Je mourrai pas gibier – Guillaume Guéraud

Je-mourrai-pas-gibier.jpg

 

Je vous l’accorde, cette lecture ne fait pas trop « esprit de Noël »… Ici, point de bons sentiments, d’amour dégoulinant, de gentils lutins et de vieillard à la barbe blanche souriant. Je dois avoir l’esprit de contradiction.

 

Mais au Salon de Montreuil (ce fameux Salon pour lequel je n’ai même pas eu le courage de rédiger un billet alors que j’y ai traîné mes guêtres deux jours d’affilée…), j’ai vu Guillaume Guéraud, je voulais le rencontrer ce monsieur qui écrit pour la jeunesse des romans bien noirs, durs, sans concessions… Des romans violents, souvent décriés. Moi j’adore.

 

Je mourrai pas gibier est un classique de l’auteur, premier titre paru dans l’excellente collection doAdo Noir des éditions du Rouergue, une collection qui ne prend pas les ados pour des bisounours et on l’en remercie. J’avais lu ce titre à sa sortie en 2006, j’avais pris une méchante claque. Il avait logiquement obtenu le Prix Sorcières en 2007.

Dernièrement, j’ai lu et adoré l’adaptation BD qu’en a fait Alfred, re-claque, visuelle cette fois ci, le choc n’en est peut-être que plus violent.

Du coup, j’ai eu envie de relire le roman, dédicacé par l’auteur en plus…

 

À Mortagne, Martial s’ennuie ferme. Ici, pas d’avenir, si ce n’est travailler à la scierie comme son père ou son frère ou bosser dans les vignes du Château Clément. Martial lui a choisi d’étudier la mécanique, le plus loin possible de ce petit monde étriqué, du coup, il ne rentre dans son village que le week-end, après avoir passé la semaine en internat, et c’est très bien comme ça…

À Mortagne, on ne vit que pour la chasse, quand on ne se tape pas dessus dans des guéguerres entre « clans ». À Mortagne, on règle ses comptes à coups de poings et on tabasse les plus faibles pour passer ses nerfs, pour passer le temps, un peu par habitude… Les plus faibles comme Terence le « pleu-pleu » à  la tronche de traviole, l’idiot du village qui ne sait dire que « pauvre vache » et qui passe son temps à sourire béatement. Terence qui est devenu sans que Martial sans rende compte son seul « ami ». Terence victime de la haine, de la violence et de la bêtise humaine. Et ça, Martial ne peut pas le supporter…

 

À la relecture, c’est toujours un choc. Encore plus quand sur les mots de Guillaume Guéraud viennent se superposer les images d’Alfred que j’ai encore en mémoire. Ce roman est violent, noir, pessimiste et admirablement construit. On commence par la tuerie, un long flash-back revient ensuite sur les « raisons » de cet accès de violence. Percutant. Réellement un indispensable de Guillaume Guéraud.

 

Les avis de Hannibal, Sylvie, Cathe, Melmélie, Enna, Midola, Alain, Clarabel…

 

Premières phrases : « Des raisons, on peut toujours en trouver. Des bonnes ou des mauvaises. En pagaille. Mais c’est pas mon boulot. Il y a des spécialistes pour ça. Ils vont sûrement me poser un milliard de questions sur les coups que j’ai pu prendre quand j’étais môme et sur les trucs que je voyais à la télé et sur la fois où j’ai rayé la voiture de ma prof de maths ou encore sur mes poissons que j’ai laissé crever de faim pendant les dernières vacances. Après ça, ils me montreront des taches qui ressemblent à rien et ils attendront que je leur dise à quoi ça ressemble. Je vois pas ce que je pourrai leur raconter. »

 

Au hasard des pages : « Je suis resté avec Terence tout ce week-end. À le panser. À le faire manger. À le soutenir de son lit à ses toilettes. Et à réfléchir. À propos des mauvais coups qu’il avait reçus. À propos de Frédo et de son séjour en taule. À propos de mon frère et de son mariage et de la scierie. À propos de ce patelin et de son pharmacien. À propos de mon orientation vers la mécanique. Et des trucs à n’en plus finir. Le bois. La vigne. Le vin. La sciure. La piscine du château Clément. Les poumons de mon père. La Mercedes de M. Listrac. Les jantes chromées. L’intérieur cuir. Les soupapes. L’huile de vidange. La misère. Enfin, je réfléchissais pas, mais je tournais et retournais tout ça. Je ne faisais que ruminer.

« On n’a pas les moyens de réfléchir ! » disait Mongin.

« On a bien un cerveau… » je lui avais répliqué.

« Oui… Mais rien à mettre dedans ! avait ricané Mongin. Surtout à Mortagne… A part du raisin, des planches, de la sueur et du plomb ! » (p.40-41)

 

Éditions du Rouergue (Janvier 2006)

Collection doAdo Noir

75 p.

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-je-mourrai-pas-gibier-guillaume-gueraud-93301982.html

9 commentaires sur “Je mourrai pas gibier – Guillaume Guéraud

    • C’est un très bon petit roman ! A lire, effectivement ! Je dois le prêter à Stéphie à la rentrée mais si tu veux je peux te l’envoyer après…?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *