Malo de Lange, fils de voleur – Marie-Aude Murail

Malo-de-Lange.jpgSi septembre rime bien sûr avec rentrée des classes, il rime aussi avec découverte d’un nouvel auteur chez Pimprenelle ! Cela ne pouvait pas mieux tomber puisque ce mois-ci c’est Marie-Aude Murail qui est à l’honneur, auteur jeunesse dont j’ai lu et aimé un nombre incalculable de titres ! Le premier challenge pour moi était donc de trouver un roman que je n’avais pas encore lu… Malo de Lange, fils de voleur. : avouez que le titre seul est une invitation à l’aventure !

 

1822. Tours. Mélanie et Amélie de Lange se rendent chez l’abbé Pigrièche pour y adopter un orphelin, où plutôt une orpheline, blonde aux yeux bleus de préférence. C’est qu’elles sont trop vieilles pour faire le bonheur d’un homme, alors pourquoi pas un enfant ? Alors, quand l’abbé leur met sous les yeux un petit garçon beau comme un angelot qu’on prendrait aisément pour une fille, elles n’hésitent pas une seule seconde. De son passé et de ses origines, elles ignorent tout, mais sur son épaule droite, tatoué dans sa chair au fer rouge, le dessin d’une fleur de lys est la marque du bagne…

Dix ans plus tard, un certain Riflard se présente chez les soeurs de Lange comme le père de Malo. Il se révèle être un brigand qui le kidnappe et le séquestre pour d’obscures raisons. Réussissant à s’enfuir, Malo partira sur les routes. A la fois vagabond, menteur et petit voleur, ses pas le conduiront jusqu’au Lapin volant, célèbre repère de bandits, de voleurs et d’assassins. Si Malo est bien fils de voleur, nul doute qu’il découvrira le secret de ses origines et de sa naissance dans ce QG du crime. Accompagné de Craquelin, du gros Bourguignon et de La Bouillie, il fera face à son destin…

 

Quel plaisir ! Ce petit roman se dévore ! Bourré d’humour, truffé de belles trouvailles et de rebondissements rocambolesques, on ne s’ennuie pas une seule seconde ! Une seule certitude, vous ne pourrez pas vous empêcher de « jaspiner l’arguche » après une telle lecture ! Le roman fait en effet la part belle à la langue des voleurs et des mendiants : vous côtoierez des « barbillons« , des « fourgats« , des « gouèpeurs« , des « grinches » et des « railles« , vous vous enfoncerez dans les rues sombres du Paris du XIXe, vous émettrez mille hypothèses sur l’identité de Malo ce « momacque » qui vaut de l’or… Malo raconte son histoire et on est pendu à ses lèvres ! Petit bonus : lisez bien les titres des chapitres, tous plus délicieux les uns que les autres !

Nul doute que ce petit bijou d’humour ravira les petits comme les grands ! Les personnages sont très attachants, Malo en tête, suivi de près par les autres membres de sa petite bande. C’est savoureux, enlevé, sans temps morts, à recommander chaudement aux amateurs de romans d’aventure !

 

Les avis de Clarabel, Cathulu, Hérisson, Cuné, Lancellau.

 

Premières phrases : « D’habitude, les gens qui écrivent leurs mémoires ont un pied dans la tombe. Moi, je n’ai que seize ans, mais j’ai décidé de vous raconter l’histoire de ma vie. Pour deux raisons. Une, je ne suis pas sûr de faire de vieux os. Deux, j’ai vu plus de choses qu’un centenaire. Mais commençons par le commencement, comme disait le bourreau à Marie-Antoinette en lui coupant les cheveux. »

 

Au hasard des pages : « Le Lapin volant comportait trois étages. Plus on montait, plus les gens étaient dangereux. Les grinches de la haute pègre se réunissaient au troisième étage et, quand ils préparaient un mauvais coup, une trappe dans le plafond leur permettait de s’isoler au grenier. C’était là que se décidaient les cambriolages des bijouteries et les assassinats des riches bourgeois. » (p. 138)

 

Éditions École des Loisirs (Octobre 2009)

Collection Neuf

276 p.

