Ultraviolet – Nancy Huston

Ultraviolet.jpgPremier roman estampillé « jeunesse » de Nancy Huston, évidemment, j’étais curieuse, évidemment, je l’ai embarqué dans mes bagages pour pouvoir le lire avant de le proposer à mes chers ados, si c’est pas de l’abnégation professionnelle ça ! Autant le dire tout de suite, ce roman est une petite pépite, petite car ce roman se lit en un souffle tant il est court (tout juste 80 pages), pépite parce qu’il touche le lecteur au coeur tant les mots de Lucy, le jeune héroïne, restent longtemps gravés en nous.

 

 

« Voudrais écrire dans ce carnet tous les jours

à partir de maintenant.

Au moins quelques mots.

Journal refuge. M’amuser avec les mots… »

 

 

Nous sommes à Alberta au Canada. En cet été 1936, et particulièrement dans cette région surnommée « le Bol de poussière », la canicule fait rage. Soleil accablant, récoltes détruites, la sécheresse est sans précédent et le mot Dépression est sur toutes les lèvres. C’est dans ce contexte économique particulièrement complexe que la jeune Lucy fête ses 13 ans, un tournant dans sa vie, la fin de l’enfance, enfin. C’est ce jour là qu’elle décide de prendre la plume et de coucher dans un carnet tout ce qu’elle sait ne pouvoir dire tout haut. C’est qu’il n’est pas toujours évident d’être la fille du pasteur, d’autant plus quand on doute de l’existence de Dieu et qu’on ne cesse de se poser des questions qu’une adolescence de cet âge ne devrait pas se poser. Blasphème, aurait hurler son père s’il avait pu lire dans ses pensées !

Alors oui, ce carnet pour Lucy devient vite son seul espace de liberté, celui où elle devient enfin elle-même, celui ou elle ose tout, sans peur d’être démasquée ou punie, bien plus qu’un confident ou qu’un ami ce carnet est une porte ouverte vers autre chose. Les mots, Lucy les aime, elle les analyse, les décortique, joue avec eux.

Puis un jour, Lucy voit débarquer dans sa vie fade et étriquée le docteur Bernard Beauchemin, comme à son habitude et en bon homme de Dieu, son père a encore offert le gite et le couvert à une personne dans le besoin. Mais cet homme est différent des autres, ce n’est ni un vagabond, ni un paumé, c’est un médecin « défroqué », exclu de l’Ordre des médecins pour d’obscures et secrètes raisons… Lucy tombe tout de suite sous le charme de cet homme séduisant, intelligent. Très vite, une complicité s’installe, Lucy trouve enfin un interlocuteur capable de répondre à ses interrogations, un homme aux idées larges, à l’esprit ouvert et ressent pour la première fois le trouble de l’amour naissant…

 

Un bijou ! Ce roman est une vraie réussite, Nancy Huston a su trouver les mots pour décrire cette période charnière de l’adolescence. Lucy est une jeune fille attachante, fine, subtile et incroyablement moderne que l’on prend plaisir à voir évoluer. Son carnet est à son image, à la fois drôle et irrévérencieux, intelligent et juste. A l’étroit dans sa petite vie sans surprises, elle trouve en lui le moyen de s’évader et d’être enfin elle-même. L’arrivée du docteur Beauchemin marquera un vrai tournant dans sa vie, c’est un puits de connaissances, il la fascine, l’intrigue et sa présence lui devient vite indispensable. Bernard l’écoute, la comprend, respecte ses opinions et ne la traite pas en enfant, il est le déclic qui la pousse à grandir.

C’est un roman intense en émotions et plein d’espoir, un de ces romans « vrais » qu’on savoure le sourire aux lèvres. Une vraie découverte.

 

Les avis de Clarabel, Fantasia, Krol, Margotte, Argali, Libouli

 

Premières phrases : « Mercredi 29 juillet 1936. Treize ans aujourd’hui. Enfin ! C’est la fin de l’enfance. J’attends ce jour depuis si longtemps et maintenant qu’il est là… bon, bon. Pas grave. Un péché d’en vouloir plus, pour mon anniversaire. Un péché de vouloir quoi que ce soit, par les temps qui courent. »

 

Au hasard des pages : « Chaleur insensée. Une des merveilles de ce carnet c’est que les mots chaleur insensée, une fois qu’on les as couchés sur la page, vous rafraîchissent un peu par rapport à la chaleur insensée qu’il fait dehors. C’est étonnant mais c’est vrai. De même pour les arcs-en-ciel : si les « vrais » manquent cruellement dans le ciel de l’Alberta depuis trois ans, ceux que j’ai écrits l’autre jour répandent un peu de couleur dans mon âme quand je les relis. On n’est pas obligé de se limiter au « vrai », au « réel ». Ce qu’on imagine est réel aussi ! Tu comprends ? C’est magique : tout change ici, du fait même de l’écrire. Un carnet c’est un vrai laboratoire de sorcière. » (p. 17)

 

Éditions Thierry Magnier (Mars 2011)

78 p.

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-ultraviolet-nancy-huston-81829112.html

14 commentaires sur “Ultraviolet – Nancy Huston

    • Tu devrais réussir à caser cette lecture entre deux bons gros pavés…, il est très court…, mais très intense ! 😉

  1. Je note ce titre ! J’ai découvert cet auteur avec la virevolte (génial !) et ensuite les choses se sont gâtées lorsque j’ai lu Les lignes de faille (livre trop pessimiste et trop dur pour moi !. Peut-être que ce roman jeunesse me réconciliera avec Nancy Huston ? 🙂

    • Eh bien merci d’être arrivée là par hasard alors, moi qui adore découvrir de nouveaux blogs, je vais m’empresser d’aller faire un petit tour sur le tien ! 😉 Ici tu risques de croiser souvent de la littérature jeunesse, des albums, des BD, il y a de sacrés bons côtés à être doc en collège ! 😉

    • 😉 Voilà, il ne faut plus hésiter…, et continuer d’acheter – ou d’emprunter – de si jolies pépites ! PS : c’est bien dommage qu’on ne puisse pas barrer d’ailleurs… ! 😉

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