Le petit déjeuner de la famille Souris – Kazuo Iwamura

Le petit déjeuner de la famille sourisAujourd’hui est un jour particulier…. Mon petit Loupinou grandit, 5 ans déjà ! Loupinou grandit au milieu des livres, la faute à qui me direz-vous ? En tous cas je ne pouvais pas ne pas présenter ce livre, un coup de coeur pour tous les deux, un livre lu et relu un nombre incalculable de fois ! C’est bien connu, quand les enfants aiment, ils ne comptent pas, en redemandent, et ne se lassent jamais !

S’il y a bien un livre qui se prête à la relecture c’est celui ci, et j’imagine aisément que tous les livres de cette série sont du même acabit !

 

L’histoire de cet album est très simple et tient en peu de mots : la famille souris est une famille nombreuse, et tous mettent la main à la pâte pour préparer le petit déjeuner. Il y a le père, la mère, les grands-parents et les dix enfants, ça fait du monde ! Après le réveil et la toilette, tous vont au bois cueillir des framboises, sauf benjamin le plus petit. Pendant ce temps là, on s’active à la maison : on coupe du bois, on fait du feu, on fait cuire des petits pains… Et quand les enfants reviennent avec des paniers débordant de framboises, on peut enfin passer à table…

 

L’intérêt de cette petite histoire réside dans les illustrations, superbes, truffées de petits détails qu’on ne se lasse pas d’observer, de décortiquer, et qu’on découvre au fur et à mesure des lectures. Très peu de texte en effet, à peine une ligne en bas de la double-page, celle-ci étant occupée par l’illustration. Et il y en a des choses à dire quand on regarde de plus près ces illustrations, détails de la vie de tous les jours, détails comiques, loufoques, touchants, tout y est ! Tout est un prétexte pour faire parler l’enfant et tous les personnages ont une particularité, la scène du réveil est d’ailleurs parfaite pour déceler les différents caractères : il y a celui qui dort debout, celui qui est tombé de son lit et qui dort par terre, celui qui se précipite dans l’escalier, le plus petit qu’on aide, celui qui a fait pipi au lit, le rigolo, le sérieux… Autre scène magique : la cueillette des framboises dans les bois… Les illustrations fourmillent de détails, on observe des insectes, on admire les fleurs, les arbres, les couleurs, les formes… Bref, c’est un émerveillement !

 

Un très bel album dans cette série de la famille Souris, c’est tendre, c’est mignon, c’est bucolique, ici on adore ! C’est vraiment beau, un régal pour les yeux des plus petits… et des plus grands !

 

École des Loisirs (Janvier 1985)

Traduit du japonais

 

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ChallengeAlbums6/24

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Le jeudi, c’est citation ! (8)

Jeudi citationChez Chiffonnette

 

Parce que j’adore ce livre depuis toute petite…

Parce que je reste une éternelle enfant…

Parce que les miens grandissent trop vite…

Parce que je suis peut-être un peu atteinte du « syndrome »…

Et parce que moi aussi je suis avide d’histoires et vis un peu

au Pays imaginaire…

 

 

« All children, except one, grow up.

They soon know that they will grow up, and the way Wendy knew was this. One day when she was two years old she was playing in the garden, and she plucked another flower and ran with it to her mother. I suppose she must have looked rather delightful, for Mrs Darling put her hands to her heart and cried : « Oh, why can’t you remain like this for ever ! » This was all that passed between them on the subject, but henceforth Wendy knew that she must grow up. You always know after you are two.  

Two in the beginning of the end. »

 

 

PeterPan

Peter Pan, J. M. Barrie

Première publication en 1911

Titre original : « Peter and Wendy »

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Elza dans la cour des grandes – Didier Levy / Catherine Meurisse

Elza_couv.jpgVoilà une petite BD bonne mine qui donne le sourire ! Du rouge, du noir et du blanc, un format original et peu commun, et une héroïne drôlissime, il me fallait bien ça pour me détendre après ma dernière lecture plutôt éprouvante !

Mission accomplie donc ! A destination des jeunes ados, nul doute qu’elle plaira aussi à leurs parents, en tous cas, moi j’adore ! Elza dans la cour des grandes est le premier tome d’une série qui en compte actuellement trois.