Illustrations de Yvan Pommeaux

 

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Métal Mélodie – Maryvonne Rippert

Metal mélodieIl y a de tout dans la littérature dite « de jeunesse ». Des petits livres sympathiques qu’on lit avec le sourire, des romans quelque peu insipides aux thèmes convenus que les ados dévorent, des livres qu’on survole et qu’on oublie vite… Et puis il y a les romans comme Métal Mélodie, des romans forts, justes et bien écrits, qu’on ne peut pas lâcher avant de les avoir finis. Ce livre est une vraie découverte pour moi, je ne m’attendais pas à ressentir de tels sentiments à sa lecture. Maryvonne Rippert est un auteur de talent que j’aurais plaisir à suivre…

 

Luce a 16 ans, l’âge de tous les excès, de toutes les révoltes, de toutes les colères. Élevée seule par sa mère depuis le décès brutal de son père quand elle n’avait que cinq ans, Luce cohabite plus qu’elle ne vit avec Inès dont elle était pourtant si proche auparavant. Petit à petit, le lien s’est distendu entre la fille et la mère. Des disputes, des incompréhensions, il y en a, c’est sûr, et le style de vie qu’adopte Luce ne fait rien pour arranger les choses : Luce s’habille de noir, écoute de la musique métal, cultive un look gothique et s’entoure d’amis peu fréquentables. Que peut bien y comprendre Inés, elle si stricte dans ses petits tailleurs, si rigide parfois ?

Quand elle rentre chez elle ce soir là, Luce est loin d’imaginer ce qui l’attend. Inès est partie, comme ça, sans prévenir. La lettre qu’elle laisse annonce qu’elle sera absente quatre mois pour des raisons professionnelles, qu’elle sera en Australie et qu’elle a tout organisé pour qu’elle ne manque de rien. « Je te donnerai des nouvelles. Mais pas par téléphone, ni avant quelque temps. J’ai vraiment besoin de prendre du recul. » Pour Luce, c’est le coup de massue : elle qui rêvait d’indépendance, elle va se retrouver livrée à elle même, seule, comment sa mère a-t-elle pu lui faire ça ? Colère, chagrin, incompréhension, Luce passera par tous les sentiments avant de se réjouir de cette liberté inespérée et d’organiser une grosse fiesta…

Pourtant, Luce ne peut s’empêcher de s’interroger : pourquoi sa mère est-elle partie si vite ? Pourquoi ne donne t-elle pas de nouvelles ? D’ailleurs, que sait-elle réellement de sa mère ?

Aidée par son beau voisin Léo et par Moony, une SDF qui se met à squatter chez elle, Luce va mener son enquête et découvrir que sa mère n’est pas en Australie mais en Espagne. Luce ira de surprise en révélation en découvrant le passé de sa mère, d’une femme qu’elle ne connaissait pas…

 

Ce roman est une réussite totale, un vrai coup de coeur ! On suit Luce dans sa quête, tour à tour ado tête à claques et jeune femme attachante. Le départ d’Inès est l’occasion pour Luce de de révéler, de grandir, de se poser des questions sur elle, sur sa mère et sur leur relation à toutes les deux. Elle doit obtenir des réponses, comprendre, savoir qui est cette femme qui partage son quotidien…

J’ai particulièrement aimé la deuxième partie du roman qui m’a donné l’envie irrépressible de courir m’acheter un billet pour l’Espagne ! On s’y croirait, Maryvonne Rippert arrive à créer une atmosphère, à rendre l’ambiance de ce pays où tout est couleurs, musique, chaleur…

Mention spéciale aux personnages secondaires qui gravitent autour de Luce ! Tous apportent quelque chose au récit, certains m’ont énervés, d’autres m’ont émus. J’ai été conquise par le personnage de Moony la fille de la rue, Titi le gitan laconique dans son bistrot andalou, Esteban le clarinettiste amoureux… Quel plaisir ! Et que dire du dénouement…

Métal Mélodie est un beau roman, sensible, pudique, poétique et juste que je n’oublierai pas de sitôt !

 

Lu et aimé par Stéphie, Théoma, Laure, Clarabel, Lael, Marie, Lancellau…, entre autres ! Qu’attendez-vous ?

 

Premières phrases : « Lorsque Luce descendit du train, la chaleur lui explosa au visage. Une chaleur dure, sèche, sans compromis, qui lui pesait sur la nuque alors qu’elle déposait à grand-peine son sac sur le quai. Pourtant, il était à peine 9h30 du matin. Dix-huit heures de voyage – sans compter les correspondances – la déversaient, tête bourdonnante, pensées hébétées, abrutie de sommeil, dans la gare de Grenade. »

 

Au hasard des pages : « Les hommes reprirent le refrain à pleine voix. C’était un grondement sauvage, lancinant, qui donnait envie de courir droit vers les sommets enneigés de la Sierra Nevada, de relever la tête, de se dresser tout debout contre la médiocrité, la bassesse, les petites inquiétudes minables. Libre enfin ! Un souffle de jasmin caressa Luce. Elle ferma les yeux, enivrée d’une émotion qu’elle n’avait jamais connue. Une exultation douloureuse, la vie qui pulse dans les veines, l’instant qu’il faut retenir. Pour la première fois depuis des mois, pour la première fois de son existence peut-être, épuisée, le dos cassé, les mains flétries d’avoir trop trempé dans l’eau, elle sentit son âme s’alléger. La révélation lui fit redresser les épaules. Sa place était ici maintenant. Et c’était un cadeau absolu. » (p. 135)

 

Éditions Milan (Février 2010)

Collection Macadam

210 p.

