Mon blog est un coeur qui bat – Vincent Ravalec / Dominique Mermoux

MonBlogEstUnCoeurQuiBat.jpgCe qui m’a poussé à emprunter cette bande dessinée à la bibliothèque c’est d’abord son titre, une histoire de « blog » donc, tout à fait ce qu’il me faut en ce moment ! Ensuite, je me suis aperçu que le scénario était de Vincent Ravalec, tiens, je ne savais pas qu’il avait aussi sévi dans ce domaine ! Curiosité oblige, je vous la propose donc pour ce rendez-vous incourtournable qu’est La BD du Mercredi chez Mango !

 

Vous vous en doutez, l’héroïne de cette bande dessinée est une adolescente : Eléonore, 14 ans, plutôt quelconque, plutôt complexée, qui confie ses doutes existentiels à son blog. Le blog d’Eléonore est donc un vrai journal intime où se mèlent et se succèdent les sujets et questions incontournables : pourquoi mes seins sont-ils petits ? Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? Pourquoi mes parents se sont-ils séparés ? Qu’est-ce que la vie ? Quel est donc le secret des crèmes de beauté « Fémoibel » ? Quelle est la composition secrète du « Nutello » ? (…)

 

Eléonore vit avec son père, savant méconnu, inventeur d’un escargot cybernétique censé concurrencer le chien robot japonais. Sa soeur, apprentie mannequin, vit avec sa mère qu’elle retrouve tous les deux week-ends. Elle et ses quatre meilleures amies, Fracha la « boulotte frisée », Philomène « la maigre en caleçon », Linda « la trop petite » et Chloé « la femme presque sans défaut », se retrouvent  au sein de leur « société secrète ». Dans ce clan très fermé, un seul garçon est accepté, Nicomédon, qui a juré le secret absolu ! Tout ce petit monde tchatte sur SNM, « Sur le Net Musardons »(!!!)…

 

Même si cette bande dessinée n’a rien de révolutionnaire, je dois avouer que j’ai passé un bon moment en la lisant ! Certes, les personnages sont caricaturés et stéréotypés au possible mais je défie quiconque de ne pas y reconnaître un des ados de son entourage ! Clairement destinée aux filles, elle aborde tous les sujets préoccupant les adolescentes de 14 ans : le physique, l’amitié, l’amour (Eléonore tombe amoureuse de son professeur particulier de maths), la famille, les études… C’est assez réaliste d’autant plus que les textes reprennent le « parlé adolescent » : « Trop pas…! » Bien sûr, le rêve absolu est de devenir célèbre, et là, une seule solution : le casting, une des « aventures proposées par la société moderne ». Eh oui, (attention, citation hautement philosophique!) : « L’ennui… c’est qu’hormis belle et adulée… que pouvions-nous bien devenir d’autre ? »

Une chronique sympa des états d’âme d’une adolescente de notre époque : c’est juste, c’est frais, souvent drôle, nos ados apprécieront ! A noter que vous pouvez visiter le véritable blog d’Eléonore ICI !

Pour finir, je ne résiste pas à cette dernière citation… A la nouvelle amie de son père qui lui demande quels sont ses centres d’intérêt, Eléonore a cette phrase magnifique pour tous les blogueurs que nous sommes :

« Je suis philosophe. J’ai un blog. » Je vous laisse méditer là dessus !

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Vents d’Ouest (avril 2008)

48 p.

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Moi j’adore, maman aussi – Elisabeth Brami / Lionel Le Néouanic

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Paru en août 2004, cet album est un grand classique. De petit format, il se feuillette facilement et les enfants adorent ! Il existe dans cette collection l’inévitable, « Moi j’adore, maman déteste« , mais aussi « Moi je déteste, maman adore » et « Moi j’adore, la maîtresse déteste« . Tout un programme n’est-ce pas ?

 

Le principe de cet adorable album est simple : lister tous les petits bonheurs, toutes les choses qu’un enfant aime partager avec sa maman, et tout ce qui fait qu’une maman c’est irremplaçable ! Comme un fil rouge, on retrouve dissimulé dans chaque image un coeur… Les illustrations s’étalent sur chaque double-page et mettent en scène ces instants du quotidien, souvent banals, qui ensoleillent la journée d’un enfant : faire la cuisine, jouer ensemble, se dire des secrets, se faire des câlins, s’offrir des cadeaux, les histoires du soir, les bisous de la nuit…

 

C’est simple, c’est touchant et rien n’est oublié dans cet inventaire de moments complices et câlins ! Et même si maman ne joue « jamais assez souvent », on l’aime tellement fort qu’on attend impatiemment l’heure où on va la retrouver, la fameuse « heure des mamans » !

