à la maison : on coupe du bois, on fait du feu, on fait cuire des petits pains… Et quand les enfants reviennent avec des paniers débordant de framboises, on peut enfin passer à table…

 

L’intérêt de cette petite histoire réside dans les illustrations, superbes, truffées de petits détails qu’on ne se lasse pas d’observer, de décortiquer, et qu’on découvre au fur et à mesure des lectures. Très peu de texte en effet, à peine une ligne en bas de la double-page, celle-ci étant occupée par l’illustration. Et il y en a des choses à dire quand on regarde de plus près ces illustrations, détails de la vie de tous les jours, détails comiques, loufoques, touchants, tout y est ! Tout est un prétexte pour faire parler l’enfant et tous les personnages ont une particularité, la scène du réveil est d’ailleurs parfaite pour déceler les différents caractères : il y a celui qui dort debout, celui qui est tombé de son lit et qui dort par terre, celui qui se précipite dans l’escalier, le plus petit qu’on aide, celui qui a fait pipi au lit, le rigolo, le sérieux… Autre scène magique : la cueillette des framboises dans les bois… Les illustrations fourmillent de détails, on observe des insectes, on admire les fleurs, les arbres, les couleurs, les formes… Bref, c’est un émerveillement !

 

Un très bel album dans cette série de la famille Souris, c’est tendre, c’est mignon, c’est bucolique, ici on adore ! C’est vraiment beau, un régal pour les yeux des plus petits… et des plus grands !

 

École des Loisirs (Janvier 1985)

Traduit du japonais

 

Famille-souris-1.jpg

 

ChallengeAlbums6/24

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Le jeudi, c’est citation ! (8)

Jeudi citationChez Chiffonnette

 

Parce que j’adore ce livre depuis toute petite…

Parce que je reste une éternelle enfant…

Parce que les miens grandissent trop vite…

Parce que je suis peut-être un peu atteinte du « syndrome »…

Et parce que moi aussi je suis avide d’histoires et vis un peu

au Pays imaginaire…

 

 

« All children, except one, grow up.

They soon know that they will grow up, and the way Wendy knew was this. One day when she was two years old she was playing in the garden, and she plucked another flower and ran with it to her mother. I suppose she must have looked rather delightful, for Mrs Darling put her hands to her heart and cried : « Oh, why can’t you remain like this for ever ! » This was all that passed between them on the subject, but henceforth Wendy knew that she must grow up. You always know after you are two.  

Two in the beginning of the end. »

 

 

PeterPan

Peter Pan, J. M. Barrie

Première publication en 1911

Titre original : « Peter and Wendy »

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Elza dans la cour des grandes – Didier Levy / Catherine Meurisse

Elza_couv.jpgVoilà une petite BD bonne mine qui donne le sourire ! Du rouge, du noir et du blanc, un format original et peu commun, et une héroïne drôlissime, il me fallait bien ça pour me détendre après ma dernière lecture plutôt éprouvante !

Mission accomplie donc ! A destination des jeunes ados, nul doute qu’elle plaira aussi à leurs parents, en tous cas, moi j’adore ! Elza dans la cour des grandes est le premier tome d’une série qui en compte actuellement trois.

 

« Il y a les filles que l’on regarde, il y a les filles que l’on ne voit pas…

Et il y a … Elza Petipa ! »

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Elza n’est plus tout à fait une petite fille, pas vraiment une adolescente, et très loin d’être une femme. Un brin garçon manqué, courte tignasse brune, boucles d’oreilles en forme de fleurs, Elza aimerait bien grandir, avoir de la poitrine et plaire aux garçons… C’est qu’à 11 ans, elle se trouve quelque peu en retard : elle n’a jamais embrassé un garçon sur la bouche à l’âge où Mozart écrivait son premier opéra et où Blaise Pascal inventait la géométrie plane…! Tout le contraire de sa copine Molly, toute en blondeur, en seins, en hanches et en démarche chaloupée ! Elza n’est pas transparente pour tout le monde, il y a Robert-Louis, l’amoureux transi aux mains moites, mais elle, elle en pince pour Arthur Beauséjour à qui elle a écrit soixante-treize lettres d’amour qui ont toutes fini à la poubelle. Mais puisque madame la fée ne veut pas la transformer en jolie jeune fille, il va falloir être patiente !

