La-parenthese.jpgVoilà encore une bande dessinée que je n’aurais probablement jamais ouverte sans la BD du mercredi, le thème me semblait lourd, douloureux, larmoyant… Je ne regrette pas du tout de lui avoir donné une chance et d’être revenue sur mes a-priori, La parenthèse est une vraie réussite, une lecture nécessaire dont vous auriez grand tort de vous priver…

 

L’histoire, c’est celle de Judith, mais ne vous y trompez pas, c’est bel et bien son histoire que nous raconte ici Elodie Durand. Un témoignage unique, en mots et en images, sur quatre années de sa vie qui lui échappent encore, quatre années « entre parenthèses » où l’auteure tente de ne pas oublier qui elle est réellement, où la maladie, sournoise, progresse et grignote petit à petit ce qu’il lui reste de lucidité. Un flash back plus que nécessaire bien des années après sur une période douloureuse qui a bouleversée sa vie et celle de ses proches. D’ailleurs, c’est à sa mère que l’auteure s’adresse ici. Elle revient sur ces années où le temps s’est comme figé, tente de rassembler ses bribes de souvenirs, de comprendre ces sensations qu’elle peine à nommer.

 

Elodie avait tout juste vingt ans à l’apparition des premiers symptômes : malaises dont elle ne se souvient pas, pertes de contrôle, trous de mémoire, convulsions… De tout cela, Elodie n’a pas conscience, ce sont ses proches qui à chaque fois lui relatent les évènements. Quand elle se décide à consulter un neurologue, le diagnostic est sans appel : ce sont des crises d’épilepsie, une maladie à vie, Elodie ne veut pas y croire… S’en suit une longue série de traitements, plus ou moins concluants, la maladie, elle, progresse et Elodie voit peu à peu ses capacités diminuer. Une IRM permet de déceler une minuscule tumeur au cerveau, mal placée, inopérable, probablement responsable de ses crises. Pourtant, quoi qu’on lui apprenne, quelle que soit l’évolution de sa maladie, Elodie reste persuadée que ce n’est pas à elle que tout cela arrive, comme extérieure à sa propre vie…

 

J’ai toujours eu très peur de la maladie, bien plus que de la mort d’ailleurs… Celle qui pourrait toucher mes proches, celle qui pourrait me toucher aussi, la lente dégénérescence du corps et de tout le reste… Le témoignage de l’auteure est courageux même si on devine aisément que c’est une thérapie nécessaire. Avec les mots, avec ses dessins, elle comble les vides pour pouvoir tirer un trait définitif sur cette période de sa vie, à défaut de pouvoir oublier.

Je me suis rendue compte que je connaissais très peu cette maladie. Je ne savais pas qu’elle s’accompagnait le plus souvent de pertes de mémoire, qu’elle affectait les capacités intellectuelles, du moins à ce point. Ne plus pouvoir vivre seul ou être autonome, devoir dépendre constamment des autres, la pilule est dure à avaler. Dans le cas d’Elodie, le cas était aggravé par la présence de cette tumeur cancéreuse, responsable de nombreux dégâts : elle dort tout le temps, oublie tout, ne sait plus écrire, compter et doit réapprendre les gestes simples du quotidien.

Malgré tout, et même si ça peut sembler difficile à croire, l’histoire n’est pas plombante. Certes, le thème de la maladie n’est pas des plus gais mais le ton est résolument optimiste. D’ailleurs, Elodie est là pour en parler, avec tout le recul et la distance nécessaires puisque c’est de « Judith » qu’elle parle, un autre « elle-même », la Elodie d’avant…

Témoignage bluffant, vraiment. Tout est cohérent, tout se tient, les dessins d’Elodie évoluent au gré de la maladie, tantôt apaisés et doux, tantôt grossiers, tantôt énigmatiques. Aux dessins de la BD proprement dite se rajoutent les dessins réalisés par l’auteure durant sa maladie, ces fameux dessins qu’elle consignait dans un petit carnet noir : des crayonnés rapides, souvent violents, parfois dérangeants qui reflètent parfaitement son état d’esprit du moment, son déni de la maladie, sa souffrance physique et morale.

A lire, vraiment.

 

Les avis de Mango, Mo’, Choco, Yaneck, Enna, Alain, Yvan, Théoma, Joëlle, A propos de livres, Delphine, Lorraine

 

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Parenthese_2.jpg

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Parenthese_4.jpg

© Durand / Delcourt

 

Éditions Delcourt (Mai 2010)

221 p.

 

C’était ma BD du mercredi!

Chez Mango et chez les autres !

