Parole de papillon – Cécile Roumiguière / Léa Djeziri (ill.)

papillon« Kosovo, été 1999.

 

Cache-toi Todor ! Cache-toi… Le vent souffle. Un vent chaud, et lourd.

 

C’est le début de l’été. Elle avait des cheveux doux, sa mère. Ils étaient bruns et un peu roux aussi, comme les feuilles des arbres en automne, et brillants comme la châtaigne. Elle lui a crié de se cacher quand ils l’ont emmenée. Alors Todor a couru. Ils ont tiré sur son père qui courait vers elle. Todor l’a vu s’écrouler par terre, mais il n’a pas crié. Après ça, Todor n’a plus rien vu, plus rien entendu. Il s’est accroupi sous l’appentis, derrière la réserve de bois. Les yeux fermés, les poings sur les oreilles, il a attendu. Il a senti l’odeur des maisons qui brûlaient. Il ne se rappelle pas s’être endormi, mais quand il a rouvert les yeux, il faisait nuit. »

 

Après les corps qui vacillent, le silence. Todor est seul et les larmes refusent de couler. Autour de lui, une terre brûlée… Toujours debout, sa canne à la main, son grand-père. Un regard, des mains qui se serrent sans un mot, et c’est le grand départ. Todor ira retrouver son frère Milan. Il lui racontera qu’ils ont emmené sa mère. Tué son père. Dévasté son village… Et Todor ne sera plus seul.

 

Sur sa route, Todor croise les vestiges d’hier, les ruines de la maison de son ami Dorian, son copain albanais, à qui il a tout juste eu le temps de dire au revoir. Todor ne se retourne pas et marche droit devant lui, à la poursuite de ce beau papillon blanc qui l’emmène on ne sait où. Devant, il y a toutes ces charrettes et ces voitures pleines à craquer. Un « grand défilé de tristesse », un long « fleuve humain » qui charrie des hommes, des femmes et des enfants aussi sales et affamés que lui… Mais devant, il y a Milan. Alors Todor avance, guidé par ses souvenirs des jours heureux et son fol espoir en l’avenir…

 

Todor échoue dans une ville faite de tentes. Une ville pansement. Une ville transit. Et là, Johanna. Tout est doux chez Johanna. Sa voix. Sa chevelure. Sa main qui se pose doucement sur son épaule. Johanna n’est pas sa mère mais elle en a le parfum. Todor n’est plus seul…

 

« J’ai écrit Parole de papillon avec l’idée absurde et vitale de réparer les tissus des histoires déchirées. » Trois photos et le destin brisé d’un autre Todor sont à l’origine de ce très beau texte qui se veut un hommage « à tous les enfants qui souffrent et meurent des guerres que font les adultes. » Tout est dit. Et aujourd’hui, rien a changé… C’est dire si ce texte fait battre le cœur tant il crie haut les absurdités d’un monde qui empêche les enfants de grandir…

 

Cécile Roumiguière dit à merveille ces vies entre parenthèses. Elle dit l’errance et l’exode. Elle dit l’humain et l’espoir. Sublimés par les encres de Léa Djeziri, ses mots instillent de la poésie au cœur même de l’horreur… Sublime !

 

Une pépite jeunesse qui inaugure à merveille la reprise du rendez-vous que je partage avec Jérôme…!

 

L’avis de Stéphie

 

Le blog de Cécile Roumiguière

Le blog de Léa Djeziri

 

Au hasard des pages : « Dans le ciel, l’aigle noir et l’aigle blanc à deux têtes se battent à mort, ils se déchirent, leur sang rougit un immense tissu qui recouvre la terre. Todor croise le regard de son père, l’œil mort de l’oiseau… tout se mélange. Todor sursaute.

Ne pas bouger. Rester là. Ne pas crier. » (p. 10)

 

Éditions du Pourquoi pas ? (Novembre 2015)

64 p.

 

Prix : 9.50 €

ISBN : 979-10-92353-18-1

 

pepites_jeunesse

8 commentaires sur “Parole de papillon – Cécile Roumiguière / Léa Djeziri (ill.)

  1. C’est beau et si bien écrit. Mais Dieu que c’est triste un monde pareil, où les enfants et les innocents meurent chaque jour sous les bombes, sous les balles…

  2. L’histoire a l’air magnifique! Des mots plein de poésie pour raconter les horreurs de la vie! Tu m’as donné très envie de découvrir cette pépite…

  3. Oui, un texte à la fois beau, poétique, et sobre dans sa vision de l’horreur. Il me fait réfléchir à la fatalité de la guerre, qui sème de mort et destruction l’histoire de notre espèce, comme si l’humanité ne pouvait avancer qu’à coups de hache, à coups de canon…

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