 

« Il y a les filles que l’on regarde, il y a les filles que l’on ne voit pas…

Et il y a … Elza Petipa ! »

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Elza n’est plus tout à fait une petite fille, pas vraiment une adolescente, et très loin d’être une femme. Un brin garçon manqué, courte tignasse brune, boucles d’oreilles en forme de fleurs, Elza aimerait bien grandir, avoir de la poitrine et plaire aux garçons… C’est qu’à 11 ans, elle se trouve quelque peu en retard : elle n’a jamais embrassé un garçon sur la bouche à l’âge où Mozart écrivait son premier opéra et où Blaise Pascal inventait la géométrie plane…! Tout le contraire de sa copine Molly, toute en blondeur, en seins, en hanches et en démarche chaloupée ! Elza n’est pas transparente pour tout le monde, il y a Robert-Louis, l’amoureux transi aux mains moites, mais elle, elle en pince pour Arthur Beauséjour à qui elle a écrit soixante-treize lettres d’amour qui ont toutes fini à la poubelle. Mais puisque madame la fée ne veut pas la transformer en jolie jeune fille, il va falloir être patiente !

 

« Comme le disait Simone de Beauvoir… « On ne naît pas femme, on le devient ! »

Mais qu’est-ce que c’est casse-gueule ! »

 


elza extrait

 

Éditions Sarbacane (Avril 2007)

48 planches

 

Également disponibles :

 

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Elza Saison 2 : C’est encore loin l’amour ? (Avril 2008)

 

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Elza Saison 3 : Les garçons et moi (Avril 2009)

 

 

BD du mercrediChez Mango et chez plein d’autres !

 

palseches

Challenge « Pal sèches » chez Mo’ la fée

2/36

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Les vies extraordinaires d’Eugène – Isabelle Monnin

Vies extraordinaires d'EugèneQuand Calypso a fait de ce roman un livre voyageur, j’ai tout de suite su qu’il était fait pour moi… Tellement de beaux billets ont fleuri sur la blogosphère pour parler d’Eugène et de ses vies extraordinaires que malgré son sujet difficile et douloureux, j’ai à tout prix voulu le lire. Cette lecture a été éprouvante, longue car entrecoupée de petites lectures « soupapes », c’était nécessaire, j’avais besoin de ces respirations. Ce livre va repartir vers d’autres lecteurs et poursuivre son extraordinaire aventure. Un très beau premier roman, incontestablement…

 

C’est un 23 novembre vers 20 heures qu’un « tsunami » a dévasté la vie du narrateur et de sa femme. A sa naissance six jours plus tôt, Eugène ne pesait que 1 kilo et 60 grammes. Né grand prématuré, trop petit, trop faible, il décède d’une infection au petit matin. « Eugène a-t-il existé même s’il n’a pas vécu ? » Depuis ce jour, la mère d’Eugène ne parle plus, puisqu’il n’y a rien à dire… Elle communique à l’aide de mots et de courtes phrases toutes faites écrits sur un petit carnet. Elle voit un psy trois fois par semaine qui parle à sa place et écoute son insondable silence. Et elle coud, inlassablement, des pantalons en velours rouge pour tous les âges de la vie d’Eugène.

Le père lui ne peut pas se taire, face à ce silence, il se doit de raconter l’histoire de son fils, il doit lui offrir cette parole pour qu’elle retrouve sa voix. L’Histoire de notre fils.doc…, mais qu’il y a t-il à dire sur Eugène, ce fils qu’ils n’ont même pas eu le temps de tenir dans leurs bras, d’embrasser ? Pourtant, Eugène a existé, il a été là, il faut lui redonner vie.

Interroger ceux qui furent proches d’Eugène, ceux qui l’ont connu, touché, comme Noëlle, infirmière en réanimation néonatale, ne suffit pas… Commence alors une véritable enquête pour savoir ce qu’aurait pu être la vie d’Eugène s’il avait vécu. « Plutôt que de buter sur cette infime existence qui prend si peu de mots à raconter, je vais écrire la vie qu’il aurait dû avoir. » Rosa, Véronique, Nour, Elie, Marvin, Victor, Fatoumata, Solal, le narrateur dérobe dans le bureau de la directrice de la crèche d’Eugène la liste et les adresses de ses petits camarades de jeux. Le plan du quartier scanné et punaisé au dessus de son bureau, le travail de recherche et d’investigation peut commencer, méthodique, précis, nécessaire…

 