 

WOMEN BDChallenge Women BD

organisé par Théoma

 

Roarrr challengeRoaarrr challenge

by Mo’

Prix Nouvelle République (BD Boum) 2010

Fauve Révélation au Festival d’Angoulême 2011

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-la-parenthese-elodie-durand-86351543.html

Catégories : Bande dessinée

46 commentaires

Commentaire n°1 posté par jerome · 12 octobre 2011 à 07h11

Rien à faire, je n’arrive pas à franchir le pas avec ce titre. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir lu des avis plus que positifs !

    Noukette · 12 octobre 2011 à 14h14

    Et pourtant…! Je ne peux qu’en remettre une couche alors, cet album mérite vraiment qu’on s’y intéresse !

Commentaire n°2 posté par Yaneck Chareyre · 12 octobre 2011 à 07h29

Oui, totalement d’accord avec toi Noukette, c’est très bon. Pour l’auteure, la difficulté sera de proposer quelque chose de différent pour son prochain album. J’espère qu’elle saura s’en tirer aussi bien que sur cette excellente autobiographie.

    Noukette · 12 octobre 2011 à 14h18

    Effectivement, je m’interroge moi aussi sur l’après, d’autant plus qu’elle doit être plutôt attendue au tournant ! Mais je lui fais confiance !

Commentaire n°3 posté par Mo' · 12 octobre 2011 à 09h19

C’est vrai que « l’histoire n’est pas plombante », bien au contraire. Un album intéressant, je n’ose imaginer la difficulté qu’elle a eu à le finaliser. Lourd travail sur soi tout de même

Noukette, je prends ton lien et je l’insère au Roaarrr, mais tu as mis en ligne une précédente publication que tu ne m’avais pas signalé. A l’époque, l’autre challenge était encore en cours et j’ai oublié de dispatcher ta participation dans les deux partages de liens. Pourras-tu penser à me signaler tes futures publications… je ne suis pas aussi disponible que l’année dernière et incapable de courir après les liens comme je le faisais pour le PAL sèches

    Noukette · 12 octobre 2011 à 14h23

    Mea culpa pour les liens chère Mo’, tu ne peux évidemment pas tout faire, tu fais déjà tellement ! Promis, je vais essayer d’être une bonne élève ce coup ci ! 😉

    Sinon, merci pour cette idée de lecture, La parenthèse est une très bonne BD !

Commentaire n°4 posté par Chtimie · 12 octobre 2011 à 10h44

Ça faisait un moment que je regardais cette bd sans jamais la prendre. Maintenant, je suis convaincue ! Merci.

    Noukette · 12 octobre 2011 à 14h31

    N’hésite pas une seule seconde, c’est une réussite !

Commentaire n°5 posté par Mango · 12 octobre 2011 à 11h49

Un excellent souvenir de lecture malgré le thème douloureux.

    Noukette · 12 octobre 2011 à 14h36

    J’avais un peu peur de me lancer dans cette lecture, je ne regrette pas du tout !

Commentaire n°6 posté par Choco · 12 octobre 2011 à 12h23

Comme Yaneck, je suis curieuse de découvrir les prochaines oeuvres de la dessinatrice, voir si elle arrive à dépasser l’aspect autobiographique.

    Noukette · 12 octobre 2011 à 14h45

    Oui, je pense que nous sommes nombreux à nous poser la question, je lirai avec plaisir son prochain ouvrage !

Commentaire n°7 posté par wens · 12 octobre 2011 à 14h15

Le thème m’effraie…lâcheté?

    Noukette · 12 octobre 2011 à 14h54

    Je ne te jeterai pas la pierre, moi même j’ai freiné des quatre fers pendant longtemps… je ne regrette pas de m’être lancée !

Commentaire n°8 posté par Moka · 12 octobre 2011 à 15h13

A découvrir d’urgence !

    Noukette · 19 octobre 2011 à 00h37

    Oui, sans aucune restriction !

Commentaire n°9 posté par yvan · 12 octobre 2011 à 18h32

Tiens, ça faisait longtemps qu’on n’avait plus parlé de cet excellent one-shot ! Un très bon album !

    Noukette · 19 octobre 2011 à 00h37

    ça faisait bien longtemps que je voulais mettre la main dessus, je ne regrette pas d’avoir attendu !

Commentaire n°10 posté par Sara · 12 octobre 2011 à 20h51

Vu le sujet – trop douloureux pour moi, je ne pourrai pas. Mais c’est un beau billet en tout cas !

