Dimanche poétique (4)

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After great pain, a formal feeling comes

 

Emily Dickinson (1830-1886)

 

After great pain, a formal feeling comes –
The Nerves sit ceremonious, like Tombs –
The stiff Heart questions was it He, that bore,
And Yesterday, or Centuries before ?


The Feet, mechanical, go round –
of Ground, or Air, or Ought –
A Wooden way
Regardless grown,
A Quartz contentment, like a stone –


 This I the Hour of Lead –
Remembered, if outlived,
As Freezing persons, recollect the Snow –

First – Chill – then Stupor – then the letting go –

 

Traduction en français

 

A une grande douleur, succède un calme solennel –
Les Nerfs ont un air compassé, de Tombes –
Le cœur gourd se demande si c’est Lui, qui a souffert,
Et si c’était il y a des Siècles, ou Hier ?

 

Les Pieds, en automates, vont –
Rigide ronde –
Au Sol, à l’Air, à Tout
désormais Inattentifs,
Un contentement de Quartz, de caillou –

 

C’est l’Heure de Plomb
Y survit-on, on s’en souvient
Comme des gens en proie au Gel, se rappellent la Neige –
D’abord – un Frisson – puis la Torpeur – puis l’abandon –

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C’est un livre – Lane Smith

C-est-un-livre.jpgOh que ça fait plaisir de tomber sur ce genre de pépite ! Un petit album qui a tout d’un grand et qui risque de faire beaucoup parler de lui ! Des personnages tout simples, un âne, un singe et une souris… et puis un livre… et un ordinateur ! Mais attention, ici pas de guerre ouverte entre la technologie et le bon vieux livre papier, celui qu’on aime feuilleter, sentir, palper. Non, juste un grand cri d’amour pour cet objet tout simple mais rigoureusement indispensable, le livre !

 

L’âne est un geek, le genre à se trimballer partout avec son ordinateur portable, mais bon, on ne lui en veut pas hein ? Le singe lui lit, et ça l’intrigue l’âne : qu’est-ce que c’est donc que cette chose bizarre ? C’est un livre. Ah tiens, mais est-ce qu’on peut aller sur internet avec, chatter, faire défiler le texte ? Heu…, non, c’est un livre. Curieux quand même… Non, un livre ça ne fait pas de bruit, ça n’envoie pas de textos, rien de tout ça. Il faut dire que l’âne est un brin déçu et plutôt perplexe. Et puis, il y a bien trop de lettres là dedans, et finalement, il peut faire quoi ce livre ? Rien, c’est juste un livre… Le singe répond invariablement la même chose, patiemment, quoique… l’énervement le guette, il en vient à triturer les pauvres accoudoirs de son fauteuil. Et le singe tend le livre à l’âne qui se met à lire. Les minutes passent, les heures défilent… Impossible de faire lâcher le livre à l’âne, évidemment !

 

Coup de coeur ! Un album splendide, tout y est ! L’humour, le ton, tout sonne juste ! Un album tout simple qui fait sourire, un vrai bonheur de lecture qui rappelle simplement ce qu’est le plaisir de lire. Une belle ode à la lecture, drôle et profondément jubilatoire avec des dialogues à tomber par terre ! Un album à posséder, à offrir ou à se faire offrir ! Un bijou !

 

L’avis enthousiaste de Théoma que je partage entièrement !

 

Et une petite vidéo, vue chez Théoma, pour achever de vous convaincre !

 


C’est un livre – Lane Smith par Gallimard Jeunesse
Éditions Gallimard Jeunesse (Mars 2011) 40 p. challengealbumbig1 3/20

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Danbé – Aya Cissoko & Marie Desplechin

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Ce livre, il me le fallait, et pour plusieurs raisons. Tout d’abord, j’adore Marie Desplechin, ses récits pour la jeunesse m’enchantent à chaque fois, je les dévore, je les savoure, bref, je suis fan ! Et puis est venu l‘avis de Stéphie sur ce livre dont je n’avais pas entendu parler auparavant : Danbé m’a tout de suite intrigué, un livre écrit à quatre mains, le récit autobiographique d’Aya Cissoko, née de parents maliens, devenue championne du monde de boxe anglaise. Un parcours atypique, semé d’embûches, une vie passionnante qu’Aya a confié à l’auteur. Et puis est venue la bonne nouvelle… Nous aurons bientôt la chance de recevoir dans notre collège les deux jeunes femmes, pour une rencontre qui s’annonce on ne peut plus intéressante avec nos élèves. A l’origine du projet, Stéphie bien sûr… qui s’est démenée comme un beau diable et a su se montrer très persuasive ! Merci à toi !

