En 1962. le petit Antoine a 8 ans quand il apprend que son père a décidé de tout quitter pour aller vivre comme un Robinson sur une île perdue des Marquises. Là-bas, sur cette terre hostile et inhospitalière qui a tout de l’enfer et de la punition, il tiendra une chronique quotidienne pour la radio. Au travers du poste, la voix du héros aventurier sera un maigre réconfort tout autant qu’une grande fierté pour son fils rongé par l’abandon…
Plus de 60 ans plus tard, Antoine de Caunes a 71 ans. Il se souvient de la déflagration de l’absence, de cette blessure d’enfant qui continue de se rappeler à lui. Alors Antoine raconte l’exil, la fierté teintée de mélancolie, cette fragilité du lien aussi. Il n’est jamais trop tard pour aller à la rencontre de son père…
Dans l’obscurité de ma chambre, j’essaie de comprendre. Mes nuits d’enfance sont grises, un rai de lumière réussit toujours à se frayer un chemin dans l’obscurité. (…)
Une bonne soixantaine d’années plus tard, je continue toujours à me demander comment un père de trois enfants, certes séparé des mères, peut ainsi mettre sa vie en danger et décider de s’éloigner si longtemps (un an, à l’origine) de ceux qui l’aiment. Je n’ai toujours pas la réponse.
Récit de voyage, récit d’aventure mais surtout récit de l’intime qui plonge dans la mémoire et la mythologie familiales, Antoine de Caunes rend un magnifique hommage à un père fantasque, absent et avare de mots. Georges de Caunes a tout du personnage de fiction. Brillant, attachant et très apprécié sur les ondes, il apparait plus ombrageux en privé. Pour vivre pleinement sa vie rêvée, il choisit de fuir son quotidien laissant derrière lui une femme habituée à ses vagabondages et un fils dévasté par une absence forcément trop longue.
Qu’est-ce qui peut pousser un homme à déserter sa propre vie ? Cette question Antoine de Caunes se la pose encore. A l’aide de la presse de l’époque, des enregistrements radios et bien sûr du carnet rédigé par son père sur place, l’histoire se raconte. Et qu’il est beau ce dialogue avec l’absent… Drôle et mélancolique aussi. Raconter la solitude et les privations, combler les vides, imaginer les pensées qui divaguent, fantasmer la vie sur l’île… tout devient possible. Le dialogue entre le père et le fils a enfin lieu, la parole est libérée, le chagrin mais aussi une certaine forme de soulagement ont ici toute leur place. Et puis il y a la magie Xavier Coste et ses illustrations d’une incroyable beauté qui offrent un écrin parfait à cette magnifique déclaration d’amour d’un fils pour son père. Un vrai et grand coup de cœur ♥



| Il déserte de Antoine de Caunes et Xavier Coste Éditions Dargaud (Mars 2025) 208 p. / 30 € / ISBN : 978-2-205-21280-8 |

Et nos bulles en voyage sont à découvrir chez Moka…
7 commentaires
Antigone · 21 janvier 2026 à 10h58
Voilà qui est très intéressant (j’aime les quêtes familiales) et la couverture est superbe !
Nathalie · 21 janvier 2026 à 18h05
Cet album me tente depuis sa sortie… Et visiblement, il vaut le coup d’oeil !
Gambadou · 21 janvier 2026 à 22h06
Elle a l’air très belle cette quête
eimelle · 22 janvier 2026 à 19h47
cette thématique voyage offre de belles découvertes!
Katell · 24 janvier 2026 à 12h37
Merci pour le partage. Le thème de la quête familiale a toujours une résonnance particulière. Les graphismes sont magnifiques.
Virginie Vertigo · 24 janvier 2026 à 18h00
Je ne suis pas sûre que l’histoire m’intéresse mais le dessin est en effet superbe !
Natiora · 25 janvier 2026 à 11h00
J’avais vu passer l’info de la sortie de cet album et j’étais réservée sur son intérêt. Mais puisque pour toi c’est un coup de cœur, je vais le noter !