Je suis le capitaine Rosalie, infiltrée dans ce peloton, un matin d’automne 1917. Je sais ce que j’ai à faire. Un jour, on me donnera une médaille pour cela. Elle brille déjà au fond de moi.

Les taches de rousseur sous mes yeux, les animaux que je dessine sur la page, les grandes chaussettes jusqu’aux genoux, tout cela n’est que du camouflage. On m’a dit que les soldats se cachent avec des fougères cousues sur leur uniforme. Moi, mes fougères sont des croûtes aux genoux, des regards rêveurs, des chansons que je fredonne pour avoir l’air d’une petite fille.

Incognito. Tapie derrière une forêt de manteaux au fond de la classe, Rosalie se fait presque oublier. Un cahier sur les genoux, le petite fille griffonne et s’enferme dans sa bulle, bercée par les paroles du maître. Dans le silence du petit cocon qu’elle s’est créé, elle fourbit ses armes en silence. Elle attendra le temps qu’il faut, à couvert, en embuscade…

Discrète. Par la force des choses, Rosalie se fait toute petite. Dans la classe des grands, elle attend que sa mère vienne la chercher après sa journée à l’usine. Ce soir, dans la chaleur de ses bras, blottie contre son cœur qui bat, elle écoutera les nouvelles du front qu’elle lui racontera comme pour se persuader que rien ne change…

Et pourtant… Dans les yeux de la mère, le chagrin lourd que provoque l’absence. Dans son corps tout entier, l’attente qui ronge. Dans sa voix apparemment assurée, toute l’incertitude des lendemains. Mais les mots qu’entend Rosalie rassurent, disent l’espoir et l’approche des retrouvailles. Qu’importe, Rosalie, du haut de ses cinq ans et demi, s’est fixée une mission de la plus haute importance. Elle a la patience des soldats, la persévérance de l’enfance et le courage de ceux qui croient en leurs rêves… La vérité est à ce prix…

Quelle merveille…! Toute la finesse et la douceur de Timothée de Fombelle alliée à l’univers délicat et infiniment poétique de Isabelle Arsenault… On n’aurait pu rêver mieux que cette magnifique association pour dire le monde de l’enfance et les rêves qui donnent des ailes malgré les coups du sort. Et cet album là a tout du bijou… Les mots de l’auteur, qu’on ne peut s’empêcher de dire à voix haute, captent le beau et disent l’essentiel. Précieusement recueillis dans l’écrin que leur a concocté Isabelle Arsenault, ils s’égrènent avec grâce et continuent de planer longtemps après l’album refermé…  Un album fort qui réussit la prouesse de dire la guerre tout en la mettant à distance. On en ressort d’autant plus troublé, le sourire aux lèvres, les yeux un peu embués, avec la certitude de l’offrir en partage ♥

 

Un bijou coup de cœur que j’ai grand plaisir à partager avec Pépita

L’avis de Moka

 

De Timothée de Fombelle sur le blog : Victoria rêve

D’Isabelle Arsenault sur le blog : Jane, le renard et moiLouis parmi les spectres

Le site d’Isabelle Arsenault

Éditions Gallimard jeunesse (Octobre 2018)

64 p.

 

Prix : 12,90 €

ISBN : 978-2-07-510769-3

 

 

By Hérisson


5 commentaires

krol · 25 octobre 2018 à 09h06

Après Moka, toi…décidément, vous aimez tenter…

Nathalie · 25 octobre 2018 à 21h08

Qu’il à l’air beau cet album. ..

Sandrine · 26 octobre 2018 à 09h19

Article vite lu car je viens de l’acheter. J’ai hâte de découvrir cette merveille !

Moka · 28 octobre 2018 à 09h21

Une perle jeunesse que j’ai aimé d’amour, comme toi.

Jerome · 29 octobre 2018 à 11h47

Impossible que je fasse l’impasse, n’est-ce pas ? 😉

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