 

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Ouragan – Laurent Gaudé

Ouragan-copie-1Parmi les nombreux ouvrages de la rentrée littéraire, je ne pouvais pas passer à côté du dernier livre de Laurent Gaudé. Cet auteur a su dans ses précédents ouvrages me toucher, m’émouvoir, me surprendre… J’aime sa plume, son univers, et j’avais hâte de découvrir ce roman dont on parle tant sur la toile et ailleurs. Lancellau étant elle aussi très sensible à l’écriture de cet auteur, nous avons décidé de faire d’Ouragan une lecture commune.

 

L’histoire d’Ouragan, tout le monde la connaît. Nous avons tous été submergés d’images chocs lors de la tempête Katrina qui avait laissé exsangue la Nouvelle-Orléans en 2005. Ce livre est un cri, celui de tous ceux dont la vie a été dévastée en l’espace de quelques minutes. Laurent Gaudé choisit de suivre plusieurs personnages, plusieurs destins : c’est leurs voix que nous entendons, tous se battent pour survivre, certains avec force, d’autres avec désespoir… Si certains en sortiront indemnes, chacun d’entre eux portera à jamais les stigmates de ce jour maudit qui les bouleversera au plus profond d’eux-mêmes. Confrontés à la violence de la nature, les personnages se révèlent, volontaires ou désespérés, résignés, hargneux, violents ou fous. Tous prendront un chemin particulier, tous feront des choix déterminants pour la suite de leur existence…

 

Joséphine Linc. Steelson, « négresse » centenaire, n’a pas peur de la mort, elle ne quittera pas son quartier, elle en a vu d’autres ! Cette tempête peut bien venir, elle qui a passé sa vie à se battre, elle l’attend de pied ferme.

Après six ans d’absence et une vie entre parenthèses à travailler comme un forcené sur une plate-forme pétrolière, Keanu Burns fait route vers la Nouvelle-Orléans pour y renouer avec son passé et la femme qu’il a abandonnée. A contre-courant, il croisera tous ceux qui s’enfuient, lui file vers son destin.

Rose Peckerbye élève seule son fils Byron, cet « enfant raté », étrange, qui aime tant le silence et qu’elle ne peut parfois s’empêcher de détester. La tempête lui ramènera son amour perdu, mais à quel prix…

Buckeley et ses voisins de cellule s’enfuiront d’Orleans Parish Prison, un rêve de liberté qui se réalise grâce à la fureur des éléments.

Le révérend de la ville accueille en sa paroisse tous ceux qui souhaitent la protection du Seigneur, il a une mission, il l’accomplira, coûte que coûte…

Tous ces personnages se croisent, parfois sans se voir, dans ce décor apocalyptique, et le lecteur les suit tour à tour, comme hypnotisé. Tous prennent la parole, et c’est leur voix qui s’élève, forte, poignante, lancinante.

 

Une claque. Voilà ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre à nul autre pareil… La force du roman vient sans nul doute de ces voix qui se croisent, s’entremêlent, se répondent, ces voix d’individus qui deviennent la voix de tout un peuple. Ce roman est très abouti, on y retrouve ce souffle épique indissociable de l’écriture de Laurent Gaudé. Un roman que l’on ne peut pas oublier de sitôt, un roman nécessaire…

 

Qu’en aura pensé Lancellau ? Une chose est sûre, il a marqué Stéphie, Clara, Choco, Cuné. L’avis d’Amanda est plus mitigé…

 

Premières phrases : « Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j’ai ouvert la fenêtre ce matin, à l’heure où les autres dorment encore, j’ai humé l’air et j’ai dit : « Ça sent la chienne. » Dieu sait que j’en ai vu des petites et des vicieuses, mais celle-là, j’ai dit, elle dépasse toutes les autres, c’est une sacré garce qui vient et les bayous vont bientôt se mettre à clapoter comme des flaques d’eau à l’approche du train. C’était bien avant qu’ils n’en parlent à la télévision, bien avant que les culs blancs ne s’agitent et ne nous disent à nous, vieilles négresses fatiguées, comment nous devions agir. »