 

« Comme le disait Simone de Beauvoir… « On ne naît pas femme, on le devient ! »

Mais qu’est-ce que c’est casse-gueule ! »

 


elza extrait

 

Éditions Sarbacane (Avril 2007)

48 planches

 

Également disponibles :

 

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Elza Saison 2 : C’est encore loin l’amour ? (Avril 2008)

 

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Elza Saison 3 : Les garçons et moi (Avril 2009)

 

 

BD du mercrediChez Mango et chez plein d’autres !

 

palseches

Challenge « Pal sèches » chez Mo’ la fée

2/36

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Les vies extraordinaires d’Eugène – Isabelle Monnin

Vies extraordinaires d'EugèneQuand Calypso a fait de ce roman un livre voyageur, j’ai tout de suite su qu’il était fait pour moi… Tellement de beaux billets ont fleuri sur la blogosphère pour parler d’Eugène et de ses vies extraordinaires que malgré son sujet difficile et douloureux, j’ai à tout prix voulu le lire. Cette lecture a été éprouvante, longue car entrecoupée de petites lectures « soupapes », c’était nécessaire, j’avais besoin de ces respirations. Ce livre va repartir vers d’autres lecteurs et poursuivre son extraordinaire aventure. Un très beau premier roman, incontestablement…

 

C’est un 23 novembre vers 20 heures qu’un « tsunami » a dévasté la vie du narrateur et de sa femme. A sa naissance six jours plus tôt, Eugène ne pesait que 1 kilo et 60 grammes. Né grand prématuré, trop petit, trop faible, il décède d’une infection au petit matin. « Eugène a-t-il existé même s’il n’a pas vécu ? » Depuis ce jour, la mère d’Eugène ne parle plus, puisqu’il n’y a rien à dire… Elle communique à l’aide de mots et de courtes phrases toutes faites écrits sur un petit carnet. Elle voit un psy trois fois par semaine qui parle à sa place et écoute son insondable silence. Et elle coud, inlassablement, des pantalons en velours rouge pour tous les âges de la vie d’Eugène.

Le père lui ne peut pas se taire, face à ce silence, il se doit de raconter l’histoire de son fils, il doit lui offrir cette parole pour qu’elle retrouve sa voix. L’Histoire de notre fils.doc…, mais qu’il y a t-il à dire sur Eugène, ce fils qu’ils n’ont même pas eu le temps de tenir dans leurs bras, d’embrasser ? Pourtant, Eugène a existé, il a été là, il faut lui redonner vie.

Interroger ceux qui furent proches d’Eugène, ceux qui l’ont connu, touché, comme Noëlle, infirmière en réanimation néonatale, ne suffit pas… Commence alors une véritable enquête pour savoir ce qu’aurait pu être la vie d’Eugène s’il avait vécu. « Plutôt que de buter sur cette infime existence qui prend si peu de mots à raconter, je vais écrire la vie qu’il aurait dû avoir. » Rosa, Véronique, Nour, Elie, Marvin, Victor, Fatoumata, Solal, le narrateur dérobe dans le bureau de la directrice de la crèche d’Eugène la liste et les adresses de ses petits camarades de jeux. Le plan du quartier scanné et punaisé au dessus de son bureau, le travail de recherche et d’investigation peut commencer, méthodique, précis, nécessaire…

 

Que dire sur ce roman si ce n’est qu’il est bouleversant, qu’il prend à la gorge… Mais curieusement, ce livre n’est pas que triste, il est lumineux, porté par une écriture sensible, pudique et touchante. La mère se tait, le père parle, et qu’elle est belle la voix de ce père ! Oui, j’ai souvent eu les larmes au yeux, mais j’ai aussi souri parfois… Écrit comme un journal intime, l’histoire d’Eugène couvre un an de vie sans lui et se termine par la lettre bouleversante et magnifique de la mère à son fils. Je ne sais pas quoi vous dire de plus sur ce très beau roman, lisez-le si vous le pouvez et si vous vous en sentez la force, vous n’oublierez pas Eugène de sitôt…

