Blankets, manteau de neige – Craig Thompson

blanketsCela faisait un certain temps que j’avais envie de me plonger dans cette énorme bande dessinée, on pourrait presque parler ici de roman-BD, le terme exact étant « roman graphique ». Ce pavé de presque 600 pages est une autobiographie romancée de l’auteur qui se lit d’un souffle, le graphisme en noir et blanc est sublime, certaines planches à couper le souffle et l’ensemble dégage une formidable puissance et une grande émotion… Un chef-d’oeuvre !

 

Le jeune Craig grandit dans le Wisconsin dans une famille ultra catholique avec son frère Phil avec qui il partage le même lit. Plutôt solitaire et rêveur, assez renfermé, il est rejeté à l’école. Sa vie est rythmée par ses cours de catéchisme, ses promenades en forêt et surtout sa passion pour le dessin… Lors d’une classe de neige organisée par la paroisse, il fait la rencontre de Raina, et c’est le coup de foudre. Il vivra avec elle un premier amour sincère et profond, pudique aussi, qui bouleversera sa vie.

 

 

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J’ai adoré l’atmosphère de cette bande dessinée, peut-être que l’omniprésence de la neige confère au tout une sensation de douceur, le fait est que l’on lit cette histoire comme dans un cocon, comme emmitouflé dans une épaisse couverture au coin du feu… Le titre de cette bande dessinée est d’ailleurs évocateur. La couverture, c’est d’abord celle sous laquelle l’auteur se blottit avec son frère quand ils partagent non seulement le même lit, mais aussi leurs peurs, leurs angoisses… C’est aussi celle que lui offrira Raina, un cadeau précieux qui le suivra tout au long de sa vie. Et c’est bien sûr cet épais manteau de neige qui recouvre tout, paysage quotidien propice aux rêves et aux désirs d’évasion de l’auteur…

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L’histoire de ce premier amour est vraiment émouvante, le trait de Craig Thompson est pur, pudique et sensuel et retranscrit à merveille les sentiments vécus par les deux adolescents. 

Précipitez-vous sur cette bande dessinée si ce n’est déjà fait ! Pour ma part, je ne regrette qu’une seule chose : ne pas l’avoir découverte plus tôt !

 

Editions Casterman (2004)

Collection Ecritures

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La mauvaise rencontre – Philippe Grimbert

 

La mauvaise rencontreJ’avais beaucoup aimé Un secret à sa sortie, un peu moins La petite robe de Paul qui m’avait laissé comme un sentiment de malaise… J’avais cependant hâte de découvrir cette histoire d’amitié entre Loup et Mando, me demandant si pour moi ce serait cette fois une heureuse ou une mauvaise rencontre…

 

Inséparables…

 

Loup, le narrateur, et Mando se connaissent depuis le bac à sable, autant dire depuis toujours. La plupart des souvenirs du narrateur sont liés à des expériences vécues avec son alter ego : leurs jeux d’enfants, leurs découvertes, leurs passions communes pour la littérature fantastique ou les promenades interminables au cimetière du père Lachaise… En grandissant, les deux amis continuent d’évoluer côte à côte, même si la vie leur fait prendre des chemins différents : Loup s’orientera vers la psychanalyse et deviendra le disciple du « Professeur », un psychanalyste de renom, tandis que Mando lui se dirigera vers le droit et l’économie. Pourquoi, alors, parler de « mauvaise rencontre » ? Dès le début du roman, l’auteur nous pointe du doigt ce qui apparaîtra comme des failles dans leur amitié : de petites trahisons en non-dits, l’histoire s’effrite petit à petit, Loup s’éloigne de plus en plus tandis que Mando, exclusif, fidèle, sombre dans la folie…

 

Trahisons et remords

 

S’il me restait une seule chose de la lecture de ce livre ce serait la force de l’écriture de son auteur… J’aime la façon dont les mots s’égrainent avec fluidité, les phrases sont belles, agréables à lire, c’est un tel plaisir que certains passages mériteraient d’être lus à voix haute pour en saisir toute la portée et la profondeur. C’est également une très belle histoire d’amitié même si j’avoue que j’ai été moins conquise par les deux personnages principaux que par les personnages secondaires, des femmes qui ont toutes joué un rôle prédominant dans l’évolution du narrateur.

Nine, la nounou de Loup, sa seconde maman, qui lui voue un amour sans bornes, démesuré…, à qui il enverra chaque année une carte à la fête des mères, en douce, en cachette de la sienne. Pourtant il s’éloignera aussi d’elle avec le temps, la voyant de moins en moins, au plus grand désespoir de Nine. A sa mort, Loup connaîtra son premier deuil, ses premiers remords aussi…

Loup évoluera aussi aux côtés de Gaby, une compagne de bridge de sa mère, excentrique et débordante d’énergie. Cette femme plus âgée que lui, cette femme d’excès, sera une confidente, une vraie « amie d’enfance ».

L’histoire de cette amitié passionnelle et destructrice m’a touchée en de nombreux endroits même si le personnage de Loup m’a souvent profondément agacé…, de même que les très nombreuses références à la psychanalyse, surtout dans la deuxième partie du roman. Mais peut-on réellement en vouloir à Philippe Grimbert, lui même psychanalyste ?

Cette lecture restera cependant un bon souvenir et j’avoue avoir presque lu ce livre d’une traite. Je lirai avec plaisir les prochains romans de cet auteur dont j’aime la plume.

 

Premières phrases : « Il n’y a pas eu de filles dans cette histoire. Juste deux garçons et ça n’a pas été simple pour autant. Bien sûr, les années passant, une ou deux beautés y ont fait leur apparition, trois petits tours et puis s’en sont allées. Elles ont pris le bras de l’un, la bouche de l’autre, mais cela est resté une histoire de garçons. Rien n’aurait dû les séparer, crois de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début mais que personne ne pouvait encore imaginer. »

 

Au hasard des pages : « Durant des années je m’étais efforcé de me conformer à l’image que Mando se faisait de moi. J’avais parfois le sentiment que son existence en dépendait et je tentais de maintenir cette image inaltérable. Mais plus le temps passait et plus je m’épuisais. Je savais que je m’éloignais de lui. Qu’en était-il de son côté ? Peut-être ressentait-il ce déchirement comme un coup de scalpel, celui du chirurgien entre les poitrines de deux siamois. Parfois seul l’un des inséparables survivait, coupable pour toujours de devoir sa liberté à la disparition de l’autre. »

 

A lire également un avis mitigé chez Stéphie, et un autre plus enthousiaste chez Ma.

 

Grasset & Fasquelle (2009)

 

A noter que ce livre est également disponible dans les éditions Feryane, en gros caractères.

Boutique en ligne à cette adresse : www.feryane.fr

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Si je reste – Gayle Forman

Si je reste

Cela faisait un petit moment que je me promettais de lire ce livre… Pour plusieurs raisons : depuis qu’il se trouve dans les rayons du CDI de mon collège, il n’y reste jamais bien longtemps, les élèves enthousiastes se passent le mot et je croule sous les réservations… Généralement, quand un livre plaît autant aux adolescentes, c’est que l’histoire les touche particulièrement et/ou qu’on y retrouve les ingrédients qui plaisent aux jeunes filles : une héroïne qui leur ressemble, une histoire d’amour…, entre autres. Car oui, jusqu’à maintenant, seules des filles sont venues me réclamer ce livre… La seconde raison qui m’a poussée à me plonger dans cette lecture est le nombre incalculable de commentaires élogieux voire dithyrambiques que j’ai pu lire ici ou là sur les blogs que je fréquente, dans la presse ou ailleurs sur la toile. Et, « last but not least », ce fameux bandeau rouge qui en barre la couverture disant, je cite, que ce livre est « le plus émouvant depuis Twilight »… Je dois avouer que ce bandeau m’a profondément agacé d’ailleurs : accrocheur et vendeur certes, mais bien loin de la vérité. Twilight, émouvant ? Ce n’est pas franchement le qualificatif qui me serait d’emblée venu à l’esprit… Toutes ces raisons ont donc attisé ma curiosité, d’autant plus que le thème de la mort, souvent traité en littérature de jeunesse, n’est pas toujours facile à aborder…

 

Une vie brisée..?