 

« Et papa dans tout ça ? » clame la quatrième de couverture. Et bien papa, on le partage !

 

Seuil Jeunesse (Août 2004)

96 p.

 

ChallengeAlbums2/24

 

A découvrir aussi :

 

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Le père adopté – Didier van Cauwelaert

Père adoptéCouronné de prix dont le Goncourt en 1994 pour Un aller simple, Didier van Cauwelaert ne m’était bien sûr pas inconnu. Je me souviens d’avoir lu à sa sortie L’éducation d’une fée qui, s’il ne m’a pas laissé une marque indélébile, m’avait fait passer un bon moment à l’époque. Ma connaissance de l’auteur étant toutefois limité, je me suis lancé dans la lecture de ce livre, espérant y faire une belle rencontre…

 

Difficile ici de faire un résumé car ce n’est pas à proprement parler un roman, même s’il est annoncé comme tel sur la page de titre… : Didier van Cauwelaert s’adresse à son père, décédé un an plus tôt, et retrace les moments marquants de sa vie, et donc également de la sienne. Ce livre est un véritable hommage à ce père très présent et en grande partie responsable de la vocation d’écrivain de son fils : un père fantasque, excentrique, drôle, énergique, autant dans sa vie personnelle que dans son travail d’avocat. L’enfance de l’auteur ayant baigné dans les anecdotes truculentes racontées par son père concernant sa famille, c’est tout naturellement qu’il décide de devenir écrivain dès l’âge de sept ans… Son inspiration, l’auteur la puisera dans les récits de son père mais aussi dans toutes ses vies qu’il s’invente enfant.

 

Je ne saurais vous dire si j’ai aimé ce livre ou non… Bien sûr, de nombreuses anecdotes m’ont fait sourire : l’auteur a le culot et l’audace de raconter à ses copains qu’il est le fils caché du roi de Belgique et que son père n’est pas son vrai père, ou encore que sa mère a été remplacée par un sosie, tout ça parce qu’elle revient un jour avec une nouvelle coupe de cheveux qui ne lui plaît pas… La secrétaire de son père tapant en douce ses manuscrits ou encore l’épisode du sabotage délibéré de son premier week-end en amoureux par ce père catastrophe devenu chaperon qui réussira tout de même l’exploit de se faire apprécier de la jeune fille, au grand dam de son fils… On fait également connaissance avec la grand mère de l’auteur, son arrière grand-mère, et toute une cohorte de personnages hauts en couleurs. Des moments comme ceux là, il y en a à la pelle, souvent émouvants, très souvent drôles, mais ils se suivent sans aucune chronologie, ce qui s’explique sûrement par le fait que l’auteur n’a pas suivi de trame particulière si ce n’est celle de son émotion…

Je pense pourtant que c’est précisément ce manque de chronologie qui a gêné ma lecture et le fait que, finalement, il n’y ait pas vraiment d’histoire. Succession d’anecdotes personnelles, suite de moments intimes entre un père et son fils, ce livre a été écrit comme un hommage dont le lecteur peut se sentir exclu. S’il se lit effectivement comme un roman, il est avant tout autobiographique et je dois dire que je me suis parfois un peu ennuyée… L’écriture de l’auteur est agréable mais je pense que j’aurais du poursuivre sa découverte par un autre titre. Je ne garderai pas un souvenir marquant de cette lecture même si elle a pu me divertir sur le moment.

 

Le Livre de Poche (mars 2009)

Paru précédemment chez Albin Michel (2007)

247 p.

 

Première phrase : « La première fois que tu es mort, j’avais sept ans et demi. »

 

Au hasard des pages : « Tu ne me manques presque jamais, papa. Je te parle plus que je ne t’entends, mais depuis ta mort j’ai l’impression de vivre double. Je souffre évidemment de n’avoir plus ton regard, ta voix, ton rire et ta main sur l’épaule au présent de l’indicatif, mais tu tiens toujours autant de place dans ma vie. Même si cette place, je le sens bien, commence à faire le vide autour de moi. Ce livre où je viens te rechercher sans cesse, ce dialogue à une voix me coupe du monde, par plaisir et par nécessité, je ne regrette rien, mais je ne sais pas ce qu’il y aura derrière. » (p. 202)

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Beurk ! une histoire d’amour – Don Gillmor / Marie-Louise Gay

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Voici un petit album bien sympathique qui a beaucoup fait rire Loupinou, presque 5 ans, et ce dès la lecture du titre ! Eh oui, à cet âge, on se pose déjà beaucoup de questions sur les filles, qui décidément ne sont pas comme les garçons !

