Doigts d’honneur – Ferenc / Bast

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« La révolution égyptienne, c’est donc l’histoire d’un peuple en quête de liberté qui s’efforce d’arrêter de tourner en rond… Mais une histoire peut en cacher une autre… »

 

2013. Égypte. Le Caire. La place Tahrir. Des manifestations. Contre le président en place depuis 1 an : Mohamed Morsi.

« Un vent de liberté souffle en Égypte ».

 

Un personnage féminin. Layla. Jeune fille « sans histoires ». Elle termine ses études d’agronomie. Grâce à son ami d’enfance, Asim, elle découvre les mobilisations. Des revendications. « Pour que le peuple ait [enfin] son mot à dire ».

 

 

Un souffle. Un espoir. L’idée d’un avenir meilleur. La liberté peut-être. Déjà la solidarité sur cette place Tahrir, symbole de la révolution égyptienne.

Et ce désir, cette aspiration pour une autre vie concerne aussi les femmes. « Car derrière la révolution politique… une seconde révolution tente de se frayer un chemin… Un chemin plus discret, loin des projecteurs… » Les femmes, à l’instar de Layla ou de Nawal veulent croire qu’un changement est possible. Pour elles. Car  à chaque fois qu’on évoque « la femme c’est pour parler de son rôle familial, du foyer. On est des faire-valoir… ». Les femmes aspirent à autre chose, rêvent d’une autre vie, faite de liberté, de justice, d’égalité. Le temps du changement, pensaient elles, était aussi venu pour elles… 

Mais la place Tahrir est le lieu d’une forme de harcèlement sexuel terrible. Et Layla sera une victime parmi tant d’autres.

 

Autant dire que cette BD traite d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur : le harcèlement et les violences faites aux femmes.

 

Plusieurs récits sont  enchâssés : celui de Layla, celui des auteurs, celui des femmes et des hommes égyptiens… Et les faits relatant une réalité politique, sociale de ce pays méditerranéen, sur cet état-vitrine, sur la révolution égyptienne et sur une autre réalité, sordide, des violences faites aux femmes. Comment ? Pourquoi ? Quels  liens entre cette révolution et ces violences ? Pourquoi ces nombreux viols collectifs survenus sur la place Tahrir ?

 

Les auteurs proposent des pistes de réflexion, des débuts de réponse : « Dans une société qui offre peu d’horizons, l’un des rares privilèges de l’homme égyptien est d’occuper l’espace public. Si la femme vient le concurrencer sur ce terrain… Que lui reste-t-il ? Alors, il l’humilie. Alors, il la frappe… » Pire encore … « Des preuves de harcèlements commis sur des femmes sont régulièrement présentées aux autorités, mais personne n’est jamais puni. » Et il faudra que des viols soient commis sur des journalistes occidentales pour que les médias internationaux se saisissent de l’affaire …. Et pour que l’on prenne conscience d’une douloureuse réalité et de l’ampleur de ce drame….

 

Bast au dessin et Férenc au scénario. Avec sobriété, ils proposent un récit implacable, une « BD-docu-fiction », sur un sujet grave, terrible, réel, le harcèlement sexuel des femmes. Une enquête mise en mots et en dessin, pour comprendre et pour dénoncer…

Cette BD, militante et engagée, est indispensable, pour nous, pour tous, pour toutes les femmes victimes de violences, d’ici ou d’ailleurs….

 

 

Les premières planches de cette merveille de BD :

 

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Le Blog de cette merveille de BD c’est Ici !

Et le site de la maison d’édition « La Boîte à Bulles » c’est par !

Et pour aller plus loin, le site Amnesty International, vous pourrez y trouver « des informations complémentaires sur la question des droits des femmes en Égypte. »

 

Lecture avec ma copine Mochéwie et pour découvrir son billet (et son délicieux Bar à BD) c’est

 

 

Et pour lire l’interview de Bast, c’est par là :

Et c’est pas rien  ! Une toute première pour moi (interview sur un blog toussa, cette émotion ! Qui plus est sur un sujet qui me parle tant…) Et je le remercie infiniment de s’être prêté au jeu, d’avoir pris le temps, de sa disponibilité, de sa gentillesse et de ses mots qui, je suis sûre, vont vous toucher autant que moi…

 

Pourquoi avoir fait une BD sur un tel sujet ?

