RondeSans vraiment s’en rendre compte, Saskia a grossi. D’année en année, en même temps qu’elle prenait des centimètres, son corps s’est alourdi de rondeurs disgracieuses. Devenue experte en grignotage compulsif, la jeune adolescente comble ses envies en cachette, honteuse de céder aux multiples tentations dans ce monde qui ne la rend pas heureuse. « Ma vie était devenue un poids que je devais tracter chaque jour, mais aussi la nuit, dans mes rêves qui ne décollaient plus. »

 

Encombrée dans ce corps qui se transforme, qui lui échappe et qu’elle finit par détester, Saskia compose avec l’inquiétude de ses parents et son entourage familial qui l’épargne avec tendresse. Ce corps, ce n’est pas elle, mais c’est pourtant ce corps que tout le monde voit. « Grotesque poupée barbare, j’ai fixé ma silhouette jusqu’au dégoût. Je vomissais ce corps qui ne servait à rien, sinon à m’éloigner de moi, de celle que j’étais sous l’apparence. »

 

Heureusement il y a Claire. L’amie, la confidente. Son seul rempart contre les moqueries. Mais Claire tombe amoureuse et s’éloigne. Ce n’est pas à Saskia qu’une telle chose pourrait arriver. Impossible qu’un garçon tombe amoureux d’elle, elle n’arrive déjà pas à s’aimer elle-même…

 

Le roman de Mireille Disdero est une vraie bonne surprise. Ni complaisant, ni moralisateur, il dresse un portrait réaliste et tendre d’une adolescente en quête d’elle-même. Aucune grosse ficelle, aucun raccourci facile. Saskia n’est pas une chenille qui deviendra papillon en un coup de baguette magique, peu importe d’ailleurs qu’un cygne sommeille dans ce corps de vilain petit canard… Mireille Disdero ne prend pas de gants avec son héroïne, elle n’a pas choisi de dépeindre une victime. Si Saskia endure la bêtise et la méchanceté de garçons mal intentionnés, elle apprend aussi de ses erreurs, tâtonne, avant de reprendre peu à peu le contrôle de sa vie.

 

Tout sonne juste. Y compris la naissance de l’histoire d’amour, touchante, balbutiante et fragile, entre Saskia et Erik. Jusqu’à la fin, parfaite… Mention spéciale aux personnages secondaires qui gravitent autour de Saskia, tous criant de vérité dans leurs failles, leur impuissance et leur volonté de bien faire. Ils sont une des raisons pour lesquelles il est absolument impossible de lâcher ce roman une fois commencé.

 

 

Une bien jolie pépite jeunesse que je partage avec Jérôme comme chaque mardi ou presque…!

 

 

Les avis de Cathe, Enfantipages, Lael, Martine, Orbe, Pépita, Thalie

 

 

Premières phrases : « Dans l’intimité; les manies qu’on ne partage qu’avec soi sont notre univers, la sphère ultra privée où personne ne peut pénétrer sans y être invité. Un bol ébréché, un vieux T-shirt dans lequel on se sent bien, avec lequel on se sent soi. Quand un autre nous dérange au moment où on vibre de ce besoin d’être seul avec son polo miteux préféré, la gêne s’installe et notre image en prend un coup. »

 

Au hasard des pages : « Le problème, avec ceux qui nous aiment, c’est la guimauve. Ils nous trouvent des circonstances atténuantes, refusent de nous faire du mal, nous protègent de la vie mais celle-ci est bien là, entière et cruelle, avec ses coups. Résultat ? Leur affection ne nous aide pas. Enfin, pas toujours. » (p. 150)

 

 

Éditions Seuil (Avril 2015)

172 p.

 

Prix : 12,50 €

ISBN : 979-10-235-0534-4

 

pepites_jeunesse


22 commentaires

Anne-Véronique · 30 juin 2015 à 00h13

Tu me tentes… rare en jeunesse. Mais là ! Tu me tentes…

jerome · 30 juin 2015 à 07h45

Je n’ai pas parlé des personnages secondaires mais tu as raison, ils participent au grand réalisme de cette histoire. Une très belle surprise que je te dois, merci pour la découverte 😉

    Noukette · 12 août 2015 à 22h27

    Dans la balance, il y a quand même pas mal de pépites que je te dois 😉

Laeti · 30 juin 2015 à 08h47

Un sujet très intéressant et une façon de l’aborder tentante!

Syl. · 30 juin 2015 à 08h49

Tu complètes bien le billet de Jérôme.
Comme je le lui marquais, je ne note pas pour moi, mais je retiens…

    Noukette · 12 août 2015 à 22h28

    Si tu le retiens c’est qu’on a atteint notre but 😉

cathe · 30 juin 2015 à 13h18

Je viens de le lire (billet à venir) et très bonne surprise pour moi aussi, comme tous les romans de Mireille Disdero d’ailleurs !

    Noukette · 12 août 2015 à 22h29

    J’aime aussi beaucoup la sensibilité de cette auteure, à suivre !

Marion · 30 juin 2015 à 17h30

Ca devient une habitude, chaque mardi je note ! 😉

Ariane · 30 juin 2015 à 20h59

Je note ce titre pour ma nièce, je pense que cela devrait lui plaire et qu’elle se reconnaîtra un peu dans le personnage principal.

eimelle · 30 juin 2015 à 22h12

vous êtes tentants tous les deux !

Bonheur du Jour · 3 juillet 2015 à 05h30

Je l’ai conseillé au documentaliste. Il va l’acheter. Merci.

Un autre endroit · 22 juillet 2015 à 10h39

Celui-là je le note.

Mireille Disdero · 8 octobre 2015 à 12h26

Bonjour, je vous remercie. Votre lecture et votre analyse du roman sont sensibles, nuancées. La mention spéciale aux personnages secondaires du récit, j’apprécie énormément, aussi, car… je les aime tout particulièrement. Et… Ça ne vous a pas échappé !
Alors un grand merci à vous.
Sur mon blog, j’ai posté votre analyse sur la page dédiée à « Ronde comme la lune », ici : http://indigo.over-blog.com.over-blog.net/00-ronde-comme-la-lune.html

    Noukette · 30 octobre 2015 à 00h00

    C’est moi qui vous remercie… On tombe assez rarement sur de telles pépites ! ♥

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