Aussi loin que possible – Eric Pessan

aussi-loin-que-possible« Avec Tony, on avait rien prémédité. Ce n’était pas un complot ou une chose prévue longtemps à l’avance. Les gens ne veulent pas nous croire, ils ouvrent de grands yeux ou sourient en coin. Ils affichent un air sérieux, froncent les sourcils. Parfois, ils se mettent en colère, nous demandent si on les prend pour des imbéciles.

 

Et pourtant, c’est la vérité. On a compté jusqu’à trois, on est partis, et on a couru droit devant, et c’est tout ce qu’il y a à dire. Ce n’est pas un mensonge. C’est ce que l’on a répété aux journalistes, à nos parents, aux policiers. Si on avait réfléchi, si on s’était concertés, si on avait pensé une seconde à ce que l’on allait faire, l’hésitation nous aurait certainement coupé les jambes. »

 

La logique aurait voulu qu’ils s’arrêtent au bout du parking. Antoine et Tony ont pourtant continué à courir, laissant derrière eux les grilles du collège et la cité du Val enchanté… 

Aucune préméditation dans ce geste un peu fou. Un simple jeu au départ. Histoire de savoir lequel des deux serait le plus rapide. Et puis, sans un seul mot échangé, la course a pris des allures de fuite. Droit devant, vers la mer et ses embruns, baskets aux pieds et une liberté toute neuve en étendard. « On court comme on éclate de rire, comme on envoie balader une mauvaise pensée, comme on s’approche du bord de la piscine l’été pour se jeter en avant les bras grands ouverts vers la fraîcheur. On court dans le bonheur de l’instant. »

 

Courir pour oublier les cris ou l’incertitude des lendemains… Peur, tristesse ou colère en bandoulière, les deux adolescents filent vers l’inconnu, inconscients encore des véritables raisons de leur départ, juste cette envie d’air et de lâcher prise, chevillée au corps.

Il sera toujours temps de penser aux conséquences de leurs actes. Il sera toujours temps de regretter ces petits arrangements, ces petits pas de côté. Mais pour l’instant, Tony et Antoine sont en vie. Intensément en vie…

 

« Le monde fourmille d’histoires qui ne demandent qu’à être écrites », fait dire Eric Pessan à l’un de ses personnages. Aussi loin que possible en fait assurément partie. Un souffle, une respiration… Une vraie force qui fait qu’il est impossible de reposer ce roman une fois commencé. Il y a cette course, oui, mais il y a aussi ce formidable élan de vie et de liberté qui porte ces adolescents en pleine révolution. Une révolution intime, profonde, qui leur permettra d’ouvrir grand les yeux sur un monde qu’ils sont peut-être en mesure de changer…

 

Ce livre a reçu le prix NRP de Littérature Jeunesse 2015-2016 et c’est mérité…! Jérôme et moi lui attribuons une autre distinction, et pas des moindres, le label « pépite jeunesse » ! 😉

 

 

Les avis de Enfantipages, Hélène, Laure, Pépita

 

 

Au hasard des pages : « Le soleil perce les nuages, on a chaud. on reprend la course.

Je ne sais combien de temps encore on continuera. Sans doute aussi longtemps que les muscles de mes jambes seront plus forts que ma peur. Aussi longtemps que l’air parviendra à desserrer le nœud de mes angoisses, que des forces nouvelles viendront repousser la fatigue. On court, on voit des routes et des chemins et des sentiers et des traverses et des rues. On voit le monde si vaste se transformer en traits de vitesse à la lisière de nos yeux. On court, on gagne la lutte contre nos propres forces, on maintient la défaite à distance. » (p. 100)

 

Éditions École des Loisirs (Septembre 2015)

Collection Médium

140 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 978-2-7002-5145-6

 

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