Que dire sur ce roman si ce n’est qu’il est bouleversant, qu’il prend à la gorge… Mais curieusement, ce livre n’est pas que triste, il est lumineux, porté par une écriture sensible, pudique et touchante. La mère se tait, le père parle, et qu’elle est belle la voix de ce père ! Oui, j’ai souvent eu les larmes au yeux, mais j’ai aussi souri parfois… Écrit comme un journal intime, l’histoire d’Eugène couvre un an de vie sans lui et se termine par la lettre bouleversante et magnifique de la mère à son fils. Je ne sais pas quoi vous dire de plus sur ce très beau roman, lisez-le si vous le pouvez et si vous vous en sentez la force, vous n’oublierez pas Eugène de sitôt…

 

Le billet de George m’avait énormément touché de même que celui de Clara qui n’a pu terminé sa lecture… Plein de billets magnifiques sur ce livre qui l’est tout autant, celui de Calypso bien sûr, une des toutes premières à en avoir parlé, ceux de Stéphie et Pimprenelle qui en avaient fait une Lecture du Dimanche, mais aussi ceux de Mango, Restling, Lasardine, Valérie, Keisha,

 

Premières phrases : « J+26 (19 décembre) Je pourrais parler de Carla Bruni. Il semble que son histoire avec le président de la République a commencé ce soir-là. C’est une coïncidence évidemment, n’y voir aucun complot sarkozyste. C’était juste un dîner chez Jacques Séguéla. Il fallait distraire un ami récemment divorcé. Carla, Luc, Marie-Caroline, à vos agendas, retrouvons-nous le 23 novembre vers 20 heures, espérons un coup de foudre, Nicolas ne supporte pas de dormir seul. Ce jour où, en silence, un tsunami a renversé notre vie. »

 

Au hasard des pages : « Ça va faire trois mois maintenant. Nous nous installons dans la vie sans notre enfant. C’est-à-dire exactement la même qu’avant sans la légèreté. Je me sens vieux. Je regarde les photos de la grossesse, une chaque jour depuis la première échographie. Cent vingt-quatre en tout. Il y a plus de photos de lui dans le ventre de sa mère que de lui après la césarienne. La tête en bas, en haut, le ventre rond, en gros plan ou caché par un dessin, noir et blanc ou couleurs saturées, mes mains presque toujours au même endroit, de chaque côté du ventre. Nos visages sont lisses, nos yeux brillants. Je ne nous reconnais pas. » (p. 56)

 

Éditions JC Lattès (Août 2010)

232 p.

 

1pourcent

5/7

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Poil au nez – Cécile Chartre

Poil-au-nez.jpgJ’ai commencé ce très court roman en prenant mon café ce matin, pas très réveillée, encore un peu dans les vapes… Quand je l’ai refermé, mon café était froid, lu d’une traite tellement c’était beau ! Encore une petite pépite en littérature de jeunesse, un concentré d’émotions, un petit bijou se sensibilité, un vrai cadeau ! Quatre-vingt dix pages qui défilent à toute allure, une jolie découverte sur un thème pourtant difficile.

 

Angel a 16 ans. En ce 31 décembre 2009, il n’a pas trop le coeur à la fête. Alors quand tous ses copains se pointent « à l’aube » avec leurs stupides cotillons et leur satanée bûche à la pistache, Angel n’apprécie que très moyennement : 11h18 du matin, Angel a passé une mauvaise nuit, comme toutes les autres d’ailleurs, et ça fait dix ans que ça dure… Avec son vieux pyjama rayé et sa petite moustache, la dégaine d’Angel prête à rire, lui veut seulement être seul. Personne ne peut savoir qu’Angel a un rendez-vous important aujourd’hui, un rendez-vous qu’il ne manquera pour rien au monde, un rendez-vous qu’il attend depuis dix ans, depuis ce 31 janvier 1999 où son père lui a parlé pour la dernière fois. Jamais il n’oubliera ce jour, ce mois, cette année, où son père lui a confié une petite boîte blanche au contenu mystérieux qu’il ne doit ouvrir que le 1er janvier 2010, à zéro heure, zéro minute… Depuis ce fameux jour, Angel grandit sans son père, et ce soir, il a rendez-vous avec lui.

 

Quel joli roman, et quel joli moment j’ai passé en sa compagnie ! Une écriture sans chichis, fluide et émouvante, comme j’aime ! C’est la voix d’Angel qu’on entend, il parle à son père. Le lecteur découvre tour à tour son histoire et le récit du déroulement de cette fameuse journée si importante pour lui. Un très beau texte sur le deuil, l’absence du père, la difficulté de se construire et de grandir sans lui… Un texte qui fourmille de beaux moments, très émouvants, très justes. Je suis encore marquée par le personnage d’Angel, mais aussi par celui de sa mère : présente sans être envahissante, aimante, touchante. Un texte fort, plein d’espoir et d’amour qui fait couler les larmes et que je n’oublierai pas de sitôt ! Un vrai coup de coeur !