 

Ce livre, je l’ai lu d’une traite, et pourtant je ne suis habituellement pas friande de récits autobiographiques, je dirais même que je les fuis. Avec Danbé, le déclic a eu lieu immédiatement, sans que je me l’explique vraiment. Bien sûr, il y a l’écriture de Marie Desplechin, ce style que j’apprécie particulièrement et qui donne au récit d’Aya ce petit quelque chose en plus. Ses mots justes restituent à merveille la vie d’Aya, une vie mouvementée faite de grandes joies et de grandes tristesses.

Le récit d’Aya s’ouvre sur la figure du père, un père aimé, aimant, fier et digne. Comme beaucoup, il est venu du Mali pour trouver du travail en France où il vivra sous le nom d’un autre, laissant derrière lui son village, son pays. En 1976, sa toute jeune femme, Massiré, le rejoint, elle a vingt ans. Quatre enfants naîtront de cette union. Malgré les difficultés du quotidien, le manque d’argent, Aya vit une enfance heureuse, douce, simple et libre. Puis vient le drame, un incendie qui ravage l’immeuble à trois heures du matin : son père et sa petite soeur y trouveront la mort. L’incendie est criminel, volontaire, « le feu a  été allumé pour tuer »… Il faut surmonter sa peine, rester digne en toutes circonstances, il faut respecter le « danbé« , cette valeur fondamentale qui interdit de flancher. Aya ne flanchera pas, vaille que vaille, elle suivra sa route. Bonne élève, sa mère l’inscrira dans un club de sport. Contre toute attente, elle y choisira un « sport de garçon », la boxe…

 

La vie d’Aya se lit comme un roman, un roman qu’on a peine à lâcher tant « l’héroïne » y est attachante. Forte, courageuse, battante, Aya est une fille de son époque : un peu rebelle, parfois dure, elle est aussi sensible et douce. L’adolescente grandit et s’épanouit dans le sport. Pour autant, elle ne cesse de s’interroger : à quoi servent tous ces combats ? Tenace, obstinée, Aya enfile les gants et monte sur le ring, les combats s’enchaînent, les victoires aussi… Le parcours sportif d’Aya est impressionnant, son palmarès laisse admiratif mais plus que tout, ce qui touche chez elle, c’est sa capacité à prendre du recul sur elle même. Ce livre est celui « d’une petite fille noire en collants verts qui dévale en criant les jardins de Ménilmontant« , un livre plein d’espoir, plein d’amour, un témoignage fort, parfois poignant que vous n’oublierez pas de sitôt.

 

Premières phrases : « Mon père est un homme longiligne. Dans mon souvenir, il est très grand. Je m’accroche à lui, je lève la tête pour voir son visage. Il est beau. (…) Mon père est un homme démuni. Il n’a rien, rien de ce qui se possède, rien de ce qui s’hérite, rien de ce qui se gagne. »

 

Au hasard des pages : « Je ne sais pas, je ne peux pas m’expliquer comment nous nous arrangeons pour continuer. Les immeubles brûlent, des incendiaires y ont mis le feu. Les enfants tombent malades, des médecins les renvoient sans les soigner. Vos parents peuvent disparaître, vos frères et soeurs, les plus aimés, personne autour de vous ne vous entend crier. Sur quel socle poser ce qu’il reste d’existence ? Il ne nous reste, à Issa et à moi, que Massiré. » (p. 65)

 

Éditions Calmann-Levy (Février 2011)

182 p.