 

Le billet de George m’avait énormément touché de même que celui de Clara qui n’a pu terminé sa lecture… Plein de billets magnifiques sur ce livre qui l’est tout autant, celui de Calypso bien sûr, une des toutes premières à en avoir parlé, ceux de Stéphie et Pimprenelle qui en avaient fait une Lecture du Dimanche, mais aussi ceux de Mango, Restling, Lasardine, Valérie, Keisha,

 

Premières phrases : « J+26 (19 décembre) Je pourrais parler de Carla Bruni. Il semble que son histoire avec le président de la République a commencé ce soir-là. C’est une coïncidence évidemment, n’y voir aucun complot sarkozyste. C’était juste un dîner chez Jacques Séguéla. Il fallait distraire un ami récemment divorcé. Carla, Luc, Marie-Caroline, à vos agendas, retrouvons-nous le 23 novembre vers 20 heures, espérons un coup de foudre, Nicolas ne supporte pas de dormir seul. Ce jour où, en silence, un tsunami a renversé notre vie. »

 

Au hasard des pages : « Ça va faire trois mois maintenant. Nous nous installons dans la vie sans notre enfant. C’est-à-dire exactement la même qu’avant sans la légèreté. Je me sens vieux. Je regarde les photos de la grossesse, une chaque jour depuis la première échographie. Cent vingt-quatre en tout. Il y a plus de photos de lui dans le ventre de sa mère que de lui après la césarienne. La tête en bas, en haut, le ventre rond, en gros plan ou caché par un dessin, noir et blanc ou couleurs saturées, mes mains presque toujours au même endroit, de chaque côté du ventre. Nos visages sont lisses, nos yeux brillants. Je ne nous reconnais pas. » (p. 56)

 

Éditions JC Lattès (Août 2010)

232 p.

 

1pourcent

5/7

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Poil au nez – Cécile Chartre

Poil-au-nez.jpgJ’ai commencé ce très court roman en prenant mon café ce matin, pas très réveillée, encore un peu dans les vapes… Quand je l’ai refermé, mon café était froid, lu d’une traite tellement c’était beau ! Encore une petite pépite en littérature de jeunesse, un concentré d’émotions, un petit bijou se sensibilité, un vrai cadeau ! Quatre-vingt dix pages qui défilent à toute allure, une jolie découverte sur un thème pourtant difficile.

 

Angel a 16 ans. En ce 31 décembre 2009, il n’a pas trop le coeur à la fête. Alors quand tous ses copains se pointent « à l’aube » avec leurs stupides cotillons et leur satanée bûche à la pistache, Angel n’apprécie que très moyennement : 11h18 du matin, Angel a passé une mauvaise nuit, comme toutes les autres d’ailleurs, et ça fait dix ans que ça dure… Avec son vieux pyjama rayé et sa petite moustache, la dégaine d’Angel prête à rire, lui veut seulement être seul. Personne ne peut savoir qu’Angel a un rendez-vous important aujourd’hui, un rendez-vous qu’il ne manquera pour rien au monde, un rendez-vous qu’il attend depuis dix ans, depuis ce 31 janvier 1999 où son père lui a parlé pour la dernière fois. Jamais il n’oubliera ce jour, ce mois, cette année, où son père lui a confié une petite boîte blanche au contenu mystérieux qu’il ne doit ouvrir que le 1er janvier 2010, à zéro heure, zéro minute… Depuis ce fameux jour, Angel grandit sans son père, et ce soir, il a rendez-vous avec lui.

 

Quel joli roman, et quel joli moment j’ai passé en sa compagnie ! Une écriture sans chichis, fluide et émouvante, comme j’aime ! C’est la voix d’Angel qu’on entend, il parle à son père. Le lecteur découvre tour à tour son histoire et le récit du déroulement de cette fameuse journée si importante pour lui. Un très beau texte sur le deuil, l’absence du père, la difficulté de se construire et de grandir sans lui… Un texte qui fourmille de beaux moments, très émouvants, très justes. Je suis encore marquée par le personnage d’Angel, mais aussi par celui de sa mère : présente sans être envahissante, aimante, touchante. Un texte fort, plein d’espoir et d’amour qui fait couler les larmes et que je n’oublierai pas de sitôt ! Un vrai coup de coeur !

 

Un livre qui a touché Stéphie, Marie, Gaëlle, Mel, Clarabel, Sharon

 

Premières phrases : « Ils sont tous là, papa. Tous, pas un ne manque. Ils sont tous là, et qu’est-ce que je me sens seul ! »

 

Au hasard des pages : « Depuis ce matin, je m’évertue à ne pas croiser son regard. A ne pas trop m’y attarder, en tous cas. Les 31 décembre sont des journées encore plus critiques que les autres, pour tous les deux. Des journées où nous sommes toujours très entourés, avec plein de monde, plein de bruit autour. Des journées si bien remplis que nos deux cerveaux devraient être totalement exemptés de la moindre pensée. Mais cette agitation est peine perdue. Depuis ce matin, il n’y a pas une seule seconde durant laquelle je n’aie pas pensé à toi, papa. Quant à maman, ses yeux ont été squattés tout la journée par des espèces de poussières invisibles. Des poussières qui ont fait pleurer ses jolis yeux clairs. Et c’est vrai qu’ils sont toujours beaux, les yeux de ma mère. Ces derniers mois, ils semblaient même s’être animés d’une nouvelle lueur. Sa nouvelle coupe de cheveux lui va à ravir, et les quelques sorties au ciné qu’elle a fait ces derniers temps lui ont redonné le teint frais. Elle est belle, maman. Je l’avais presque oublié. » (p. 69-70)

 

Éditions du Rouergue (Janvier 2010)

Collection doAdo

90 p.

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Le jeudi, c’est citation ! (7)

Jeudi citation

Il y a certains livres qu’on hésite à relire tant ils nous ont marqué à l’époque de leur première lecture… C’est le cas du roman que j’ai choisi aujourd’hui pour le rendez-vous hebdomadaire de la citation du jeudi chez Chiffonnette. C’est d’autant plus le cas quand c’est un classique… J’ai repris cet exemplaire défraîchi dans ma bibliothèque, je n’ai pas du l’ouvrir depuis mes 15 ans ! Un très bon roman de science-fiction, oui, mais surtout une magnifique histoire d’amour, éternelle, unique, magnifique… Eléa et Païkan, deux amants légendaires, 900 000 ans auparavant.

C’est la voix du Dr Simon qui ouvre le roman, à jamais marqué par la découverte de ces deux corps sous la glace :

 

« Ma bien-aimée, mon abandonnée, ma perdue, je t’ai laissée là-bas au fond du monde, j’ai regagné ma chambre d’homme de la ville avec ses meubles familiers sur lesquels j’ai si souvent posé mes mains qui les aimaient, avec ses livres qui m’ont nourri, avec son vieux lit de merisier où a dormi mon enfance et où, cette nuit, j’ai cherché en vain le sommeil. Et tout ce décor qui m’a vu grandir, pousser, devenir moi, me paraît aujourd’hui étranger, impossible. Ce monde qui n’est pas le tien est devenu un monde faux, dans lequel ma place n’a jamais existé.

C’est mon pays pourtant, je l’ai connu…

Il va falloir le reconnaître, réapprendre à y respirer, à y faire mon travail d’homme au milieu des hommes. En serai-je capable ?

Je suis arrivé hier soir par le jet australien. A l’aérogare de Paris-Nord, une meute de journalistes m’attendaient, avec leurs micros, leurs caméras, leurs questions innombrables. Que pouvais-je répondre ?

Ils te connaissaient tous, ils avaient tous vu sur leur écran la couleur de tes yeux, l’incroyable distance de ton regard, les formes bouleversantes de ton visage et de ton corps. Même ceux qui ne t’avaient vu qu’une fois n’avaient pu t’oublier. Je les sentais, derrière les réflexes de leur curiosité professionnelle, secrètement émus, déchirés, blessés… Mais peut-être était-ce ma propre peine que je projetais sur leurs visages, ma propre blessure qui saignait quand ils prononçaient ton nom… »

 

la-nuit-des-temps

La Nuit des Temps, Barjavel

Éditions Pocket

393 p.

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