 

Valentin Dupont est un petit garçon heureux : il a un super copain qui s’appelle Samuel, un chien Chataîgne, et un beau vélo rouge. Mais voilà qu’un jour une nouvelle famille aménage près de chez lui, et dans cette famille il y a Emma. Emma a les cheveux roux, de jolies taches de rousseur, porte des robes et des chaussures à noeuds-noeuds, bref c’est une fille, et c’est bien là le problème… Emma ne s’intéresse pas aux dinosaures et ne comprend rien aux super-pouvoirs de l’Homme-Impossible, les filles, c’est nul !  Pourtant, Valentin aimerait bien l’impressionner, allez savoir pourquoi..! Alors quand elle l’invite à son anniversaire, il va tout faire pour lui trouver un très beau cadeau, un cadeau extraordinaire… Et s’il lui décrochait la lune ?

 

Un album à croquer, mignon et drôle comme ses deux petits héros ! On s’observe, on se jauge, on se juge ! Bon, soyons clair, Valentin aurait préféré un petit garçon de son âge comme voisin, un copain avec qui il aurait pu parler dinosaures ou super-héros : « Pourquoi fallait-il que les filles viennent habiter juste à côté de chez lui ? Pourquoi fallait-il qu’il y ait des filles sur terre, de toute façon ? » Et pourtant, c’est habillé en cow-boy que Valentin tentera d’attraper la lune au lasso pour l’offrir à Emma, ce qui vous en conviendrez n’est pas une mince affaire ! Et il ne va pas ménager sa peine !

 

Des textes courts, des illustrations pleine-page, un album qui vous plongera dans le petit monde des enfants, poétique et charmant !

 

Editions Milan (2001)

 

Cet album inaugure ma participation au Challenge « Je lis aussi des albums » lancé par Hérisson08. ChallengeAlbums

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Le Monde sans les enfants et autres histoires – Philippe Claudel

Monde sans les enfantsAprès avoir frémis à la lecture de « Travail soigné« , il me fallait un peu de détente, un peu de fraîcheur, un peu d’insouciance… Et quoi de mieux que des petites histoires mettant les enfants à l’honneur pour sourire ? Ces 20 nouvelles de Philippe Claudel sont autant de petits bonbons, de petites douceurs, qu’on déguste avec bonheur… ou avec gravité parfois ! J’ai retrouvé avec plaisir la plume de celui qui m’avait enchanté avec Les âmes grises ou La petite fille de Monsieur Linh.

 

Comme le dit lui même l’auteur dans sa dédicace, ces histoires sont « pour les petits qui vont devenir grands, et pour les grands qui ont été petits ». Chaque histoire, très courte, rarement plus de 3 pages, met en scène des enfants : enfants d’ici, enfants d’ailleurs, gais, tristes ou rêveurs, résignés ou plein d’espoir, ils sont touchants, drôles, graves ou émouvants. Et toujours, cet écho à notre quotidien de « Grand ».

 

Au détour des pages vous croiserez Coraline, agacée par une fée sortant d’une longue période de chômage et dont les pouvoirs sont devenus très approximatifs, qu’elle encourage d’un « Soyez une tueuse! ». Vous rencontrerez aussi Lucas, le mal aimé, qui se réfugie dans les livres pour ne plus en sortir… Vous serez émus par Walid, le « petit voisin » de Bagdad qui ne croit plus beaucoup en Dieu et dont le quotidien est rythmé par les bombes et la guerre. Vous sourirez en regardant Zazie tentant d’inventer un vaccin pour rendre les gens gentils ou Juju qui se trouve moche. Vous serez touchés par cette petite fille sans nom vivant dans une bulle, qui ne connait ni les caresses ni les baisers de ceux qu’elle aime. Vous soutiendrez Raymond, chasseur de cauchemars « à l’ancienne » et sa femme, balayeuse de soucis, que la modernité n’épargne pas. Vous observerez Jaimé, petite fille de 6 ans, contrainte de travailler tous les jours sur « la colline aux détritus ». Ou encore Léon chez qui l’omniprésence de la télévision empêche sa famille de se parler et même de se connaître réellement…

 

