Desolation Road – Jérôme Noirez

DesolationRoad.jpgAttention, coup de coeur ! Ne vous y trompez pas, malgré cette couverture sombre, magnifique, malgré ce titre quelque peu énigmatique, nous avons bien affaire à de la littérature jeunesse, et de la très bonne ! Voilà typiquement le genre de pépite que j’aime à découvrir, le genre de roman que je lis en ayant une pensée pour les ados chanceux à qui je vais pouvoir le proposer. Oui, les ados qui le liront auront bien de la chance, Desolation Road est un roman de qualité, exigeant, puissant, intelligent. Un roman qui nous plonge dans l’atmosphère tendue de l’Amérique des années 30 sur les traces d’un couple d’enfants en cavale…

 

« L’amour vous condamne. Voilà ce que je crois.

Il vous condamne à l’immensité et à l’errance.

Les déserts sont pleins d’amour. C’est comme ça. »

 

Quand Gayle Hudson pénètre pour la première fois dans le quartier des femmes de la prison d’Etat de San Quentin pour y rencontrer June Madero, il est d’abord frappé par sa jeunesse. A 17 ans, June est encore une enfant, pourtant, dans moins d’un mois, elle sera pendue pour ses crimes.

Gayle pense tenir là un fabuleux sujet d’article pour le journal à scandales pour lequel il travaille, une histoire d’enfants-amants maudits tombés dans la spirale du crime par amour, la belle aubaine… Carnet et stylo en main, Gayle écoute le récit de June, captivé. Et le lecteur l’est aussi.

Comment ne pas l’être d’ailleurs ? La grande Dépression fait rage, la misère est partout, sur les routes s’en vont des milliers d’hommes et de femmes ruinés, démunis, sans autre but que de passer la nuit et de trouver de quoi survivre. Sans avenir. June et David sont encore des enfants, mais ils s’aiment. C’est d’abord un « accident » qui les pousse à s’enfuir à travers la Californie à bord d’une Ford A, quoiqu’il arrive, ils resteront ensemble, malgré les obstacles qui se mettront sur leur route. Petits vols, braquages de stations service pour survivre… Mais la fuite se transforme très vite en cavale sanglante…

 

Quelle atmosphère ! D’emblée, le lecteur est plongé au coeur de cette Amérique exsangue, à bout de souffle, une Amérique où ne peuvent survivre que les plus débrouillards ou les plus chanceux. Et survivre impose des choix souvent douloureux, souvent amoraux sur lesquels il est bien difficile de revenir. Impossible pour June et David de faire machine arrière, l’issue est inéluctable, fatale. On ne les excuse pas, on cherche pourtant à les comprendre car malgré tout on ne peut s’empêcher de s’attacher à eux. Le choix du crime pour se sentir enfin libres, ça peut surprendre… Le choix fascine néanmoins.

Un roman noir, haletant, qui prend aux tripes. Une construction à deux voix qui dévoile petit à petit le récit de la cavale, du rythme, une tension qui va croissant… Un vrai bon moment de lecture, à lire et à faire lire autour de soi.

 

Un grand merci à Newsbook pour la découverte ! Un éditeur et une collection à suivre de près…

Les avis de Faelys, Ys, Mathilde, Fantasia, Daniel Fattore

 

Premières phrases : « Gayle Hudson était du genre chétif. Quand il était gosse, à l’école, on le surnommait Twisted Nail, « clou tordu », parce qu’il avait tendance à se tenir voûté, une mauvaise habitude qu’il n’avait pas perdue, du reste. Il était né avec le siècle, et, en 1917, quand l’Oncle Sam avait pointé son doigt autoritaire vers lui, il avait voulu s’engager volontairement. L’Amérique avait besoin de lui. Il y croyait alors. »

 

Au hasard des pages : « On aurait pu faire autrement, aller chaque soir chez Sally, mendier, faire les poubelles dans les impasses, survivre dans l’ombre. J’aurais pu, comme me l’avait suggéré la femme noire, me vendre aux coins des rues pour un ou deux dollars. Mais on ne m’a pas élevée de la sorte, je ne suis pas une traînée, moi. Quelque part, le crime nous attirait. C’était peut-être le seul moyen de nous sentir libres et de nous aimer ainsi que nous l’avions décidé, sans que personne ne s’en mêle. Au fur et à mesure que la route s’allongeait devant nous, ça devenait une évidence. » (p. 87)

 

Éditions Gulf Stream (Août 2011)

Collection Courants Noirs

198 p.

 

Rentrée littéraire 20116/7

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-desolation-road-jerome-noirez-88063502.html

14 commentaires sur “Desolation Road – Jérôme Noirez

    • Disons que pour une fois on n’a pas affaire à de la littérature gnan gnan… Un vrai bon roman à mettre entre toutes les mains !

    • C’est aussi pour ça que j’ai voulu le lire, le thème et la période m’attiraient beaucoup ! Je pense que tu ne seras pas déçue !

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