 

Au hasard des pages : « O misère du monde qui tolère cela. Spectacle de la laideur des hommes. Moi, Josephine Linc. Steelson, je vois ce que vous ne voyez pas. Ils m’ont déposée devant le stade, heureux de m’avoir sauvée des flots, puis ils sont repartis dans leur quatre-quatre rutilant. J’ai regardé autour de moi et j’ai vu les hommes abandonnés, ceux qui ne comptent plus, ceux que l’on a oubliés derrière soi et qui traînent des pieds. Je les ai vus. Ils s’épuisent et se lamentent. Ils sont des milliers à se serrer les uns contre les autres pour ne pas pleurer. Et ils sont tous noirs. Cela personne ne semble le voir. Tous noirs, dans la crasse d’habits souillés par le déluge. Une foule immense, déféquant et pissant de peur, une foule qui ne compte pour rien car nous n’avons jamais compté. Comme la mort de Marley n’a compté pour rien dans la vie de la petite ville de Thibodaux. Tout a continué. Il ne manquait qu’à moi. C’est pareil aujourd’hui. Je suis parmi les rats qui se meurent et ne manqueront à personne. Ils nous viendront en aide, bien sûr, mais bien plus tard. Ils enverront des hélicoptères et des bidons d’eau, mais rien n’effacera le fait qu’au moment de courir ils ne se sont pas retournés, qu’ils ont même oublié qu’ils laissaient derrière eux les nègres de toujours. » (p. 118)

 

Éditions Actes Sud (Août 2010)

188 p.

 

1pourcent

4/7

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Le jeudi, c’est citation ! (6)

Jeudi citation

 

Pour mon sixième rendez-vous hebdomadaire chez Chiffonnette, j’ai encore une fois fait appel à mes souvenirs de lecture d’adolescente. S’il y a bien un roman qui m’a marqué à cette époque, c’est celui-ci…

Véritable phénomène littéraire depuis sa sortie en 1951, il reste aujourd’hui un roman emblématique.

Holden est expulsé de Pencey Prep quelques jours avant Noël. N’osant pas rentrer chez lui et affronter ses parents, il va errer pendant trois jours dans les rues de New York, seul. Atteint du « syndrome de Peter Pan, » Holden ne veut pas grandir, devenir adulte le terrifie. Il se reconnaît dans le poème de Robert Burns, Comin’ Through the Rye, qui donne son explication au titre du livre. Il se voit dans un champ de seigle, entouré d’enfants qui risquent à tout moment de tomber de la falaise… Holden devient alors « l’attrape-coeurs » (the catcher in the rye) : en empêchant les enfants de tomber, il les maintient dans l’enfance, les empêche de grandir… Un roman qu’on ne peut pas oublier et dont voici les premières lignes :

 

« Si vous voulez vraiment que je vous dise, alors sûrement la première chose que vous allez demander c’est où je suis né, et à quoi ça a ressemblé, ma saloperie d’enfance, et ce que faisaient mes parents avant de m’avoir, et toutes ces conneries à la David Copperfield, mais j’ai pas envie de raconter ça et tout. Primo, ce genre de trucs ça me rase et secundo mes parents ils auraient chacun une attaque, ou même deux chacun, si je me mettais à baratiner sur leur compte quelque chose d’un peu personnel. Pour ça ils sont susceptibles, spécialement mon père. Autrement ils seraient plutôt sympa et tout – d’accord – mais ils sont aussi fichument susceptibles. Et puis je ne vais pas vous défiler ma complète autobiographie. Je veux juste vous raconter ce truc dingue qui m’est arrivé l’année dernière vers la Noël avant que je sois pas mal esquinté et obligé de venir ici pour me retaper. »

 

Attrape-coeurs

L’attrape-coeurs de J. D. Salinger

Titre original : The Catcher in the Rye

Éditions Pocket (Janvier 1994)

252 p.

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La fille du professeur – Emmanuel Guibert / Joann Sfar

Fille du professeur Cette bande dessinée est un petit bijou ! Une histoire improbable, un graphisme tout en douceur et en nuances, des personnages atypiques et hauts en couleur, il y a a tout dans cet album pour plaire aux amateurs de BD comme aux non-initiés. En 1998, La fille du professeur a obtenu l’Alph’Art coup de coeur à Angoulême ainsi que le prix René Goscinny. Elle est devenue depuis un grand classique de la bande dessinée.