 

Mia est une jeune américaine de 17 ans vivant dans l’Oregon entourée de ses drôles de parents et de son adorable petit frère Teddy âgé de 8 ans. Son père, ancien punk membre d’un groupe de rock qui a connu ses heures de gloire, est « rentré dans le rang » en devenant professeur et sa mère, prototype parfait de la femme émancipée, est une mère « à la cool » ne sachant pas cuisiner et s’habillant de façon plutôt excentrique. Quand toute jeune Mia choisit de se mettre au violoncelle, ses parents l’encouragent même si la musique classique n’est pas véritablement le genre de musique écoutée à la maison… Et ils font bien car Mia se révèle avoir du talent, beaucoup de talent même, si bien qu’au début du récit Mia a toutes ses chances d’intégrer la prestigieuse Juiliard School à New York après une audition prometteuse. Mia a donc tout pour être heureuse, d’autant plus qu’elle partage son amour de la musique avec son petit ami Adam, membre d’un groupe de rock en ascension prénommé « Shooting Star ».

Mais voilà, c’est le drame. Un horrible accident de voiture sur une route enneigée met fin à tous les projets de Mia… Sortie de son corps, ele découvre que ses parents ont péri dans l’accident et ne sait pas si son petit frère a survécu. Elle n’est sûre que d’une chose : c’est bien son corps qu’elle contemple, là, allongé dans un fossé… Alors, est-elle morte ? Vivante ? Plongée dans un coma profond, Mia est transportée à l’hôpital de toute urgence et c’est en spectatrice qu’elle assiste impuissante aux efforts des médecins pour la maintenir en vie. Mia voit tout, entend tout… Tous ses proches défilent à son chevet : son grand-père, abattu, sa grand-mère masquant son émotion derrière de longs monologues, sa meilleure amie, Kim, et bien sûr Adam… Que doit-elle faire ? Partir, ou rester ? Et pourquoi…?

 

Le choix d’une vie…

 

Oui, le roman est bien mené. On alterne entre le récit du présent, presque heure par heure, et de nombreux flashbacks racontant « la vie d’avant »… Ces épisodes sont comme une respiration dans le récit : j’ai aimé ce qu’on y apprend sur les différents personnages, l’entourage de Mia, les moments forts de sa vie, la place de la musique. On se rend alors bien compte de tout ce que Mia a perdu, mais aussi de tout ce (ceux…) qu’elle va laisser derrière elle si elle « choisit » de mourir. Évidemment, le sujet prête à l’émotion, et on peut dire que l’objectif est atteint : le récit étant fait à la première personne, elle est d’ailleurs d’autant plus forte, que déciderions-nous à la place de Mia ? Mais voilà, j’avoue que je m’attendais à être plus touchée que ça à la lecture de ce roman même si je ne sais pas vraiment si j’arriverais à expliquer ce qui a fait ma déception… L’histoire de Mia est touchante mais dans l’ensemble j’ai trouvé le récit assez plat, en bref, je suis restée sur ma faim… Il y aura bien une suite à « Si je reste », je pense que je la lirai, par curiosité, pour voir ce que Gayle Forman a fait de ses personnages… Malgré cet avis en demi-teinte, je comprends l’engouement que produit ce livre auprès des jeunes (et des moins jeunes..) lecteurs et je lui prédit un bel avenir, d’autant plus que l’adaptation cinématographique à venir sera mise en scène par la réalisatrice même du premier volet de Twilight, succès garanti…!

