Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre / Christian de Metter

au_revoir_la_haut_011918. La guerre touche à sa fin. Dans les tranchées, les soldats prennent leur mal en patience, confiants sur l’issue des conflits. Ce qui n’empêche pas le lieutenant Pradelle, à la recherche d’un dernier exploit, d’orchestrer une mission de reconnaissance dans le camp adverse pour deux de ses hommes. Une promenade de santé qui relance les hostilités et met Albert et Edouard sous les feux ennemis. Enterré vivant, Albert ne doit sa survie qu’à l’intervention d’Edouard, un acte de bravoure que ce dernier paiera cher…

 

De retour à la vie réelle, les deux hommes abîmés s’épaulent dans cette France meurtrie qui n’a que faire de ses survivants. Petit comptable sans grande envergure, Albert prend donc Edouard sous son aile. Défiguré, ce dernier se fait passer pour mort pour ne pas avoir à reprendre contact avec sa famille.

 

Pour essayer d’exister, les deux hommes « menottent leur misère et tentent de bricoler une survivance » en mettant au point une escroquerie hors-normes, amorale et osée… Une revanche audacieuse qui révèlera l’innommable…

 

Je n’ai pas lu Au revoir là-haut, considéré, sûrement à juste titre, comme le grand roman de l’après-guerre de 14… Je l’ai pourtant acheté dès sa sortie, conquise d’avance. Et il m’attend, là, pas loin. Je ne sais pas ce qui m’a retenue jusqu’à présent. Les innombrables critiques criant au chef-d’œuvre, le Goncourt, cette peur, finalement, d’être déçue par un auteur tellement aimé dans un autre registre… Du coup, j’ai hésité à lire l’adaptation avant le roman, est-ce que je n’allais pas gâcher l’effet de la découverte ? Est-ce que ça avait un sens d’ailleurs, de déflorer une histoire que je me suis de toute façon promise de dévorer un jour ?

Le fait que Pierre Lemaitre lui-même ait collaboré avec Christian de Metter à l’adaptation de son roman a fait pencher la balance. Je savais que j’allais retrouver les mots de l’auteur, sa voix, ses personnages qu’il a longtemps portés et à qui il allait donner vie une seconde fois. Je savais que le projet lui tenait à cœur, qu’il s’y était beaucoup investi. Et je connaissais surtout le grand talent de Christian de Metter…

 

Du coup, oui, j’ai adoré cette adaptation, sans pour autant avoir eu toutes les clés en main pour en saisir toutes les subtilités. Dans la préface de l’ouvrage, Philippe Torreton dit peut-être l’essentiel : « Pierre Lemaitre aurait pu gaver les cadres de textes comme on sauve à la hâte ses affaires au grenier en cas d’inondation, il a préféré s’effacer et faire confiance aux dessins de De Metter, ils ont su éviter une guerre civile entre les mots et les images. Ils n’ont gardé que ce qui sert à faire avancer dans l’histoire. On aurait pu craindre des images envahissantes, voulant tout montrer, un trait de percheron tirant une carriole encombrée de sens, mais Christian De Metter devait comme moi trop aimer ce roman pour y aller comme un uhlan. Cette BD est affaire de respect mutuel et c’est beau à voir. »

 

Voilà, c’est beau à voir. Grandiose même. Un récit vibrant qui va à l’essentiel tout en laissant filtrer l’émotion. Une grande histoire… Et toute cette violence contenue magnifiée par le trait de De Metter…  Je suis curieuse de savoir comment cette adaptation sera reçue par ceux qui ont lu et aimé le roman. Moi, j’ai adoré… de même que mon complice Jérôme avec qui j’ai grand plaisir à partager cette lecture…

 

 

L’avis d’Antigone, celui de Livresse

 

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Éditions Rue de Sèvres (Octobre 2015)

176 p.

 

Prix : 22,50 €

ISBN : 978-2-36981-199-2

 

 

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32 commentaires sur “Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre / Christian de Metter

  1. J’ai hâte de découvrir cette adaptation à mon tour. L’ambiance graphique a l’air somptueuse et je pense que la pagination (assez conséquente) permet tout de même de ne pas perdre trop d’éléments du roman de Lemaitre

  2. Mag m’a prêté le roman, il m’attend mais comme toi, je ne sais pas, il est posé sur mes étagères, il me regarde, je crois qu’il me fait un peu peur (il faut dire aussi que Mag a aimé, a passé un joli moment de lecture mais sans crier au génie loin de là ….) Toussa pour dire ma copine, qu’en revanche cette BD uhhhhh elle me plait 😉 elle me plait tellement que demain irai la chercher en librairie !
    merci à vous 2 pour la belle découverte, je vous raconterai 😉
    un joli mercredi et du baiser, plein, plein, plein <3

  3. J’ai beaucoup aimé le roman, mais je ne comprends pas les critiques qui criaient au chef d’oeuvre pour autant. C’est bien écrit, sans effet de style particulier à mon avis, et surtout bien construit et bien documenté… ce qui fait déjà pas mal… 😉
    La BD pourrait me plaire, je pense.

