Pensée assiseUn baiser. Plonger son regard dans le sien. Caresser ses cheveux. La prendre par la main et se promener, tout simplement, en amoureux. Théo en rêve… Mais la vie en a décidé autrement. Tous les jours, c’est Sofia qui doit se mettre à sa hauteur. Tous les jours, c’est elle qui doit se pencher pour l’embrasser, comme s’il était son petit frère. Et ce spectacle pathétique, Théo ne le supporte plus…

 

Cloué dans un fauteuil roulant suite à un accident de la route, Théo est passé par tous les stades sans jamais réussir à se résigner. Souffrant du regard des autres, il préfère sortir les crocs plutôt que d’accepter leur pitié. Plutôt crever. Alors Théo est odieux. Avec ses proches et avec Sofia, pourtant tombée amoureuse de lui bien après l’accident. Aimer et être aimer, oui, c’est encore possible, mais le prix à payer est bien trop élevé à ses yeux…

 

Mathieu Robin est un petit malin. Le lecteur est mis dans la même position que les proches de Théo, prêt dès les premières pages à le comprendre et à tout lui pardonner, du moins à l’excuser. Pourtant, très vite, on a envie de le bousculer, voire même, soyons honnêtes, de lui mettre quelques claques bien senties. Tout en comprenant son profond mal-être…

 

« Il me fallait, pour m’en sortir, trouver un nouveau mode de vie et je décidai de me réinventer ce paradis perdu de l’enfance. Je n’agirais désormais qu’en fonction de mon confort. J’effacerais de ma vie tous les « compatissants » et tout ce qui pourrait renvoyer à mon handicap. Au revoir les amis du centre de rééducation, adieu le handisport. L’égoïsme serait ma religion. » Jusqu’au jour où une telle attitude n’est plus possible, jusqu’au jour où Théo est en passe de perdre celle qu’il aime. « La vie pouvait être simple. C’était moi qui était compliqué. »

 

Pétri de mauvaise foie, mauvais, injuste, cynique, Théo est un personnage qu’on adore détester. Pas seulement parce que ses tentatives pour arriver à embrasser Sofia debout sont risibles, non. Parce qu’il est aussi profondément touchant, enfermé dans cette « posture » amère et auto-centrée qui fait autant office de carapace que de bouclier. Une façon comme une autre de se protéger et de crier sa colère.

 

Juste, ironique et étonnant, Pensée assise aborde le sujet du handicap d’une façon peu banale. Merci à l’auteur d’avoir pris le risque de sortir des sentiers battus pour offrir un texte « brut de décoffrage » aussi drôle qu’émouvant. Jérôme et moi recommandons chaudement !

 

 

Premières phrases : « J’ai lu récemment un sondage : soixante-dix pour cent des hommes affirment qu’ils n’auraient aucun complexe à vivre avec une femme plus grande qu’eux… »

 

 

Éditions Actes Sud Junior (Août 2015)

Collection Romans Ado

85 p.

 

Prix : 10,90 €

ISBN : 978-2-330-05361-1

 

pepites_jeunesse


10 commentaires

Sandrine · 8 septembre 2015 à 07h45

Et mince, vous êtes terribles. Ma PAL augmente avec vous !

    Noukette · 10 septembre 2015 à 00h19

    Je jure qu’il n’y a aucun complot derrière tout ça ! Mais c’est vrai que cette collection regorge de pépites ! 😉

Au fil des plumes · 8 septembre 2015 à 07h51

Entre ton avis et celui de Jérôme je dis ouiii

Philisine Cave · 8 septembre 2015 à 09h07

C’est une superbe histoire, je vais la chroniquer assez vite (j’aurais pu vous rejoindre si j’avais réagi vite). Bises

    Noukette · 10 septembre 2015 à 00h18

    Hâte d’avoir ton ressenti, vraiment…! (Et on remettra ça très vite, on trouvera bien un titre à se mettre sous la dent !) 😉

Jerome · 8 septembre 2015 à 12h29

Une belle façon de reprendre le fil de notre rendez-vous hebdomadaire je trouve. Il y a tout ce que l’on aime dans ce petit roman piquant et touchant 😉

    Noukette · 10 septembre 2015 à 00h17

    Il m’avait manqué à moi aussi ce petit « tête à tête » ! On y prend goût ! 😉

Alex-Mot-à-Mots · 8 septembre 2015 à 14h38

Je le note pour mes ados, comme chaque mardi, ou presque….

    Noukette · 10 septembre 2015 à 00h17

    Merci de ta fidélité à ce rendez-vous qui nous tient à coeur Alex ! 😉

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