La décision – Isabelle Pandazopoulos

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« Rien ne reste aujourd’hui

de l’innocence qu’on arborait ce matin-là.

Comme si nous avions brusquement

arraché nos masques d’enfants sages,

ce n’était plus un jeu,

la vie en vrai nous a sauté au visage,

on est devenus grands,

capables de faire des choix,

des bons et des mauvais,

d’être courageux, lâches,

lucides ou hypocrites,

insolents ou soumis,

des hommes honnêtes ou des monstres.

Ou tout ça à la fois. »

 

 

 

Il m’est arrivé avec ce roman ce qui m’arrive finalement assez rarement…

Je l’ai commencé à une heure assez tardive, histoire d’en lire un chapitre ou deux avant de dormir, histoire de voir comment ce thème on ne peut plus délicat allait être traité par l’auteure… Et j’ai tourné les pages, encore et encore, captivée, fascinée, terrifiée… Je n’ai pas pu le reposer, je l’ai lu d’une traite, la boule au ventre. Et j’ai fini en pleurs…

Je me suis beaucoup interrogée pendant cette lecture. Comment parler de ce roman à mes élèves ? Comment ces adolescentes allaient-elles recevoir ce livre coup de poing ? J’ai lu ce roman en pensant à elles mais j’ai aussi pensé à moi, à mon rôle de mère. Bien sûr, ce roman aborde le thème du déni de grossesse, mais pas seulement… Il nous parle de la maternité, voulue ou non, de notre capacité à devenir mère, presque instinctivement, ou à le refuser en bloc. Il nous parle du bouleversement qu’est la maternité, de choix et c’est un beau livre, vraiment…

 

Louise est en cours de mathématiques quand elle demande à se rendre aux toilettes. Quelques minutes plus tard, elle donne naissance à un petit garçon, seule. Un petit garçon dont elle ignorait l’existence, qu’elle n’a pas voulu, qu’elle n’a pas « porté », qu’elle n’a jamais senti… Un petit garçon invisible à ses yeux et à ceux de ses proches totalement abasourdis par la nouvelle. La nouvelle fait l’effet d’une bombe. Louise, la bonne élève, la musicienne, la fille et l’amie parfaite, comment est-ce possible ? En état de choc, Louise ne comprend pas, cet enfant ne peut pas être le sien, elle n’a jamais eu de relations sexuelles…

Autour de Louise, on tente par tous les moyens de la faire réagir, de la faire parler, de lui faire accepter l’inconcevable. Qu’elle le veuille ou non, Noé est là, obstiné, il vit et il a besoin d’elle. Et elle va devoir prendre une décision…

 

Brutal. C’est le mot qui me vient pour qualifier ce roman. Un roman qui bouscule, qui interroge, qui met mal à l’aise. Un roman rare et puissant, intense, bouleversant et terriblement bien écrit.

Louise m’a captivée… Pourquoi ce silence insensé ? Pourquoi persister à nier l’évidence ? Difficilement concevable cette grossesse invisible et pourtant… Louise, plus une enfant, pas tout à fait une adulte donne la vie et détruit la sienne. Non, cet enfant n’existe pas. Il ne peut pas exister. Et puis Louise voit l’enfant, son enfant. Dur…

J’ai aimé ne pas rencontrer Louise tout de suite, ne pas entendre sa voix en premier. Ce sont les autres, médecin, psychologue, parents, amis qui nous parlent d’abord d’elle. Comme eux, le lecteur tente de comprendre… Et puis Louise parle. Tâtonne. Refuse. Culpabilise. Fait un pas en avant. Recule… Que de doutes, que de questions… Et quel amour donner à cet enfant…?

 

Une lecture marquante et inoubliable qui m’a laissée sans voix…

 

Les avis de Hérisson, Mathilde, Ori, La Soupe de l’espace, Fantasia, Gaëlle, Evy, Hécléa, Faelys

 

Premières phrases : « Ce soir-là sans savoir j’ai su. J’étais au concert à la salle Pleyel. J’ai su à travers la musique, à cause ou avec elle. C’était la 9e de Mahler dirigée par Claudio Abbado. je me suis mise à attendre, à attendre si fort que les larmes ont coulé. Une émotion brute, douloureuse et si lourde, ça monte crescendo, pas à pas, et puis ça se déchire dans un chaos sonore, pas tout de suite, pas encore, ça menace, ça tourmente et puis ça disparaît, la mélodie revient, comme un souvenir, légère, insouciante, et pourtant nostalgique, déjà perdue, elle s’enfuit, s’estompe, et la violence reprend, explosive… Ballottée, submergée, je me rends, il n’y a rien à comprendre, et soudain ce silence, l’intuition du vertige, quelque chose qui s’incarne, la sensation d’un massacre, si ce n’était la douceur de la flûte… »

 

Au hasard des pages : « Le fait est que je n’entends rien de ce qu’il me raconte. Quand il est avec moi, il me semble qu’il se tait. Tous les deux, nous savons les raisons de notre silence. C’est ce qu’on a en commun, notre manière à nous depuis le début de ne pas être ensemble. Je crois qu’il le sait, j’en suis sûre… » (p. 140)

 

Éditions Gallimard jeunesse (Janvier 2013)

Collection Scripto

245 p.

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16 commentaires sur “La décision – Isabelle Pandazopoulos

  1. Deuxième avis que je lis en une semaine, et toujours ces émotions qui ressortent. Je l’ai sur ma table de chevet, il FAUT ABSOLUMENT que je le lise et ton billet y est pour beaucoup (j’en avais les larmes aux yeux et la gorge nouée à sa lecture) !!!

    • C’est curieux, je me rappelle bien de ton billet mais je ne l’ai pas retrouvé dans mon GR… Je rajoute ton lien de ce pas !

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