Ces jours qui disparaissent – Timothé Le Boucher

Les journées de Lubin sont bien remplies. Si un job alimentaire de caissier dans une petite supérette lui permet d’arrondir ses fins de mois, le reste du temps, il le passe avec sa troupe de cirque dans laquelle il évolue comme acrobate. Quant à ses nuits, elles appartiennent à sa petite amie Gabrielle. Une petite famille qu’il s’est choisie, joyeuse et bariolée, qui compte presque autant que sa famille de cœur qui l’a adopté à la mort de ses parents quand il était encore petit garçon.

 

Jusqu’à ce jour où tout bascule. Lors d’un spectacle, Lubin fait une chute sur le crâne. Une chute apparemment sans gravité qui ne laisse aucune séquelle visible… du moins à première vue. Quand Lubin se réveille le lendemain matin après une bonne nuit de sommeil il se rend compte qu’un jour entier vient de s’écouler sans qu’il en ait le moindre souvenir…

 

Aurait-il dormi toute une journée sans s’en rendre compte ? Amnésie passagère ? Contrecoup de la chute ? Le lendemain, le phénomène se reproduit. Une nouvelle journée s’est passée « sans lui »…. Très vite, Lubin réalise qu’il est absent de son propre corps un jour sur deux. Et que c’est un autre « lui-même » qui vit sa vie à sa place pendant ses absences… Un Lubin moins bordélique, moins insouciant, très organisé, qui va petit à petit s’insinuer dans son quotidien, apprivoiser ses proches, prendre possession de son corps. Pour communiquer entre eux, ils mettent en place un système de messages vidéo enregistrés sur ordinateur. Une façon de mieux se connaître, d’appréhender l’autre et de cohabiter avec lui. Mais l’équilibre fragile devient vite bancal quand Lubin se rend compte que ses jours de présence s’amenuisent, laissant toute latitude à « l’intrus » pour s’installer confortablement et durablement dans sa vie…

 

Attention, lecture hautement addictive !!! Je ne me suis pas assez méfiée quand j’ai mis le nez dans cet album. Un peu comme quand j’attaque une tablette de chocolat en me promettant de n’en prendre qu’un carré ou deux, vous voyez le genre… J’étais assez sûre de mon coup en fait, le graphisme froid et sans grand relief me tenait un peu à distance et malgré les critiques élogieuses qui m’avaient incitée à m’y intéresser, je dois avouer que je ne m’attendais pas à un tel coup de cœur. Résultat, j’ai boulotté l’album d’une traite, complètement obsédée par cette histoire et la façon diablement habile de l’auteur de mener sa barque.

 

On s’en pose des questions tout au long de ce gros roman graphique. A chacun de ses retours, Lubin voit sa vie lui filer entre les doigts, inexorablement. A chaque fois, il engrange des souvenirs qui n’appartiennent qu’à lui. A chaque fois, il se rapproche de ses essentiels, ses piliers, ceux qui le maintiennent droit. Ils l’attendent, profitent de l’instant présent, le rassurent, toujours, mais pour combien de temps encore…? Alors que Lubin perd prise sur sa vie, son alter-ego étend son emprise… Et le lecteur est comme lui. Perdu, déboussolé, sans repères et tellement surpris de la tournure inattendue des évènements. En filigrane, l’auteur s’interroge sur ces choix qui nous façonnent, ces facettes de nous-même qui cohabitent parfois difficilement, cette part d’enfance qui demeure dans l’adulte que l’on devient…

 

Franchement, précipitez-vous ! C’est brillant, émotionnellement très fort et d’une grande intelligence. On en ressort groggy et profondément admiratif. A lire, à relire et à offrir à tour de bras…! Assurément un de mes gros coups de cœur de l’année !

 

L’info en plus : l’album fait partie des 20 titres sélectionnés par les libraires Fnac pour leur prix BD, les votes sont ouverts jusqu’au 10 décembre, foncez 😉

 

Les avis de Faelys, Mo’

 

Le blog de l’auteur

 

Editions Glénat (Septembre 2017)

Collection 1000 feuilles

192 p.

 

Prix : 22,50 €

ISBN : 978-2-344-01332-8

 

BD de la semaine saumon

… chez Moka

3 commentaires sur “Ces jours qui disparaissent – Timothé Le Boucher

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *