Impossible pour Charlemagne de passer inaperçu. A cause des lubies de son père, le voilà affublé d’un prénom bien difficile à porter qui l’empêche de se fondre dans la masse. Et ça l’aurait bien arrangé à Charlemagne qu’on l’oublie un peu, que ses camarades de classe arrêtent de le charrier sans cesse, que ses professeurs ne passent pas leur temps à pointer du doigt ses défaillances, son air distrait ou ses approximations.

Mais Charlemagne doit s’y faire. Les tests sont formels : « dyslexique avec une légère dyspraxie et une dysorthographie ». Trop ceci, pas assez cela, à la marge, à la traîne, pas dans les clous… Charlemagne a la hantise de passer au tableau et est toujours le dernier choisi quand les équipes se constituent en sport. Il en est persuadé, c’est un raté…

Les lettres tourbillonnent, changent de place – elles jouent entre elles. J’ouvre la bouche, tente de prononcer les sons qui correspondent. Rien ne vient. Pourtant, je les ai déjà vus, ces mots. Le professeur me fixe en soupirant. il est drôle avec sa cravate de travers. Cette fois-ci, pas de motifs dessus. Uniquement des lettres, encore des lettres, toujours des lettres. Elles aussi, elles dansent. Des mots pour des maux.

Et s’il y avait des échappées belles ? Un grand frère amoureux des mots qui arrive à faire tomber quelques barrières, un professeur bienveillant capable de voir en lui des talents qu’il ne soupçonnait pas, une maison dans les bois, une rencontre providentielle, quelques notes de musique, les touches noires et blanches d’un piano… La « différence », une chance ?

Positif et décomplexant, le nouveau roman de Fanny Vandermeersch est une jolie trouée de lumière dans la grisaille de tous les enfants dys-fférents. Par la grâce d’une sonate de Mozart, Charlemagne découvre une nouvelle langue dont il comprend chaque mot et chaque nuance. Un autre chemin pour s’accomplir, s’aimer, grandir et s’épanouir. Un autre chemin pour n’avoir plus peur d’être soi.

Un roman à mettre entre toutes les mains, y compris celles des parents, pour mettre des mots sur les mots, redonner confiance et ouvrir grand la porte des possibles. Une jolie réussite !

 

Une nouvelle pépite jeunesse partagée avec Jérôme, comme chaque mardi.

De Fanny Vandermeersch, sur le blog : PhobieMon cœur en confettis

 

Éditions Le Muscadier (Octobre 2018)

Collection Rester Vivant

88 p.

 

Prix : 10,50 €

ISBN : 979-10-96935-11-6

pepites_jeunesse


9 commentaires

Alex-Mot-à-Mots · 29 janvier 2019 à 12h52

Difficile pour ce garçon d’écrire son prénom, j’imagine.

Saxaoul · 29 janvier 2019 à 15h11

Ce genre de livre est plus que nécessaire !

Fanny · 29 janvier 2019 à 15h40

Merci pour cette jolie chronique ma Noukette !

krol · 29 janvier 2019 à 18h49

Un roman à mettre aussi entre les mains de tous les enseignants. Il y en a tellement qui méconnaissent ce trouble et qui font des erreurs avec les élèves. J’ai récupéré dans ma classe des élèves broyés par des enseignants qui mettaient les difficultés de l’enfant sur le compte de la paresse ou je ne sais quoi encore… En ce moment j’ai un élève dys dans ma classe, extrêmement intelligent, très performant en maths, il faut juste adapter pour qu’il puisse progresser sans être embêté par ses difficultés.

Jérôme · 30 janvier 2019 à 15h40

Une jolie réussite, oui, sur un sujet pas vraiment facile à traiter. Il m’a beaucoup touché ce petit Charlemagne.

Bruno · 31 janvier 2019 à 19h01

Merci merci à tous les deux, Jérôme et Noukette, pour vos chroniques enthousiastes pleines d’empathie et d’intelligence.

Géraldine · 3 février 2019 à 12h38

Il faudrait que je conseille ce livre à ma soeur qui a un fil dys tout…

Violette · 3 février 2019 à 15h08

heureusement qu’on progresse dans ce domaine même si ça reste toujours compliqué et délicat. Je note ce titre en tous cas!

Karine · 4 février 2019 à 01h04

Comme je le disais chez Jérôme, j,ai toujours peur que les dys soient mal « traités » en littérature. J’ai déjà lu un livre sur un dyspraxique moteur sévère qui était subitement devenu un king de guitare classique et… comment dire…

Mais si toi et Jérôme trouvent que c’est bien, je vais peut-être tenter le coup.

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