Des histoires triste ou douces, amères ou sucrées qui feront naître sur votre visage un sourire, ou un soupir… Et des histoires qui toutes nous rappellent qu’il n’est pas toujours facile d’être un enfant et que « quand on est grand, on oublie, on oublie presque tout, et on oublie surtout qu’on a été un enfant. »

 

Premières phrases : « Un beau matin, ou plutôt, un sale matin, oui, oui, un vraiment sale matin, quand les hommes ouvrirent l’oeil, ils se rendirent compte qu’il se passait quelque chose de bizarre. Pas de bruits. Pas de rires. Pas de gazouillis. Rien du tout : les enfants avaient disparu ! Quand je dis les enfants, je veux dire tous les enfants, partout dans le monde, dans tous les pays, dans toutes les villes, dans toutes les campagnes. On eut beau chercher, bien fouiller, mobiliser les pompiers, la police, les militaires, on ne trouva pas un seul enfant. La seule chose sur laquelle on mit la main, ce fut un morceau de papier un peu froissé où une très petite écriture malhabile, pleine de fautes d’orthographe, avait noté le message suivant : « On se fée tout le tems disputer, on ne nous écoutent jamais, on ne peux pas rigolé quand on veux, on doit se coucher trop taux, on ne peut pas mangé de chocollat au lit, il fôt toujours qu’on se brosse les dants : on en a assez des grands : on s’en vat. On vous lesse ! » Et c’était signé : « Les zenfants. » (Le Monde sans les enfants)

 

Au hasard des pages : « Raymond était un vieux chasseur. Un vieux chasseur de cauchemars. Il avait commencé sa carrière il y a très très très longtemps, lorsque la chasse aux cauchemars était encore une pratique solitaire et artisanale, demandant du doigté, de la finesse, de la ruse et un peu de chance. Il se désolait de l’évolution de sa profession. Désormais, tout s’était industrialisé, mécanisé, électrisé, informatisé. Et il était le dernier des chasseurs solitaires. » (Le chasseur de cauchemars, p. 89)

 

Editions LGF – Le Livre de Poche (mars 2008)

(Très belles) Illustrations de Pierre Koppe

153 p.

Paru précédemment chez Stock (2006)

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Travail soigné – Pierre Lemaitre

Travail soignéUne chose est sûre, cette lecture ne peut laisser personne indifférent. Pierre Lemaitre a placé la barre très haut et j’avoue ne pas m’en être encore remise. Pourtant, j’ai plutôt l’habitude des polars, j’en fait une consommation presque excessive, surtout en vacances, mais là… les mots me manquent ! Il nous offre en effet un polar très bien construit, haletant, sans temps mort, regorgeant de scènes chocs, et après avoir adoré Robe de marié, je ne compte pas arrêter là ma découverte de cet auteur.

 

Ames sensibles s’abstenir…

 

Quand Camille Verhoeven arrive sur la scène de crime pour laquelle il a été appelé à Courbevoie, il en reste interdit : ce qu’il découvre alors est indescriptible, inimaginable… Quel esprit tordu a bien pu se livrer à pareil carnage ? Il apparaît vite à Camille et à son équipe qu’ils sont face à un tueur particulièrement pervers et barbare, les sévices subis par les victimes allant bien au delà de la torture. Malgré leurs efforts pour taire l’affaire, la presse finit par s’emparer de l’histoire : il faut retrouver ce tueur fou au plus vite… Mais par où commencer ? Passant au crible les nombreux indices de la scène de crime, Camille est intrigué par l’abondance de détails apparemment incongrus, tout à l’air tellement travaillé, tellement mis en scène. Et pour cause… Il semblerait que le tueur se soit inspiré d’un célèbre crime de la littérature policière, reproduit fidèlement…

 

Travail soigné est une lecture choc… N’ayons pas peur des mots, c’est l’horreur ! Rien n’est épargné au lecteur qui se retrouve au coeur de scènes de crimes à la limite du soutenable ! Pourtant, ces descriptions ne sont absolument pas gratuites, elles concourent à dresser un portrait du tueur, à cerner un temps soit peu sa personnalité hors du commun. Et que dire de Camille Verhoeven ? Voilà un policier on ne peut plus sympathique et qui pour une fois sort des clichés habituels : marié, en passe de devenir papa pour la première fois, il fait de son mieux pour consacrer du temps à son épouse. Respecté par les membres de son équipe, salué pour son savoir-faire, il est très courtisé par les journalistes et animateurs de télévision, et pour cause : du haut de son 1m45, il intrigue… Lui ne cherche pas la notoriété…

 