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Le jeudi, c’est citation ! (30)

Jeudi citationSur une idée de Chiffonnette

 

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« – Papa, dit-elle, tu crois que tu pourrais m’acheter un livre ?

– Un livre ? dit-il. Qu’est-ce que tu veux faire d’un livre, pétard de sort !

– Le lire, papa.

– Et la télé, ça ne te suffit pas ? Vingt dieux ! On a une belle télé avec un écran de 56, et toi tu réclames des bouquins ! Tu as tout de l’enfant gâtée, ma fille. »

 

 

 

Matilda, Roald Dahl

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Un îlot de bonheur – Chabouté

Un-ilot-de-bonheur.gifLors de ma dernière virée en bibliothèque, j’ai littéralement dévalisé le rayon « Chabouté », une vraie razzia, il me les fallait tous ! Finalement, avoir connu cet auteur sur le tard, ce n’est pas si mal : quel plaisir de pouvoir se dire que tant de beaux moments de lecture m’attendent encore… Pour cette nouvelle lecture, j’ai choisi Un îlot de bonheur, attirée par le titre et cette belle illustration de couverture… Encore une fois, c’est un coup de coeur, une de ces histoires qui résonnent longtemps en vous…

 

Douze ans à peine, c’est l’âge du petit garçon que nous découvrons dans cet album et dont nous ne connaîtrons jamais le prénom. A la maison, l’air est irrespirable, l’ambiance oppressante : ses parents passent leur temps à se disputer, les cris fusent, les mots blessent, les phrases sont assassines et amères. Sa mère n’est que reproches et ressentiment, son père subit cette haine quotidienne… La discussion est impossible, les marques d’affection inexistantes. Dans ces moments là, l’enfant rêverait d’être ailleurs, alors il s’enfuit et se réfugie dans un parc pas très loin de chez lui et s’assoit sur un banc, tout simplement.

Un jour, il rencontre un homme, assis sur un banc, comme lui. Sa présence dérange, des policiers lui demandent de partir, c’est un lieu pour les « honnêtes gens » ici, pas les clodos ! En partant, l’homme oublie son harmonica, l’enfant le lui rapporte… De ce jour, l’enfant prendra l’habitude de retrouver le clochard à chaque dispute de ses parents. Ses rencontres, l’homme qui vit « sous les étoiles » les attend avec une impatience grandissante chaque jour. Petit à petit, l’homme et l’enfant vont s’apprivoiser, s’enrichir l’un de l’autre, se parler, se confier parfois. Et si le bonheur c’était d’apprendre à ouvrir les yeux, prendre le temps de se nourir de tous ces instants que nous ne savons plus voir ?

 

« C’est pourtant si simple… s’asseoir sur un banc, observer…

Chacun traverse mille petits îlots de bonheur…

sans même s’en rendre compte !

Ils n’ont plus le temps… ils ne prennent plus le temps !

Voilà mon quotidien,

ouvrir les yeux sur ce que les gens ne savent plus voir !

et me nourrir de ces petits moments magiques ! »

 

Chabouté a décidément un univers qui me bouleverse. Cette histoire est simple et belle, à la fois triste et pleine d’espoir. Comment ne pas s’attacher à ce petit garçon, sensible et vulnérable ? On ne cesse de se demander comment il arrive à « survivre » dans un climat si malsain : une mère aigrie ne montrant jamais ses sentiments, un père usé et dépassé qui peine à se rapprocher de son fils malgré son désir de pacifier la situation… Ce petit garçon qui n’a jamais vu ses parents s’embrasser ni même se donner la main est extrêmement touchant. Sa rencontre avec le clochard est un très beau moment. Ces deux êtres blessés et seuls, que tout semble opposer, s’ouvrent l’un à l’autre et s’aident s’en même s’en rendre compte. Une très belle leçon d’amitié, une vraie leçon de vie. Et puis il y a le dessin de Chabouté que j’apprécie de plus en plus. Epuré, sobre, simple, il va à l’essentiel… l’émotion. Magnifique.

 

L’avis de Canel et celui de Val sur le recueil réunissant Quelques jours d’été et Un îlot de bonheur.

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© Chabouté / Paquet

 

Éditions Paquet (Septembre 2001)

124 p.