 

D’autres avis chez Stéphie, Fée Bourbonnaise, Lili, Maribel entres autres…

 

Première phrase : « 7h09 – S’il n’avait pas neigé, sans doute ne serait-il rien arrivé. »

 

Au hasard des pages : « Si je reste. Si je vis. C’est moi qui décide. Cela ne dépend pas des médecins. Leurs histoires de coma artificiel, c’est du bla-bla. Cela ne dépend pas non plus des anges, qui brillent par leur absence. Cela ne dépend même pas de Dieu qui, s’Il existe, ne se montre pas en ce moment. Mais de moi. Comment suis-je censée prendre ma décision ? Comment puis-je rester, sans papa et sans maman ? Comment puis-je m’en aller en laissant Teddy ? Et Adam ? C’est trop pour moi. Je ne comprends même pas comment tout cela fonctionne, pourquoi je suis ici dans cet état et comment je pourrais en sortir si je le voulais. (…) Pourtant je suis persuadée qu’il y a du vrai dans l’affirmation de l’infirmière. C’est moi qui mène le jeu. Tout le monde est aux petits soins pour moi. C’est moi qui décide, je le sais maintenant. Et cette certitude me terrifie encore plus que tout ce qui est arrivé aujourd’hui. » (p. 69-70)

 

Traduit de l’anglais par Marie-France Girod

Oh ! Editions – 2009

Disponible en format poche depuis juin 2010 (Pocket)

Réédition dans la collection Jeunes Adultes chez Pocket Jeunesse (août 2010)

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Mon voisin – Milena Agus

Mon voisinUne rencontre hors du temps…

 

Comme beaucoup, j’ai découvert Milena Agus à la lecture de Mal de pierres, véritable petit bijou qu’on lit comme dans une bulle, mais qu’on savoure doucement de peur de voir arriver trop vite les dernières pages. En arpentant les rayons de la bibliothèque sur mon lieu de vacances, je tombe sur ce livre de l’auteur dont j’ignorais totalement l’existence, très court, tout juste 50 pages… Sans même lire la quatrième de couverture, je l’embarque avec un sourire…

 

Voilà…, une petite demi heure de lecture et que reste-t-il ? Des impressions d’abord, la force d’une écriture toute simple en apparence, une fluidité… Des images aussi, l’Italie écrasée par un soleil de plomb, les rues typiques de Cagliari, les senteurs de l’été… Et des personnages dont on ne connaîtra jamais les noms tout au long de cette petite histoire. Cette femme dépeinte par Milena Agus est seule, comme à l’abandon, et veut en finir avec la vie. Seule ? Pas vraiment : elle a un fils de 2 ans qui à son âge ne sait ni marcher, ni parler. Mais il est si souriant, si gai, et après tout les médecins disent qu’il est en bonne santé, alors pourquoi s’en faire ? Seulement ce serait tellement mieux s’il était élevé dans une famille « normale », comme celle d’une de ses soeurs par exemple… Elle imagine alors le suicide parfait, la délivrance pour elle mais qui ne serait pas un poids pour les autres : faire croire à un banal accident, glisser dans sa baignoire en voulant changer le rideau de douche…

 

Un ami qui vous veut du bien…

 

Oui mais… Arrive dans sa vie bancale le voisin d’en face. Un seul mur les sépare, il a lui aussi un fils, plus âgé, légèrement turbulent. Un jour, ce fils en quête d’attentions va escalader le mur et finir par passer ces journées avec cette femme en mal d’amour… Et la nuit, c’est le voisin qu’elle retrouve pour de longues discussions, elle sur son balcon, lui à califourchon sur son mur…, et tout change.

