A ma source gardée – Madeline Roth

source gardée« On avait fait le tour des mots. Je crois. Ma peau réclamait sa peau, à présent. Ça devait faire un boucan énorme.

Lucas avait envahi mon corps, mon corps et ma voix. Il avait chanté dedans, respiré dedans. Il était entré comme le soleil, il était resté longtemps, le temps que toute sa peau dise je t’aime, peut-être. Longtemps. »

 

Quand Jeanne rencontre Lucas, c’est le coup de foudre. Celui qui fait battre le cœur à tout rompre. Celui qui palpite, là, au creux du ventre. Celui qui met de la lumière partout et fendille l’armure. Celui qui fait tomber toutes les barrières et donne l’impression, enfin, d’être vivant.

Entre Jeanne et Lucas ça sera immédiat mais secret. A l’abri des regards, à l’écart de cette bande d’amis que Jeanne se plait à retrouver chaque été en vacances chez sa grand-mère, elle découvre l’amour et ses premières déflagrations.

 

Dans leur bulle, les deux adolescents s’apprivoisent et jouent la plus belle des partitions. On balbutie, on tâtonne, on se frôle, et les corps, enfin, s’épousent en silence…

L’été suivant, Jeanne revient, plus tôt que prévu, à l’improviste. La surprise qu’elle réserve à Lucas aura l’effet d’un tsunami qui ébranlera bien plus que ses certitudes…

 

Dans un monologue douloureux et intense, Jeanne laisse parler ses sentiments. Sa voix s’élève, forte, vibrante, ses mots s’étranglent parfois. Dans la gorge du lecteur, une boule…

Plus tout à fait une enfant, pas encore une femme, Jeanne fait le dur apprentissage de la vie. Celle qui bouscule, celle qui fait mal, celle qui brise. Celle qui continue, malgré tout, celle en qui l’on doit continuer de croire quand tout nous souffle le contraire. Trahie, blessée, fatalement différente, Jeanne dénoue le fil de cette relation qui lui a donné autant qu’elle lui a repris.

Un premier roman bouleversant qui explore à merveille les méandres du sentiment amoureux, de sa naissance à sa perte. Magnifique…

 

Les avis de Enfantipages, Hélène Leroy, Moka

 

Une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque..!

 

 

Premières phrases : « J’ai froid – et puis moi je croyais qu’il allait venir et ça serait comme dans les films, il dirait même pas un mot, juste il prendrait ma main et il m’emmènerait avec lui, là en général y a une musique qui vous arrache des larmes des trucs avec un piano ou un violon – mais il ne vient pas. Je ne sais pas quelle heure il est. Sur les routes qui serpentent dans la vallée en face, je ne vois plus aucun phare. Il doit être tard. Il faut que je rentre. Je sais. Je sais mais c’est l’horreur. J’arrive pas trop à savoir. Ce qu’on fait des rêves quand ça devient moche. Si je m’acharne à lui trouver des excuses. Ou à me chercher des reproches. Ça rime. J’ai pas fait exprès. Il ne m’aide pas. C’est tout moi qui pense. Lui, il ne dit rien. Il touche. Il aime avec ses yeux, et ses mains. On a des chansons juste à nous deux. C’est comme des messages codés. C’est la nuit, tout le monde danse, il est à l’autre bout de la salle, mais je vois ses yeux. Je ne vois que lui. Et ses yeux disent – je t’aime, même si en vrai c’est rien que dans la chanson.
Mais je l’entends quand même, dans ses yeux. Je m’en fous. »

 

Au hasard des pages : « Avant Lucas, il me semblait qu’on me prenait quelque chose. J’étais d’accord pour le donner, ce quelque chose, mais ça n’enlevait rien à ce sentiment-là : quelqu’un entrait en moi, avançait en moi, et ressortait. Je n’avais pas lutté, je n’avais rien donné : on me l’avait pris. On m’avait enlevé un bout de moi, un bout de peau, un peu d’âme, de sang, de je ne sais pas quoi, mais quand ça finissait, ça me faisait l’effet d’une lutte où je n’avais pas lutté. L’autre avait gagné, il pouvait s’endormir, moi j’avais perdu, j’étais pas très fière, mais je donnais un baiser, un sourire, le cœur doucement revenait à des battements normaux, tout pouvait s’apaiser, et puis la nuit effaçait, en général. C’était pratique pour ça, les nuits et l’alcool. Au matin, on pouvait faire comme si de rien n’était.

Mais depuis Lucas, je ne comprenais plus. Rien. Je me disais : quand on prend le corps d’une autre, quand on fait l’amour à quelqu’un, ça veut dire quelque chose. je ne sais pas dire quoi, je n’ai pas les mots non plus. Y en a pas, peut-être, d’ailleurs, de mots, pour ça. On fait l’amour. Prononce-les doucement, Lucas, chaque mot, là, vas-y. On fait l’amour. Ça veut dire je t’aime. Non ? Non ? Eh bien avant toi, pour moi, ça ne voulait pas dire ça. (p. 35-36)

 

 

Éditions Thierry Magnier (Février 2015)

60 p.

 

Prix : 7,20 €

ISBN : 978-2-36474-558-2

 

pepites_jeunesse

12 commentaires sur “A ma source gardée – Madeline Roth

  1. Un résumé qui en dit long, bouleversant d’émotions, je vais vite en librairie pour le dévorer, pleurer peut-être, m’émouvoir sûrement. Merci, non un énorme merci de nous faire partager tes lectures, c’est toujours aussi agréable et bien choisi.

  2. Découvert grâce à ton top de l’année, et commandé aussitôt, ton billet est irrésistible !
    Merci pour cette nouvelle découverte (maintenant je me tâte pour « Rien que ta peau » mais ils m’énervent avec leurs prix exorbitants chez AS Junior!)
    Des bisous
    Cajou

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