 

C’était ma BD du mercredi!

Chez Mango et chez les autres !

 

palsechesParticipation au challenge « Pal sèches »

organisé par Mo’ la fée

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La fête de l’ours – Jordi Soler

La fête de l'oursDans la famille, tout le monde connaît le grand-oncle Oriol, du moins, tout le monde pense le connaître. Oriol, c’est un peu le héros de la famille, un véritable héros de la Guerre d’Espagne : Oriol aurait sauvé des vies sans tenir compte du danger, Oriol qui se serait retrouvé blessé en tentant de franchir les Pyrénées pour échapper aux franquistes, Oriol que son frère Arcadi avait dû abandonner blessé à la frontière française. C’est donc en 1939 qu’on perd la trace de l’oncle Oriol, et même si la mort semble l’issue la plus logique, cela n’empêche pas son frère de se bercer d’illusions, de l’imaginer vivant quelque part, pourquoi pas pianiste soliste comme dans ses rêves. Une vraie légende ce grand-Oncle Oriol…, pourtant, il n’avait pas l’étoffe d’un soldat, « c’était un homme normal, ni courageux ni lâche, sans grand talent pour l’aventure, moyennement fort et doté d’une résistance à la douleur et au malheur qu’il avait peu à peu découverte au cours de la guerre ».

 

Argelès-sur-mer, avril 2007. Jordi Soler, écrivain mexicain, se rend à une conférence pour parler de son oeuvre, en grande partie autobiographique. Là, une femme ayant tout l’air d’une vagabonde s’approche de lui et le regarde longuement d’un air réprobateur avant de lui remettre en silence une photographie et un papier sale plié en quatre. Sur cette photo, Marti, son arrière grand-père, Arcadi, son grand-père, et Oriol le grand-oncle disparu. Au dos de la photo des mots vraisemblablement écrits par Oriol lui-même : « 1937. Front d’Aragon. » Comment cette femme extravagante a-t-elle pu entrer en possession de ce cliché ? Puis la lettre, que Soler relit plusieurs fois complètement incrédule, signée d’un certain Novembre Mestre qui conteste le destin d’Oriol tel qu’il est reconstitué dans son dernier livre, une lettre qui lui apprend qu’il aurait survécu…

 

Jordi Soler décide de mener l’enquête, de mettre un peu d’ordre dans la généalogie de sa famille. Il se rend à Lamanère, village ou demeure Novembre Mestre, ancien chevrier, véritable géant qui aurait sauvé Oriol d’une mort certaine en le ramenant dans sa cabane au sommet des Pyrénées, cette même cabane où Oriol aurait été amputé d’une jambe et aurait vécu toutes ces années. Et si c’était Novembre Mestre le véritable héros, errant dans la montagne à la recherche de républicains perdus ? Novembre raconte, Soler écoute et reconstitue peu à peu ce que fut la vie de ceux que la communauté surnommait à l’époque « la bête et le petit soldat », un duo atypique qui ne passait pas inaperçu.  Lentement, patiemment, Jordi Soler remonte le temps, ajoute des éléments à l’image de son grand-oncle qu’il est en train de reconstruire, et ce qu’il découvre finit par le remplir de tristesse, de rage et de honte… La légende s’effrite, le mythe s’effondre…

 

Sacré roman que voilà, mais est-ce vraiment un roman ? On oscille sans s’en rendre compte entre la réalité et la fiction en suivant Jordi Soler sur les traces de celui que toute sa famille avait érigé en héros. L’enquête est fascinante, le personnage d’Oriol se dessine peu à peu, scélérat, traître, assassin, un monstre en somme… L’histoire qui se révèle est cruelle, peuplée de personnages fantastiques tout droit sortis d’un conte sombre et noir où règne la sauvagerie, où sont mis à nu les côtés les plus vils de l’âme humaine. On ne peut qu’être étourdi par un tel récit, le style de l’auteur est riche, les phrases interminables, les métaphores subtiles. Un roman inclassable, épopée sauvage au coeur de la « bête », au symbolisme fort, qui m’a captivé de bout en bout. 