 

Londres. Fin du XIXe siècle. Imhotep et Liliane s’aiment et se promènent main dans la main, sans que quiconque y trouve à redire. Dans son costume noir tiré à quatre épingles et coiffé de son haut de forme, Imhotep a fière allure malgré ses bandages… Liliane Bowell est la fille d’un grand archéologue anglais, raffinée et de bonne famille, elle est tombée sous le charme d’Imhotep. Avouez que tout cela n’est pas banal ! Trente siècles les séparent, Imhotep a conscience de ne pas être vraiment un être humain, d’être une antiquité, néanmoins, il aime Liliane et est prêt à tout pour l’épouser ! Mais tout n’est pas si simple… Le Muséum cherche à récupérer la momie pour une exposition et les amoureux doivent s’enfuir, laissant deux cadavres derrière eux… Kidnappée, Liliane se retrouve à bord d’un bateau dont le capitaine est pour le moins inquiétant. Imhotep mettra tout en oeuvre pour retrouver sa bien-aimée, affrontera son passé, son propre père et la justice anglo-saxonne, excusez du peu !

 

Fille prof 2

 

Cet album est un vrai régal pour les yeux ! Les couleurs sont magnifiques, à la fois ocres, sépias et ambrées et donnent une touche quelque peu rétro à cette histoire peu commune. L’atmosphère victorienne, les dialogues ciselés et l’humour typiquement british ne font que rajouter au charme indéniable de cette histoire loufoque, romantique et surréaliste. Les péripéties s’enchaînent, le rythme ne faiblit pas et le lecteur jubile devant tant d’audace et d’imagination ! Chapeau bas à Emmanuel Guibert dont les dessins m’ont enchantés et à Joanne Sfar aux manettes de ce scénario intelligent, poétique et tonitruant !

 

A lire les avis de Manu, Nanne, Kalistina, tous très enthousiastes !

 

Fille prof 1

 

Une belle découverte pour cette  BD du mercredi chez Mango !

 

Éditions Dupuis, collection Expresso (2003)

Première parution en 1997

48 p.

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Le jeudi, c’est citation ! (5)

Jeudi citation

En ce jeudi-citation chez Chiffonnette, une fois de plus je me replonge dans mes classiques. Et je ne pouvais pas passer à côté de ce chef-d’oeuvre d’anticipation où la littérature n’existe plus, où lire ou seulement posséder un livre est un crime… Montag, le pompier pyromane, décide un jour de sauver des livres de la destruction et de les lire. Il retourne voir Faber, un professeur d’anglais qu’il n’a jamais dénoncé, allez donc savoir pourquoi… Une discussion s’engage, Faber parle :

 

« Savez-vous pourquoi des livres comme celui-ci ont une telle importance ? Parce qu’ils ont de la qualité. Et que signifie le mot qualité ? Pour moi, ça veut dire texture. Ce livre a des pores. Il a des traits. Vous pouvez le regarder au microscope. Sous le verre vous trouverez la vie en son infini foisonnement. Plus il y a de pores, plus il y a de détails directement empruntés à la vie par centimètre carré de papier, plus vous êtes dans la « littérature ». C’est du moins ma définition. Donner des détails. Des détails pris sur le vif. Les bons écrivains touchent souvent la vie du doigt. Les médiocres ne font que l’effleurer. Les mauvais la violent et l’abandonnent aux mouches.

Est-ce que vous voyez maintenant d’où viennent la haine et la peur des livres ? Ils montrent les pores sur le visage de la vie. Les gens installés dans leur tranquillité ne veulent que des faces de lune bien lisses, sans pores, sans poils, sans expression. » (p. 115-116)

 

Si ce n’est déjà fait, je ne peux que vous conseiller de lire, ou de relire ce roman indispensable !

 

Fahrenheit 451

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

Éditions Gallimard, collection Folio SF (2000)

213 p.

Première publication aux États-Unis en 1953

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Nanami – Tome 1. Le théâtre du vent – Nauriel / Eric Corbeyran / Amélie Sarn

Nanami.jpgVoilà une bande dessinée qui marche fort auprès de mes petites adolescentes en ce moment ! Après l’avoir lue, je comprends leur engouement et leur attirance pour cette héroïne et cette histoire : cet album a en effet tout du shojô (manga qui cible les adolescentes) et mêle habilement la culture et les traditions asiatiques et européennes. Tous les ingrédients du succès donc ! Cette série en cours compte actuellement trois tomes.