Cette enquête est captivante, déroutante : les personnages secondaires ne sont pas que des faire-valoir, le rythme est soutenu jusqu’au dénouement, inattendu et diablement efficace… C’est machiavélique et surtout très habile. On ne peut que saluer l’intelligence de l’intrigue, la dernière partie du livre est à ce titre des plus surprenantes, et le mot est faible ! Mais Chut…! Courrez vous procurer au plus vite ce chef-d’oeuvre, car oui, c’en est un ! Il est très probable que Pierre Lemaitre soit responsable de vos prochaines nuits blanches… 

De nombreux avis sur la toile, dont ceux de Stéphie, Pimprenelle, Clara, Cacahuète ou encore Sara.

A visiter, le site de Pierre Lemaitre contenant notamment les premières pages du livre, des interviews et des infos sur les autres titres parus.

 

Premières phrases : « - Alice… dit-il en regardant ce que n’importe qui, sauf lui, aurait appelé une jeune fille. »

 

Au hasard des pages :  » On accédait à l’appartement par deux marches. Camille aperçut Louis de dos, appuyé au mur d’une main, bavant au-dessus d’un sac plastique qu’il maintenait contre sa bouche. Il le dépassa, suivi de Le Guen et de deux autres officiers du groupe, et entra dans la pièce largement illuminée par des projecteurs. Lorsqu’ils arrivent sur les lieux d’un crime, inconsciemment, les plus jeunes cherchent des yeux l’endroit où se trouve la mort. Les plus chevronnés cherchent la vie. Mais ici, pas moyen. La mort avait pris toute la place, jusque dans le regard des vivants, mêlé d’incompréhension. Camille n’eut pas le temps de s’interroger sur cette curieuse atmosphère, son champ de vision fut aussitôt intercepté par une tête de femme clouée au mur. » (p. 25)

 

Editions LGF (juin 2010)

Collection Le livre de Poche thriller

407 p.

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Pyrénée – Loisel / Sternis

Pyrenee-couv.jpgGrande fan de Loisel, j’ai lu et relu sa magnifique version de Peter Pan ainsi que La quête de l’oiseau du temps. Pyrénée ressemble d’ailleurs à s’y méprendre à son héroïne, Pélisse. L’histoire de cet album unique paru en 1998 est pourtant très éloignée de l’univers d’héroic-fantasy de cette série.

 

L’histoire de Pyrénée débute dans le chaos et les flammes. Des hommes et des femmes s’enfuient en criant d’un cirque en feu, la ville entière brûle. Pyrénée est seule au milieu des ruines, à ses cotés, un corps de femme, dans ses bras, un ours en peluche… L’ours qui lui fait face est bien réel, échappé du cirque en flammes, il porte encore autour du cou le collier clouté symbole de son asservissement par l’homme.

Quelques années plus tard, la jeune enfant est devenue une adolescente. Elle a grandi auprès de l’ours qui l’a recueillie et élevée dans les montagnes dont elle porte à présent le nom. Petite sauvageonne échevelée et nue, elle partage de doux moments de complicité et d’amitié avec celui qu’elle appelle « grosse bête » qui lui apprend sans relâche la nature et la choses de la vie. Dans la grotte qui leur sert de toit, le collier de l’ours et le nounours de Pyrénée sont comme les vestiges du passé. Un renard porte régulièrement à Pyrénée de quoi se nourrir, des lapins, beaucoup de lapins, que ne ferait-on pas pour elle, elle est si merveilleuse…

Mais voila, Pyrénée est « Une Homme », et n’a pas conscience de son humanité. Il est du devoir de ses amis de lui montrer qui est elle vraiment. L’ours ayant rencontré l’amour, elle se retrouve seule. Guidée par un vieil aigle aveugle et quelque peu philosophe, elle partira sur les traces de « l’Ancien », censé lui expliquer sa condition d’humain…

 

Pyrénée est vraiment un très beau conte initiatique. C’est tendre, poétique, sensible, léger, frais, touchant, bref, un petit bijou ! Regardez plutôt…

 

Pyrénée1 

Pyrénée2

 

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Copyright Loisel / Sternis

 

J’ai eu un vrai coup de coeur pour cette belle histoire. Le dessin est beau, les couleurs magnifiques, l’histoire touchante… Elle inaugure à merveille ma participation à La BD du Mercredi chez Mango !