 

Un livre qui a touché Stéphie, Marie, Gaëlle, Mel, Clarabel, Sharon

 

Premières phrases : « Ils sont tous là, papa. Tous, pas un ne manque. Ils sont tous là, et qu’est-ce que je me sens seul ! »

 

Au hasard des pages : « Depuis ce matin, je m’évertue à ne pas croiser son regard. A ne pas trop m’y attarder, en tous cas. Les 31 décembre sont des journées encore plus critiques que les autres, pour tous les deux. Des journées où nous sommes toujours très entourés, avec plein de monde, plein de bruit autour. Des journées si bien remplis que nos deux cerveaux devraient être totalement exemptés de la moindre pensée. Mais cette agitation est peine perdue. Depuis ce matin, il n’y a pas une seule seconde durant laquelle je n’aie pas pensé à toi, papa. Quant à maman, ses yeux ont été squattés tout la journée par des espèces de poussières invisibles. Des poussières qui ont fait pleurer ses jolis yeux clairs. Et c’est vrai qu’ils sont toujours beaux, les yeux de ma mère. Ces derniers mois, ils semblaient même s’être animés d’une nouvelle lueur. Sa nouvelle coupe de cheveux lui va à ravir, et les quelques sorties au ciné qu’elle a fait ces derniers temps lui ont redonné le teint frais. Elle est belle, maman. Je l’avais presque oublié. » (p. 69-70)

 

Éditions du Rouergue (Janvier 2010)

Collection doAdo

90 p.

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Le jeudi, c’est citation ! (7)

Jeudi citation

Il y a certains livres qu’on hésite à relire tant ils nous ont marqué à l’époque de leur première lecture… C’est le cas du roman que j’ai choisi aujourd’hui pour le rendez-vous hebdomadaire de la citation du jeudi chez Chiffonnette. C’est d’autant plus le cas quand c’est un classique… J’ai repris cet exemplaire défraîchi dans ma bibliothèque, je n’ai pas du l’ouvrir depuis mes 15 ans ! Un très bon roman de science-fiction, oui, mais surtout une magnifique histoire d’amour, éternelle, unique, magnifique… Eléa et Païkan, deux amants légendaires, 900 000 ans auparavant.

C’est la voix du Dr Simon qui ouvre le roman, à jamais marqué par la découverte de ces deux corps sous la glace :

 

« Ma bien-aimée, mon abandonnée, ma perdue, je t’ai laissée là-bas au fond du monde, j’ai regagné ma chambre d’homme de la ville avec ses meubles familiers sur lesquels j’ai si souvent posé mes mains qui les aimaient, avec ses livres qui m’ont nourri, avec son vieux lit de merisier où a dormi mon enfance et où, cette nuit, j’ai cherché en vain le sommeil. Et tout ce décor qui m’a vu grandir, pousser, devenir moi, me paraît aujourd’hui étranger, impossible. Ce monde qui n’est pas le tien est devenu un monde faux, dans lequel ma place n’a jamais existé.

C’est mon pays pourtant, je l’ai connu…

Il va falloir le reconnaître, réapprendre à y respirer, à y faire mon travail d’homme au milieu des hommes. En serai-je capable ?

Je suis arrivé hier soir par le jet australien. A l’aérogare de Paris-Nord, une meute de journalistes m’attendaient, avec leurs micros, leurs caméras, leurs questions innombrables. Que pouvais-je répondre ?

Ils te connaissaient tous, ils avaient tous vu sur leur écran la couleur de tes yeux, l’incroyable distance de ton regard, les formes bouleversantes de ton visage et de ton corps. Même ceux qui ne t’avaient vu qu’une fois n’avaient pu t’oublier. Je les sentais, derrière les réflexes de leur curiosité professionnelle, secrètement émus, déchirés, blessés… Mais peut-être était-ce ma propre peine que je projetais sur leurs visages, ma propre blessure qui saignait quand ils prononçaient ton nom… »

 

la-nuit-des-temps

La Nuit des Temps, Barjavel

Éditions Pocket

393 p.