 

Nanami est une adolescente de quatorze ans assez renfermée et peu sûre d’elle : ses résultats scolaires sont en baisse et ses parents la menacent de la mettre en pension si elle ne se ressaisit pas. Heureusement, il y a  Cloé, sa meilleure amie, qui tente de la remotiver… Dans les couloirs de son collège, elle trouve un livre au titre énigmatique abandonné par terre : « Le Royaume invisible ». En attendant de le rendre à son propriétaire, elle le ramène donc chez elle. Se décidant à le feuilleter, elle est immédiatement assaillie par des choses monstrueuses jaillissant des pages ! Pressée de s’en débarrasser, elle se rend dès le lendemain à l’endroit indiqué par le tampon du livre, le « Théâtre du vent ». A l’intérieur, elle ne cache pas sa surprise de trouver en pleine répétition la bande des « Black Rose », adolescents marginaux et gothiques qui ne parlent à personne surnommés par son amie Cloé la « secte des corbeaux ». Ils sont dirigés par un metteur en scène pour le moins impressionnant, aveugle de surcroît, Alessandro. Celui ci décèle en elle un don et lui propose un rôle dans la pièce qu’ils préparent, mais par n’importe quel rôle, le premier rôle, celui de la princesse Ataka… D’abord réticente, Nanami finit par accepter de jouer dans la pièce, laissant de côté son appréhension de côtoyer de près la bande des Black Rose. Et c’est là que l’impensable se produit : subitement, elle se retrouve projetée dans l’univers de la pièce qui devient réelle ! C’est ce qui se produit quand le jeu des acteurs est sincère…

 

Ce premier tome tient ses promesses : l’intrigue et le décor sont posés et le lecteur fait connaissance avec les personnages. Rapidement, on plonge dans un monde imaginaire magique et fascinant mais aussi inquiétant : Nanami devient la princesse Ataka mais son royaume est en danger et son pouvoir est remis en cause. Beaucoup de questions restent à ce stade sans réponses et le suspense est bien maintenu. La jeune lectrice ne peut que s’identifier à Nanami : princesse et guerrière, elle se retrouve dans un monde irréel à la fois menaçant et captivant, à mille lieux de son quotidien de collégienne. Malgré un certain nombre de clichés et de stéréotypes, cet album se lit avec plaisir. J’ai apprécié cette initiative de proposer à nos adolescentes un shojô à la française, c’est léger, c’est frais, une bonne lecture détente !

 

Nanami planche2

 

Editions Dargaud (Février 2006)

Collection Cosmo

82 p + cahier de croquis (6 p.)


 BD du mercredi

C’est chez Mango…, et chez plein d’autres !

Liens vers tous les billets du jour chez Mango.

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Obsession – Catherine Kalengula

ObsessionUne chose est sûre, vous ne pourrez pas passer à côté du phénomène qui s’annonce avec la sortie dès demain dans toutes les librairies du dernier titre de la collection Black Moon chez Hachette Jeunesse… Merci à Stéphie de m’en avoir confié les épreuves en avant-première ! Je pense pouvoir dire sans trop me tromper que les adolescentes vont adorer !

 

New York. Gisèle Portier, jeune française de 19 ans, a tout quitté pour tenter sa chance en tant que danseuse dans un des mythiques théâtres de Broadway. Passionnée, déterminée, elle a toutefois conscience que ce ne sera pas une mince affaire. Après avoir attendu en vain qu’un célèbre agent la reçoive, elle tente le tout pour le tout en se rendant à une audition pour une nouvelle version de Roméo et Juliette. Non préparée, ne sachant pas qu’il faut se présenter en couple, c’est sans surprise qu’elle échoue à son audition. Néanmoins, son audace paye : elle est remarquée par le directeur du théâtre, le jeune et très séduisant Bevan MacLeen qui lui propose un petit boulot de femme de ménage. Certes, tout cela est bien éloigné des rêves de la jeune fille mais cette proposition lui ouvre tout de même les portes du théâtre : munie d’une clé, elle va pouvoir s’entraîner seule aux heures de fermeture et assister aux répétitions des danseurs. Une aubaine ! Alors Gisèle danse, seule, ou du moins le croit-elle… Quel est ce souffle chaud qu’elle sent dans son cou, quelle est cette présence qu’elle perçoit autour d’elle, d’où vient cette enivrante odeur de fleurs ? Non, Gisèle ne rêve pas, il y a bien quelqu’un qui danse avec elle sur la scène du Fairhall !