 

Premières phrases : « On sait que la déflagration de la première bombe se faufila en rampant sous son lit, comme un animal, et qu’un instant plus tard elle se fragmenta en un râle de lumière qui grimpa le long des murs et dessina un éclair au plafond. On sait que cette déflagration et les quatre qui suivirent firent penser à Oriol que son espoir de quitter ce lit vivant était mince. »

 

Au hasard des pages : « … je commençai à penser qu’Oriol, au cours de ces années de forêt et de vie préhistorique, s’était effectivement animalisé, qu’il était devenu insensible à des situations qui avant la guerre, je veux le croire, l’auraient détruit, mais il se peut que je me laisse emporter par cette image du pianiste barcelonais de bonne famille, par l’imagerie familiale de l’oncle Oriol remportant des triomphes en Amérique du Sud, cette iconographie mentale avec laquelle je prétends nuancer la cruauté de cet homme. Peut-être, à ce moment de l’histoire, après toutes ces pages que j’ai écrites, peut-être le moment est-il venu d’accepter qu’Oriol était simplement comme cela, un homme méprisable qui portait le même nom que moi. » (p. 151-152)

 

Éditions Belfond (Janvier 2011)

203 p.

 

 

Lu dans le cadre des Chronique de la rentree litteraire

Un grand merci à Abeline pour sa confiance.

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Primal – Robin Baker

PrimalVoilà un livre qui m’intriguait fortement : son titre, son illustration de couverture, et l’histoire surtout… En quelques mots, si j’avais à vous résumer ce roman atypique, je dirais à peu près ceci : prenez un peu de la série « Lost » pour le point de départ, rajoutez-y un soupçon de « Kho Lanta », saupoudrez le tout d’un peu de « L’île de la tentation »… Vous obtiendrez Primal, un livre qui m’a accompagné plusieurs jours sans que je puisse le lâcher, un roman original et quelque peu déroutant, mêlant enquête et fiction dont l’espèce humaine ne sort pas grandie !

 

« Si l’on vous dépouillait de tout, êtes-vous absolument certain de la façon dont vous vous conduiriez au paradis ? »

 

En juin 2006, un groupe de neuf étudiants accompagnés de personnels universitaires part en expédition pour un mois sur une île déserte paradisiaque en plein coeur du Pacifique Sud. Le professeur Raul Lopez-Turner, « explorateur et primatologue de renommée mondiale », mène ce projet qui lui tient à coeur. Mais voilà… A la fin de la mission scientifique, alors que tous attendent leur retour en Angleterre, on perd leur trace : l’enquête conclura à un naufrage sans survivants.

Un peu plus d’un an après leur départ, alors que leur décès est déclaré depuis plus de six mois, on retrouve les jeunes gens, nus et hagards, à plus de deux mille kilomètres de l’île sur laquelle ils auraient dû se trouver. Enfin, certains d’entre eux : trois hommes manquent à l’appel dont le professeur Lopez-Turner, mort noyé la nuit de l’incendie qui aurait entièrement détruit le camp de base ainsi que toutes les provisions, les médicaments et les affaires personnelles du groupe. Évidemment, leur histoire fait la une des journaux tant elle est sensationnelle : comment les naufragés ont-ils fait pour survivre ? Comment se sont-ils organisés ? Comment ont-ils fait pour rester unis dans l’épreuve ? A tous les médias, dans chaque interview, les survivants racontent la même version peu crédible de leur histoire, une version qui met en avant leur courage, leur amitié…

Robin Baker est choisi pour cosigner le livre qui racontera la version officielle de leur histoire, mais au fond de lui, il est persuadé que la vérité est bien différente de celle présentée par les survivants. Ils cachent quelque chose, mais quoi ? L’enquête de Robin Baker se révèle passionnante : malgré la réticence des uns, l’hostilité des autres, il se lance dans le projet, curieux de démêler le vrai du faux et de reconstituer la véritable histoire. Pour cela, il rencontrera Ysan, l’une des survivante : son témoignage forme la première partie du livre. Mais Ysan ne dit pas tout…

 

