Rassure-toi, Jordan, je ne suis pas devenue folle. C’est même tout le contraire, j’ai l’esprit parfaitement clair ce matin, une lucidité extraordinaire, c’est pour cela que je vais tout te dire, ce que tu as su et ce que tu as manqué, parce que j’ai besoin de toi, de ton écoute, de ta chaleur, de ton rire et de ta chaleur d’autrefois. Où que tu sois, tu restes mon ami. Le seul qui ait jamais compté.

Il était temps que les mots sortent, qu’elle les écrive enfin à défaut de les dire. Noir sur blanc. Pour ne pas oublier. Même si cette lettre ne serait jamais lue. Même s’il ne la tiendrait jamais entre les mains…

L & J. Les inséparables. Une bande à eux tout seul depuis l’école maternelle. L’amitié enfantine s’est renforcée devenant en quelques années une complicité impossible à rompre. Elle la bonne élève, lui le cancre réussissant à faire illusion le temps du collège avant que leurs chemins ne commencent petit à petit à s’éloigner. Mais le fil, lui, est toujours là. Invisible. Ténu. Solide. Même quand Jordan finit par faire les mauvais choix. Même quand il emprunte la mauvaise route. Pour ne pas rompre ce fil, elle choisit de rester la complice qu’elle a toujours été, fidèle, quitte à fermer les yeux et à cautionner certains actes. Quitte même à y prendre part.

Là, des années plus tard, devant cet appartement qui a vu leurs deux vies basculer, elle se souvient. Il est temps de parler d’elle, de lui, de leur histoire. Il n’est peut-être pas trop tard pour tenter de comprendre. Même s’il faut accepter pour cela de ne pas avoir eu le plus beau rôle…

Nous avions pris l’habitude de signer à deux : “L et J”, vite devenu “L&J”. Nous nous amusions de ce “&” boursouflé et pompeux. Bien plus tard, j’ai appris qu’on désignait ce signe mystérieux sous le nom d’esperluette.

Le lecteur pense savoir où il met les pieds quand démarre le monologue-confession de cette jeune fille dont on ne connaitra jamais le prénom. Une histoire d’amitié qui aura mal tourné, des mauvais choix, des vies brisées. Un terrible dénouement et cette nécessité de vivre avec. De vivre sans. Mais la vie n’efface rien, surtout pas les remords et les regrets. Pleine de l’absence de celui qui fut son double, elle rembobine le film, pour ne rien oublier. Et se libérer.

Le texte de Anne Vantal se lit dans un souffle. Entre confidences et non-dits, douleur et secrets, la voix de l’adolescence qui a grandi retentit comme une urgence. Une petite centaine de pages pour mettre enfin un point final à cette histoire qui continue de la hanter. Quelques arrêts sur image pour tenter de fixer le temps mais tout est là. Dans les silences. Dans ce qui ne se dit pas. Et dans tout ce que le lecteur devine.

Court et percutant. Encore une pépite dans l’incontournable collection D’une seule voix partagée avec Jérôme, comme (presque) chaque mardi.

Les avis de Laure et Pépita

Éditions Actes Sud junior (Mars 2020)

Collection D’une seule voix

96 p.

 

Prix : 9,80 €

ISBN : 978-2-330-13345-0

 

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4 commentaires

Paolina Mirontaine · 26 mai 2020 à 09h31

J’aime de plus en plus cette collection et je note aussi ce livre car il semble surprenant. Le format lettre aussi m’intéresse.

Moka · 2 juin 2020 à 12h22

Dans un souffle, d’une seule voix comme beaucoup de très beaux titres de cette collection.
Ce n’est pas celui vers lequel je pense me précipiter tant d’autres m’attendent sur mes étagères. (Et je dois encore encore chroniquer Météore tiens…)

Jérôme · 7 juin 2020 à 09h14

Comme toujours avec cette collection, la déception ne peut pas être au rendez-vous !

Caro · 9 juin 2020 à 22h14

Cette collection regorge de pépites ! Je note le titre !

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