 

On est comme en apesanteur en dégustant ce petit bijou où finalement rien ne se passe, et pourtant… Tout est d’une infinie douceur, d’une extrème poésie. Vous l’aurez deviné, j’ai été charmée par cette lecture impromptue à une heure elle aussi impromptue dans une maison endormie avec pour seul bruit de fond celui d’une rivière de montagne…

 

Premières lignes : « Le voisin, elle l’avait rencontré un jour alors qu’avec son petit elle rentrait de promenade. Il était très beau. Et ensuite, toujours à la même heure. Elle arrêtait la poussette et le fixait sans retenue. Mais lui ne les voyait pas, même quand la rue était vide. »

 

Au hasard des pages : « Vivre était vraiment terrible. Bien sûr pas toujours. Il y avait eu pour elle aussi des moments où elle avait désiré vivre. Par exemple quand le père du bébé lui parlait en enroulant autour de ses doigts ses cheveux qu’elle avait très longs, ou quand ils allaient manger des pizzas et qu’ils s’asseyaient l’un près de l’autre et les choisissaient différentes parce que, de toute façon, ce qui était dans l’assiette de l’un était aussi à l’autre, ou dans les excursions à la montagne, lui, attentif, derrière dans les montées, devant dans les descentes, ou bras dessus bras dessous en ville, parce que le père du bébé marchait vite et elle lentement, et alors elle s’accrochait et se laissait entraîner par ce doux courant, ou au lit : comme il lui plaisait, au lit.

Le petit en ce temps-là n’existait pas, il était encore sur quelque planète accueillante où personne ne parle ni ne marche, et tout le monde trouve ça normal.

Elle aurait dû mourir à ce moment-là. Avant que le père du petit ne cesse de la désirer et de s’inquièter pour elle et de la traîner avec douceur, et que le petit n’arrive sur notre planète où tout le monde s’attend  ce qu’on parle et marche. »

 

Traduit de l’italien par Françoise Brun.

Editions Liana Levi, collection Piccolo.

 

 

 


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Le mec de la tombe d’à côté – Katarina Mazetti


  Le mec de la tombe d'à cotéDrôle d’endroit pour une rencontre…

 

Une chose est sûre, ces deux là n’avaient à priori aucune raison de se rencontrer, et pourtant…

Désirée est le prototype de la jeune fille cultivée mais pas très folichonne. Elle adore l’opéra, la poésie, les livres aussi : bibliothécaire en section jeunesse, elle vit dans un appartement tout blanc très tendance,  peu meublé mais rempli de livres, et a tout d’une vraie citadine. A 35 ans, elle se retrouve veuve suite au décès stupide de son mari lors d’un accident de… bicyclette ! Éplorée la veuve ? Et bien non en fait, pas vraiment : elle lui en veut terriblement à son mari de l’avoir plantée là, seule, si jeune, quel mauvais goût, quelle injustice ! La routine, le côté plan-plan de son Orjan, et bien elle s’y était habituée… Pourtant elle se fait un devoir de se rendre presque chaque jour sur sa tombe, si sobre, si simple, à l’image de son défunt mari que l’on devine sans peine avoir été profondément ennuyeux. Juste à coté de sa pierre tombale se trouve une autre stèle, en marbre blanc, truffée de dorures et d’angelots et envahie de plantes. Inutile de préciser que Désirée trouve cette tombe on ne peut plus vulgaire, kitsch, tape-à-l’oeil et grossière, sans parler de celui qui vient la fleurir quasi quotidiennement. Lui, elle le surnomme le Forestier, et c’est avec dédain qu’elle l’observe s’occuper de cette tombe comme de son jardin ouvrier, vêtu de son blouson informe et de ses cache-oreilles… C’est la tombe de sa mère que vient fleurir Benny, et depuis son décès, il vit seul dans la ferme familiale qu’il gère comme il peut : 24 vaches laitières, excuser du peu ! Sa voisine de cimetière, il ne peut pas la sentir : elle est si froide, si rigide, si stricte avec son petit bonnet et son carnet de poésie ! Il la surnomme tout de suite la femme beige, tellement il la trouve pâle et décolorée dans ses habits tristes, le contraire des femmes qui l’attirent. Benny lui, il aime les femmes qui se maquillent, qui se pomponnent, bien en chair… pas facile avec son métier d’agriculteur de rencontrer la femme qui lui conviendrait !