Voilà un roman qui ne laisse pas indifférent ! Son originalité tient beaucoup à son auteur : Robin Baker a écrit des best-sellers internationaux dans le domaine de l’évolution et de la biologie sexuelle des êtres humains et des autres animaux. Ces travaux de recherche ont donné lieu à de nombreux articles et essais mettant en regard le comportement et les instincts sexuels de l’homme et celui des grands singes. Comment se comporteraient des hommes civilisés s’ils se retrouvaient du jour au lendemain à l’état sauvage ? Reproduiraient-ils un mode de vie propre aux humains (monogamie, famille nucléaire) ? Pas si simple… La réalité est plus troublante, dérangeante même. Sans cadre, sans lois, sans autorité…, l’homme redevient-il un animal ?

On entre de plein pied dans l’histoire, il faut dire que le point de départ de l’intrigue nous donne envie d’en savoir plus ! J’ai trouvé les personnages particulièrement bien campés, bien analysés, ils sont à n’en pas douter un des atouts du livre. On suit leurs aventures avec avidité, le suspense est bien présent, les non-dits et les zones d’ombres sont bien distillés et on ne cesse de s’interroger sur le fin mot de l’histoire.  On ne s’ennuie pas ! Évidemment, on ne peut faire l’impasse sur les descriptions très « anatomiques » de certaines scènes. Même si l’on s’habitue à la nudité des personnages, elle n’en reste pas moins troublante : scènes sexuelles, viols, violence, rien ne vous sera épargné… Tout ceci se justifie bien sûr par la thèse que cherche à exprimer l’auteur, néanmoins, certaines scènes peuvent choquer les âmes sensibles !

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, même si je dois avouer que j’ai largement préféré la première partie du roman constitué par le récit d’Ysan de la vie sur l’île. Dans le reste du roman, l’auteur avance des théories, tente de combler les vides, rencontre les autres survivants… Cette partie qui lui permet de défendre sa thèse m’a par moments ennuyée et la fin m’a laissée perplexe…

Une lecture choc pour laquelle je remercie chaleureusement Babelio.jpget les éditions JC Lattès !

 

Premières phrases : « Dépouillé de tout, comment vous comporteriez-vous au paradis ? Sacrifieriez-vous votre intérêt personnel pour aider à fonder une société morale, bienveillante et solidaire ? Seriez-vous disposé à partager votre nourriture, votre espace -voire votre partenaire amoureux- pour désamorcer les conflits et favoriser l’harmonie ? Et même s vous y parveniez, comment géreriez-vous ceux qui, au sein de votre groupe, en sont incapables ? Ceux qui sont plus jaloux, plus rancuniers, plus possessifs et plus agressifs que vous ? »

 

Au hasard des pages : « Si vous voulez voir ce que valent les êtres humains, rendez-les à l’état sauvage. Forcez-les à vivre nus parmi les singes. Ce que vous verrez ne vous plaira pas, mais peut-être comprendrez-vous alors que la société moderne n’est qu’une façon de nous dissimuler à nous-mêmes notre véritable nature. Vous verrez à quel point il s’agit d’une construction fragile. » (p. 336)

 

Editions JC Lattès (Janvier 2011)

431 p.

 

 

Primal par Robin Baker Primal Primal Robin Baker Critiques et infos sur Babelio.com

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Dimanche poétique (3)

rudyard-kipling.jpg

 

IF…

Rudyard Kipling (1910)


If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too ;
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise :

If you can dream —and not make dreams your master ;
If you can think —and not make thoughts your aim ;
If you can meet Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same ;
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build’em up with worn-out tools :

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss ;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: “Hold on !”

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings —nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much ;
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds’ worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And —which is more— you’ll be a Man, my son !

 

Traduction en français

par André Maurois (1918)

 

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

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La Ronde des Livres – Philippe Corentin (8)

Pour cette nouvelle Ronde des Livres avec Hérisson et Liyah, j’ai choisi de vous présenter 2 albums du génialissime Philippe Corentin dont j’adore l’univers complètement loufoque et déjanté ! Et je ne suis pas la seule vu que ces albums font partie de ceux que me réclament régulièrement les enfants.

