Les vilains petits – Catherine Verlaguet

Les vilains petitsMaya, Valentin et Loan ont 8 ans et sont dans la même classe. Inséparables comme on peut l’être à cet âge. Une harmonie parfaite rompue par l’arrivée d’un nouvel élève, Malone dont le bruit court qu’il a été exclu de son ancienne école pour s’être battu…

« Maya : Avant, on était tous les trois et on était tranquilles. Même si on se disputait un peu, on était bien, à trois, tranquilles. 
Loan : On est quatre maintenant. Choisis ton camp. 
Maya : Je ne veux pas qu’il y ait de camps. Je veux qu’on soit à quatre comme on était à trois !
Loan : Pas comme ça que ça marche. Y a les coquelicots et y a les pissenlits. En bouton, ils se ressemblent, mais après…
Maya : J’aime pas les fleurs. J’suis allergique. »
 
Très vite l’équilibre et la belle complicité chancellent. On se taquine, on se titille, on se bouscule. On se dispute, on se jalouse, on se moque, on se fait du mal… Malone, élément perturbateur, change la donne. Très vite, il impose ses règles du jeu.
On le suit, on l’admire ou on s’en méfie mais quoiqu’il arrive, il ne laisse personne indifférent. Maintenant, il faut compter avec lui. Pas sûr que l’amitié d’hier y survive…
 
Oui, les enfants sont cruels. Et leur petit monde est très codifié… Il y a les chefs, ceux qui décident et qu’on suit sans sourciller et il y a ceux qui les admirent. Il y a ceux qui imposent leurs règles et ceux qui s’en accommodent. Il y a ceux qui disent et ceux qui font. Il y a ceux qui manipulent et ceux qui subissent sans broncher. Les bourreaux et les victimes. Et le lendemain, tout peut changer et les rôles s’inverser…
Pas si simple la vie d’une cour de récré non. Les amitiés se font et se défont et les petites trahisons font les gros chagrins. On pique là où ça fait mal et il n’est pas si facile d’en guérir… Pas si graves les blessures d’enfance…?
 
Une éternité que je n’avais pas lu une pièce de théâtre, qui plus est destinée aux plus jeunes. Chapeau, c’est une réussite ! Pas étonnant que Catherine Verlaguet ait reçu, en 2010, le prix « Molière jeune public » pour sa pièce. Son regard sur l’enfance est d’une infinie justesse. Avec seulement quatre personnages, le lecteur arrive à se représenter ce qui se joue réellement dans les cours de récré et la difficulté pour l’enfant d’y trouver sa place. Et que dire des dialogues, de vrais bonbons, criants de vérité et désarmants de naturel, tellement durs aussi parfois…
 
Les enfants vont adorer, ce qui tombe plutôt bien vu que ce titre fait partie de la nouvelle sélection du Prix des jeunes lecteurs de l’Oise à l’initiative de Jérôme-chouchou. Encore une belle sélection, j’avoue que je ne suis pas peu fière d’y avoir modestement participé ! 😉
 
 
Une lecture que je partage logiquement avec Jérôme dans le cadre de nos mardis « pépites jeunesse »…!
 
 
Morceaux choisis :
 

« Malone : T’es trop bizarre comme fille, toi, trop bizarre.

Maya : J’suis pas une fille. J’aime pas les filles. Les filles, ça n’a le droit de rien. Ça rit comme des casseroles, ça sait pas courir au foot, ça se casse fragile, ça crie quand ça tombe et faut les ramasser ; ça sait pas se débrouiller, faut toujours les aider et leur démêler les cheveux ! Les filles, y faut pas les salir, y faut pas les toucher, y faut pas non plus les rigoler parce que tout d’suite, elles pensent qu’on se moque : c’est pas sérieux. J’suis pas une fille, j’suis une comme vous. » (p. 35)

 

 

« Loan : Pourquoi tu fais cette tête ?

Maya : Parce que c’est la mienne.

Loan : Pas vrai. D’habitude, t’as une tête de coquelicot.