 

Éditions Vents d’Ouest (1998)

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Comme une tombe – Peter James

commeunetombe.jpg Bien que lu au tout début des vacances, ce polar a su laisser sa marque, et c’est bien ce que l’on demande à un thriller : une intrigue captivante, des rebondissements à la pelle, des personnages originaux et bien campés, un inspecteur peu conventionnel, tous les ingrédients sont ici réunis pour vous faire passer un bon moment de lecture et vous faire vivre de vrais moments d’angoisse ! J’ai dévoré ce roman tout en vivant l’enfer comme ce pauvre Michael…

 

Petite blague entre amis…

 

Michael Harrison n’est à priori pas le genre d’homme que l’on plaint. Jeune, plutôt bien de sa personne, la société immobilière qu’il a créée avec son ami d’enfance Mark ne connaît pas la crise. Son mariage avec la magnifique Ashley est prévu dans trois jours et il n’en revient toujours pas de la chance qu’il a d’épouser une fille aussi incroyable. Mais qui dit mariage dit forcément enterrement de vie de garçon et ses amis ont bien l’intention de rendre cette fête inoubliable. Exit donc la simple tournée des bars… Il faut dire que Michael n’y était pas allé avec le dos de la cuillère quand il s’était chargé de leurs enterrements de vies de garçons respectifs… Luke était arrivé en retard le jour de son mariage après s’être réveillé dans un train de nuit l’emportant vers une destination inconnue et Pete s’était retrouvé menottes aux poignets suspendu à un pont dans une tenue on ne peut plus équivoque. Le temps de la vengeance était enfin arrivé, et Michael risquait bien de ne pas l’oublier de sitôt ! Embarqué de nuit dans le coffre d’une camionnette, le voilà enfermé dans un cercueil haut de gamme avec pour seule compagnie une revue porno, une bouteille de whisky, une lampe de poche et un talkie-walkie. Hilares, ses amis l’enterrent dans une tombe creusée la veille en prenant soin de lui laisser un tube de caoutchouc à l’intérieur pour lui permettre de respirer. Bien décidés à le faire mariner plusieurs heures, ils s’en retournent boire quelques verres quand un horrible accident laisse leur camionnette en pièces sans aucun survivant… Personne ne viendra chercher Michael…

 

Je vous avais prévenu, tout cela commence très fort ! A la fin du premier chapitre, le lecteur est déjà dans le bain et pour peu que l’on soit quelque peu claustrophobe, l’angoisse monte vite d’un cran ! Il faut dire que l’idée de cet « enterrement » de vie de garçon est des plus perverse… Les heures passent et on ne peut s’empêcher de s’imaginer à la place de Michael : quelle sensation d’étouffement, d’enfermement, quel stress !

L’inspecteur chargé de l’enquête est alerté par la fiancée de Michael, inquiète de ne pas le voir revenir. Roy Grace va avoir fort à faire vu que les seuls témoins de cette disparition ne sont plus là pour en parler. Un espoir : Mark, ami, associé et témoin de Michael, n’ayant pu participer à la petite fête à cause d’un retard d’avion. Curieusement, il dit ne pas avoir d’informations concernant le déroulement de la soirée… Tout cela intrigue au plus au point Roy Grace d’autant plus que la fiancée persiste à vouloir maintenir la cérémonie…

L’intrigue est tenue, le suspense bien présent, et on ne peut pas ne pas s’attacher à cet inspecteur peu conventionnel, adepte des sciences occultes et cherchant toujours sa femme disparue dans des circonstances troublantes neuf ans auparavant, le jour même de ses trente ans.

Efficace, déroutant, voilà un polar parfait pour les vacances. Un bémol cependant : la résolution de l’enquête est trop rapide, trop peu vraisemblable à mon goût et j’avoue que la fin m’a laissé un léger sentiment de déception qui heureusement ne gâche pas l’ensemble.

Une bonne lecture que je vous recommande chaudement !

 

Premières phrases : « Jusque-là, à quelques détails près, le plan A fonctionnait à merveille. Ce qui tombait plutôt bien, vu qu’ils n’avaient pas, à proprement parler, de plan B. »

 

Au hasard des pages : « Il fut pris d’un nouvel accès de panique. Le couvercle l’oppressait, il happait l’air, le gobait goulûment. Il ferma les yeux, essaya de penser que tout allait bien, qu’il était dans un endroit chaud, sur son yacht, en Méditerranée. Voilà. Au beau milieu de la mer, des mouettes au-dessus de la tête, caressé par la douceur d’un air méridional. Mais les parois du cercueil poussaient, le compressaient. » (p. 63)

 

Editions Pocket (2007)

Collection Pocket Thriller

531 p.