    Noukette · 19 octobre 2011 à 00h38

    Merci ! Le sujet est douloureus, c’est vrai, mais le traitement est subtil et intelligent, à essayer un jour peut-être…

Commentaire n°11 posté par Arsenul · 13 octobre 2011 à 02h54

Je voyais souvent passer cet album et j’hésitais. Mais ton texte et le choix des planches me convainc. Un bon billet.

    Noukette · 19 octobre 2011 à 00h39

    N’hésite plus et lance toi, tu ne seras pas déçu !

Commentaire n°12 posté par Joelle · 13 octobre 2011 à 17h50

Il ne vaut mieux pas être trop hyponchondriaque en lisant cet album … voir comment cette maladie peut apparaitre sournoisement fait froid dans le dos ! Mais le récit, malgré toute sa dureté, reste positif et j’ai beaucoup aimé comment l’auteure a abordé le sujet.

    Noukette · 19 octobre 2011 à 00h42

    Figure toi que j’y ai souvent pensé en lisant cet album… Je ne suis pas hypocondriaque mais j’avoue que l’histoire m’a fait peur…

Commentaire n°13 posté par Stephie · 13 octobre 2011 à 19h52

Je note bien précieusement 😉

    Noukette · 19 octobre 2011 à 00h43

    Et tu fais bien ! C’est inconstablement une BD à lire !

Commentaire n°14 posté par Theoma · 14 octobre 2011 à 14h18

un grand coup de coeur pour moi.

    Noukette · 19 octobre 2011 à 00h43

    Je te comprends, c’est une lecture qu’on n’oublie pas !

Commentaire n°15 posté par Philippe D · 14 octobre 2011 à 21h52

Toujours pas envie de lire de BD, moi!

Passe un bon weekend.

    Noukette · 19 octobre 2011 à 00h43

    Et pourtant…! On y fait de bien belles découvertes ! 😉

Commentaire n°16 posté par herisson08 · 15 octobre 2011 à 12h06

Je la croise partout, et je la lirais sûrement, mais je vais attendre de la trouver en bibliothèque car je ne suis vraiment pas sûre d’aimer!

    Noukette · 19 octobre 2011 à 00h44

    Tu devrais la trouver sans trop de problèmes en bibliothèque, c’est un incontournable ! J’espère que tu aimeras !

Commentaire n°17 posté par Zouz · 15 octobre 2011 à 16h01

Quelle belle découverte !

    Noukette · 19 octobre 2011 à 00h45

    A lire sans plus tarder !

Commentaire n°18 posté par Eloo · 15 octobre 2011 à 16h27

Cette BD a l’air boulversante… Mais j’hésite, comme toi la maladie est un sujet difficile pour moi…

    Noukette · 19 octobre 2011 à 00h46

    J’ai moi aussi longtemps hésité et je ne regrette pas d’avoir franchi le pas… C’est une histoire bouleversante mais pleine d’espoir !

Commentaire n°19 posté par MyaRosa · 17 octobre 2011 à 18h09

Malgré le sujet difficile, je dois dire que tu as réussi à me tenter.

    Noukette · 19 octobre 2011 à 00h50

    Alors j’en suis ravie, c’était bien le but ! Fonce, tu ne seras pas déçue !

Commentaire n°20 posté par Lilibook · 19 octobre 2011 à 22h32

Il y a tellement de BD à découvrir, c’est fou !

    Noukette · 26 octobre 2011 à 00h02

    Ne m’en parle pas, c’est ce que je me dis chaque semaine !

Commentaire n°21 posté par OliV · 20 octobre 2011 à 19h41

il est vrai que c’est une agréable parenthèse de lecture bd … pas simple comme sujet , la maladie dans le )crâne) !

    Noukette · 26 octobre 2011 à 00h06

    Effectivement, cette BD autobiographique est essentielle !

Commentaire n°22 posté par Yaneck Chareyre · 23 octobre 2011 à 10h51

Quelle note s’il te plaît, pour cet album? ^^

    Noukette · 23 octobre 2011 à 11h01

    Oups, j’ai oublié, mea culpa! Je ne suis pas chez moi mais je reprendrai l’article en rentrant ! Je dirais un bon 18, ça les vaut !

Roaarrr : (Fauve) Prix Révélation | Bar a BD · 29 juin 2014 à 09h27

[…] Noukette : "Avec les mots, avec ses dessins, elle comble les vides pour pouvoir tirer un trait définitif sur cette période de sa vie, à défaut de pouvoir oublier", […]

Roaarrr : BD Boum | Bar a BD · 29 juin 2014 à 10h39

[…] Noukette : "Avec les mots, avec ses dessins, elle comble les vides pour pouvoir tirer un trait définitif sur cette période de sa vie, à défaut de pouvoir oublier", […]

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