Transylvanie, de nos jours. A force, les humains s’y habitueraient presque. Après tout, les choses avaient changé, en bien, en mieux. Ils étaient considérés, intégrés, reconnus et la cohabitation se passait on ne peut mieux. Les vampires dominaient la population, c’était un fait acquis depuis des lunes, mais eux, les humains, avaient obtenu les mêmes droits, pourquoi se plaindraient-ils…? Même s’ils devaient toujours faire leurs preuves. Travailler plus, gagner moins… mais ça en valait la peine non…? Pourquoi vouloir gratter le vernis et mettre à jour ce que le système bien huilé essayait de planquer sous le tapis…? Les morsures…? Allons, elles n’avaient plus cours. Ça se saurait non…?

Des voix que l’on voudrait faire taire. Celles des humains. On ne les entend pas, on ne les croit pas. Est-ce que ce ne serait pas leur faute s’ils se faisaient mordre dans des ruelles sombres ? D’ailleurs, comment étaient-ils habillés au moment de leur agression ? Est-ce que leur cou n’était pas trop visible, trop tentant ? Les vampires restaient des vampires après tout, ils avaient des pulsions, il fallait les comprendre. C’est ce qu’Anghel, un jeune humain mordu dans la rue, entendra dire quand il osera enfin porter plainte au commissariat accompagné par son amie Maggy, tout juste virée pour « indocilité » de l’entreprise vampirique dans laquelle elle travaillait. C’en est trop. Il est temps de réagir et de lutter contre ces prédateurs et cette loi du silence qui les assomme…

Comme c’est malin et intelligent…! En revisitant le mythe du vampire à la sauce contemporaine, Lou Lubie dénonce les prédateurs et les agresseurs de tous poils, ceux qui agissent dans l’ombre ou en toute impunité de part leur condition dominante. Qu’ils fassent partie des élites ou non. La honte, elle, terrasse les victimes marquées au fer rouge, à l’image d’Anghel qui se mure dans le silence et se métamorphose petit à petit en goule. Elles n’osent pas parler, et quand elles le font, elle se heurtent à une administration peu « compréhensive ». Les saigneurs sont ici symbolisés par l’actrice Violeta Ovidia Lupescu, accusée de multiples agressions et de morsures non consenties… Et évidemment que ça fait écho tant les allusions à des affaires récentes sont nombreuses, Lou Lubie allant jusqu’à reprendre mot pour mot les propos élogieux d’Emmanuel Macron vis à vis de Gérard Depardieu ou ceux de l’avocat de la défense au procès de Dominique Pélicot, allons, c’est bien connu, « il y a morsure et morsure »… Malin oui. Et chaudement recommandé !

Saigneurs de Lou Lubie
Éditions Delcourt (Mars 2026)
140 p. / 22,50 € / ISBN : 978-2-413-09180-6

D’autres bulles à découvrir chez…

 

   

Jojo                                          Eimelle                                            Katell


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