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Firmin, autobiographie d’un grignoteur de livres – Sam Savage

FirminJ’ai découvert ce roman en bibliothèque, mis en avant avec un gros coeur affirmant « On aime ». Un coup de coeur des bibliothécaires donc, premier bon point. Ensuite, le titre, puis l’illustration ont fini de m’intriguer : un rat qui lit, ma foi, ça nous changera d’un Ratatouille cuisinier. Je l’ai donc emprunté et je l’ai commencé presque aussitôt. Mais voilà, je me suis ennuyée, abandon à la 86e page, mea culpa ! Dommage, ça commençait plutôt bien.

 

Rat de librairie…

 

Firmin est un rat, non pas de bibliothèque mais de librairie. Sa mère, obèse et alcoolique, met au monde sa portée de 13 nouveaux-nés dans les sous-sols d’une librairie de Scollay Square, vieux quartier du Boston des années 1960. Pas de chance pour Firmin, sa mère indigne n’a que 12 mamelles et ses frères et soeurs ne sont pas prêts à lui céder la place. Moins bagarreur que les autres, plus chétif, Firmin se retrouve donc à grignoter des livres et à manger de la colle pour survivre. Petit à petit, il y prend goût et finit par lire les livres qu’il mangeait auparavant, car oui, Firmin sait lire, ou du moins s’en rend compte par hasard… Gourmand de mots, épris des phrases des grands auteurs, il passe ses journées à observer le libraire au travail et les allées et venues des clients de la librairie. Avide de partager son amour des livres, Firmin n’est malgré tout qu’un rat, et il ne parle pas, c’est là son drame… La rencontre avec un romancier marginal fera tout basculer.

 

Oui, tout cela commençait plutôt bien, l’histoire était alléchante et j’ai vraiment essayé d’y entrer… Malheureusement, mis à part quelques bons passages, quelques belles phrases et quelques bon mots, j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à ce personnage : pas vraiment gentil, un poil misogyne et un brin pervers, Firmin n’a rien d’un mignon petit rat de dessin animé, amoureux des livres ou pas. C’est bien écrit, l’auteur nous livre un bel hommage à la littérature, à ceux qui la font et à ceux qui l’aiment…, mais au fond, il ne se passe pas grand chose. Assez séduite au départ par les nombreuses allusions littéraires, elles ont fini par gêner ma lecture : trop de références, trop de mots savants, on en vient à se dire que l’auteur a voulu absolument étaler sa culture livresque et ça en devient indigeste. 

Si j’ai capitulé, je pense cependant qu’un grand nombre de bibliophiles s’y reconnaîtront. Au vu des quelques articles ou critiques que j’ai pu lire ici ou là, nombreux sont les lecteurs qui ont passé un bon moment de lecture, certains avis sont même très enthousiastes, je vous laisse vous faire le vôtre !

 

Premières phrases : « J’avais toujours imaginé que si, d’aventure, j’écrivais un jour l’histoire de ma vie, la première phrase en serait saisissante : quelque chose de lyrique à la Nabokov, « Lolita, lumière de ma vie, feu des mes hanches » ou de radical à la Tolstoï au cas où le lyrisme me ferait défaut, « Les familles heureuses se ressemblent toutes, les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon ». Les gens se rappellent ces mots, même quand ils ont tout oublié du livre qui va avec. Mais à mon avis, en matière d’amorce, on n’a jamais surpassé celle du Bon soldat de Ford Madox Ford : « Voici l’histoire la plus triste qu’il m’ait été donnée d’entendre. » J’ai beau l’avoir lue des dizaines de fois, j’en reste encore comme deux ronds de flan. Ford Madox Ford, lui c’était un grand. »

 

Au hasard des pages : « Dans les premiers temps, mon appétit était primitif, orgiaque, imprécis, goinfre -une bouchée de Faulkner ou une bouchée de Flaubert, je ne faisais pas la différence-, mais il ne m’a pas fallu longtemps pour discerner quelques nuances. J’ai tout d’abord remarqué que chaque livre avait un goût propre -sucré, aigre, amer, aigre-doux, rance, salé, acide. J’ai également constaté que chacune de ces saveurs -puis, au fur et à mesure que mes sens s’aiguisaient, que la saveur de chaque page, chaque phrase et finalement chaque mot- s’accompagnait d’une série d’images et de représentations dont je ne savais pourtant rien vu mon expérience très limitée de la prétendue réalité : gratte-ciels, ports, chevaux, cannibales, arbre en fleur, lit défait, femme noyée, garçon volant, tête tranchée, ouvriers levant les yeux au hurlement d’un idiot, sifflet d’un train, rivière, radeau, rayons obliques du soleil dans une forêt de bouleaux, main caressant une cuisse nue, casemate dans la jungle, ou moine agonisant. » (p. 31-32)

 

Traduit de l’américain par Céline Leroy

Editions Actes Sud (2009)

201 p.