 

Nul doute que nous avons ici réunis tous les ingrédients du succès pour ce titre qui vise clairement le public adolescent. Des phénomènes étranges et inexpliqués, une jeune héroïne naïve, des personnages masculins attirants…, et de l’amour bien sûr ! Pressentant que les phénomènes dont elle est témoin ne sont pas le fruit de son imagination, Gisèle apprendra assez rapidement qu’elle a affaire au « fantôme du théâtre », celui d’un jeune danseur à la carrière prometteuse, Chance, qui s’est donné la mort plus de quarante ans auparavant… la veille d’une première. Même mort, Chance n’a donc pu se résoudre à quitter ce théâtre et semble absolument fasciné par Gisèle, obsédé même. A tel point qu’il choisit de se matérialiser devant elle. Chance est un héros peu commun : énigmatique, sensuel, attirant, il se révèle aussi machiavélique, jaloux voire franchement violent ! Pourtant, Gisèle est irrémédiablement attirée par lui. Mais, car il y a un mais, tout n’est bien sûr pas si simple : non seulement Chance est un fantôme mais il y a aussi Bevan… Cruel dilemme !

 

Passée la mise en route assez longue à mon goût, et après avoir eu quelque peu de mal à rentrer dans le roman, j’avoue avoir été littéralement embarquée par l’histoire ! J’assume donc sans honte mon côté midinette ! Les incorrigibles romantiques ne seront pas déçues et auront même droit en prime à leur petite dose d’adrénaline ! Car oui, on frissonne aussi, Chance peut être réellement effrayant…!

Un bon roman ado, romantique mais pas mièvre, qui nous changera des omniprésents buveurs de sang !

 

Les avis enthousiastes de Stéphie, Pimprenelle et Celsmoon.

 

Premières phrases : « Quand mon réveil s’est animé à cinq heures du matin, j’ai résisté à l’envie impérieuse de laisser retomber ma tête sur l’oreiller. Pourquoi m’infliger ça ? M’extirper de la couette, à cette heure indécente, alors que la plus grosse tempête de la saison sévissait sur New York ? »

 

Au hasard des pages : « Ma folie me transportait au-delà de ce que j’avais pu imaginer. Les yeux écarquillés, je fixais l’hallucination que mon cerveau dérangé était en train d’inventer. Posées sur le sol, deux mains se sont d’abord dessinées, fines et blanches, tandis qu’à l’arrière des pieds sont apparus à leur tour. Lentement, comme si un peintre esquissait le croquis grandeur nature d’un jeune homme agenouillé devant moi, des membres se sont matérialisés : des jambes, des cuisses, des bras, puis, remontant progressivement, un torse et un cou. Avec une lenteur de plus en plus prononcée sont apparus le menton, les joues, le nez, très droit, et enfin des yeux pénétrants qui me scrutaient et des cheveux noirs comme le charbon. J’étais épouvantée. » (p. 73)

 

Éditions Hachette Jeunesse (15 septembre 2010)

Collection Black Moon

256 p.

 

1pourcent

3/7


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Je vous aime tant – Alain Serres / Olivier Tallec

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Cet album est une bouffée d’émotions, un condensé de bonheur ! Une histoire d’amour toute simple, émouvante et sensible, joliement écrite par Alain Serres et magnifiquement mise en images par Olivier Tallec chez un éditeur que j’apprécie tout particulièrement. Un scénario original, une très belle découverte !

 

Gaétan passe beaucoup de temps à la fenêtre de son appartement à regarder la vie qui s’écoule et les gens qui se pressent. Mais ce qu’il regarde surtout c’est la fenêtre bleue d’en face où habite Laura Beaujour : d’elle il ne connaît que le nom, écrit sur sa boite aux lettres. Leurs regards s’évitent timidement, aucun signe, aucune parole échangés. Un jour, Gaétan prend son courage à deux mains et se décide à écrire une lettre, juste quelques mots, à celle qu’il aime en secret. Quand il dépose son message dans la boîte aux lettres de la ruelle des Hirondelles, il ne se doute pas un seul instant du long parcours qu’accomplira celui ci pour parvenir jusqu’à sa destinaire…

 

Cet album est tout simplement magnifique ! En suivant le voyage de cette lettre, le lecteur traverse les océans et découvre tour à tour la misère et la richesse du monde, la pauvreté et la guerre, l’Afrique sous le soleil de Koulango… Quand la lettre parvient enfin à destination, Laura est une vieille dame qui regarde toujours le ciel depuis sa fenêtre bleue. D’une main hésitante, elle répond  enfin à celui qui des années auparavant lui avait avoué : « Je vous aime tant« …

 

Un album à lire, à relire et à offrir sans compter !