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Fée et tendres Automates – Béatrice Tillier / Franck Leclercq / Téhy

Fee-et-tendres-automates.jpgFée et tendres automates fait partie de mes grands coups de coeur BD de ces dernières années. Réunis en coffret, les trois albums qui composent ce triptyque magique ont une place de choix dans ma bibliothèque personelle, relus chaque année, un rendez-vous que je ne manquerais pour rien au monde…

 

Au coeur de Carlotta, mégalopole tentaculaire « bâtie sur les lambeaux de l’ancien monde« , Jam repense à l’histoire de sa naissance, à sa rencontre avec la fée automate et aux évènements qui ont précipité leur séparation et la chute de l’ancienne ère…

Jam est né en décevant son créateur, Mister Cruppet’s. Car Jam n’a pas « l’oeil-fée« . Son « père » n’a de cesse de créer les êtres merveilleux qu’il ne retrouve plus dans le monde du dehors, persuadé qu’ils ont un jour existés et qu’ils portaient en eux cet état de grâce qui a quitté l’esprit des hommes. Comme des centaines d’autres lutins, farfadets, gnomes, poupées, pantins et automates, Jam est une création ratée. Relégué avec ses semblables sur le toit de leur observatoire cathédrale, il contemple le monde des hommes qui agonise. Un jour, errant dans la demeure de son créateur, il découvre au milieu d’autres oeuvres ratées, suspendue comme un lustre, une fée inachevée, « belle et muette comme un songe interdit« . Un seul regard lui suffit pour voir en elle l’oeil-fée. Il faut à tout prix que son créateur la termine… Mais la folie des hommes viendra rompre l’harmonie.

 

fee

 

Année 1020 après l’An de Grâce. Jam s’introduit de nuit dans le muséum. Il cherche la fée dont il est séparé depuis des siècles. Elle est là, exposée comme une relique, la pancarte indique « Ballerine automate-fée inachevée aux traits de porcelaine, An 30 avant l’An de Grâce« …

 

Fée planche

 

Cette série est une pure merveille de poésie et d’onirisme ! Une magnifique histoire d’amour éternel dans un univers cruel, à la fois décadent et baroque, un monde ravagé par la folie et la violence des hommes. Les illustrations sont superbes, l’histoire est à tomber par terre, un chef-d’oeuvre à découvrir d’urgence !

 

Jam

Tome 1 : Jam (Octobre 1996)

Elle

Tome 2 : Elle (février 2000)

Wolfgang MiyakéTome 3 : Wolfgang Miyaké (Juin 2003)

Fee-integrale.jpgIntégrale (Novembre 2007)

 

Éditions Vents d’Ouest

 

La BD du mercredic’est chez Mango… et chez les autres !!

 

Et cette BD marque ma première participation au challenge « PAL sèches » organisé par Mo’ la Fée

Tous les détails du challenge en cliquant sur le logo

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Malo de Lange, fils de voleur – Marie-Aude Murail

Malo-de-Lange.jpgSi septembre rime bien sûr avec rentrée des classes, il rime aussi avec découverte d’un nouvel auteur chez Pimprenelle ! Cela ne pouvait pas mieux tomber puisque ce mois-ci c’est Marie-Aude Murail qui est à l’honneur, auteur jeunesse dont j’ai lu et aimé un nombre incalculable de titres ! Le premier challenge pour moi était donc de trouver un roman que je n’avais pas encore lu… Malo de Lange, fils de voleur. : avouez que le titre seul est une invitation à l’aventure !

 

1822. Tours. Mélanie et Amélie de Lange se rendent chez l’abbé Pigrièche pour y adopter un orphelin, où plutôt une orpheline, blonde aux yeux bleus de préférence. C’est qu’elles sont trop vieilles pour faire le bonheur d’un homme, alors pourquoi pas un enfant ? Alors, quand l’abbé leur met sous les yeux un petit garçon beau comme un angelot qu’on prendrait aisément pour une fille, elles n’hésitent pas une seule seconde. De son passé et de ses origines, elles ignorent tout, mais sur son épaule droite, tatoué dans sa chair au fer rouge, le dessin d’une fleur de lys est la marque du bagne…

Dix ans plus tard, un certain Riflard se présente chez les soeurs de Lange comme le père de Malo. Il se révèle être un brigand qui le kidnappe et le séquestre pour d’obscures raisons. Réussissant à s’enfuir, Malo partira sur les routes. A la fois vagabond, menteur et petit voleur, ses pas le conduiront jusqu’au Lapin volant, célèbre repère de bandits, de voleurs et d’assassins. Si Malo est bien fils de voleur, nul doute qu’il découvrira le secret de ses origines et de sa naissance dans ce QG du crime. Accompagné de Craquelin, du gros Bourguignon et de La Bouillie, il fera face à son destin…