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La fille du docteur Baudoin – Marie-Aude Murail

La-fille-du-docteur-BaudoinLes livres de Marie-Aude Murail sont bien connus des bibliothécaires ou documentalistes : les nouveautés sont très attendues et les « classiques » ne prennent jamais la poussière sur les étagères. C’est donc tout naturellement que j’ai emporté « La fille du docteur Baudoin » sous le bras pour les vacances, bien m’en a pris…

 

On n’est pas sérieux quand on a 17 ans…

 

Violaine Baudoin a 17 ans. Son père est médecin et sa mère dirige un laboratoire d’analyses médicales. Son frère Paul-Louis, 15 ans, est l’ado typique, fan de vêtements de luxe et de MSN où il tchatte à longueur de journée avec Sixte Beaulieu de Lassale, son meilleur ami. Sa soeur, Cerise, a 8 ans et élève des cochons virtuels sur Internet, quand ce ne sont pas des vaches voire même des dragons… Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où Violaine découvre qu’elle est enceinte, et qui plus est d’un garçon qu’elle n’aime pas. N’osant pas avouer cette découverte à ses parents, Violaine confie son secret à sa meilleure amie, Adelaïde, qui lui conseille de se rendre au planning familial. Là, elle rencontrera le docteur Chasseloup, qui se trouve être l’associé de son père…

 

Une chose est sûre, ce roman trouvera son public auprès des adolescentes qui s’identifieront sans mal à la jeune Violaine. La narration est simple, les dialogues sont savoureux et les personnages bien campés. Même si ce n’est pas le sujet central du roman, j’avoue avoir particulièrement aimé la rivalité entre les deux médecins.

D’un côté Jean Baudoin, surmené, n’accordant pas plus de dix minutes par patient (pardon, client…), prescrivant des médicaments à tour de bras ainsi que bon nombre d’analyses inutiles à faire pratiquer bien sûr au laboratoire de sa femme… Aigri, mesquin, son métier lui déplaît de plus en plus, de même que ses patients. Ce qui se passe une fois la porte de son cabinet fermé est souvent… surréaliste : il va jusqu’à prescrire un calmant destiné à traiter les troubles du comportement… à un bébé dont les parents ne supportent plus les pleurs !

De l’autre Vianney Chasseloup, l’associé du Dr Baudoin à qui ce dernier refile tous les patients dont il ne veut pas, ceux qui lui font perdre son temps : à la différence de son confrère, il est patient, à l’écoute, et il lui arrive même de ne pas prescrire de médicaments voire même de « discuter » avec ses patients, chose inconcevable pour ce bon vieux Dr Baudoin : 45 minutes pour un rendez-vous, tout de même ! Il vit seul seul avec son chat prénommé Poubelle et on devine que son enfance n’a pas toujours été rose.

Le personnage de Violaine est lui aussi intéressant : à la fois mature pour son âge tout en restant une enfant, la découverte de sa grossesse va la bouleverser. Même si elle ne souhaite pas garder l’enfant, il lui est difficile de prendre une décision…

 

Bref, un roman à lire et à faire lire, même si ce n’est pas mon préféré de l’auteur. Le thème de la grossesse non désirée et la question de l’avortement sont traités avec justesse et devraient trouver, espérons-le, un écho chez nos adolescentes…

 

Premières phrases : « Le docteur Baudoin connaissait chaque soir un moment de bonheur, par ailleurs assez bref, quand il prenait l’ascenseur. Tandis que la petite cage vitrée s’envolait vers son luxueux appartement, il lâchait un gros soupir en même temps que sa mallette en cuir. Voilà, encore une journée de boulot terminée. »

 

Au hasard des pages : « Tout le monde meurt dans cette vie. Ce n’est pas la peine de naître. Sur cette réflexion encourageante, Violaine ouvrit grands les yeux. Et voilà, c’était le matin, elle était enceinte pour la journée. Elle ne pouvait pas mettre ça de côté deux minutes. » (p. 96)

 

Editions Ecole des Loisirs (2006)

Collection Médium

 

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