Facteur pour femmes – Didier Quella-Guyot / Sébastien Morice

facteurAoût 1914. Loin de la fureur du monde, les habitants d’une petite île bretonne écoutent d’une oreille distraite les rumeurs de guerre qui leur parviennent comme étouffées. Et pourtant… Quand l’ordre de mobilisation générale est décrété, tous les hommes valides sont priés de rejoindre le continent au plus vite pour prendre les armes. C’est l’affaire de quelques mois, tout au plus, ils seront vite rentrés. Confiants et pour certains ravis de s’évader de leur quotidien, les hommes réquisitionnés abandonnent leur île aux femmes, aux enfants et aux vieillards. Épouses, mères, sœurs, amantes… toutes espèrent secrètement que leurs hommes seront de retour pour les moissons…

 

Très vite, il faut s’organiser pour remplacer les hommes mobilisés. Resté sur le carreau à cause de son pied-bot, le jeune Maël se verra proposer le rôle clé du postier.

 

Une aubaine. L’occasion de se soustraire au joug de son père qui le traite comme un larbin tout en se rendant utile. L’occasion de se sentir libre et de quadriller l’île à vélo.

Et Maël prend son travail à cœur. Tellement à cœur qu’il s’autorise quelques petits pas de côté pour la « bonne cause »… et dans son propre intérêt. Certaines lettres, jugées trop violentes ou au contraire trop sentimentales, seront mises de côté… D’autres censurées, voire carrément réécrites à sa sauce permettront à Maël d’avancer subtilement ses pions sur l’échiquier. Petit à petit, l’air de rien, le jeune homme pas si farouche et pas si benêt qu’on voudrait le croire se rend indispensable auprès de toutes ces femmes éplorées. Des femmes qu’il apprend à connaître sur le bout des doigts en lisant les missives qui leur sont destinées.  Et chaque jour, ce ne sont plus des nouvelles de leurs soldats qu’elle attendent… mais Maël…

 

Il y a tout ce que j’aime dans Facteur pour femmes. A commencer par une vraie histoire, dans le sens romanesque du terme. Tout s’y prête : le cadre et les paysages, la période historique, le jeu dangereux, sensuel et un peu cruel qui se met en place, les relations qui se tissent entre les différents personnages et ce petit côté sulfureux, amoral et un brin coquin qui confère à cette lecture un haut potentiel addictif… Réjouissant et malin.

 

Et c’est peu dire qu’il souffle dans cette BD un joli vent de liberté. Rien n’y est figé… Les femmes délaissées se décident à ne pas s’oublier et s’accordent du bon temps sans « conséquences ». Maël prend sa revanche et devient l’amant de toutes ses femmes qui préfèrent ignorer qu’elles ne sont pas les seules à tomber dans ses filets savamment posés. Et tout le monde y trouve son compte. Mais chuuttttt…. le lecteur n’est pas au bout de ses surprises…!

 

A découvrir d’urgence, pour l’histoire, oui, qui surprend autant qu’elle ravit… et pour le dessin élégant, aux couleurs chaudes extrêmement réussies, qui s’imprime durablement sur la rétine… Une bien jolie découverte !

 

 

Les avis de Canel, Jérôme, Krol, le Petit Carré jaune, Maël, Miss Alfie, Sabine, Sylire

 

 

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Éditions Bamboo (Septembre 2015)

Collection Grand Angle

110 p.

 

Prix : 18,90 €

ISBN : 978-2-8189-3413-5

 

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

 

27 commentaires sur “Facteur pour femmes – Didier Quella-Guyot / Sébastien Morice

  1. Repéré déjà, chez Sabine (dans son petit carré jaune) et Jérôme. Feuilleté, je trouvais l’ambiance graphique un peu trop douce mais le propose semble avoir les arguments pour faire oublier cela. Il faut que je retente.

  2. C’est marrant, tu es la première à me donner envie de le lire. Faut croire que tu le présentes bien cet album… ^^
    Allez, zou, je le prendrai quand je le croiserai en bibliothèque. Voir même, je sais où le trouver pour le chroniquer. Faudra que je me fasse ça vendredi tiens…

  3. C’est marrant, je viens justement de lire une BD du même duo d’auteur/illustrateur. C’est « Boitelle ou le café des colonies » (d’après une nouvelle de Maupassant) qui est aussi historique. Comme j’ai beaucoup aimé, je note ce titre que tu me fais découvrir ! Merci !

  4. Cette histoire de réécriture de lettres me rappelle le film « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain » dans lequel l’héroïne créait des missives pour offrir du bonheur à la concierge de son immeuble. Au plaisir de te relire…

  5. J’ai découvert ce titre il y a peu et j’ai vraiment beaucoup aimé : l’histoire (et l’Histoire) mais également les dessins et la mise en couleur. Un très bel album.

  6. Super billet, Noukette!
    J’ai adoré aussi cet album qui m’a fait voyager là où s’arrête la Terre!
    Je l’ai littéralement dévoré, et arrivée à la dernière page, j’ai réenchaîné directement pour pouvoir réapprécier le jeu des personnages…
    Vraiment très beau.
    Du coup je m’inspire d’un commentaire précédent et vais lire Boitelle ou le Café des Colonies !

    • Très belle découverte ! On ne s’attend pas à ça en regardant la couverture au départ, la surprise n’en est que meilleure ! Comme toi, je vais m’empresser de lire Boitelle ou le café des colonies !

  7. J’ai fondu en lisant cette BD, le dessin est beau et l’histoire est surprenante. Jolie chronique ! As-tu lu Boitelle et Le café des Colonies des mêmes auteurs ?

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