 

Quel plaisir ! Ce petit roman se dévore ! Bourré d’humour, truffé de belles trouvailles et de rebondissements rocambolesques, on ne s’ennuie pas une seule seconde ! Une seule certitude, vous ne pourrez pas vous empêcher de « jaspiner l’arguche » après une telle lecture ! Le roman fait en effet la part belle à la langue des voleurs et des mendiants : vous côtoierez des « barbillons« , des « fourgats« , des « gouèpeurs« , des « grinches » et des « railles« , vous vous enfoncerez dans les rues sombres du Paris du XIXe, vous émettrez mille hypothèses sur l’identité de Malo ce « momacque » qui vaut de l’or… Malo raconte son histoire et on est pendu à ses lèvres ! Petit bonus : lisez bien les titres des chapitres, tous plus délicieux les uns que les autres !

Nul doute que ce petit bijou d’humour ravira les petits comme les grands ! Les personnages sont très attachants, Malo en tête, suivi de près par les autres membres de sa petite bande. C’est savoureux, enlevé, sans temps morts, à recommander chaudement aux amateurs de romans d’aventure !

 

Les avis de Clarabel, Cathulu, Hérisson, Cuné, Lancellau.

 

Premières phrases : « D’habitude, les gens qui écrivent leurs mémoires ont un pied dans la tombe. Moi, je n’ai que seize ans, mais j’ai décidé de vous raconter l’histoire de ma vie. Pour deux raisons. Une, je ne suis pas sûr de faire de vieux os. Deux, j’ai vu plus de choses qu’un centenaire. Mais commençons par le commencement, comme disait le bourreau à Marie-Antoinette en lui coupant les cheveux. »

 

Au hasard des pages : « Le Lapin volant comportait trois étages. Plus on montait, plus les gens étaient dangereux. Les grinches de la haute pègre se réunissaient au troisième étage et, quand ils préparaient un mauvais coup, une trappe dans le plafond leur permettait de s’isoler au grenier. C’était là que se décidaient les cambriolages des bijouteries et les assassinats des riches bourgeois. » (p. 138)

 

Éditions École des Loisirs (Octobre 2009)

Collection Neuf

276 p.

Illustrations de Yvan Pommeaux

 

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Métal Mélodie – Maryvonne Rippert

Metal mélodieIl y a de tout dans la littérature dite « de jeunesse ». Des petits livres sympathiques qu’on lit avec le sourire, des romans quelque peu insipides aux thèmes convenus que les ados dévorent, des livres qu’on survole et qu’on oublie vite… Et puis il y a les romans comme Métal Mélodie, des romans forts, justes et bien écrits, qu’on ne peut pas lâcher avant de les avoir finis. Ce livre est une vraie découverte pour moi, je ne m’attendais pas à ressentir de tels sentiments à sa lecture. Maryvonne Rippert est un auteur de talent que j’aurais plaisir à suivre…

 

Luce a 16 ans, l’âge de tous les excès, de toutes les révoltes, de toutes les colères. Élevée seule par sa mère depuis le décès brutal de son père quand elle n’avait que cinq ans, Luce cohabite plus qu’elle ne vit avec Inès dont elle était pourtant si proche auparavant. Petit à petit, le lien s’est distendu entre la fille et la mère. Des disputes, des incompréhensions, il y en a, c’est sûr, et le style de vie qu’adopte Luce ne fait rien pour arranger les choses : Luce s’habille de noir, écoute de la musique métal, cultive un look gothique et s’entoure d’amis peu fréquentables. Que peut bien y comprendre Inés, elle si stricte dans ses petits tailleurs, si rigide parfois ?

Quand elle rentre chez elle ce soir là, Luce est loin d’imaginer ce qui l’attend. Inès est partie, comme ça, sans prévenir. La lettre qu’elle laisse annonce qu’elle sera absente quatre mois pour des raisons professionnelles, qu’elle sera en Australie et qu’elle a tout organisé pour qu’elle ne manque de rien. « Je te donnerai des nouvelles. Mais pas par téléphone, ni avant quelque temps. J’ai vraiment besoin de prendre du recul. » Pour Luce, c’est le coup de massue : elle qui rêvait d’indépendance, elle va se retrouver livrée à elle même, seule, comment sa mère a-t-elle pu lui faire ça ? Colère, chagrin, incompréhension, Luce passera par tous les sentiments avant de se réjouir de cette liberté inespérée et d’organiser une grosse fiesta…

Pourtant, Luce ne peut s’empêcher de s’interroger : pourquoi sa mère est-elle partie si vite ? Pourquoi ne donne t-elle pas de nouvelles ? D’ailleurs, que sait-elle réellement de sa mère ?