 

Premières phrases : « Gaétan est grand maintenant. Il est capable de regarder des films effrayants. Et de sa fenêtre au 6e étage, il peut voir la fenêtre bleue, juste en face, de l’autre côté de la rue. »

 

Au hasard des pages : « Un samedi, il saisit le morceau de papier cadeau qu’il conservait depuis le Noël précédent parce que c’était le plus beau. Il le retourne et écrit un message, qu’il signe, en grand : Gaétan de la fenêtre juste en face. Il le glisse dans une enveloppe, colle un timbre rouge sang et écrit l’adresse de Mademoiselle Laura Beaujour. Puis il enfile ses chaussures en leur demandant : « C’est beau l’amour, non ? «  (p. 18)

 

Editions Rue du Monde (Septembre 2006)

63 p.

 

ChallengeAlbums5/24

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Laver les ombres – Jeanne Benameur

Laver les ombresAussi curieux que cela puisse paraître, je ne connaissais Jeanne Benameur que par ses écrits pour la jeunesse, que je trouve d’ailleurs excellents (Samira des Quatre-Routes, Quitte ta mère, Si même les arbres meurent, Le Ramadan de la parole…). J’ai donc profité de la réédition en poche de Laver les ombres pour découvrir un roman « adulte » de cet auteur. Je suis sous le charme et encore sous le choc de cette lecture !

 

Dans son appartement, Léa a laissé une pièce entièrement vide : c’est là qu’elle danse, chaque matin, c’est là que son corps se libère, s’exprime. Dans la vie, Léa est « chorégraphe par nécessité« , son corps, elle veut le maîtriser à la perfection, le dompter, tout comme elle aimerait réussir à s’abandonner dans sa vie de femme. Car Léa n’arrive pas à aimer sans barrières. Pourtant il y a Bruno, Bruno le peintre qui aimerait tant que Léa pose pour lui, qu’elle se mette enfin à nu. D’où vient cette peur d’aimer ? Un soir de tempête, Léa rejoint sa mère, sa mère qui a des choses à lui dire, elle qui d’ordinaire ne parle jamais. Quand Romilda parle, le monde de Léa s’écroule, entre rejet et tristesse, honte et répulsion… En 1940, au coeur de la guerre, à Naples, Romilda est Suzanne. Dans cette « grande maison« , et pour l’homme qu’elle aime, elle tente tous les jours de disparaître, d’oublier ces voix et ces corps d’hommes. Pour « Jean-Baptiste le français », elle apprend à n’être plus personne…

 

Jeanne Benameur nous offre ici un roman poignant, sensible, pudique et profondément intime. En onze tableaux qui alternent entre le présent de Léa et le passé de Romilda, les fils se tissent, les liens se nouent entre cette mère et cette fille qui se découvrent et se révèlent enfin dans la parole partagée. La vérité peut-elle sauver ? Les mots peuvent-ils libérer du poids du passé, des non-dits et des secrets…? Face à face, mère et fille vont « laver les ombres », Romilda va dire l’indicible, Léa va entendre l’inacceptable.

Un roman lu d’une traite, tant la plume de Jeanne Benameur arrive à retranscrire à merveille les blessures et les maux de ses deux femmes. Si en photographie, « laver les ombres » veut dire « mettre en lumière un visage pour en faire le portrait », nul doute que ceux de Léa et de Romilda resteront longtemps gravés dans mes souvenirs… Un vrai coup de coeur de lecture !

 

Les avis de Stéphie, Clarabel, Lily, Sylire, Leiloona, Malice, entres autres…

 

Premières phrases : « Quand Léa ne travaille pas dès le lever, juste après le premier café, ça ne lui vaut rien. Il lui faut saisir la façon dont son corps va s’articuler au monde avant que la journée avec les autres ne commence. Seule, dans le jour qui vient, par des exercices répétés, elle tisse ses liens avec l’air. Une grammaire sensible, improbable, à réexpérimenter chaque matin. Elle s’oriente. »

 

Au hasard des pages : « Danser, c’est attirer le vide. Un péril intime. Ce péril-là, c’est elle qui le choisit. On n’échappe pas à la seule forme de liberté qu’on s’est donnée soi-même. » (p. 22)

« Léa entend et les paroles de sa mère résonnent tout au fond d’elle. Elle reconnaît ce qui a toujours bercé sa tristesse sans nom. Familière. Immense. Son désert. Cette nuit, elle apprend. C’est devant l’histoire de ceux qui l’ont conçue qu’elle voit que tout lien a été balayé. On ne questionne pas le vide. On avance. Avec la peur à chaque pas. » (p. 131)

 

Éditions Actes Sud, collection Babel (Août 2010)

156 p.

Première parution en août 2008 dans la collection Romans.

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