Le faire ou mourir – Claire-Lise Marguier

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Il était écrit que je ne pouvais pas passer à côté de ce roman. En cherchant un peu, je me suis rendue compte que j’avais laissé un petit mot sur quasi tous les billets de blogs des copinautes qui en ont parlé. Une claque pour les uns, un roman coup de poing pour les autres… tout ce que je recherche en somme dans la littérature jeunesse, celle qui ne fait pas semblant, ne prend pas les ados pour des bisounours attardés, celle qui parle vrai, quitte à ruer dans les brancards et à déranger les bien-pensants.

 

Le faire ou mourir, premier roman au titre aussi énigmatique que racoleur semblait fait de ce bois là. Et puis Cess a enfoncé le clou, Radicale, elle, a trouvé que la meilleure façon de me faire enfin lire ce roman était encore de me l’envoyer… La blogosphère est remplie de bonnes fées bien intentionnées…

 

 

Une petite centaine de pages. Pas plus. Une écriture dense et tendue, pas un mot de trop, juste ceux de Damien, ado sensible en quête d’identité et de reconnaissance. Un entourage toxique, parents compris et même en première ligne, des bourreaux à tous les coins de rues, pas facile de se faire un trou tout en passant inaperçu. Si Damien ne fait pas de vagues, il reste la cible privilégiée de gros bras forts en gueule et aux coups faciles.

Arrive Samy. Bien dans sa peau, à l’aise dans ses baskets, bien entouré. Samy et ses amis vêtus de noir, look affirmé, yeux charbonneux. Samy, contre toute attente, sera sa bouée de sauvetage. Celui qui le fera rentrer dans le « clan », celui qui lui tendra la main sans juger, celui qui l’aimera pour ce qu’il est. Alors que Damien lui même ne sait pas qui il est…

Amour, amitié ? Qu’importe. Damien tombe « amoureux » de Samy. Samy qui est finalement le seul à se préoccuper de lui, le seul à lui faire oublier, même temporairement, ce volcan qui sommeille en lui, celui qu’il doit parfois faire jaillir pour être enfin en paix…

 

 

Le faire ou mourir est incontestablement un titre fort. On ne peut le lire qu’en apnée, porté par les mots / les maux de cet ado à qui on aimerait nous aussi tendre la main. Quand j’ai commencé ce roman, je me suis dit que tout ça ne pouvait que mal finir. Plus je tournais les pages, et plus je me disais que la bombe allait m’exploser au visage sans prévenir. Pas le plus petit rayon de soleil à l’horizon. Et finalement, à bien y réfléchir, ça aurait été logique… Pas rassurant, certes, mais logique. C’est qu’elle est chargée la « barque » de Damien… Être « différent », se sentir à la marge, subir pour tenter de survivre, se faire mal pour avoir l’impression fugace de respirer enfin… oui, ça fait froid dans le dos. Mais ça fait réagir, du moins on l’espère…

 

Cette fin que « j’attendais », sans l’espérer vraiment, est arrivée… Ou plutôt non. Elle m’a énervée cette fin, je l’ai trouvais trop « trash », presque caricaturale pour le coup, alors que justement elle a été le point de départ du roman pour l’auteure… Et puis bam… une autre fin, qui redonne de l’espoir mais qui non, ne colle pas. Le lecteur a-t-il le choix ? Qu’importe finalement si la porte reste ouverte, le fait est qu’aucune de ces fins ne me convient totalement. Entre le couperet sanglant et le happy end gentillet et complètement improbable, j’aurais préféré un juste milieu. Quelque chose de plus réaliste.

Oui, elle m’a torturé cette fin qui n’en est pas une. Qui pourtant reflète et éclaire à merveille le titre du roman. Je ne peux nier que la construction est intelligente, brillante même. Je trouve tout de même le principe un brin retors… Tout se joue à peu de choses, oui, mais j’aurais voulu qu’on choisisse pour moi…

 

Je ressors de cette lecture assez perplexe vous l’aurez compris. Je m’attendais à une claque, de celle que peuvent procurer un roman de Guillaume Guéraud ou d’Antoine Dole. Force est de constater que (pour moi) ces deux là sont inégalables…

 

 

Une lecture qui a suscité de nombreux échanges passionnants avec mon acolyte Jérôme (c’qu’il est bougon tout de même…! )

 

 

Les avis de Anne, Bladelor, Bouma, Cajou, Cess, Clara, In Cold Blog, Karine, Krol, Midola, Radicale, Sara, Sarah, Stephie et Theoma

 

 

Premières phrases : « Damien Decarolis, c’est comme ça que je m’appelle. C’est le prénom qu’on m’a donné à la naissance, celui inscrit sur les registres et les listes d’appel depuis que j’ai l’âge d’aller à l’école. Mais on m’appelle presque jamais comme ça. On a très vite tranché. Dam. Il reste plus qu’un tout petit bout de moi dans mon nom. Dam DeCaro. C’est drôle, non ? J’ai eu seize ans hier. C’était irrémédiable, à moins que je me sois pendu le matin, c’était la seule chose qui pouvait arriver. S’il fallait résumer ma vie à un seul mot, peut-être que mon nom suffirait pour tout dire. Un garçon avec le nom d’une reine de jeu de cartes.
Il y a le ciel au-dessus de moi, mais je le vois pas. Moi j’ai toujours vu que ce qui est sombre, ce qui est noir et effrayant, les monstres sous le lit, les fantômes dans le placard, la mort à l’angle de la rue. Accidents de la circulation, anévrismes, météorites, foudre, inondations, incendies, explosions des conduites de gaz… Une sorte de loto gratuit auquel on peut pas échapper. Où t’es inscrit pour jouer, que tu le veuilles ou non. Des fois je me dis que je suis le seul à en avoir conscience. Une conscience aiguisée, tranchante comme une lame. Ça m’a gardé loin des autres, longtemps.
Puis on a déménagé, j’ai changé de collège, et à la rentrée suivante il y a eu la rencontre avec Samy et sa bande. Ça a tout changé. Changé le cours de l’histoire. »