Aidée par son beau voisin Léo et par Moony, une SDF qui se met à squatter chez elle, Luce va mener son enquête et découvrir que sa mère n’est pas en Australie mais en Espagne. Luce ira de surprise en révélation en découvrant le passé de sa mère, d’une femme qu’elle ne connaissait pas…

 

Ce roman est une réussite totale, un vrai coup de coeur ! On suit Luce dans sa quête, tour à tour ado tête à claques et jeune femme attachante. Le départ d’Inès est l’occasion pour Luce de de révéler, de grandir, de se poser des questions sur elle, sur sa mère et sur leur relation à toutes les deux. Elle doit obtenir des réponses, comprendre, savoir qui est cette femme qui partage son quotidien…

J’ai particulièrement aimé la deuxième partie du roman qui m’a donné l’envie irrépressible de courir m’acheter un billet pour l’Espagne ! On s’y croirait, Maryvonne Rippert arrive à créer une atmosphère, à rendre l’ambiance de ce pays où tout est couleurs, musique, chaleur…

Mention spéciale aux personnages secondaires qui gravitent autour de Luce ! Tous apportent quelque chose au récit, certains m’ont énervés, d’autres m’ont émus. J’ai été conquise par le personnage de Moony la fille de la rue, Titi le gitan laconique dans son bistrot andalou, Esteban le clarinettiste amoureux… Quel plaisir ! Et que dire du dénouement…

Métal Mélodie est un beau roman, sensible, pudique, poétique et juste que je n’oublierai pas de sitôt !

 

Lu et aimé par Stéphie, Théoma, Laure, Clarabel, Lael, Marie, Lancellau…, entre autres ! Qu’attendez-vous ?

 

Premières phrases : « Lorsque Luce descendit du train, la chaleur lui explosa au visage. Une chaleur dure, sèche, sans compromis, qui lui pesait sur la nuque alors qu’elle déposait à grand-peine son sac sur le quai. Pourtant, il était à peine 9h30 du matin. Dix-huit heures de voyage – sans compter les correspondances – la déversaient, tête bourdonnante, pensées hébétées, abrutie de sommeil, dans la gare de Grenade. »

 

Au hasard des pages : « Les hommes reprirent le refrain à pleine voix. C’était un grondement sauvage, lancinant, qui donnait envie de courir droit vers les sommets enneigés de la Sierra Nevada, de relever la tête, de se dresser tout debout contre la médiocrité, la bassesse, les petites inquiétudes minables. Libre enfin ! Un souffle de jasmin caressa Luce. Elle ferma les yeux, enivrée d’une émotion qu’elle n’avait jamais connue. Une exultation douloureuse, la vie qui pulse dans les veines, l’instant qu’il faut retenir. Pour la première fois depuis des mois, pour la première fois de son existence peut-être, épuisée, le dos cassé, les mains flétries d’avoir trop trempé dans l’eau, elle sentit son âme s’alléger. La révélation lui fit redresser les épaules. Sa place était ici maintenant. Et c’était un cadeau absolu. » (p. 135)

 

Éditions Milan (Février 2010)

Collection Macadam

210 p.

 

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Ouragan – Laurent Gaudé

Ouragan-copie-1Parmi les nombreux ouvrages de la rentrée littéraire, je ne pouvais pas passer à côté du dernier livre de Laurent Gaudé. Cet auteur a su dans ses précédents ouvrages me toucher, m’émouvoir, me surprendre… J’aime sa plume, son univers, et j’avais hâte de découvrir ce roman dont on parle tant sur la toile et ailleurs. Lancellau étant elle aussi très sensible à l’écriture de cet auteur, nous avons décidé de faire d’Ouragan une lecture commune.

