Meurtris – Siobhán Parkinson

meurtris

« Vous devez penser que je haïssais M’man. Non, même pas. La haine, ça demande de l’énergie, et je consacrais toute la mienne à tenir le coup, pour Julie. Mais ce n’est pas ça la vraie raison.

Si je ne la hais pas, c’est parce que c’est ma mère. »

 

Jonathan n’avais rien prémédité. Jusqu’à ce jour. La goutte qui a fait déborder le vase. Le faux pas qui laisse des traces. Et la certitude qu’ils n’étaient plus en sécurité ici, avec elle. Leur mère… Pas parfaite, non. Jamais vraiment là, toujours à tirer le diable par la queue pour essayer de joindre les deux bouts mais capable d’oublier de se lever le jour du versement des allocations chômage.

 

Jonathan a l’habitude. De tout porter à bout de bras, de gérer les sautes d’humeur et les états d’âme de sa mère, des relents de Xérès dès le petit déjeuner, des repas qui n’en sont pas… Chacun sa croix il paraît. Jonathan en a pris son parti depuis le départ de son père pour fonder une autre famille, ailleurs, loin d’eux. Et depuis la mort de Gramma, le joli et le douillet semblent aussi s’être fait la malle…

Mais il y a Julie. Elle n’a rien demandé Julie. Elle encaisse sans comprendre. Et qu’il y a-t-il à comprendre d’ailleurs…?

 

« Julie est une petite fille qui a perdu sa grand-mère et qui n’a pour ainsi dire pas de parents. Et si vous trouvez que c’est moche pour moi – j’ai quatorze ans, je dois pouvoir surmonter ça d’une manière ou d’une autre -, c’est bien pire pour une fillette de huit ans qui a l’imagination débordante, la comprenette parfois difficile et un énorme gouffre béant là où il devrait y avoir de l’amour. »

 

Et puis cette idée un peu folle. Partir. Loin. Mettre quelques vêtements dans un sac à dos et décamper. Faire l’école buissonnière, quitter la maison qui n’a plus rien d’un refuge rassurant, se cacher quelque temps dans la maison de grand-mère histoire de recharger les batteries et de planifier la route à prendre. Tout faire pour que personne ne cherche à les séparer, jamais. Et protéger Julie, coûte que coûte…

 

Une fugue. Une fuite en avant. Jonathan et Julie s’évadent sur une route qui n’aura rien d’un long fleuve tranquille. Mais qui sait, peut-être, au bout, une vie meilleure. Jonathan raconte. L’amour fou qui le lie à sa petite sœur, les mensonges nécessaires pour tenter de préserver ce si fragile équilibre, les petits arrangements avec la loi pour survivre. Jonathan raconte et il nous touche, tellement soucieux du bien-être de sa sœur qu’il a tendance à s’oublier.

 

Évidemment, le roman de Siobhán Parkinson n’est pas de ceux qu’on lit le sourire aux lèvres. Les personnages y sont malmenés et on souffre avec eux. Mais la voix de Jonathan est de celles que l’on n’oublie pas. Les pieds bien campés dans le sol, la tête sur les épaules, l’adolescent prend tous les risques quitte à en payer le prix fort. Et il se souvient de toutes ces choses qui ont précipité son départ, des petits bonheurs qui ont disparu en même temps que sa grand-mère, de cette vie qu’ils avaient tous les quatre avant que son père ne prenne la poudre d’escampette…

 

La deuxième partie du roman tranche singulièrement avec la première, j’ai aimé ce revirement inattendu dans la narration. Quant à la fin, l’auteure n’a pas choisi la facilité et ne boucle pas la boucle avec une happy end qui résoudrait tous les problèmes. S’il demeure un petit rayon d’espoir, ce roman est comme la vie… brutal…

 

 

Une lecture partagée pour la première fois avec Pépita ! Un vrai plaisir, on remet ça quand tu veux !

 

 

Premières phrases : « Ma grand-mère est morte.

Pas très original, comme phrase d’ouverture, j’avoue. Ça arrive souvent aux grands-parents. Ils vieillissent (encore qu’ils soient déjà vieux au départ, sinon ce ne seraient pas des grands-parents) et ils meurent. (Au fait, mon grand-père aussi est mort, mais c’est une autre histoire.)

Mr. O’Connell, mon professeur d’Écriture Créative – mon prof d’anglais, si vous préférez, mais l’Écriture Créative (avec des majuscules, s’il vous plaît), c’est son dada – dirait : pas assez accrocheur, Jonathan. Ton lecteur, il faut le harponner.

Mais pour tout dire, cette idée de harponner le lecteur ne me plaisait pas tellement. A quoi bon partir de l’hypothèse que votre lecteur (si vous en avez un) est un poisson ? »

 

 

Au hasard des pages : « Oh, et puis basta ! J’abandonne. Je pensais que raconter tout ça à la troisième personne ajouterait un peu d’authenticité, mais c’est trop difficile d’écrire sur soi comme si on était quelqu’un d’autre. On ne peut pas décrire ce que l’on ressent, alors que c’est précisément ça, le but. » (p. 109)

 

 

Éditions École des Loisirs (Mai 2016)

Collection Médium GF

Traduit de l’anglais (Irlande) par Dominique Kugler

205 p.

 

Prix : 15,50 €

ISBN : 978-2-211-20819-2

5 commentaires sur “Meurtris – Siobhán Parkinson

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