Maya : Des fois… c’est comme si j’étais à côté de moi. Je me regarde faire et je me trouve tarte à la crème. j’aime pas comment je ris, alors j’arrête. je souris, mais j’aime pas mes dents, alors je ferme la douche. Souvent, les gens pensent que je fais la tête. Mais c’est pas ça. C’est juste que j’arrive pas à me laisser tranquille. Faut toujours que je me regarde d’à côté de moi. C’est fatiguant. J’aimerais bien pouvoir être à ma place et regarder les autres en face. Quand je dis ça à Valentin, il dit qu’il me comprend. Il dit, lui, que j’ai un problème de consistance ; comme les gâteaux qu’on sort du four avant qu’ils aient fini de cuire.

Loan : Qu’est-ce que ça veut dire ?

Maya : L’a pas l’humour dans la casquette, c’est vrai. Mais Valentin, c’est le seul qui me comprend. L’a un coeur grand comme… Plus grand que moi. Pourquoi vous vous moquez  toujours de lui ?

Loan : Parce que c’est facile. Si toi t’es un coquelicot, tu vois, lui c’est une fleur de pissenlit ! Tu souffles dessus et tout s’envole. c’est juste pour rigoler. » (p. 40)

 

 

« Loan : Mes parents passent leur temps à ne pas avoir le temps. Ils courent le matin, sont en retard toute la journée, le soir sont fatigués, se disputent à volonté. Et puis surtout, ils oublient tout. Font des listes pour penser : le pain, la facture du téléphone, appeler machin, changer les joints… J’aimerais bien être sur leurs listes ! « Mais un fils, ça ne se met pas sur une liste « , a dit ma mère un jour, en me disant aussi : « Pardon, je t’ai oublié à l’école ! Encore pardon ! Oublié de signer ton cahier de correspondance. Pardon ! Oublié de payer la cantine – alors je me fais gronder par la maîtresse. Pardon ! Oublié ton gâteau d’anniversaire et la fête avec les copains ! » Mes parents têtes de linotte, faut que je crie si je veux qu’ils m’entendent exister ! » (p. 50)

 

 

« Valentin : (au public) J’veux pas y aller. J’veux plus y aller. Jamais. Avec leurs yeux qui mordent et leurs rires qui fouettent… Je prends des pêches, j’ai plus la frite ; j’ai de la pluie plein la figure, ça m’inonde le cerveau ; et au fond de mon ventre, je sens comme des cordes, à nœuds. Je les vomis sûr et certain, tous autant qu’ils sont, à se moquer de moi, je les vomis pour toute l’éternité ! Leurs moqueries me font fondre, chacune un peu plus, je me dissous de l’intérieur. Bientôt, je ne serai plus qu’une toute petite flaque dans laquelle vous aussi, vous pourrez patauger. J’imagine qu’il en faut un, de punching-ball, bouc émissaire, un seul sur qui taper, c’est plus facile, on ne peut pas se tromper ! Ca pourrait être toi ! Ou toi ? Toi t’es trop petit, t’es trop frisé, toi t’es trop roux, toi trop coincé, toit t’es trop brun, trop blond, trop noir, trop blanc, trop bleu, trop plat, trop écrasé… » (p. 55-56)

 

 

Éditions Théâtrales Jeunesse (Janvier 2014)

86 p.

8 commentaires sur “Les vilains petits – Catherine Verlaguet

  1. On voudrait tellement les protéger, mais on ne peut pas. La cour de récré est une jungle ! L’apprentissage est dur. Le livre est noté.

  2. Trop bien cette pièce de théâtre ! Pas mécontent de mettre une pépite pareille dans la sélection du prix des jeunes lecteurs, c’est rien de le dire. Et tu y as contribué plus que modestement 😉

    • Très modestement mais avec un immense plaisir… comme tout ce qu’on partage d’ailleurs ! 😉 Tu as fait le bon choix avec cette pièce, ça va cartonner !

  3. Je ne lis quasiment pas de pièce de théâtre mais après une critique pareille, j’ai bien envie que ce livre me tombe entre les mains !

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