 

L’histoire d’Ouragan, tout le monde la connaît. Nous avons tous été submergés d’images chocs lors de la tempête Katrina qui avait laissé exsangue la Nouvelle-Orléans en 2005. Ce livre est un cri, celui de tous ceux dont la vie a été dévastée en l’espace de quelques minutes. Laurent Gaudé choisit de suivre plusieurs personnages, plusieurs destins : c’est leurs voix que nous entendons, tous se battent pour survivre, certains avec force, d’autres avec désespoir… Si certains en sortiront indemnes, chacun d’entre eux portera à jamais les stigmates de ce jour maudit qui les bouleversera au plus profond d’eux-mêmes. Confrontés à la violence de la nature, les personnages se révèlent, volontaires ou désespérés, résignés, hargneux, violents ou fous. Tous prendront un chemin particulier, tous feront des choix déterminants pour la suite de leur existence…

 

Joséphine Linc. Steelson, « négresse » centenaire, n’a pas peur de la mort, elle ne quittera pas son quartier, elle en a vu d’autres ! Cette tempête peut bien venir, elle qui a passé sa vie à se battre, elle l’attend de pied ferme.

Après six ans d’absence et une vie entre parenthèses à travailler comme un forcené sur une plate-forme pétrolière, Keanu Burns fait route vers la Nouvelle-Orléans pour y renouer avec son passé et la femme qu’il a abandonnée. A contre-courant, il croisera tous ceux qui s’enfuient, lui file vers son destin.

Rose Peckerbye élève seule son fils Byron, cet « enfant raté », étrange, qui aime tant le silence et qu’elle ne peut parfois s’empêcher de détester. La tempête lui ramènera son amour perdu, mais à quel prix…

Buckeley et ses voisins de cellule s’enfuiront d’Orleans Parish Prison, un rêve de liberté qui se réalise grâce à la fureur des éléments.

Le révérend de la ville accueille en sa paroisse tous ceux qui souhaitent la protection du Seigneur, il a une mission, il l’accomplira, coûte que coûte…

Tous ces personnages se croisent, parfois sans se voir, dans ce décor apocalyptique, et le lecteur les suit tour à tour, comme hypnotisé. Tous prennent la parole, et c’est leur voix qui s’élève, forte, poignante, lancinante.

 

Une claque. Voilà ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre à nul autre pareil… La force du roman vient sans nul doute de ces voix qui se croisent, s’entremêlent, se répondent, ces voix d’individus qui deviennent la voix de tout un peuple. Ce roman est très abouti, on y retrouve ce souffle épique indissociable de l’écriture de Laurent Gaudé. Un roman que l’on ne peut pas oublier de sitôt, un roman nécessaire…

 

Qu’en aura pensé Lancellau ? Une chose est sûre, il a marqué Stéphie, Clara, Choco, Cuné. L’avis d’Amanda est plus mitigé…

 

Premières phrases : « Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j’ai ouvert la fenêtre ce matin, à l’heure où les autres dorment encore, j’ai humé l’air et j’ai dit : « Ça sent la chienne. » Dieu sait que j’en ai vu des petites et des vicieuses, mais celle-là, j’ai dit, elle dépasse toutes les autres, c’est une sacré garce qui vient et les bayous vont bientôt se mettre à clapoter comme des flaques d’eau à l’approche du train. C’était bien avant qu’ils n’en parlent à la télévision, bien avant que les culs blancs ne s’agitent et ne nous disent à nous, vieilles négresses fatiguées, comment nous devions agir. »

 

Au hasard des pages : « O misère du monde qui tolère cela. Spectacle de la laideur des hommes. Moi, Josephine Linc. Steelson, je vois ce que vous ne voyez pas. Ils m’ont déposée devant le stade, heureux de m’avoir sauvée des flots, puis ils sont repartis dans leur quatre-quatre rutilant. J’ai regardé autour de moi et j’ai vu les hommes abandonnés, ceux qui ne comptent plus, ceux que l’on a oubliés derrière soi et qui traînent des pieds. Je les ai vus. Ils s’épuisent et se lamentent. Ils sont des milliers à se serrer les uns contre les autres pour ne pas pleurer. Et ils sont tous noirs. Cela personne ne semble le voir. Tous noirs, dans la crasse d’habits souillés par le déluge. Une foule immense, déféquant et pissant de peur, une foule qui ne compte pour rien car nous n’avons jamais compté. Comme la mort de Marley n’a compté pour rien dans la vie de la petite ville de Thibodaux. Tout a continué. Il ne manquait qu’à moi. C’est pareil aujourd’hui. Je suis parmi les rats qui se meurent et ne manqueront à personne. Ils nous viendront en aide, bien sûr, mais bien plus tard. Ils enverront des hélicoptères et des bidons d’eau, mais rien n’effacera le fait qu’au moment de courir ils ne se sont pas retournés, qu’ils ont même oublié qu’ils laissaient derrière eux les nègres de toujours. » (p. 118)

 

Éditions Actes Sud (Août 2010)

188 p.

 

1pourcent

4/7

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