 

 

Éditions Rouergue (Septembre 2011)

Collection DoAdo

104 p.

24 commentaires sur “Le faire ou mourir – Claire-Lise Marguier

  1. Et bien malgré ton bémol tu m’as donné sacrément envie de la connaitre cette fin !
    Un joli sujet et un très beau billet. Merci !

    Bonne journée 🙂

  2. Avis mitigé mais qui semble plutôt positif.
    Je note tout de même.
    Pendant les vacances, je me suis acheté d’autres romans de Guillaume Guéraud. Il est fort pour me faire peur et me happer dans une histoire.

  3. Je comprends ce que tu veux dire sur les fins, elles m’ont laissée perplexe aussi… et puis je me suis dit que j’avais tellement aimé l’ensemble que j’arrêtais de me poser des questions !

    • Je pense que j’ai eu le temps d’y réfléchir entre le moment de ma lecture et la rédaction de ce billet, un mois après… Sur le coup, j’ai trouvé le roman très fort. Et puis j’ai relu ces fins, sans parvenir à être totalement satisfaite… Je ne regrette pas cette lecture, quoiqu’il arrive, et je te remercie de l’avoir mise sur mon chemin de lectrice exigeante ! 😉

  4. je n’ai pas eu envie de lire ce roman , malgré les avis positifs.
    Je n’ai parfois pas envie d’affronter la dureté , en ce moment l’actualité me suffit
    Luocine

  5. Eh bien tu me donnes très envie de relire des romans jeunesse! Il y a pas mal d’exemplaires de cette édition à la bibliothèque, je piocherai un titre un de ces 4 😉

    • Il y a de merveilleuses pépites en littérature jeunesse, des romans percutants, des titres forts… Celui ci en fait indéniablement partie, malgré mes bémols…

  6. Comme tu le sais, j’ai adoré ce roman, c’était mon premier 5/5 de l’année. J’ai tout aimé (bon sauf un peu la plume simpliste à mon gout).
    Et pourtant, quand je lis ton billet, je suis d’accord avec chaque mot et chaque analyse : tout est vrai dans ce que tu dis au sujet de la fin, en effet avec du recul je vois que tu as raison, elles sont toutes les deux « too much » et le roman aurait mérité quelque chose de plus « entre deux ». Pourtant quand je l’ai lu j’ai trouvée cette fin parfaite…. vraiment parfaite…
    Bref un très beau billet, très juste, même si je n’ai pas eu le même ressenti que toi 🙂
    Des gros bisous Noukette <3
    Cajou

    • Je n’aurais peut-être pas écrit le même billet « à chaud », va savoir. Mais aucune de ces fins n’est convaincante, elles sont, chacune à leur niveau, excessives… Mais comme je l’ai dit à Radicale, je ne regrette pas cette lecture. Je comprends l’engouement autour de ce titre… même si j’en perçois les limites.
      (Et puis des bisous aussi pour la peine, parce que ton commentaire, il est gentil tout plein ♥)

  7. Il me semble que les fins ne m’avaient pas emballées non plus mais elles ne m’avaient pas empêchée de beaucoup aimer ce roman qui décrit avec justesse les tourments des ados.

  8. Un billet pertinent mais j’ai vraiment aimé. Et moi j’ai pensé que les deux fins extrêmes permettaient de montrer que tout cela tient à peu de choses parfois. Un simple élément peut vraiment tout faire basculer.

    • Je me souvenais très bien de ton billet, de ton enthousiasme sur ce sujet difficile, c’est assez rare ! 😉 Pour une fois, c’est moi qui fait le vilain petit canard ! 😉

  9. Comment ça je suis bougon ? Mais pas du tout ! C’est vrai qu’on a beaucoup échangé sur ce livre, c’est vrai qu’il m’a pas mal agacé et tu sais parfaitement pourquoi 😉
    Bon ton billet aussi il m’agace, il est tellement mieux que le mien (ok, je suis un peu bougon en ce moment mais ça va passer 😉 )

  10. Je l’ai lu il y a quelques jours, et je partage ton avis concernant la fin : too much, presque caricaturale, avec l’impression qu’elle arrivait trop rapidement.

  11. Claque, coup de poing… tout cela pour moi aussi. Certes une fin pas forcément convaincante mais un roman que l’on n’oubliera pas !!! 🙂

  12. Complètement d’accord avec toi sur le manque de réalisme des DEUX fins !! Et ces parents sont à la fois inexistants (ont un problème d’identité aussi peut-être ? ceci expliquant cela) et caricaturaux.

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