Alors comment ces êtres aussi différents vont-ils arriver à s’aimer ? Ah, le mystère de l’amour… Pour Désirée et Benny, c’est dans un sourire aussi bref qu’inattendu que la passion naîtra, à la plus grande surprise des deux intéressés eux-mêmes, conscients de ne pas évoluer dans le même monde…

 

Les histoires d’amour finissent mal… en général… !

 

Et bien oui, j’ai aimé ce livre, et même beaucoup aimé, je suis une incorrigible romantique ! Mais attention, ici pas de mièvrerie, de guimauve et de mots sucrés à chaque page. Mais quel humour ! Bien sûr, vous n’éviterez pas certains clichés sur le choc des cultures, la ville, la campagne… Le sel du livre est ailleurs. La rencontre de ces deux éclopés de l’amour est franchement hilarante : que dire de Benny quand il découvre pour la première fois l’appartement de Désirée, vide et froid comme un hôpital…, et de Désirée arrivant à la ferme familiale encore toute imprégnée de la présence de la mère. Non, Désirée n’aime pas le point de croix, ne sait pas faire les boulettes de viande et ne comprend pas qu’on doive se lever aux aurores pour traire des vaches… Et oui, Benny s’endort, ou pire ronfle bruyamment en pleine représentation théâtrale…, mais pour son anniversaire, alors qu’il la connaît à peine, il lui offre des boucles d’oreilles Mickey, un savon papillon, des collants turquoises, un ballon rouge, un harmonica et une affiche affreusement kitsch d’un couple d’amoureux debout dans un coquillage…, comment ne pas succomber !!! Et au lit me direz vous…, et bien c’est chaud, bouillant même, à des années lumière de ce bon vieux Orjan ! Sacrément dévergondée la fille de la ville !

Allez, je n’en dirais pas plus, filez vous acheter ce livre et préparez-vous à passer un vrai bon moment de lecture. Personnellement, j’ai été très touchée par la fin de ce livre, ouverte, différente de ce à quoi on pouvait s’attendre et profondément émouvante. Je serais curieuse de voir l’adaptation théâtrale qui en a été faite…

 

Première phrase : « Méfiez-vous de moi ! Seule et déçue, je suis une femme dont la vie sentimentale n’est pas très orthodoxe, de toute évidence. »  

 

Au hasard des pages : « Parfois j’ai l’impression que je suis en train d’essayer d’apprendre son corps par coeur, comme si j’avais peur qu’il disparaisse. Je connais ses creux sous les clavicules, ses orteils droits, le grain de beauté sous son sein gauche et le duvet blanc sur ses avants-bras. Si on jouait à collin-maillard, je ne me tromperais jamais, à condition qu’elle soit nue. Je crois que je la reconnaîtrais rien qu’à la manière dont son nez forme un angle qui pointe en l’air. C’est assez marrant, elle se trouve tout à fait quelconque. Moi, j’ignore totalement si elle est belle ou laide, ça n’a aucun intérêt, pourvu qu’elle reste comme elle est. » (p. 136)  

 

Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus 

Editions Actes Sud (mars 2009)

Collection Babel 

 


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3, 2, 1… Allez, on se lance

1253545643ysGnRBVoilà, depuis le temps que ça me trottait dans la tête… Faut dire que la tentation était grande, la faute à mes copines bloggueuses, Stéphie, Sara et Emma pour ne pas les citer… Leurs blogs respectifs ont été de vraies sources d’inspiration et surtout m’ont fait dire : et pourquoi pas moi ? Bon, rassurez-vous, mon blog n’a aucune ambition particulière, si ce n’est celle de garder une mémoire de mes lectures diverses et variées : c’est un peu mon métier les livres, et je suis amenée pour mon plus grand plaisir à lire beaucoup de littérature dite de jeunesse, mais pas que… Alors, si dans ce joyeux fourre-tout vous trouvez ne serait-ce qu’une petite idée sympa de lecture, j’aurais atteint mon but ! Bonnes découvertes à tous !

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