  4. Je pourrais lire cette BD, et j’ai aimé le roman (mais j’ai un peu peur, les images ne sont pas trop ‘réalistes’? Dans le roman c’est parfois très difficile!

  5. Mince, j’ai fouillé le site de Rue de Sèvres début septembre pour préparer une nouvelle commande et je ne l’ai pas vu celle là. Elle me fait bien envie en tous cas. Tu crois qu’elle est accessible pour des 3èmes ?

  6. J’ai lu « Au revoir là haut » il y a peu. Je n’aime pas trop faire le mouton et lire ce qui est à la mode…
    Mais là, j’ai dû avouer qu’effectivement ce roman est magnifique!
    Merci de nous faire connaître cet album, je pense me l’offrir!

  7. Je n’ai pas encore lu le roman (mais je compte bien le lire !) et du coup, cette adaptation bd que je ne connaissais pas encore me tente bien…
    Merci pour la découverte et bonne journée à tous.
    Nath

  8. Le roman est très visuel. D’autant que Lemaître met en scène un personnage dont la principale caractéristique et d’être un ancien soldat, dessinateur émérite et gueule cassée de surcroit. Qu’y a-t-il de plus graphique que quelque chose que l’on cherche à dissimuler ?
    L’après-guerre avec ses files de rationnement, avec ses hôtels luxueux et délabrés à la fois, avec ses rues infestées de trafiquants en tout genre, entre totalement dans l’adaptation en BD ou en film.
    Le problème du livre ne réside pas dans ses caractéristiques visuelles — il n’en manque pas — mais dans la trame du livre lui-même. Je rappelle que Lemaitre est l’auteur de robe de mariée. Un polar qui frise le chef d’œuvre. Avec Haut revoir là-haut, on ne comprend pas trop vers quoi l’auteur a voulu nous conduire. Était-ce un pur exercice de style ? Voulait-il prouver qu’il était capable d’écrire un « vrai » roman ? Je le pense, oui. D’ailleurs ce livre a été récompensé par le Goncourt 2013.
    Même si la lecture du roman était agréable, je ne le conseille pas. Pour les plus anciens, je dirais que ce bouquin m’a fait l’effet d’une face B de 45 tours. On l’écoute sans écouter.
    Même si la Bd paraît graphiquement très réussie, je crains que le scénario n’en laisse plus d’un déçu.

  9. Ah ben non je ne suis pas d’accord pour dire que Robe de marié est un chef d’oeuvre. Je lui ai d’ailleurs préféré Cadres noirs. Quant à Au revoir là haut je l’ai aimé et en effet il est très visuel. Je suis bien curieuse de lire cette BD !

    • Mélo, bien sûr que cadre noir est un livre formidable.
      Il répond à un double besoin : lire un bon livre, bien écrit, structuré à merveille tout en abordant la question cruciale du chômage, et quelle réponse un individu, en l’occurrence Alain Delambre, y apporte. Le désespoir et l’espoir s’y côtoient, frères ennemis, mais frère tout de même. Ce roman est bâti sur la peur que notre société ressent face au fléau du chômage.
      Robe de mariée, lui se suffit à lui-même. Il ne s’appuie sur aucun fait de société et n’est alimenté par aucune peur sociétale. La folie qui grignote peu à peu l’héroïne avec ses meurtres en guise d’unique trace matérielle, son combat (et ses astuces) pour ne pas perdre la tête et se débarrasser de cet ennemi de l’intérieur, du parasite qui a décidé de s’attacher à elle, quitte à détruire l’univers de Sophie. Voilà en quoi ce livre est un chef-d’œuvre. Il est intemporel. Cadre noir aura bien moins d’écho le jour ou le chômage ne sera plus un fléau (je te concède que ce n’est pas demain la veille).

      Une très belle journée

  10. Je ne suis pas certaine de m’y coller, j’ai lu le roman que j’ai beaucoup aimé, et j’ai déjà des images très précises dans ma tête, du coup, j’ai peur que ça biaise mon avis. D’ailleurs, comme je le disais à Jérôme hier, je suis étonnée que la première de couv soit l’image de fin, mais Jérôme m’a répondu qu’il semblerait que le dénouement en BD ne soit pas le même.
    J’ai hâte aussi de voir comment il est reçu par ceux qui ont lu le Goncourt.

    • Beaucoup de mes collègues l’ont lue, après avoir lue le roman… Il trouvent tous l’adaptation très réussie, ce qui est un pari osé en si peu de pages finalement. Tu devrais tenter l’expérience…

  11. Tu dis qu’il te manquais peut-être des clés et moi qui avait adoré le roman, il me manquait un peu de matière mais par contre la BD est fidèle au coeur de l’histoire et surtout elle est superbe!

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