Je n’ai pas vraiment d’explication sur le choix du sujet de Doigts d’honneur. Lorsque ma maison d’édition m’a proposé de travailler sur un nouveau concept de BD reportage avec Amnesty international, je n’ai pas hésité une seconde. Je venais de finir mon précédent album En chienneté et j’étais dans un « élan social ». En ayant accès à tous les dossiers d’Amnesty pour choisir le sujet, je suis tombé sur le cas d’Azza Suleiman, une égyptienne qui s’était faite tabasser par la police égyptienne. La gratuité de cette violence m’a choqué et il fallait que je m’empare de cette histoire pour la transmettre à mon tour aux autres par le dessin. En étudiant le dossier Azza, je me suis rendu compte que le sujet était vaste et mettait en lumière beaucoup de dérives de la société égyptienne. J’ai fait appel à un scénariste pour m’aider à traiter ce sujet difficile…

 

Pourquoi le choix d’une histoire de femme/de combat de femmes ?

En creusant, nous avons découvert une seconde lecture de l’actualité égyptienne, totalement méconnue des médias. Le harcèlement sexuel des femmes en Égypte, ce sont de très nombreux phénomènes qui s’entremêlent (Viols sur Tahrir, Agressions verbales dans la rue, Excision, Tests de virginité, attouchements dans les transports, sans oublier, donc les martyrs comme celui d’Azza) avec en commun un sentiment d’impunité quasi-total des coupables, du fait du peu de prises de position des pouvoirs et du manque de plaintes déposées (pression familiale et freins de la police). Avec Ferenc, nous sommes sensibles au principe d’égalité Homme/Femme. Nous soutenons les combats des femmes quelles qu’elles soient, nous n’acceptons pas le fait qu’un être en domine un autre…

 

Pourquoi cet angle d’approche (docu-fiction, si on peut le définir ainsi ?) ?

Le principe du docu-fiction nous semblait le plus approprié pour parler de ce sujet. Il y avait beaucoup de données techniques à transmettre, des faits concrets, des chiffres, une réalité tellement crue qu’il aurait été dommage d’inventer une histoire de toute pièce. Notre stupéfaction de départ provient justement d’une vidéo amateur qui nous percute, nous gifle, nous sonne. Cette réalité là devait être conservée à tout pris. Et pour faire lien, nous avons concédé une trame de fiction et un personnage imaginaire qui cristallise toutes les femmes du pays. Nous avons essayé de revêtir le costume de journalistes avec ses codes et son éthique…

 

J’ai lu : « Avec Doigts d’honneur, il confirme sa volonté de s’engager dans des récits plus militants, qui abordent notamment la question de la dignité humaine. » Est-ce que vous vous définissez comme un auteur engagé ?

Je ne sais pas trop ce que veux dire « engagé » en fait. S’il s’agit de défendre des causes, éclairer et dénoncer des situations absurdes, intolérables, inhumaines, alors, oui, j’en suis un ! Mais je trouve ça paradoxal de devoir rajouter le terme « engagé » au mot auteur alors qu’on devrait tous l’être de facto. Je m’émeus facilement de situations inacceptables et j’aime à penser que tout le monde en fait de même…

 

Qu’est-ce que pour vous l’engagement et le militantisme ?

Je ne suis spécialiste de rien en définitive. Je n’ai pas de connaissances particulières en géopolitique, en économie, en ethnologie ou en psychologie. Je m’informe du monde qui m’entoure, le décrypte, l’analyse et le traduit à ma manière… avec mes deux outils : ma sensibilité et mon dessin ! Avec En Chienneté, je me suis rendu compte que le dessin était un langage puissant. J’ai appris à le manipuler, le sculpter, le rendre audible pour le mettre au service de discours louables et honorables. Si je peux éclairer avec ma production artistique ne serait-ce qu’une seule personne, alors oui, je me sens légitime ! Et c’est ça le militantisme : aider les autres et les faire grandir…

 

 (en souvenir d’une divine soirée à Angoulême héhé ;-) )

 

Doigts d’honneur – Ferenc / Bast, La Boîte à Bulles, 2015, 16€.

 

9 commentaires sur “Doigts d’honneur – Ferenc / Bast

  1. Intéressant cet album. J’ai apprécié le fait qu’il montrait plusieurs points de vue : celui des hommes, des autorités, des proches et enfin, celui des victimes.
    C’est un bon documentaire. J’appréhendais à tort le côté fictif de la bête :)

  2. Un album poignant que j’ai lu en apnée… Des scènes angoissantes, on peut le dire, mais qu’on ne peut taire et je trouve que les auteurs les ont restituées avec justesse.
    Excellent travail graphique, j’ai adoré la touche colorée qui souligne le vêtement féminin, symbole de toutes les luttes…!
    Grand merci à Bast pour cette interview exclusive ( ;) hé hé pas mal le clin d’œil à cette divine rencontre à Angoulême!), et bien sûr à Mamouette qui a encore une fois parlé à merveille d’un album coup de cœur !!!!
    Bravoooooo :)

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