Ma fugue chez moi – Coline Pierré

fugue

« Peu importe où on se trouve, ce qui rend la vie palpitante, c’est ce qui se passe dans notre tête. Tout peut devenir une aventure, même l’immobilité et la solitude. »

 

14 décembre. Anouk, 14 ans, sort un grand sac à dos du fond de son armoire. Méthodique, elle dresse la liste de tout ce qu’elle doit emporter et s’empresse de les glisser à l’intérieur. Quelques vêtements, le nécessaire de base pour faire sa toilette, une trousse de secours, un couteau suisse, son précieux carnet à dessins et quelques crayons, de l’eau, de la nourriture, un peu d’argent et deux romans, Robinson Crusoé et L’attrape-coeur

Anouk a tout prévu, elle partira avant le retour de son père. Sur la table de la cuisine, quelques mots griffonnés et son portable, éteint.

 

« Je ne sais pas vraiment où je vais. Je ne rejoins personne. Je n’ai pas envie de voyager, je ne me vois pas traîner dans la rue ou vivre dans un squat. Me droguer ne m’attire pas non plus. Je ne me sens ni punk, ni aventurière, ni hippie. C’est juste que j’en ai assez de cette vie. J’en veux une autre. »

 

Une autre vie oui. Une vie avec une mère qui ne passerait pas la moitié de l’année à l’autre bout de la planète à étudier le climat sur une île paumée de Norvège. Une vie où son père aurait enfin trouvé le décodeur pour comprendre un tant soit peu les états d’âme de son adolescente de fille. Une vie où le collège ne serait pas synonyme de boule au ventre. Une vie où on comprendrait qu’elle n’est pas indestructible. Une vie où sa famille éclatée serait enfin réunie pour Noël… Une vie avec des racines profondément enfoncées dans le sol, pour lui permettre de pousser droit…

 

Pas question de continuer de vivre dans ce monde-là. Il ne lui convient pas. Pour autant, Anouk a la tête sur les épaules et n’est pas prête non plus à prendre des risques inutiles. Quelques heures après avoir quitté la maison, elle rebrousse chemin. Sa fugue, elle la fera chez elle… Une solution qui a ses avantages… et ses inconvénients.

 

« Assister à ma propre disparition est dérangeant et désagréable. »

 

Réfugiée dans un placard du grenier, Anouk organise sa « survie » en véritable « agent secret du quotidien », profitant de la maison vide pour se ravitailler et fuir l’ennui. Le reste du temps, elle est aux premières loges et devient le témoin impuissant de l’angoisse de son père et de sa sœur… Coupable de ce qu’elle se voit infliger à sa famille, Anouk a du mal à accepter que sa décision puisse faire faire souffrir ses proches, même si elle, pour la première fois, se sent enfin exister…

 

Très jolie variation sur l’adolescence, Ma fugue chez moi dresse le portrait tout en nuances d’une jeune fille en pleine révolution intime. Pour se construire et se retrouver, pour se confronter à ses contradictions, ses désirs et ses peurs, Anouk se réfugie en elle-même sans s’éloigner pour autant de ceux qui lui servent de béquilles, même bancales… Elle va grandir, se découvrir, y compris dans le regard de ceux qui la connaissent finalement mieux que ce qu’elle pensait. Une fugue qui lui permettra paradoxalement de se rapprocher de sa famille dont elle comprendra les propres fuites…

 

Label « pépite jeunesse » sacrément mérité pour ce roman attachant en diable que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

« L’humanité tout entière passe son temps à s’enfuir.

Je crois que c’est le cours normal des choses. »

 

Lire aussi… La folle rencontre de Flora et Max

 

Le blog de Coline Pierré

 

Les avis de Cathulu, Clarabel, Laure, Pépita, Petite Noisette, Sabine

 

Éditions du Rouergue (Mars 2016)

Collection DoAdo

115 p.

 

Prix : 10,20 €

ISBN : 978-2-8126-1052-3

 

pepites_jeunesse

11 commentaires sur “Ma fugue chez moi – Coline Pierré

  1. ahahaha g commencé par le billet de Jérôme, et me demandais bien ou elle s’était cachée la demoiselle fugueuse !
    je note, aime drôlement vos pépites jeunesse moa 🙂

  2. Tu en dis un peu plus que Jérôme. Le grenier ! Je trouve l’histoire alors, plus intéressante. Ma biblio ne l’a pas, pas encore.

  3. C’est vrai que je n’ai pas parlé du grenier moi, je ménage le suspens 😉
    Blague à part, un roman intelligent qui soulève des questions dans lesquels nombre d’ados pourront se retrouver.

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