 

PapaCelui ci me fait beaucoup rire, l’idée de départ est je trouve particulièrement bien trouvée ! Imaginez un petit garçon. Le soir, avant de s’endormir, il lit, puis s’endort, quand soudain… : « PAPA !!!! Il y a un monstre dans mon lit ! » Un cauchemar, évidemment, c’est assez banal après tout, sauf que là c’est le fameux monstre qui se précipite hors de son lit pour chercher son père ! Pendant que papa monstre réconforte son fiston et l’emmène au salon voir sa mère, le petit garçon a l’air terrorisé et se réfugie sous les couvertures ! Quelques minutes plus tard, maman monstre vient recoucher son fils et le rassure à nouveau. Il finit enfin par se rendormir quand à nouveau, un cri : « PAPA ! Il y a un montre dans mon lit ! » Rebelote ! La même scène se répète, mais cette fois ci, vous l’aurez compris, c’est le petit garçon qui va chercher son père ! Le monstre et l’enfant finiront par se rendormir tous les deux…, ensemble !

 

Corentin2Le principe de l’inversion est vraiment très drôle ! Finalement, nous sommes tous le monstre de quelqu’un d’autre ! Évidemment, aucun des parents ne voit le monstre en question, celui ci n’existe bien sûr (quoique…) que dans l’imaginaire de l’enfant. Le livre idéal pour balayer avec humour les terreurs des enfants !

 

Papa ! Philippe Corentin, École des Loisirs, 2002.

 

 

N'oublie pas de te laver les dents

Encore un titre complètement farfelu où l’on reconnaît bien la patte de l’auteur. Le petit crocodile se demande bien pourquoi on ne mange jamais de petites filles, quel goût ça peut bien avoir d’ailleurs une petite fille ? D’après papa crocodile, ce n’est pas bien bon, c’est même beaucoup trop sucré. Soit, mais ça serait tellement mieux de le vérifier soit même ! Papa crocodile lui conseille de se rendre chez les voisins, il y a une petite fille qui habite là-bas. Malin, petit crocodile arrive à se faufiler en douce chez les voisins, le papa lit tranquillement son journal, la petite fille lit une histoire, mais pas n’importe laquelle : « l’histoire d’un petit crocodile complètement idiot. Il veut manger une petite fille… C’est une histoire de Corentin. C’est trop drôle ! » Pendant ce temps, le petit crocodile essaye désespérément de mordre la petite fille, jusqu’à ce qu’il l’entende demander à son père : « Mais dis-moi papa, pourquoi on n’en mange jamais de crocodile ? »

 

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Hilarant ! Et je ne vous parle même pas de la chute ! Un album beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît qui joue sur la symétrie et l’inversion. Complètement absurde (même le salon se remplit d’eau), voilà un livre qui suscite beaucoup de discussion avec les plus jeunes qui ne sont pas du tout déstabilisés par cet univers irrationnel.

 

N’oublie pas de te laver les dents ! Philippe Corentin,

École des Loisirs, 2009.

 

 

 

 

Rendez-vous dans 15 jours pour une nouvelle Ronde des Livres !

Ronde des Livres

 

 

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C’est reparti pour le challenge « Je lis aussi des albums »

organisé par Hérisson !

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Le jeudi, c’est citation ! (29)

Jeudi citationSur une idée de Chiffonnette

 

« On m’a volé mon but, monsieur Brul. On m’a fait croire, en sixième, que passer en cinquième devait être mon seul progrès… en première, il m’a fallu le bachot… et ensuite, un diplôme… Oui, j’ai cru que j’avais un but, monsieur Brul… et je n’avais rien… J’avançais dans un couloir sans commencement, sans fin, à la remorque d’imbéciles, précédant d’autres imbéciles. On roule la vie dans des peaux d’ânes. Comme on met dans des cachets les poudres amères, pour vous les faire avaler sans peine… mais voyez-vous, monsieur Brul, je sais maintenant que j’aurais aimé le vrai goût de la vie. »

 

Boris Vian (1920-1959), L’herbe rouge

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